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La valorisation des quartiers de gare, une condition de réussite au projet de Service Express Régional Métropolitain (SERM) Clermont Auvergne

Sous l’impulsion de l’Etat, de la Région, des Autorités Organisatrices des Mobilités (AOM) des agglomérations de Clermont-Ferrand, Issoire, Riom, Thiers, Vichy et du Pôle métropolitain Clermont Vichy Auvergne (PMCVA), les acteurs du bassin clermontois ambitionnent de déposer, début 2026, un dossier de demande de statut de Service Express Régional Métropolitain (SERM) au ministère des Transports.  

Les SERM visent à développer une offre de mobilité multimodale (ferroviaire et routière) dans les périphéries des grandes métropoles, en considérant le réseau ferroviaire comme la « colonne vertébrale » des mobilités. Dès lors, l’amélioration du système ferroviaire (fréquences accrues, meilleure fiabilité…) est au cœur des attentions, mais le succès du dispositif dépendra également d’une meilleure intégration des gares dans leur environnement urbain et d’une amélioration des conditions d’accès à la gare (à pied, à vélo, en transports collectifs ou en voiture) depuis les secteurs situés à proximité.  

Pour conforter le dossier de demande de statut, l’Agence d’urbanisme Clermont Massif central (AUCM) a proposé au Pôle métropolitain Clermont Vichy Auvergne de réaliser un état des lieux sur l’aménagement du territoire au niveau de chaque nœud ferroviaire à l’échelle du « quartier de gare ». Trente sites (cf. carte) ont été analysés selon l’intensité urbaine aux abords des gares et du rôle de celles-ci en tant que « porte d’entrée » pour les territoires environnants. 

Des quartiers de gare en attente d’une meilleure intégration urbaine

Au XIXème siècle, l’arrivée du chemin de fer a bouleversé l’organisation des territoires urbains et ruraux. Les gares se sont généralement implantées à l’extérieur des zones urbanisées existantes. Dans certains cas, des faubourgs sont apparus à la fin du XIXème siècle, se fondant peu à peu dans la ville ou le bourg historique (Clermont-Ferrand, Brassac-les-Mines, Le Cendre, Riom…). Dans d’autres cas, la gare est restée un lieu isolé, associé à un hameau plutôt à vocation industrielle, éloigné du cœur de la commune (Vic-le-Comte, Vertaizon…). Enfin, dans des cas plus rares, l’arrivée du train n’a entraîné que peu ou pas de développement urbain autour de la gare (Aubiat, Volvic…).  

Ces héritages liés aux tracés des voies ferrées font des quartiers de gare des objets urbains singuliers, qui ont été analysés par l’AUCM dans un périmètre de 15 minutes à pied de la gare. Trois approches ont été considérées. D’une part, chaque quartier de gare fait l’objet d’une analyse monographique réalisée à partir de données statistiques caractérisant les populations résidant ou travaillant dans ces quartiers (densité, taille du ménage, bas revenus, famille monoparentale, indice de jeunesse, emplois, scolaires…), les équipements implantés pouvant générer des flux (fréquentation de la gare, restaurant, sport, santé…), l’attractivité du marché de l’habitat (taux de vacance des logements, prix du marché immobilier, dynamique de construction), ainsi que l’environnement immédiat (végétation). Ces données cumulées permettent de cerner l’intensité urbaine actuelle et de disposer d’éléments de comparaisons objectifs entre quartiers de gare. D’autre part, une analyse des documents d’urbanisme (Schéma de cohérence territoriale (SCoT), Plan local d’urbanisme (PLU), programme Petites Villes de Demain, Ecoquartier…) a été réalisée avec l’appui des territoires (questionnaire aux EPCI ou communes) pour identifier les ambitions de développement. Enfin, des relevés de terrain ont été réalisés pour apprécier sensiblement la qualité des espaces publics, l’environnement urbain (coupures urbaines liées à la voie ferrée, friches, qualité du bâti…) et les facilités d’accès à la gare (cheminements piétons, voies cyclables et stationnement vélo en gare, occupation du parking des voitures, …). 

Ces analyses croisées ont mis en évidence quatre principales typologies de quartiers de gare. On peut distinguer, tout d’abord, les quartiers de gare des villes principales (Clermont-Ferrand, Issoire, Riom, Vichy) se situant dans des secteurs denses. Ces quartiers bénéficient de gares récemment modernisées (accessibilité, espaces d’attente accueillant, intermodalité…) et disposent de grands générateurs de déplacements (hôpitaux, lycées…). En termes d’accessibilité, elles sont maillées par des itinéraires piétons et vélo, mais connaissent des difficultés de stationnement des voitures… Par ailleurs, ces sites font l’objet de projets urbains visant à renforcer la densité et la mixité fonctionnelle. 

En revanche, pour les trois autres typologies de quartiers de gare (quartier au cœur d’une centralité intermédiaire, quartier en périphérie d’un centre urbain, secteur en zone peu dense), la valorisation du quartier de la gare demeure insuffisamment affirmée, malgré des contextes urbains variés selon la taille de la commune ou de la localisation de la gare (plus ou moins éloignée du centre-ville / centre-bourg). L’environnement immédiat est souvent peu qualitatif (présence de friches industrielles), les espaces publics sont mal adaptés aux modes actifs, les parkings sont fortement occupés, alors que le « choc d’offre » n’a pas encore eu lieu.  

Néanmoins, des dynamiques de projet sont à l’œuvre notamment à Vic-Le-Comte (Banque de France en construction, PLU en vigueur définissant des Orientations d’Aménagement et de Programmation (OAP), Plan guide du hameau de Longues élaboré en 2023, projet d’écoquartier) et à Sarliève-Cournon (bus-tram desservant la gare / requalification d’une avenue, OAP définies dans le PLU en vigueur et le nouveau PLUi, Zone d’Aménagement Concertée « Gare de Cournon »).  

A l’échelle du territoire du futur SERM, l’aménagement de la gare du Cendre et de son quartier environnant peut constituer, à ce titre, une « opération pilote » pour les sites en dehors des quartiers de gare des villes principales. En parallèle à la rénovation / reconstruction du site gare (bâtiment voyageurs, espaces d’attente, intermodalité, parkings) en 2021, la Ville du Cendre et Clermont Auvergne Métropole ont en effet mené un programme d’embellissement du centre bourg (incluant la gare) : requalification des espaces publics, création d’aménagements cyclables, opérations immobilières, végétalisation des espaces…  

L’analyse de chaque site est détaillée au sein de quatre livrets, par cadran géographique. 

 Des quartiers de gare confrontés à une forte occupation des espaces de stationnement des voitures 

Les quartiers de gare constituent également des « portes d’entrée » sur le réseau ferroviaire pour les territoires environnants. Cela se traduit par des tensions sur les parkings, souvent saturés sur la quasi-totalité des trente sites étudiés. Dans certains cas (notamment à Riom et Vertaizon), ce besoin de stationnement engendre une pression sur le stationnement dans les rues adjacentes pouvant générer des conflits d’usage. 

A première vue, il pourrait être tentant d’augmenter significativement le nombre de places de stationnement pour anticiper le « choc de fréquentation » attendu avec le déploiement du Service Express Régional Métropolitain. Toutefois, cette stratégie se heurte à la rareté foncière et à la volonté de certaines communes (Riom, Vic-le-Comte…) d’affecter le foncier disponible à des opérations d’urbanisme (écoquartiers), afin de transformer le quartier de la gare en un véritable lieu de vie et non en un simple espace de stationnement. 

Les analyses montrent que les zones d’attraction des gares restent en général assez limitées. En effet, les utilisateurs du train sont majoritairement issus de la commune où se trouve la gare (logique de rabattement) ou exercent en général une activité sur la commune d’implantation de la gare (logique de diffusion). L’enquête réalisée par la Région auprès des usagers du train pour connaître notamment le lieu d’origine et le lieu de destination finale, le confirme (ex : pour la gare de Vichy, 602 personnes ont commencé ou terminé leur déplacement sur la commune de Vichy, ils ne sont « que » 93 à avoir commencé ou terminé leur déplacement sur la commune de Cusset – 2ème destination ; pour la gare de Vic-le-Comte, 305 personnes ont commencé ou terminé leur déplacement sur la commune ; les communes environnantes n’envoyant chacune moins de 10 voyageurs). 

Compte tenu de la prépondérance de la demande de mobilité de proximité (déplacements entre un point X de la commune et la gare) et des tensions sur le stationnement automobile, la promotion des déplacements à pied et le développement du maillage cyclable (incluant le stationnement) sont des leviers essentiels pour accéder autrement à la gare. Dès lors, la requalification des espaces publics peut inciter à l’usage des modes actifs (marche et vélo) pour les personnes qui parcourent de petits trajets (0 – 3km) pour atteindre la gare. Pour les distances plus longues, le développement de transports collectifs, dont les horaires de passage seront à coordonner avec ceux des trains reste à conforter. L’ensemble de ces actions sur les mobilités locales contribueront à réduire les besoins de stationnement voiture. Toutefois, au regard de la hausse de fréquentation, il pourra être étudié dans certains cas l’agrandissement ou la régulation des parkings (stationnement payant, places réservées aux covoitureurs…). 

En conclusion, le possible Service Express Régional Métropolitain Clermont-Auvergne apportera de nouvelles facilités de déplacement entre les trente gares du périmètre, grâce au « choc d’offre » attendu. 

Celui-ci demeure néanmoins conditionné par l’état de l’infrastructure ferroviaire (relevant de l’Etat et SNCF Réseau) et par la capacité d’augmenter la fréquence des trains (compétence de la Région et de son exploitant : SNCF Voyageurs ou autres). 

Cependant l’adhésion des habitants du bassin Clermont-Auvergne dépendra également d’actions locales d’aménagement, d’urbanisation et de développement des services autour des gares, ainsi que des facilités d’accès multimodes. A ce titre, les projets locaux de mobilité portés par les Autorités Organisatrices des Mobilités (transports collectifs, vélos en libre-service…) et les Communes ou les Départements (partage de la route, stationnement, requalification des espaces publics, aménagements de pistes cyclables…) constituent des leviers déterminants dans la réussite du projet de SERM. 

Penser une action publique coordonnée sur l’habitat du QPV Centre

A la fois nouveau quartier prioritaire de la politique de la ville (le seul situé en centre-ville), périmètre d’Opération de revitalisation du territoire (ORT), inclus dans le Site patrimonial remarquable (SPR) du centre historique et entrée de ville depuis la gare : le quartier Centre à Clermont-Ferrand est sans aucun doute un quartier qui cumule enjeux et attentions de la puissance publique, mais aussi difficultés sociales et sécuritaires. Consciente de ces forces et faiblesses, et des limites des dispositifs jusque-là mis en œuvre, la Métropole a souhaité réfléchir à la façon dont la mobilisation des outils de droit commun en matière d’habitat permettrait de coordonner les différentes parties prenantes (Métropole, Ville, Etat, structures agissant dans le domaine de l’habitat…) et d’optimiser les effets de l’ensemble des actions menées sur le quartier ?  

Proposée comme un laboratoire de l’action publique, l’étude conduite par l’AUCM entre novembre 2024 et septembre 2025 vise à répondre à ces questions, tout en s’inscrivant dans les orientations définies dans le Programme local de l’habitat (PLH) 2023-2028 de Clermont Auvergne Métropole. Après avoir décrit la situation du quartier et de ses habitants, et fait le bilan des actions réalisées, l’AUCM propose de nouvelles actions à conduire en coordination avec les autres parties prenantes. Leur mise en œuvre permettra de sortir du laboratoire pour vérifier et élargir l’hypothèse de départ : l’action sur l’habitat peut-elle être un facteur de coordination et d’efficacité de l’action publique ? A quelles conditions (démographiques, sociales, d’habitat) l’expérience pourrait être reconduite dans d’autres quartiers ? 

 Comprendre les dynamiques des habitants et de l’habitat dans le quartier  

Un quartier de centre-ville en cours de paupérisation 

Le Quartier Prioritaire de la politique de la Ville (QPV) compte une part élevée de 15-24 ans (27%), peu de familles avec enfants et beaucoup de ménages d’une seule personne (59%). Ces caractéristiques le distinguent fortement des autres quartiers prioritaires de la Métropole mais sont classiques pour un quartier de centre-ville. Autre spécificité par rapport au reste de la géographie prioritaire : un taux d’emploi élevé (47%) même si celui-ci reste inférieur à la moyenne de la ville et est porté par une part importante d’emplois précaires (32%).  

