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Un beau troupeau, un art d’habiter

Dans nos imaginaires le mouton est encore souvent associé à la mièvrerie, la stupidité, la crédulité et l’esprit d’imitation. Comme en témoignent plusieurs expressions, certains ont de fâcheuses réputations : le mouton noir, le mouton à cinq pattes, le mouton enragé, le mouton de Panurge. Pour toutes ces raisons, écrit l’historien Pierre Aubé (2001), « le mouton jouit d’une réputation au-dessous du médiocre ». Pourtant, relève-t-il plus loin, « depuis que le monde est monde, il a beaucoup donné de lui-même. Viande, lait, peau, laine, gènes maintenant ». Aussi, quand on dit mouton, de quoi parle-t-on ?

Une relation de compagnonnage

Le lapsus assumé du psychanalyste Jacques Lacan (2001), « Les animaux d’hommestiques sont un peu de nous-mêmes », résume la co-évolution entre l’espèce humaine et les espèces domestiquées. En les soustrayant à la nature sauvage, en les modifiant génétiquement et en développant des interactions complexes, l’humanité a façonné ces animaux, mais aussi elle-même, son environnement et les paysages.

Acteur majeur de cette formidable relation de compagnonnage qui s’est inventée au Néolithique, il y a environ 12 000 ans au Proche-Orient, l’ovin en est l’exemple parfait. Son élevage a franchi les millénaires, s’est étendu sur tous les continents et a su s’accommoder de vicissitudes politiques, sociales, économiques et climatiques. Il engendre des productions (viande, lait, laine, peau) issues du façonnage de races adaptées à leur territoire. Il résulte d’une symbiose originale entre communautés humaines, troupeaux et écosystèmes, où s’articulent des savoirs variés (génétiques, vétérinaires, gestion du pâturage, gestion de conflits, etc.).

En France, cette relation et ces savoirs millénaires ont été consacrés par l’UNESCO en 2011 en tant que patrimoine mondial de l’humanité, par le classement des Causses et Cévennes au titre de paysage culturel de l’agropastoralisme méditerranéen[1].

Où le mouton a droit de cité…

Si le berger, les alpages et la transhumance ont déjà leurs maisons (en région Sud, dans les Alpes et les Pyrénées[2]), c’est à Bellac, en Haute-Vienne, au cœur du premier bassin français de production d’agneaux de boucherie[3], qu’a démarré une démarche visant à la reconnaissance et la préservation de l’élevage ovin extensif (système herbager) en tant que patrimoine. Traduisant ainsi un attachement collectif à cette activité et une tendance déjà ancienne : « Chez nous en Limousin, l’élevage de qualité fait partie de notre patrimoine » affirmait une publicité télévisée pour l’agneau Baronet[4]en 1996.

Siège du Carrefour génétique (association d’éleveurs ovins travaillant à l’amélioration génétique des troupeaux), lieu de la plus importante foire[5] aux reproducteurs du bassin moutonnier Limousin-Berry-Poitou et de Tech-Ovin, salon professionnel dédié aux éleveurs ovins de toutes les régions de France[6], Bellac et sa région sont reconnus par les éleveurs comme un territoire de référence (et par les gastronomes pour l’excellence de la viande d’agneau), au point que la ville s’est autoproclamée « Cité de l’agneau ». Forte de cette renommée et de ces expériences, la Communauté de Communes du Haut Limousin en Marche, en lien avec l’association organisatrice de Tech-Ovin, a donc entrepris en 2025 de se doter d’un outil de valorisation, d’animation et de soutien de la filière ovine. Son nom (provisoire ?), « Maison du mouton et de l’élevage en plein air », est tout un programme !

Des enjeux et des écueils

En matière de patrimonialisation du pastoralisme ovin, les centres d’interprétation qui ont émergé dans les années 1990-2000 provenaient généralement d’une démarche locale relayée par des collectivités soucieuses de répondre à l’attachement des habitants à la culture pastorale de leur territoire[7]. Pour avoir été acteur et observateur de l’évolution de ces centres d’interprétation des cultures pastorales[8], il me semble que leur problème principal fut, en dépit de leurs programmes initiaux, de réduire la densité de la culture pastorale en l’enfermant dans des logiques visant à générer du développement économique et du marketing touristique. C’était prendre le problème à l’envers. Il eut sans doute été plus opportun d’appuyer d’abord ces structures sur de solides bases professionnelles, techniques et scientifiques capables ensuite d’engendrer durablement de l’attractivité et des retombées économiques.

Le substrat professionnel du projet de Maison du mouton laisse à penser que cet écueil pourrait être évité. Mais, pour le formuler de manière un peu brute, à quoi et à qui cette Maison pourrait-elle servir ? Sans doute à expliciter ce que l’élevage ovin représente pour l’identité du territoire, ainsi qu’à valoriser les professions de l’élevage et ses productions. Toutefois, le plus important me semble être de donner à comprendre le métier d’éleveur ovin dans toute sa complexité. Sachant que, pour beaucoup d’entre nous, l’histoire et les enjeux contemporains de cette culture professionnelle sont largement méconnus.

 

Le style du troupeau

Ce sujet de grande ampleur oscille entre deux pôles que traduisent ces mots entendus sur la foire de Bellac de septembre 2008[9]. Ceux, assez formels, d’une élue locale présentant la Haute-Vienne comme « le département phare pour l’élevage ovin » en France. Ceux, plus sensibles, d’un éleveur, parlant du temps qu’il faut « pour construire un beau troupeau », exprimant en quelques mots le travail des éleveurs inscrit dans la durée, au fil des générations de brebis.

Ces gestes techniques et savoir-faire mis en œuvre patiemment, n’est-ce pas cela qu’il faut expliciter dans une Maison du mouton afin de réduire la distance entre le public et le travail des éleveurs d’ovins ? L’anthropologue Edward E. Evans-Pritchard (1994), disait que si l’on voulait comprendre le comportement des Nuer, une population d’éleveurs de bovins du sud Soudan qu’il a étudiée dans les années 1930, il fallait « chercher la vache ». Façon d’affirmer que l’animal est un révélateur des liens entre les sociétés humaines et les animaux d’élevage ; des liens tissés de savoirs techniques, de choix en matière de conduite des troupeaux et de représentations des animaux. Cherchons donc le mouton…, et particulièrement l’agneau dont les qualités et le goût révèlent le métier de son éleveur.

Comme l’analyse l’ethnologue Mariel Jean-Brunhes Delamarre (1975), l’éleveur ovin donne un style à son troupeau ; il « sculpte la silhouette des animaux, dirige leurs productions, modifiant rendements et qualités, les spécialise en vue des besoins du marché, du goût des consommateurs et d’un plus grand profit ». Les débats autour de ce processus permettent aux éleveurs de se positionner au sein de leur groupe professionnel et de faire valoir des conceptions de leur métier parfois dissemblables, tout en contribuant en parallèle au maintien d’une diversité de techniques et de savoir-faire dans lesquels puiser pour accompagner (et faire face à) des situations nouvelles ou même les inventer. C’est ainsi que se nourrit ce que certains appellent la « tradition ». Mais cela suffit-il à faire patrimoine ?

Une belle manière d’habiter

Pour les éleveurs, brebis, agneaux et béliers sont au centre de toutes les pensées et de tous les gestes ; mais l’herbe – ce patrimoine fondateur – est aussi au cœur de tous les enjeux. L’alliance entre ces deux préoccupations génère un rapport au monde propre aux populations pastorales sur les bases desquelles s’est construite une culture originale.

Le pâturage est une donnée fondatrice des territoires d’élevage ovin à partir du moment où, année après année, les passages réguliers des troupeaux, ordonnés et réglés selon les saisons, le produisent et l’entretiennent. Pour produire le pâturage et l’entretenir en tant que tel, il est indispensable que l’éleveur conduise son troupeau avec mesure et savoir-faire.

Pour donner l’exemple des Alpes, les pelouses d’alpage (qui donnent ces vastes paysages ouverts) n’existent pas naturellement et cesseraient bientôt d’exister sans la présence des animaux qui les broutent, les piétinent et les engraissent sous la conduite de bergers. Les paysages que nous connaissons et auxquels nous sommes attachés s’en trouveraient considérablement modifiés. En certains lieux, c’est déjà le cas.

Pour la philosophe spécialiste du vivant, Vinciane Despret, et l’écologue Michel Meuret (2016), « composer avec les moutons » relève ainsi d’un art d’habiter qui passe par le fait d’« apprendre à manger » avec le troupeau en façonnant le milieu de manière à produire de la beauté. « Créer du beau, un beau troupeau, une belle manière d’habiter, une belle manière de façonner le milieu et de devenir avec lui » nous disent-ils encore, voilà ce que font les éleveurs avec leurs bêtes.

Et voilà finalement ce qui fait patrimoine. Un patrimoine qui n’est pas un miroir du passé, mais qui pose les jalons d’une agentivité préservant capacités d’action et d’innovation, tout en répondant aux attentes de la société.

 

 

Ouvrages cités
Pierre Aubé, Éloge du mouton, Actes Sud, 2001.
Mariel Jean-Brunhes Delamarre, Technique de production : l’élevage, Guides ethnologiques 6-7, Éditions des Musées nationaux, 1975.
Vinciane Despret & Michel Meuret, Composer avec les moutons, Cardère éd., 2016.
Edward E. Evans-Pritchard, Les Nuer, Gallimard, 1994.
Jacques Lacan, Autres écrits, Seuil, 2001.
Guillaume Lebaudy, Une draille pour vivre : pastoralisme, patrimoine intégré et développement durable en Méditerranée, dans François Lerin (eds.), Pastoralisme méditerranéen. Patrimoine culture et paysager et développement durable, Options méditerranéennes, n°93, CIHEAM, 2010.
Guillaume Lebaudy, Les métamorphoses du bon berger (mobilités, mutations et fabrique de la culture pastorale du sud de la France), Cardère éd., 2016.
Guillaume Lebaudy, Un outil expérimental évolutif : la Maison du berger, centre d’interprétation des cultures pastorales alpines, dans Corinne Eychenne & Nicolas Buclet (dir.), Activités pastorales et dynamiques territoriales. Quelles articulations ? Quelles synergies ?, Pastum hors-série, Association française de pastoralisme et Cardère éditeur, 2017.

Faire territoire à toutes les échelles : La feuille de route 2026 de l’AUCM

2026, une année de consolidation et de transmission

L’année 2026 s’ouvre pour l’AUCM comme une séquence charnière à double titre. Elle marque d’abord une étape de consolidation. Consolidation de son ancrage à l’échelle du Massif central, où l’Agence affirme sa capacité à déployer des accompagnements adaptés aux enjeux des territoires urbains, périurbains et ruraux. Consolidation également de ses fondamentaux d’expertise – foncier, habitat, dynamiques sociales, économie territoriale, planification – qui constituent le socle de son utilité auprès des adhérents. Consolidation, enfin, de la reconnaissance de la valeur ajoutée de ses analyses sur les questions de transitions, d’adaptation au changement climatique, de soin apporté aux milieux et aux populations, ou encore de la place de la culture dans les trajectoires territoriales.

