Archives

Comprendre les effets territoriaux d’un parking-relais : l’exemple du projet du Brézet

Une expertise mobilisée pour répondre aux enjeux d’impact territorial

Dans le cadre du projet InspiRe – qui prévoit la création de deux lignes de Bus à Haut Niveau de Service (BHNS) et une restructuration d’ensemble du réseau – la réalisation de parkings-relais figure parmi les leviers essentiels de la politique de mobilité portée par le Syndicat Mixte des Transports en Commun de l’agglomération clermontoise (SMTC-AC) et Clermont Auvergne Métropole. 

Parmi ceux-ci, le parking-relais du Brézet occupe une place singulière : situé en connexion directe avec l’autoroute A711 et la future ligne B du BHNS, il est dimensionné pour accueillir près de 300 véhicules. Cet investissement de 4,6 millions d’euros, porté par Clermont Auvergne Métropole, vise à capter les flux entrants de l’est de l’agglomération, tout en renforçant l’usage des transports collectifs. 

Comme tout projet d’aménagement structurant, l’opération a été soumise à une évaluation environnementale. Dans son avis du 18 mars 2025, la Mission régionale d’autorité environnementale (MRAE) Auvergne-Rhône-Alpes a notamment recommandé d’élargir l’analyse des incidences potentielles du parking-relais en matière d’urbanisation induite sur les secteurs périurbains. Pour répondre de manière précise et rapide à cette demande, Clermont Auvergne Métropole a sollicité l’Agence d’urbanisme Clermont Massif central afin d’alimenter le mémoire de réponse, indispensable au respect de l’objectif d’un démarrage des travaux à l’été 2025. 

 Identifier la zone d’influence réelle du parking-relais

La première étape de l’analyse a consisté à déterminer la zone d’influence effective du futur parking-relais du Brézet. 

Plusieurs éléments rendaient nécessaire une réactualisation de cette analyse de l’aire de chalandise du parking-relais : 

  • L’étoffement programmé du maillage de 25 parkings-relais à l’horizon 2026 sur la métropole ; 
  • La montée en puissance attendue de l’offre ferroviaire en 2029, renforçant l’attractivité des parkings de gares ; 
  • Les enseignements issus de travaux menés par l’Agence d’urbanisme Urbalyon et par la DREAL Île-de-France, montrant que les habitants des couronnes périurbaines privilégient des parkings proches de leur domicile et acceptent rarement de dépasser 10 km en voiture pour rejoindre un parking-relais. 

Ces éléments ont permis de construire une zone d’influence affinée, centrée sur les communes dont les habitants pourraient être incités à utiliser ce parking, plutôt qu’un autre équipement du réseau métropolitain. 

Mettre en perspective l’urbanisation planifiée dans les territoires concernés

Dans un second temps, l’Agence s’est penchée sur les dynamiques d’urbanisation des communes incluses dans cette zone d’influence. 

L’analyse s’est appuyée sur : 

  • Le SCoT du Grand Clermont ; 
  • Les PLUi de Clermont Auvergne Métropole et de Riom Limagne et Volcans, et notamment les Orientations d’Aménagement et de Programmation (OAP) inscrites dans ces documents d’urbanisme intercommunaux qui donnent à voir des projections en termes de logements. 
  • L’étude met en évidence de fortes disparités entre les territoires : 
  • Les communes de la métropole présentent des programmations conséquentes, parfois de plusieurs centaines de logements ; 
  • Les communes périurbaines hors métropole affichent des projets nettement plus modestes, de l’ordre de quelques dizaines de logements. 

Ces différences structurent fortement le potentiel d’urbanisation induite. 

 Mettre en relation flux d’actifs, desserte en transports collectifs et capacités de développement

La troisième étape a consisté à croiser plusieurs jeux de données afin d’objectiver les risques d’urbanisation induite : 

  • Les flux actuels et les potentiels d’actifs ; 
  • Les évolutions prévues de la desserte en transports collectifs ; 
  • Les capacités d’urbanisation inscrites dans les documents de planification. 

Il ressort de cette analyse que : 

  • Les communes métropolitaines les plus dynamiques bénéficient aussi des améliorations de desserte les plus importantes grâce à InspiRe et au renforcement à moyen terme de l’offre ferroviaire. Ces évolutions encouragent un usage du transport collectif au plus proche du lieu de résidence, réduisant l’intérêt d’un report systématique vers un parking-relais. 
  • Pour les communes périurbaines extérieures à la métropole, la desserte en transport collectif restera plus limitée, rendant l’usage du parking-relais pertinent. Toutefois, leurs perspectives de développement urbain modérées ne laissent pas envisager une urbanisation induite significative. 

 Ainsi, la mise en service du parking-relais du Brézet ne devrait pas générer d’urbanisation induite majeure au sein des secteurs périurbains identifiés. 

 Un éclairage décisif pour la décision publique

En mobilisant ses expertises combinées en urbanisme et en mobilité, l’Agence d’urbanisme Clermont Massif central a fourni des éléments déterminants pour consolider le mémoire de réponse de Clermont Auvergne Métropole et de la Société Publique Locale, maître d’ouvrage mandataire du projet. 

Ces travaux ont contribué à l’obtention de l’autorisation environnementale du parking-relais. 

Le chantier, engagé à l’été 2025, se poursuit pour une mise en service prévue fin 2025 / début 2026. 

Saisir les opportunités et anticiper les chocs : Les Toiles Industrielles® au service de la dynamique économique

Les crises économiques, sanitaires, écologiques et géopolitiques ont souligné l’exposition des entreprises du territoire aux ruptures d’approvisionnement, mais également l’ampleur, la diversité et la nature des flux de matières et d’énergies mobilisés à large échelle pour les activités économiques locales. Or l’insertion dans des chaînes de valeur mondialisées invisibilise les flux territoriaux et les interdépendances entre acteurs économiques à l’échelle d’un bassin économique.

Dépassant la seule identification des ressources et des marchés dont dépend le territoire, la Toile industrielle® donne à voir cet ancrage local du tissu économique par le biais des relations qui le structurent. Les dépendances aux ressources ne peuvent s’expliquer sans une compréhension des interdépendances productives. Disposer d’un outil permettant de mieux comprendre les forces et les faiblesses du système économique constitue alors un prérequis aux politiques économiques et aux stratégies industrielles pour appuyer la robustesse du tissu économique.

Mise en œuvre par l’Agence d’urbanisme Clermont Massif central à l’échelle du Pôle métropolitain Clermont Vichy Auvergne, elle vise à mieux appréhender les besoins et les interdépendances entre entreprises, et les forces et faiblesses qui en découlent pour l’économie locale, afin de saisir les opportunités en matière d’économie industrielle. Au regard des enjeux propres à la métallurgie, un premier test de toile est en cours de réalisation avec les acteurs de ce secteur pour en expérimenter la pertinence.

Comprendre l’écosystème industriel et ses synergies

La toile vient décliner concrètement les flux de matières sur un territoire en cartographiant et en qualifiant les interdépendances entre les acteurs impliqués. Elle dessine la structure d’une filière ou d’un secteur d’activité en partant de l’amont, soit les marchés d’importation, jusqu’aux marchés d’exportation. L’agence d’urbanisme Flandre-Dunkerque (AGUR), qui développe la lecture du fonctionnement économique sous forme de Toiles® depuis 2009, les définit comme « un schéma représentant un ensemble d’entités présentes sur un territoire, reliées entre elles par des flux, des contrats ou d’autres types de relations définies au cas par cas. Fondée sur un raisonnement en système ouvert, la Toile® souligne l’importance des connexions d’un territoire avec le reste du monde via les marchés externes par exemple ». Cette représentation schématique des acteurs industriels du territoire et de leurs relations permet d’objectiver les forces et les vulnérabilités économiques à prendre en considération pour consolider l’avenir industriel du territoire. Elle a directement contribué, dans les territoires où elle a été mise en place, à travailler la pérennité des entreprises lors de chocs économiques mais aussi au déploiement de projets industriels.

Exemple de toile industrielle

Source : AGUR

Servir l’action économique territoriale

Si l’analyse des importations et des exportations réalisées à l’échelle du territoire permet d’appréhender les flux, c’est-à-dire la nature et les volumes de ressources qui entrent et sortent du territoire, ainsi que leur provenance et leur destination, elle ne permet pas d’anticiper une rupture d’approvisionnement, une tension, par exemple liée à une hausse de prix ou à la raréfaction progressive d’une matière première, ou la réaction à un choc dans le cas d’une crise ou de la faillite d’un acteur structurant de la chaîne de valeur.

En rendant visible les acteurs du système et les relations entre les différentes entités, la Toile industrielle® rend possible l’anticipation des chocs. Elle révèle les mécanismes de vulnérabilité par la compréhension de l’architecture du système économique. Il ne s’agit plus de s’intéresser aux ressources critiques en matière d’importation et d’exportation, mais d’identifier les secteurs et les entreprises qui dépendent de ces ressources, les maillons manquants de chaînes de valeur, les risques d’effets d’entraînement ou de conséquence en chaîne ainsi que les éventuelles alternatives possibles pour conforter la robustesse économique du territoire. Utiliser comme un support de dialogue avec et entre les acteurs du système économique, elle favorise les liens de proximité et facilite l’émergence de coopérations pour améliorer la résilience de l’économie locale. La Toile industrielle® ne constitue pas un exercice académique ; elle a pour vocation de partager une lecture fine et commune des interdépendances et des enjeux associés pour mieux saisir les capacités d’adaptation.

Expérimenter l’utilité de la Toile industrielle® sur le secteur de la métallurgie

Le secteur de la métallurgie a été retenu pour éprouver localement cette approche sous forme de toile parce qu’il est intéressant à plusieurs titres : il concerne tout d’abord l’ensemble du territoire d’analyse (la région métropolitaine clermontoise) et, du fait de sa forte intensité d’importation, il présente une sensibilité aux cycles économiques, une intensité capitalistique et une dépendance énergétique que la Toile industrielle® peut permettre de mieux comprendre. La métallurgie comprend par ailleurs des flux d’imports et d’exports à forts enjeux de transition, et revêt également une dimension multidimensionnelle, à la fois composée de grands groupes et de petites entreprises, venant alimenter de nombreuses filières comme l’automobile, l’aéronautique, le bâtiment, l’énergie ou encore les équipements industriels.

Face à ces enjeux, l’Agence d’urbanisme Clermont Massif central mène une analyse du fonctionnement de ce secteur, des ressources dont il dépend et des interactions entre ses acteurs, afin d’en comprendre sa robustesse et de renforcer sa capacité à faire face aux ruptures et aux chocs auxquels il pourra être exposé. Ce travail de représentation des chaînes d’interdépendances entre entreprises, soutenu par l’Union des Industries et Métiers de la Métallurgie Auvergne et le pôle de compétitivité mécanique Auvergne Rhône-Alpes CIMES, n’est rendu possible qu’avec l’implication et la contribution volontaire des acteurs du secteur de la métallurgie pour connaître leur positionnement dans la chaîne de valeur, à partir de leurs relations clients-fournisseurs et donneurs d’ordre-sous-traitants. Le respect de la confidentialité de certaines données est naturellement assuré en concertation avec l’entreprise.

 

 

Larzac ! Une histoire d’utopie jouée sur un plateau

Larzac !, spectacle de et avec Philippe Durand, se situe exactement à la confluence des thématiques portées par Prairies nomades. En racontant l’histoire d’un outil de gestion collective des terres qui fait ses preuves depuis quarante ans, l’auteur fait entendre les voix de ceux qui prolongent aujourd’hui l’aventure du Larzac et pérennisent d’autres modèles non seulement d’agriculture, mais de démocratie, de transmission, et donc de culture.


25 avril 2026. En une belle soirée de printemps sur le Livradois-Forez, plus de cent personnes se pressent devant la Ferme GAEC des Chaumes de Valcivières, où Manu Durand, maître des lieux et producteur de fourme selon la méthode traditionnelle accueille Larzac ! le spectacle de Philippe Durand (aucun lien familial entre les deux !).