La caractéristique la plus notable du QPV Centre concerne la dynamique de paupérisation constatée. En effet, entre 2010 et 2021, les revenus des ménages des quartiers Trudaine et Charras ont augmenté de +3% et +6%, alors qu’ils augmentaient de +17% dans la ville de Clermont-Ferrand. Malgré un niveau de revenu médian supérieur à celui des autres quartiers prioritaires, ce décrochage du quartier par rapport au reste du territoire constitue une évolution qui ne s’observe ni dans les autres QPV, ni dans les autres quartiers de centre-ville.  Le niveau du revenu du premier décile y est également le plus bas de la Métropole. 

Un parc de logements peu diversifié 

Le parc de logements du QPV Centre reflète sa situation de quartier de centre-ville avec une faible part de propriétaires occupants (16%) et une part importante de logements de petite taille (49% de T1-T2 parmi les logements du QPV). La part de logements familiaux (T4 et plus) est quant à elle particulièrement faible, y compris en comparaison des quartiers de centre-ville alentours 

Une offre d’habitat et d’hébergement social importante 

La part de logements locatifs sociaux sur ce quartier est bien moins importante que dans les autres QPV du territoire, mais supérieure au reste du centre-ville (674 logements, soient 26% de l’ensemble des logements du quartier). Elle est complétée par une offre de parc privé conventionné plus importante que sur le reste du territoire, probablement en relation avec l’OPAH Gare menée il y a quelques années.  

En plus de ces logements sociaux, le quartier est concerné par une offre d’hébergement social importante. 2 des 32 structures d’hébergement de la Métropole sont situées aux abords directs du QPV (Avenue de l’Union soviétique) ainsi que 40% des lits d’hôtel utilisés comme hébergements d’urgence (soit environ 195 lits). La proximité avec la gare et les services d’action sociale peuvent expliquer cette concentration mais celle-ci pose question dans un quartier marqué par une dynamique de paupérisation.  

Une dynamique immobilière de rattrapage mais portée par des investisseurs extérieurs au territoire  

Jusqu’en 2022, le QPV Centre ne présentait pas de signes de décrochage immobilier (turn over, taux de mutation…) et affichait au contraire un rattrapage du point de vue des valeurs immobilières : augmentation des loyers moyens de 8.3 €/m² à +10.2 €/m² (soit +25% entre 2016 et 2023) et des prix de vente de 1 300 €/m² à 1 970 €/m² (soit +52% entre 2010 et 2022). Le manque de données plus récentes ne permet toutefois pas d’appréhender l’impact potentiel de l’actualité sur le marché immobilier du quartier.  

Cependant, le profil des acheteurs dans le quartier Centre est particulier : le quartier attire notamment des investisseurs extérieurs au territoire, et ce de façon notable par rapport au reste de la ville et aux quartiers alentours.  

Une structure de propriété qui complexifie les possibilités d’action publique  

Le parc de logements du quartier est principalement composé de copropriétés de taille moyenne (5 à 20 logements) et de monopropriétés de grande taille (5 logements et plus). La situation des copropriétés du quartier est globalement saine et similaire à celles du reste du territoire mais quelques adresses présentent des signes de fragilité à ne pas négliger : niveau de charges courantes élevées malgré un chauffage individuel, taux d’impayé supérieur à 25%, absence d’assemblée générale, registre national partiellement renseigné… 

La présence importante de propriétaires âgés, de logements locatifs, de logements détenus par des personnes morales privées (SCI) ou ne résidant pas à proximité du territoire, ainsi que la part importante de petits logements, rendent plus complexe la mise en œuvre d’une action publique sur l’habitat et ses résultats en seront en outre plus incertains.  

 S’appuyer sur les résultats des actions passées 

Un quartier déjà investi par l’action publique… 

Le QPV Centre est déjà couvert par plusieurs dispositifs d’action publique en faveur de l’habitat privé. Le Programme d’intérêt général, remplacé en 2025 par le Pacte territorial, couvre l’ensemble du territoire métropolitain et permet un accompagnement technique et financier des particuliers souhaitant engager des travaux de rénovation de leur logement. Pensé à destination des propriétaires occupants pour des travaux de rénovation énergétique, d’adaptation à la perte d’autonomie et de lutte contre l’habitat indigne, ce programme comporte également quelques actions à destination des propriétaires bailleurs et des copropriétés mais avec des résultats assez limités sur ces cibles, pourtant au cœur des enjeux du QPV Centre.  

En complément, le quartier a fait l’objet d’attentions particulières et l’Opération programmée d’amélioration de l’habitat (OPAH) Gare, déployée de 2011 à 2017 sur un périmètre englobant l’ensemble du QPV Centre, avait porté ses fruits en accompagnant 13 opérations de rénovation complètes à l’immeuble, avec remise en location de logements vacants dégradés. Depuis la fin de cette opération, la dynamique de contact et d’accompagnement des propriétaires dans les dispositifs existants s’est essoufflée et ces derniers mobilisent peu les propriétaires du quartier.  

Autre action notable sur le périmètre d’étude, Clermont Auvergne Métropole a voté le 27 juin 2025 la mise place de façon expérimentale du permis de louer sur l’avenue Charras. Ce dispositif d’autorisation préalable de mise en location, permettra une meilleure connaissance de la qualité du parc locatif du secteur et une action à l’encontre des marchands de sommeil potentiels. Expérimentée sur une partie du QPV Centre, cette action pourrait, selon ses résultats, s’envisager sur d’autres rues du quartier (rue des Jacobins par exemple) également marquées par une déqualification du parc de logement et la présence d’habitants en difficulté sociale. 

Enfin, le quartier est largement investi par la puissance publique via des opérations de maîtrise foncière. Une quinzaine d’immeubles sont à l’étude ou ont été acquis par des acteurs publics ou partenaires de la collectivité (EPF, bailleurs sociaux, foncière Assemblia…). Une démarche partenariale a également été engagée pour l’acquisition publique et la restructuration globale d’un îlot particulièrement dégradé, situé à l’angle de la place des Carmes et de la rue des Jacobins.  

… mais qui ne produit pas l’ensemble des effets espérés   

Malgré les nombreux atouts du quartier (proximité avec la gare et le centre-ville, patrimoine architectural…) et les diverses démarches engagées par la collectivité, notamment sur les espaces publics et le commerce, le quartier peine à attirer et à faire rester des investisseurs privés. Les événements récents lié à la sécurité, ainsi que leur médiatisation, risquent d’accentuer cette tendance. Pour exemple, alors que dans la plupart des territoires disposant d’une OPAH les investisseurs mènent plusieurs opérations de rénovation d’immeubles, dans le cas de l’OPAH Gare, aucun investisseur ayant été accompagné n’a souhaité mener de seconde opération, notamment en raison de difficultés de gestion des logements locatifs remis sur le marché (turn over des locataires, occupation et dégradation des parties communes…). Les acteurs interrogés dans le cadre de l’étude mentionnent l’arrivée sur le quartier de propriétaires indélicats et peu scrupuleux attirés par la rentabilité économique assurée par des travaux à minima. L’image du quartier oblige les propriétaires et investisseurs à mettre en place un niveau de loyer inférieur au prix de marché. L’équilibre financier des opérations en loyer libre est ainsi complexe à atteindre par rapport à des opérations de logement social bénéficiant de subventions. 

Les opérations sur des immeubles acquis par la collectivité et ses partenaires pourraient servir de point d’accroche pour lancer une nouvelle dynamique, mais elles n’y parviennent pas soit par absence de projets prédéfinis en amont de l’acquisition, soit par inadaptation des outils mobilisés. En effet, le droit de préemption mobilisé pour leur acquisition ne peut être justifié que si le bien est destiné à la production d’une offre sociale, dont le développement peut être interrogé dans un quartier manquant de mixité sociale. 

Enfin, malgré la mobilisation publique, la collectivité dispose aujourd’hui d’une connaissance très partielle de la qualité des logements privés du quartier, ce qui rend difficile la définition des nouvelles interventions à mettre en place et le choix des outils adéquats à mobiliser.  

 Structurer une action publique collective et coordonnée permettant d’agir dans un contexte de dégradation notable de l’image du quartier 

Au regard des éléments de diagnostic évoqués précédemment, l’enjeu réside dans la définition d’une politique publique permettant de requalifier et transformer l’offre de logement du quartier, dans un contexte de paupérisation, de difficulté de mobilisation des investisseurs et propriétaires privés et d’une maîtrise foncière publique importante mais contrainte et aujourd’hui peu structurée.  

S’appuyer sur les dispositifs déjà mis en œuvre : une base d’intervention nécessaire mais non suffisante 

A l’instar des autres champs d’intervention de la politique de la ville, l’enjeu pour agir en matière d’habitat privé dans le QPV Centre, est avant tout de mobiliser les outils et dispositifs de droit commun et de s’appuyer sur les actions déjà mises en œuvre. En premier lieu, une communication renforcée sur les aides financières existantes (aides à la rénovation des logements et dispositifs fiscaux) serait ainsi à déployer de façon ciblée, à destination des propriétaires bailleurs et des copropriétés. Pour autant, comme évoqué plus haut, ces aides financières risquent d’avoir un effet limité et de produire notamment des résultats auprès des propriétaires occupants, ce qui n’est pas l’enjeu d’intervention premier sur ce quartier.   

La transformation de l’habitat privé du QPV Centre ne pourra passer que par une action publique globale et coordonnée, s’appuyant sur une meilleure connaissance du parc de logement, la mise en place de dispositifs d’aide à la gestion des copropriétés et le déploiement d’actions coercitives et interventions publiques ciblées.   

Améliorer la connaissance du parc de logement  

La mise en œuvre du permis de louer sur l’avenue Charras à compter du 1er janvier 2026, donnera à la collectivité une opportunité pour renforcer sa connaissance de l’état des logements locatifs privés sur une partie du quartier, étape nécessaire et préalable pour affiner la stratégie d’intervention à déployer.  

De façon plus générale, l’amélioration de la connaissance de l’état des logements du quartier, ainsi que le renforcement du repérage de l’habitat dégradé, passent par deux démarches : inciter les signalements de suspicion d’habitat indigne et pouvoir pénétrer dans les logements pour connaître leur état. Dans le premier cas, cela peut passer par des actions de communication sur les critères de décence des logements et les procédures de signalement, auprès des habitants et des personnes travaillant à domicile (travailleurs sociaux, agents de portage de repas, soins à domicile…). Dans le second cas, plusieurs outils peuvent être mobilisables : partenariat avec la CAF pour la réalisation de contrôles de décence, contrôles spontanés par les agents des Services communaux d’hygiène et de santé (SCHS), visites dans le cadre de la mobilisation du droit de préemption ou mobilisation du droit de visite des hommes de l’art dans le cadre du SPR ou d’une démarche d’opération de restauration immobilière (ORI).  

Quelles que soient les actions retenues, la coordination des acteurs via le Plan Départemental de Lutte contre l’Habitat Indigne (PDLHI), permettant de s’appuyer sur les compétences, moyens et plans d’action de chaque structure associée, est un préalable indispensable. L’identification dans le cadre de l’étude conduite par l’AUCM d’une liste d’adresses prioritaires sur lesquelles conduire des visites ciblées permettra également de rationnaliser l’action conduite.  

Agir en faveur de la bonne gestion des copropriétés   

Si les indicateurs de gestion des copropriétés sont globalement équivalent sur le quartier que sur le reste du territoire, l’analyse menée met en avant un risque de fragilité marqué sur une vingtaine de résidences. Celles-ci sont concernées par une absence d’enregistrement ou de tenue à jour du Registre national d’immatriculation des copropriétés (RNIC), une absence d’assemblée générale, un niveau d’impayés ou de charges de copropriété particulièrement élevé. Ces situations peuvent être le signe avant-coureur d’une qualité de logement dégradé et empêchent les copropriétés concernées de bénéficier des aides financières à la rénovation. L’accompagnement des copropriétés à l’enregistrement, à l’organisation d’assemblée générale ou encore à la mise en place d’une gestion financière saine, peut donc constituer un préalable à un travail sur la qualité des logements. Dans le cas où les copropriétaires et syndics sont volontaires, cet accompagnement peut passer par l’organisation de réunions d’information, d’accompagnements individualisés ou encore de sessions de formation. Un premier contact avec les syndics professionnels présents sur le quartier permettra d’évaluer le niveau de ce volontarisme et de contextualiser les informations renseignées dans le RNIC pour mieux les analyser. Dans les cas les plus graves, et pour lesquels les copropriétés ne se montrent pas volontaires, la saisie du tribunal judiciaire par le maire ou le Président de la Métropole afin de demander la nomination d’un mandataire ad hoc est à privilégier. Ce dernier sera alors chargé, même en l’absence de coopération du syndic ou des copropriétaires, de réaliser un bilan complet de la situation de la copropriété (financier et état du bâti) et de définir des préconisations d’intervention pour rétablir l’équilibre financier et la sécurité de l’immeuble. 

