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Recycler les friches pour relever le défi de la sobriété foncière

Symboles d’un passé industriel actif, de nombreuses friches sont présentes sur les territoires, urbains comme ruraux. Elles dessinent un paysage en mutation, en attente de nouvelles perspectives. Celles-ci semblent justement s’ouvrir depuis août 2021 avec la loi Climat & Résilience qui entraîne un changement de paradigme pour l’aménagement des territoires en fixant, à l’horizon 2030, un objectif de Zéro Artificialisation Nette (ZAN). Les friches deviennent donc une véritable ressource, sous réserve que les collectivités dépassent les difficultés à projeter de nouvelles valeurs d’usage pour ces espaces délaissés qui constituent un potentiel foncier précieux, véritable terrain de jeu et d’expérimentation pour tester des projets urbains désormais contraints à une plus grande sobriété et fédérer une filière d’acteurs dédiée autour d’une stratégie commune.

Nous donnons ici un aperçu de l’accompagnement et des outils développés par l’Agence d’Urbanisme.

UNE DÉMARCHE DE PROJET TERRITORIAL

Des expérimentations sont en cours sur nos territoires et les premiers points de vigilance apparaissent. La reconversion des friches ne peut être réalisée au “coup par coup”, en fonction d’opportunités, au risque de produire une structure binaire qui d’un côté sanctuarise des espaces, tandis qu’elle en densifie d’autres. D’autant que les modèles économiques de développement urbain qui ont cours sont basés sur une échelle restreinte, un site ou une zone, et non à une échelle territoriale induite par le recyclage foncier.

En ce sens, l’Agence d’urbanisme Clermont Massif central propose des méthodes et des outils d’aide à la décision pour accompagner décisionnaires et acteurs concernés, à se saisir de l’enjeu de la reconversion des friches dans une optique de transition écologique.

Sur de nombreux territoires, la reconversion des friches est abordée par le biais du développement économique, pour répondre à la perte d’attractivité des zones d’activités et leur mutation progressive vers l’activité commerciale et de services, activités par nature plus « volatiles », qui renforcent la déqualification de ces zones.

La réponse souvent apportée à cette problématique est l’extension urbaine. Du foncier agricole ou naturel est ainsi mis à disposition pour le développement économique. Ce modèle de développement par l’étalement urbain, qu’il soit par ailleurs économique ou résidentiel, repose sur des méthodes et des outils éprouvés, des modèles financiers sûrs, des documents de planification et d’urbanisme réglementaires favorables.

Sans partir d’une page blanche, la planification du recyclage foncier, avec la mobilisation des friches, reste aujourd’hui à expérimenter et à consolider afin de poser une méthode de recyclage du foncier, plus qu’un modèle de développement.

UN ACCOMPAGNEMENT DES TERRITOIRES

Les agences d’urbanisme de France et l’ADEME accompagnent désormais l’aménagement des territoires et leur inscription dans l’atteinte des objectifs de la transition écologique. En 2021, dans un contexte de sobriété foncière renforcée, l’ADEME, avec l’appui du réseau Urba4 rassemblant les quatre agences d’urbanisme de la région Auvergne-Rhône-Alpes, a mis à l’honneur le thème de « La reconversion des friches économiques et leur contribution dans les stratégies de transition écologique ».
L’objectif ZAN de la loi Climat et Résilience rend en effet indispensable le recyclage du foncier issu des friches économiques vers les différentes fonctions nécessaires à une politique territoriale d’aménagement du territoire.

Pour économiser la “ressource sols” et atteindre les objectifs de transition écologique, il apparaît ainsi important que la dynamique de conversion des friches économiques s’accroisse et que les territoires s’emparent de ce sujet à fort enjeu.

La démarche proposée articule expertise technique et temps politique pour définir une stratégie territoriale de reconversion des friches. À partir d’un corpus de sites en friches repérés, les décisionnaires cheminent vers un choix de sites pilotes, qui seront des démonstrateurs de situations de remobilisation et de thématiques choisies (valorisation du patrimoine bâti, renaturation ou optimisation foncière). Le choix de ces sites pilotes définit une feuille de route pour le territoire, pour la mise en œuvre de sa stratégie territoriale.

L’étude de gisement des friches  fournit un état des lieux du potentiel du territoire, les éléments d’analyse et d’aide à la décision pour faciliter les choix de priorisation et de planification des interventions. Déroulé : AUCM

Cette démarche s’appuie sur deux outils de qualification des gisements friches : l’outil Mutabilité et l’outil TransiFriches.

L’OUTIL MUTABILITÉ

La reconversion de sites en friches est un processus complexe, souvent long, qui mobilise de multiples acteurs. Mieux qualifier les friches, c’est enclencher un projet en lien avec le territoire : faire d’une opportunité localisée un potentiel pour une stratégie territoriale.

Au-delà d’un inventaire quantitatif et cartographique, l’outil Mutabilité interroge les caractéristiques des espaces vacants. La qualification des sites se construit selon les grandes thématiques de l’aménagement déclinées en plusieurs critères, par exemple : l’accessibilité et la desserte en transport en commun, leur situation en secteur de déprise ou d’attractivité. On obtient ainsi un classement du potentiel de mutation des friches.

L’OUTIL TRANSIFRICHES

Les opportunités de recyclage foncier que représentent les friches, nécessitent la définition d’une stratégie territoriale pour un développement raisonné et l’atteinte des objectifs du Zéro Artificialisation Nette (ZAN).

Le potentiel de contribution à la transition écologique des friches, appréhendé par « TransiFriches », qualifie et hiérarchise les sites en vue de la définition d’une stratégie équilibrée entre développement et renaturation, et une possible projection de scénarios, construite selon les vocations préférentielles définies pour chacun des sites.

A titre d’exemple, le schéma ci-dessous présente les différents profils établis avec les outils Mutabilité et TransiFriches, pour le gisement stratégique de friches de Thiers Dore et Montagne (TDM) et la répartition des friches en fonction de leurs profils.

