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Le marché locatif privé de Clermont Ferrand parmi les plus abordables en France

Pour la sixième année consécutive, l’Observatoire Local des Loyers (OLL) de l’agglomération clermontoise [1] a examiné les niveaux de loyers pratiqués à l’échelle du Grand Clermont.

Au sein de ce périmètre, environ 57 130 logements sont occupés par des locataires du parc privé, soit environ 28 % du parc des résidences principales, c’est cette tranche qui est observée par l’OLL. Menée auprès des professionnels de l’immobilier et des particuliers qui assurent eux-mêmes la gestion de leurs biens, l’enquête 2021 a concerné 19 % de ce parc locatif privé, soit plus de 9000 logements, c’est-à-dire un volume permettant de produire des résultats représentatifs des tendances du marché locatif privé local.

Résultat : les niveaux de loyers mesurés en 2021 au sein de l’agglomération clermontoise restent abordables comparativement aux autres territoires couverts par un OLL, avec des niveaux de loyers dont l’augmentation est modérée depuis 2016.

Pour autant, ils ne doivent pas faire oublier les disparités de niveaux de loyers pratiqués, ou masquer les difficultés d’accès au parc locatif privé pour les ménages les plus modestes, difficultés qui pourraient s’accentuer au vu des problèmes énergétiques auxquels est confronté le parc locatif privé.

UN MARCHÉ LOCATIF PRIVÉ PARMI LES PLUS ABORDABLES

Avec un niveau de loyers hors charges observé de 9,1 €/m² tous types de logements confondus en 2021, l’agglomération clermontoise fait partie des territoires où les niveaux de loyers sont les moins élevés : 17ème niveau de loyer le plus bas sur les 52 territoires observés par le réseau national. L’agglomération clermontoise reste ainsi parmi les territoires les plus abordables, comparativement aux autres territoires observés par un OLL, confirmant les tendances observées lors des précédentes enquêtes.

En comparaison avec les autres métropoles dotées d’un OLL, seules Brest et Saint-Etienne présentent des niveaux de loyers inférieurs à ceux de Clermont-Ferrand [2].

DES DISPARITÉS OBSERVÉES SUR LE TERRITOIRE DU GRAND CLERMONT

Pour autant, les niveaux de loyers [3] observés sont très différenciés au regard des caractéristiques des logements, dont certaines sont à même de faire croître le loyer : localisation centrale (+2 €/m² pour un logement situé à Clermont-Ferrand comparativement à un bien situé en dehors de la métropole), petits logements (+2,5 €/m² pour un T1 comparativement à un T2 du Grand Clermont), appartements (+1,4 €/m² par rapport à une maison) ou encore logements construits sur la période 1991-2005 (+1,7 €/m² par rapport aux logements de la période 1946-1970, les moins onéreux du marché locatif privé).

L’impact à la hausse de ces caractéristiques sur le montant du loyer s’explique par les atouts qu’ils présentent pour les locataires. Par exemple, un logement récent implique une consommation énergétique modérée et des charges locatives plus basses, qui le rendent attractif pour les locataires au vue des économies qu’ils réaliseront, malgré le fait que ces biens, recherchés, aient des loyers hors charges plus élevés. D’autre part, l’adéquation avec les besoins des locataires du parc privé du Grand Clermont joue également sur l’attractivité du logement, donc le montant plus élevé du loyer. Localement, les locataires du parc privé sont des jeunes ménages actifs en emploi (55 %) ou des étudiants (19 %), vivants seuls (62 %) [4]. Ces profils se tournent majoritairement vers des petits logements (T1 et T2) à proximité des lieux d’études ou d’emplois, pour lesquels la demande est forte.

Si les niveaux de loyers en €/m² sont les plus élevés au centre de Clermont-Ferrand, c’est en dehors de la métropole que le coût du logement est le plus élevé pour les ménages locataires du parc privé. En effet, le parc locatif dans cette zone est composé essentiellement de grands logements (46% de T4 ou +) et de maisons (51%). La taille des logements étant plus importante (58 m2 en moyenne au centre contre 79 m2 hors métropole), le loyer médian en euros y est finalement plus élevé. Ainsi, un locataire en dehors de la métropole paie un loyer médian de 550€ contre 480€ pour un locataire dans Clermont-Ferrand.

UN MARCHÉ LOCATIF PORTÉ PAR LES ÉTUDIANTS

Le marché locatif privé du Grand Clermont connaît une augmentation modérée des niveaux de loyers observés entre 2016 et 2021 dans le cadre de l’OLL. Le loyer médian entre ces deux dates est passé de 8,6 €/m² à 9,1 €/m², soit +0,5 €/m² sur cette période.

Les augmentations de loyers se font par l’application de l’Indice de Référence des Loyers [5] par le bailleur pour les baux en cours, ou à l’occasion d’un changement de locataire.Les logements dont les locataires sont mobiles, connaissent une augmentation de leur loyer plus importante et ont des loyers plus élevés que les logements où le locataire reste en place.

C’est notamment le cas à Clermont-Ferrand, ville universitaire dont le parc locatif privé, composé majoritairement de petits logements (60 % du parc de la ville se compose de T1 et de T2), est plus à même d’être loué par des étudiants, un profil de locataires très mobiles. A Clermont-Ferrand, 34 % des locataires occupent leur logement depuis moins d’un an contre 28 % en dehors de la métropole. Les bailleurs sont ainsi amenés à réévaluer plus régulièrement leur loyer que dans le reste du territoire où le volume plus important de grands logements conduit à une occupation par des locataires moins mobiles (familles, personnes âgées…).

Ainsi, les logements situés à Clermont-Ferrand dont les locataires ont emménagé depuis moins d’un an sont passés d’un loyer médian de 9,6 €/m² en 2016 à 10,3 €/m² en 2021, soit + 0,7 €/m². Globalement, les locataires du Grand Clermont installés depuis moins d’un an dans leur logement ont un loyer médian de 9,8 €/m² contre 8,8 €/m² pour les locataires installés depuis plus d’un an.

Cette tendance du marché locatif privé local à être porté par une dynamique liée au contexte estudiantin s’observe également dans la saisonnalité des emménagements. 52 % d’entre eux ont eu lieu entre juillet et septembre 2020 [6], principalement dans des T1, en lien avec l’installation des étudiants avant la rentrée universitaire.

L’essor, ces dernières années, des locations meublées est un autre marqueur du développement du marché de la location étudiante sur la métropole. Leur volume a fortement augmenté entre 2013 et 2018, passant de 6315 logements à 8173 logements à l’échelle du Grand Clermont. La majorité de ces locations meublées se situent à proximité des lieux d’études puisque 80 % des meublés du parc locatif privé du Grand Clermont se situent à Clermont-Ferrand. Une location meublée se loue plus chère qu’une location vide : un T1 meublé se loue 3 €/m² de plus qu’un T1 loué vide.

UN MARCHÉ LOCATIF AMENÉ À SE TENDRE AU REGARD DES ENJEUX ÉNERGÉTIQUES ?

Si le marché locatif privé clermontois reste encore peu tendu, il pourrait être amené à se contracter  dans les années à venir sous les effets conjugués d’une réduction de l’offre et d’une augmentation des prix. En effet, les incitations à la rénovation énergétique  induites par l’interdiction progressive, initiée en janvier 2023, de mise en location des “passoires thermiques” [7], l’augmentation des tarifs de l’énergie, dont l’électricité et le gaz naturel, ou la transition enclenchée pour se défaire des ressources fossiles (gaz, pétrole, charbon) au profit des renouvelables pourraient entraîner un bouleversement du marché, avec pour conséquence des difficultés prégnantes d’accès au parc locatif privé pour les ménages modestes.

Bien que localement il soit encore difficile d’estimer le volume de logements du parc locatif privé considérés comme des “passoires thermiques”, la part conséquente de logements construits avant les premières réformes thermiques (41% de logements du Grand Clermont datent d’avant 1970) et de petits logements (49 % de T1 et de T2), lesquels sont plus à même d’être insuffisamment isolés, laisse présager que le parc locatif privé de l’agglomération clermontoise sera impacté par cette réglementation. Le volume de logements mis en location pourrait ainsi se réduire si les propriétaires n’engagent pas de travaux de rénovation énergétique.

Or, ces logements, moins qualitatifs en termes de performance énergétique, sont les plus susceptibles d’être loués par des ménages modestes en raison de loyers souvent plus bas. Les logements les plus performants énergétiquement, recherchés par les locataires, notamment en temps de crise énergétique, pourraient ainsi voir leur loyer augmenter en lien avec l’augmentation de leur valeur verte [8], les rendant inaccessibles aux ménages les plus modestes.

Les moins de 30 ans représentent plus d’un tiers des locataires du parc privé à l’échelle du Grand Clermont et plus de 43 % des locataires du parc privé de la ville de Clermont-Ferrand.  Leur capacité à se loger dans le parc locatif privé, notamment dans des logements types T1 et T2, à proximité des lieux d’études pourraient ainsi se réduire. Actuellement, au regard de leur revenu et du loyer médian observé, 50 % des moins de 30 ans de Clermont-Ferrand ont accès à 90 % des T1 de la ville [9]. Ce segment du marché locatif privé sera probablement le plus susceptible de se tendre dans les années à venir, au vu des enjeux énergétiques auxquels fait face le parc locatif privé. La capacité, pour les ménages modestes, dont les étudiants, à se loger au sein du parc locatif privé de l’agglomération clermontoise se pose dans ce contexte.

Approche santé dans les documents de planification et les projets urbains : une palette d’outils pédagogiques pour accompagner les territoires

Introduire et porter les enjeux de santé dans les documents de planification et les projets d’aménagement constitue depuis plusieurs années le cœur de l’action 17 du Troisième Plan Régional Santé Environnement (PRSE 3) porté par l’Agence Régionale de la Santé et la Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement . Cette action 17 a pour objectifs d’identifier et de hiérarchiser les déterminants de santé principaux sur un territoire, de caractériser la manière dont les enjeux de santé-environnement sont pris en compte dans les documents de planification et les projets d’aménagement, de sensibiliser et d’accompagner les collectivités dans la réalisation de diagnostics et l’élaboration d’orientations et d’actions permettant de répondre aux enjeux de santé dans les projets. Les agences d’urbanisme de la région Auvergne-Rhône-Alpes ont été sollicitées pour construire ensemble, par l’expérimentation, des méthodes et bonnes pratiques pour corréler santé et actions d’aménagement. Huit territoires ont ainsi fait l’objet d’expérimentations, à des échelles variées, du projet urbain jusqu’au Schéma de cohérence territoriale (SCOT) en passant par les Plans Locaux d’Urbanisme intercommunaux (PLUi) et les opérations de revitalisation urbaines . Ces expérimentations ont mis en évidence deux priorités : l’indispensable place du dialogue et du temps nécessaire à lui dédier entre les différents acteurs du territoire, et le besoin de sensibilisation aux impacts des manières de construire et d’aménager nos cadres de vie sur l’état de santé et de bien être des personnes qui y vivent. Ces années d’expérimentation à destination d’un large public, sont présentées en différents documents permettant aux collectivités de saisir rapidement les enjeux principaux et les possibilités d’action pour un urbanisme favorable à la santé.