Un beau pied de nez aux déplorations sempiternelles sur le théâtre soi-disant déserté par le public.  Car l’événement se mérite : depuis Valcivières, il faut parcourir une petite route en lacets escarpée pour y parvenir. Et pourtant ils sont 110, certains venus en voisins, d’autres de loin, avec une belle diversité de professions et générations. Toutes et tous, du début à la fin, sont pendus aux mots des Larzaciens : paroles directes et vivantes, loin de toute langue de bois ou jargon.

Auteur, interprète et metteur en scène, Philippe Durand fait théâtre de paroles avec sa compagnie 1336. Longtemps comédien dans différentes structures du théâtre public, dont la Comédie de Saint-Etienne auprès d’Arnaud Meunier, il expérimente depuis une douzaine d’année cette forme d’adresse directe au spectateur : un spectacle seul en scène, et un texte tissé de paroles brutes recueillies dans un contexte social particulier. Ces paroles, il les recueille, les écoute, les retranscrit, les organise, construit une récit, puis s’approprie les voix et leur musicalité au plus près de celles et ceux qui lui ont confié leurs témoignages.  C’est ainsi qu’en 2014, il est parti à la rencontre des ouvrières et ouvriers marseillais qui ont porté 1336 jours durant la lutte pour soutenir leur entreprise productrice de thé contre le projet de la multinationale Unilever et la transformer en SCOP. À l’arrivée, Paroles de Fralibs est un phénomène, avec plus de 400 représentations ! C’est au cours de l’une d’elle, à Montredon dans le Larzac, qu’il rencontre les « historiques » du Larzac avec le réalisateur Christian Rouaud, réalisateur de Tous au Larzac. De là naît l’envie de parler du Larzac d’aujourd’hui et la pérennité d’une volonté d’autogestion qui a su trouver ses outils.

Derrière la carte postale, l’alternative en actes

Le Larzac draine toute une imagerie, voire même un folklore : les babas cool partis sur le plateau se battre avec les paysans historiques contre l’extension du camp militaire… Une lutte de dix ans, bien documentée, mais que ses habitants actuels se lassent un peu de ressasser.

Philippe Durand a choisi de parler, ou plutôt faire parler de l’outil qui a permis à l’aventure de perdurer et à une autre forme de travail et de transmission des terres d’exister. Un outil curieusement passé sous silence alors qu’il propose une véritable alternative à la difficulté à s’installer pour les agriculteurs et une solution à la vacance des terres.

Cet outil, c’est la Société civile des Terres du Larzac, ou SCTL, qui gère collectivement les 6300 hectares du plateau laissés par l’abandon du projet de camp militaire[1]. Après avoir renoncé à l’installation du camp militaire, et à la suite de longues négociations, l’Etat, toujours propriétaire des terres lui a concédé un bail emphytéotique.

C’est cette société civile immobilière qui gère l’occupation des maisons et terres, le départ et l’arrivée des agriculteurs, et plus largement d’habitants et d’habitantes ayant envie de vivre et travailler sur place. Elle est devenue l’instrument d’une autogestion des terres toujours revendiquée, et le moyen d’accéder au foncier et à l’habitat sans s’endetter pour acheter.

Un agriculteur ou une agricultrice veut s’installer sur le Larzac, sur une ferme laissée vacante ? Il ou elle paye une « valeur d’usage » pour récupérer terres et maisons[2], et se voit proposer un « bail de carrière » qui lui permet d’occuper les lieux, avec un fermage modeste jusqu’à sa retraite. Seule condition : habiter le territoire et l’entretenir. À la retraite, l’amélioration apportée aux terres et à la maison fait l’objet d’une évaluation, et les repreneurs s’acquittent à leur tour de la « valeur d’usage » qui lui permet de partir avec un pécule.

« Grâce à cet outil les terres n’ont jamais été inoccupées, explique Philippe Durant. Cela permet à des agriculteurs de s’installer à des prix qui n’ont rien à voir avec ceux du marché : la plus haute valeur d’usage est de 150000 euros pour une ferme ! ».

Le même principe de « valeur d’usage » à payer à l’entrée et récupérer à la sortie est appliqué à celles et ceux qui souhaitent s’installer sur le Larzac pour développer une activité non agricole : artisan, boulanger, et même compagnie de théâtre ! »

Sur le papier comme sur scène, cela semble une solution formidable et évidente pour permettre l’installation de jeunes ruraux.  Cette approche par la valeur plutôt que la propriété apparaît pourtant souvent révolutionnaire, voire subversive, dans le milieu agricole qui traditionnellement ne connaît que deux modes d’exploitation des terres : la propriété privée ou la location en fermage.

Un conseil de la SCTL gère l’attribution des terres, trie les dossiers, interviewe longuement les candidats à l’installation. C’est à ce conseil que la pièce Larzac ! donne vie : les quelques quarante personnes interrogées par Philippe Durand en ont été partie prenante.

L’autogestion vivante et chorale

Parler de baux, de valeur d’usage, de gestion collective sur scène ?

Le sujet peut sembler aride comme un causse en été, et se révèle pourtant comme lui source de vie. Avec un dispositif des plus dépouillé, seul en scène et assis à une table, Philippe Durand le transforme en un savoureux récit choral et universel. Il n’aime pas les étiquettes, et récuse l’appellation de théâtre documentaire. Son théâtre est en revanche fortement documenté. Témoignent, entre autres, celui qui a toujours rêvé d’être paysan ; celle « qui cueille des agneaux et du lait dans le respect de l’animal » celui de « not’ première génération, on était tous d’ailleurs, aucun Aveyronnais, je me fais un plaisir de leur dire », celle qui seule salariée de la SCTL anime les réunions et doit avec doigté se débrouiller pour que la parole des leaders n’écrase pas celle des autres…

Ces phrases truculentes ou émues, directes ou hésitantes, Philippe Durand s’en empare tour à tour, avec gourmandise, faisant sonner leur musicalité et les accents sans jamais caricaturer.

On est dans le théâtre, l’humour, l’émotion, la poésie, pas dans la pédagogie, même si l’on découvre et apprend beaucoup. Peut-être est-on dans les origines du théâtre en tant que source de démocratie, avec l’évocation des réunions de la SCTL : une aventure humaine, même émancipatrice, est aussi faite d’antagonismes, d’engueulades, de conflits. L’autogestion, c’est pas de la tarte ! » annonçait un livre culte des années 70. La SCTL n’est ni une communauté anarchiste, ni même un lieu où tout le monde s’apprécie et partage les mêmes envies, mais un espace de débats animés et un sacré boulot à faire tourner ! « Ceux du Larzac, c’est d’abord des besogneux », affirme l’un des témoignages.

La réaction du public montre à quel point le sujet résonne et combien la parole brute est salutaire. Joué depuis trois ans dans toutes sortes de lieux, Larzac ! frôle les 20000 spectateurs.

« Le sujet est local, et l’outil spécifique, mais cette relation à la propriété et à la transmission a une portée universelle. Des fondateurs ont transmis non seulement des terres mais aussi un outil à des plus jeunes, et ont dû admettre qu’ils s’en emparent différemment qu’eux. Passer le relais n’est facile pour personne, y compris les fondateurs d’aventures théâtrales » ! commente Philippe Durand.

En une période anxiogène pour l’agriculture, Larzac ! offre ce bonheur à entendre le témoignage d’une alternative qui a collectivement réussi. À la sortie du spectacle, l’auteur reçoit d’ailleurs toutes sortes de témoignages d’autres expériences en dehors des clous.

À Valcivières, le spectacle résonnait avec les pratiques d’une agriculture pastorale proche des modes d’élevage du Larzac. Les échanges se sont prolongés après le spectacle, avec dégustation de la fourme fermière produite sur place.  De quoi repartir avec des étoiles dans les yeux en miroir de celles du ciel du Forez.

 


Pop’up et théâtre en fermes

Depuis plusieurs années, la communauté de communes d’Ambert Livradois Forez propose chaque printemps un spectacle dans l’une des fermes du territoire. L’originalité du dispositif est de faire travailler ensemble le service culture et le service agriculture qui choisissent ensemble le spectacle le plus pertinent, à la thématique liée au monde agricole et la ferme la plus idoine pour l’accueillir. Le succès ne se dément pas : chaque année, le spectacle fait le plein et montre une véritable appétence des habitants. Cette année, le service patrimoine s’est joint à l’initiative pour proposer une exposition sur les bergers et jasseries du Livradois sous un hangar de la ferme.

La programmation de Larzac ! s’est faite en partenariat avec la Comédie de Clermont-Ferrand. Arrivée à sa tête il y a quatre ans et demi, Céline Bréant y a initié le POP (Programme Ouvert aux Population). Après trois ans, elle a ressenti le besoin de développer de la décentralisation hors les murs avec le programme Pop’up, qui propose des formes pouvant être jouées dans des lieux très divers, en ruralité.

Présenté dans le cadre de ce programme, Larzac ! a fait l’objet de sept représentations : en lycées agricoles à l’automne, dans des fermes comme celle de Sarliève à Cournon et au château de Murol, « devant un public qui n’est majoritairement pas celui de la Comédie », précise Céline Bréant.

« C’était passionnant ces manières de porter ces témoignages et cette histoire, loin du folklore. Tout ça résonne fort avec le monde agricole d’aujourd’hui, dans un territoire éminemment rural », ajoute-t-elle.

La Comédie propose cette saison d’autres créations liées à la thématique du pastoralisme, dont une mise en scène de La Terre de Zola, et l’installation « Je suis une montagne ». Elle accueille également la compagnie Turak en résidence d’immersion à Chanonat.


Les quartiers de gare, dimension clé du projet de SERM Clermont Auvergne

Sous l’impulsion de l’Etat, de la Région, des Autorités Organisatrices des Mobilités (AOM) des agglomérations de Clermont-Ferrand, Issoire, Riom, Thiers, Vichy et du Pôle métropolitain Clermont Vichy Auvergne (PMCVA), les acteurs du bassin clermontois ambitionnent de déposer, début 2026, un dossier de demande de statut de Service Express Régional Métropolitain (SERM) au ministère des Transports.  

Les SERM visent à développer une offre de mobilité multimodale (ferroviaire et routière) dans les périphéries des grandes métropoles, en considérant le réseau ferroviaire comme la « colonne vertébrale » des mobilités. Dès lors, l’amélioration du système ferroviaire (fréquences accrues, meilleure fiabilité…) est au cœur des attentions, mais le succès du dispositif dépendra également d’une meilleure intégration des gares dans leur environnement urbain et d’une amélioration des conditions d’accès à la gare (à pied, à vélo, en transports collectifs ou en voiture) depuis les secteurs situés à proximité.  

Pour conforter le dossier de demande de statut, l’Agence d’urbanisme Clermont Massif central (AUCM) a proposé au Pôle métropolitain Clermont Vichy Auvergne de réaliser un état des lieux sur l’aménagement du territoire au niveau de chaque nœud ferroviaire à l’échelle du « quartier de gare ». Trente sites (cf. carte) ont été analysés selon l’intensité urbaine aux abords des gares et du rôle de celles-ci en tant que « porte d’entrée » pour les territoires environnants. 

Des quartiers de gare en attente d’une meilleure intégration urbaine

Au XIXème siècle, l’arrivée du chemin de fer a bouleversé l’organisation des territoires urbains et ruraux. Les gares se sont généralement implantées à l’extérieur des zones urbanisées existantes. Dans certains cas, des faubourgs sont apparus à la fin du XIXème siècle, se fondant peu à peu dans la ville ou le bourg historique (Clermont-Ferrand, Brassac-les-Mines, Le Cendre, Riom…). Dans d’autres cas, la gare est restée un lieu isolé, associé à un hameau plutôt à vocation industrielle, éloigné du cœur de la commune (Vic-le-Comte, Vertaizon…). Enfin, dans des cas plus rares, l’arrivée du train n’a entraîné que peu ou pas de développement urbain autour de la gare (Aubiat, Volvic…).  