Les résultats obtenus avec les outils permettent une hiérarchisation des sites et leur qualification / positionnement les uns par rapport aux autres. Un travail d’analyse statistique est alors conduit afin de regrouper les sites possédant des caractéristiques similaires. Pour les friches de TDM, 6 profils de reconversion ont été définis :

  • Reconversion ouverte : tout type de projet peut être envisagé, y compris habitat, équipements ou création d’espaces naturels ;
  • Reconversion complexe et coûteuse à la fois techniquement et au regard de la division des parcelles ;
  • Reconversion peu technique mais coûteuse : pas de frein réglementaire ou environnemental, le bâti en dur existant est mobilisable en l’état mais opération coûteuse à cause de la morphologie du terrain (en pente, non viabilisé) et dépollution à prévoir ;
  • Reconversion économique très favorable : peut accueillir aisément tout type d’activité économique (terrain plat, bâti en dur peu dégradé mobilisable sans travaux important, pas de bâti léger type hangar de tôles, sans contrainte réglementaire ni interdiction dûes à des servitudes telles que réseau de gaz ou pylône électrique, …) ;
  • Reconversion économique favorable : peut accueillir tout type d’activité économique mais contraint par des règlements, présence de servitudes et de bâti léger difficile à convertir ;

Reconversion économique stratégique : susceptible de répondre le mieux aux besoins des entreprises d’un point de vue à la fois économique et technique, apporterait une image attractive au territoire et une visibilité aux entreprises.

Sur ce même gisement, 5 profils de contribution aux transitions énergétique et  écologique ont été définis :

  • Contribution optimisée pour le développement agro-environnemental : peut favorablement accueillir des éco-activités produisant des biens ou services ayant pour finalité la protection de l’environnement ou la gestion des ressources, telles qu’une exploitation agricole en permaculture ou un projet de renaturation (des abords d’un cours d’eau, …) ;
  • Contribution optimisée pour le développement économique et les énergies renouvelables : en plus d’être favorable à l’activité économique, le site en friche est apte à accueillir des installations de production d’énergie (parc solaire, méthaniseur, …) ;
  • Contribution optimisée pour le développement urbain ou économique : peut participer par exemple à la lutte contre les îlots de chaleur, à préserver la biodiversité, ou encore à une bonne gestion de l’eau. Ce peut être des éco-quartiers  ;
  • Contribution moyenne à faible aux transitions : des travaux importants seraient à mener pour rendre ce gisement favorable aux transitions énergétique et écologique.

Résultats issus de l’analyse à l’aide des outils Mutabilité et TransiFriches, appliqués au, territoire Thiers Dore et Montagne, illustration : AUCM

Il est ainsi apparu que la majorité des friches (21) peuvent muter favorablement pour de l’activité économique, tout en contribuant aux transitions énergétique et écologique pour 10 de ces sites, et de manière seulement modérée pour 6 d’entre eux.

Bâtir une stratégie territoriale reviendra donc à chercher un équilibre entre dynamique économique, utilisation de l’existant et contribution aux transitions énergétique et écologique. Autrement dit, une stratégie qui fait un pas vers l’objectif de Zéro Artificialisation Nette à atteindre d’ici 2050.

LIMITES URBAINES STRICTES CONTRE ÉTALEMENT URBAIN ?

La mise en œuvre du Zéro Artificialisation Nette est chiffrée et inscrite dans un calendrier national, régional et local. Des dispositions réglementaires dérogatoires sont désormais inscrites au code de l’urbanisme pour favoriser la mobilisation du foncier artificialisé et du bâti existant. Des dispositions financières, Plan France Relance puis Fonds Vert, sont actives, pour amorcer de nouvelles pratiques urbaines. Se saisir de cette problématique est pour les territoires un défi à relever, une manière de repenser leur développement, mais aussi et surtout, d’appréhender ce qui fait ressources sur les territoires, tout en conduisant une transition écologique. Alors, quelle lecture et quel regard déployer pour s’affranchir des modèles obsolètes extensifs ? Faut-il entrer dans une opposition entre étalement urbain et définition de limites urbaines strictes ? Ou bien s’interroger sur la mise en œuvre d’un écosystème urbain résilient ?

La surélévation des bâtiments : une réponse à la sobriété foncière

Si la surélévation des bâtiments a historiquement fait ses preuves, un récent travail de recherche, mené par l’architecte Géraldine Bouchet-Blancou, met en perspective une approche renouvelée de ce mode de faire “la ville sur la ville” avec les enjeux des trajectoires de neutralité carbone et d’atteinte du Zéro Artificialisation Nette (ZAN) des sols. Ainsi, l’ouvrage Densifier et rénover à l’échelle urbaine par la surélévation des bâtiments propose une analyse conjuguant enjeux techniques, réglementaires, juridiques et financiers avec le déploiement d’une identification à grande échelle du potentiel foncier des toits. Nous en partageons notre lecture.

LA SURÉLÉVATION DES BÂTIMENTS, LEVIER DE DENSIFICATION HORS SOL

Les grandes métropoles européennes ont connu, au fil des siècles, des vagues de surélévations des bâtiments existants, notamment en raison de l’impossibilité d’étendre la ville au-delà de la barrière physique que constituaient les fortifications. Ainsi, Paris, Barcelone ou Genève ont été densifiées par strates successives pour répondre aux besoins d’accueil de population, besoins souvent anticipés dans la conception du bâti originel. La construction de la ville sur la ville est une technique en fait bien rodée. Cependant, ce type d’opération a été délaissé depuis la moitié du XXe siècle au profit de la construction neuve qui bénéficiait de l’abondance d’espaces libres à coloniser, en lien avec le déploiement de la mobilité individuelle.

Depuis une quinzaine d’années, l’engouement pour la densification verticale renaît progressivement, en réponse à la très forte hausse des valeurs foncières et à la nécessité de maîtriser l’étalement urbain. C’est dans ce contexte que la loi Alur de 2014 avait introduit des mesures « facilitatrices » en supprimant le coefficient d’occupation du sol (COS) et en limitant le droit de véto du propriétaire du dernier étage pour permettre la réalisation d’opérations de surélévation en centre-ville, avec l’ambition d’y introduire plus de mixité sociale.

Si des freins règlementaires persistent, notamment au sein des secteurs patrimoniaux où les Architectes des Bâtiments de France (ABF) restent souvent réticents à ce type de projet au nom de la préservation des perspectives monumentales, la limitation de hauteur encadrée par les Plans Locaux d’Urbanisme (PLU) a tendance à s’assouplir pour ouvrir les voies de la densification. Au niveau local, le PLU de Clermont Ferrand introduit une règle dérogatoire pour permettre le déploiement de la canopée urbaine en cœur de ville. Dans un autre contexte, la ville de Vichy a récemment modifié son PLU et supprimé la règle de hauteur sur le périmètre du site patrimonial remarquable, afin de permettre une analyse plus circonstanciée du contexte urbain, une conception au cas par cas prenant appui sur un dialogue rapproché entre la ville, l’ABF et l’opérateur.