LE MOT DU RÉSEAU URBA 4

Faire valoir les enjeux de santé dans les documents de planification et les projets d’aménagement : c’est la mission que s’est donnée le réseau des Agences d’urbanisme d’Auvergne-Rhône-Alpes (réseau Urba 4), dans le cadre d’un partenariat avec l’Agence régionale de santé (ARS), la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL) et l’appui de l’Observatoire régional de la Santé (ORS).

En effet, les Agences d’urbanisme et leurs partenaires en sont convaincus : les collectivités disposent de puissants leviers d’action en matière de santé, dont elles ne soupçonnent pourtant pas toujours la portée. C’est pourquoi depuis plusieurs années, les Agences d’urbanisme d’Auvergne-Rhône-Alpes, l’ARS, la DREAL et l’ORS se mobilisent et se coordonnent pour accompagner les élus dans une mise en cohérence plus efficace des politiques publiques et dans des arbitrages parfois délicats en faveur de la santé de tous, afin d’améliorer durablement l’habitabilité de nos territoires.

Aboutissement de ces travaux, le réseau Urba 4 a conçu des outils pédagogiques, issus d’expérimentations menées auprès de six collectivités : trois vidéos, 14 fiches pratiques et un rapport technique, afin de sensibiliser et accompagner les collectivités dans leur projet d’urbanisme favorable à la santé.

UN TRAVAIL À L’ÉCHELLE RÉGIONALE QUI SE POURSUIT SUR LE TERRITOIRE PUY-DE-DÔME

La mallette pédagogique s’adresse aux élus et aux techniciens de tous les territoires. Elle est conçue pour simplifier l’accès aux concepts et aux traductions opérationnelles de l’urbanisme favorable à la santé. Ces outils arrivent à un moment favorable pour le territoire du Puy-de-Dôme : les sujets de la santé, du bien-être et de leur relation à la qualité de vie sont ici en plein essor. Plusieurs initiatives pourront ainsi bénéficier de ce premier travail réalisé par les Agences du réseau Urba 4. Parmi les projets prévus en 2023 à l’Agence d’urbanisme Clermont Massif Central : un accompagnement qui débute à titre expérimental sur le territoire d’Aulnat, avec la réalisation d’un diagnostic santé-environnement et un partenariat avec l’Union départementale des CCAS du Puy-de-Dôme. Le but est d’interroger les possibilités d’urbanisme favorable à la santé sur l’ensemble du département, et ses liens avec l’action sociale. Ces travaux viendront notamment nourrir l’élaboration des documents de planification locaux : PLUi de la Métropole et SCoT du Grand Clermont entre autres.

Penser l’avenir des tissus pavillonnaires, un échange avec Judith Drouilles

Judith Drouilles est architecte de formation et urbaniste diplômée de l’école d’urbanisme de Paris. Au Laboratoire d’architecture et technologies durables de l’Ecole Polytechnique fédérale de Lausanne, elle a conduit une thèse de doctorat sur l’évolution des quartiers pavillonnaires suisses et périurbains à l’horizon 2050, sous la direction du professeur Emmanuel Rey.

L’Agence d’urbanisme accompagne en 2022-2023 élus et techniciens avec un cycle de formation-action “L’urbanisme métropolitain face à l’urgence écologique et sociale”. Dans ce cadre, le travail de recherche de Judith Drouilles est éclairant, notamment pour sa comparaison avec la situation suisse. L’Agence d’urbanisme l’a interviewée le 17 mars 2023.

QU’EST-CE QUI VOUS A AMENÉ À CHOISIR CE SUJET DE RECHERCHE ?

C’est un sujet sur lequel j’ai commencé à travailler dans le cadre de mon diplôme d’architecture à l’école de Paris-Malaquais (ENSAPM), où j’étais plutôt focalisée sur le Grand Paris. Dans les années 2010, la question qui se posait était de densifier autour des gares de la région Ile-de-France. Et c’est là que j’en suis venue à travailler sur des tissus pavillonnaires, et donc à m’intéresser à ce sujet, car en petite couronne parisienne, pavillonnaire et densification autour des gares sont deux thèmes intimement liés. J’ai ensuite étendu ce travail au territoire suisse, à l’agglomération lausannoise, en privilégiant les enjeux de transition et de transformation à ceux de la densification.

VOTRE THÈSE EST APPLIQUÉE AUX QUARTIERS RÉSIDENTIELS PÉRIPHÉRIQUES DE L’AGGLOMÉRATION DE LAUSANNE, EN SUISSE. EN QUOI SONT-ILS DIFFÉRENTS DE NOS QUARTIERS PAVILLONNAIRES EN FRANCE ?

Il y a de nombreux points similaires, mais ce qui diffère principalement entre les quartiers suisses et français c’est l’échelle : la dimension des quartiers, des parcelles, des maisons, etc. Mais ce qui distingue surtout les quartiers pavillonnaires les uns des autres en Suisse ou en France, c’est leur distance au centre, c’est cela qui influence les principales caractéristiques. Plus on est proche du centre et plus il y a de la pression sur ces quartiers pour accueillir de plus en plus d’habitants. Les logements et les parcelles vont rétrécir et finalement on aura une assez grande densité. Le processus de densification douce se fait déjà naturellement dans les quartiers les plus proches des centres. Quel que soit le territoire, on a ce processus et cette forme basique des quartiers pavillonnaires. Au-delà de cette distance au centre, la particularité de la Suisse, c’est que nous trouvons encore régulièrement de grandes parcelles avec des villas assez imposantes, ce qui est moins le cas dans les périphéries françaises.

QU’EST-CE QUI EXPLIQUE SELON VOUS L’ASPIRATION DES MÉNAGES VERS LE PÉRIURBAIN ?

On sent qu’il y a cette quête d’espace, qui est l’une des raisons principales qui poussent les ménages à rechercher une maison individuelle avec jardin. Mais on note aussi une recherche d’indépendance dans la manière de vivre. La recherche de qualité du logement prime parfois sur l’accès aux services.

ET S’IL DEVAIT RESTER UN COUPABLE DE L’ÉTALEMENT URBAIN, QUEL SERAIT-IL ?

À mon avis, l’étalement urbain, c’est un fait de société. C’est quelque chose qui s’est formé au fil du temps. On a tous l’idéal de la maison individuelle en tête, qu’on le concrétise ou non. La majorité des ménages se dit un jour “est-ce qu’habiter en maison individuelle avec un jardin ne serait pas plus adéquat pour ma qualité de vie ?”.

Ce qui a rendu possible cet étalement urbain c’est l’accélération des déplacements. Avant le développement du train au 19ème siècle, on habitait soit en ville, soit à la campagne. Avec le train, l’étalement urbain a pris forme car il devenait envisageable d’habiter plus loin de son travail, et donc d’accéder à des logements plus spacieux, dans des villes moins polluées et surpeuplées. Avec l’apparition de la voiture, c’est le territoire entier qui a été mis à disposition. Toute la société s’est ensuite organisée pour accompagner cette accélération des déplacements, et les projets immobiliers ont été facilités par un prix du foncier agricole dérisoire.

DANS VOTRE THÈSE, VOUS PARLEZ DES “STIGMATES DE LA VILLE DIFFUSE”. POUVEZ-VOUS REVENIR SUR CETTE NOTION ?

Le terme de ville diffuse est synonyme d’étalement urbain. Il existe différents modèles de villes. En Suisse on essaye de mettre en place la ville polycentrique, qui connecte différents pôles entre eux par des réseaux de transports performants. À l’inverse, la ville diffuse est étalée dans le territoire sans présenter de pôle majeur attractif. Les stigmates, eux, sont facilement identifiables. La ville diffuse repose sur un tissu bâti de maisons individuelles, qui consomme du territoire au détriment des surfaces agricoles, forestières et naturelles. C’est un mode de vie dépendant de la voiture et donc générateur de pollutions, et qui encourage aussi l’individualisme et le repli sur soi. Restent aussi les questions d’efficacité énergétique des bâtiments, qui souvent sont sous-occupés du fait des évolutions démographiques et des phénomènes de recomposition des ménages. Pour toutes ces raisons, quand on compare la consommation d’énergie par personne, on remarque qu’elle est beaucoup plus importante en maison individuelle périphérique qu’en appartement en ville.

À L’INVERSE, LE TISSU PÉRI-URBAIN EST DOTÉ DE RÉELLES QUALITÉS. QUELLES SONT-ELLES ?

A mon avis, la qualité principale de ces tissus est leur faible densité, avec une disponibilité importante de surface de pleine terre, permettant dans certains cas une végétalisation et une arborisation de qualité (même si les jardins sont considérés [dans les documents de planification] comme des surfaces artificialisées). Aujourd’hui ces territoires sont aussi vus comme des réserves foncières propices à accueillir de nouveaux ménages. On a aussi dans ces quartiers des communautés plus locales. Mais les qualités de ces territoires sont encore à explorer et à exploiter. On a encore du mal à trouver un équilibre entre les stigmates et les qualités, sinon nous n’aurions pas ce débat aujourd’hui.

COMMENT PEUT-ON CONCILIER LA PRÉSERVATION DES QUALITÉS DU TISSU PAVILLONNAIRE, NOTAMMENT LA PLEINE TERRE ET LA PRÉSENCE D’ARBRES, AVEC LES LOGIQUES DE DENSIFICATION PAVILLONNAIRES ?

Dans les quartiers de maisons individuelles, chaque propriétaire agit sur sa parcelle et sur sa maison, selon son propre intérêt, au moment où il en a besoin. C’est le principe d’un quartier de maisons individuelles : chacun est maître chez soi et sur son terrain, c’est ce que garantit la propriété individuelle.