Déployer des actions coercitives et interventions publiques ciblées 

Au-delà des copropriétés, la question de l’intervention publique sur des immeubles dégradés ou appartenant à des propriétaires non volontaires se pose. Les difficultés à attirer dans le quartier des investisseurs privés prêts à réaliser des travaux de rénovation d’ampleur, rend nécessaire un portage d’opération par la puissance publique et ses partenaires, afin de permettre une transformation du parc de logements du quartier.  

La meilleure connaissance de l’état des logements évoquée précédemment, permettra à la collectivité d’identifier les immeubles sur lesquels il est nécessaire de faire usage des pouvoirs de police, ceux pour lesquels une ORI serait pertinente ou encore les immeubles à envisager dans le cadre de démarches d’achat-revente avec cahier des charges.  

Le suivi des Déclarations d’intention d’aliéner (DIA) et la mobilisation du droit de préemption, constituent des outils nécessaires pour la bonne réalisation de ces démarches. L’identification d’une liste d’adresses prioritaires reste un préalable, tout comme la réalisation d’études techniques et d’esquisses le plus en amont possible, pour permettre la définition de projets avant achat par la collectivité ou revente à un partenaire ou opérateur privé. Dans le cas particulier des copropriétés en grande difficulté, la mise en place de démarches de portage de lots peut être envisagée. Dans tous les cas, au regard des enjeux identifiés sur le quartier, les projets menés devront permettre de contribuer à une diversification de l’offre de logements (typologie, niveau de loyer, statut d’occupation…).  

Structurer l’action menée 

L’ensemble des pistes d’action évoquées peuvent être conduites indépendamment les unes des autres. Elles peuvent également être structurées dans le cadre de dispositifs ensembliers (Programme Opérationnel de Prévention et d’Accompagnement des Copropriétés (POPAC), OPAH de Renouvellement Urbain (OPAH-RU) ou encore traité de concession). Ces dispositifs ensembliers ne produiront pas d’effets en tant que tel, mais permettront une mise en cohérence, une planification pluriannuelle et la formalisation d’un cadre d’action partenarial. Si le traité de concession semble à l’heure actuelle être un dispositif trop complexe au regard de l’avancée des réflexions, la mise en place d’un POPAC ou d’une OPAH-RU peut être pertinente. Les deux dispositifs permettraient aux copropriétés du secteur d’être éligibles à quelques aides complémentaires, et à la collectivité de percevoir une subvention d’ingénierie pour mener certaines des actions évoquées (communication, accompagnement des copropriétés, actions de repérage de l’habitat dégradé, définition de projets de requalification d’immeuble, appui à la constitution de dossier d’ORI…). La mise en place de dispositifs incitatifs structurés constitue également un bon complément au déploiement d’éventuelles actions coercitives (argument à déployer dans le cadre de la prise d’une déclaration d’utilité publique (DUP) d’ORI par exemple). Le périmètre de ces dispositifs devrait alors être réfléchi pour tenir compte des marges du QPV et d’éventuels enjeux de mutualisation des actions avec d’autres quartiers du territoire. 

Il convient néanmoins de tenir compte de quelques points de vigilance concernant la mise en œuvre d’une OPAH-RU, en particulier dans ce quartier marqué par une forte image négative. Tout d’abord, la mise en place de ce dispositif nécessite la réalisation d’une étude pré-opérationnelle et une phase d’élaboration de la convention qui ne sont pas neutres en termes de temps et de coût financier pour la collectivité. En outre, la réussite d’une OPAH-RU est souvent mesurée à l’aune du nombre de projets de rénovation subventionnés, notamment ceux des propriétaires bailleurs. Or, comme cela a été évoqué précédemment, si cette cible est centrale sur ce quartier elle sera très difficile à atteindre (propriétaires âgés ou extérieurs au territoire, en recherche de rentabilité rapide sur des logements de petites typologies…) et les aides à la rénovation, au cœur de ce dispositif, ne semblent pas être les outils les plus efficaces à mobiliser dans ce cas précis.  

Quels que soient les choix qui seront faits par la collectivité, l’analyse de la situation de propriété souligne que la réussite des actions mises en œuvre sera conditionnée au déploiement de moyens suffisants, à un portage politique fort et à la mise en œuvre d’une action partenariale s’appuyant sur les compétences et connaissances de chaque structure. 

Nos politiques publiques sont-elles à la hauteur des enjeux de transitions écologique et solidaire ?

En 2019, la Ville de Clermont-Ferrand et Clermont Auvergne Métropole ont adopté un « Plan Climat Air Energie Territorial » (PCAET) d’un nouveau genre nommé Schéma de Transition Énergétique et Écologique (STEE). Alors qu’un PCAET met au centre de son action la qualité de l’air, la transition énergétique et la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre, la Métropole a posé pour principe que la transition ne pouvait se faire sans tenir compte de la fragilité des ressources naturelles du territoire : l’eau, la biodiversité et les sols. Ces ressources en partage sont mises à mal par le changement climatique, et sont donc intrinsèquement liées au PCAET. En 2025, la Métropole a entamé la révision de ce document, adopté pour une durée de 6 ans, avec l’intention de monter une marche supplémentaire en intégrant la transition solidaire et la santé dans sa nouvelle feuille de route. Mais avant de monter cette marche, la métropole clermontoise a souhaité faire le bilan des actions conduites dans son STEE, et plus largement des actions de transitions déployées dans les politiques publiques locales, avec une question centrale « nos politiques publiques sont-elles à la hauteur des enjeux de transitions écologique et solidaire ? ». L’AUCM, sollicitée pour répondre à cette question, a élaboré une méthode et tire aujourd’hui de premiers enseignements qui serviront à poser les bases de la future feuille de route transitions.  

Pourquoi l’analyse des discours apporte un premier niveau d’évaluation des politiques conduites par la Métropole et la Ville en matière de transitions ? 

En toute logique, pour analyser le niveau d’engagement d’un territoire, on évalue les actions qui sont à l’œuvre. Ici, c’est un tout autre choix qui a été opéré avec une analyse des discours, issus d’un large panel de 70 documents : feuilles de routes, schémas directeurs, chartes, … Ces documents ont tous en commun le fait d’être délibérés par la Ville ou la Métropole, et donnent donc à voir les politiques qui guident l’action publique. Un premier travail de tri a été opéré pour sélectionner 35 documents structurants et représentatifs de l’ensemble des compétences de la Ville et de la Métropole, augmentés de quelques documents cadres supra-territoriaux et interterritoriaux, tels que le Projet Alimentaire Territorial du Grand Clermont et du Parc Livradois-Forez ou encore le Plan de Protection de l’Atmosphère de l’agglomération clermontoise. 

Analyser les discours issus des documents cadres comporte plusieurs intérêts. Tout d’abord, avec cette approche, chaque document est sur le même pied d’égalité, ce qui permet d’effectuer des comparaisons. Ensuite, les discours donnent à voir la cohérence des politiques publiques entre-elles : existe-ils des sujets investis par plusieurs documents ? ou à l’inverse, certaines problématiques sont-elles sous investies ? Car les politiques de transition se doivent d’être cohérentes et intégrées dans l’ensemble des politiques et compétences de la collectivité. Le Haut-Commissariat pour le Climat précise à ce propos dans son rapport annuel de 2025 que « la multiplication des outils de planification en matière d’aménagement, d’eau, de qualité de l’air, de transport, d’énergie, de déchets et de climat complexifie le travail des collectivités et dilue l’enjeu systémique des politiques climatiques »1. Enfin, les discours sont un préalable au passage à l’action. En effet, la structuration et la formalisation d’une stratégie, d’un plan d’actions, donnent de la légitimité aux actions conduites et financées. A l’inverse, si une ambition n’est pas clairement explicitée dans un document cadre, elle rencontrera certainement des difficultés à se traduire de façon opérationnelle.  

Pourquoi et comment “le donut” peut-il être un outil pour relire les politiques publiques à l’aune des transitions sociales et écologiques ? 

Pour analyser ce panel de 35 documents, il est rapidement apparu nécessaire de s’appuyer sur un outil d’évaluation des politiques publique. Boussole de la transition écologique2, limites planétaires3, Objectifs de développement durable des Nations Unies4, … de nombreux outils existent et ont fait leurs preuves. Les services de la Métropole et de la Ville se sont finalement saisis de la théorie du “Donut” pour relire leurs politiques publiques. Cette théorie, développée par l’économiste Kate Raworth, s’appuie sur l’image d’un donut : à l’intérieur du donut, le territoire ne répond pas aux besoins des habitants, tandis qu’à l’extérieur du donut, le territoire consomme plus que ce que la planète peut nous fournir. Le juste équilibre se situe donc dans ce donut, entre un “plancher” social et un “plafond” environnemental. De nombreuses collectivités, comme Bruxelles ou Grenoble, ont mobilisé cet outil pour visualiser la situation de leur territoire vis-à-vis de 21 enjeux sociaux et environnementaux et réfléchir à l’impact des activités humaines sur l’aggravation des limites planétaires. 

Après un nécessaire travail d’adaptation du Donut au territoire et aux compétences de la Métropole et de la Ville de Clermont-Ferrand, il s’agissait d’évaluer la prise en compte des 21 thématiques du donut dans les 35 documents sélectionnés : le document pose-t-il des intentions en matière d’accès aux droits humains et aux besoins essentiels pour tous les habitants ? Et quelles réponses apporte-t-il aux enjeux environnementaux du territoire ? Pour conduire cette analyse, l’AUCM s’est appuyé sur une méthode simple, mais qui a su faire preuve de son efficacité : identifier les discours par l’intermédiaire de mots clés. Ainsi, l’AUCM a construit une notation, allant de 0 à 5, pour définir le niveau d’intégration de chaque enjeu dans les discours portés par les documents. La notation s’est traduite visuellement sous la forme de graphiques type “radars”, pour mettre en évidence, en un coup d’œil, le niveau d’ambition des documents cadres en termes de réponse aux enjeux sociaux et environnementaux. L’analyse de niveau 1 constitue un premier niveau de réflexion permettant de poser les bases d’une analyse plus poussée.  

Pourquoi et comment ce travail peut-il devenir un outil de dialogue ?  

L’analyse des politiques publiques de la Métropole et de la Ville de Clermont-Ferrand montre que le champ environnemental est sous-investi comparativement au champ social. En effet, si de nombreux documents cadres visent l’amélioration des conditions de vie pour toutes les populations, leurs actions ne sont pas toujours connectées aux objectifs de transition écologique. Néanmoins, la notation des documents par l’analyse de discours n’est pas une fin en soi. Elle a pour vocation première de susciter du débat et d’amener les services de la Métropole et de la Ville de Clermont-Ferrand à requestionner leurs politiques publiques au prisme des enjeux sociaux et environnementaux du territoire. En faisant de cette analyse un support de dialogue, la méthode proposée et les résultats qu’elle amène peuvent tout à fait être interprétés différemment, critiqués, nuancés ou améliorés. Poser la base de ce dialogue passe avant tout par une compréhension partagée des limites de l’outil :  subjectivité dans l’attribution des notes, caractère obsolète de certains documents, hétérogénéité des documents, … Enfin, c’est bien un travail d’analyse des discours qui a été réalisé. Cet aspect a parfois questionné les services en charge des politiques publiques, qui ont rappelé l’écart existant entre les discours émanant des documents et la réalité des actions qui en découlent. Beaucoup des actions ne sont pas écrites, ou bien leur concrétisation sur le terrain est difficilement perceptible à travers une lecture du document. Plusieurs ateliers avec les services de la Métropole et de la Ville ont été organisés, d’une part pour ajuster les notations, et d’autre part pour mettre en dialogue les différents services au travers de questions communes : Mon document est-il représentatif des actions conduites par la collectivité ? Comment sa mise en œuvre s’articule avec celle du STEE actuel et comment mieux l’articuler avec la future feuille de route transitions ? Les réponses apportées en séance permettent d’aller plus loin en envisageant l’articulation des différentes politiques publiques avec la future feuille de route transitions. C’est dans cette perspective que la Métropole a sollicité l’AUCM pour une analyse croisée de 19 documents stratégiques qui viendra alimenter les réflexions quant à la révision de la feuille de route transitions.  