LA SURÉLÉVATION, LEVIER DE FINANCEMENT DE LA RÉNOVATION DU BÂTI EXISTANT ?

Si le principal moteur des projets de surélévation reste l’économie de charge foncière, le montage financier permet également de conjuguer rénovation du bâti et construction neuve par ajout d’étages, l’un (valorisation du foncier déjà maîtrisé) venant financer l’autre (remise aux normes et amélioration des surfaces existantes). Ce dispositif gagnant-gagnant est d’ailleurs investi par les bailleurs sociaux tel Habitat Social Français qui a réalisé, sur Paris, la moitié de sa production des cinq dernières années par surélévation (11 opérations pour un total de 187 logements produits), adossant la réhabilitation des logements existants à une part significative de projets de surélévation. Le parc d’habitat social des années 70-80 se prête bien aux opérations de surélévation dans la mesure où les structures porteuses sont suffisamment robustes (béton armé, toits terrasses) et les gains énergétiques à réaliser sur l’existant, substantiels (isolation par l’extérieur, réduction des ponts thermiques).

D’un point de vue technique, l’utilisation de matériaux « secs » tels le bois ou l’acier, permet d’une part de réduire les charges supplémentaires sur l’édifice existant, mais également d’alléger le bilan environnemental de l’opération en agissant sur la performance thermique du bâti, en réduisant les phénomènes d’îlots de chaleur (toits végétalisés, revêtements clairs basés sur le principe d’albédo limitant l’absorption de chaleur, surplombs de protection solaire…), voire en stockant du carbone (cas des bardages bois non traités et des surfaces végétalisées).

Toutefois, l’équilibre financier reste fragile et très dépendant des prix du marché foncier. En effet, le montage de ce type d’opération nécessite un grand nombre d’intervenants (étude de structure et de sol, frais de géomètre et de notaire dans le cas des copropriétés, assistant à maîtrise d’ouvrage, coût de la construction neuve et d’accès aux nouveaux niveaux créés, rénovation et liaison neuf/existant) générant de fait des surcoûts.

VERS UNE STRATÉGIE D’IDENTIFICATION DU FONCIER AÉRIEN ?

Au regard des lois limitant l’artificialisation et des enjeux fonciers qui en découlent, des systèmes d’information géographique permettant d’identifier de manière automatisée les gisements fonciers aériens sont développés. Croisant les données réglementaires, contextuelles (hauteur des mitoyens), d’année du bâti existant et d’étiquette énergétique ainsi que l’accessibilité pour la mise en œuvre du chantier, ces systèmes permettent d’identifier les gisements potentiels avant d’entrer en phase d’étude de faisabilité technique.

Les territoires sous forte pression foncière s’emparent donc du levier de mobilisation du foncier aérien pour répondre aux besoins de production de logements dans un contexte de raréfaction du foncier au sol. Quid de l’Auvergne dans cette course aux mètres carrés ?

Les études de gisement foncier à l’œuvre sur le territoire depuis une dizaine d’années sont orientées sur la reconversion des friches industrielles qui présentent bien souvent des qualités structurelles intéressantes pour des opérations de surélévation. C’est le cas de la friche des Docks de Blois à Vichy, ancien site ferroviaire qui a été reconverti en 2018 en résidence intergénérationnelle et institut de formation par l’ajout d’un niveau sur la structure existante. A Clermont-Ferrand, la reconversion d’une partie d’une friche Michelin est entrée en phase de chantier mi 2022. Le site de Cataroux ouvre sa reconversion par l’ILO23 en réinvestissant le patrimoine industriel, formant ainsi un socle d’accueil du programme neuf développé en surélévation.

La surélévation est donc déjà une réalité locale. De là à lancer un recensement précis des secteurs urbains denses, il n’y a qu’un pas que le ZAN devrait accélérer. Si les secteurs denses des centralités urbaines sont à la recherche de mètres carrés supplémentaires pour équilibrer financièrement des opérations, les collectivités auraient également intérêt à investiguer le parc public, voire les zones d’activités économiques, afin de mesurer les marges de progrès envisageables pour une gestion optimale des surfaces déjà construites.

Finalement, si la dynamique de surélévation des bâtiments progresse sur le territoire national, elle reste encore marginale. Outre les freins techniques et réglementaires, la structuration de la filière Bâtiment pose également des limites : elle est essentiellement formée à la construction neuve et à l’usage du béton et accueille parallèlement un réseau d’artisans orientés vers la rénovation mais souvent relevant de petites entreprises plus que de grands groupes. La multiplication des intervenants pour mener à bien ce type d’opération (ceux spécialisés dans la rénovation, ceux dans les constructions à ossature bois, ceux dans la mise en œuvre de chantiers en hauteur, le thermicien, etc) entraînent une complexité dans la conduite du chantier et des surcoûts impactant les bilans d’opération.

Il reste d’usage de considérer que construire du neuf est moins coûteux et plus rentable que de faire avec l’existant, alors même que cela consomme plus de ressources et plus d’énergies. L’organisation actuelle très segmentée (industrie v/s artisanat) ne permet pas d’articuler facilement neuf et existant. Pour autant, les trajectoires à atteindre tant en matière de sobriété foncière que de neutralité des émissions de carbone nécessitent une approche plus frugale de la construction : faire avec le déjà là, s’adapter, revoir ses besoins et intervenir avec humilité.

DENSIFIER PAR SURÉLÉVATION, UNE STRATÉGIE RÉSERVÉE AUX CENTRES-VILLES ?

Si la densification des centres-villes semble avoir encore de beaux jours devant elle, les effets du dérèglement climatique et la recherche de la neutralité carbone questionnent la tendance au “tout métropolitain”. La ville dense reste difficilement sobre : les flux qu’elle génère (de personnes, matières, déchets), les infrastructures dont elle a besoin pour fonctionner, ont tendance à l’éloigner de cet objectif. Par ailleurs, l’engouement pour la maison individuelle de plain-pied semble ne pas faiblir depuis les années 50-60, les tissus pavillonnaires s’étalent et se densifient sous l’effet de la pression foncière. Cette dynamique trouve ses limites face aux enjeux climatiques et écologiques : imperméabilité des sols, morcellement de la propriété foncière qui rend difficile la définition de trame de mobilités douces, élévation du niveau de risque en zone inondable, etc.

L’objectif de Zéro Artificialisation Nette s’appliquant aussi aux espaces péri-urbains, celui-ci pourrait bien constituer un rôle de limitation similaire aux fortifications historiques, qui relancerait alors la construction de la ville par strates. Ainsi la surélévation des pavillons pourrait constituer une réponse à la densification de ces espaces hors centre-ville et ramener de la vie dans les cités périphériques.