C’est aujourd’hui du ressort des politiques publiques de prendre cette question à bras-le-corps. Mais nous n’avons pas encore tous les outils pour remettre en question les mécanismes de densification à la parcelle de biens individuels occupés par leur propriétaire. On reste focalisé sur le “parcelle par parcelle” et on peine à développer des visions à l’échelle du quartier. Or c’est à cette échelle que l’on pourrait arriver à préserver les espaces libres, comme les cœurs d’îlots dans certains cas, mais pour cela il faut vraiment avoir une vision plus haute, à l’îlot voire au quartier. Surtout que le quartier est un site d’étude facilement identifiable grâce à sa morphologie urbaine, et pour lequel il serait intéressant d’avoir au moins un schéma directeur, qui pourrait mettre en évidence les éléments à préserver ou à développer, comme les corridors écologiques ou des parcours pour les mobilités douces, sans forcément contrarier les intérêts des propriétaires et les priver de leur propriété privée.

DANS VOTRE THÈSE, VOUS AVEZ CONSTRUIT PLUSIEURS SCÉNARIOS PROSPECTIFS D’ÉVOLUTION DES TISSUS PAVILLONNAIRES, POUVEZ-VOUS NOUS LES PRÉSENTER EN QUELQUES MOTS ?

La thèse a développé 5 scénarios prospectifs entre 2015 et 2050. On a d’abord un premier groupe avec les scénarios “Caducité” et “Exclusivité”, qui se basent sur une idée de poursuite du modèle actuel. Le scénario “Caducité” présente un quartier de maisons individuelles éloigné de tout, dans un secteur peu attractif, et qui a du mal à se renouveler. Dans le scénario “Exclusivité”, on est à l’inverse dans un endroit relativement attractif, avec une volonté des propriétaires de maintenir les valeurs de leur bien, et donc on suppose une augmentation des prix et une protection des terrains pour préserver la maison comme un bien d’exception.

Le scénario “Exclusivité” est surtout applicable à la Suisse, où la révision de la Loi sur l’aménagement du territoire tente de stopper l’étalement urbain, notamment en redimensionnant les zones à bâtir et en basculant les terrains constructibles non bâtis dans les franges du territoire urbanisé, attribués il y a plus de 15 ans, en zones agricoles. Donc progressivement cela va augmenter la pression sur les quartiers de maisons individuelles existants, car les nouveaux quartiers ne présentent pas les mêmes qualités, ils sont beaucoup plus denses et ne se composent plus de villas individuelles. Dans ce cadre-là, la maison devient un bien d’exception, notamment lorsqu’elle présente des vues (sur le lac, sur les Alpes, …). Dans ce scénario “Exclusivité”, on essaye donc de conserver au mieux ces qualités pour les prochaines années.

Le troisième scénario, “Opportunité”, repose sur une densification douce, parcelle par parcelle. Ce sont des mécanismes au coup par coup très courants actuellement, avec une large palette de projets (agrandir sa maison, construire en fond de parcelle, etc.).

Dans les deux derniers scénarios, on essaye de mettre en œuvre une vision à l’échelle du quartier. Le scénario “Urbanité” consiste en quelque sorte à re-répartir les droits à bâtir pour créer des logements collectifs dans le quartier. Ce scénario permet par exemple de reloger des personnes âgées à l’intérieur même de leur quartier, quand leur logement n’est plus adapté à leurs besoins. Les quartiers d’habitat pavillonnaire ont par ailleurs un foncier très fragmenté, ce qui les rend difficilement praticables pour les piétons, qui doivent parfois faire des détours importants pour aller d’un point à un autre. Rien qu’en ayant cette vue d’ensemble et en créant des sentes piétonnes, cela peut déjà changer la donne.

Le dernier scénario, “Mutualité”, est encore plus radical dans la transition. Dans ce scénario, on considère des maisons construites dans les années 70 ou 80, qui ne présentent pas de qualités particulières. Ainsi, si une maison n’a pas été rénovée au bout de 50 ans (ce qui correspond à la durée d’amortissement de son énergie grise, soit l’énergie mise en œuvre pour construire le bâtiment), on active un processus de démolition/reconstruction. Mais au lieu de reconstruire sur place, on réorganise progressivement le bâti avec des formes urbaines intermédiaires, en mutualisant les espaces verts de pleine terre. On cherche donc une meilleure intégration dans le paysage. Cette mutualisation permet de créer des jardins partagés, par exemple pour mieux organiser la production alimentaire sur place (car la gestion peut être collective), ou concevoir des lieux communautaires, ou encore des espaces de jeux pour enfants. Les scénarios “Urbanité” et “Mutualité” ont en commun la volonté de réintégrer les quartiers dans l’agglomération dans laquelle ils se trouvent.

 AVEC LE RECUL, AVEZ-VOUS L’IMPRESSION D’AVOIR ÉPUISÉ LES POSSIBLES ?

Pas vraiment, mais on parle de scénarios donc ce sont par définition des caricatures. Il peut exister des milliers de variations et de mélanges entre ces scénarios. Donc, oui, il y a sans doute une autre voie, mais je n’en n’ai pas forcément vu d’autre aussi nette que les cinq évoquées précédemment. Après, il y a évidemment “on rase tout et on fait beaucoup plus dense”, mais ce n’était pas du tout la solution que je souhaitais ! J’ai vraiment travaillé dans l’optique de faire avec ce que l’on a, en respectant le principe de la propriété individuelle qui est fondamental. Mon objectif était de travailler avec les qualités internes des quartiers, de conserver la même densité, tout en cherchant une réorganisation, doucement, et en accord avec les habitants.

POUR FAIRE ÉVOLUER CES TISSUS, QUELLE EST LA RESPONSABILITÉ DES DONNEURS D’ORDRES, DES PRENEURS DE DÉCISIONS ET GLOBALEMENT DES INSTITUTIONS TERRITORIALES AUJOURD’HUI ?

Ce qui est fondamental c’est d’avoir cette vision à l’échelle du quartier. Il faut donc trouver les outils pour le faire et c’est la question que je me pose encore aujourd’hui. Les schémas directeurs à l’échelle du quartier, les mécanismes de redistribution des droits à bâtir sont des solutions. Il nous faut trouver des manières de réglementer, tout en donnant de la flexibilité pour innover, sans être contraint de toujours travailler à la parcelle.

QUELLES SONT POUR VOUS LES ACTIONS À MENER EN PRIORITÉ ?

En priorité c’est la question de la performance énergétique qu’il faut régler. Les quartiers de grande périphérie des agglomérations, qui se sont développés dans la seconde moitié du 20ème siècle et qui sont très dépendants de l’automobile, sont généralement au bout de leur première phase d’occupation. On assiste donc à une transition entre des ménages qui s’en vont et d’autres qui s’installent, et cette phase s’accompagne de travaux pour adapter les logements. Et c’est dans ce moment charnière qu’il est important d’intervenir systématiquement pour encourager les travaux d’amélioration globale de l’enveloppe du bâtiment (murs, toiture, fenêtres, etc.), d’employer des systèmes de chauffage plus performants et utilisant des énergies renouvelables. Sans incitations publiques, ces travaux lourds risquent d’être fortement retardés. Un autre point qui me tient à cœur, et qui est difficile aussi à transmettre, c’est qu’avec le scénario “Opportunité”, de densification douce, les bâtiments et/ou les parcelles sont divisées et on a progressivement une fragmentation du foncier. Le risque, si ce mécanisme est développé dans tous les quartiers pavillonnaires, c’est que dans 30 ou 40 ans, on soit encore face à face, à se poser la même question qu’aujourd’hui : “qu’est-ce qu’on fait ?”. Car certes, on aura des quartiers plus denses, mais ils seront aussi beaucoup plus complexes à transformer, car les parcelles seront plus petites et les propriétaires plus nombreux. C’est une situation que l’on observe déjà dans les lotissements denses.

POUR CONCLURE, SELON VOUS, CE SERAIT QUOI, LE FUTUR HEUREUX ET DÉSIRABLE ?

Selon moi, les quartiers de maisons individuelles sont un élément de notre patrimoine, de notre héritage, c’est vraiment le tissu du 20ème siècle. C’est aussi un mode de vie plébiscité, recherché, et il serait dommage de le voir disparaître au nom de la densité. Il faut réussir à en préserver l’identité et le cadre de vie, qui sont aujourd’hui les deux points positifs de ces endroits là. Mais pour cela il faut réussir à développer réellement des quartiers de maisons individuelles, et pas simplement cette nappe dans laquelle on habite. Il faut donc intégrer ces quartiers au fonctionnement des communes, en y amenant des services, des activités et de la mixité.

Événement : l’AUCM organise le premier club régional “Planif’Territoire” 2023 sur le ZAN, le 25 Avril à Gerzat

En 2023, le réseau PLANIF TERRITOIRES (ex club PLUi) ouvre une nouvelle ère en matière de planification territoriale. Plus large et inclusif, ce réseau s’adresse désormais à l’ensemble des acteurs de la planification territoriale, en intégrant la planification stratégique (SCoT) et en resserrant les liens avec les élus afin de les accompagner dans la mise en œuvre de leurs transitions.

Piloté par l’État et accompagné des 4 agences d’urbanisme de la région Auvergne Rhône-Alpes à savoir Lyon, Grenoble, Saint-Etienne, et Clermont Ferrand (Urba4), le premier évènement du réseau régional se tiendra à Gerzat sur la question de l’adaptabilité et de l’acceptabilité des territoires aux enjeux du ZAN.

Autour de grands témoins, d’élus et d’experts locaux, cette journée nous permettra de partager et d’échanger sur les nouveaux modes de faire qui incubent dans les territoires (gouvernance, méthode, leviers, expérimentations) et comment ces territoires s’approprient les enjeux de la sobriété foncière pour en devenir acteurs.

Dans la continuité du webinaire « Vers la sobriété foncière : comprendre, observer, agir » du 8 décembre 2022, ou du cycle sur l’urbanisme métropolitain face à l’urgence écologique et sociale de la métropole clermontoise, cet évènement s’inscrit pleinement dans la démarche de sensibilisation et d’accompagnement des territoires à la mise en œuvre de la sobriété foncière engagé par l’Agence d’urbanisme Clermont Massif central au profit de ses adhérents.

Cette journée est à destination des élus comme des techniciens des collectivités. Nous vous attendons nombreux.