Ces héritages liés aux tracés des voies ferrées font des quartiers de gare des objets urbains singuliers, qui ont été analysés par l’AUCM dans un périmètre de 15 minutes à pied de la gare. Trois approches ont été considérées. D’une part, chaque quartier de gare fait l’objet d’une analyse monographique réalisée à partir de données statistiques caractérisant les populations résidant ou travaillant dans ces quartiers (densité, taille du ménage, bas revenus, famille monoparentale, indice de jeunesse, emplois, scolaires…), les équipements implantés pouvant générer des flux (fréquentation de la gare, restaurant, sport, santé…), l’attractivité du marché de l’habitat (taux de vacance des logements, prix du marché immobilier, dynamique de construction), ainsi que l’environnement immédiat (végétation). Ces données cumulées permettent de cerner l’intensité urbaine actuelle et de disposer d’éléments de comparaisons objectifs entre quartiers de gare. D’autre part, une analyse des documents d’urbanisme (Schéma de cohérence territoriale (SCoT), Plan local d’urbanisme (PLU), programme Petites Villes de Demain, Ecoquartier…) a été réalisée avec l’appui des territoires (questionnaire aux EPCI ou communes) pour identifier les ambitions de développement. Enfin, des relevés de terrain ont été réalisés pour apprécier sensiblement la qualité des espaces publics, l’environnement urbain (coupures urbaines liées à la voie ferrée, friches, qualité du bâti…) et les facilités d’accès à la gare (cheminements piétons, voies cyclables et stationnement vélo en gare, occupation du parking des voitures, …). 

Ces analyses croisées ont mis en évidence quatre principales typologies de quartiers de gare. On peut distinguer, tout d’abord, les quartiers de gare des villes principales (Clermont-Ferrand, Issoire, Riom, Vichy) se situant dans des secteurs denses. Ces quartiers bénéficient de gares récemment modernisées (accessibilité, espaces d’attente accueillant, intermodalité…) et disposent de grands générateurs de déplacements (hôpitaux, lycées…). En termes d’accessibilité, elles sont maillées par des itinéraires piétons et vélo, mais connaissent des difficultés de stationnement des voitures… Par ailleurs, ces sites font l’objet de projets urbains visant à renforcer la densité et la mixité fonctionnelle. 

En revanche, pour les trois autres typologies de quartiers de gare (quartier au cœur d’une centralité intermédiaire, quartier en périphérie d’un centre urbain, secteur en zone peu dense), la valorisation du quartier de la gare demeure insuffisamment affirmée, malgré des contextes urbains variés selon la taille de la commune ou de la localisation de la gare (plus ou moins éloignée du centre-ville / centre-bourg). L’environnement immédiat est souvent peu qualitatif (présence de friches industrielles), les espaces publics sont mal adaptés aux modes actifs, les parkings sont fortement occupés, alors que le « choc d’offre » n’a pas encore eu lieu.  

Néanmoins, des dynamiques de projet sont à l’œuvre notamment à Vic-Le-Comte (Banque de France en construction, PLU en vigueur définissant des Orientations d’Aménagement et de Programmation (OAP), Plan guide du hameau de Longues élaboré en 2023, projet d’écoquartier) et à Sarliève-Cournon (bus-tram desservant la gare / requalification d’une avenue, OAP définies dans le PLU en vigueur et le nouveau PLUi, Zone d’Aménagement Concertée « Gare de Cournon »).  

A l’échelle du territoire du futur SERM, l’aménagement de la gare du Cendre et de son quartier environnant peut constituer, à ce titre, une « opération pilote » pour les sites en dehors des quartiers de gare des villes principales. En parallèle à la rénovation / reconstruction du site gare (bâtiment voyageurs, espaces d’attente, intermodalité, parkings) en 2021, la Ville du Cendre et Clermont Auvergne Métropole ont en effet mené un programme d’embellissement du centre bourg (incluant la gare) : requalification des espaces publics, création d’aménagements cyclables, opérations immobilières, végétalisation des espaces…  

L’analyse de chaque site est détaillée au sein de quatre livrets, par cadran géographique. 

Des quartiers de gare confrontés à une forte occupation des espaces de stationnement des voitures 

Les quartiers de gare constituent également des « portes d’entrée » sur le réseau ferroviaire pour les territoires environnants. Cela se traduit par des tensions sur les parkings, souvent saturés sur la quasi-totalité des trente sites étudiés. Dans certains cas (notamment à Riom et Vertaizon), ce besoin de stationnement engendre une pression sur le stationnement dans les rues adjacentes pouvant générer des conflits d’usage. 

A première vue, il pourrait être tentant d’augmenter significativement le nombre de places de stationnement pour anticiper le « choc de fréquentation » attendu avec le déploiement du Service Express Régional Métropolitain. Toutefois, cette stratégie se heurte à la rareté foncière et à la volonté de certaines communes (Riom, Vic-le-Comte…) d’affecter le foncier disponible à des opérations d’urbanisme (écoquartiers), afin de transformer le quartier de la gare en un véritable lieu de vie et non en un simple espace de stationnement. 

Les analyses montrent que les zones d’attraction des gares restent en général assez limitées. En effet, les utilisateurs du train sont majoritairement issus de la commune où se trouve la gare (logique de rabattement) ou exercent en général une activité sur la commune d’implantation de la gare (logique de diffusion). L’enquête réalisée par la Région auprès des usagers du train pour connaître notamment le lieu d’origine et le lieu de destination finale, le confirme (ex : pour la gare de Vichy, 602 personnes ont commencé ou terminé leur déplacement sur la commune de Vichy, ils ne sont « que » 93 à avoir commencé ou terminé leur déplacement sur la commune de Cusset – 2ème destination ; pour la gare de Vic-le-Comte, 305 personnes ont commencé ou terminé leur déplacement sur la commune ; les communes environnantes n’envoyant chacune moins de 10 voyageurs). 

Compte tenu de la prépondérance de la demande de mobilité de proximité (déplacements entre un point X de la commune et la gare) et des tensions sur le stationnement automobile, la promotion des déplacements à pied et le développement du maillage cyclable (incluant le stationnement) sont des leviers essentiels pour accéder autrement à la gare. Dès lors, la requalification des espaces publics peut inciter à l’usage des modes actifs (marche et vélo) pour les personnes qui parcourent de petits trajets (0 – 3km) pour atteindre la gare. Pour les distances plus longues, le développement de transports collectifs, dont les horaires de passage seront à coordonner avec ceux des trains reste à conforter. L’ensemble de ces actions sur les mobilités locales contribueront à réduire les besoins de stationnement voiture. Toutefois, au regard de la hausse de fréquentation, il pourra être étudié dans certains cas l’agrandissement ou la régulation des parkings (stationnement payant, places réservées aux covoitureurs…). 

En conclusion, le possible Service Express Régional Métropolitain Clermont-Auvergne apportera de nouvelles facilités de déplacement entre les trente gares du périmètre, grâce au « choc d’offre » attendu. 

Celui-ci demeure néanmoins conditionné par l’état de l’infrastructure ferroviaire (relevant de l’Etat et SNCF Réseau) et par la capacité d’augmenter la fréquence des trains (compétence de la Région et de son exploitant : SNCF Voyageurs ou autres). 

Cependant l’adhésion des habitants du bassin Clermont-Auvergne dépendra également d’actions locales d’aménagement, d’urbanisation et de développement des services autour des gares, ainsi que des facilités d’accès multimodes. A ce titre, les projets locaux de mobilité portés par les Autorités Organisatrices des Mobilités (transports collectifs, vélos en libre-service…) et les Communes ou les Départements (partage de la route, stationnement, requalification des espaces publics, aménagements de pistes cyclables…) constituent des leviers déterminants dans la réussite du projet de SERM. 

Penser une action publique coordonnée sur l’habitat du QPV Centre

A la fois nouveau quartier prioritaire de la politique de la ville (le seul situé en centre-ville), périmètre d’Opération de revitalisation du territoire (ORT), inclus dans le Site patrimonial remarquable (SPR) du centre historique et entrée de ville depuis la gare : le quartier Centre à Clermont-Ferrand est sans aucun doute un quartier qui cumule enjeux et attentions de la puissance publique, mais aussi difficultés sociales et sécuritaires. Consciente de ces forces et faiblesses, et des limites des dispositifs jusque-là mis en œuvre, la Métropole a souhaité réfléchir à la façon dont la mobilisation des outils de droit commun en matière d’habitat permettrait de coordonner les différentes parties prenantes (Métropole, Ville, Etat, structures agissant dans le domaine de l’habitat…) et d’optimiser les effets de l’ensemble des actions menées sur le quartier ?  

Proposée comme un laboratoire de l’action publique, l’étude conduite par l’AUCM entre novembre 2024 et septembre 2025 vise à répondre à ces questions, tout en s’inscrivant dans les orientations définies dans le Programme local de l’habitat (PLH) 2023-2028 de Clermont Auvergne Métropole. Après avoir décrit la situation du quartier et de ses habitants, et fait le bilan des actions réalisées, l’AUCM propose de nouvelles actions à conduire en coordination avec les autres parties prenantes. Leur mise en œuvre permettra de sortir du laboratoire pour vérifier et élargir l’hypothèse de départ : l’action sur l’habitat peut-elle être un facteur de coordination et d’efficacité de l’action publique ? A quelles conditions (démographiques, sociales, d’habitat) l’expérience pourrait être reconduite dans d’autres quartiers ? 

Comprendre les dynamiques des habitants et de l’habitat dans le quartier  

Un quartier de centre-ville en cours de paupérisation 

Le Quartier Prioritaire de la politique de la Ville (QPV) compte une part élevée de 15-24 ans (27%), peu de familles avec enfants et beaucoup de ménages d’une seule personne (59%). Ces caractéristiques le distinguent fortement des autres quartiers prioritaires de la Métropole mais sont classiques pour un quartier de centre-ville. Autre spécificité par rapport au reste de la géographie prioritaire : un taux d’emploi élevé (47%) même si celui-ci reste inférieur à la moyenne de la ville et est porté par une part importante d’emplois précaires (32%).  

La caractéristique la plus notable du QPV Centre concerne la dynamique de paupérisation constatée. En effet, entre 2010 et 2021, les revenus des ménages des quartiers Trudaine et Charras ont augmenté de +3% et +6%, alors qu’ils augmentaient de +17% dans la ville de Clermont-Ferrand. Malgré un niveau de revenu médian supérieur à celui des autres quartiers prioritaires, ce décrochage du quartier par rapport au reste du territoire constitue une évolution qui ne s’observe ni dans les autres QPV, ni dans les autres quartiers de centre-ville.  Le niveau du revenu du premier décile y est également le plus bas de la Métropole. 

Un parc de logements peu diversifié 

Le parc de logements du QPV Centre reflète sa situation de quartier de centre-ville avec une faible part de propriétaires occupants (16%) et une part importante de logements de petite taille (49% de T1-T2 parmi les logements du QPV). La part de logements familiaux (T4 et plus) est quant à elle particulièrement faible, y compris en comparaison des quartiers de centre-ville alentours.  

Une offre d’habitat et d’hébergement social importante 

La part de logements locatifs sociaux sur ce quartier est bien moins importante que dans les autres QPV du territoire, mais supérieure au reste du centre-ville (674 logements, soient 26% de l’ensemble des logements du quartier). Elle est complétée par une offre de parc privé conventionné plus importante que sur le reste du territoire, probablement en relation avec l’OPAH Gare menée il y a quelques années.  

En plus de ces logements sociaux, le quartier est concerné par une offre d’hébergement social importante. 2 des 32 structures d’hébergement de la Métropole sont situées aux abords directs du QPV (Avenue de l’Union soviétique) ainsi que 40% des lits d’hôtel utilisés comme hébergements d’urgence (soit environ 195 lits). La proximité avec la gare et les services d’action sociale peuvent expliquer cette concentration mais celle-ci pose question dans un quartier marqué par une dynamique de paupérisation.  

Une dynamique immobilière de rattrapage mais portée par des investisseurs extérieurs au territoire  

Jusqu’en 2022, le QPV Centre ne présentait pas de signes de décrochage immobilier (turn over, taux de mutation…) et affichait au contraire un rattrapage du point de vue des valeurs immobilières : augmentation des loyers moyens de 8.3 €/m² à +10.2 €/m² (soit +25% entre 2016 et 2023) et des prix de vente de 1 300 €/m² à 1 970 €/m² (soit +52% entre 2010 et 2022). Le manque de données plus récentes ne permet toutefois pas d’appréhender l’impact potentiel de l’actualité sur le marché immobilier du quartier.  