Rencontre – La photographie au chevet des territoires en transition écologique

L’Agence d’urbanisme Clermont Métropole, en partenariat avec l’ESACM et Clermont-Ferrand Massif Central, candidature capitale européenne de la culture 2028, vous invite a une rencontre :

LA PHOTOGRAPHIE AU CHEVET DES TERRITOIRES EN TRANSITION ÉCOLOGIQUE

MARDI 14 MARS 2023 – DE 9H À 17H
À L’ÉCOLE SUPÉRIEURE D’ART DE CLERMONT MÉTROPOLE (ESACM)
25 RUE KESSLER, 63000 CLERMONT-FERRAND

“Mission photographique Grand Est” – Rethel, Ardennes, août 2019. Zone d’activité commerciale, supermarché low cost et culture en openfield de blé, orge et betteraves sur le plus grand parc éolien terrestre de France. © Bertrand Stofelth

“Mission photographique Grand Est” – Rethel, Ardennes, août 2019. Zone d’activité commerciale, supermarché low cost et culture en openfield de blé, orge et betteraves sur le plus grand parc éolien terrestre de France. © Bertrand Stofelth

Relever le défi anthropocène et engager la réorientation écologique de nos espaces de vie ne relève pas que de la science, de la technique, du politique ou du social. Les processus de transition à engager obligent de fait à réinventer notre manière de cohabiter sur la planète, donc ni plus ni moins, à « refaire territoire ».

Les acteurs et institutions culturelles ont de ce point de vue un rôle à jouer, en nous donnant à voir et à imaginer, en nous interrogeant et en nous émouvant, en proposant rencontres et partages, en continuant à enchanter ce Nouveau Monde en dessein.

Une hypothèse que nous explorerons à travers le cas des pratiques et dispositifs photographiques, en compagnie d’acteurs de la photographie et des territoires.

PROGRAMME

9h00-9h30
La place de la culture dans la transition écologique des territoires

Échange avec Grégory Bernard, adjoint au maire de Clermont-Ferrand en charge de l’urbanisme et de l’habitat, conseiller métropolitain, Président de l’Agence d’urbanisme et de Développement Clermont Métropole.

9h30-12h30
Des pratiques photographiques à l’épreuve de l’anthropocène

Avec :

  • Emmanuelle Blanc, artiste visuelle
  • Serge Lhermitte, plasticien et enseignant à Ecole Supérieure d’Art de Clermont Métropole
  • Jürgen Nefzger, photographe et enseignant à l’École supérieure d’art d’Aix-en-Provence
  • Bertrand Stofleth, artiste et photographe

14h00-17h00
Des dispositifs photographiques pour œuvrer à la réorientation écologique des territoires

Avec :

  • Raphaële Bertho, Maîtresse de conférences en Arts à l’Université de Tours
  • Stéphane Cordobes – Directeur de l’Agence d’Urbanisme et de Développement Clermont Métropole et photographe
  • François-Nicolas L’Hardy – Directeur de l’Hôtel Fonfreyde – centre photographique, coordinateur des résidences photographiques, Ville de Clermont-Ferrand
  • Florent Perroud – Architecte-urbaniste et photographe au CAUE Rhône Métropole, responsable de l’Observatoire photographique des paysages de la Vallée de la chimie

Introduction, animation et conclusion

  • Benoît Bouscarel, Président de L’Onde porteuse
  • Rosalie Lakatos, Chargée d’études urbanisme culturel à AUDCM

La sobriété foncière : une nouvelle perspective qui interroge nos manières de comprendre, observer et agir dans les territoires

Depuis les années 80, les espaces artificialisés ont cru de plus de 70% en France métropolitaine. Cette artificialisation a altéré de manière significative la qualité écologique des sols, des puits capteurs de carbone et des refuges de biodiversité. Les enjeux liés à la sobriété foncière, à la maîtrise de l’étalement urbain, au recyclage du foncier déjà artificialisé et au renouvellement urbain sont pris en compte dans la législation. La dernière en date : la loi Climat et Résilience instaurant le Zéro Artificialisation Nette (ZAN).

L’objectif ZAN bouscule, interroge les collectivités et les acteurs de l’aménagement. Le webinaire sur la sobriété foncière du 8 décembre 2022 a permis de décrypter la loi, d’échanger sur sa mise en œuvre, mais aussi de présenter les dispositifs d’accompagnement d’ores et déjà mis en œuvre par l’agence d’urbanisme, notamment sur la mobilisation des friches et des logements vacants.

LE ZAN : UN CHANGEMENT DE PERSPECTIVE QUI NOUS OBLIGE À PENSER DE NOUVEAUX MODÈLES SPATIAUX POUR LE DÉVELOPPEMENT TERRITORIAL

Le ZAN marque une évolution, de la notion « traditionnelle » de consommation d’espace vers celle d’artificialisation. Comme le montre l’illustration ci-dessous, le défi est de passer d’un indicateur de consommation d’espace (2D = Surface) à un concept qualitatif (3D = Surface et Sous-sol) de limitation de l’artificialisation des sols, afin de prioriser la préservation durable de leurs fonctions écologiques.

C’est un changement de perspective majeur : les sols et sous-sols ne sont plus des supports de développement mais un commun à préserver. Les espaces naturels et agricoles ont souvent été appréhendés en creux, comme espaces d’expansion du développement urbain. Aujourd’hui ils doivent être considérés comme des communs (alimentation, biodiversité) et une stratégie de protection/préservation doit être mise en œuvre.

La sobriété foncière impose d’optimiser l’usage du foncier existant. Mais n’est-ce pas contradictoire avec les besoins de nature en ville ? Cette mise en concurrence des usages, nous amène à réfléchir à de nouvelles manières de faire la ville, à penser autrement les modèles d’aménagement et de développement. Nous avons moins besoin d’inventer de nouveaux outils et dispositifs que d’aller vers une approche plus qualitative, en travaillant par exemple de nouvelles formes de densification de la ville qui donnent place à l’écologie.

UNE LOI QUI FIXE UN OBJECTIF, MAIS RESTE ENCORE EN DISCUSSION SUR LES MODALITÉS POUR L’ATTEINDRE

Inscrit en 2021 dans la loi Climat et Résilience, l’objectif ZAN est toujours en débat, notamment concernant la façon de catégoriser surfaces artificialisées et non artificialisées. Le ministère de la Transition écologique et de la cohésion des territoires a sollicité les agences d’urbanisme pour évaluer et tester les modalités techniques de la mesure des espaces naturels agricoles et forestiers (Enaf) et de l’artificialisation, ainsi que les outils d’observation et données mobilisables.