Bien que ce travail d’évaluation n’ait pas vocation à être publié, il constitue une base de réflexion et de dialogue pour bâtir la future feuille de route transitions, pour qu’elle soit à la fois complète et complémentaire avec les autres politiques publiques, qu’elle devienne un véritable support de déploiement et de visibilisation d’actions concrètes en faveur des transitions. Enfin, au-delà de cette première mobilisation des services, il apparaît nécessaire que cette feuille de route transitions embarque avec elle des partenaires, publics comme privés, un travail déjà largement amorcé avec l’Alliance pour la transition écologique et solidaire, une démarche partenariale initiée par la Ville et la Métropole visant à coconstruire une stratégie commune pour la transition écologique et sociale du territoire. 

Un beau troupeau, un art d’habiter

Dans nos imaginaires le mouton est encore souvent associé à la mièvrerie, la stupidité, la crédulité et l’esprit d’imitation. Comme en témoignent plusieurs expressions, certains ont de fâcheuses réputations : le mouton noir, le mouton à cinq pattes, le mouton enragé, le mouton de Panurge. Pour toutes ces raisons, écrit l’historien Pierre Aubé (2001), « le mouton jouit d’une réputation au-dessous du médiocre ». Pourtant, relève-t-il plus loin, « depuis que le monde est monde, il a beaucoup donné de lui-même. Viande, lait, peau, laine, gènes maintenant ». Aussi, quand on dit mouton, de quoi parle-t-on ?

Une relation de compagnonnage

Le lapsus assumé du psychanalyste Jacques Lacan (2001), « Les animaux d’hommestiques sont un peu de nous-mêmes », résume la co-évolution entre l’espèce humaine et les espèces domestiquées. En les soustrayant à la nature sauvage, en les modifiant génétiquement et en développant des interactions complexes, l’humanité a façonné ces animaux, mais aussi elle-même, son environnement et les paysages.

Acteur majeur de cette formidable relation de compagnonnage qui s’est inventée au Néolithique, il y a environ 12 000 ans au Proche-Orient, l’ovin en est l’exemple parfait. Son élevage a franchi les millénaires, s’est étendu sur tous les continents et a su s’accommoder de vicissitudes politiques, sociales, économiques et climatiques. Il engendre des productions (viande, lait, laine, peau) issues du façonnage de races adaptées à leur territoire. Il résulte d’une symbiose originale entre communautés humaines, troupeaux et écosystèmes, où s’articulent des savoirs variés (génétiques, vétérinaires, gestion du pâturage, gestion de conflits, etc.).

En France, cette relation et ces savoirs millénaires ont été consacrés par l’UNESCO en 2011 en tant que patrimoine mondial de l’humanité, par le classement des Causses et Cévennes au titre de paysage culturel de l’agropastoralisme méditerranéen[1].

Où le mouton a droit de cité…

Si le berger, les alpages et la transhumance ont déjà leurs maisons (en région Sud, dans les Alpes et les Pyrénées[2]), c’est à Bellac, en Haute-Vienne, au cœur du premier bassin français de production d’agneaux de boucherie[3], qu’a démarré une démarche visant à la reconnaissance et la préservation de l’élevage ovin extensif (système herbager) en tant que patrimoine. Traduisant ainsi un attachement collectif à cette activité et une tendance déjà ancienne : « Chez nous en Limousin, l’élevage de qualité fait partie de notre patrimoine » affirmait une publicité télévisée pour l’agneau Baronet[4]en 1996.

Siège du Carrefour génétique (association d’éleveurs ovins travaillant à l’amélioration génétique des troupeaux), lieu de la plus importante foire[5] aux reproducteurs du bassin moutonnier Limousin-Berry-Poitou et de Tech-Ovin, salon professionnel dédié aux éleveurs ovins de toutes les régions de France[6], Bellac et sa région sont reconnus par les éleveurs comme un territoire de référence (et par les gastronomes pour l’excellence de la viande d’agneau), au point que la ville s’est autoproclamée « Cité de l’agneau ». Forte de cette renommée et de ces expériences, la Communauté de Communes du Haut Limousin en Marche, en lien avec l’association organisatrice de Tech-Ovin, a donc entrepris en 2025 de se doter d’un outil de valorisation, d’animation et de soutien de la filière ovine. Son nom (provisoire ?), « Maison du mouton et de l’élevage en plein air », est tout un programme !

Des enjeux et des écueils

En matière de patrimonialisation du pastoralisme ovin, les centres d’interprétation qui ont émergé dans les années 1990-2000 provenaient généralement d’une démarche locale relayée par des collectivités soucieuses de répondre à l’attachement des habitants à la culture pastorale de leur territoire[7]. Pour avoir été acteur et observateur de l’évolution de ces centres d’interprétation des cultures pastorales[8], il me semble que leur problème principal fut, en dépit de leurs programmes initiaux, de réduire la densité de la culture pastorale en l’enfermant dans des logiques visant à générer du développement économique et du marketing touristique. C’était prendre le problème à l’envers. Il eut sans doute été plus opportun d’appuyer d’abord ces structures sur de solides bases professionnelles, techniques et scientifiques capables ensuite d’engendrer durablement de l’attractivité et des retombées économiques.

Le substrat professionnel du projet de Maison du mouton laisse à penser que cet écueil pourrait être évité. Mais, pour le formuler de manière un peu brute, à quoi et à qui cette Maison pourrait-elle servir ? Sans doute à expliciter ce que l’élevage ovin représente pour l’identité du territoire, ainsi qu’à valoriser les professions de l’élevage et ses productions. Toutefois, le plus important me semble être de donner à comprendre le métier d’éleveur ovin dans toute sa complexité. Sachant que, pour beaucoup d’entre nous, l’histoire et les enjeux contemporains de cette culture professionnelle sont largement méconnus.

 

Le style du troupeau

Ce sujet de grande ampleur oscille entre deux pôles que traduisent ces mots entendus sur la foire de Bellac de septembre 2008[9]. Ceux, assez formels, d’une élue locale présentant la Haute-Vienne comme « le département phare pour l’élevage ovin » en France. Ceux, plus sensibles, d’un éleveur, parlant du temps qu’il faut « pour construire un beau troupeau », exprimant en quelques mots le travail des éleveurs inscrit dans la durée, au fil des générations de brebis.

Ces gestes techniques et savoir-faire mis en œuvre patiemment, n’est-ce pas cela qu’il faut expliciter dans une Maison du mouton afin de réduire la distance entre le public et le travail des éleveurs d’ovins ? L’anthropologue Edward E. Evans-Pritchard (1994), disait que si l’on voulait comprendre le comportement des Nuer, une population d’éleveurs de bovins du sud Soudan qu’il a étudiée dans les années 1930, il fallait « chercher la vache ». Façon d’affirmer que l’animal est un révélateur des liens entre les sociétés humaines et les animaux d’élevage ; des liens tissés de savoirs techniques, de choix en matière de conduite des troupeaux et de représentations des animaux. Cherchons donc le mouton…, et particulièrement l’agneau dont les qualités et le goût révèlent le métier de son éleveur.

Comme l’analyse l’ethnologue Mariel Jean-Brunhes Delamarre (1975), l’éleveur ovin donne un style à son troupeau ; il « sculpte la silhouette des animaux, dirige leurs productions, modifiant rendements et qualités, les spécialise en vue des besoins du marché, du goût des consommateurs et d’un plus grand profit ». Les débats autour de ce processus permettent aux éleveurs de se positionner au sein de leur groupe professionnel et de faire valoir des conceptions de leur métier parfois dissemblables, tout en contribuant en parallèle au maintien d’une diversité de techniques et de savoir-faire dans lesquels puiser pour accompagner (et faire face à) des situations nouvelles ou même les inventer. C’est ainsi que se nourrit ce que certains appellent la « tradition ». Mais cela suffit-il à faire patrimoine ?

Une belle manière d’habiter

Pour les éleveurs, brebis, agneaux et béliers sont au centre de toutes les pensées et de tous les gestes ; mais l’herbe – ce patrimoine fondateur – est aussi au cœur de tous les enjeux. L’alliance entre ces deux préoccupations génère un rapport au monde propre aux populations pastorales sur les bases desquelles s’est construite une culture originale.

Le pâturage est une donnée fondatrice des territoires d’élevage ovin à partir du moment où, année après année, les passages réguliers des troupeaux, ordonnés et réglés selon les saisons, le produisent et l’entretiennent. Pour produire le pâturage et l’entretenir en tant que tel, il est indispensable que l’éleveur conduise son troupeau avec mesure et savoir-faire.

Pour donner l’exemple des Alpes, les pelouses d’alpage (qui donnent ces vastes paysages ouverts) n’existent pas naturellement et cesseraient bientôt d’exister sans la présence des animaux qui les broutent, les piétinent et les engraissent sous la conduite de bergers. Les paysages que nous connaissons et auxquels nous sommes attachés s’en trouveraient considérablement modifiés. En certains lieux, c’est déjà le cas.

Pour la philosophe spécialiste du vivant, Vinciane Despret, et l’écologue Michel Meuret (2016), « composer avec les moutons » relève ainsi d’un art d’habiter qui passe par le fait d’« apprendre à manger » avec le troupeau en façonnant le milieu de manière à produire de la beauté. « Créer du beau, un beau troupeau, une belle manière d’habiter, une belle manière de façonner le milieu et de devenir avec lui » nous disent-ils encore, voilà ce que font les éleveurs avec leurs bêtes.

Et voilà finalement ce qui fait patrimoine. Un patrimoine qui n’est pas un miroir du passé, mais qui pose les jalons d’une agentivité préservant capacités d’action et d’innovation, tout en répondant aux attentes de la société.

 

 

Ouvrages cités
Pierre Aubé, Éloge du mouton, Actes Sud, 2001.
Mariel Jean-Brunhes Delamarre, Technique de production : l’élevage, Guides ethnologiques 6-7, Éditions des Musées nationaux, 1975.
Vinciane Despret & Michel Meuret, Composer avec les moutons, Cardère éd., 2016.
Edward E. Evans-Pritchard, Les Nuer, Gallimard, 1994.
Jacques Lacan, Autres écrits, Seuil, 2001.
Guillaume Lebaudy, Une draille pour vivre : pastoralisme, patrimoine intégré et développement durable en Méditerranée, dans François Lerin (eds.), Pastoralisme méditerranéen. Patrimoine culture et paysager et développement durable, Options méditerranéennes, n°93, CIHEAM, 2010.
Guillaume Lebaudy, Les métamorphoses du bon berger (mobilités, mutations et fabrique de la culture pastorale du sud de la France), Cardère éd., 2016.
Guillaume Lebaudy, Un outil expérimental évolutif : la Maison du berger, centre d’interprétation des cultures pastorales alpines, dans Corinne Eychenne & Nicolas Buclet (dir.), Activités pastorales et dynamiques territoriales. Quelles articulations ? Quelles synergies ?, Pastum hors-série, Association française de pastoralisme et Cardère éditeur, 2017.

Faire territoire à toutes les échelles : La feuille de route 2026 de l’AUCM

2026, une année de consolidation et de transmission

L’année 2026 s’ouvre pour l’AUCM comme une séquence charnière à double titre. Elle marque d’abord une étape de consolidation. Consolidation de son ancrage à l’échelle du Massif central, où l’Agence affirme sa capacité à déployer des accompagnements adaptés aux enjeux des territoires urbains, périurbains et ruraux. Consolidation également de ses fondamentaux d’expertise – foncier, habitat, dynamiques sociales, économie territoriale, planification – qui constituent le socle de son utilité auprès des adhérents. Consolidation, enfin, de la reconnaissance de la valeur ajoutée de ses analyses sur les questions de transitions, d’adaptation au changement climatique, de soin apporté aux milieux et aux populations, ou encore de la place de la culture dans les trajectoires territoriales.

Mais 2026 est aussi une année de transmission. Les élections municipales renouvellent les équipes et les feuilles de route politiques. L’Agence ajustera ses pratiques, ses programmes et ses protocoles de travail aux attentes et priorités fixées par ses nouveaux élus.