Voir la Vidéo de présentation (Dailymotion)

CLUB RÉGIONAL PLANIF TERRITOIRES – 25 AVRIL 2023
DE 9H30 À 16H00 – A GERZAT (SALLE LE GALION)

 PROGRAMME :

La Récré-Action continue ! Deuxième rencontre : Nos héritages, ou comment faire l’habitat en partant de l’existant ?

Dans le cadre de l’élaboration du PLU de la Métropole clermontoise, l’Agence d’urbanisme anime un cycle intitulé :
« L’urbanisme métropolitain face à l’urgence écologique et sociale ». Cette formation-action expérimentale recrée du sens et encourage l’adoption de bonnes pratiques. Nous avions conçu ce cycle Recré-action en connaissance de cause : la remise en question des ethos, c’est-à-dire de nos habitudes et manières d’être, complexifie la mission déjà ardue des élus et techniciens des collectivités territoriales. D’un côté s’imposent des règlements encadrant l’aménagement, le Zéro Artificialisation Nette par exemple ; de l’autre des revendications d’administrés fondées sur nos héritages : dépendance à l’automobile et désir de la maison pavillonnaire individuelle. Le tout formant des contradictions, avec lesquelles il convient de jongler.

QUESTIONNER NOS HÉRITAGES

Le 27 février 2023, une trentaine d’élus et de techniciens des communes du territoire métropolitain et de la métropole clermontoise ont ainsi bénéficié de retours d’expériences, d’éclairages d’experts, et d’une mise en mouvement sous forme d’un jeu de débat. Ce dont nous héritons, nos rapports au logement, les choix en matière d’habitat et la soutenabilité de modèles existants ont été questionnés au regard des défis de transition écologique et de sobriété foncière.

Les propos introductifs de Christine Mandon (2) , ont invité les participants à “prendre à bras le corps” l’urgence climatique et sociale, en convoquant créativité et pouvoir d’agir.

Interroger la pertinence des modèles passés et actuels en matière d’habitat et d’aménagement des espaces répond à cet objectif : il est nécessaire de repenser les tissus urbains dont nous héritons, mais aussi de faire évoluer les attentes des habitants.

L’HÉRITAGE URBAIN DE LA MÉTROPOLE : CONTRAINTE OU OPPORTUNITÉ ?

La moitié du tissu urbain métropolitain existant est constitué de maisons individuelles, composées en diverses formes: du pavillonnaire diffus aux lotissements structurés, en passant par des cités jardins. Ce mode d’aménagement, dont nous héritons, atteint aujourd’hui des limites. Il consomme du foncier de manière excessive et éloigne les publics les moins aisés des centres urbains.

En ce sens, Diane Deboaisne (3) a présenté une étude réalisée par le Conseil d’Architecture d’Urbanisme et d’Environnement du Puy-de-Dôme intitulée “(P)réparer les tissus pavillonnaires” (4) pour inciter les participants à considérer les différentes typologies de parcellaires engendrées par les développements urbains liés à la construction de maisons individuelles. Sur le territoire d’Aubière, 5 typologies ont ainsi été repérées : les tissus en cours de densification, l’étalement linéaire, les lotissements, le comblement diffus et l’étalement en nappe. Finalement, les tissus pavillonnaires ont aussi des qualités à préserver et mettre en valeur : proximité de la nature, zone de tranquillité, îlots de fraîcheur, potentiel pour une vie sociale de qualité.

INTERVENIR DANS LES TISSUS EXISTANTS : DES MOYENS D’ACTION MAIS AUSSI DES QUESTIONS

Amandine Hernandez, directrice des opérations chez Villes Vivantes et Camille Perez, cheffe de projet Opérations d’aménagement à Clermont Auvergne Métropole ont présenté (5) le projet Bamba (6), expérimentation menée sur le quartier de Champratel. Ce dispositif basé sur un accompagnement sur-mesure des porteurs de projets, futurs habitants, vise à créer des logements abordables à proximité des centres urbains, des transports en commun, commerces et autres aménités. En complément, le dispositif BIMBY, pour Build in my backyard, présenté comme une autre option d’intervention pour compléter une trame urbaine, a pour principe de mobiliser, selon le bon vouloir de leur propriétaire, le potentiel de division foncière de parcelles privées.

Un des leviers d’action favorable aux enjeux climatique et social est de questionner les porteurs de projets à propos de la surface, en mètres carrés, qu’ils estiment nécessaire et qu’ils désirent, dans une perspective de créer des logements plus sobres, tout en assurant les fonctions protectrices, sociales et récréatives attendues d’un espace habité.

Cette manière d’agir a fait réagir les élus et techniciens présents : Bamba comme Bimby introduisent de nouvelles maisons sur des terrains vierges, en foncier privé ou mis à disposition par la collectivité. Les participants se sont interrogés sur la faisabilité de cette expérimentation à différentes échelles de territoire et sur l’inadaptation des outils réglementaires et institutionnels disponibles pour agir dans ce type de tissus morcelés, aux mains de différents propriétaires et dont la mutabilité est lente, fastidieuse, qui nécessite une vision d’ensemble de long terme.

UN TEMPS LUDIQUE CENTRÉ SUR LES ENJEUX DU LOGEMENT

Pour dépasser ces freins et mettre en mouvement élus et techniciens, l’Agence d’urbanisme a proposé un jeu de débat prospectif : “Recré-acteurs d’espaces habitables”, pour discuter des formes de logements sobres et désirables à l’horizon 2040. A partir de trois scénarios démographiques distincts : la déprise, la stabilité et l’accroissement, les participants ont incarné différents rôles, le temps d’une partie : bâtisseurs, habitants, acteurs fonciers ou acteurs de la collectivité. Ils ont également avancé dans le temps, de 2030 à 2040. A travers une réflexion à la fois individuelle et collective, les participants ont ainsi débattu des besoins humains et de leurs évolutions : perte d’autonomie, veuvage, décohabitation, agrandissement des familles, accueil de réfugiés climatiques…

Pour autant, des affirmations n’ont pas été remises en question : le désir des habitants du territoire d’accéder à la propriété, et une préférence pour la maison individuelle resteraient d’actualité, même si les participants s’accordent sur la nécessité de préserver le foncier et de densifier les espaces déjà bâtis.

Il a été par ailleurs souligné que changer de modèle impose de faire évoluer tous les acteurs des chaînes de construction. Comment alors concilier des intérêts divergents entre consommation foncière et logique du moindre coût ? Comment rendre financièrement équilibrées les opérations de reconstruction, démolition ou extension en renouvellement urbain et celles de résorption de la vacance ? Changer de modèles d’habitat, si cela est possible, peut-il être socialement équitable ou se traduirait-il par l’imposition d’une nouvelle norme aux plus précaires tandis que les familles les plus aisées auraient le choix ?

ABORDER LE CHANGEMENT : UN BILAN MITIGÉ POUR LE MOMENT

Le bilan de cette deuxième séance, dont nous invitons à lire la publication compte-rendu, montre des résistances au changement encore bien ancrées et la persistance d’idées préconçues sur l’habitat et les besoins auxquels celui-ci répond. Ainsi, la séance a souligné un paradoxe majeur : il y a à la fois un désir d’indépendance, quitte à s’éloigner des aménités urbaines et un fort besoin de lien social, parfois impacté par ce choix.

Ces contradictions naissant de la diversité d’attentes simultanées seront explorées lors de la troisième rencontre de Recré-action, qui portera sur les transitions et plus particulièrement sur comment guérir de notre addiction à l’automobile. Un programme prévisionnel détaillé est disponible en dernière page du compte-rendu.

Vers un RER dans le bassin de Clermont-Ferrand ? Un défi soutenu par le Pôle métropolitain Clermont Vichy Auvergne

Près de la moitié des français vivent dans l’aire d’attraction des grandes métropoles de Province [1]. Actuellement la desserte par les transports collectifs (trains et/ou cars) de ces espaces est dans bien des cas limitée à quelques services principalement aux heures de pointe, laissant toute leur place aux déplacements en voiture. Les engagements pour le climat et l’environnement, mais aussi les enjeux de vulnérabilité économique des personnes dépendantes de longs trajets domicile-travail imposent de repenser le modèle de mobilité et d’inventer de nouveaux “outils”.

La loi d’Orientation des Mobilités (2019) a impulsé le développement du ferroviaire dans les zones périurbaines. Plusieurs territoires portent des réflexions ou ont déjà développé de nouveaux services pour répondre aux besoins croissants aux abords des grandes métropoles. L’actualité récente a précisé les objectifs du gouvernement, avec le souhait de doter de RER les grandes agglomérations françaises.

Dans le bassin clermontois, les échanges entre la  métropole de Clermont-Ferrand, ses couronnes périurbaines et le chapelet de villes moyennes environnantes (Issoire, Thiers, Vichy…) conduisent à lancer étude co-portée par le Pôle métropolitain Clermont Vichy Auvergne, la Région, l’Etat et la SNCF, en vue de créer un tel système Réseau Express Régional [2].

UNE DYNAMIQUE NATIONALE POUR IMPULSER DES « SYSTÈMES EXPRESS MÉTROPOLITAINS » DANS LES PRINCIPAUX BASSINS URBAINS

la Loi d’Orientation des Mobilités (2019) a pour objectif de favoriser le développement des mobilités les moins polluantes : elle prévoit de doubler la part modale du transport ferroviaire dans les grands pôles urbains.

Projet de Service Express Métropolitain

Dans ce cadre, SNCF Réseau a présenté, fin 2020, une étude intitulée « Étoile ferroviaire et services express métropolitains », qui identifie le potentiel de développement, dans une trentaine de zones urbaines (cf. carte ci-dessus). Le concept s’appuie sur les flux majeurs de TER existants, par exemple Lyon-St-Etienne, Marseille-Toulon, ou encore Clermont-Ferrand-Moulins et envisage de proposer  un service incluant un meilleur cadencement, une multiplication des arrêts, ou encore une intégration de l’offre ferroviaire aux services de transports urbains. En novembre 2022 l’ambition d’exporter le modèle du réseau de trains urbains francilien dans d’autres villes est revenue dans l’actualité, avec pour objectif de faire reculer la prédominance de la voiture pour les transports du quotidien.

D’OÙ PARTONS-NOUS SUR LE BASSIN DE CLERMONT-FERRAND ?