Karine Hurel, Déléguée Générale Adjointe de la FNAU (1), rapporte les préconisations essentielles de ce travail (2):

  • Une vigilance sur la classification des surfaces enherbées. Actuellement, si ces surfaces sont dans le tissu urbain  (fonds de jardins, parcs urbains, etc), elles se trouvent classées en surfaces artificialisées, autrement dit potentiellement constructibles. Cette classification favoriserait la densification en milieu urbain mais semble éloigner la loi de son objectif de protection des sols de pleine terre. Le décret relatif à ces concepts va être adapté pour devenir plus lisible et plus opérationnel.
  • L’articulation et l’interopérabilité des outils d’observation. Des dispositifs d’observation ont été développés à l’échelle locale et sont parfois plus fins que les observatoires nationaux. Il faut continuer à se doter d’outils dans les territoires tout en garantissant l’ouverture et la transparence des données et méthodes utilisées, avec un référentiel national homogène.
  • La montée en compétences dans les territoires va nécessiter une ingénierie pérenne, partenariale et mutualisée, nécessitant des fonds dédiés. L’observation va être aussi essentielle que l’accompagnement à l’élaboration de la stratégie de planification écologique territoriale.

DES OUTILS ESSENTIELS POUR UNE TRAJECTOIRE DE SOBRIÉTÉ FONCIÈRE

Il apparaît indispensable de disposer d’outils d’observation robustes pour permettre à chaque territoire de construire sa stratégie de sobriété foncière et de mesurer les évolutions de sa trajectoire à horizon 2050. Au niveau national, le portail de l’artificialisation diffuse des indicateurs globaux de consommation foncière. Il sera remplacé, d’ici 2024, par l’Occupation du Sol à Grande Echelle (OCS-GE). Produit par l’IGN, ce nouveau référentiel permettra le suivi, à terme, de l’artificialisation.

Au niveau local, les observatoires de l’occupation des sols suivent les consommations d’espace, tel que demandé par la loi, jusqu’à 2031. Ils qualifient aussi l’occupation du sol (espaces agricoles, forestiers, d’activités, etc.) et permettent de visualiser les changements dans le temps et dans l’espace. Malheureusement ces outils ne couvrent pas l’intégralité du territoire ni, pour le moment, les besoins à 2050. Les 4 agences d’urbanisme d’Auvergne Rhône-Alpes couvrent ainsi un quart du territoire régional. Des réflexions et travaux sont en cours pour rendre cet outil au moins en partie compatible avec l’OCS-GE.

Chaque territoire devra définir sa propre trajectoire, en fonction du contexte local, en s’appuyant sur les outils d’observation et la connaissance de terrain. Les leviers mobilisés seront donc différents : requalification des friches, densification des zones d’attractivité ou pavillonnaires, mobilisation de la vacance, sur-élévation des bâtiments, etc.

UNE INGÉNIERIE AU SERVICE DES TERRITOIRES POUR IMPULSER /EXPÉRIMENTER DES LEVIERS

Nous l’avons vu, mieux (ré)utiliser l’existant constitue un levier majeur de sobriété. Ainsi, l’agence d’urbanisme de Clermont Métropole accompagne les territoires dans le repérage et l’identification de solutions pour la valorisation des lieux inoccupés, qu’il s’agisse de friches ou de logements vacants. Il s’agit de démarches multi-partenariales dont l’enjeu est en premier lieu d’identifier les potentiels et les leviers pour la valorisation de biens ou terrains délaissés, mais aussi l’acquisition et l’incubation de nouveaux savoir-faire dans la fabrique de la ville.

La démarche d’accompagnement peut se résumer en 4 phases : l’inventaire ; l’aide à la définition d’une stratégie territoriale ; la proposition de pistes pré-opérationnelles et d’outils de mise en opération ; et le retour sur expérience.

A titre d’exemple, l’accompagnement du Département du Puy-de-Dôme, pour sa politique de lutte contre la vacance de l’habitat privé, a permis à la fois de partager la connaissance (état des lieux, rencontres d’acteurs), d’outiller et de faire monter en compétence les collectivités territoriales (via l’édition d’un guide méthodologique d’aide au repérage et à la mobilisation du logement vacant (3) ), et de re-questionner les dispositifs d’aide existants. Ainsi, trois nouveaux dispositifs à destination des collectivités ont été actés suite à ce travail, permettant d’apporter de nouveaux leviers à la sortie de vacance.

Concernant les friches, la mise en perspective de l’objectif ZAN a orienté le travail de l’agence d’urbanisme et des territoires de Thiers Dore et Montagne, et de Riom Limagne et Volcans, vers la définition d’une stratégie territoriale de mobilisation des sites inoccupés. Cette réflexion stratégique s’appuie sur deux outils d’aide à la décision : l’outil Mutabilité et l’outil TransiFriche, qui permettent la qualification et la hiérarchisation des sites. Les grands axes stratégiques sont ainsi construits par la mise en lien de ces sites qualifiés avec le projet de territoire. L’accompagnement des territoires se poursuit ensuite par le choix de sites pilotes démonstrateurs. Une première feuille de route est ainsi définie pour mener les actions de recyclage foncier.

L’EPF Auvergne accompagne également les territoires dans le passage de la stratégie à la réalisation opérationnelle. Dans la continuité des études pré-opérationnelles menées à des échelles dites “macro”, l’EPF Auvergne accompagne ses collectivités adhérentes dans la dans la mise en oeuvre des projets, à une échelle fine, à la parcelle. L’acquisition et le portage foncier sont le cœur de métier de l’EPF Auvergne, mais l’accompagnement au questionnement, préalable à l’acquisition, est également essentiel.

A l’articulation entre l’acquisition et le portage foncier, l’EPF Auvergne propose des actions facilitatrices pour la requalification urbaine et  la revitalisation des centres-bourgs. Il s’agit de lever les doutes techniques et financiers avant de se lancer dans l’opérationnel pur.

OUVRIR LE DIALOGUE ET ALLER PLUS LOIN

Le ZAN bouscule nos regards, nos expertises et nos outils.

L’agence d’urbanisme Clermont Métropole, et l’EPF Auvergne associé à ce webinaire, facilitent les transitions. Des approches et des outils existent déjà ou sont développés pour atteindre sereinement l’objectif ZAN. Il s’agit ici de renforcer nos expertises pour anticiper et s’adapter aux contextes climatique et écologique dans lesquels nous vivons désormais.