Dans la continuité de 2025, le programme de travail partenarial 2026 s’organise autour de sept axes structurants. Il représente 56 lignes d’étude mobilisant plus de 3 000 jours d’intervention opérationnelle. Cet investissement en ingénierie publique est la condition d’une action territoriale robuste. À ces temps directement consacrés aux projets s’ajoutent des jours consacrés aux fonctions support, qui constituent l’infrastructure stratégique de l’Agence : administration, ressources humaines, finances, mais également valorisation des productions, participation aux réseaux et développement partenarial.

  Construire des projets territoriaux adaptés aux vulnérabilités

Le premier axe, dédié à la construction de projets territoriaux adaptés aux vulnérabilités, constitue un pilier historique de l’AUCM. Il se déploie à toutes les échelles.

À l’échelon intercommunal, l’Agence intervient sur des projets de territoire et des PLUi, en apportant notamment son expertise sur les volets santé et habitat, ainsi que sur les plans climat, avec par exemple la révision de la feuille de route des transitions de la Métropole. À l’échelle des bassins de vie, elle contribue à la révision du SCoT du Grand Clermont. À l’échelle du Massif central, elle participe à la révision du schéma de Massif.

Au-delà de la planification au sens strict, cet axe affirme le rôle de l’Agence comme ingénierie territoriale d’adaptation au changement climatique. Il s’agit d’outiller les territoires face aux vulnérabilités écologiques, sociales et économiques, en articulant diagnostic, prospective et accompagnement opérationnel.

Œuvrer à la sobriété foncière et à la régénération des milieux

La sobriété foncière et la régénération des milieux constituent un prolongement direct de cette ambition. Depuis la loi Climat et Résilience, l’objectif de zéro artificialisation nette transforme en profondeur les pratiques d’aménagement. Il ne s’agit plus d’étendre, mais de transformer et de recycler.

Les travaux 2026 s’inscrivent dans une double temporalité. Rétrospective d’abord, avec l’observatoire de la sobriété foncière conduit avec la Métropole et l’actualisation d’études sur les friches de Thiers Dore et Montagne. Prospective ensuite, avec l’accompagnement d’un projet de renaturation à Thiers et la capitalisation d’une démarche ZAN post-2030 conduite avec Urba 4, la DREAL et le SGAR. L’Agence contribue ainsi à faire émerger une culture partagée de la transformation des sols, conciliant habitabilité et préservation des milieux.

Améliorer la qualité du logement et des espaces de vie

L’habitat et la vitalité des centres-villes et centres-bourgs sont à la fois des leviers de cohésion sociale et des outils majeurs de transition écologique.

L’Agence agit d’abord par la production de connaissance, grâce au déploiement d’observatoires dédiés à l’habitat, au logement locatif et aux logements étudiants. Elle accompagne également les intercommunalités dans leurs démarches programmatiques, notamment à travers les plans locaux de l’habitat (PLH), en intervenant en phase de bilans ou d’élaboration de nouveaux programmes. Elle intervient enfin en amont de l’opérationnel pour prendre soin des centralités, à travers des études ciblées comme le secteur de Montferrand, l’appui aux conventions d’Opération de Revitalisation du Territoire (ORT) ou l’animation d’espaces d’échanges départementaux.

Soutenir les populations et espaces fragiles

Cette logique de « prendre soin » irrigue également le soutien aux populations et aux espaces fragiles. Comprendre les modes de vie et les manières de faire société est une responsabilité centrale de l’Agence. Ses travaux prévus en 2026 sur les portraits sociaux communaux, l’évaluation des contrats de ville, les transitions démographiques – vieillissement, petite enfance, égalité femmes-hommes – éclairent les politiques publiques à venir.

L’AUCM est par ailleurs reconnue comme un acteur clé de la santé-environnement, notamment à travers des démarches d’urbanisme favorable à la santé conduites avec l’appui de l’Agence régionale de santé (ARS). Cette approche relie aménagement, inégalités sociales de santé et qualité des environnements de vie, dans une vision intégrée de l’habitabilité.

 Favoriser les mobilités décarbonées

La mobilité constitue un facteur essentiel d’équilibre territorial et un levier de transition. En 2026, l’Agence poursuit son accompagnement du déploiement du Service Express Régional Métropolitain (SERM) Clermont Auvergne, notamment sur l’aménagement des quartiers de gare et l’amélioration globale de la desserte territoriale, en intégrant pleinement les mobilités actives.

Elle appuie également le SMTC dans l’exploitation de l’enquête ménage EMC², le suivi et la révision du plan de mobilité, avec une attention particulière à l’accueil et à l’acculturation des nouvelles assemblées élues.

Contribuer à l’émergence de modèles économiques résilients.

La question des modèles économiques résilients mobilise également l’Agence en 2026. Avec ses partenaires, l’AUCM explore de nouvelles approches pour une économie adaptée aux enjeux contemporains, qu’il s’agisse de secteurs ciblés tels que l’industrie du futur, les industries culturelles et créatives et le tourisme, ou d’approches plus transversales à travers la feuille de route économique de la Métropole et l’analyse des métabolismes métropolitains.

Sur ce dernier point, en 2026, l’AUCM sera engagée avec l’ensemble des adhérents sur la résilience économique des systèmes territoriaux, à partir d’une analyse croisée des flux de richesse et de matière dont ils dépendent. L’objectif est d’identifier vulnérabilités et leviers d’action, afin de renforcer la robustesse des territoires face aux chocs à venir.

Forger une culture commune de l’habiter

Cet axe est le plus doté en nombre de jours prévus. Il traduit la singularité de l’AUCM : croiser culture, prospective et adaptation pour transformer durablement les pratiques.

La dimension apprenante se traduit par la mise en œuvre de démarches d’adaptation et d’outils innovants dans le cadre de la mise en œuvre du PLUi métropolitain. La dimension culturelle s’incarne dans des travaux croisant culture et transition, ainsi que dans une programmation culturelle d’envergure, « Prairies nomades », déployées dans le cadre de l’année internationale des parcours et du pastoralisme.

Cet axe porte également une dimension écosystémique et prospective à travers une réflexion visant à construire une vision partagée autour de l’accès à la ressource en eau, condition de robustesse des territoires.

Cet axe travaille les représentations autant que les projets. Il part du principe que les transitions sont aussi des récits à construire collectivement, et que la culture constitue un levier majeur d’appropriation.

Une ingénierie au service des territoires et des coopérations

Au-delà des thématiques, le programme partenarial 2026 de l’Agence affirme une manière d’agir. L’AUCM intervient à toutes les échelles, de la friche à l’îlot, du quartier à la commune, de l’intercommunalité au Massif central, dans des contextes ruraux, périurbains et urbains. Elle mobilise des approches quantitatives, mais aussi qualitatives, inscrites dans le temps long et est attentive aux dynamiques d’évolution des territoires.

Elle assume une dimension pédagogique faite de sensibilisation, d’acculturation et de mobilisation dans la durée de groupes-projets. Elle privilégie des méthodes intégrées, systémiques et prospectives, capables d’articuler culture, eau, soin, métabolisme territorial ou sobriété foncière dans des démarches situées, itératives et solidaires.

En 2026, l’AUCM ne se contente donc pas de déployer un programme d’études. Elle réaffirme une ambition : accompagner les territoires du Massif central dans la construction de trajectoires robustes, solidaires et désirables, en conjuguant expertise, coopération et capacité d’adaptation.

Un chant de la terre, la voix d’une femme-monde

« Qui était cette femme ? »

Nous vivons dans un pays avide de commémorations et d’hommages. Ceux qui, depuis 2025 ponctuent le centenaire de la naissance de Marcelle Delpastre méritent une plus ample caisse de résonance, pour faire connaître une poète, écrivain, ethnographe, « qui, femme en milieu rural, cochait toutes les cases de l’invisibilité ».[1]

Née en 1925, Marcelle Delpastre passe un baccalauréat philo et lettres, fait une année d’études à l’Ecole des arts décoratifs de Limoges puis revient dans sa famille dans la ferme familiale de Germont en Corrèze, dont elle prendra peu à peu les rênes et qu’elle ne quittera plus. Un choix qu’elle revendique : elle aimait la liberté d’écrire partout, carnet et crayon à la main, que lui offrait la vie paysanne en gardant les bêtes. Et elle n’a jamais cessé d’écrire, en français et en occitan, parfois mêlés. Son œuvre est foisonnante : poèmes, récits, contes collectés, chroniques pour Le Populaire du Centre, Mémoires (sept tomes) …

Paysanne et poète. Si le « poète » est au masculin dans ces lignes, c’est qu’elle le voulait, répondant un vigoureux « poétesse de mes fesses [2]  à qui prétendait l’assigner à ses racines, au bucolique, à son coin de Limousin comme à son genre (à l’époque, les femmes n’avaient pas retourné le stigmate en féminisant les noms de métiers).

Dans plusieurs documentaires qui lui sont consacrés, Marcelle Delpastre oppose son sourire malicieux, sa solide culture littéraire, son « immense orgueil et immense humilité » au mépris que lui a opposé le snobisme du milieu des lettres urbain. Ethnographe, elle a collecté des chants et traditions, y compris un bestiaire mais dit clairement qu’écrire sur « son petit lieu » ne l’intéresse pas. Si elle défend un mode de vie paysan qu’elle sait menacé, elle n’est pas plus réductible à sa ferme de Germont que les sœurs Brontë à leur presbytère du Yorkshire. Toute sa poésie trouve le cosmique dans une feuille d’arbre, l’universel dans un champ « les pieds dans la merde et la tête dans les étoiles », intensément consciente du reste du monde qu’elle ne connaît pas mais auquel elle est liée par un sentiment mystique avec la nature qui l’entoure. Son pays, c’est la poésie, la langue, « La lenga que tant me platz » »[3], l’occitan limousin qu’elle magnifie. Ce qui lui vaut de voir l’édition de ses œuvres jalousement gardée par les occitanistes [4], mais la déflagration de son écriture possède la même puissance dans les deux langues. L’autrice en langue occitane Miquèla Stenta la qualifie de « Femme monde, au sens d’Edouard Glissant ».[5]

Mahler et Delpastre, entre deux montagnes

« Je l’ai découverte au hasard de la lecture d’un poème, et vécu un choc artistique et émotionnel. Plus on la lit, plus on se rend compte de l’immense artiste qu’elle est, d’une liberté saisissante, toujours là où on ne l’attend pas », dit Romie Estèves, chanteuse lyrique, directrice artistique de la compagnie La Marginaire. « J’avais envie que cette personne soit entendue et connue. On a, toutes et tous, besoin d’être réparé de notre passé pastoral, rural, de cesser de courir vers des lumières trompeuses. J’arrive de la campagne en Dordogne, je n’ai pas fait le Conservatoire de Paris, je connais les regards et les a priori. C’est pour cela que j’ai eu envie de confronter Marcelle Delpastre à Mahler, un compositeur mondialement reconnu d’une autre époque : c’est à ce haut niveau qu’il faut la placer, parce qu’elle a trop été reléguée au local et à une fonction de druidesse bien plus pauvre que ce qu’elle portait ».

À partir de là, Romie Estèves fait résonner un écho entre deux montagnes, la montagne Delpastre et la montagne Mahler. Non sans difficultés, car il faut choisir les extraits signifiants d’une œuvre considérable. De plus, comment concilier le verbe de Delpastre, qui a toujours refusé que ses poèmes soient mis en musique, avec la partition chantée ?

Romie Estèves retient les grands piliers de l’œuvre : le rapport à la langue, à la ferme, à l’amour, à la spiritualité. Si elle doit faire l’impasse sur Delpastre l’ethnographe, elle le compense par la dimension du collectage de musiques traditionnelles présentes chez Mahler. Sur scène, un écran permet de confronter les poèmes de Marcelle Delpastre aux textes du livret de Mahler, sur fond de photographies de paysages, de feuilles, d’insectes, du micro au macro, en lien avec les thèmes du cosmos, de la Terre, du renouveau du vivant.

Elle casse la solennité de l’hommage et de l’oratorio en orchestrant, littéralement, ce qu’André Minvielle qualifie de « confrontation ».  En s’associant avec le jazzman, diseur, improvisateur, chanteur, Romie Estèves voulait échapper au risque de la redondance que risquaient d’apporter des musiques uniquement traditionnelles aux textes de Marcelle Delpastre. « Ce que porte André Minvielle, c’est aussi une forme de collectage, avec des chansons porteuses à la fois d’inspiration traditionnelle, de jazz, et d’improvisations. Et c’est un chanteur extraordinaire ! »

À l’arrivée, pas moins de quatorze musiciens sur scène, pour une fusion qui échappe au collage.