Mais 2026 est aussi une année de transmission. Les élections municipales renouvellent les équipes et les feuilles de route politiques. L’Agence ajustera ses pratiques, ses programmes et ses protocoles de travail aux attentes et priorités fixées par ses nouveaux élus.

Dans la continuité de 2025, le programme de travail partenarial 2026 s’organise autour de sept axes structurants. Il représente 56 lignes d’étude mobilisant plus de 3 000 jours d’intervention opérationnelle. Cet investissement en ingénierie publique est la condition d’une action territoriale robuste. À ces temps directement consacrés aux projets s’ajoutent des jours consacrés aux fonctions support, qui constituent l’infrastructure stratégique de l’Agence : administration, ressources humaines, finances, mais également valorisation des productions, participation aux réseaux et développement partenarial.

  Construire des projets territoriaux adaptés aux vulnérabilités

Le premier axe, dédié à la construction de projets territoriaux adaptés aux vulnérabilités, constitue un pilier historique de l’AUCM. Il se déploie à toutes les échelles.

À l’échelon intercommunal, l’Agence intervient sur des projets de territoire et des PLUi, en apportant notamment son expertise sur les volets santé et habitat, ainsi que sur les plans climat, avec par exemple la révision de la feuille de route des transitions de la Métropole. À l’échelle des bassins de vie, elle contribue à la révision du SCoT du Grand Clermont. À l’échelle du Massif central, elle participe à la révision du schéma de Massif.

Au-delà de la planification au sens strict, cet axe affirme le rôle de l’Agence comme ingénierie territoriale d’adaptation au changement climatique. Il s’agit d’outiller les territoires face aux vulnérabilités écologiques, sociales et économiques, en articulant diagnostic, prospective et accompagnement opérationnel.

Œuvrer à la sobriété foncière et à la régénération des milieux

La sobriété foncière et la régénération des milieux constituent un prolongement direct de cette ambition. Depuis la loi Climat et Résilience, l’objectif de zéro artificialisation nette transforme en profondeur les pratiques d’aménagement. Il ne s’agit plus d’étendre, mais de transformer et de recycler.

Les travaux 2026 s’inscrivent dans une double temporalité. Rétrospective d’abord, avec l’observatoire de la sobriété foncière conduit avec la Métropole et l’actualisation d’études sur les friches de Thiers Dore et Montagne. Prospective ensuite, avec l’accompagnement d’un projet de renaturation à Thiers et la capitalisation d’une démarche ZAN post-2030 conduite avec Urba 4, la DREAL et le SGAR. L’Agence contribue ainsi à faire émerger une culture partagée de la transformation des sols, conciliant habitabilité et préservation des milieux.

Améliorer la qualité du logement et des espaces de vie

L’habitat et la vitalité des centres-villes et centres-bourgs sont à la fois des leviers de cohésion sociale et des outils majeurs de transition écologique.

L’Agence agit d’abord par la production de connaissance, grâce au déploiement d’observatoires dédiés à l’habitat, au logement locatif et aux logements étudiants. Elle accompagne également les intercommunalités dans leurs démarches programmatiques, notamment à travers les plans locaux de l’habitat (PLH), en intervenant en phase de bilans ou d’élaboration de nouveaux programmes. Elle intervient enfin en amont de l’opérationnel pour prendre soin des centralités, à travers des études ciblées comme le secteur de Montferrand, l’appui aux conventions d’Opération de Revitalisation du Territoire (ORT) ou l’animation d’espaces d’échanges départementaux.

Soutenir les populations et espaces fragiles

Cette logique de « prendre soin » irrigue également le soutien aux populations et aux espaces fragiles. Comprendre les modes de vie et les manières de faire société est une responsabilité centrale de l’Agence. Ses travaux prévus en 2026 sur les portraits sociaux communaux, l’évaluation des contrats de ville, les transitions démographiques – vieillissement, petite enfance, égalité femmes-hommes – éclairent les politiques publiques à venir.

L’AUCM est par ailleurs reconnue comme un acteur clé de la santé-environnement, notamment à travers des démarches d’urbanisme favorable à la santé conduites avec l’appui de l’Agence régionale de santé (ARS). Cette approche relie aménagement, inégalités sociales de santé et qualité des environnements de vie, dans une vision intégrée de l’habitabilité.

 Favoriser les mobilités décarbonées

La mobilité constitue un facteur essentiel d’équilibre territorial et un levier de transition. En 2026, l’Agence poursuit son accompagnement du déploiement du Service Express Régional Métropolitain (SERM) Clermont Auvergne, notamment sur l’aménagement des quartiers de gare et l’amélioration globale de la desserte territoriale, en intégrant pleinement les mobilités actives.

Elle appuie également le SMTC dans l’exploitation de l’enquête ménage EMC², le suivi et la révision du plan de mobilité, avec une attention particulière à l’accueil et à l’acculturation des nouvelles assemblées élues.

Contribuer à l’émergence de modèles économiques résilients.

La question des modèles économiques résilients mobilise également l’Agence en 2026. Avec ses partenaires, l’AUCM explore de nouvelles approches pour une économie adaptée aux enjeux contemporains, qu’il s’agisse de secteurs ciblés tels que l’industrie du futur, les industries culturelles et créatives et le tourisme, ou d’approches plus transversales à travers la feuille de route économique de la Métropole et l’analyse des métabolismes métropolitains.

Sur ce dernier point, en 2026, l’AUCM sera engagée avec l’ensemble des adhérents sur la résilience économique des systèmes territoriaux, à partir d’une analyse croisée des flux de richesse et de matière dont ils dépendent. L’objectif est d’identifier vulnérabilités et leviers d’action, afin de renforcer la robustesse des territoires face aux chocs à venir.

Forger une culture commune de l’habiter

Cet axe est le plus doté en nombre de jours prévus. Il traduit la singularité de l’AUCM : croiser culture, prospective et adaptation pour transformer durablement les pratiques.

La dimension apprenante se traduit par la mise en œuvre de démarches d’adaptation et d’outils innovants dans le cadre de la mise en œuvre du PLUi métropolitain. La dimension culturelle s’incarne dans des travaux croisant culture et transition, ainsi que dans une programmation culturelle d’envergure, « Prairies nomades », déployées dans le cadre de l’année internationale des parcours et du pastoralisme.

Cet axe porte également une dimension écosystémique et prospective à travers une réflexion visant à construire une vision partagée autour de l’accès à la ressource en eau, condition de robustesse des territoires.

Cet axe travaille les représentations autant que les projets. Il part du principe que les transitions sont aussi des récits à construire collectivement, et que la culture constitue un levier majeur d’appropriation.

Une ingénierie au service des territoires et des coopérations

Au-delà des thématiques, le programme partenarial 2026 de l’Agence affirme une manière d’agir. L’AUCM intervient à toutes les échelles, de la friche à l’îlot, du quartier à la commune, de l’intercommunalité au Massif central, dans des contextes ruraux, périurbains et urbains. Elle mobilise des approches quantitatives, mais aussi qualitatives, inscrites dans le temps long et est attentive aux dynamiques d’évolution des territoires.

Elle assume une dimension pédagogique faite de sensibilisation, d’acculturation et de mobilisation dans la durée de groupes-projets. Elle privilégie des méthodes intégrées, systémiques et prospectives, capables d’articuler culture, eau, soin, métabolisme territorial ou sobriété foncière dans des démarches situées, itératives et solidaires.

En 2026, l’AUCM ne se contente donc pas de déployer un programme d’études. Elle réaffirme une ambition : accompagner les territoires du Massif central dans la construction de trajectoires robustes, solidaires et désirables, en conjuguant expertise, coopération et capacité d’adaptation.

Un chant de la terre, la voix d’une femme-monde

« Qui était cette femme ? »

Nous vivons dans un pays avide de commémorations et d’hommages. Ceux qui, depuis 2025 ponctuent le centenaire de la naissance de Marcelle Delpastre méritent une plus ample caisse de résonance, pour faire connaître une poète, écrivain, ethnographe, « qui, femme en milieu rural, cochait toutes les cases de l’invisibilité ».[1]

Née en 1925, Marcelle Delpastre passe un baccalauréat philo et lettres, fait une année d’études à l’Ecole des arts décoratifs de Limoges puis revient dans sa famille dans la ferme familiale de Germont en Corrèze, dont elle prendra peu à peu les rênes et qu’elle ne quittera plus. Un choix qu’elle revendique : elle aimait la liberté d’écrire partout, carnet et crayon à la main, que lui offrait la vie paysanne en gardant les bêtes. Et elle n’a jamais cessé d’écrire, en français et en occitan, parfois mêlés. Son œuvre est foisonnante : poèmes, récits, contes collectés, chroniques pour Le Populaire du Centre, Mémoires (sept tomes) …

Paysanne et poète. Si le « poète » est au masculin dans ces lignes, c’est qu’elle le voulait, répondant un vigoureux « poétesse de mes fesses [2]  à qui prétendait l’assigner à ses racines, au bucolique, à son coin de Limousin comme à son genre (à l’époque, les femmes n’avaient pas retourné le stigmate en féminisant les noms de métiers).

Dans plusieurs documentaires qui lui sont consacrés, Marcelle Delpastre oppose son sourire malicieux, sa solide culture littéraire, son « immense orgueil et immense humilité » au mépris que lui a opposé le snobisme du milieu des lettres urbain. Ethnographe, elle a collecté des chants et traditions, y compris un bestiaire mais dit clairement qu’écrire sur « son petit lieu » ne l’intéresse pas. Si elle défend un mode de vie paysan qu’elle sait menacé, elle n’est pas plus réductible à sa ferme de Germont que les sœurs Brontë à leur presbytère du Yorkshire. Toute sa poésie trouve le cosmique dans une feuille d’arbre, l’universel dans un champ « les pieds dans la merde et la tête dans les étoiles », intensément consciente du reste du monde qu’elle ne connaît pas mais auquel elle est liée par un sentiment mystique avec la nature qui l’entoure. Son pays, c’est la poésie, la langue, « La lenga que tant me platz » »[3], l’occitan limousin qu’elle magnifie. Ce qui lui vaut de voir l’édition de ses œuvres jalousement gardée par les occitanistes [4], mais la déflagration de son écriture possède la même puissance dans les deux langues. L’autrice en langue occitane Miquèla Stenta la qualifie de « Femme monde, au sens d’Edouard Glissant ».[5]

Mahler et Delpastre, entre deux montagnes

« Je l’ai découverte au hasard de la lecture d’un poème, et vécu un choc artistique et émotionnel. Plus on la lit, plus on se rend compte de l’immense artiste qu’elle est, d’une liberté saisissante, toujours là où on ne l’attend pas », dit Romie Estèves, chanteuse lyrique, directrice artistique de la compagnie La Marginaire. « J’avais envie que cette personne soit entendue et connue. On a, toutes et tous, besoin d’être réparé de notre passé pastoral, rural, de cesser de courir vers des lumières trompeuses. J’arrive de la campagne en Dordogne, je n’ai pas fait le Conservatoire de Paris, je connais les regards et les a priori. C’est pour cela que j’ai eu envie de confronter Marcelle Delpastre à Mahler, un compositeur mondialement reconnu d’une autre époque : c’est à ce haut niveau qu’il faut la placer, parce qu’elle a trop été reléguée au local et à une fonction de druidesse bien plus pauvre que ce qu’elle portait ».