Le territoire clermontois a été identifié comme un site de flux Train Express Régional majeur, sur un axe allant de Vichy à Issoire. L’offre ferroviaire est de fait consistante sur cet axe, avec une trentaine de trains par jour et par sens, soit des valeurs comparables à d’autres axes structurants comme Bordeaux – Arcachon ou encore Nantes – Saint-Nazaire.

Plusieurs gares de cette section Vichy–Issoire accueillent quotidiennement plusieurs milliers de personnes. Ainsi, Vichy ou Riom sont fréquentées par environ 1 million de voyageurs chaque année, les plaçant à des niveaux proches d’Arcachon ou Saint-Nazaire, voire de villes plus importantes comme Bayonne ou Bourges. Issoire, avec une fréquentation de l’ordre du demi-million de voyageurs est également une gare assez importante. Son attraction est semblable à Tarare (Ouest lyonnais) ou encore à des gares de villes moyennes (Albi, Auxerre, Cholet…).

Afin d’assurer cette dynamique des échanges par la voie ferroviaire, plusieurs actions ont été menées ces trente dernières années :

–   le renforcement des dessertes ferroviaires des différents axes au départ de Clermont-Ferrand, même si dans la période la plus récente le nombre de circulations a eu tendance à baisser ;

–   la création de nouvelles gares à Clermont-La Pardieu, Clermont-La Rotonde ou Aulnat-aéroport et réaménagement des gares du Cendre ou de Pont-du-Château ;

– la transformation des gares principales (Clermont-Ferrand, Riom, Vichy) en Pôles d’Échanges Intermodaux ;

– l’aménagement des terminus partiels à Durtol, Vertaizon et Vic-le-Comte pour intensifier les dessertes dans les secteurs les plus proches de Clermont-Ferrand.

QUELLE POURRAIT ÊTRE L’AMBITION D’UN SYSTÈME RER CLERMONTOIS ?

Le concept de « Service Express Métropolitain », autrement appelé RER, vise à proposer une offre  plus intense et plus attractive, avec plus de trains, sur une amplitude horaire large, avec des fréquences rapprochées aux heures de pointe. Mais ce système a également pour objectif d’être pleinement intégré avec les offres de transports locales, urbaines comme périurbaines.

Il s’agit d’assurer rabattements et correspondances des transports locaux vers le train, et d’associer à ce service un titre de transport unique, que ce soit pour prendre le train, le tramway, un bus urbain ou un car inter-urbain.

Enfin, les gares et leur quartier environnant sont requalifiés, à la fois pour donner accès à une desserte ferroviaire (stationnement, éclairage, espaces d’attente, accessibilité personnes à mobilité réduite) et pour qu’ils deviennent des lieux de vie attractifs, pour habiter, travailler, trouver des services.

Au regard des objectifs visés par la création d’une desserte de type RER sur le bassin clermontois, les élus du Pôle métropolitain Clermont Vichy Auvergne ont rassemblé leurs attendus dans une contribution commune.

D’une part, il est attendu un service ferroviaire renforcé et fiable. Il s’agit de disposer aux heures de pointe d’une desserte toutes les 15 à 30 minutes pour répondre en priorité aux déplacements contraints (domicile – travail / école). Une attention particulière sera portée à la possibilité d’aller dans les villes moyennes du territoire (Issoire, Riom, Thiers, Vichy) et d’en revenir dans la journée / la demie-journée.

D’autre part, il conviendra de mettre en valeur les gares, en augmentant la desserte des haltes ferroviaires périphériques (La Pardieu, Aulnat-aéroport…), avec plus de dessertes “diamétralisées” sur les axes Vichy – Issoire et Volvic – Thiers. En parallèle, l’aménagement des quartiers de gares devrait être repensé pour les rendre plus attractifs. A plus long terme, une réflexion sur la pertinence de nouvelles gares pourrait être conduite.

Enfin, l’intermodalité devra progresser, afin de disposer d’une offre unifiée entre le train et les autres services de transport, grâce à des correspondances pratiques entre trains et bus, une tarification unique entre le train et les autres offres de mobilités, ou encore  des facilités pour poursuivre son trajet à vélo à la descente du train.

UN PROJET DE RER COMPLÉMENTAIRE D’INSPIRE, DU SCHÉMA CYCLABLE ET DE LA STRATÉGIE EN TERMES DE CIRCULATION ET STATIONNEMENT

Les actions développées conjointement par la Métropole et le SMTC [3] portent notamment sur la réalisation du projet InspiRe : création de 2 lignes de Bus à Haut Niveau de Service et requalification des espaces traversés, restructuration du réseau de transports en commun, développement d’un schéma cyclable métropolitain (360 km d’aménagements d’ici 2026), nouvelle stratégie en termes de circulation et de stationnement. Cet ensemble de mesures vise à réduire notablement la part des déplacements automobiles au sein de la Métropole. En effet, le Plan de Déplacements Urbains (adopté en 2019) prévoit une réduction de la part des déplacements réalisés en voiture de 61% à 50% d’ici 2030.

L’opportunité de doter le territoire d’un projet RER pourrait concourir à cet objectif de moindre usage de la voiture au sein de la Métropole, notamment sur des trajets où le train est compétitif (ex : Clermont-Ferrand – Le Cendre).

De plus, pour les habitants vivant dans les zones périurbaines, l’amélioration significative du service ferroviaire peut modifier les usages en faisant renoncer à des trajets en voiture. Si, dans la structure des mobilités, les déplacements entre les couronnes périurbaines et la Métropole sont bien moins nombreux que les déplacements internes à la Métropole (200 à 250 000 déplacements quotidiens contre plus de 1 million), ils représentent des kilomètres parcourus assez proches, du fait de déplacements unitaires nettement plus longs (en moyenne de l’ordre de 4 km en interne à la Métropole et plus de 20 km pour les déplacements d’échanges). Ainsi, au regard des enjeux de limitation du réchauffement climatique, d’égalité sociale, de sobriété énergétique ou encore de pouvoir d’achat, le report d’automobilistes sur un système RER est stratégique.

DES TERRITOIRES INSPIRANTS DÉJÀ ENGAGÉS DANS DES OFFRES FERROVIAIRES PERFORMANTES

Strasbourg : une offre ferroviaire revalorisée

Depuis décembre 2022, le bassin de Strasbourg est doté d’un Réseau Express Métropolitain Européen (REME), qui vise à faciliter les déplacements en train entre Strasbourg et des polarités situées à 30 / 50 km (Haguenau, Saverne, Sélestat…). Malgré des difficultés à son lancement, un véritable « choc d’offres » permet désormais de proposer a minima 1 train toutes les 30 min de 5h à 22h dans toutes les gares sur les lignes Saverne – Sélestat, Strasbourg-Haguenau et Strasbourg – Molsheim. A plus long terme, les axes vers Lauterbourg et Offenburg seront eux aussi revalorisés.

Ainsi le schéma ci-dessous met en évidence une évolution modérée du nombre de trains pour les gares principales (Haguenau, Saverne, Molsheim, Sélestat), mais les gares intermédiaires voient leurs dessertes progresser plus nettement. Pour exemple, l’offre à destination de la gare de Molsheim augmente de 35%, alors que l’offre à destination des 5 gares intermédiaires entre Strasbourg et Molsheim progresse de 65%.

Evolution de la desserte ferroviaire strasbourgeoise avec la mise en service du Réseau Express Métropolitain Européen

Lille : une tarification ferroviaire intégrée avec métros, trams, bus

A l’instar d’autres agglomérations comme Caen, Grenoble, ou Nevers par exemple, Lille a développé l’intégration tarifaire entre les services de transports urbains et les TER.

Concrètement, des conventions ont été signées entre Métropole et Région pour que le voyageur puisse utiliser les tickets et abonnements des transports urbains sur les trains à l’intérieur du périmètre de la métropole lilloise. Au-delà de proposer des trajets parfois mal couverts par le réseau urbain, cette mesure booste l’usage occasionnel du train : un prix forfaitaire est plus avantageux que la tarification kilométrique de la SNCF. Par exemple, entre Tourcoing et Lille, le tarif SNCF est de 3,30€. L’usage d’un ticket urbain permet de ramener ce prix à 1,80€.

Périgueux : des gares aménagées et réparties sur le territoire

En juillet 2022, l’agglomération de Périgueux s’est dotée d’une navette ferroviaire, dont le service est plutôt modeste (1 train toutes les 30 minutes aux heures de pointe). Pour autant, une valorisation de l’ensemble des neuf gares a été entreprise pour améliorer leur intégration urbaine et faciliter les échanges intermodaux.

Ainsi, la gare principale de Périgueux fait l’objet d’une transformation en Pôle d’Échange Intermodal (6,6 millions d’euros) – livraison prévue en 2023. Deux gares nouvelles ont été créées à Boulazac et Marsac pour un coût de l’ordre de 4 millions d’euros par gare. Cela a porté sur la création de quais pour l’accès au train, d’une passerelle dotés d’ascenseurs et la réalisation d’aménagements pour faciliter l’intermodalité : parking, abri vélo, quais pour les bus. Enfin, les autres gares ont fait l’objet d’une modification des espaces publics pour faciliter les échanges entre les différents modes.

Ces exemples de réseaux express locaux montrent l’intérêt d’un service ferroviaire renforcé, cadencé et fiable, à même d’augmenter l’attractivité des transports publics. Ils montrent également la volonté des territoires d’inscrire le développement urbain en lien avec les étoiles ferroviaires et leurs gares connectées, ce qui pourrait constituer ainsi une colonne vertébrale du développement territorial du grand bassin métropolitain clermontois, en cohérence avec les enjeux climatiques et écologiques globaux.

Répondre ensemble aux enjeux d’une alimentation suffisante et de qualité pour tous : des exemples auvergnats inspirants

L’Agence d’urbanisme et l’Union Départementale des CCAS [1] ont menés en partenariat différents travaux sur la précarité alimentaire : état des lieux de l’aide alimentaire et pistes d’amélioration, enquête auprès des CCAS, des CIAS et des recourants à l’aide alimentaire, rencontres délocalisées réunissant élus, techniciens, CCAS, CIAS et représentants du système alimentaire sur l’ensemble du territoire puydômois. A l’occasion de la restitution de ces travaux [2], des acteurs auvergnats ont été invités à présenter leurs initiatives locales en faveur d’un accès à une alimentation saine et de qualité pour tous.