Une célébration entre savant et populaire

La rencontre entre les musiciens classiques, mais tout-terrain recrutés par la Marginaire et ceux des Chaudrons, la compagnie d’André Minvielle, s’est faite par confrontations et tâtonnements. Christophe Monniaux s’est chargé des arrangements pour les musiques orales et populaires tandis que Florent Hubert faisait résonner l’œuvre de Mahler y compris là où on ne l’attend pas, en écho au traditionnel…

« C’était ambitieux, commente André Minvielle. Cela nous a beaucoup plu d’écouter les musiciens classiques travailler : au début, dans les répétitions, j’avais l’impression qu’eux avaient le GPS de l’œuvre et moi pas ! On a réussi à faire naître de cette confrontation quelque chose de résonnable».

À l’exception de la chanson que l’on voit Marcelle Delpastre entonner sur écran, toute la musique d’Un Chant de la Terre est signée soit Mahler soit Minvielle. Le trait d’union vient de la lecture sensible des textes de Marcelle Delpastre par Juliette Minvielle, qui lit des textes. La jeune artiste, comédienne et musicienne aux claviers a étudié le gascon béarnais à l’Institut d’études occitanes et se coule dans le limousin de Marcelle Delpastre, dont elle dit les textes avec toute la simplicité requise : « Mes grands-parents maternels étaient agriculteurs, et j’ai l’impression qu’elle me parle, dans sa poésie en regard malicieux et très fin. J’étais honorée de dire ces textes, c’était une consécration ; j’ai juste essayé de me les mettre en bouche, comme quelque chose de familier, et Marcelle m’a portée ! »

Simplicité. Le terme revient souvent dans la bouche des trois artistes, pour qualifier ce spectacle ambitieux, où le dialogue entre texte, chant lyrique, oralité, scat, jazz, musiques populaires se reçoit pourtant avec la même évidence que la poésie de Delpastre. Le public ne s’y trompe pas, tantôt saisi par l’émotion, tantôt complice et invité à entrer dans ce qui est aussi une célébration populaire. « À la Philharmonie de Paris, tout le monde dansait ! » raconte André Minvielle. Car Un Chant de la Terre se conclut par une danse de la Terre, un bal orchestré par le Ti’bal d’André Minvielle qui efface les frontières entre musique savante et musique populaire. « C’est une soirée, qui fait célébration, qui fait humanité, qui fait joie, » conclut Romie Estèves.

Parlons rivière : renouer le dialogue entre la rivière Allier, son territoire et ses acteurs

L’Allier, rivière touristique sentinelle du changement climatique

Si l’Allier est une rivière sauvage, elle n’est pas pour autant sans usages. L’Allier, dans sa section aval, fournie une eau de qualité à une large partie du bassin de vie clermontois grâce à sa nappe d’eau souterraine qui s’étend de Brioude au bec d’Allier et alimente également les exploitations agricoles et les sites industriels qui bordent la rivière. Jusqu’en 2001, l’Allier fournissait aussi des granulats pour répondre au développement urbain. Ces ressources, qui ont permis la croissance économique du territoire, ont fragilisé la rivière et perturbé son fonctionnement hydrogéomorphologique, affectant en partie ce qu’elle a de plus précieux : ses milieux naturels, sa divagation et son eau. Néanmoins, dans l’imaginaire commun, l’Allier reste une rivière purement sauvage, au sens qui n’a pas subi l’action de l’homme, et dont la nature est propice aux activités touristiques : itinérance à vélo le long des berges, baignades en eau vive, pêche, canoë-kayak, … Des activités plébiscitées en été par les habitants en quête de fraîcheur, et des visiteurs attirés par un tourisme nature préservé du surtourisme. Mais ce tourisme est intrinsèquement lié à la présence d’eau. Or, les débits de l’Allier en période estivale sont impactés par le changement climatique [5], avec au premier chef les précipitations, dont la répartition, la fréquence et l’efficacité sont d’ores et déjà bouleversées ; et bien que le barrage de Naussac assure un rôle de soutien de l’étiage, les lâchers d’eau (eux-mêmes très dépendants de la pluviométrie hivernale) sont avant tout destinés à sécuriser l’irrigation des terres agricoles et des installations nucléaires plus en aval. La rivière Allier est donc une sentinelle du changement climatique, car elle témoigne d’une baisse significative et chronique des débits d’eau. Les clubs et les professionnels du canoë-kayak interrogés dans le cadre d’une étude conduite par l’AUCM en 2024 sur la pratique de cette activité dans un contexte de changement climatique, estiment que « les débits d’eau leur semblent de plus en plus bas, avec des niveaux printaniers qui correspondraient aux niveaux estivaux constatés 10 ans auparavant »[6], des propos confirmés par les récentes études prospectives qui prévoient une poursuite de la diminution des débits des cours d’eau de l’Allier aval et un allongement de la période des basses eaux [7].

Donner la parole aux acteurs de la rivière Allier

La baisse des débits de l’Allier concerne tous les acteurs de la rivière Allier : gestionnaires, exploitants agricoles, professionnels du tourisme, … L’objectif avec “Parlons rivière” a, dès le départ, été de mettre autour de la table les élus et techniciens des collectivités membres du Pôle métropolitain Clermont Vichy Auvergne, des professionnels du tourisme (loueurs de canoës, représentants de la Via Allier, consultants…), des acteurs de la préservation des milieux naturels (Conservatoire d’Espaces Naturels, LPO, fédérations de pêche, …), des acteurs institutionnels (représentants du SAGE Allier Aval, Agence de l’eau, Départements, Région, CAUE…) et des représentants de l’État (DDT, ARS, …). Ces acteurs ont un point commun : ils connaissent parfaitement la rivière Allier. Cependant, ils ne partagent pas toujours le même langage, ni la même représentation de la rivière Allier. Qu’est ce qui fait sens commun pour ces acteurs ? Quelles perceptions ont-ils des évolutions climatiques, paysagères et touristiques de la rivière ? Partagent-ils une vision commune de l’avenir de l’Allier ? C’est autour de ces questions que les rencontres “Parlons rivière” ont trouvé leur place, se voulant un lieu d’échanges, de transmission, de retours d’expériences et de débats. Ainsi, dès la première rencontre, des questions de controverses ont été posées aux participants. L’une d’entre elles est particulièrement révélatrice du besoin de dialogue entre experts du tourisme et de l’environnement : « Avec la baisse des niveaux d’eau, faut-il renoncer à pratiquer le canoë en été ? ». Cette question est intéressante quand bien même les loueurs renonceraient à cette activité en été, ils seraient tentés de décaler cette offre touristique au printemps. Or cette saison est la plus sensible pour la biodiversité car les plages où accostent spontanément les canoës sont des lieux de nidification d’espèces d’oiseaux déjà menacées par le changement climatique, comme les sternes et les gravelots. Alors la sensibilisation des touristes est-elle suffisante ? Comment concevoir une signalétique avec une rivière qui sort régulièrement de son lit ? Ces questions, qui ont animé les débats, constituent une première marche pour coconstruire un langage commun et appréhender les enjeux et problématiques que chacun rencontre.

Parlez-vous rivière Allier ?

L’Allier, comme tous les autres cours d’eau, est vue comme un support d’activités touristiques et économiques et comme un espace pourvoyeur de ressource en eau potable et hier en granulats. Mais jusqu’à quel point la rivière peut-elle accueillir des usages touristiques ? Leur installation sur les berges est-elle compatible avec l’espace de mobilité de l’Allier, son espace vital pour méandrer et dissiper son énergie [8] ? Les saumons, espèces emblématiques mais dont les effectifs sont en nette diminution [9], peuvent-ils circuler librement dans la rivière ? Et a-t-on conscience que la rivière se réchauffe ? En 2023, plusieurs points de mesures ont dépassé les 25°C, soit le seuil létal pour la truite fario, une autre espèce emblématique de la rivière. Sauvage, l’Allier ne l’est peut-être plus tant que cela. Mais pour autant faut-il remettre en cause le libre accès à la rivière ? Le droit à la nature doit-il s’opposer au droit de la nature ? Plusieurs retours d’expériences nous montrent que cette opposition n’a pas lieu d’être, si l’on apprend à mieux connaître la rivière. Dès la première rencontre “Parlons rivière”, l’AUCM a demandé aux participants de compléter ces affirmations « l’Allier est source de … », « l’Allier est libre de … ». A la première question, les participants ont bien entendu relevé que l’Allier était source d’eau potable de qualité et d’activités de loisirs et de tourisme, mais selon eux l’Allier est aussi source de vie et d’émerveillement. A la question plus complexe de la liberté de la rivière, les participants ont répondu qu’elle était libre de divaguer, de couler, mais aussi d’exister pour elle-même. Cette approche autour des libertés n’est pas sans rappeler les différentes actions qui visent à consacrer des droits aux fleuves et aux rivières : Parlements de Loire [10], du Rhin [11] et de l’Isère [12], Assemblée populaire du Rhône [13], déclarations des droits de la Seine [14] et de la Garonne [15], … Ces initiatives ont une vocation commune : démontrer que les rivières et fleuves ont des droits. La déclaration des droits de la rivière, publiée à l’initiative de l’association International Rivers, précise que les droits fondamentaux des cours d’eau sont : de s’écouler librement, de remplir leurs fonctions essentielles dans leur écosystème, de ne pas être pollué, d’alimenter et d’être alimenté par des aquifères durables, d’accueillir la biodiversité indigène, et de se régénérer, d’être restauré [16]. Il s’agit donc finalement de mieux connaître les besoins de la rivière pour que nous puissions encore nous émerveiller de sa nature sauvage, et que nous puissions compter sur elle pour avoir accès à une eau de qualité.

Pour parler un langage commun, la première clé est de comprendre les besoins de chacun, et c’est finalement ce que “Parlons rivière” a tenté de faire avec les premières rencontres conduites en 2023 et 2024. Car si la rivière a des besoins, elle a aussi besoin de nous, pour mieux la protéger et réparer les dégradations qu’elle a, parfois involontairement, subies ces dernières décennies. C’est le travail que mènent le conservatoire d’espaces naturels d’Auvergne pour retirer les protections de berges [17] et permettre à l’Allier de divaguer sans contrainte et de se recharger en sédiment pour garantir la ressource en eau, préserver la biodiversité, et être finalement plus résiliente aux changements climatiques.

Quand la coopération européenne nourrit l’égalité femme-homme : l’expérience FEMACT-Cities

C’est une constante planétaire. Les droits humains ne sont jamais acquis : ceux qui ont été conquis hier et qui semblaient assurés peuvent être remis en question aujourd’hui, voire anéantis demain. Les femmes occupent une position particulièrement vulnérable dans ce contexte fluctuant. Aux injustices sociétales et économiques qui perdurent en leur défaveur, se cumule l’impact du changement global, qui touche plus durement les individus en situation de fragilité.

L’adaptation au changement climatique, la nécessité d’engager une « transition juste », et plus fondamentalement la quête d’une société apaisée où femmes et hommes bénéficieraient des mêmes droits, mettent au défi les politiques publiques sur leur capacité à accompagner et maintenir la marche vers l’égalité. Si les efforts au plan national semblent un socle indispensable à l’enracinement d’une culture partagée de l’égalité, ils restent indissociables de politiques de proximité, ancrées dans les réalités plus quotidiennes.

Comment réduire durablement les inégalités femme-homme à l’échelle d’un territoire comme la métropole clermontoise ? Comment capitaliser sur l’expérience d’autres territoires, et formuler une feuille de route qui réponde aux spécificités locales ? La recherche d’un logiciel robuste en matière d’égalité a motivé Clermont Auvergne Métropole à devenir cheffe de file du réseau européen FEMACT-Cities dans le cadre du programme URBACT. Un pari sur la coopération et l’intelligence collective pour lequel l’Agence d’urbanisme Clermont Massif central (AUCM) l’a accompagnée. L’occasion d’expérimenter et d’analyser les leviers possibles localement vers davantage d’égalité.

Aborder la complexité de l’égalité femme-homme à l’échelle locale

L’analyse et la promotion de l’égalité femme-homme s’inscrivent dans une approche systémique. Inégalités scolaires, professionnelles, violences sexistes et sexuelles, stéréotypes, s’établissent dans un schéma d’interdépendances qui implique la mobilisation de l’ensemble des champs politiques. L’édition 2024 des « Chiffres-clés : Vers l’égalité réelle entre les femmes et les hommes » publiée par Le ministère chargé de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations [1] illustre cette imbrication, et met en lumière la complexité d’embrasser un tel sujet : impulser un changement significatif en matière d’égalité exige une collaboration intersectorielle, interterritoriale et interculturelle au long cours.