La loi Climat et Résilience est une invitation à penser autrement et à définir d’autres modèles d’occupation des sols. L’indisponibilité des ressources oblige à en repenser les usages ou l’économie. Il nous faut dépasser les oppositions entre territoires urbains, périurbains et ruraux, pour tendre vers une justice spatiale et sociale. La loi peut même nous inviter à penser plus loin. Elle est focalisée sur l’urbanisation, mais si l’objectif est de restaurer les fonctions du vivant partout, il faudrait aussi traiter la question agricole.

Au-delà de ce webinaire, l’agence d’urbanisme continuera à accompagner ses adhérents et partenaires vers la sobriété foncière. D’ores et déjà des travaux et moments d’échanges sont engagés, dont des actions de sensibilisation des collectivités qui se tiendront au printemps 2023, et plus largement une réflexion sur les besoins et attentes des territoires concernant l’observation du foncier (année 2023).

WEBINAIRE – “Vers la sobriété foncière : Comprendre, Observer, Agir…” 08 Décembre 9h

La gestion économe des sols n’est pas un sujet nouveau. Pourtant, malgré les lois qui se sont succédées, le foncier nu constructible demeure le principal vecteur du développement urbain et de l’aménagement des territoires. La loi Climat et Résilience d’août 2021 constitue un virage dans la manière d’aborder la sobriété foncière, en passant d’une obligation de moyen à une obligation de résultat : « la division par deux du rythme de consommation des sols d’ici 2031 pour atteindre une artificialisation nette de zéro en 2050 ».

Pourquoi est-il impératif de porter plus d’attention à nos sols et aux écosystèmes dans lesquels nous vivons ? Comment adapter et transformer nos modèles d’aménagement pour répondre à nos besoins en logements, équipements, ou bâtis économiques, tout en préservant les espaces agricoles, naturels et forestiers ? Comment la réduction de l’artificialisation des sols peut-elle devenir un facteur essentiel de résilience du territoire, en particulier face au dérèglement climatique ?

Afin d’avoir une connaissance partagée sur les nombreux défis de la sobriété foncière, et d’accompagner au mieux les collectivités comme les opérateurs dans des politiques d’aménagement plus durables, l’agence d’urbanisme et de développement Clermont Métropole et l’établissement public foncier d’Auvergne vous invitent à un moment d’information et d’échanges collectif.

Une co-organisation de l’Agence d’urbanisme et de développement Clermont Métropole et de l’EPF Auvergne

PROGRAMME :

Introduction : La réforme Zéro Artificialisation Nette par Karine Hurel, déléguée générale adjointe de la FNAU

Décryptage de la sobriété foncière et de ses enjeux par Sabine Lozier, coordinatrice du réseau Urba 4 et Fabrice Ravel, Chargé d’études Géomatique Agence d’urbanisme Clermont Métropole

Questions / réponses

La valorisation des lieux inoccupés : méthodologie de repérage et solutions apportées pour la mobilisation des friches et des logements vacants par Karine Enjolras, chargée d’études projets urbains Agence d’urbanisme Clermont Métropole et Aurélie Teil, chargée d’études habitat Agence d’urbanisme Clermont Métropole

De la stratégie à la réalisation opérationnelle : actions pour la requalification urbaine et des centres bourgs par Julien Bonnet, responsable du service observation et stratégie foncière, EPF Auvergne et Caroline Arnoux, responsable ingénierie, EPF Auvergne

Questions / réponses

Conclusion par Stéphane Cordobes, Directeur Agence d’urbanisme Clermont Métropole et Jérémy Mendès, Directeur de l’EPF Auvergne

Conférence/Débat – “Nos territoires à l’épreuve de l’anthropocène, à partir du cas de Saint-Pierre-et-Miquelon” – 17 Novembre – 18h

« Nos territoires à l’épreuve de l’anthropocène, à partir du cas de Saint-Pierre-et-Miquelon»
JEUDI 17 NOVEMBRE À 18H00 À L’IADT – 51 Bd F. Mitterand 63000 CLERMONT-FERRAND

Les preuves du changement global s’accumulent. Ils ne relèvent plus d’hypothèses abstraites mais s’éprouvent concrètement dans nos territoires, comme ce fut le cas avec la chaleur, la sécheresse et les méga-feux en France cet été. Nous entrons dans un Nouveau Monde, dit « anthropocène » où l’accroissement de la vulnérabilité de nos espaces de vie va de pair avec leur nécessaire adaptation.
Certains, comme Saint-Pierre-et-Miquelon, sont plus exposé que d’autres et peuvent avoir valeur éducative : ils montrent que l’enjeu à relever n’est pas seulement technique, scientifique, social, mais aussi culturel et sensible.

Une conférence de Stéphane Cordobes,
Directeur Général de l’Agence d’Urbanisme Clermont Massif central (AUCM)

Suivi d’un débat avec la participation de :
Gregory Bernard, Conseiller métropolitain délégué, Président de l’AUCM
Laurent Rieutort, Professeur des Universités et Directeur de l’IADT
Emmanuel Hermange, Directeur de l’ESACM
Serge Lhermitte, Photographe, Professeur à l’ESACM

Animation : Rosalie Lakatos, Chargée d’études Urbanisme culturel à l’AUCM

L’exposition photographique « L’exotisme anthropocène de Saint-Pierre-et-Miquelon » sur laquelle s’appuie cette conférence est visible dans les mêmes locaux .

Cet événement s’inscrit dans le cadre du programme de prospective «Territoires, Culture et redirection écologique» mis en œuvre par l’Agence d’urbanisme en partenariat avec l’Institut d’Auvergne du Développement des Territoires (IADT), l’Ecole Supérieure d’Art de Clermont Métropole (ESACM) et Clermont-Massif Central 2028.

Se déplacer dans les territoires périurbains et ruraux : Quelles alternatives à la voiture solo et thermique?

Selon l’INSEE, environ un tiers de la population nationale habite dans des communes peu denses ou très peu denses (2). La mobilité est donc un ingrédient majeur de vitalité territoriale et d’inclusion sociale. Dans les espaces ruraux et périurbains, voire dans les quartiers excentrés peu desservis par les transports en commun, la voiture solo et thermique est une solution de mobilité incontournable pour se rendre au travail, faire des études ou encore avoir accès aux soins. L’indisponibilité des ressources fossiles et les effets des dérèglements climatique et écologique que nous vivons obligent à repenser ce modèle. Quelles sont alors les alternatives à la voiture individuelle à moteur thermique ? 