L’augmentation de l’insécurité alimentaire, mesurée selon la capacité des ménages à s’alimenter quotidiennement, en quantité suffisante, est un risque réel. Pour mémoire, l’état des lieux [3] a montré qu’une personne sur cinq ayant recours à l’aide alimentaire se trouve, malgré cette aide, en situation d’insécurité alimentaire et doit régulièrement sauter des repas pour des raisons financières.

Dans le contexte de dérèglement climatique induit par les modes de vie et activités humaines, la capacité des territoires à nourrir leur population est mise en danger par différents phénomènes : la mondialisation de la production rend les territoires dépendants pour leur approvisionnement en produits alimentaires de base, les crises économique et énergétique se traduisent par une augmentation des publics précaires, et la résilience des territoires aux aléas climatiques, corrélée à la résilience alimentaire, reste à construire.

Cette rencontre a été l’occasion de montrer comment chacun se saisit du problème, travaille en commun, se coordonne et mobilise les leviers de la solidarité pour répondre aux urgences sociales et contribuer à la sécurité alimentaire des habitants du Puy-de-Dôme. Nous en partageons des témoignages.

Mme Florence Uzannaz, vous êtes directrice du CIAS d’Ambert Livradois Forez. Cette communauté de 58 communes a donné au CIAS la responsabilité d’assurer l’accès à l’alimentation pour tous. C’est la seule intercommunalité du département à avoir fait ce choix. Quelles sont les actions phare et innovantes que vous menez ?

Notre volonté a été de proposer une solution pour que chacun, sur le territoire d’Ambert Livradois Forez, ait accès à l’alimentation malgré les freins importants que sont la mobilité et le besoin d’anonymat. Un acteur historique, la Maison de l’Alimentation, répond aux besoins alimentaires des familles précaires, en collaboration avec les Restos du Cœur et d’autres acteurs associatifs, en donnant accès à des colis et à une épicerie sociale. Les liens entre les communes facilitent les échanges entre les mairies et permettent d’assurer la coordination. Le liant repose aussi sur une volonté politique forte des élus qui ont fait de l’action sociale une priorité pour leur mandat 2020-2026. Ainsi, la conférence des maires a adopté un projet qui permet de libérer les assistantes sociales de la charge de la réalisation des colis par la mise en place d’un service de livraison de denrées aux familles précaires en toute confidentialité. Chaque maire est référent de sa commune depuis janvier 2023. L’objectif est d’assurer une fluidité entre les acteurs et d’apporter une réponse pérenne à tous.

Jean-François Domas, vous êtes le directeur d’A.L.IS. Trait d’Union [4], association coordinatrice du Groupement d’intérêt public « Alim’solidarités » qui regroupe six communes non limitrophes de Haute-Loire. Il s’agit d’une organisation atypique, comment celle-ci assure-t-elle une coordination sur l’aide alimentaire ?

Historiquement le GIP est né du constat d’une faible présence des associations et des banques alimentaires dans ces territoires ruraux, malgré des besoins bien identifiés dans le cadre du Contrat local de santé du Pays de Lafayette. C’est un exemple fort de mise en commun de ressources dans un objectif partagé, adossé à une organisation territoriale spécifique puisqu’aucune obligation de continuité territoriale n’est imposée. Chaque commune qui souhaite adhérer au GIP doit signer la charte préalablement établie, nommer des délégués au Conseil d’administration et payer une cotisation. Les associations caritatives ont la possibilité d’adhérer mais pas les épiceries sociales et solidaires. De plus, l’Etat et le Conseil Départemental de Haute-Loire contribuent par une aide financière.

La mission du GIP est d’alimenter, tout au long de l’année, en produits alimentaires et d’hygiène, les structures affiliées, charge ensuite à ces structures de répartir au mieux les denrées entre les bénéficiaires et ayant droits les plus démunis. Le GIP met à disposition des locaux afin d’entreposer puis de distribuer l’aide alimentaire. Une collecte annuelle, qui mobilise 70 bénévoles, est organisée auprès du grand public dans les supermarchés des communes adhérentes. Cependant, il est clair que maintenir la cohésion des structures est un enjeu sur le long terme.

Mme Elodie Coudert, vous êtes animatrice de la Fédération Régionale des CIVAM d’Auvergne [5] et responsable des thématiques alimentation, circuits courts et agritourisme. Vous accompagnez les agriculteurs, quels sont les défis que vous rencontrez ?

La fédération régionale des CIVAM d’Auvergne soutient les acteurs de la ruralité en accompagnant des porteurs de projets et en développant des partenariats au service du développement rural. Un premier défi est de trouver de nouveaux débouchés aux producteurs locaux. Plus que jamais, les agriculteurs vivent des heures compliquées. Le souhait du CIVAM est de les accompagner dans le maintien de leur activité. Pour ce faire, les agriculteurs doivent être rémunérés au juste prix, mais celui-ci n’est pas forcément accessible aux publics précaires. Du fait des dispositifs de commercialisation et du coût des produits, certains publics n’ont pas accès à une alimentation de qualité en circuits-courts. C’est pourquoi la fédération s’est rapprochée des structures sociales d’aide alimentaire. Des projets de maraîchage solidaire « accessible » ont alors émergé à Ambert et Vichy. Les bénéficiaires de l’aide alimentaire sèment, entretiennent et récoltent les légumes mis en culture sur une parcelle prêtée par des maraîchers. Les produits sont ainsi amenés à l’épicerie sociale et solidaire puis vendus ou distribués aux usagers.  Cependant, ces projets se pérennisent difficilement.

Le CIVAM fait aussi partie du collectif porté par différents acteurs de la société civile pour la création d’une Sécurité sociale pour l’alimentation, un nouveau droit social qui sanctuariserait un budget pour l’alimentation de 150 € par mois et par personne, intégré dans le régime général de sécurité sociale. Tout comme pour la sécurité sociale à son origine, ce budget devra être basé sur des cotisations de caisses locales de conventionnement, chacune de ces caisses, gérées par les cotisants, ayant pour mission d’établir et de faire respecter des règles de production, de transformation et de mise sur le marché de la nourriture garantes d’un fonctionnement démocratique. Si ce projet de sécurité sociale alimentaire aboutit, il proposera de nouveaux débouchés aux producteurs agricoles locaux.

Mme Eline Copin, vous êtes chargée de mission pour le Projet Alimentaire Territorial (PAT) du SMAD des Combrailles [6]. Cette forme de coordination, interterritoriale, se développe sur tout le Puy-de-Dôme. Quels outils mettez-vous en place pour travailler cette question de la résilience alimentaire ?

L’objectif du PAT des Combrailles est de convier les acteurs de l’alimentation à un travail collectif afin de mieux produire et de mieux consommer, pour améliorer notre résilience alimentaire. Pour mener à bien ce projet, trois axes de travail ont été définis : développer la restauration hors domicile, accompagner l’organisation et la structuration des filières agricoles locales, et sensibiliser à une alimentation saine, de qualité et de proximité.

Le PAT doit mettre en synergie tous les acteurs du territoire, qu’ils s’occupent d’agriculture, de santé, d’action sociale… Les thématiques abordées étant diverses, elles rassemblent les acteurs autour de leurs besoins et permettent de développer leur interconnaissance.

La gouvernance du PAT est assurée par les élus et le comité de pilotage. Un comité scientifique intervient quant à lui sur les aspects méthodologiques des actions mises en place. Enfin, un groupe technique thématique rassemble tous les acteurs de la stratégie alimentaire pour les faire échanger et coordonner. Le point faible actuel est la difficulté de maintenir la dynamique commune sur le long terme car elle est chronophage, énergivore et nécessite des ressources humaines dédiées.

Ces différentes approches de la coordination locale conduites et présentées en 2022 ont illustré des possibilités d’organiser des actions concrètes en faveur de l’accès à l’alimentation pour tous. La coordination des acteurs ayant été identifiée comme l’un des axes prioritaires dans le cadre de l’état des lieux de l’aide alimentaire, ces échanges mettant autour de la table des acteurs du système alimentaire local sont à encourager pour construire et mettre en oeuvre un plan d’actions cohérent et porté collectivement, embarquant tant les producteurs que les distributeurs et les consommateurs. C’est pourquoi l’Agence d’urbanisme portera en 2023 la “tournée des popotes” : une action favorisant l’interconnaissance des acteurs, pour contribuer à une meilleure coordination institutionnelle du système alimentaire dans le Puy-de-Dôme et à la prise en compte des enjeux liés à la solidarité et à l’alimentation des publics vulnérables.

Recycler les friches pour relever le défi de la sobriété foncière

Symboles d’un passé industriel actif, de nombreuses friches sont présentes sur les territoires, urbains comme ruraux. Elles dessinent un paysage en mutation, en attente de nouvelles perspectives. Celles-ci semblent justement s’ouvrir depuis août 2021 avec la loi Climat & Résilience qui entraîne un changement de paradigme pour l’aménagement des territoires en fixant, à l’horizon 2030, un objectif de Zéro Artificialisation Nette (ZAN). Les friches deviennent donc une véritable ressource, sous réserve que les collectivités dépassent les difficultés à projeter de nouvelles valeurs d’usage pour ces espaces délaissés qui constituent un potentiel foncier précieux, véritable terrain de jeu et d’expérimentation pour tester des projets urbains désormais contraints à une plus grande sobriété et fédérer une filière d’acteurs dédiée autour d’une stratégie commune.

Nous donnons ici un aperçu de l’accompagnement et des outils développés par l’Agence d’Urbanisme.

UNE DÉMARCHE DE PROJET TERRITORIAL

Des expérimentations sont en cours sur nos territoires et les premiers points de vigilance apparaissent. La reconversion des friches ne peut être réalisée au “coup par coup”, en fonction d’opportunités, au risque de produire une structure binaire qui d’un côté sanctuarise des espaces, tandis qu’elle en densifie d’autres. D’autant que les modèles économiques de développement urbain qui ont cours sont basés sur une échelle restreinte, un site ou une zone, et non à une échelle territoriale induite par le recyclage foncier.

En ce sens, l’Agence d’urbanisme Clermont Massif central propose des méthodes et des outils d’aide à la décision pour accompagner décisionnaires et acteurs concernés, à se saisir de l’enjeu de la reconversion des friches dans une optique de transition écologique.

Sur de nombreux territoires, la reconversion des friches est abordée par le biais du développement économique, pour répondre à la perte d’attractivité des zones d’activités et leur mutation progressive vers l’activité commerciale et de services, activités par nature plus « volatiles », qui renforcent la déqualification de ces zones.