Cependant, le profil des acheteurs dans le quartier Centre est particulier : le quartier attire notamment des investisseurs extérieurs au territoire, et ce de façon notable par rapport au reste de la ville et aux quartiers alentours.  

Une structure de propriété qui complexifie les possibilités d’action publique  

Le parc de logements du quartier est principalement composé de copropriétés de taille moyenne (5 à 20 logements) et de monopropriétés de grande taille (5 logements et plus). La situation des copropriétés du quartier est globalement saine et similaire à celles du reste du territoire mais quelques adresses présentent des signes de fragilité à ne pas négliger : niveau de charges courantes élevées malgré un chauffage individuel, taux d’impayé supérieur à 25%, absence d’assemblée générale, registre national partiellement renseigné… 

La présence importante de propriétaires âgés, de logements locatifs, de logements détenus par des personnes morales privées (SCI) ou ne résidant pas à proximité du territoire, ainsi que la part importante de petits logements, rendent plus complexe la mise en œuvre d’une action publique sur l’habitat et ses résultats en seront en outre plus incertains.  

 S’appuyer sur les résultats des actions passées 

Un quartier déjà investi par l’action publique… 

Le QPV Centre est déjà couvert par plusieurs dispositifs d’action publique en faveur de l’habitat privé. Le Programme d’intérêt général, remplacé en 2025 par le Pacte territorial, couvre l’ensemble du territoire métropolitain et permet un accompagnement technique et financier des particuliers souhaitant engager des travaux de rénovation de leur logement. Pensé à destination des propriétaires occupants pour des travaux de rénovation énergétique, d’adaptation à la perte d’autonomie et de lutte contre l’habitat indigne, ce programme comporte également quelques actions à destination des propriétaires bailleurs et des copropriétés mais avec des résultats assez limités sur ces cibles, pourtant au cœur des enjeux du QPV Centre.  

En complément, le quartier a fait l’objet d’attentions particulières et l’Opération programmée d’amélioration de l’habitat (OPAH) Gare, déployée de 2011 à 2017 sur un périmètre englobant l’ensemble du QPV Centre, avait porté ses fruits en accompagnant 13 opérations de rénovation complètes à l’immeuble, avec remise en location de logements vacants dégradés. Depuis la fin de cette opération, la dynamique de contact et d’accompagnement des propriétaires dans les dispositifs existants s’est essoufflée et ces derniers mobilisent peu les propriétaires du quartier.  

Autre action notable sur le périmètre d’étude, Clermont Auvergne Métropole a voté le 27 juin 2025 la mise place de façon expérimentale du permis de louer sur l’avenue Charras. Ce dispositif d’autorisation préalable de mise en location, permettra une meilleure connaissance de la qualité du parc locatif du secteur et une action à l’encontre des marchands de sommeil potentiels. Expérimentée sur une partie du QPV Centre, cette action pourrait, selon ses résultats, s’envisager sur d’autres rues du quartier (rue des Jacobins par exemple) également marquées par une déqualification du parc de logement et la présence d’habitants en difficulté sociale. 

Enfin, le quartier est largement investi par la puissance publique via des opérations de maîtrise foncière. Une quinzaine d’immeubles sont à l’étude ou ont été acquis par des acteurs publics ou partenaires de la collectivité (EPF, bailleurs sociaux, foncière Assemblia…). Une démarche partenariale a également été engagée pour l’acquisition publique et la restructuration globale d’un îlot particulièrement dégradé, situé à l’angle de la place des Carmes et de la rue des Jacobins.  

… mais qui ne produit pas l’ensemble des effets espérés   

Malgré les nombreux atouts du quartier (proximité avec la gare et le centre-ville, patrimoine architectural…) et les diverses démarches engagées par la collectivité, notamment sur les espaces publics et le commerce, le quartier peine à attirer et à faire rester des investisseurs privés. Les événements récents lié à la sécurité, ainsi que leur médiatisation, risquent d’accentuer cette tendance. Pour exemple, alors que dans la plupart des territoires disposant d’une OPAH les investisseurs mènent plusieurs opérations de rénovation d’immeubles, dans le cas de l’OPAH Gare, aucun investisseur ayant été accompagné n’a souhaité mener de seconde opération, notamment en raison de difficultés de gestion des logements locatifs remis sur le marché (turn over des locataires, occupation et dégradation des parties communes…). Les acteurs interrogés dans le cadre de l’étude mentionnent l’arrivée sur le quartier de propriétaires indélicats et peu scrupuleux attirés par la rentabilité économique assurée par des travaux à minima. L’image du quartier oblige les propriétaires et investisseurs à mettre en place un niveau de loyer inférieur au prix de marché. L’équilibre financier des opérations en loyer libre est ainsi complexe à atteindre par rapport à des opérations de logement social bénéficiant de subventions. 

Les opérations sur des immeubles acquis par la collectivité et ses partenaires pourraient servir de point d’accroche pour lancer une nouvelle dynamique, mais elles n’y parviennent pas soit par absence de projets prédéfinis en amont de l’acquisition, soit par inadaptation des outils mobilisés. En effet, le droit de préemption mobilisé pour leur acquisition ne peut être justifié que si le bien est destiné à la production d’une offre sociale, dont le développement peut être interrogé dans un quartier manquant de mixité sociale. 

Enfin, malgré la mobilisation publique, la collectivité dispose aujourd’hui d’une connaissance très partielle de la qualité des logements privés du quartier, ce qui rend difficile la définition des nouvelles interventions à mettre en place et le choix des outils adéquats à mobiliser.  

Structurer une action publique collective et coordonnée permettant d’agir dans un contexte de dégradation notable de l’image du quartier 

Au regard des éléments de diagnostic évoqués précédemment, l’enjeu réside dans la définition d’une politique publique permettant de requalifier et transformer l’offre de logement du quartier, dans un contexte de paupérisation, de difficulté de mobilisation des investisseurs et propriétaires privés et d’une maîtrise foncière publique importante mais contrainte et aujourd’hui peu structurée.  

S’appuyer sur les dispositifs déjà mis en œuvre : une base d’intervention nécessaire mais non suffisante 

A l’instar des autres champs d’intervention de la politique de la ville, l’enjeu pour agir en matière d’habitat privé dans le QPV Centre, est avant tout de mobiliser les outils et dispositifs de droit commun et de s’appuyer sur les actions déjà mises en œuvre. En premier lieu, une communication renforcée sur les aides financières existantes (aides à la rénovation des logements et dispositifs fiscaux) serait ainsi à déployer de façon ciblée, à destination des propriétaires bailleurs et des copropriétés. Pour autant, comme évoqué plus haut, ces aides financières risquent d’avoir un effet limité et de produire notamment des résultats auprès des propriétaires occupants, ce qui n’est pas l’enjeu d’intervention premier sur ce quartier.   

La transformation de l’habitat privé du QPV Centre ne pourra passer que par une action publique globale et coordonnée, s’appuyant sur une meilleure connaissance du parc de logement, la mise en place de dispositifs d’aide à la gestion des copropriétés et le déploiement d’actions coercitives et interventions publiques ciblées.   

Améliorer la connaissance du parc de logement  

La mise en œuvre du permis de louer sur l’avenue Charras à compter du 1er janvier 2026, donnera à la collectivité une opportunité pour renforcer sa connaissance de l’état des logements locatifs privés sur une partie du quartier, étape nécessaire et préalable pour affiner la stratégie d’intervention à déployer.  

De façon plus générale, l’amélioration de la connaissance de l’état des logements du quartier, ainsi que le renforcement du repérage de l’habitat dégradé, passent par deux démarches : inciter les signalements de suspicion d’habitat indigne et pouvoir pénétrer dans les logements pour connaître leur état. Dans le premier cas, cela peut passer par des actions de communication sur les critères de décence des logements et les procédures de signalement, auprès des habitants et des personnes travaillant à domicile (travailleurs sociaux, agents de portage de repas, soins à domicile…). Dans le second cas, plusieurs outils peuvent être mobilisables : partenariat avec la CAF pour la réalisation de contrôles de décence, contrôles spontanés par les agents des Services communaux d’hygiène et de santé (SCHS), visites dans le cadre de la mobilisation du droit de préemption ou mobilisation du droit de visite des hommes de l’art dans le cadre du SPR ou d’une démarche d’opération de restauration immobilière (ORI).  

Quelles que soient les actions retenues, la coordination des acteurs via le Plan Départemental de Lutte contre l’Habitat Indigne (PDLHI), permettant de s’appuyer sur les compétences, moyens et plans d’action de chaque structure associée, est un préalable indispensable. L’identification dans le cadre de l’étude conduite par l’AUCM d’une liste d’adresses prioritaires sur lesquelles conduire des visites ciblées permettra également de rationnaliser l’action conduite.  

Agir en faveur de la bonne gestion des copropriétés   

Si les indicateurs de gestion des copropriétés sont globalement équivalent sur le quartier que sur le reste du territoire, l’analyse menée met en avant un risque de fragilité marqué sur une vingtaine de résidences. Celles-ci sont concernées par une absence d’enregistrement ou de tenue à jour du Registre national d’immatriculation des copropriétés (RNIC), une absence d’assemblée générale, un niveau d’impayés ou de charges de copropriété particulièrement élevé. Ces situations peuvent être le signe avant-coureur d’une qualité de logement dégradé et empêchent les copropriétés concernées de bénéficier des aides financières à la rénovation. L’accompagnement des copropriétés à l’enregistrement, à l’organisation d’assemblée générale ou encore à la mise en place d’une gestion financière saine, peut donc constituer un préalable à un travail sur la qualité des logements. Dans le cas où les copropriétaires et syndics sont volontaires, cet accompagnement peut passer par l’organisation de réunions d’information, d’accompagnements individualisés ou encore de sessions de formation. Un premier contact avec les syndics professionnels présents sur le quartier permettra d’évaluer le niveau de ce volontarisme et de contextualiser les informations renseignées dans le RNIC pour mieux les analyser. Dans les cas les plus graves, et pour lesquels les copropriétés ne se montrent pas volontaires, la saisie du tribunal judiciaire par le maire ou le Président de la Métropole afin de demander la nomination d’un mandataire ad hoc est à privilégier. Ce dernier sera alors chargé, même en l’absence de coopération du syndic ou des copropriétaires, de réaliser un bilan complet de la situation de la copropriété (financier et état du bâti) et de définir des préconisations d’intervention pour rétablir l’équilibre financier et la sécurité de l’immeuble. 

Déployer des actions coercitives et interventions publiques ciblées 

Au-delà des copropriétés, la question de l’intervention publique sur des immeubles dégradés ou appartenant à des propriétaires non volontaires se pose. Les difficultés à attirer dans le quartier des investisseurs privés prêts à réaliser des travaux de rénovation d’ampleur, rend nécessaire un portage d’opération par la puissance publique et ses partenaires, afin de permettre une transformation du parc de logements du quartier.  

La meilleure connaissance de l’état des logements évoquée précédemment, permettra à la collectivité d’identifier les immeubles sur lesquels il est nécessaire de faire usage des pouvoirs de police, ceux pour lesquels une ORI serait pertinente ou encore les immeubles à envisager dans le cadre de démarches d’achat-revente avec cahier des charges.  

Le suivi des Déclarations d’intention d’aliéner (DIA) et la mobilisation du droit de préemption, constituent des outils nécessaires pour la bonne réalisation de ces démarches. L’identification d’une liste d’adresses prioritaires reste un préalable, tout comme la réalisation d’études techniques et d’esquisses le plus en amont possible, pour permettre la définition de projets avant achat par la collectivité ou revente à un partenaire ou opérateur privé. Dans le cas particulier des copropriétés en grande difficulté, la mise en place de démarches de portage de lots peut être envisagée. Dans tous les cas, au regard des enjeux identifiés sur le quartier, les projets menés devront permettre de contribuer à une diversification de l’offre de logements (typologie, niveau de loyer, statut d’occupation…).  