La Loi d’Orientation des Mobilités de décembre 2019 pose un cadre pour passer du « tout voiture » à l’écomobilité. Elle encourage le développement d’Autorités Organisatrices des Mobilités (AOM) sur l’ensemble du territoire national, qui peuvent proposer une diversité de services : des transports publics (réguliers, scolaires ou à la demande) aux mobilités actives (vélo et marche), en passant par l’autopartage, covoiturage ; la mobilité solidaire ; le conseil en mobilité, jusqu’aux transports de marchandises.

Le développement de ces offres connaît une dynamique variable suivant les contextes géographiques, économiques et sociaux.

SE DÉPLACER DANS DES ESPACES DE FAIBLE DENSITÉ, UN DÉFI POUR NOMBRE DE TERRITOIRES

Dans les cœurs d’agglomérations, les mobilités évoluent en faveur de la transition écologique, avec des espaces publics encourageant les modes actifs et des réseaux de transports publics performants. Mais les couronnes périurbaines et les zones rurales restent très dépendantes de l’automobile, pour près de 3 déplacements sur 4. La durabilité et la soutenabilité de ce modèle sont donc questionnées. Non seulement parce qu’il contribue fortement à la pollution et au réchauffement climatique, mais aussi pour ses coûts élevés, qui pèsent sur les budgets publics et le pouvoir d’achat des ménages.

Comme le montre la carte ci-dessous, la plupart des communes du Puy-de-Dôme peuvent être qualifiées d’espaces périurbains (ceintures urbaines) ou ruraux.

Même au sein des agglomérations (Clermont-Ferrand, Issoire, Riom, Thiers), de nombreuses communes sont des territoires de faible densité, dont l’accessibilité dépend très souvent de la voiture. Il existe encore peu d’alternatives réellement concurrentielles pour se rendre là où l’on veut, quand on le souhaite. Les réseaux de transports collectifs sont embryonnaires ou inexistants, les transports à la demande sont limités à certains publics et onéreux pour les collectivités, le covoiturage peine à s’imposer, quant aux modes décarbonés (vélo et marche), ils disposent rarement d’aménagements qualitatifs.

Pour autant, dans ces zones peu denses, où près d’un déplacement sur deux fait moins de 5 km, un véritable potentiel de report modal vers des modes alternatifs existe, passant notamment par un couplage de différentes solutions de mobilité.

DES SERVICES QUI SE STRUCTURENT POUR ÊTRE PLUS INCLUSIFS

Dans les zones de faible densité, l’enjeu prioritaire est d’assurer à chacun un droit à la mobilité. Or, même si la plupart des ménages sont équipés de voiture(s), dans les territoires périurbains jouxtant la métropole clermontoise, 5 à 10% des foyers n’en n’ont pas.

De plus, au sein d’un foyer doté de voiture(s), les différents membres en ont un accès différencié. Les personnes sans permis (mineurs ou adultes), ou qui ne sont pas aptes à conduire (personne âgée ou en situation de handicap) ont un accès bien moins fluide à la mobilité.

Ainsi, alors que dans les espaces de faible densité la mobilité est centrée autour de la voiture, encore synonyme de liberté et d’indépendance, une part non négligeable de la population est confrontée à des freins dans sa mobilité.

UNE OFFRE D’UTILITÉ SOCIALE, PORTÉE PAR LE MONDE ASSOCIATIF

Le développement de Transport d’Utilité Sociale (TUS) vise en particulier à donner accès à l’emploi, à la santé et aux achats, à des publics isolés ou en situation de précarité, souvent âgés. Pour répondre à cet enjeu, des initiatives associatives existent depuis plusieurs années.

Les plateformes de mobilités telles que Plateforme Mobilité 63, Solidar’Auto 43, et AFAPCA qui couvre le Cantal sont fédérées par le réseau Mob’In. En général, les aides à la mobilité sont centrées sur l’obtention du permis de conduire et/ou l’acquisition d’une voiture. Toutefois, des accompagnements individualisés offrent la possibilité à ces publics de satisfaire leurs besoins grâce au covoiturage, au vélo ou aux transports publics.

Par le contexte législatif (article L.3133-1 du code des transports, décret du 20 août 2019), ce type de service doit être assuré par des associations à but non lucratif. Comme le montre le schéma ci-dessous, celles-ci mettent en relation des personnes en situation de précarité (bénéficiaire de la couverture maladie universelle, du revenu de solidarité active…) vivant en zone rurale, avec des conducteurs bénévoles assurant des trajets jusqu’à 100 kilomètres du domicile.

Reposant sur le principe associatif, la pérennité du financement et du vivier de conducteurs bénévoles de ce modèle TUS reste menacée.

Dans ce cadre, le rôle de la collectivité en charge de l’organisation des mobilités (Communauté de communes ou Région) est d’accompagner l’organisation de ce type de services via des aides financières ou encore la mise à disposition d’un local.

LE DÉVELOPPEMENT DE SOLUTIONS PAR LES COMMUNAUTÉS DE COMMUNES, NOUVELLEMENT AUTORITÉS ORGANISATRICES DES MOBILITÉS

Des communes ou des communautés de communes ont pu, ici ou là, développer des services de mobilité. Mais la Loi d’Orientation des Mobilités impose désormais à tous les territoires d’agir sur l’organisation des déplacements des personnes et des marchandises.

En effet, la loi vise la suppression des « zones blanches de la mobilité », ces zones non couvertes par une autorité organisatrice de mobilité, en accordant de nouvelles compétences aux communautés de communes ou par substitution à la Région, lorsque la communauté de communes fait le choix de ne pas se saisir de cette compétence. Les actions peuvent concerner aussi bien le développement de solutions de transports publics, comme la promotion de la « voiture autrement » (autopartage / covoiturage) ou encore encourager l’usage du vélo.

Les personnes éloignées de la mobilité (vieillissantes, précaires…) sont à ce jour les bénéficiaires privilégiés des actions portées par les communautés de communes. Dans certains cas, le service proposé ne se limite pas à une seule solution telle que le transport à la demande. L’efficacité de ce service repose sur le développement d’un bouquet de mobilités permettant d’apporter des réponses variées et adaptées, touchant potentiellement un public plus large.