Le contexte national volontariste, avec un Plan interministériel pour l’égalité entre les femmes et les hommes 2023-2027  [2] qui inscrit les enjeux d’égalité au centre de l’action publique, semble un terrain favorable pour déployer cette approche intégrée. Cependant, si de façon générale ce plan d’Etat définit des axes et mesures bien identifiés autour de la lutte contre les violences faites aux femmes, la santé des femmes, l’égalité professionnelle et économique et la culture de l’égalité, nul mode d’emploi préétabli ne s’offre à la collectivité qui souhaite s’emparer du sujet de l’égalité.

Quelles priorités, quelles méthodologies, quelle gouvernance et finalement, quelle feuille de route pour engager un territoire et ses diverses parties prenantes vers davantage d’égalité et d’émancipation ? La méthode URBACT offre l’opportunité aux collectivités d’explorer les possibles et de s’inspirer au-delà des frontières, dans une logique de compagnonnage, avec l’aide de nombreux experts.

S’appuyer sur la coopération interculturelle et le partage de savoirs pour explorer les possibles : la méthode URBACT 

Depuis 2002, le programme de coopération URBACT – actuellement URBACT IV, qui s’inscrit dans la programmation 2021-2027 du FEDER [3] – permet aux villes d’échanger leurs expériences, leurs idées et leurs bonnes pratiques en matière de développement urbain au sein de réseaux thématiques et transnationaux. L’objectif de ces réseaux est de concevoir ensemble une réponse collective à des défis communs, tout en adaptant les solutions à des spécificités locales. URBACT propose ainsi aux collectivités de toute l’Europe de faire partie d’un réseau constitué de 7 à 10 collectivités, qui partagent une problématique sur le développement urbain : gouvernance participative, planification urbaine, économie locale, changement climatique, cohésion sociale, etc.

URBACT propose 3 types de réseaux, parmi lesquels les réseaux de planification d’action, dont l’objectif est de produire en deux ans un plan d’action intégré, applicable localement. La méthode URBACT, basée sur la coopération, la participation citoyenne et l’apprentissage par l’action, permet à chaque collectivité associée de trouver des solutions concrètes pour son territoire, de s’inspirer des pratiques et expériences entre pairs en Europe, de renforcer ses compétences, d’intégrer une communauté de travail européenne, de se faire connaitre en France et en Europe. Un expert du Secrétariat URBACT apporte une aide précieuse à chaque réseau dans sa réflexion, ses méthodes de travail et la conception de son plan d’action.

En réponse à des problématiques transversales telles que l’égalité femme-homme, l’outil semble particulièrement adapté pour bâtir une stratégie locale sur mesure. La dynamique interculturelle, combinée à l’implication du tissu local – fondamentaux de la méthode URBACT – apparaissent ainsi comme de sérieux atouts pour résoudre l’équation de l’égalité femme-homme sur le territoire de la métropole clermontoise.

Clermont Auvergne Métropole, cheffe de file du réseau européen FEMACT-Cities

Clermont Auvergne Métropole a souhaité porter auprès de la Commission Européenne le projet FEMACT-Cities, dont elle est devenue cheffe de file de 2023 à 2025. Ce projet, qui réunit 8 territoires associés aux enjeux socio-économiques très différents – Clermont Auvergne Métropole, Szabolcs 05 (Hongrie), Postojna (Slovénie), Cracovie (Pologne), Cluj -Napoca Métropole (Roumanie), Région de Coimbra (Portugal), Comté de Skåne (Suède) et Turin (Italie) – vise un objectif partagé : améliorer la qualité de vie des femmes et assurer leur liberté individuelle sur chacun des territoires. A travers un parcours de deux années, il revient à chaque territoire de préciser ses propres enjeux et thématiques de travail, définir sa stratégie, pour finalement formuler un plan d’action détaillé.

Être cheffe de file d’un tel réseau appelle une triple nécessité de la part de Clermont Auvergne Métropole. Il s’agit d’une part de constituer, de fidéliser et d’animer un « groupe local » composé de représentants du monde associatif, institutionnel, économique, fédérés autour de la promotion de l’égalité femme-homme. Ce groupe nourrira par ses travaux la conception d’un plan d’action à l’échelle métropolitaine. Il s’agit d’autre part d’articuler ces travaux localisés à une dynamique européenne d’échanges, de partages d’expériences et à une réflexion commune autour du rôle des collectivités et des leviers à leur disposition pour favoriser l’égalité. Enfin, le but du réseau est de valoriser au fil de l’eau ses travaux et ceux de chacun de ses membres, non seulement à l’échelle locale, mais aussi nationale et européenne. Parallèlement, chaque réseau est invité à entretenir des échanges avec d’autres réseaux URBACT, afin d’amplifier encore davantage l’émulation et le partage d’expériences.

Aux côtés de Clermont Auvergne Métropole, l’AUCM s’intègre comme un maillon d’une chaine multi-acteurs qui contribuent chacun à nourrir l’intelligence collective et ses déclinaisons opérationnelles. L’Agence s’implique plus spécifiquement sur l’animation du « groupe local » FEMACT-Cities en concevant un parcours d’ateliers qui guident peu à peu l’analyse, la réflexion collective et la formulation de propositions susceptibles d’amplifier l’égalité sur le territoire. Elle coordonne par ailleurs la valorisation et la communication des travaux du réseau et de ses membres à différentes échelles, en relation avec les 8 territoires européens associés.

Nourrir une culture commune de l’égalité femme-homme à travers un réseau métropolitain

La diversité des problématiques retenues par les membres du réseau FEMACT-Cities pour structurer leur plan d’action [4]– de l’éducation aux transports publics, de la prévention des violences à l’approche patrimoniale, de la mobilité en milieu rural à la gouvernance multi-acteurs – illustre la variété des choix politiques possibles en faveur de l’égalité de genre. Comparativement à ses homologues européens, Clermont Auvergne Métropole semble emprunter une voie médiane originale. Après avoir opté pour une entrée en matière multi-thématique en 2023 – émancipation, intégrité, autonomie, mobilité – les réflexions de l’écosystème clermontois, incarné par un groupe local fidèle et tenace d’une vingtaine de personnes, se sont peu à peu recentrées sur les modalités et leviers de la coopération en tant que telle. Sur un territoire où les initiatives dédiées à l’égalité femme-homme sont déjà nombreuses et variées, comment amplifier, accompagner et coordonner à moyen terme les actions pour leur donner une portée significative ? Comment faire en sorte que la culture de l’égalité essaime sur l’ensemble de la métropole et face office de logiciel commun aux sphères associatives, institutionnelles, économiques et citoyennes ?

Deux aspects ont émergé des travaux du groupe local FEMACT-Cities, qui structurent le plan d’action formulé par Clermont Auvergne Métropole fin 2025. D’une part, le besoin essentiel de suivre et connaitre la situation de l’égalité sur le territoire pour concevoir et ajuster les différents dispositifs dédiés. Mesurer pour comprendre. Comprendre pour agir, collectivement. Une boussole à construire, qui pourrait prendre la forme d’un observatoire combinant collecte de données, analyses, animation d’une réflexion pluri-acteurs et d’un partage des savoirs autour des grands enjeux d’égalité sur le territoire. D’autre part, le besoin de mise en réseau des nombreuses initiatives locales. Un réseau pour partager et relier les expériences, coordonner les propositions, et rendre visible les enjeux de l’égalité femme-homme auprès des habitants et acteurs du territoire.

Du plan d’action à sa mise en œuvre

Alors que le processus URBACT touche à sa fin, quelles suites possibles ? A l’issue de deux années d’un cheminement collectif multi-échelles, la métropole clermontoise est aujourd’hui forte d’un groupe d’acteurs locaux engagés et résolus à poursuivre les travaux pour faire vivre le plan d’action. La signature officielle de la « Charte pour l’égalité femme-homme dans la métropole clermontoise », en présence de Cyril Cineux, Vice-Président en charge de la Démocratie participative, des Relations aux usagers, de la Citoyenneté, de l’Égalité et de la Concertation et évaluation des Politiques publiques, en juillet 2025, introduit cette envie partagée dans l’espace public. Une première marche vers une culture métropolitaine de l’égalité semble en ce sens franchie, que Clermont Auvergne Métropole a su valoriser vis-à-vis de ses partenaires européens. Sur cette base encourageante, la mise en pratique du plan d’action métropolitain et son ancrage à moyen terme, sur le terrain, restent un objectif à atteindre. Outre l’urgence de répondre aux inégalités et situations de violences qui perdurent, ce plan, traduit en actes, pourra contribuer à renforcer les capacités du territoire à répondre aux nombreux défis liés au changement global.

Observ’agglo 2025 : Comparer la situation des grandes agglomérations à l’heure des transitions

Une démarche d’observation mutualisée des agglomérations françaises portée par les agences d’urbanisme

Le panel en 2025 est celui des intercommunalités de plus de 180 000 habitants, soit 61 agglomérations et métropoles françaises observées à travers une quarantaine d’indicateurs, calculés de la même façon en tout endroit du territoire. Alors que le précédent millésime distinguait métropoles et agglomérations, cette nouvelle édition a choisi de les regrouper afin de proposer une vision et des représentations cartographiques uniques des phénomènes à l’œuvre dans les territoires urbains français, indépendamment de leur statut juridique. Le panel couvre un large prisme de villes françaises, depuis la Métropole du Grand Paris avec plus de 7 millions d’habitants, jusqu’aux agglomérations de Cherbourg et du Nord de la Réunion (178 000 habitants) maintenues dans le panel bien qu’étant passées sous le seuil démographique depuis la précédente édition. Au total, le panel d’Observ’agglo 2025 couvre 29 millions d’habitants, soit 43% de la population française.

Cette édition d’Observ’agglo comme les précédentes se déclinent en trois livrables. Le premier, un poster à double face pensé comme un outil de lecture rapide met en avant, sur sa face cartographique, les paysages et l’environnement qui composent l’arrière-plan des grandes villes, et donne sur sa face graphique une vision synthétique des grandes thématiques. La publication, deuxième format de livrable, propose dans des doubles-pages thématiques des analyses plus fines et documentées des phénomènes observés. Enfin, une base de données dédiée accompagne la publication et le poster pour faciliter l’appropriation des analyses et la comparaison des territoires.

La production de ces trois livrables repose sur un collectif de professionnels des agences d’urbanisme (une vingtaine d’agences mobilisée pour l’édition 2025) et des partenaires de la FNAU [1], garant de la robustesse, de l’originalité, de la pertinence des indicateurs produits et de leurs analyses.  Membre du comité de pilotage au côté de la FNAU et des agences d’urbanisme de Toulon et de Besançon, l’AUCM a participé aux choix stratégiques sur le contenu du millésime 2025 et s’est spécifiquement impliquée dans la production de la partie « s’adapter » lors d’ateliers de travail organisés à Toulon, Rouen et Paris.

Positionner l’adaptation au changement climatique comme clé de lecture des autres thèmes

Six chapitres, correspondant à des fonctionnalités et réalités urbaines, rythment cette nouvelle parution :

  • « S’adapter » face au climat, aux ressources, aux vulnérabilités ;
  • « Être » en fonction de son âge, son activité, sa santé ;
  • « Produire » en tenant compte des mutations économiques et de l’emploi ;
  • « Connecter », à travers les mobilités, les infrastructures, le numérique ;
  • « Se loger » dans un contexte de tensions foncières et de nécessaire efficacité énergétique ;
  • « Vivre ensemble » autour des enjeux sociaux, éducatifs, démocratiques et culturels.

Pour la première fois, les enjeux d’adaptation (climatique, environnementale, énergétique) sont placés en première partie, et non pas relégués comme souvent en fin de publication. Au-delà du symbole, ce changement n’a pas été simple à réaliser tant les données aujourd’hui disponibles pour représenter ces enjeux sont rares et techniques. L’adaptation au changement climatique est ici évoquée à travers les émissions de gaz à effet de serre, la vulnérabilité aux risques naturels, la sensibilité à la hausse des températures, la ressource en eau, l’autosuffisance alimentaire ou encore la biodiversité. D’autres thématiques ont été envisagées (qualité de l’air, gestion des déchets notamment) mais les données disponibles et mobilisables à l’échelle nationale n’étaient pas suffisamment fiables et / ou comparables d’une agglomération à l’autre pour être retenues.