À partir de là, Romie Estèves fait résonner un écho entre deux montagnes, la montagne Delpastre et la montagne Mahler. Non sans difficultés, car il faut choisir les extraits signifiants d’une œuvre considérable. De plus, comment concilier le verbe de Delpastre, qui a toujours refusé que ses poèmes soient mis en musique, avec la partition chantée ?

Romie Estèves retient les grands piliers de l’œuvre : le rapport à la langue, à la ferme, à l’amour, à la spiritualité. Si elle doit faire l’impasse sur Delpastre l’ethnographe, elle le compense par la dimension du collectage de musiques traditionnelles présentes chez Mahler. Sur scène, un écran permet de confronter les poèmes de Marcelle Delpastre aux textes du livret de Mahler, sur fond de photographies de paysages, de feuilles, d’insectes, du micro au macro, en lien avec les thèmes du cosmos, de la Terre, du renouveau du vivant.

Elle casse la solennité de l’hommage et de l’oratorio en orchestrant, littéralement, ce qu’André Minvielle qualifie de « confrontation ».  En s’associant avec le jazzman, diseur, improvisateur, chanteur, Romie Estèves voulait échapper au risque de la redondance que risquaient d’apporter des musiques uniquement traditionnelles aux textes de Marcelle Delpastre. « Ce que porte André Minvielle, c’est aussi une forme de collectage, avec des chansons porteuses à la fois d’inspiration traditionnelle, de jazz, et d’improvisations. Et c’est un chanteur extraordinaire ! »

À l’arrivée, pas moins de quatorze musiciens sur scène, pour une fusion qui échappe au collage.

Une célébration entre savant et populaire

La rencontre entre les musiciens classiques, mais tout-terrain recrutés par la Marginaire et ceux des Chaudrons, la compagnie d’André Minvielle, s’est faite par confrontations et tâtonnements. Christophe Monniaux s’est chargé des arrangements pour les musiques orales et populaires tandis que Florent Hubert faisait résonner l’œuvre de Mahler y compris là où on ne l’attend pas, en écho au traditionnel…

« C’était ambitieux, commente André Minvielle. Cela nous a beaucoup plu d’écouter les musiciens classiques travailler : au début, dans les répétitions, j’avais l’impression qu’eux avaient le GPS de l’œuvre et moi pas ! On a réussi à faire naître de cette confrontation quelque chose de résonnable».

À l’exception de la chanson que l’on voit Marcelle Delpastre entonner sur écran, toute la musique d’Un Chant de la Terre est signée soit Mahler soit Minvielle. Le trait d’union vient de la lecture sensible des textes de Marcelle Delpastre par Juliette Minvielle, qui lit des textes. La jeune artiste, comédienne et musicienne aux claviers a étudié le gascon béarnais à l’Institut d’études occitanes et se coule dans le limousin de Marcelle Delpastre, dont elle dit les textes avec toute la simplicité requise : « Mes grands-parents maternels étaient agriculteurs, et j’ai l’impression qu’elle me parle, dans sa poésie en regard malicieux et très fin. J’étais honorée de dire ces textes, c’était une consécration ; j’ai juste essayé de me les mettre en bouche, comme quelque chose de familier, et Marcelle m’a portée ! »

Simplicité. Le terme revient souvent dans la bouche des trois artistes, pour qualifier ce spectacle ambitieux, où le dialogue entre texte, chant lyrique, oralité, scat, jazz, musiques populaires se reçoit pourtant avec la même évidence que la poésie de Delpastre. Le public ne s’y trompe pas, tantôt saisi par l’émotion, tantôt complice et invité à entrer dans ce qui est aussi une célébration populaire. « À la Philharmonie de Paris, tout le monde dansait ! » raconte André Minvielle. Car Un Chant de la Terre se conclut par une danse de la Terre, un bal orchestré par le Ti’bal d’André Minvielle qui efface les frontières entre musique savante et musique populaire. « C’est une soirée, qui fait célébration, qui fait humanité, qui fait joie, » conclut Romie Estèves.

Parlons rivière : renouer le dialogue entre la rivière Allier, son territoire et ses acteurs

L’Allier, rivière touristique sentinelle du changement climatique

Si l’Allier est une rivière sauvage, elle n’est pas pour autant sans usages. L’Allier, dans sa section aval, fournie une eau de qualité à une large partie du bassin de vie clermontois grâce à sa nappe d’eau souterraine qui s’étend de Brioude au bec d’Allier et alimente également les exploitations agricoles et les sites industriels qui bordent la rivière. Jusqu’en 2001, l’Allier fournissait aussi des granulats pour répondre au développement urbain. Ces ressources, qui ont permis la croissance économique du territoire, ont fragilisé la rivière et perturbé son fonctionnement hydrogéomorphologique, affectant en partie ce qu’elle a de plus précieux : ses milieux naturels, sa divagation et son eau. Néanmoins, dans l’imaginaire commun, l’Allier reste une rivière purement sauvage, au sens qui n’a pas subi l’action de l’homme, et dont la nature est propice aux activités touristiques : itinérance à vélo le long des berges, baignades en eau vive, pêche, canoë-kayak, … Des activités plébiscitées en été par les habitants en quête de fraîcheur, et des visiteurs attirés par un tourisme nature préservé du surtourisme. Mais ce tourisme est intrinsèquement lié à la présence d’eau. Or, les débits de l’Allier en période estivale sont impactés par le changement climatique [5], avec au premier chef les précipitations, dont la répartition, la fréquence et l’efficacité sont d’ores et déjà bouleversées ; et bien que le barrage de Naussac assure un rôle de soutien de l’étiage, les lâchers d’eau (eux-mêmes très dépendants de la pluviométrie hivernale) sont avant tout destinés à sécuriser l’irrigation des terres agricoles et des installations nucléaires plus en aval. La rivière Allier est donc une sentinelle du changement climatique, car elle témoigne d’une baisse significative et chronique des débits d’eau. Les clubs et les professionnels du canoë-kayak interrogés dans le cadre d’une étude conduite par l’AUCM en 2024 sur la pratique de cette activité dans un contexte de changement climatique, estiment que « les débits d’eau leur semblent de plus en plus bas, avec des niveaux printaniers qui correspondraient aux niveaux estivaux constatés 10 ans auparavant »[6], des propos confirmés par les récentes études prospectives qui prévoient une poursuite de la diminution des débits des cours d’eau de l’Allier aval et un allongement de la période des basses eaux [7].

Donner la parole aux acteurs de la rivière Allier

La baisse des débits de l’Allier concerne tous les acteurs de la rivière Allier : gestionnaires, exploitants agricoles, professionnels du tourisme, … L’objectif avec “Parlons rivière” a, dès le départ, été de mettre autour de la table les élus et techniciens des collectivités membres du Pôle métropolitain Clermont Vichy Auvergne, des professionnels du tourisme (loueurs de canoës, représentants de la Via Allier, consultants…), des acteurs de la préservation des milieux naturels (Conservatoire d’Espaces Naturels, LPO, fédérations de pêche, …), des acteurs institutionnels (représentants du SAGE Allier Aval, Agence de l’eau, Départements, Région, CAUE…) et des représentants de l’État (DDT, ARS, …). Ces acteurs ont un point commun : ils connaissent parfaitement la rivière Allier. Cependant, ils ne partagent pas toujours le même langage, ni la même représentation de la rivière Allier. Qu’est ce qui fait sens commun pour ces acteurs ? Quelles perceptions ont-ils des évolutions climatiques, paysagères et touristiques de la rivière ? Partagent-ils une vision commune de l’avenir de l’Allier ? C’est autour de ces questions que les rencontres “Parlons rivière” ont trouvé leur place, se voulant un lieu d’échanges, de transmission, de retours d’expériences et de débats. Ainsi, dès la première rencontre, des questions de controverses ont été posées aux participants. L’une d’entre elles est particulièrement révélatrice du besoin de dialogue entre experts du tourisme et de l’environnement : « Avec la baisse des niveaux d’eau, faut-il renoncer à pratiquer le canoë en été ? ». Cette question est intéressante quand bien même les loueurs renonceraient à cette activité en été, ils seraient tentés de décaler cette offre touristique au printemps. Or cette saison est la plus sensible pour la biodiversité car les plages où accostent spontanément les canoës sont des lieux de nidification d’espèces d’oiseaux déjà menacées par le changement climatique, comme les sternes et les gravelots. Alors la sensibilisation des touristes est-elle suffisante ? Comment concevoir une signalétique avec une rivière qui sort régulièrement de son lit ? Ces questions, qui ont animé les débats, constituent une première marche pour coconstruire un langage commun et appréhender les enjeux et problématiques que chacun rencontre.

Parlez-vous rivière Allier ?