Structurer l’action menée 

L’ensemble des pistes d’action évoquées peuvent être conduites indépendamment les unes des autres. Elles peuvent également être structurées dans le cadre de dispositifs ensembliers (Programme Opérationnel de Prévention et d’Accompagnement des Copropriétés (POPAC), OPAH de Renouvellement Urbain (OPAH-RU) ou encore traité de concession). Ces dispositifs ensembliers ne produiront pas d’effets en tant que tel, mais permettront une mise en cohérence, une planification pluriannuelle et la formalisation d’un cadre d’action partenarial. Si le traité de concession semble à l’heure actuelle être un dispositif trop complexe au regard de l’avancée des réflexions, la mise en place d’un POPAC ou d’une OPAH-RU peut être pertinente. Les deux dispositifs permettraient aux copropriétés du secteur d’être éligibles à quelques aides complémentaires, et à la collectivité de percevoir une subvention d’ingénierie pour mener certaines des actions évoquées (communication, accompagnement des copropriétés, actions de repérage de l’habitat dégradé, définition de projets de requalification d’immeuble, appui à la constitution de dossier d’ORI…). La mise en place de dispositifs incitatifs structurés constitue également un bon complément au déploiement d’éventuelles actions coercitives (argument à déployer dans le cadre de la prise d’une déclaration d’utilité publique (DUP) d’ORI par exemple). Le périmètre de ces dispositifs devrait alors être réfléchi pour tenir compte des marges du QPV et d’éventuels enjeux de mutualisation des actions avec d’autres quartiers du territoire. 

Il convient néanmoins de tenir compte de quelques points de vigilance concernant la mise en œuvre d’une OPAH-RU, en particulier dans ce quartier marqué par une forte image négative. Tout d’abord, la mise en place de ce dispositif nécessite la réalisation d’une étude pré-opérationnelle et une phase d’élaboration de la convention qui ne sont pas neutres en termes de temps et de coût financier pour la collectivité. En outre, la réussite d’une OPAH-RU est souvent mesurée à l’aune du nombre de projets de rénovation subventionnés, notamment ceux des propriétaires bailleurs. Or, comme cela a été évoqué précédemment, si cette cible est centrale sur ce quartier elle sera très difficile à atteindre (propriétaires âgés ou extérieurs au territoire, en recherche de rentabilité rapide sur des logements de petites typologies…) et les aides à la rénovation, au cœur de ce dispositif, ne semblent pas être les outils les plus efficaces à mobiliser dans ce cas précis.  

Quels que soient les choix qui seront faits par la collectivité, l’analyse de la situation de propriété souligne que la réussite des actions mises en œuvre sera conditionnée au déploiement de moyens suffisants, à un portage politique fort et à la mise en œuvre d’une action partenariale s’appuyant sur les compétences et connaissances de chaque structure. 

Des politiques publiques à la hauteur des enjeux de transition écologique et solidaire

En 2019, la Ville de Clermont-Ferrand et Clermont Auvergne Métropole ont adopté un « Plan Climat Air Energie Territorial » (PCAET) d’un nouveau genre nommé Schéma de Transition Énergétique et Écologique (STEE). Alors qu’un PCAET met au centre de son action la qualité de l’air, la transition énergétique et la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre, la Métropole a posé pour principe que la transition ne pouvait se faire sans tenir compte de la fragilité des ressources naturelles du territoire : l’eau, la biodiversité et les sols. Ces ressources en partage sont mises à mal par le changement climatique, et sont donc intrinsèquement liées au PCAET. En 2025, la Métropole a entamé la révision de ce document, adopté pour une durée de 6 ans, avec l’intention de monter une marche supplémentaire en intégrant la solidarité et la santé dans sa nouvelle feuille de route. Mais avant de monter cette marche, la métropole clermontoise a souhaité faire le bilan des actions conduites dans son STEE, et plus largement des actions de transitions déployées dans les politiques publiques locales, avec une question centrale « nos politiques publiques sont-elles à la hauteur des enjeux de transitions écologique et solidaire ? ». L’AUCM, sollicitée pour répondre à cette question, a élaboré une méthode et tire aujourd’hui de premiers enseignements qui serviront à poser les bases de la future feuille de route transitions.  

Pourquoi l’analyse des discours apporte un premier niveau d’évaluation des politiques conduites par la Métropole et la Ville en matière de transitions ? 

En toute logique, pour analyser le niveau d’engagement d’un territoire, on évalue les actions qui sont à l’œuvre. Ici, c’est un tout autre choix qui a été opéré avec une analyse des discours, issus d’un large panel de 70 documents : feuilles de routes, schémas directeurs, chartes, … Ces documents ont tous en commun le fait d’être délibérés par la Ville ou la Métropole, et donnent donc à voir les politiques qui guident l’action publique. Un premier travail de tri a été opéré pour sélectionner 35 documents structurants et représentatifs de l’ensemble des compétences de la Ville et de la Métropole, augmentés de quelques documents cadres supra-territoriaux et interterritoriaux, tels que le Projet Alimentaire Territorial du Grand Clermont et du Parc Livradois-Forez ou encore le Plan de Protection de l’Atmosphère de l’agglomération clermontoise. 

Analyser les discours issus des documents cadres comporte plusieurs intérêts. Tout d’abord, avec cette approche, chaque document est sur le même pied d’égalité, ce qui permet d’effectuer des comparaisons. Ensuite, les discours donnent à voir la cohérence des politiques publiques entre-elles : existe-ils des sujets investis par plusieurs documents ? ou à l’inverse, certaines problématiques sont-elles sous investies ? Car les politiques de transition se doivent d’être cohérentes et intégrées dans l’ensemble des politiques et compétences de la collectivité. Le Haut-Commissariat pour le Climat précise à ce propos dans son rapport annuel de 2025 que « la multiplication des outils de planification en matière d’aménagement, d’eau, de qualité de l’air, de transport, d’énergie, de déchets et de climat complexifie le travail des collectivités et dilue l’enjeu systémique des politiques climatiques »1. Enfin, les discours sont un préalable au passage à l’action. En effet, la structuration et la formalisation d’une stratégie, d’un plan d’actions, donnent de la légitimité aux actions conduites et financées. A l’inverse, si une ambition n’est pas clairement explicitée dans un document cadre, elle rencontrera certainement des difficultés à se traduire de façon opérationnelle.  

Pourquoi et comment “le donut” peut-il être un outil pour relire les politiques publiques à l’aune des transitions sociales et écologiques ? 

Pour analyser ce panel de 35 documents, il est rapidement apparu nécessaire de s’appuyer sur un outil d’évaluation des politiques publique. Boussole de la transition écologique2, limites planétaires3, Objectifs de développement durable des Nations Unies4, … de nombreux outils existent et ont fait leurs preuves. Les services de la Métropole et de la Ville se sont finalement saisis de la théorie du “Donut” pour relire leurs politiques publiques. Cette théorie, développée par l’économiste Kate Raworth, s’appuie sur l’image d’un donut : à l’intérieur du donut, le territoire ne répond pas aux besoins des habitants, tandis qu’à l’extérieur du donut, le territoire consomme plus que ce que la planète peut nous fournir. Le juste équilibre se situe donc dans ce donut, entre un “plancher” social et un “plafond” environnemental. De nombreuses collectivités, comme Bruxelles ou Grenoble, ont mobilisé cet outil pour visualiser la situation de leur territoire vis-à-vis de 21 enjeux sociaux et environnementaux et réfléchir à l’impact des activités humaines sur l’aggravation des limites planétaires. 

Après un nécessaire travail d’adaptation du Donut au territoire et aux compétences de la Métropole et de la Ville de Clermont-Ferrand, il s’agissait d’évaluer la prise en compte des 21 thématiques du donut dans les 35 documents sélectionnés : le document pose-t-il des intentions en matière d’accès aux droits humains et aux besoins essentiels pour tous les habitants ? Et quelles réponses apporte-t-il aux enjeux environnementaux du territoire ? Pour conduire cette analyse, l’AUCM s’est appuyé sur une méthode simple, mais qui a su faire preuve de son efficacité : identifier les discours par l’intermédiaire de mots clés. Ainsi, l’AUCM a construit une notation, allant de 0 à 5, pour définir le niveau d’intégration de chaque enjeu dans les discours portés par les documents. La notation s’est traduite visuellement sous la forme de graphiques type “radars”, pour mettre en évidence, en un coup d’œil, le niveau d’ambition des documents cadres en termes de réponse aux enjeux sociaux et environnementaux. L’analyse de niveau 1 constitue un premier niveau de réflexion permettant de poser les bases d’une analyse plus poussée.  

Pourquoi et comment ce travail peut-il devenir un outil de dialogue ?  

L’analyse des politiques publiques de la Métropole et de la Ville de Clermont-Ferrand montre que le champ environnemental est sous-investi comparativement au champ social. En effet, si de nombreux documents cadres visent l’amélioration des conditions de vie pour toutes les populations, leurs actions ne sont pas toujours connectées aux objectifs de transition écologique. Néanmoins, la notation des documents par l’analyse de discours n’est pas une fin en soi. Elle a pour vocation première de susciter du débat et d’amener les services de la Métropole et de la Ville de Clermont-Ferrand à requestionner leurs politiques publiques au prisme des enjeux sociaux et environnementaux du territoire. En faisant de cette analyse un support de dialogue, la méthode proposée et les résultats qu’elle amène peuvent tout à fait être interprétés différemment, critiqués, nuancés ou améliorés. Poser la base de ce dialogue passe avant tout par une compréhension partagée des limites de l’outil :  subjectivité dans l’attribution des notes, caractère obsolète de certains documents, hétérogénéité des documents, … Enfin, c’est bien un travail d’analyse des discours qui a été réalisé. Cet aspect a parfois questionné les services en charge des politiques publiques, qui ont rappelé l’écart existant entre les discours émanant des documents et la réalité des actions qui en découlent. Beaucoup des actions ne sont pas écrites, ou bien leur concrétisation sur le terrain est difficilement perceptible à travers une lecture du document. Plusieurs ateliers avec les services de la Métropole et de la Ville ont été organisés, d’une part pour ajuster les notations, et d’autre part pour mettre en dialogue les différents services au travers de questions communes : Mon document est-il représentatif des actions conduites par la collectivité ? Comment sa mise en œuvre s’articule avec celle du STEE actuel et comment mieux l’articuler avec la future feuille de route transitions ? Les réponses apportées en séance permettent d’aller plus loin en envisageant l’articulation des différentes politiques publiques avec la future feuille de route transitions. C’est dans cette perspective que la Métropole a sollicité l’AUCM pour une analyse croisée de 19 documents stratégiques qui viendra alimenter les réflexions quant à la révision de la feuille de route transitions.  

Ce travail d’évaluation constitue une base de réflexion et de dialogue pour bâtir la future feuille de route transitions, pour qu’elle soit à la fois complète et complémentaire avec les autres politiques publiques, qu’elle devienne un véritable support de déploiement et de visibilisation d’actions concrètes en faveur des transitions.

La friche industrielle du Bout du Monde, un lieu expérimental de régénération écologique et territoriale

En 2026, l’Agence d’Urbanisme Clermont Massif central poursuit son accompagnement auprès de la Communauté de Communes de Thiers Dore et Montagne au sujet de la requalification des friches industrielles du territoire. Ce partenariat est né d’une volonté de la collectivité de redonner une nouvelle forme de vie à ces espaces abandonnés, à la fois marqueurs d’une activité coutelière qui a fait la renommée de Thiers, mais aussi témoins d’une désindustrialisation brutale dont les effets sur le territoire constituent des éléments forts de déclin.  

La friche du Bout du Monde, implantée au cœur de la Vallée des Usines, a été choisi comme terrain d’expérimentation d’une démarche de renaturation réplicable sur le reste du territoire. Comment une friche industrielle née de l’exploitation de la rivière peut-elle devenir un support de régénération écologique et territoriale ? Quelle nouvelle histoire ce lieu est-il capable de raconter, entre héritage manufacturier, dynamiques naturelles et recomposition territoriale ? Ces questionnements ont guidé les deux ateliers de travail organisés par l’AUCM, invitant différents acteurs du territoire à réfléchir collectivement au devenir de cet espace.  