Ce renversement affirme la volonté du comité de pilotage de poser le contexte des situations environnementales des grandes agglomérations françaises comme clé de lecture des autres phénomènes urbains. Comprendre leurs transitions, c’est interroger la manière dont les agglomérations françaises recomposeront leurs modèles démographiques, productifs, leurs mobilités, leurs équilibres sociaux et urbains. Ce choix éditorial permet de proposer trois nouvelles clés de lecture aux situations des métropoles et grandes agglomérations françaises.

Trois clés de lecture transverse

La première clé de lecture est celle de la soutenabilité écologique des croissances démographiques et économiques des métropoles et grandes agglomérations françaises. Ces territoires urbains enregistrent les dynamiques les plus soutenues depuis les années 2010, portées par la natalité et l’attractivité résidentielle ; leurs populations étudiantes augmentent également, renforçant leur vitalité économique et sociale. Mais ces mêmes territoires se trouvent en première ligne face aux risques liés au changement climatique : hausse du nombre de jours de fortes précipitations, extension des périodes de sécheresse, raréfaction de l’eau. La soutenabilité devient ainsi la condition même de leur trajectoire de croissance, les indicateurs environnementaux venant directement éclairer les défis de l’urbanisation, du logement et de l’emploi.

La question du dynamisme métropolitain au regard des inégalités sociales et territoriales qu’il entraîne constitue une deuxième clé de lecture transverse. Les métropoles et grandes agglomérations présentent en moyenne de meilleurs indicateurs de santé, d’accessibilité aux soins et d’emploi que les autres territoires français ; elles concentrent également les filières économiques les plus qualifiées. Mais derrière ces résultats positifs, de fortes disparités internes émergent dont témoignent les indicateurs sur les revenus des ménages, les catégories sociales, les tensions dans le marché des logements, la ségrégation scolaire. La clé de lecture est ici celle de la soutenabilité sociale et du comment maintenir l’attractivité des métropoles et grandes agglomérations sans accentuer leurs fractures sociales et spatiales.

Enfin, la troisième clé de lecture est celle de l’hétérogénéité du panel et de l’existence de territoires moteurs et de territoires fragiles y compris dans le cercle des métropoles et grandes agglomérations françaises. Les marqueurs de l’attractivité et du dynamisme se répartissent à l’échelle nationale selon une « géographie en U », depuis le Sud et l’Ouest jusqu’à la façade atlantique. A l’inverse, le Nord et l’Est, le Centre et les outre-mer se caractérisent par des marqueurs de fragilités différents selon les territoires (vieillissement, santé, emploi, social…). La tension est donc double : d’un côté, des territoires dynamiques qui doivent rendre soutenable leur croissance ; de l’autre, des territoires fragiles qui doivent éviter le cumul de vulnérabilités sociales et environnementales.

Les résultats pour Clermont Auvergne Métropole

Clermont Auvergne Métropole est dans une situation « moyenne » pour 16 des 37 indicateurs analysés. Elle n’est ainsi ni en difficulté, ni vraiment en réussite sur les indicateurs démographiques et les indicateurs de logements. Métropole de petite taille, Clermont Auvergne Métropole connait une croissance démographique modérée en comparaison d’autres agglomérations françaises. Sa population à la fois très jeune (étudiants) et déjà âgée la rend finalement moins sensible aux perspectives de vieillissement que des métropoles aujourd’hui plus soumises à la fois au vieillissement par le bas et par le haut de la pyramide des âges. Son marché du logement est peu tendu (prix et parc social accessible) en comparaison d’autres territoires même si la production de logements neufs progresse faiblement, faisant apparaître une légère tension dans la capacité à produire suffisamment de nouveaux logements pour complètement satisfaire les besoins. Sur le plan énergétique, le nombre de passoires et de bouilloires thermiques est dans la moyenne du panel.

La comparaison de la métropole clermontoise avec les autres grandes agglomérations françaises lui est favorable sur les indicateurs économiques. Le taux de chômage est plutôt faible, le taux d’études élevé, l’augmentation du nombre d’emplois et d’actifs réelle. L’équilibre entre les emplois à haute valeur ajoutée et les emplois accessibles à tous est bon, faisant de la métropole clermontoise une métropole équilibrée quant au panel d’emplois proposé.

La comparaison de la métropole clermontoise avec les autres grandes agglomérations françaises lui est moins favorable sur plusieurs indicateurs environnementaux, de mobilité et du vivre ensemble. Du fait de sa forme urbaine dense et des perspectives climatiques, la métropole clermontoise présente ainsi une assez forte sensibilité aux phénomènes des îlots de chaleur. La qualité des eaux de surface n’est pas très bonne et son agriculture nourricière insuffisante. Des marges de progrès existent également concernant la mobilité : le linéaire de pistes cyclables est peu important et l’attachement à la voiture individuelle encore fort, en tout cas avant le déploiement en cours du projet InspiRe qui devrait répondre à ces faiblesses. Enfin un indicateur du vivre ensemble invite à une vigilance sur cette thématique : la pauvreté est en progression comme dans 58 des 61 agglomérations du panel. Après une augmentation conséquente (+3.4 points), le taux de pauvreté de la métropole clermontoise se situe désormais en milieu de panel, proche des agglomérations de Tours, Poitiers, Reims, Le Havre.

Recré-Action, un cycle de rencontres pour relire l’action publique

Un temps suspendu pour prendre du recul dans l’élaboration du PLU métropolitain

Le cycle Recré-Action a démarré à une période où élus et techniciens étaient engagés dans une phase de rédaction des pièces réglementaires du Plan Local d’Urbanisme métropolitain comprenant des arbitrages structurant pour la dynamique métropolitaine de la prochaine décennie. Des choix d’autant plus complexes qu’ils nécessitent forcément une prise de recul : pourquoi renforcer les règles de végétalisation des projets urbains ? pourquoi interroger chaque nouveau projet selon l’offre de transports et l’identité locale du quartier ? Or la rédaction d’un tel document n’offre que peu de temps supplémentaire pour prendre de la hauteur. Ainsi, la première intention avec Recré-Action fut de proposer des rencontres qui donnaient l’occasion de se détacher de cette rédaction pour mieux y revenir. La seconde intention posée fut tout aussi claire : avec la rédaction des pièces réglementaires, le lien avec le Plan d’Aménagement et de Développement Durables (PADD), la boussole stratégique du PLU métropolitain, se devait d’être maintenu. Ce PADD est structuré autour de trois grands axes. Premièrement les héritages, patrimoniaux, paysagers, culturels, ceux des générations précédentes mais aussi ceux que l’on lègue aux générations suivantes. Les équilibres ensuite, fragiles équilibres entre la ville et la nature, l’accueil de populations et la préservation de la qualité de vie, … Et enfin les transitons, ce virage que la Métropole prend à bras le corps pour faire évoluer nos mobilités, nos modes de vies et nos modes constructifs, pour lutter activement contre le changement climatique tout en prenant soin des plus démunis. Une fois le projet de PLU métropolitain arrêté, le cycle Recré-Action n’a pas disparu, car charge désormais de faire connaître les pièces fondatrices de ce document : ses Orientations d’Aménagement et de Programmation thématiques, « Trames Vertes et Bleues – Paysages » et « Habiter demain », ou encore les spécificités du règlement, notamment pour la préservation des cités jardins. Ces rencontres sont un temps privilégié pour partager et diffuser cette connaissance.

De l’urgence écologique et sociale à l’urgence de faire collectivement

Depuis deux saisons, Recré-Action propose aux élus et aux techniciens des communes, et de la Métropole, de paradoxalement prendre le temps de saisir l’urgence. Derrière ces deux expressions antagonistes, c’est l’idée que l’urgence à agir, tout comme la frénésie du quotidien ne doivent pas nous empêcher de prendre du temps pour réfléchir aux actions à mener. Dès la première saison, il est apparu évident que ces rencontres devaient réunir des élus et des techniciens et que nous devions proposer des modalités d’animations qui leur permettraient de sortir de leur posture habituelle, pour être davantage libre d’échanger et de nouer des liens entre eux. En deux saisons, le cycle a su rassembler près de 100 participants et se distingue par la diversité de son public. La grande majorité des communes concernées ont pris part aux rencontres et plusieurs services de la Métropole sont mobilisés : urbanisme, habitat, culture, patrimoine, …, mais le bilan des deux saisons passées révèle une sous-représentation des élus dans les participants au cycle. Bien qu’il soit complexe d’en tirer des conclusions, l’Agence sera d’autant plus vigilante sur cet équilibre pour la saison à venir. Car c’est bien la rencontre de ces deux publics qui permet de faire communauté apprenante, pour apprendre ensemble mais aussi apprendre les uns des autres.

Un cycle et des débats

Depuis 2022, de nombreux sujets ont été traités avec Recré-Action, toujours en suivant le fil rouge des trois axes du PADD. Ainsi, les héritages ont d’abord fait l’objet d’une séance portée sur notre attachement à la maison individuelle, le pavillon légué par nos parents, mais aussi celui que l’on construit encore, aux franges de la ville, comme en son cœur. Le patrimoine bâti remarquable est un héritage plus évident mais sa préservation ne l’est pas pour autant : doit-on protéger une cité jardin pour son patrimoine architectural ou pour la forme urbaine qu’elle propose ? À quoi tenons-nous ? pour paraphraser la chercheuse en sciences sociale Amélie Flamand, présente ce jour-là. Le cycle Recré-Action a aussi joué avec les équilibres. En ville, la nature peine encore à se faire une place, mise à l’écart, encartée et effrayée par le bruit et la lumière. Mais pour mieux cohabiter, nous devons mieux la comprendre ; un message porté de concert par Thierry Ameglio, chercheur en physiologie de l’arbre, et Stéphane Cordobes, directeur de l’AUCM. Mieux comprendre le vivant, c’est aussi prêter attention à la santé de tous : santé humaine, animale et environnementale. Dans un monde bouleversé par les changements climatiques, il est nécessaire de prendre soin de soi, des autres et de ce qui nous entoure, pour mieux faire face. Les transitions enfin. Celles que nous devons opérer et que nous peinons à réaliser, comme se détacher de l’usage de l’automobile, symbole de liberté mais aussi de pollutions atmosphériques. Alors à quoi seriez-vous prêt à renoncer ? C’est la question qui était posée en séance. Les transitions sont parfois aussi des mouvements plus discrets, mais tout aussi puissants. Depuis près de 10 ans, la Ville de Clermont-Ferrand prend appui sur un architecte conseil pour accompagner la mise en œuvre des projets urbains et répondre à l’objectif du « bon programme au bon endroit ». Cet outil, encore méconnu des communes, va peu à peu se déployer à l’échelle métropolitaine, pour que les projets répondent pleinement aux besoins des habitants et que la forme urbaine soit réfléchie en cohérence avec le quartier.

L’arpentage et le dialogue pour redonner du sens à l’action

Le cycle Recré-Action, ce ne sont pas seulement des experts qui viennent nous éclairer sur des sujets d’intérêt commun. L’AUCM porte une attention particulière à l’expérience vécue, et les temps d’échanges et d’arpentages permettent de créer de bonnes conditions pour que les élus et les techniciens dialoguent ensemble. En deux saisons, de nombreux formats ont été proposés, à la fois en salle, avec des jeux sérieux et des débats mais aussi en extérieur, sur le terrain. Ces marches exploratoires sont utiles à différents niveaux. D’une part, elles permettent de lire la ville sous un autre angle. A Aulnat, nous avons ainsi réinterrogé les aménagements de l’espace public sous le prisme de la santé pour tous. A Châteaugay, nous avons tenté de nous mettre dans la peau d’un arbre. Et à Chamalières, nous nous sommes interrogés, voire émus, de l’avenir de nos cités jardins. Mais ces arpentages offrent aussi des temps informels, car entre deux prises de parole, les participants échangent et apprennent à se connaître.

Alors que peut-on souhaiter pour la suite du cycle Recré-Action ? Avant tout que ce cycle reste un espace ouvert d’échanges et d’interconnaissances, d’autant plus que le PLU métropolitain va être mis en application et que de nouvelles questions, de nouveaux défis, attendront les élus et techniciens des communes et de la métropole. Les élections municipales vont naturellement renouveler les élus, et Recré-Action pourra être un outil pour renouer du lien et poursuivre l’ambition de faire communauté apprenante pour faire face aux enjeux de l’urgence écologique et sociale.