L’Allier, comme tous les autres cours d’eau, est vue comme un support d’activités touristiques et économiques et comme un espace pourvoyeur de ressource en eau potable et hier en granulats. Mais jusqu’à quel point la rivière peut-elle accueillir des usages touristiques ? Leur installation sur les berges est-elle compatible avec l’espace de mobilité de l’Allier, son espace vital pour méandrer et dissiper son énergie [8] ? Les saumons, espèces emblématiques mais dont les effectifs sont en nette diminution [9], peuvent-ils circuler librement dans la rivière ? Et a-t-on conscience que la rivière se réchauffe ? En 2023, plusieurs points de mesures ont dépassé les 25°C, soit le seuil létal pour la truite fario, une autre espèce emblématique de la rivière. Sauvage, l’Allier ne l’est peut-être plus tant que cela. Mais pour autant faut-il remettre en cause le libre accès à la rivière ? Le droit à la nature doit-il s’opposer au droit de la nature ? Plusieurs retours d’expériences nous montrent que cette opposition n’a pas lieu d’être, si l’on apprend à mieux connaître la rivière. Dès la première rencontre “Parlons rivière”, l’AUCM a demandé aux participants de compléter ces affirmations « l’Allier est source de … », « l’Allier est libre de … ». A la première question, les participants ont bien entendu relevé que l’Allier était source d’eau potable de qualité et d’activités de loisirs et de tourisme, mais selon eux l’Allier est aussi source de vie et d’émerveillement. A la question plus complexe de la liberté de la rivière, les participants ont répondu qu’elle était libre de divaguer, de couler, mais aussi d’exister pour elle-même. Cette approche autour des libertés n’est pas sans rappeler les différentes actions qui visent à consacrer des droits aux fleuves et aux rivières : Parlements de Loire [10], du Rhin [11] et de l’Isère [12], Assemblée populaire du Rhône [13], déclarations des droits de la Seine [14] et de la Garonne [15], … Ces initiatives ont une vocation commune : démontrer que les rivières et fleuves ont des droits. La déclaration des droits de la rivière, publiée à l’initiative de l’association International Rivers, précise que les droits fondamentaux des cours d’eau sont : de s’écouler librement, de remplir leurs fonctions essentielles dans leur écosystème, de ne pas être pollué, d’alimenter et d’être alimenté par des aquifères durables, d’accueillir la biodiversité indigène, et de se régénérer, d’être restauré [16]. Il s’agit donc finalement de mieux connaître les besoins de la rivière pour que nous puissions encore nous émerveiller de sa nature sauvage, et que nous puissions compter sur elle pour avoir accès à une eau de qualité.

Pour parler un langage commun, la première clé est de comprendre les besoins de chacun, et c’est finalement ce que “Parlons rivière” a tenté de faire avec les premières rencontres conduites en 2023 et 2024. Car si la rivière a des besoins, elle a aussi besoin de nous, pour mieux la protéger et réparer les dégradations qu’elle a, parfois involontairement, subies ces dernières décennies. C’est le travail que mènent le conservatoire d’espaces naturels d’Auvergne pour retirer les protections de berges [17] et permettre à l’Allier de divaguer sans contrainte et de se recharger en sédiment pour garantir la ressource en eau, préserver la biodiversité, et être finalement plus résiliente aux changements climatiques.

Quand la coopération européenne nourrit l’égalité femme-homme : l’expérience FEMACT-Cities

C’est une constante planétaire. Les droits humains ne sont jamais acquis : ceux qui ont été conquis hier et qui semblaient assurés peuvent être remis en question aujourd’hui, voire anéantis demain. Les femmes occupent une position particulièrement vulnérable dans ce contexte fluctuant. Aux injustices sociétales et économiques qui perdurent en leur défaveur, se cumule l’impact du changement global, qui touche plus durement les individus en situation de fragilité.

L’adaptation au changement climatique, la nécessité d’engager une « transition juste », et plus fondamentalement la quête d’une société apaisée où femmes et hommes bénéficieraient des mêmes droits, mettent au défi les politiques publiques sur leur capacité à accompagner et maintenir la marche vers l’égalité. Si les efforts au plan national semblent un socle indispensable à l’enracinement d’une culture partagée de l’égalité, ils restent indissociables de politiques de proximité, ancrées dans les réalités plus quotidiennes.

Comment réduire durablement les inégalités femme-homme à l’échelle d’un territoire comme la métropole clermontoise ? Comment capitaliser sur l’expérience d’autres territoires, et formuler une feuille de route qui réponde aux spécificités locales ? La recherche d’un logiciel robuste en matière d’égalité a motivé Clermont Auvergne Métropole à devenir cheffe de file du réseau européen FEMACT-Cities dans le cadre du programme URBACT. Un pari sur la coopération et l’intelligence collective pour lequel l’Agence d’urbanisme Clermont Massif central (AUCM) l’a accompagnée. L’occasion d’expérimenter et d’analyser les leviers possibles localement vers davantage d’égalité.

Aborder la complexité de l’égalité femme-homme à l’échelle locale

L’analyse et la promotion de l’égalité femme-homme s’inscrivent dans une approche systémique. Inégalités scolaires, professionnelles, violences sexistes et sexuelles, stéréotypes, s’établissent dans un schéma d’interdépendances qui implique la mobilisation de l’ensemble des champs politiques. L’édition 2024 des « Chiffres-clés : Vers l’égalité réelle entre les femmes et les hommes » publiée par Le ministère chargé de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations [1] illustre cette imbrication, et met en lumière la complexité d’embrasser un tel sujet : impulser un changement significatif en matière d’égalité exige une collaboration intersectorielle, interterritoriale et interculturelle au long cours.

Le contexte national volontariste, avec un Plan interministériel pour l’égalité entre les femmes et les hommes 2023-2027  [2] qui inscrit les enjeux d’égalité au centre de l’action publique, semble un terrain favorable pour déployer cette approche intégrée. Cependant, si de façon générale ce plan d’Etat définit des axes et mesures bien identifiés autour de la lutte contre les violences faites aux femmes, la santé des femmes, l’égalité professionnelle et économique et la culture de l’égalité, nul mode d’emploi préétabli ne s’offre à la collectivité qui souhaite s’emparer du sujet de l’égalité.

Quelles priorités, quelles méthodologies, quelle gouvernance et finalement, quelle feuille de route pour engager un territoire et ses diverses parties prenantes vers davantage d’égalité et d’émancipation ? La méthode URBACT offre l’opportunité aux collectivités d’explorer les possibles et de s’inspirer au-delà des frontières, dans une logique de compagnonnage, avec l’aide de nombreux experts.

S’appuyer sur la coopération interculturelle et le partage de savoirs pour explorer les possibles : la méthode URBACT 

Depuis 2002, le programme de coopération URBACT – actuellement URBACT IV, qui s’inscrit dans la programmation 2021-2027 du FEDER [3] – permet aux villes d’échanger leurs expériences, leurs idées et leurs bonnes pratiques en matière de développement urbain au sein de réseaux thématiques et transnationaux. L’objectif de ces réseaux est de concevoir ensemble une réponse collective à des défis communs, tout en adaptant les solutions à des spécificités locales. URBACT propose ainsi aux collectivités de toute l’Europe de faire partie d’un réseau constitué de 7 à 10 collectivités, qui partagent une problématique sur le développement urbain : gouvernance participative, planification urbaine, économie locale, changement climatique, cohésion sociale, etc.

URBACT propose 3 types de réseaux, parmi lesquels les réseaux de planification d’action, dont l’objectif est de produire en deux ans un plan d’action intégré, applicable localement. La méthode URBACT, basée sur la coopération, la participation citoyenne et l’apprentissage par l’action, permet à chaque collectivité associée de trouver des solutions concrètes pour son territoire, de s’inspirer des pratiques et expériences entre pairs en Europe, de renforcer ses compétences, d’intégrer une communauté de travail européenne, de se faire connaitre en France et en Europe. Un expert du Secrétariat URBACT apporte une aide précieuse à chaque réseau dans sa réflexion, ses méthodes de travail et la conception de son plan d’action.

En réponse à des problématiques transversales telles que l’égalité femme-homme, l’outil semble particulièrement adapté pour bâtir une stratégie locale sur mesure. La dynamique interculturelle, combinée à l’implication du tissu local – fondamentaux de la méthode URBACT – apparaissent ainsi comme de sérieux atouts pour résoudre l’équation de l’égalité femme-homme sur le territoire de la métropole clermontoise.

Clermont Auvergne Métropole, cheffe de file du réseau européen FEMACT-Cities

Clermont Auvergne Métropole a souhaité porter auprès de la Commission Européenne le projet FEMACT-Cities, dont elle est devenue cheffe de file de 2023 à 2025. Ce projet, qui réunit 8 territoires associés aux enjeux socio-économiques très différents – Clermont Auvergne Métropole, Szabolcs 05 (Hongrie), Postojna (Slovénie), Cracovie (Pologne), Cluj -Napoca Métropole (Roumanie), Région de Coimbra (Portugal), Comté de Skåne (Suède) et Turin (Italie) – vise un objectif partagé : améliorer la qualité de vie des femmes et assurer leur liberté individuelle sur chacun des territoires. A travers un parcours de deux années, il revient à chaque territoire de préciser ses propres enjeux et thématiques de travail, définir sa stratégie, pour finalement formuler un plan d’action détaillé.

Être cheffe de file d’un tel réseau appelle une triple nécessité de la part de Clermont Auvergne Métropole. Il s’agit d’une part de constituer, de fidéliser et d’animer un « groupe local » composé de représentants du monde associatif, institutionnel, économique, fédérés autour de la promotion de l’égalité femme-homme. Ce groupe nourrira par ses travaux la conception d’un plan d’action à l’échelle métropolitaine. Il s’agit d’autre part d’articuler ces travaux localisés à une dynamique européenne d’échanges, de partages d’expériences et à une réflexion commune autour du rôle des collectivités et des leviers à leur disposition pour favoriser l’égalité. Enfin, le but du réseau est de valoriser au fil de l’eau ses travaux et ceux de chacun de ses membres, non seulement à l’échelle locale, mais aussi nationale et européenne. Parallèlement, chaque réseau est invité à entretenir des échanges avec d’autres réseaux URBACT, afin d’amplifier encore davantage l’émulation et le partage d’expériences.

Aux côtés de Clermont Auvergne Métropole, l’AUCM s’intègre comme un maillon d’une chaine multi-acteurs qui contribuent chacun à nourrir l’intelligence collective et ses déclinaisons opérationnelles. L’Agence s’implique plus spécifiquement sur l’animation du « groupe local » FEMACT-Cities en concevant un parcours d’ateliers qui guident peu à peu l’analyse, la réflexion collective et la formulation de propositions susceptibles d’amplifier l’égalité sur le territoire. Elle coordonne par ailleurs la valorisation et la communication des travaux du réseau et de ses membres à différentes échelles, en relation avec les 8 territoires européens associés.

Nourrir une culture commune de l’égalité femme-homme à travers un réseau métropolitain

La diversité des problématiques retenues par les membres du réseau FEMACT-Cities pour structurer leur plan d’action [4]– de l’éducation aux transports publics, de la prévention des violences à l’approche patrimoniale, de la mobilité en milieu rural à la gouvernance multi-acteurs – illustre la variété des choix politiques possibles en faveur de l’égalité de genre. Comparativement à ses homologues européens, Clermont Auvergne Métropole semble emprunter une voie médiane originale. Après avoir opté pour une entrée en matière multi-thématique en 2023 – émancipation, intégrité, autonomie, mobilité – les réflexions de l’écosystème clermontois, incarné par un groupe local fidèle et tenace d’une vingtaine de personnes, se sont peu à peu recentrées sur les modalités et leviers de la coopération en tant que telle. Sur un territoire où les initiatives dédiées à l’égalité femme-homme sont déjà nombreuses et variées, comment amplifier, accompagner et coordonner à moyen terme les actions pour leur donner une portée significative ? Comment faire en sorte que la culture de l’égalité essaime sur l’ensemble de la métropole et face office de logiciel commun aux sphères associatives, institutionnelles, économiques et citoyennes ?