 Des friches industrielles, témoins matériels d’un système industriel en recomposition

« On peut dire que c’est la Durolle qui a fait Thiers et son industrie coutelière » (Paul Combe, 1922). Il y a sept siècles, le débit élevé et le dénivelé important de la rivière ont conditionné l’installation de petites papeteries sur les versants encaissés de la vallée, puis d’ateliers et d’usines de coutellerie. Pour faire de cette nature une ressource productive, les activités industrielles se sont adaptées à un paysage de vallée étroit et encaissée, en contraignant le cours de la rivière. De nombreux barrages furent installés, et l’eau fut guidée à travers des biefs courts et étroits. Les constructions se fondent dans les escarpements de la Durolle, réduisant encore un peu plus la liberté de son cheminement. L’industrie thiernoise ne s’est donc pas développée malgré le milieu naturel, mais grâce à lui. Or, alors que l’irrégularité du débit de Durolle et l’encaissement de la vallée imposaient de fortes contraintes à l’installation d’usines, c’est l’industrie qui va prendre petit à petit les commandes et mettre le milieu naturel à son service.  

Au 18e siècle, la fabrication du couteau prédomine, sa production segmentée créant de nombreux emplois sur le territoire thiernois. Un siècle plus tard, avec l’arrivée de la révolution industrielle, la mécanisation des processus de fabrication permet d’accélérer la production. L’énergie hydraulique de la Durolle est remplacée par l’énergie électrique, plus puissante et plus sûre. Thiers devient alors le centre de la coutellerie française et se développe pour atteindre une production massive. Cependant, au 20e siècle, la concurrence internationale et les effets de la mondialisation obligent de nombreuses usines à cesser leurs activités, et la production ralentit fortement.  

Si la coutellerie demeure aujourd’hui un secteur économique majeur du bassin thiernois, on retrouve à Thiers les vestiges d’une forme d’industrie révolue, dont les bâtiments industriels ont perdu leur fonction productive. Dans la vallée des usines, ces espaces abandonnés deviennent les témoins matériels d’un système industriel en recomposition, marqués par la désindustrialisation. Située sur le coteau de la Durolle, la friche du Bout du Monde appartient à cet héritage industriel. Exclue de toute forme de valorisation et de patrimonialisation, situé entre un centre d’art contemporain reconnu et des sentiers d’interprétation, le Bout du Monde apparait aujourd’hui comme le maillon manquant de la Vallée des Usines.  

Alors que la rivière justifiait autrefois l’installation et le fonctionnement de l’industrie, la disparition de cette fonction productive conduit aujourd’hui à reconsidérer le rôle du milieu naturel. Les logiques s’inversent : il ne s’agit plus de mettre la nature au service de l’activité industrielle, mais d’interroger la capacité du patrimoine industriel à contribuer au rétablissement des continuités écologiques, des dynamiques du vivant et des relations entre la ville et son environnement.  

 Que signifie renaturer ?

La renaturation n’est pas seulement le retour à l’état naturel ou semi-naturel des écosystèmes qui ont été dégradés, endommagés ou détruits par les activités humaines. Ce terme recouvre en effet de multiples approches, faisant référence au niveau d’intervention humaine permettant de redonner à un espace naturel ses fonctionnalités écologiques. Il s’agit parfois de laisser la nature reprendre spontanément sa place, ou bien d’intervenir à travers des démarches « d’écologie de la restauration ». Ce concept est particulièrement d’actualité : pour atteindre les objectifs Zéro Artificialisation Nette et limiter la perte d’espaces naturels, renaturer les sols artificialisés est un levier dont se saisissent de nombreux acteurs et territoires. Cependant, à chaque site artificialisé correspond une histoire humaine passée, une dégradation du sol et du bâti plus ou moins poussée. Il n’existe donc pas de modèle de renaturation réplicable d’un projet à l’autre : tout dépend de l’objectif visé, des moyens humains et financiers que l’on peut y consacrer, et de la capacité du site à se transformer malgré les contraintes.  

Les friches industrielles sont de véritables laboratoires de renaturation. Elles possèdent en effet des trajectoires historiques, écologiques et sociales qui leur sont propres et qui conditionnent les possibilités de transformation. Les exemples de projets de renaturation qui se développent sur les territoires confirment la nécessité d’adapter les processus à chaque site en fonction des objectifs et de leur faisabilité. A Pont-Aven, dans le Finistère, une ancienne conserverie située en bord de rivière a bénéficié du programme Europan 16 qui a permis d’envisager de démolir les constructions, dépolluer les sols et faire des trois hectares de surface un site multifonctionnel ouvert à tous et. A Saint-Nicolas-de-Redon, certaines structures d’une ancienne entreprise de fabrication de caisses en bois ont été conservées pour garder une trace de l’histoire industrielle du territoire et limiter les coûts de démantèlement. Des arbres plantés sur sols inertes servent de support à de la phyto-remédiation. A Belle-Isle-En-Terre, des visites et des installations artistiques permettent de reconnecter le passé industriel et les éléments naturels d’un site autrefois investi pour la fabrication de papier.  

 Faire des contraintes du Bout du Monde une opportunité de renaturer autrement

Renaturer, c’est bien permettre à un espace de retrouver un état de nature perdu suite à son artificialisation. Cependant, il est souvent difficile de retrouver une situation identique à l’état initial. Le site industriel du Bout du Monde a dû s’adapter aux contraintes d’une vallée escarpée et d’une rivière étroite, en construisant des bâtiments remplaçant les berges et des infrastructures entravant le cours de la Durolle. Aujourd’hui, ce sont ces héritages qui contraignent leur transformation : le site est soumis à un fort risque d’inondation, les sols sont probablement pollués, la végétation se resserre sur un bâti dégradé et peu accessible. Ces contraintes requestionnent la faisabilité d’un projet de renaturation tel qu’on l’entend.  

Mais ces contraintes sont peut-être aussi l’opportunité de réfléchir à une transformation qui convoque l’ensemble des dimensions du site. Lors des ateliers de co-construction mise en place par l’AUCM, les membres du groupe projet ont été invités à relire le secteur 1 du site du Bout du Monde au prisme de trois « figures » : la vallée, le patrimoine et le vivant. Comment le site s’intègre-il à la vallée ? Que nous disent les bâtiments de l’histoire industrielle de Thiers ? En quoi le site est-il encore habité aujourd’hui ? Ces trois clés de lecture ont permis de replacer les objectifs de la renaturation dans un cadre cohérent, prenant en considération les éléments indissociables du site et de son histoire, et qui pourront être mis au service des démarches de renaturation.  

 De quoi le site du Bout du Monde est-il capable ?

Le secteur 1 du Bout du Monde a été choisi comme lieu expérimental de renaturation, avec une idée de départ assez pragmatique : étudier la faisabilité d’une déconstruction des bâtiments, d’une dépollution et d’une désimperméabilisation des sols, et d’une plantation de végétaux indispensables à la reconnexion des écosystèmes. Or, convoquer les différentes dimensions du site a amené le groupe projet à s’extraire de ce cadre théorique et des objectifs initiaux pour non plus se poser la question « que doit devenir le site ? », mais bien « de quoi le site est-il capable » ? Transformer le site du Bout du Monde, c’est prendre en compte l’ensemble de ses caractéristiques pour évaluer sa capacité à se reconnecter au reste de la vallée, à devenir un lieu de mémoire, mais également un laboratoire de régénération écologique.  

Ces réflexions collectives ont abouti à la priorisation d’un certain nombre d’actions, reliées par un principe commun : la réussite de ces transformations est avant tout dépendante du temps et de la progression que l’on accorde à leur mise en place. Laissons d’abord les habitants venir ponctuellement redécouvrir les différentes facettes du lieu, discutons avec les usagers habituels pour recueillir leurs ressentis vis-à-vis du projet, recueillions les témoignages d’anciens ouvriers, menons des études pour qualifier encore mieux les éléments structurants du site. Autant de temps passé, d’évolutions incertaines, qui font du site du Bout du Monde un véritable lieu d’expérimentation.  

 Conclusion : un projet pour raconter un nouveau récit, entre patrimoine et vivant

La friche du Bout du Monde constitue une ressource pour penser l’avenir, entre mémoire, réemploi et nouvelles dynamiques territoriales. Il s’agit de raconter un nouveau récit, sans oublier l’histoire industrielle passée du site, mais en montrant qu’un lieu autrefois construit pour exploiter la rivière permet aujourd’hui de réparer et de révéler les dynamiques de la vallée des Usines et du vivant qui a (re)pris sa place.  

Bibliographie

BRINET, Margaux. « Quelle réindustrialisation des territoires ? Le cas du bassin de Thiers ». 2015.  https://recherche-developpementpme.parisnanterre.fr/articles-et-auteurs/articles/quelle-reindustrialisation-des-territoires-le-cas-du-bassin-de-thiers  

 L’Histoire de la Coutellerie à Thiers. 6 octobre 2024. https://lamaisondefrancois.fr/la-coutellerie-a-thiers/.  

Leduc, Sacha, et Agnès Roche. « Comment contrer les effets de la désindustrialisation dans les campagnes ? Le cas du bassin de Thiers ». 16e journées de recherche en sciences sociales : ”les territoires ruraux, urbains et leur développement” (Clermont-Ferrand, France), décembre 2022. https://hal.science/hal-04985876 

Henry, Anne. « Un site urbain façonné par l’industrie : Thiers, ville coutelière ». In Situ. Revue des patrimoines, no 6 (septembre 2005). https://doi.org/10.4000/insitu.8588  

Combe, Paul. Thiers et la vallée industrielle de la Durolle. 1922. https://doi.org/10.3406/geo.1922.10136  

Prendre soin des centralités

Les centralités urbaines et rurales – centres-villes et centres-bourgs, mais aussi d’autres espaces du quotidien comme les quartiers de gare, voire les zones d’activités commerciales – concentrent aujourd’hui de nombreuses fragilités : inconfort climatique, vacances commerciales et résidentielles, isolement, difficultés de déplacement ou perte de convivialité. Pourtant, elles demeurent essentielles au maintien des services, des liens sociaux et de l’attractivité des territoires.  

En mobilisant les approches du soin, de la santé et des usages du quotidien, il est possible d’agir autrement sur ces centralités pour les rendre plus habitables, donc plus accueillantes, plus attractives et plus résilientes. C’est l’approche que développe aujourd’hui l’AUCM avec ses adhérents pour répondre à cet enjeu essentiel de vitalité des espaces de proximité et du quotidien.  

Des centralités fragilisées dans les usages quotidiens

Une place trop minérale devenue inhabitable l’été. Un centre-bourg traversé sans être pratiqué. Une personne âgée qui renonce au marché faute de bancs ou de cheminements adaptés. Un commerce vacant qui referme progressivement l’espace public. Un quartier de gare saturé de stationnement, où les lieux de rencontre se raréfient.  

Les fragilités des centralités se lisent d’abord dans ces situations ordinaires. Elles ne renvoient pas seulement à une perte d’attractivité ou de fonctions. Elles traduisent surtout une fragilisation des liens : liens entre habitants, avec les lieux, avec les ressources du quotidien et avec le vivant.  

Une centralité n’est pas seulement un centre. C’est un milieu de vie : un espace où l’on marche, attend, échange, traverse et habite. C’est aussi un espace où se construisent des habitudes, des attachements et des formes discrètes de solidarité.  

Or ces espaces du quotidien sont aujourd’hui profondément transformés : vieillissement de la population, dépendance automobile, isolement social, fragilisation du commerce de proximité, intensification des épisodes climatiques, inconfort thermique des bâtiments ou exposition accrue aux pollutions de l’air et du bruit. Les crises environnementales, sociales et sanitaires s’y croisent désormais.  