La réponse souvent apportée à cette problématique est l’extension urbaine. Du foncier agricole ou naturel est ainsi mis à disposition pour le développement économique. Ce modèle de développement par l’étalement urbain, qu’il soit par ailleurs économique ou résidentiel, repose sur des méthodes et des outils éprouvés, des modèles financiers sûrs, des documents de planification et d’urbanisme réglementaires favorables.

Sans partir d’une page blanche, la planification du recyclage foncier, avec la mobilisation des friches, reste aujourd’hui à expérimenter et à consolider afin de poser une méthode de recyclage du foncier, plus qu’un modèle de développement.

UN ACCOMPAGNEMENT DES TERRITOIRES

Les agences d’urbanisme de France et l’ADEME accompagnent désormais l’aménagement des territoires et leur inscription dans l’atteinte des objectifs de la transition écologique. En 2021, dans un contexte de sobriété foncière renforcée, l’ADEME, avec l’appui du réseau Urba4 rassemblant les quatre agences d’urbanisme de la région Auvergne-Rhône-Alpes, a mis à l’honneur le thème de « La reconversion des friches économiques et leur contribution dans les stratégies de transition écologique ».
L’objectif ZAN de la loi Climat et Résilience rend en effet indispensable le recyclage du foncier issu des friches économiques vers les différentes fonctions nécessaires à une politique territoriale d’aménagement du territoire.

Pour économiser la “ressource sols” et atteindre les objectifs de transition écologique, il apparaît ainsi important que la dynamique de conversion des friches économiques s’accroisse et que les territoires s’emparent de ce sujet à fort enjeu.

La démarche proposée articule expertise technique et temps politique pour définir une stratégie territoriale de reconversion des friches. À partir d’un corpus de sites en friches repérés, les décisionnaires cheminent vers un choix de sites pilotes, qui seront des démonstrateurs de situations de remobilisation et de thématiques choisies (valorisation du patrimoine bâti, renaturation ou optimisation foncière). Le choix de ces sites pilotes définit une feuille de route pour le territoire, pour la mise en œuvre de sa stratégie territoriale.

L’étude de gisement des friches  fournit un état des lieux du potentiel du territoire, les éléments d’analyse et d’aide à la décision pour faciliter les choix de priorisation et de planification des interventions. Déroulé : AUCM

Cette démarche s’appuie sur deux outils de qualification des gisements friches : l’outil Mutabilité et l’outil TransiFriches.

L’OUTIL MUTABILITÉ

La reconversion de sites en friches est un processus complexe, souvent long, qui mobilise de multiples acteurs. Mieux qualifier les friches, c’est enclencher un projet en lien avec le territoire : faire d’une opportunité localisée un potentiel pour une stratégie territoriale.

Au-delà d’un inventaire quantitatif et cartographique, l’outil Mutabilité interroge les caractéristiques des espaces vacants. La qualification des sites se construit selon les grandes thématiques de l’aménagement déclinées en plusieurs critères, par exemple : l’accessibilité et la desserte en transport en commun, leur situation en secteur de déprise ou d’attractivité. On obtient ainsi un classement du potentiel de mutation des friches.

L’OUTIL TRANSIFRICHES

Les opportunités de recyclage foncier que représentent les friches, nécessitent la définition d’une stratégie territoriale pour un développement raisonné et l’atteinte des objectifs du Zéro Artificialisation Nette (ZAN).

Le potentiel de contribution à la transition écologique des friches, appréhendé par « TransiFriches », qualifie et hiérarchise les sites en vue de la définition d’une stratégie équilibrée entre développement et renaturation, et une possible projection de scénarios, construite selon les vocations préférentielles définies pour chacun des sites.

A titre d’exemple, le schéma ci-dessous présente les différents profils établis avec les outils Mutabilité et TransiFriches, pour le gisement stratégique de friches de Thiers Dore et Montagne (TDM) et la répartition des friches en fonction de leurs profils.

Les résultats obtenus avec les outils permettent une hiérarchisation des sites et leur qualification / positionnement les uns par rapport aux autres. Un travail d’analyse statistique est alors conduit afin de regrouper les sites possédant des caractéristiques similaires. Pour les friches de TDM, 6 profils de reconversion ont été définis :

  • Reconversion ouverte : tout type de projet peut être envisagé, y compris habitat, équipements ou création d’espaces naturels ;
  • Reconversion complexe et coûteuse à la fois techniquement et au regard de la division des parcelles ;
  • Reconversion peu technique mais coûteuse : pas de frein réglementaire ou environnemental, le bâti en dur existant est mobilisable en l’état mais opération coûteuse à cause de la morphologie du terrain (en pente, non viabilisé) et dépollution à prévoir ;
  • Reconversion économique très favorable : peut accueillir aisément tout type d’activité économique (terrain plat, bâti en dur peu dégradé mobilisable sans travaux important, pas de bâti léger type hangar de tôles, sans contrainte réglementaire ni interdiction dûes à des servitudes telles que réseau de gaz ou pylône électrique, …) ;
  • Reconversion économique favorable : peut accueillir tout type d’activité économique mais contraint par des règlements, présence de servitudes et de bâti léger difficile à convertir ;

Reconversion économique stratégique : susceptible de répondre le mieux aux besoins des entreprises d’un point de vue à la fois économique et technique, apporterait une image attractive au territoire et une visibilité aux entreprises.

Sur ce même gisement, 5 profils de contribution aux transitions énergétique et  écologique ont été définis :

  • Contribution optimisée pour le développement agro-environnemental : peut favorablement accueillir des éco-activités produisant des biens ou services ayant pour finalité la protection de l’environnement ou la gestion des ressources, telles qu’une exploitation agricole en permaculture ou un projet de renaturation (des abords d’un cours d’eau, …) ;
  • Contribution optimisée pour le développement économique et les énergies renouvelables : en plus d’être favorable à l’activité économique, le site en friche est apte à accueillir des installations de production d’énergie (parc solaire, méthaniseur, …) ;
  • Contribution optimisée pour le développement urbain ou économique : peut participer par exemple à la lutte contre les îlots de chaleur, à préserver la biodiversité, ou encore à une bonne gestion de l’eau. Ce peut être des éco-quartiers  ;
  • Contribution moyenne à faible aux transitions : des travaux importants seraient à mener pour rendre ce gisement favorable aux transitions énergétique et écologique.

Résultats issus de l’analyse à l’aide des outils Mutabilité et TransiFriches, appliqués au, territoire Thiers Dore et Montagne, illustration : AUCM

Il est ainsi apparu que la majorité des friches (21) peuvent muter favorablement pour de l’activité économique, tout en contribuant aux transitions énergétique et écologique pour 10 de ces sites, et de manière seulement modérée pour 6 d’entre eux.

Bâtir une stratégie territoriale reviendra donc à chercher un équilibre entre dynamique économique, utilisation de l’existant et contribution aux transitions énergétique et écologique. Autrement dit, une stratégie qui fait un pas vers l’objectif de Zéro Artificialisation Nette à atteindre d’ici 2050.

LIMITES URBAINES STRICTES CONTRE ÉTALEMENT URBAIN ?

La mise en œuvre du Zéro Artificialisation Nette est chiffrée et inscrite dans un calendrier national, régional et local. Des dispositions réglementaires dérogatoires sont désormais inscrites au code de l’urbanisme pour favoriser la mobilisation du foncier artificialisé et du bâti existant. Des dispositions financières, Plan France Relance puis Fonds Vert, sont actives, pour amorcer de nouvelles pratiques urbaines. Se saisir de cette problématique est pour les territoires un défi à relever, une manière de repenser leur développement, mais aussi et surtout, d’appréhender ce qui fait ressources sur les territoires, tout en conduisant une transition écologique. Alors, quelle lecture et quel regard déployer pour s’affranchir des modèles obsolètes extensifs ? Faut-il entrer dans une opposition entre étalement urbain et définition de limites urbaines strictes ? Ou bien s’interroger sur la mise en œuvre d’un écosystème urbain résilient ?

La surélévation des bâtiments : une réponse à la sobriété foncière

Si la surélévation des bâtiments a historiquement fait ses preuves, un récent travail de recherche, mené par l’architecte Géraldine Bouchet-Blancou, met en perspective une approche renouvelée de ce mode de faire “la ville sur la ville” avec les enjeux des trajectoires de neutralité carbone et d’atteinte du Zéro Artificialisation Nette (ZAN) des sols. Ainsi, l’ouvrage Densifier et rénover à l’échelle urbaine par la surélévation des bâtiments propose une analyse conjuguant enjeux techniques, réglementaires, juridiques et financiers avec le déploiement d’une identification à grande échelle du potentiel foncier des toits. Nous en partageons notre lecture.

LA SURÉLÉVATION DES BÂTIMENTS, LEVIER DE DENSIFICATION HORS SOL

Les grandes métropoles européennes ont connu, au fil des siècles, des vagues de surélévations des bâtiments existants, notamment en raison de l’impossibilité d’étendre la ville au-delà de la barrière physique que constituaient les fortifications. Ainsi, Paris, Barcelone ou Genève ont été densifiées par strates successives pour répondre aux besoins d’accueil de population, besoins souvent anticipés dans la conception du bâti originel. La construction de la ville sur la ville est une technique en fait bien rodée. Cependant, ce type d’opération a été délaissé depuis la moitié du XXe siècle au profit de la construction neuve qui bénéficiait de l’abondance d’espaces libres à coloniser, en lien avec le déploiement de la mobilité individuelle.

Depuis une quinzaine d’années, l’engouement pour la densification verticale renaît progressivement, en réponse à la très forte hausse des valeurs foncières et à la nécessité de maîtriser l’étalement urbain. C’est dans ce contexte que la loi Alur de 2014 avait introduit des mesures « facilitatrices » en supprimant le coefficient d’occupation du sol (COS) et en limitant le droit de véto du propriétaire du dernier étage pour permettre la réalisation d’opérations de surélévation en centre-ville, avec l’ambition d’y introduire plus de mixité sociale.

Si des freins règlementaires persistent, notamment au sein des secteurs patrimoniaux où les Architectes des Bâtiments de France (ABF) restent souvent réticents à ce type de projet au nom de la préservation des perspectives monumentales, la limitation de hauteur encadrée par les Plans Locaux d’Urbanisme (PLU) a tendance à s’assouplir pour ouvrir les voies de la densification. Au niveau local, le PLU de Clermont Ferrand introduit une règle dérogatoire pour permettre le déploiement de la canopée urbaine en cœur de ville. Dans un autre contexte, la ville de Vichy a récemment modifié son PLU et supprimé la règle de hauteur sur le périmètre du site patrimonial remarquable, afin de permettre une analyse plus circonstanciée du contexte urbain, une conception au cas par cas prenant appui sur un dialogue rapproché entre la ville, l’ABF et l’opérateur.