Deux aspects ont émergé des travaux du groupe local FEMACT-Cities, qui structurent le plan d’action formulé par Clermont Auvergne Métropole fin 2025. D’une part, le besoin essentiel de suivre et connaitre la situation de l’égalité sur le territoire pour concevoir et ajuster les différents dispositifs dédiés. Mesurer pour comprendre. Comprendre pour agir, collectivement. Une boussole à construire, qui pourrait prendre la forme d’un observatoire combinant collecte de données, analyses, animation d’une réflexion pluri-acteurs et d’un partage des savoirs autour des grands enjeux d’égalité sur le territoire. D’autre part, le besoin de mise en réseau des nombreuses initiatives locales. Un réseau pour partager et relier les expériences, coordonner les propositions, et rendre visible les enjeux de l’égalité femme-homme auprès des habitants et acteurs du territoire.

Du plan d’action à sa mise en œuvre

Alors que le processus URBACT touche à sa fin, quelles suites possibles ? A l’issue de deux années d’un cheminement collectif multi-échelles, la métropole clermontoise est aujourd’hui forte d’un groupe d’acteurs locaux engagés et résolus à poursuivre les travaux pour faire vivre le plan d’action. La signature officielle de la « Charte pour l’égalité femme-homme dans la métropole clermontoise », en présence de Cyril Cineux, Vice-Président en charge de la Démocratie participative, des Relations aux usagers, de la Citoyenneté, de l’Égalité et de la Concertation et évaluation des Politiques publiques, en juillet 2025, introduit cette envie partagée dans l’espace public. Une première marche vers une culture métropolitaine de l’égalité semble en ce sens franchie, que Clermont Auvergne Métropole a su valoriser vis-à-vis de ses partenaires européens. Sur cette base encourageante, la mise en pratique du plan d’action métropolitain et son ancrage à moyen terme, sur le terrain, restent un objectif à atteindre. Outre l’urgence de répondre aux inégalités et situations de violences qui perdurent, ce plan, traduit en actes, pourra contribuer à renforcer les capacités du territoire à répondre aux nombreux défis liés au changement global.

Observ’agglo 2025 : Comparer la situation des grandes agglomérations à l’heure des transitions

Une démarche d’observation mutualisée des agglomérations françaises portée par les agences d’urbanisme

Le panel en 2025 est celui des intercommunalités de plus de 180 000 habitants, soit 61 agglomérations et métropoles françaises observées à travers une quarantaine d’indicateurs, calculés de la même façon en tout endroit du territoire. Alors que le précédent millésime distinguait métropoles et agglomérations, cette nouvelle édition a choisi de les regrouper afin de proposer une vision et des représentations cartographiques uniques des phénomènes à l’œuvre dans les territoires urbains français, indépendamment de leur statut juridique. Le panel couvre un large prisme de villes françaises, depuis la Métropole du Grand Paris avec plus de 7 millions d’habitants, jusqu’aux agglomérations de Cherbourg et du Nord de la Réunion (178 000 habitants) maintenues dans le panel bien qu’étant passées sous le seuil démographique depuis la précédente édition. Au total, le panel d’Observ’agglo 2025 couvre 29 millions d’habitants, soit 43% de la population française.

Cette édition d’Observ’agglo comme les précédentes se déclinent en trois livrables. Le premier, un poster à double face pensé comme un outil de lecture rapide met en avant, sur sa face cartographique, les paysages et l’environnement qui composent l’arrière-plan des grandes villes, et donne sur sa face graphique une vision synthétique des grandes thématiques. La publication, deuxième format de livrable, propose dans des doubles-pages thématiques des analyses plus fines et documentées des phénomènes observés. Enfin, une base de données dédiée accompagne la publication et le poster pour faciliter l’appropriation des analyses et la comparaison des territoires.

La production de ces trois livrables repose sur un collectif de professionnels des agences d’urbanisme (une vingtaine d’agences mobilisée pour l’édition 2025) et des partenaires de la FNAU [1], garant de la robustesse, de l’originalité, de la pertinence des indicateurs produits et de leurs analyses.  Membre du comité de pilotage au côté de la FNAU et des agences d’urbanisme de Toulon et de Besançon, l’AUCM a participé aux choix stratégiques sur le contenu du millésime 2025 et s’est spécifiquement impliquée dans la production de la partie « s’adapter » lors d’ateliers de travail organisés à Toulon, Rouen et Paris.

Positionner l’adaptation au changement climatique comme clé de lecture des autres thèmes

Six chapitres, correspondant à des fonctionnalités et réalités urbaines, rythment cette nouvelle parution :

  • « S’adapter » face au climat, aux ressources, aux vulnérabilités ;
  • « Être » en fonction de son âge, son activité, sa santé ;
  • « Produire » en tenant compte des mutations économiques et de l’emploi ;
  • « Connecter », à travers les mobilités, les infrastructures, le numérique ;
  • « Se loger » dans un contexte de tensions foncières et de nécessaire efficacité énergétique ;
  • « Vivre ensemble » autour des enjeux sociaux, éducatifs, démocratiques et culturels.

Pour la première fois, les enjeux d’adaptation (climatique, environnementale, énergétique) sont placés en première partie, et non pas relégués comme souvent en fin de publication. Au-delà du symbole, ce changement n’a pas été simple à réaliser tant les données aujourd’hui disponibles pour représenter ces enjeux sont rares et techniques. L’adaptation au changement climatique est ici évoquée à travers les émissions de gaz à effet de serre, la vulnérabilité aux risques naturels, la sensibilité à la hausse des températures, la ressource en eau, l’autosuffisance alimentaire ou encore la biodiversité. D’autres thématiques ont été envisagées (qualité de l’air, gestion des déchets notamment) mais les données disponibles et mobilisables à l’échelle nationale n’étaient pas suffisamment fiables et / ou comparables d’une agglomération à l’autre pour être retenues.

Ce renversement affirme la volonté du comité de pilotage de poser le contexte des situations environnementales des grandes agglomérations françaises comme clé de lecture des autres phénomènes urbains. Comprendre leurs transitions, c’est interroger la manière dont les agglomérations françaises recomposeront leurs modèles démographiques, productifs, leurs mobilités, leurs équilibres sociaux et urbains. Ce choix éditorial permet de proposer trois nouvelles clés de lecture aux situations des métropoles et grandes agglomérations françaises.

Trois clés de lecture transverse

La première clé de lecture est celle de la soutenabilité écologique des croissances démographiques et économiques des métropoles et grandes agglomérations françaises. Ces territoires urbains enregistrent les dynamiques les plus soutenues depuis les années 2010, portées par la natalité et l’attractivité résidentielle ; leurs populations étudiantes augmentent également, renforçant leur vitalité économique et sociale. Mais ces mêmes territoires se trouvent en première ligne face aux risques liés au changement climatique : hausse du nombre de jours de fortes précipitations, extension des périodes de sécheresse, raréfaction de l’eau. La soutenabilité devient ainsi la condition même de leur trajectoire de croissance, les indicateurs environnementaux venant directement éclairer les défis de l’urbanisation, du logement et de l’emploi.

La question du dynamisme métropolitain au regard des inégalités sociales et territoriales qu’il entraîne constitue une deuxième clé de lecture transverse. Les métropoles et grandes agglomérations présentent en moyenne de meilleurs indicateurs de santé, d’accessibilité aux soins et d’emploi que les autres territoires français ; elles concentrent également les filières économiques les plus qualifiées. Mais derrière ces résultats positifs, de fortes disparités internes émergent dont témoignent les indicateurs sur les revenus des ménages, les catégories sociales, les tensions dans le marché des logements, la ségrégation scolaire. La clé de lecture est ici celle de la soutenabilité sociale et du comment maintenir l’attractivité des métropoles et grandes agglomérations sans accentuer leurs fractures sociales et spatiales.

Enfin, la troisième clé de lecture est celle de l’hétérogénéité du panel et de l’existence de territoires moteurs et de territoires fragiles y compris dans le cercle des métropoles et grandes agglomérations françaises. Les marqueurs de l’attractivité et du dynamisme se répartissent à l’échelle nationale selon une « géographie en U », depuis le Sud et l’Ouest jusqu’à la façade atlantique. A l’inverse, le Nord et l’Est, le Centre et les outre-mer se caractérisent par des marqueurs de fragilités différents selon les territoires (vieillissement, santé, emploi, social…). La tension est donc double : d’un côté, des territoires dynamiques qui doivent rendre soutenable leur croissance ; de l’autre, des territoires fragiles qui doivent éviter le cumul de vulnérabilités sociales et environnementales.

Les résultats pour Clermont Auvergne Métropole

Clermont Auvergne Métropole est dans une situation « moyenne » pour 16 des 37 indicateurs analysés. Elle n’est ainsi ni en difficulté, ni vraiment en réussite sur les indicateurs démographiques et les indicateurs de logements. Métropole de petite taille, Clermont Auvergne Métropole connait une croissance démographique modérée en comparaison d’autres agglomérations françaises. Sa population à la fois très jeune (étudiants) et déjà âgée la rend finalement moins sensible aux perspectives de vieillissement que des métropoles aujourd’hui plus soumises à la fois au vieillissement par le bas et par le haut de la pyramide des âges. Son marché du logement est peu tendu (prix et parc social accessible) en comparaison d’autres territoires même si la production de logements neufs progresse faiblement, faisant apparaître une légère tension dans la capacité à produire suffisamment de nouveaux logements pour complètement satisfaire les besoins. Sur le plan énergétique, le nombre de passoires et de bouilloires thermiques est dans la moyenne du panel.

La comparaison de la métropole clermontoise avec les autres grandes agglomérations françaises lui est favorable sur les indicateurs économiques. Le taux de chômage est plutôt faible, le taux d’études élevé, l’augmentation du nombre d’emplois et d’actifs réelle. L’équilibre entre les emplois à haute valeur ajoutée et les emplois accessibles à tous est bon, faisant de la métropole clermontoise une métropole équilibrée quant au panel d’emplois proposé.

La comparaison de la métropole clermontoise avec les autres grandes agglomérations françaises lui est moins favorable sur plusieurs indicateurs environnementaux, de mobilité et du vivre ensemble. Du fait de sa forme urbaine dense et des perspectives climatiques, la métropole clermontoise présente ainsi une assez forte sensibilité aux phénomènes des îlots de chaleur. La qualité des eaux de surface n’est pas très bonne et son agriculture nourricière insuffisante. Des marges de progrès existent également concernant la mobilité : le linéaire de pistes cyclables est peu important et l’attachement à la voiture individuelle encore fort, en tout cas avant le déploiement en cours du projet InspiRe qui devrait répondre à ces faiblesses. Enfin un indicateur du vivre ensemble invite à une vigilance sur cette thématique : la pauvreté est en progression comme dans 58 des 61 agglomérations du panel. Après une augmentation conséquente (+3.4 points), le taux de pauvreté de la métropole clermontoise se situe désormais en milieu de panel, proche des agglomérations de Tours, Poitiers, Reims, Le Havre.