Une autre manière de répondre aux besoins de proximité et d’accompagner les territoires

Face à ces fragilités, les collectivités locales sont en première ligne. Elles ne sont plus seulement gestionnaires d’équipements ou productrices de projets urbains, mais garantes des conditions d’habitabilité des territoires. Autrement dit : attentives aux conditions de vie, aux usages et aux liens du quotidien.  

C’est sur ce terrain, à l’intersection de la santé, des usages et de la revitalisation, que se positionne l’Agence d’urbanisme Clermont Massif central.  

Les collectivités disposent déjà de nombreux dispositifs de transition et de revitalisation (Petites Villes de Demain, Opération de Revitalisation du Territoire, Opération programmée d’amélioration de l’habitat…). L’enjeu n’est plus d’en créer de nouveaux, mais de mieux articuler ceux qui existent encore trop souvent séparément.  

L’objectif de l’AUCM n’est donc pas de produire une étude supplémentaire, mais d’aider à porter un regard renouvelé sur les centralités afin de faire émerger des réponses situées, concrètes et mobilisables rapidement.  

Cette approche repose sur des démarches souples et immersives : arpentages et marches exploratoires, portraits statistiques communaux, ateliers collectifs ou observations des usages. Elles permettent de rendre visibles des réalités souvent peu prises en compte dans les approches classiques : isolement, inconfort climatique, difficultés de déplacement, manque d’espaces de rencontre ou fragilité des sociabilités.  

Elles permettent aussi de révéler des ressources discrètes mais essentielles : un café encore vivant, une place habitée malgré tout, des solidarités de voisinage, des pratiques de proximité ou des espaces susceptibles de devenir des refuges climatiques et sociaux.  

Cette ingénierie de l’attention ne vise pas à produire des réponses figées, mais à remettre du mouvement dans des situations parfois bloquées, et à soutenir des dynamiques progressives et partagées.  

Une offre pour porter une attention renouvelée aux centralités

L’offre d’accompagnement de l’AUCM repose sur une idée simple : aider les collectivités à comprendre ce qui fragilise ou fait tenir leurs centralités, afin d’ouvrir des pistes d’action concrètes.  

À l’échelle intercommunale, l’Agence accompagne l’identification des centralités les plus fragiles ou stratégiques, afin d’aider à prioriser les interventions. Cartographies, diagnostics croisés et temps d’échange permettent de construire une vision partagée des enjeux.  

À l’échelle communale, des interventions courtes permettent de produire rapidement une lecture sensible et opérationnelle d’un centre-bourg, d’une place, d’un quartier de gare ou d’un bâtiment vacant. En quelques semaines, elles mettent en évidence les vulnérabilités prioritaires, les ressources locales et des premières pistes d’action.  

Lorsque les enjeux le nécessitent, l’accompagnement peut porter sur des problématiques ciblées : marchabilité, confort climatique, devenir des espaces publics, reconversion de bâtiments vacants, place de la nature ou articulation entre politiques culturelles et centralité.  

L’enjeu n’est pas uniquement de produire des projets d’aménagement, mais de rendre les centralités plus habitables et plus attentives aux usages du quotidien.  

L’AUCM se positionne ainsi comme facilitatrice : elle relie les acteurs, met en cohérence les enjeux, fait dialoguer les échelles et aide à articuler les dispositifs existants.  

La santé comme grille de lecture et levier de la vitalité des territoires

Cette offre s’inscrit dans une approche des territoires par le soin. Longtemps centrée sur le soin médical, la santé est aujourd’hui comprise comme largement déterminée par les conditions de vie quotidiennes : qualité de l’air, logement, mobilités, alimentation, accès aux services, présence de nature ou liens sociaux.  

Les travaux sur les déterminants de santé montrent ainsi qu’environ 70 % de notre capital santé dépend de nos conditions socio-économiques et environnementales1. Les inégalités territoriales deviennent ainsi aussi des inégalités sanitaires.  

Les populations les plus fragiles cumulent souvent plusieurs vulnérabilités : logements inconfortables, dépendance automobile, éloignement des services, faible accès à la nature ou exposition accrue aux nuisances environnementales. À l’inverse, un environnement de qualité favorise le bien-être, l’activité physique, les relations sociales et la capacité d’adaptation.  

Dans ce contexte, la santé devient une grille de lecture des politiques territoriales, permettant de relier des champs longtemps séparés : adaptation climatique, habitat, mobilités, alimentation, biodiversité ou espaces publics.  

L’urbanisme favorable à la santé (UFS) traduit cette évolution en invitant à évaluer les projets à partir de leurs effets concrets sur le bien-être physique, mental et social. Le concept de “One Health” rappelle quant à lui l’interdépendance entre santé humaine, santé animale et santé des écosystèmes.  

La santé redonne ainsi une dimension sensible et concrète aux transitions écologiques : respirer un air plus sain, trouver de l’ombre en été, pouvoir marcher au quotidien, accéder à une alimentation de qualité ou maintenir des relations de proximité.  

Des fonctions “urbaines” aux relations qui nous lie à un territoire

Les politiques de centralité ont longtemps privilégié les flux, les équipements et l’attractivité. Ces dimensions restent importantes, mais elles ne suffisent plus à répondre aux vulnérabilités contemporaines.  

Les crises climatiques et sociales imposent de prêter attention à ce qui permet aux territoires de tenir : usages quotidiens, relations, fragilités ordinaires et capacités de soutien mutuel.  

C’est dans cette perspective que s’inscrit une réflexion sur l’éthique du care, notamment chez Cynthia Fleury, que Michel Lussault mobilise de manière complémentaire dans une approche territoriale. Celui-ci invite à déplacer les cadres d’analyse pour prendre en compte collectivement les interdépendances, les vulnérabilités et les attachements qui structurent les situations de cohabitation, afin de penser les conditions d’une coexistence plus juste et soutenable.  

Appliquée à l’urbanisme, cette approche conduit à déplacer le regard vers les situations vécues et les pratiques des habitants, plutôt que vers une conception strictement programmatique de l’offre urbaine.  

Une rue devient un espace de marche, de pause et de protection climatique. Une place devient un lieu d’hospitalité. Un bâtiment vacant peut accueillir de nouveaux usages collectifs.  

Les centralités ne souffrent pas seulement d’un manque d’attractivité, mais aussi d’un manque d’attention portée aux usages du quotidien.  

Prendre soin des centralités consiste alors à partir des pratiques réelles, des rythmes de vie et des attachements locaux, plutôt que de modèles standardisés.  

Les collectivités expriment aujourd’hui moins un besoin de solutions standardisées qu’un besoin d’accompagnement et de mise en cohérence. Prendre soin des centralités ne revient pas à ajouter une politique publique supplémentaire. Cela revient à reconnaître que l’aménagement agit d’abord sur nos manières d’habiter ensemble.  

Dans un contexte de crises climatiques, sociales et sanitaires, l’enjeu n’est plus seulement de revitaliser les centres, mais de renforcer leur capacité à accueillir, relier et protéger. Autrement dit : leur capacité à prendre soin.  

C’est précisément l’ambition de l’accompagnement que l’AUCM propose à ses adhérents et partenaires.  

Réhabiliter, réinventer, revitaliser : des ORT pour les villages d’avenir de Thiers Dore et Montagne

Face à la perte d’attractivité des centres-bourgs, l’Opération de Revitalisation de Territoire (ORT) portée par Thiers Dore et Montagne s’impose comme un outil stratégique pour redonner souffle et cohérence aux centralités du territoire. À travers un projet global et intégré, cet outil fédère les politiques locales autour d’objectifs communs : améliorer l’habitat, dynamiser le commerce, revaloriser les espaces publics et renforcer l’identité des bourgs. 

Une démarche globale au service des centralités

L’ORT constitue un cadre d’action transversal qui permet de traiter simultanément des enjeux d’habitat, de commerce, de mobilité, d’espaces publics, de patrimoine et d’écologie. Elle s’inscrit dans une logique d’attractivité et d’expérimentation, tout en donnant accès à des leviers réglementaires et financiers spécifiques : dispense d’autorisation d’exploitation commerciale, aides à la rénovation de l’habitat par l’accès prioritaire aux aides de l’Agence nationale de l’habitat (Anah) et l’éligibilité au dispositif “Denormandie” 1 dans l’ancien, facilités d’aménagement à travers des dispositifs comme le permis d’innover ou le permis d’aménager multi-sites, renforcement du droit de préemption urbain et du droit de préemption dans les locaux artisanaux. 

Au-delà de ces outils, la démarche traduit la volonté des collectivités de se doter d’une stratégie de reconquête de leurs cœurs de bourg. Elle se matérialise par un plan d’action concret, programmé dans le temps, et construit avec l’ensemble des partenaires associés – notamment l’État, le Département du Puy-de-Dôme, la Région et les acteurs de la revitalisation (Chambres consulaires, bailleurs sociaux…). 

Une dynamique territoriale cohérente

Dans la continuité des ORT déjà engagées sur Thiers (Action Cœur de Ville), Courpière et Puy-Guillaume (Petites Villes de Demain), la Communauté de communes Thiers Dore et Montagne déploie aujourd’hui cette démarche sur deux nouvelles centralités reconnues au titre de « Villages d’avenir » : Châteldon et La Monnerie-le-Montel. 

Châteldon : conjuguer patrimoine et transition écologique

Nichée au creux de la vallée du Vauziron, Châteldon, petite cité de caractère dominée par son château féodal, a depuis longtemps engagé une réflexion sur la valorisation de ses espaces publics. Après plusieurs plans d’aménagement et une étude urbaine conduite par le Parc Naturel Régional Livradois-Forez (« Habiter autrement le centre-bourg »), la commune franchit aujourd’hui une nouvelle étape. 

Son ORT s’inscrit résolument dans le virage de la transition écologique et de l’adaptation au changement climatique. Le programme d’actions met l’accent sur la désimperméabilisation des sols – grâce à l’usage de pavés poreux, de jardins de pluie ou de sols drainants – et sur la végétalisation : plantations massives, restauration des berges, création de noues et de jardins potagers. La redéfinition des circulations vise, par ailleurs, à redonner toute sa place au piéton, au bénéfice d’un centre plus apaisé, plus vert et plus habitable. 

La Monnerie-le-Montel : renouer avec la Durolle

La Monnerie-le-Montel fait figure de clairière urbanisée, structurée autour de plusieurs polarités :  le linéaire commercial de la rue de la Gare, le bourg ancien sur le coteau, le vallon récréatif du Ris et la vallée des Goyons, équipée d’infrastructures sportives et culturelles. Héritage d’une histoire industrielle coutelière liée à la Durolle, cette configuration a aujourd’hui besoin d’être portée autour d’un projet d’ensemble. 

L’ORT prend la forme d’un projet de requalification du quotidien : rénovation de logements et de commerces, amélioration des espaces publics, apaisement de la traversée du bourg, renforcement des services autour du pôle santé et reconquête des espaces naturels, notamment le vallon du Ris et l’étang des Planchettes. Ces aménagements visent à restaurer le lien entre le village et son environnement, en valorisant les vallées comme éléments structurants du paysage et de l’identité locale. 

Innover avec des moyens maîtrisés

Les ressources humaines et financières demeurant limitées, l’efficacité du plan d’action des ORT repose sur la priorisation et la frugalité des interventions. L’usage d’outils innovants, comme les foncières immobilières solidaires soutenues par le Département et Clermont Auvergne Métropole, permet de faciliter les acquisitions, rénovations et remises sur le marché de logements vacants. 

Cette ingénierie nouvelle s’accompagne d’un souci constant d’optimisation et de sobriété : faire mieux avec moins, tout en assurant la cohérence des actions à l’échelle communautaire. 

Cinq enseignements à retenir

  1. Une revitalisation qui s’inscrit dans le temps long

Redonner vie à un centre-bourg est un travail de patience et de persévérance. Les ORT de Thiers Dore et Montagne rappellent qu’il faut composer avec les héritages du passé – urbanisme fragmenté, vacance immobilière, déclin commercial et industriel – tout en inscrivant l’action dans la durée. Cette continuité politique et technique, parfois sur plusieurs mandats, est une condition essentielle de réussite. 