LA SURÉLÉVATION, LEVIER DE FINANCEMENT DE LA RÉNOVATION DU BÂTI EXISTANT ?

Si le principal moteur des projets de surélévation reste l’économie de charge foncière, le montage financier permet également de conjuguer rénovation du bâti et construction neuve par ajout d’étages, l’un (valorisation du foncier déjà maîtrisé) venant financer l’autre (remise aux normes et amélioration des surfaces existantes). Ce dispositif gagnant-gagnant est d’ailleurs investi par les bailleurs sociaux tel Habitat Social Français qui a réalisé, sur Paris, la moitié de sa production des cinq dernières années par surélévation (11 opérations pour un total de 187 logements produits), adossant la réhabilitation des logements existants à une part significative de projets de surélévation. Le parc d’habitat social des années 70-80 se prête bien aux opérations de surélévation dans la mesure où les structures porteuses sont suffisamment robustes (béton armé, toits terrasses) et les gains énergétiques à réaliser sur l’existant, substantiels (isolation par l’extérieur, réduction des ponts thermiques).

D’un point de vue technique, l’utilisation de matériaux « secs » tels le bois ou l’acier, permet d’une part de réduire les charges supplémentaires sur l’édifice existant, mais également d’alléger le bilan environnemental de l’opération en agissant sur la performance thermique du bâti, en réduisant les phénomènes d’îlots de chaleur (toits végétalisés, revêtements clairs basés sur le principe d’albédo limitant l’absorption de chaleur, surplombs de protection solaire…), voire en stockant du carbone (cas des bardages bois non traités et des surfaces végétalisées).

Toutefois, l’équilibre financier reste fragile et très dépendant des prix du marché foncier. En effet, le montage de ce type d’opération nécessite un grand nombre d’intervenants (étude de structure et de sol, frais de géomètre et de notaire dans le cas des copropriétés, assistant à maîtrise d’ouvrage, coût de la construction neuve et d’accès aux nouveaux niveaux créés, rénovation et liaison neuf/existant) générant de fait des surcoûts.

VERS UNE STRATÉGIE D’IDENTIFICATION DU FONCIER AÉRIEN ?

Au regard des lois limitant l’artificialisation et des enjeux fonciers qui en découlent, des systèmes d’information géographique permettant d’identifier de manière automatisée les gisements fonciers aériens sont développés. Croisant les données réglementaires, contextuelles (hauteur des mitoyens), d’année du bâti existant et d’étiquette énergétique ainsi que l’accessibilité pour la mise en œuvre du chantier, ces systèmes permettent d’identifier les gisements potentiels avant d’entrer en phase d’étude de faisabilité technique.

Les territoires sous forte pression foncière s’emparent donc du levier de mobilisation du foncier aérien pour répondre aux besoins de production de logements dans un contexte de raréfaction du foncier au sol. Quid de l’Auvergne dans cette course aux mètres carrés ?

Les études de gisement foncier à l’œuvre sur le territoire depuis une dizaine d’années sont orientées sur la reconversion des friches industrielles qui présentent bien souvent des qualités structurelles intéressantes pour des opérations de surélévation. C’est le cas de la friche des Docks de Blois à Vichy, ancien site ferroviaire qui a été reconverti en 2018 en résidence intergénérationnelle et institut de formation par l’ajout d’un niveau sur la structure existante. A Clermont-Ferrand, la reconversion d’une partie d’une friche Michelin est entrée en phase de chantier mi 2022. Le site de Cataroux ouvre sa reconversion par l’ILO23 en réinvestissant le patrimoine industriel, formant ainsi un socle d’accueil du programme neuf développé en surélévation.

La surélévation est donc déjà une réalité locale. De là à lancer un recensement précis des secteurs urbains denses, il n’y a qu’un pas que le ZAN devrait accélérer. Si les secteurs denses des centralités urbaines sont à la recherche de mètres carrés supplémentaires pour équilibrer financièrement des opérations, les collectivités auraient également intérêt à investiguer le parc public, voire les zones d’activités économiques, afin de mesurer les marges de progrès envisageables pour une gestion optimale des surfaces déjà construites.

Finalement, si la dynamique de surélévation des bâtiments progresse sur le territoire national, elle reste encore marginale. Outre les freins techniques et réglementaires, la structuration de la filière Bâtiment pose également des limites : elle est essentiellement formée à la construction neuve et à l’usage du béton et accueille parallèlement un réseau d’artisans orientés vers la rénovation mais souvent relevant de petites entreprises plus que de grands groupes. La multiplication des intervenants pour mener à bien ce type d’opération (ceux spécialisés dans la rénovation, ceux dans les constructions à ossature bois, ceux dans la mise en œuvre de chantiers en hauteur, le thermicien, etc) entraînent une complexité dans la conduite du chantier et des surcoûts impactant les bilans d’opération.

Il reste d’usage de considérer que construire du neuf est moins coûteux et plus rentable que de faire avec l’existant, alors même que cela consomme plus de ressources et plus d’énergies. L’organisation actuelle très segmentée (industrie v/s artisanat) ne permet pas d’articuler facilement neuf et existant. Pour autant, les trajectoires à atteindre tant en matière de sobriété foncière que de neutralité des émissions de carbone nécessitent une approche plus frugale de la construction : faire avec le déjà là, s’adapter, revoir ses besoins et intervenir avec humilité.

DENSIFIER PAR SURÉLÉVATION, UNE STRATÉGIE RÉSERVÉE AUX CENTRES-VILLES ?

Si la densification des centres-villes semble avoir encore de beaux jours devant elle, les effets du dérèglement climatique et la recherche de la neutralité carbone questionnent la tendance au “tout métropolitain”. La ville dense reste difficilement sobre : les flux qu’elle génère (de personnes, matières, déchets), les infrastructures dont elle a besoin pour fonctionner, ont tendance à l’éloigner de cet objectif. Par ailleurs, l’engouement pour la maison individuelle de plain-pied semble ne pas faiblir depuis les années 50-60, les tissus pavillonnaires s’étalent et se densifient sous l’effet de la pression foncière. Cette dynamique trouve ses limites face aux enjeux climatiques et écologiques : imperméabilité des sols, morcellement de la propriété foncière qui rend difficile la définition de trame de mobilités douces, élévation du niveau de risque en zone inondable, etc.

L’objectif de Zéro Artificialisation Nette s’appliquant aussi aux espaces péri-urbains, celui-ci pourrait bien constituer un rôle de limitation similaire aux fortifications historiques, qui relancerait alors la construction de la ville par strates. Ainsi la surélévation des pavillons pourrait constituer une réponse à la densification de ces espaces hors centre-ville et ramener de la vie dans les cités périphériques.

Rencontre – La photographie au chevet des territoires en transition écologique

L’Agence d’urbanisme Clermont Métropole, en partenariat avec l’ESACM et Clermont-Ferrand Massif Central, candidature capitale européenne de la culture 2028, vous invite a une rencontre :

LA PHOTOGRAPHIE AU CHEVET DES TERRITOIRES EN TRANSITION ÉCOLOGIQUE

MARDI 14 MARS 2023 – DE 9H À 17H
À L’ÉCOLE SUPÉRIEURE D’ART DE CLERMONT MÉTROPOLE (ESACM)
25 RUE KESSLER, 63000 CLERMONT-FERRAND

“Mission photographique Grand Est” – Rethel, Ardennes, août 2019. Zone d’activité commerciale, supermarché low cost et culture en openfield de blé, orge et betteraves sur le plus grand parc éolien terrestre de France. © Bertrand Stofelth

“Mission photographique Grand Est” – Rethel, Ardennes, août 2019. Zone d’activité commerciale, supermarché low cost et culture en openfield de blé, orge et betteraves sur le plus grand parc éolien terrestre de France. © Bertrand Stofelth

Relever le défi anthropocène et engager la réorientation écologique de nos espaces de vie ne relève pas que de la science, de la technique, du politique ou du social. Les processus de transition à engager obligent de fait à réinventer notre manière de cohabiter sur la planète, donc ni plus ni moins, à « refaire territoire ».

Les acteurs et institutions culturelles ont de ce point de vue un rôle à jouer, en nous donnant à voir et à imaginer, en nous interrogeant et en nous émouvant, en proposant rencontres et partages, en continuant à enchanter ce Nouveau Monde en dessein.

Une hypothèse que nous explorerons à travers le cas des pratiques et dispositifs photographiques, en compagnie d’acteurs de la photographie et des territoires.

PROGRAMME

9h00-9h30
La place de la culture dans la transition écologique des territoires

Échange avec Grégory Bernard, adjoint au maire de Clermont-Ferrand en charge de l’urbanisme et de l’habitat, conseiller métropolitain, Président de l’Agence d’urbanisme et de Développement Clermont Métropole.

9h30-12h30
Des pratiques photographiques à l’épreuve de l’anthropocène

Avec :

  • Emmanuelle Blanc, artiste visuelle
  • Serge Lhermitte, plasticien et enseignant à Ecole Supérieure d’Art de Clermont Métropole
  • Jürgen Nefzger, photographe et enseignant à l’École supérieure d’art d’Aix-en-Provence
  • Bertrand Stofleth, artiste et photographe

14h00-17h00
Des dispositifs photographiques pour œuvrer à la réorientation écologique des territoires

Avec :

  • Raphaële Bertho, Maîtresse de conférences en Arts à l’Université de Tours
  • Stéphane Cordobes – Directeur de l’Agence d’Urbanisme et de Développement Clermont Métropole et photographe
  • François-Nicolas L’Hardy – Directeur de l’Hôtel Fonfreyde – centre photographique, coordinateur des résidences photographiques, Ville de Clermont-Ferrand
  • Florent Perroud – Architecte-urbaniste et photographe au CAUE Rhône Métropole, responsable de l’Observatoire photographique des paysages de la Vallée de la chimie

Introduction, animation et conclusion

  • Benoît Bouscarel, Président de L’Onde porteuse
  • Rosalie Lakatos, Chargée d’études urbanisme culturel à AUDCM