Recré-Action, un cycle de rencontres pour relire l’action publique

Un temps suspendu pour prendre du recul dans l’élaboration du PLU métropolitain

Le cycle Recré-Action a démarré à une période où élus et techniciens étaient engagés dans une phase de rédaction des pièces réglementaires du Plan Local d’Urbanisme métropolitain comprenant des arbitrages structurant pour la dynamique métropolitaine de la prochaine décennie. Des choix d’autant plus complexes qu’ils nécessitent forcément une prise de recul : pourquoi renforcer les règles de végétalisation des projets urbains ? pourquoi interroger chaque nouveau projet selon l’offre de transports et l’identité locale du quartier ? Or la rédaction d’un tel document n’offre que peu de temps supplémentaire pour prendre de la hauteur. Ainsi, la première intention avec Recré-Action fut de proposer des rencontres qui donnaient l’occasion de se détacher de cette rédaction pour mieux y revenir. La seconde intention posée fut tout aussi claire : avec la rédaction des pièces réglementaires, le lien avec le Plan d’Aménagement et de Développement Durables (PADD), la boussole stratégique du PLU métropolitain, se devait d’être maintenu. Ce PADD est structuré autour de trois grands axes. Premièrement les héritages, patrimoniaux, paysagers, culturels, ceux des générations précédentes mais aussi ceux que l’on lègue aux générations suivantes. Les équilibres ensuite, fragiles équilibres entre la ville et la nature, l’accueil de populations et la préservation de la qualité de vie, … Et enfin les transitons, ce virage que la Métropole prend à bras le corps pour faire évoluer nos mobilités, nos modes de vies et nos modes constructifs, pour lutter activement contre le changement climatique tout en prenant soin des plus démunis. Une fois le projet de PLU métropolitain arrêté, le cycle Recré-Action n’a pas disparu, car charge désormais de faire connaître les pièces fondatrices de ce document : ses Orientations d’Aménagement et de Programmation thématiques, « Trames Vertes et Bleues – Paysages » et « Habiter demain », ou encore les spécificités du règlement, notamment pour la préservation des cités jardins. Ces rencontres sont un temps privilégié pour partager et diffuser cette connaissance.

De l’urgence écologique et sociale à l’urgence de faire collectivement

Depuis deux saisons, Recré-Action propose aux élus et aux techniciens des communes, et de la Métropole, de paradoxalement prendre le temps de saisir l’urgence. Derrière ces deux expressions antagonistes, c’est l’idée que l’urgence à agir, tout comme la frénésie du quotidien ne doivent pas nous empêcher de prendre du temps pour réfléchir aux actions à mener. Dès la première saison, il est apparu évident que ces rencontres devaient réunir des élus et des techniciens et que nous devions proposer des modalités d’animations qui leur permettraient de sortir de leur posture habituelle, pour être davantage libre d’échanger et de nouer des liens entre eux. En deux saisons, le cycle a su rassembler près de 100 participants et se distingue par la diversité de son public. La grande majorité des communes concernées ont pris part aux rencontres et plusieurs services de la Métropole sont mobilisés : urbanisme, habitat, culture, patrimoine, …, mais le bilan des deux saisons passées révèle une sous-représentation des élus dans les participants au cycle. Bien qu’il soit complexe d’en tirer des conclusions, l’Agence sera d’autant plus vigilante sur cet équilibre pour la saison à venir. Car c’est bien la rencontre de ces deux publics qui permet de faire communauté apprenante, pour apprendre ensemble mais aussi apprendre les uns des autres.

Un cycle et des débats

Depuis 2022, de nombreux sujets ont été traités avec Recré-Action, toujours en suivant le fil rouge des trois axes du PADD. Ainsi, les héritages ont d’abord fait l’objet d’une séance portée sur notre attachement à la maison individuelle, le pavillon légué par nos parents, mais aussi celui que l’on construit encore, aux franges de la ville, comme en son cœur. Le patrimoine bâti remarquable est un héritage plus évident mais sa préservation ne l’est pas pour autant : doit-on protéger une cité jardin pour son patrimoine architectural ou pour la forme urbaine qu’elle propose ? À quoi tenons-nous ? pour paraphraser la chercheuse en sciences sociale Amélie Flamand, présente ce jour-là. Le cycle Recré-Action a aussi joué avec les équilibres. En ville, la nature peine encore à se faire une place, mise à l’écart, encartée et effrayée par le bruit et la lumière. Mais pour mieux cohabiter, nous devons mieux la comprendre ; un message porté de concert par Thierry Ameglio, chercheur en physiologie de l’arbre, et Stéphane Cordobes, directeur de l’AUCM. Mieux comprendre le vivant, c’est aussi prêter attention à la santé de tous : santé humaine, animale et environnementale. Dans un monde bouleversé par les changements climatiques, il est nécessaire de prendre soin de soi, des autres et de ce qui nous entoure, pour mieux faire face. Les transitions enfin. Celles que nous devons opérer et que nous peinons à réaliser, comme se détacher de l’usage de l’automobile, symbole de liberté mais aussi de pollutions atmosphériques. Alors à quoi seriez-vous prêt à renoncer ? C’est la question qui était posée en séance. Les transitions sont parfois aussi des mouvements plus discrets, mais tout aussi puissants. Depuis près de 10 ans, la Ville de Clermont-Ferrand prend appui sur un architecte conseil pour accompagner la mise en œuvre des projets urbains et répondre à l’objectif du « bon programme au bon endroit ». Cet outil, encore méconnu des communes, va peu à peu se déployer à l’échelle métropolitaine, pour que les projets répondent pleinement aux besoins des habitants et que la forme urbaine soit réfléchie en cohérence avec le quartier.

L’arpentage et le dialogue pour redonner du sens à l’action

Le cycle Recré-Action, ce ne sont pas seulement des experts qui viennent nous éclairer sur des sujets d’intérêt commun. L’AUCM porte une attention particulière à l’expérience vécue, et les temps d’échanges et d’arpentages permettent de créer de bonnes conditions pour que les élus et les techniciens dialoguent ensemble. En deux saisons, de nombreux formats ont été proposés, à la fois en salle, avec des jeux sérieux et des débats mais aussi en extérieur, sur le terrain. Ces marches exploratoires sont utiles à différents niveaux. D’une part, elles permettent de lire la ville sous un autre angle. A Aulnat, nous avons ainsi réinterrogé les aménagements de l’espace public sous le prisme de la santé pour tous. A Châteaugay, nous avons tenté de nous mettre dans la peau d’un arbre. Et à Chamalières, nous nous sommes interrogés, voire émus, de l’avenir de nos cités jardins. Mais ces arpentages offrent aussi des temps informels, car entre deux prises de parole, les participants échangent et apprennent à se connaître.

Alors que peut-on souhaiter pour la suite du cycle Recré-Action ? Avant tout que ce cycle reste un espace ouvert d’échanges et d’interconnaissances, d’autant plus que le PLU métropolitain va être mis en application et que de nouvelles questions, de nouveaux défis, attendront les élus et techniciens des communes et de la métropole. Les élections municipales vont naturellement renouveler les élus, et Recré-Action pourra être un outil pour renouer du lien et poursuivre l’ambition de faire communauté apprenante pour faire face aux enjeux de l’urgence écologique et sociale.

Année internationale du pastoralisme : Le futur est dans le pré  

2026 est décrétée Année internationale du pastoralisme par l’ONU. Dans un monde chaotique, cette célébration d’un mode d’élevage plurimillénaire peut apparaître décalée : que raconte le pastoralisme face à nos préoccupations contemporaines ?

C’est précisément tout l’enjeu de ce pas de côté dans l’herbe des prairies. Car loin de se figer dans la tradition, le pastoralisme revendique son existence au présent et porte des solutions pour l’avenir. Ce mode d’élevage recèle des pensées et pratiques frayant des voies aux transitions indispensables pour un futur soutenable.

C’est par l’imaginaire que le Massif central s’inscrit dans cette année : le projet Prairies Nomades, conçu et porté par l’Agence d’urbanisme Clermont Massif central invite à comprendre, fêter, raconter, s’immerger dans le pastoralisme au travers d’un foisonnement d’événements artistiques, festifs, remue-méninges qui vont jalonner les douze mois de 2026 aux quatre coins de ce vaste territoire.

Pastoralisme :  le mot véhicule des images peuplées de troupeaux, de bergères et bergers, qui hantent la mythologie, les contes et légendes, les chansons populaires… Mais au-delà du folklore, quelle réalité recouvre-t-il aujourd’hui ? 

Précisons d’abord sa définition. Le pastoralisme recouvre toutes les pratiques d’élevage extensives basées sur les prairies naturelles. Notre imaginaire associe ce mot à des pratiques d’élevage nomades, comme la transhumance [1], mais il n’y est pas réductible. Dans ce mode d’élevage, les éleveurs et les bergers s’adaptent aux ressources existantes plutôt que d’essayer de produire de nouvelles. Les troupeaux pâturent l’été et sont nourris par l’herbe fauchée l’hiver. L’élevage en prairies est pratiqué surtout dans des régions où d’autres formes d’agriculture sont difficiles et où il est source d’économie, d’entretien des paysages et des sols, de maintien de la biodiversité et, au-delà, garantie de survie d’un imaginaire ancré dans l’histoire de l’humanité et qui ne cesse de se renouveler. 

À l’échelle planétaire, on recense aujourd’hui plus de 500 millions de pasteurs ! 

L’objectif de cette Année internationale des parcours et du pastoralisme, proposée par la Mongolie à l’ONU en 2022 et soutenue par une centaine de pays et trois cents organisations est précisément de montrer l’actualité et l’intérêt social, économique, écologique de ce mode d’élevage. 

En France, cette initiative est chapeautée par un groupe qui regroupe des structures surtout scientifiques, telles que l’UMT Pasto à l’Institut Agro de Montpellier. 

Dans le cadre d’une programmation nationale surtout consacrée aux travaux et colloques scientifique et technique, le Massif central se singularise par une approche originale : aller vers le grand public au travers d’une programmation culturelle et artistique foisonnante et éclectique, sous le titre Prairies Nomades. 

Il faut préciser que ce massif d’une surface de 85000 km2 à cheval sur plusieurs régions administratives (Auvergne-Rhône Alpes, Occitanie, Nouvelle-Aquitaine, Bourgogne Franche-Comté) est le plus grand pré du continent européen ! 