  1. Un portage politique fort et visionnaire

Les maires de Châteldon et de La Monnerie-le-Montel incarnent chacun une vision claire pour leur commune. À Châteldon, l’objectif est l’adaptation du village au changement climatique : désimperméabiliser, végétaliser, atténuer la place de la voiture…. À La Monnerie, il est social : conforter les services, améliorer le quotidien des habitants, réaffirmer la centralité du Montel. Ce portage politique fort, appuyé sur une gouvernance intercommunale, donne sens et cohérence aux projets. 

  1. De nouveaux alliés au service de la revitalisation

La complexité des opérations nécessite de s’entourer de partenaires multiples. Les foncières solidaires, les fondations privées, les bailleurs sociaux et les acteurs économiques apportent des ressources, des compétences et une capacité d’expérimentation précieuse. Cette ouverture partenariale renouvelle la manière de « faire projet » et renforce la dimension coopérative des ORT. 

  1. Une convergence d’échelles à construire

La revitalisation impose une articulation fine entre politiques communautaires (habitat, mobilités, commerce, environnement) et stratégies communales. Les ORT jouent ici un rôle d’interface : elles traduisent des ambitions territoriales en actions locales. Cette cohérence entre les niveaux de décision et d’intervention est indispensable pour garantir la lisibilité et l’efficacité des projets. 

  1. Une approche paysagère et écologique renouvelée

Les projets de TDM montrent que l’attractivité passe aussi par la qualité du cadre de vie. Les interventions sur les places publiques, les vallées, les berges ou les plans d’eau ne sont pas de simples opérations d’embellissement : elles traduisent une vision intégrée de l’écologie, où l’eau, le végétal et le patrimoine deviennent leviers d’habitabilité. L’environnement n’est plus un décor, mais un moteur de transformation. 

Habiter à nouveau le centre-bourg

La revitalisation des centres-bourgs ne se résume pas à une opération technique ou réglementaire : elle engage une véritable transformation culturelle. Réinvestir ces lieux de vie suppose de mobiliser les bailleurs, habitants, commerçants et usagers, de faire d’eux des acteurs du changement, plutôt que de simples bénéficiaires. 

C’est cette dynamique partenariale que TDM souhaite renforcer, en préparant d’ores et déjà de nouvelles ORT sur Augerolles et Saint-Rémy-sur-Durolle, poursuivant ainsi une politique de centralités vivantes, attractives et durables.

Déployer une démarche d’aménagement favorable à la santé, un enjeu d’acculturation et de montée en compétences

A l’heure où la thématique du « prendre soin » trouve progressivement une place dans le débat public local et dans les politiques publiques territoriales, l’enjeu d’une réelle déclinaison de ces intentions dans des démarches d’aménagement favorable à la santé se pose. Qu’il s’agisse de projets urbains ou de documents d’urbanisme, ces démarches doivent s’appuyer sur une acculturation progressive des élus et des équipes, ainsi que sur leur montée en compétence. C’est ce à quoi s’emploie l’Agence d’urbanisme Clermont Massif central (AUCM) depuis plusieurs années, aux côtés des autres agences d’urbanisme de la région (URBA4), avec le soutien de l’Agence régionale de santé (ARS) dans le cadre du Plan régional santé environnement (PRSE).  

 Comprendre les enjeux : pourquoi faire de l’aménagement favorable à la santé ? S’appuyer sur les données probantes pour sensibiliser et convaincre.

Nous faisons aujourd’hui face à une montée des enjeux de santé et notamment des pathologies chroniques directement liées à notre environnement ou à notre mode de vie moderne (asthme, obésité, allergies, cancer, santé mentale…). Le dérèglement climatique constitue également un risque d’accentuation de ces problématiques de santé. En effet, l’augmentation des températures et la survenue d’événements climatiques extrêmes, nous exposent à de nouvelles vulnérabilités, tant physiques (déshydratation, zoonoses, augmentation de la part d’ozone dans l’air, risques sur l’accès à l’eau potable…) que mentales (éco-anxiété, stress lié à la gestion de catastrophes, perte de qualité du sommeil…).  

La communauté scientifique s’accorde pour dire que 80% de notre état de santé est influencé par des facteurs environnementaux, socio-économiques et nos comportements individuels. Les collectivités disposent donc de nombreux leviers pour agir sur ces facteurs de risque et il est important de convaincre les élus et les équipes techniques de l’importance de la mise à l’agenda de ces thématiques.  

Mettre au cœur des politiques publiques la préservation de la santé humaine, mais aussi de la santé animale et environnementale, permet non seulement de redonner du sens aux politiques menées, mais aussi d’engager de nouvelles dynamiques de transition de nos territoires et de nos modes de vies. Pour certaines collectivités, les approches en santé sont un moyen de continuer à agir de manière plus consensuelle et fédératrice en faveur de la transition écologique, en s’appuyant sur la notion de co-bénéfices entre santé humaine et santé de l’ensemble du vivant. Par exemple, le maintien et l’accès à des espaces naturels arborés permettra non seulement de réduire la pollution de l’air, mais aussi de générer des espaces de fraîcheur pour les habitants, de favoriser la santé mentale par la présence d’une riche biodiversité (chant des oiseaux par exemple) ou encore de limiter l’impact de fortes pluies sur les zones d’habitation en maintenant des sols vivants, capables de retenir l’eau.  

Donner à voir aux territoires accompagnés des données probantes, issues de recherches scientifiques et permettant de mesurer l’impact de notre environnement sur notre santé, est un moyen de convaincre les équipes et les élus de l’importance d’agir sur le sujet. En complément, porter à connaissance la situation de santé des habitants du territoire, permet également de prendre la mesure des enjeux locaux. L’appui de l’Observatoire régional de santé (ORS) a, par exemple, était précieux pour documenter l’état de santé des habitants d’Aulnat, mettre en avant la vulnérabilité particulièrement forte de cette commune sur de nombreux indicateurs et impulser ainsi une démarche d’urbanisme favorable à la santé dans le cadre du projet de revitalisation du centre-bourg.  

 Devenir des acteurs de la santé et faire culture commune

La mise en avant de données probantes et d’indicateurs locaux sur l’état de santé de la population peuvent toutefois générer des inquiétudes pour les élus et les équipes. Il est donc important de mettre en avant les moyens d’action face à ces états de fait.  

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) précise que la santé ne relève pas seulement d’une absence de pathologie, mais d’un état de complet bien-être sur les plans physique, mental et social. Cette approche globale de la santé renvoie donc à des champs très variés d’action publique des collectivités : alimentation, activité physique, mobilité, petite enfance, mais également culture, entretien des espaces verts, etc.  

Les temps de sensibilisation s’avèrent indispensables pour permettre à chaque agent et élu de saisir dans quelle mesure les actions portées peuvent avoir un impact sur la santé des habitants. L’AUCM a accompagné de nombreux acteurs territoriaux dans des temps d’acculturation, comme ce fût le cas lors d’un séminaire co-organisé par le CNFPT et URBA4 qui s’est tenu à Clermont-Ferrand en décembre 2025. L’enjeu est en particulier de faire culture commune entre les services et de se saisir collectivement de la définition globale de la santé et de ses différentes dimensions. Ainsi, lors du lancement de la démarche d’intégration d’un volet santé au Plan local d’urbanisme intercommunal (PLUi) de la Communauté de communes du Bocage Bourbonnais en avril 2025, les différentes directions de la collectivité ont été associées à un temps de sensibilisation sur l’aménagement favorable à la santé. Etaient entre autres présentes, les personnes en charge du Projet alimentaire territorial (PAT), des démarches de transition écologique, d’aménagement, d’action sociale, de revitalisation des centres-bourgs ou encore de la gestion administrative et financière de la collectivité.  

Au-delà de la création d’une culture commune, ce sont bien les connaissances et compétences cumulées de l’ensemble des acteurs (équipes internes, élus et partenaires) qui permettent d’intégrer une approche globale de la santé dans les projets conduits. 

 Accompagner la montée en compétences, outiller les acteurs

Les accompagnements menés par l’AUCM visent non seulement à faire prendre conscience aux collectivités de l’importance d’agir sur la santé et des leviers dont elles disposent pour le faire, mais également de pouvoir engager des démarches concrètes et opérationnelles en ce sens, que ce soit dans l’élaboration de projets d’aménagement ou dans l’intégration de ces enjeux dans des documents d’urbanisme.  

Les objectifs de l’aménagement favorable à la santé peuvent se résumer comme le fait de limiter l’exposition aux facteurs de risques et de maximiser l’exposition aux facteurs bénéfiques pour la santé, en agissant sur les modes de vie, les caractéristiques sociales et économiques du territoire, l’habitat, les espaces publics, les milieux et les ressources. Il s’avère donc nécessaire d’outiller les collectivités pour rendre ces objectifs plus opérationnels et permettre leur déclinaison de façon priorisée et circonstanciée au regard des enjeux du territoire.  

L’appui de l’Observatoire régional de santé (ORS) est ainsi indispensable par la mise à disposition de données statistiques (Balises) et l’appui à leur analyse.  

Pour compléter les approches statistiques, les agences d’urbanisme ont développé un savoir-faire dans le déploiement de méthodes de diagnostics sensibles. Ceux-ci permettent de poursuivre l’acculturation des équipes via une approche par la perception des déterminants de santé dans l’espace public. Ce fût le cas par exemple dans le cadre du cycle Recré-Action porté avec Clermont Auvergne Métropole ou encore auprès du club départemental des chargés de missions revitalisation des centralités porté par la Direction départementale des territoires (DDT) du Puy-de-Dôme. Les outils de diagnostic sensibles permettent également de réaliser des diagnostics fins, comme à Aulnat, en juin 2025, pour expertiser une boucle piétonne au regard des différents déterminants de santé humaine, animale et environnementale.  

Enfin, la constitution de grilles d’analyse permet d’accompagner les collectivités dans une relecture de leurs projets ou de leurs documents d’urbanisme, en les passant au crible des différents déterminants de santé ou des grands objectifs de l’aménagement favorable à la santé. La démarche est par exemple en cours dans le cadre de l’élaboration du PLUi de la Communauté de communes du Bocage Bourbonnais.  

Permettre aux territoires de la région de s’approprier les outils développés et de pouvoir les utiliser constitue un enjeu fort des formations opérationnelles organisées par URBA4, comme ce fut le cas en octobre 2025 lors d’une formation de 2 jours en Drôme-Ardèche, centrée spécifiquement sur l’intégration d’une approche d’urbanisme favorable à la santé dans les démarches de revitalisation de centre-bourg. 

Au-delà d’une relecture des projets et documents, ces outils permettent d’interroger des arbitrages en tenant compte de la situation du territoire. A titre d’illustration, si sur un territoire donné il sera préférable de maintenir des cheminements en pleine terre pour favoriser la biodiversité, sur d’autres territoire la priorité pourra être donnée à la mise en place de revêtements facilitant la marchabilité pour tous et ainsi lutter contre la sédentarité de façon inclusive.  

 Prendre en compte les vulnérabilités de tout être vivant

En s’appuyant sur des démarches d’acculturation, de montée en compétence et d’outillage, les accompagnements déployés en faveur de l’aménagement favorable à la santé, visent à rendre opérationnelles et concrètes les intentions de prendre soin exprimées par les territoires.  

Pour y parvenir, et prendre réellement soin de tous, les démarches ne peuvent se détacher de la prise en compte des inégalités sociales et territoriales de santé, mais aussi d’une attention portée à l’ensemble du vivant, humain et non humain. Cela nécessite un croisement fort des expertises, y compris d’usage des habitants, en mobilisant des acteurs diversifiés (champ social, environnemental, aménagement…) autour de savoirs conceptuels, pratiques et sensibles. Cela nous invite également à décentrer notre regard pour faire entendre toutes les voix, et pourquoi pas celles des non humains comme le propose les démarches du Parlement du Vivant. Les échanges avec le monde de la recherche, comme la participation à la table ronde « La santé, un levier des transitions territoriales ? » lors du colloque Transitions territoriales organisé en novembre 2025 par l’Université Clermont Auvergne, contribuent à ce renouvellement du regard pour les équipes de l’AUCM et ses adhérents.