LE RETOUR D’EXPÉRIENCE DE MOBIL’ARGONNE DANS LE GRAND-EST

Dans le cadre du bouquet de services Mobil’Argonne développé dans le département des Ardennes, il s’agit à la fois de proposer des services :

– de mobilité solidaire  : accès à la mobilité pour des personnes en insertion, transport à la demande, location de scooters ;

– de mobilité inversée : pour rapprocher les services de populations qui ont des difficultés à se déplacer ;

– visant au changement de comportement à travers des dispositifs d’animation autour du covoiturage, l’installation de bornes électriques, ou encore le déploiement de sites de télétravail.

Le retour d’expérience de Mobil’Argonne montre que les dispositifs à destination des publics éloignés de l’utilisation de la voiture connaissent un succès alors que les initiatives visant des publics plus larges, comme le covoiturage et le télétravail, n’ont pas toujours le succès escompté.

LE CONTEXTE ANTHROPOCÈNE APPELLE À REPENSER LES MOBILITÉS

L’indisponibilité des ressources fossiles et les effets subis des dérèglements climatique et écologique imposent d’amplifier les changements de comportement dans toutes nos mobilités. Dans les espaces de faible densité, l’enjeu est alors de sortir du « tout voiture » décliné sur l’unique mode de l’auto-solisme et de l’usage thermique.

La distance domicile-travail des personnes résidant dans des espaces de faible densité fait que la voiture gardera probablement, du moins dans l’avenir proche, un rôle structurant dans les mobilités pendulaires périphérie–centre. Mais il convient de repenser :

– son utilisation par des pratiques plus régulières du covoiturage ou un recours plus large aux transports collectifs  (tramway, bus et car à haut niveau de service, train) ;

– sa motorisation via l’électrification du parc.

Une part des déplacements en zones de faible densité se réalise en proximité. En effet, se rendre à l’école, dans les commerces de base (boulangerie, supérette…) et à des activités culturelles et sportives reste à l’échelle de la commune. Les modes actifs, marche et vélo, pourraient donc être plus utilisés.

D’ailleurs, historiquement, le vélo était assez présent dans le mix mobilité des territoires peu denses. Mais sa place s’est réduite durant les trente dernières années. En effet, la part modale du vélo était de l’ordre de 3,5% dans les espaces ruraux en 1994, quand elle était autour de 2% dans les villes et même moins de 1% à Paris. Actuellement, le vélo représente 2% des déplacements dans les espaces ruraux… alors qu’il connaît une redynamisation dans les grandes villes (4% dans les villes de plus de 100 000 habitants ; près de 6% à Paris).

Demain, vélo mécanique, vélo à assistance électrique et marche pourraient assurer une part conséquente des déplacements de proximité. Les freins à lever sont la mauvaise qualité des cheminements piétons, l’absence d’aménagements cyclables et les difficultés pour les petites communes à se doter de l’ingénierie technique et financière permettant de construire une politique globale en faveur des modes actifs.

DEMAIN, LA FIN DU « TOUT VOITURE » DANS LES ESPACES PEU DENSES ?

Faut-il en conclure que l’avenir des déplacements dans les territoires peu denses reposera de moins en moins sur la voiture solo ? Les distances à parcourir, la faible densité de population ou la difficulté à changer de culture de mobilité pourraient constituer des obstacles majeurs à la transformation.

Les réponses actuelles s’adressent principalement aux personnes qui n’ont pas un accès simple à la voiture et qui peuvent être éloignées de la mobilité. Mais au regard des enjeux de climat et d’énergie, la montée en puissance d’alternatives est indispensable pour que tous les automobilistes puissent penser leur mobilité autrement.

Il existe une combinaison de différents outils et dispositifs à adapter en fonction du contexte et des besoins pour transformer les mobilités en zones peu denses. Les agences d’urbanisme de la région Auvergne-Rhône-Alpes accompagnent les collectivités et capitalisent les enseignements au travers de publications sur les mobilités innovantes. Le Cerema propose une boîte à outils des mobilités en zone peu dense. Ces différents supports recensent des expériences réussies, qui peuvent se dupliquer dans des territoires aux contextes économiques, géographiques et sociaux similaires. Les solutions sont diverses : de l’autopartage au transport régulier, en passant par le vélo. Ce dernier est une solution prometteuse dans les espaces périurbains et ruraux.

La crise énergétique que nous connaissons en 2022 va-t-elle favoriser la mobilité vélo dans les espaces de faible densité ? Ce fut le cas de la pandémie Covid-19, qui a replacé le cyclisme au cœur des mobilités urbaines.

Webinaire – “Se déplacer dans les territoires périurbains et ruraux : quelles alternatives à la voiture solo et thermique ?” 20 Octobre 12h

La mobilité constitue un enjeu majeur de vitalité territoriale et d’inclusion sociale. Dans les espaces de plus faible densité, ruraux et périurbains, voire dans les quartiers excentrés et mal desservis par les transports en commun des villes, la voiture a longtemps constitué le véhicule incontournable.

Les crises auxquelles nous sommes confrontés – énergétique, climatique, écologique, économique – obligent à remettre en cause ce modèle mobilitaire et spatial dominant. Le sujet n’est pas nouveau : la loi d’orientation des mobilités a précisé les responsabilités des collectivités en la matière tout en promouvant des solutions alternatives à la voiture « thermique » et « solo » , moins coûteuses, émissives et polluantes, plus actives.

L’Agence d’urbanisme et de développement de Clermont Métropole vous invite à participer à un webinaire portant sur le déploiement de ces solutions de mobilités innovantes dans les territoires périurbains et ruraux : seront présentés et discutés par des spécialistes de la question, des résultats d’études récentes et retours d’expérience.

PROGRAMME :

L’animation du webinaire sera assurée par Sébastien Reilles, chargé d’études mobilités à l’AUDCM.

●  Introduction

●Les enjeux de la mobilité en zone rurale par Thomas BRAUD, chargé de mission écomobilité à la Plateforme Mobilité du Puy-de-Dôme

●La boîte à outils Mobilité en zones peu denses – Zoom sur le transport d’utilité sociale par Marc LAFRANCHI, chargé d’études stratégies et services de mobilité au Cerema Centre-Est

● Mobil’Argonne, un bouquet de solutions de mobilités par Karine ODIENNE, Directrice Générale Adjointe à la Communauté de communes Argonne Ardennaise et Arthur DELACROIX, chargé d’études Mobilités à l’Agence d’urbanisme, de développement et de prospective de la Région de Reims

●Rendre possible le développement du vélo en territoires peu denses par Romain LEGROS, chargé de mission au Club des villes et territoires cyclables et marchables

● Conclusion