Quelques chiffres y illustrent la prégnance de l’élevage en prairies : sur une surface de 40000m2 (soit la moitié de son territoire) dédiés à l’agriculture, 85% sont exploités en prairies… Un million et demi de vaches allaitantes, un million de brebis, auxquelles il faut ajouter les caprins dans le sud du massif. 

Comme dans les autres massifs montagneux français, un Commissariat fédère les acteurs du Massif central afin de définir des stratégies cohérentes et coordonner des politiques publiques à cette échelle géologique, au-delà des frontières administratives. 

Le Massif central s’est inscrit dans l’Année internationale du Pastoralisme de façon singulière et même unique, en privilégiant une approche culturelle et artistique du pastoralisme. La candidature « Clermont-Ferrand Massif central 2028 » avait jeté les premières bases du projet.  

À la suite de la nomination de la ville de Bourges au titre de Capitale européenne de la Culture, l’Agence d’Urbanisme Clermont Massif central (AUCM), encouragée par le Commissariat du Massif central et Clermont Auvergne Métropole, s’est emparée de la thématique. L’agence a pour mission de concevoir, coordonner et faire connaître une programmation culturelle autour du pastoralisme, pour réveiller tout ce que cette pratique d’élevage porte d’imaginaire à la fois immémorial et contemporain. L’objectif est de sensibiliser le grand public aux enjeux des pratiques pastorales pour les transitions écologiques, démographiques et économiques à venir sur les territoires. 

De quelles cultures parlons-nous ?                                                                  

« Agence d’urbanisme » et « pastoralisme » : cela pourrait apparaître comme un oxymore, de même que l’audace de faire rimer une forme d’agriculture avec culture.   

L’initiative est pourtant en pleine cohérence avec les missions de l’AUCM, forte de deux atouts pour coordonner cette programmation : son expertise culturelle et son expertise territoriale. Depuis 2023, la culture est non seulement entrée dans son champ de compétences mais devenue l’un de ses piliers. 

Il est ici question de la culture au sens le plus large, comme mode d’appréhension sensible et manière d’habiter le monde et son lieu de vie : « Face à l’Anthropocène, il ne s’agit plus seulement de préserver des œuvres ou de diffuser des savoirs, mais d’ouvrir la possibilité d’inventer d’autres rapports au monde, de créer localement, collectivement, démocratiquement des modes d’habiter pérennes, de faire de l’adaptation une danse qui ne contraint pas mais libère et épanouit. C’est là, il me semble, que les politiques culturelles territoriales peuvent jouer un rôle en élargissant leurs missions, en se donnant d’autres objectifs : imaginer, expérimenter, reconnaître et partager les pratiques situées qui façonnent les modes d’habiter de demain ; renouer humains, vivants, non vivants pour régénérer les milieux de vie,» [2] écrit Stéphane Cordobes, géographe et directeur général de l’AUCM. 

La 44e Rencontre nationale des agences d’urbanisme sous le titre « No cultures no futures », organisée en 2023, montrait précisément comment les politiques culturelles s’articulaient aux politiques d’aménagement et d’urbanisme et pouvaient faire levier sur les autres politiques de transition. 

Le pastoralisme est à la croisée des chemins entre pratiques territoriales et patrimoine culturel. Maintenir des troupeaux dans les prairies, c’est aussi maintenir des habitants et de la vie dans les zones rurales  notamment montagneuses– avec des fermes à taille humaine, entretenir la biodiversité, favoriser le stockage du carbone, produire une alimentation de qualité. C’est aussi garantir l’entretien de paysages remarquables ancrés dans nos imaginaires, et générateurs de nouveaux récits. 

 « Le pastoralisme est un sujet idéal pour un projet culturel ! explique Rosalie Lakatos, responsable du pôle Projets culturels territoriaux à l’AUCM. Il offre de multiples facettes et angles d’approche : on peut l’aborder par le paysage, par le vivant, par le patrimoine matériel et immatériel, par l’imaginaire. C’est une manière d’habiter le territoire, de s’adapter à ses ressources, et donc une culture territoriale spécifique, terreau d’histoires que l’on va décliner au travers d’un parcours au cours de toute l’année 2026… ce qui est presque trop court dans une région aux réalités très différentes entre l’Allier, l’Aveyron, le Limousin…! » 

Façonneur de paysages et d’imaginaire

Comment le pastoralisme résonne-t-il auprès des habitants ? 

Si le mot trouve un écho dans les Causses où les traditions de l’estive et de la transhumance sont restées vivaces, il n’est pas forcément familier dans d’autres parties du massif. On pourrait même parler de M. Jourdain du pastoralisme pour une partie des éleveurs qui pratiquent l’élevage en prairies sans revendiquer le mot !   

« Quand on s’adresse aux habitant.es, il faut un temps d’explication, précise Rosalie Lakatos. L’entrée évidente vers le pastoralisme, c’est l’animal : dans le Massif central, on n’est jamais très éloigné d’une vache ou d’un troupeau, et cette omniprésence nous relie ! » 

L’élevage en prairies a façonné le paysage du Massif central, son patrimoine matériel et immatériel, et la spécificité de ses productions (fromages, viande, cuir, laine…) et même ses mots, comme les « drailles » qui désignent les chemins de montagne tracés et entretenus par le passage des troupeaux. L’AUCM a d’ailleurs commencé à distiller un lexique du pastoralisme sur ses réseaux. 

« Notre environnement visuel est imprégné de ce mode d’élevage très spécifique, aujourd’hui menacé par l’élevage intensif et l’agrivoltaïsme, ajoute Rosalie Lakatos. C’est cette forme de conscience collective que nous voulons encourager par toutes sortes de formes et propositions culturelles.  Notre objectif, c’est de raconter une histoire simple d’accès, qui concerne le grand public et lui permette de cerner l’importance des pratiques pastorales dans le Massif central. C’est aussi d’inviter à réfléchir à ce que ces pratiques pourraient nous inspirer, en termes de capacité d’adaptation au changement climatique notamment. Nous comptons sur la puissance des projets culturels à embarquer les habitants dans des dynamiques collectives, espérant qu’ils et elles soient au rendez-vous ! » 

Des sentiers familiers, des chemins de traverse

 L’un des défis de l’AUCM est d’éviter de se cantonner à un catalogue d’événements et de décloisonner les approches : artistique, agricole, scientifique. Les gestes artistiques y sont foisonnants, pluriels et éclectiques, répartis sur l’ensemble du territoire, la programmation qu’elle a conçue pour les douze mois à venir se décline en quatre entrées : raconter, comprendre, s’immerger, fêter. 

On pourrait y ajouter le mot relier : l’un des rôles de l’AUCM a d’abord été de prendre contact avec les très nombreux acteurs culturels du territoire – scènes nationales et conventionnées, associations, tiers lieux, fêtes, Parcs naturels régionaux, compagnies, etc…– pour coordonner et animer avec eux des programmations existantes et les faire entrer en résonance. 

Cela passe par le calendrier de multiples fêtes traditionnelles ou réactualisées : Journée internationale de la laine à Felletin, Fêtes de la transhumance, Fourmofolies, pour ne citer que celles-là. Mais aussi par la volonté de trouver des détours parfois inattendus comme dans la création « La Ruche » d’Abraham Poincheval [3], qui au carrefour de l’art et de la science invite à une immersion dans le monde des abeilles. « Car là où il y a des prairies, il y a des abeilles, et c’est aussi une manière détournée et poétique d’aborder les enjeux », souligne Rosalie Lakatos. Les chemins de traverse peuvent passer aussi par l’appréhension du pastoralisme dans d’autres cultures comme celle du peuple Peul évoquées dans le spectacle « Le fabuleux destin de Amadou Hampâté Bâ » proposé à la Scène nationale d’Aubusson. 

Au-delà du travail d’animation et de brassage, l’opération Prairies Nomades est aussi productrice de plusieurs rendez-vous artistiques : des exemples de ces pas de côté au cours desquels « L’art se convertit, mène l’enquête et ouvre la voie à de nouvelles expérimentations sensibles des rapports au monde, en lien avec le changement global et ses enjeux. » 

Avec le Théâtre du Centaure, l’AUCM va proposer des « animaglyphes », dessins vivants avec des animaux en mouvements, dédiés au paysage du pastoralisme. 

Elle orchestre par ailleurs un « feuilleton » avec cinq structures culturelles partenaires, sous forme de rendez-vous d’une journée et d’une soirée :  à chaque épisode, le geste artistique y sera articulé à une question sociale, économique, écologique. 

Le premier épisode est en construction avec le Théâtre du Cloître de Bellac et la Ferme de Villefavard qui organisent régulièrement un « temps fort paysan » : il concernera la question sociale très prégnante actuellement dans le milieu agricole. Avec la scène art et territoire Derrière le Hublot, basée en Aveyron, un autre épisode abordera les productions : nourritures, artisanats, savoir-faire. Un troisième se consacre aux ressources, notamment l’eau, les sols, les prairies, avec le Parc naturel régional des Monts d’Ardèche. Enfin, avec l’association Polymorphe, dans le bocage bourbonnais, un quatrième rendez-vous invitera à de la prospective : quels modèles d’élevage pour l’avenir et quelles transformations ? 

 En refusant de dissocier création artistique et réflexion sur des enjeux sociaux, économiques, écologiques, culturels du pastoralisme, chacun de ces épisodes cultive l’art du dialogue et de la relation, pour déborder largement l’entre-soi culturel. Prairies Nomades est l’invitation faite à tous et toutes à partager une culture du pastoralisme dont nous sommes, parfois à notre insu, imprégnés et héritiers. 

 

Découvrir la programmation culturelle “Prairies Nomades”.

Quelles ruptures dans les pratiques de mobilité au travers des premiers enseignements de la Grande Enquête Mobilité 2022 ? 

Ces dernières années se caractérisent par d’importants bouleversements dans la sphère des mobilités (émergence de la mobilité électrique, déploiement des vélos en libre-service, intensification des livraisons, hausse des prix des carburants…) et plus largement dans la société (crise sanitaire du COVID 19, accélération de la crise climatique, période de forte inflation…). Par une enquête conduite à l’automne 2022, les connaissances en termes de demandes de mobilité des habitants de l’aire d’attraction clermontoise ont été mises à jour.

En termes de comportements de mobilité, alors que la tendance observée localement depuis le début des années 1990 portait sur une croissance continue de la mobilité des personnes, associée à un plus grand usage de la voiture, il est fait le constat qu’au cours de la dernière décennie, on assiste à deux ruptures majeures : la baisse du nombre de déplacements (env. 15 % de déplacements en moins) et le moindre recours à la voiture (- 5 points de parts modales pour la voiture). Ces évolutions ne sont pas propres au territoire clermontois puisque toutes les grandes agglomérations françaises et leurs zones d’attraction connaissent ce phénomène depuis le milieu des années 2010.


La Grande Enquête Mobilité 2022 : périmètre, objet, nombre de personnes enquêtées

La Grande Enquête Mobilité 2022 a fait l’objet d’un projet collectif fédérant 11 EPCI, afin de connaître les pratiques de mobilité de près de 600 000 habitants répartis dans 285 communes. Cette enquête s’appuie sur la méthode définie par le Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema), sous le terme d’Enquête Mobilité Certifiée Cerema (EMC²).

D’octobre 2022 à janvier 2023, près de 10 000 personnes ont répondu à cette enquête, qui permet de décrire l’ensemble des déplacements réalisés.

Cette enquête mesure les déplacements des personnes qui se définissent ainsi : mouvement d’une personne, effectué pour un certain motif (travail, études, achats…), sur une voie publique entre une origine et une destination à l’aide d’un ou de plusieurs modes de transport. Par exemple, aller de la périphérie thiernoise au cœur de Clermont-Ferrand pour le travail en utilisant la voiture, puis le train, puis la marche, compte pour un seul déplacement (en train, car c’est le mode majeur utilisé pour ce déplacement). Le fait d’aller acheter du pain depuis son domicile, puis de la presse dans un autre commerce et revenir chez soit amène à réaliser au total trois déplacements. A noter que la notion de distance n’intervient pas dans la définition du déplacement.  


La baisse du nombre de déplacements

Alors que les différentes enquêtes réalisées autour de Clermont-Ferrand en 1992, 2003 et 2012 mettaient en évidence une augmentation régulière du nombre de déplacements réalisés par jour et par personne, l’enquête de 2022 se distingue par une baisse de la mobilité des personnes. En effet, à l’échelle du périmètre du Grand Clermont (SCoT) le nombre de déplacements par jour et par personne passe de 4,15 à 3,38. Si l’augmentation des prix des carburants (pour le diesel le prix moyen annuel passe de 1,41 € / litre en 2012 à 1,87 € en 2022) ou le développement du télétravail apparaissent comme des facteurs explicatifs « naturels », les raisons sont plus diverses : vieillissement de la population, développement du e-commerce, nouvelles pratiques de mobilité (moins de déplacements le temps de midi), voir des signes de moindre sociabilité de certaines catégories (la baisse de mobilité des étudiants le jeudi est de l’ordre de –40 %). Ainsi, c’est une combinaison de facteurs, qui amène au constat de moindres mobilités des personnes. De plus, cette baisse n’est pas uniforme territorialement (elle concerne surtout les habitants du Grand Clermont qui se déplaçaient plus que leurs homologues résidants dans des territoires plus éloignés) ni socialement (la baisse concerne surtout les catégories cadre / profession intellectuelle supérieure et profession intermédiaire).

Concernant les kilomètres parcourus, on assiste également à une baisse, même si elle est moins marquée. En effet, alors que le nombre de déplacements décroit de 16 %, celui des kilomètres parcourus par les habitants du Grand Clermont ne recule que de 11 %. Mais, l’enquête révèle aussi que l’éloignement est croissant entre le domicile et le travail passant de 12,6 km à 13,4 km (soit + 6,3 %). Ainsi, il apparait d’une part que les habitants rationnalisent leur programme de mobilité (faire moins de déplacements, aller moins loin chercher un service), et d’autre part qu’ils ne sont pas en capacité à rapprocher lieu d’habitat et lieu de travail. Il existe deux évolutions territoriales à l’œuvre : une concentration de l’emploi dans certaines communes et en premier lieu dans la Métropole clermontoise / une diffusion de la périurbanisation dans un arc allant de Combronde à Billom.

La baisse de l’usage de la voiture

La deuxième rupture concerne l’usage de la voiture. Si au fil des enquêtes de 1992 à 2012, la part modale de la voiture était stable (environ 63 %), l’enquête de 2022 met en évidence un recul de l’usage de la voiture qui ne pèse « plus que » 60% des déplacements… mais 80 % des kilomètres parcourus et 90 % des émissions de CO².

Ainsi la voiture reste au centre des mobilités des habitants de l’aire d’influence de Clermont-Ferrand, notamment pour aller travailler, accompagner (les enfants) ou faire des courses. De plus, le nombre de voitures en circulation tend à croitre du fait de l’augmentation de la population même si l’équipement moyen par ménage est en léger recul. Les motorisations non thermiques se développent mais restent marginales : seuls 5 % des véhicules ne sont pas essence ou diesel et la motorisation électrique, la plus vertueuse sur le plan environnemental, ne concerne au final qu’une voiture sur cent. Par ailleurs, aucune augmentation de l’occupation moyenne des voitures n’est observée, avec toujours aux environs de1,35 personnes par voiture pour l’ensemble des motifs et de 1,03 personnes pour les déplacements domicile-travail. Ainsi, les précédentes tentatives d’augmentation de l’occupation des voitures via des politiques publiques n’ont pas produits d’effets pérennes dans le temps.

Mais cette baisse de l’usage de la voiture (- 225 000 déplacements ; part modale passant de 64 à 59 % à périmètre comparable) constitue un signal pour aller vers une nouvelle approche des mobilités, avec une plus grande appétence pour les modes actifs (marche et vélo), alors que l’usage des transports collectifs stagne. La marche a gagné trois points passant de 26 à 29 % des déplacements et le vélo voit sa part doubler passant de 1 à 2 % des déplacements. Toutefois, ces modes restent utilisés principalement pour parcourir des petites distances (en moyenne pas plus d’un kilomètre pour la marche, trois pour le vélo). Dès lors, ils n’assurent qu’une faible part des kilomètres parcourus quotidiennement par les habitants de l’aire d’influence clermontoise. Le regain du vélo s’observe principalement pour les habitants de la métropole clermontoise. Il s’explique par un plus grand maillage en aménagement cyclable, la mise à disposition de vélos en libre-service et la démocratisation du vélo à assistance électrique.

Ainsi, il ressort plutôt une rationalisation des déplacements en voiture : Les déplacements les plus courts, comme par exemple se rendre à l’école ou faire des achats de proximité, sont plus souvent réalisés à pied ou à vélo que par le passé, mais l’usage de la voiture reste central dès que la distance à parcourir dépasse les deux kilomètres.

L’évolution du processus de métropolisation

Du fait d’un grand nombre d’habitants, d’emplois et de services au sein de Clermont Auvergne Métropole, ce territoire concentre une grande partie de la mobilité locale. En effet, près de 900 000 déplacements recensés dans la Grande Enquête Mobilité 2022 se réalisent en son sein. Les déplacements réalisés dans le reste des 10 autres EPCI ou en lien entre les EPCI périphériques et Clermont Auvergne Métropole représentent environ 780 000 déplacements.

L’analyse des déplacements dans le temps, entre les enquêtes de 2012 et de 2022, permet de cerner les évolutions dans la géographie des flux de mobilité. Cette analyse a été réalisée à périmètre constant (le Grand Clermont – soit les EPCI de Clermont Auvergne Métropole, Riom Limagne et Volcans, Mond’Arverne, Billom communauté).

Pour les habitants du Grand Clermont, il ressort que :

  • Les déplacements internes à chaque EPCI génèrent les plus gros volumes de déplacements. Néanmoins, ceux-ci sont moins nombreux en 2022 qu’en 2012 et plus particulièrement au sein de Clermont Auvergne Métropole. En effet, près de 173 000 déplacements quotidiens s’effectuent en moins au sein de ce territoire (-16 %). La baisse de mobilité dans la métropole représente environ deux-tiers de la baisse de la mobilité de l’ensemble du Grand Clermont (1 589 265 déplacements en 2012 à 1 338 065 déplacements en 2022).
  • Les déplacements d’échanges entre Clermont Auvergne Métropole et les EPCI de Riom Limagne et Volcans / Mond’Arverne / Billom communauté représentent des volumes bien moindres en nombre, mais génèrent des distances importantes. Pour cette catégorie de déplacements il est plutôt observé une stabilité en nombre et en distance. A noter que les échanges entre Mond’Arverne et Billom communauté sont peu nombreux. Ces deux territoires échangent très peu avec Riom Limagne et Volcans.
  • Les déplacements avec les territoires extérieurs du Grand Clermont sont modestes. De plus, les chiffres présentés ne prennent pas en compte les déplacements réalisés par les habitants vivant aux portes du Grand Clermont (Dômes Sancy Artense, Entre Dore et Allier, Agglomération Pays d’Issoire…) et qui se déplacent en direction du Grand Clermont. Les chiffres montrent seulement que les habitants du Grand Clermont sont moins tournés vers ces territoires extérieurs en 2022 qu’en 2012.

Au final, le phénomène marquant est la réduction de déplacements de proximité au sein de son EPCI de résidence, expliquant que la baisse de la mobilité est plus forte en volume de déplacements (-16 % à l’échelle du Grand Clermont) qu’en kilomètres (-11 %).

RENCONTRE – Adaptation au changement climatique dans le Massif central : du plan à son déploiement dans les territoires

Une rencontre de l’Agence d’Urbanisme Clermont Massif central (AUCM), avec le Commissariat du Massif central et Clermont Auvergne Métropole.

Pour relever les enjeux territoriaux du changement global, les acteurs du Massif central s’engagent. Après les temps d’élaboration et d’adoption d’un Plan Stratégique d’Adaptation au Changement Climatique (PSACC), vient celui de la mise en oeuvre : quelles priorités, quelles actions, quelles ingénieries locales et nationales, quelles ressources pour que la vision commune se fasse projets concrets d’adaptation dans les territoires et filières du Massif central ?

CONSULTER LE PROGRAMME COMPLET

PROGRAMME :

9H00 – ACCUEIL CAFÉ

9H30 – OUVERTURE
L’adaptation au changement climatique, un enjeu majeur pour le Massif central

9H50 – LE PLAN STRATÉGIQUE D’ADAPTATION AU CHANGEMENT CLIMATIQUE DU MASSIF CENTRAL
Un dispositif de réflexion et d’action, raconté par ses acteurs

11H20 – L’ADAPTATION DU MASSIF, C’EST MAINTENANT
3 initiatives locales d’adaptation déjà à l’œuvre

12H10 – DÉJEUNER / EXPOSITION DES TRAVAUX DE NICOLAS TAILLANDIER ET ELZA LACOTTE
Buffet offert par le Commissariat du Massif central -à la Maison de la Culture (Salle Chavignier)

14H00 – S’ADAPTER, LA DIVERSITÉ DES BESOINS EN INGÉNIERIE
Restitution et mise en débat d’une enquête menée par l’AUCM dans le Massif central

14H45 – S’ADAPTER, VU PAR LES ACTEURS DE L’INGÉNIERIE PUBLIQUE
La complémentarité des offres d’accompagnement locales et nationales

16H15 – S’ADAPTER, LE DÉPLOIEMENT DU PSACC
Les actions soutenues par le commissariat du Massif central