Lors de la confĂ©rence “Adaptation au changement climatique dans les territoire”, experts et Ă©lus ont Ă©changĂ© sur les scĂ©narios et stratĂ©gies locales dâadaptation, avec un message central : « la question nâest plus de savoir sâil faut sâadapter mais comment le faire ». LâAgence dâUrbanisme Clermont Massif central revient sur les enjeux de lâadaptation au changement climatique sur le territoire clermontois.
MIEUX COMPRENDRE LES ENJEUX LOCAUX DU CHANGEMENT CLIMATIQUE
Il est des territoires oĂč la variabilitĂ© spatiale du climat est marquĂ©e, et le bassin clermontois en fait partie. Les reliefs de la ChaĂźne des Puys et des contreforts du Livradois induisent des diffĂ©rences dans la rĂ©partition des tempĂ©ratures, mais aussi des prĂ©cipitations, plus prononcĂ©es sur les massifs volcaniques que sur la plaine de la Limagne. Les inversions de tempĂ©ratures sont frĂ©quentes [2], conduisant notamment Ă la stagnation de masses dâair froid en fond de vallĂ©e et accentuant en ville les phĂ©nomĂšnes de pollutions atmosphĂ©riques. Ces caractĂ©ristiques climatiques pourraient Ă©voluer avec le changement climatique. Les relevĂ©s mĂ©tĂ©orologiques effectuĂ©s entre 1962 et 2021 dĂ©montrent dĂ©jĂ une Ă©lĂ©vation des tempĂ©ratures annuelles en tout point de la rĂ©gion Auvergne-RhĂŽne-Alpes [3]. Comment le climat va-t-il Ă©voluer Ă lâĂ©chelle locale ? La Limagne va-t-elle devenir une terre aride ? Les stations de ski auvergnates appartiennent-elles au passĂ© ? LâAuvergne est-elle toujours le âchĂąteau dâeau de la Franceâ ?
Pour rĂ©pondre aux enjeux du changement climatique, deux types de politiques sont menĂ©es conjointement : lâattĂ©nuation, qui sâattaque aux causes du changement climatique par la rĂ©duction des Ă©missions de gaz Ă effet de serre, et lâadaptation, qui en limite les consĂ©quences nĂ©gatives par la rĂ©duction de la vulnĂ©rabilitĂ© et lâexposition aux alĂ©as. Comme le rappelle CĂ©dric Audenis, Commissaire GĂ©nĂ©ral Adjoint Ă France StratĂ©gie, si les politiques de rĂ©duction ont un objectif qui est trĂšs clair -la neutralitĂ© carbone en 2050 â les politiques dâadaptation sont plus complexes Ă mener car il rĂ©side une incertitude sur les effets locaux du changement climatique.
DES PROJECTIONS CLIMATIQUES LOCALES, POUR UNE MEILLEURE ADAPTATION
Le GIEC [4] analyse depuis 1988 les Ă©volutions du climat, leurs causes, leurs impacts, et les solutions pour y rĂ©pondre. Trois grands types de scĂ©narios sont posĂ©s Ă lâhorizon 2100 : un premier qui entrevoit un rĂ©chauffement climatique contenu Ă +1.5°C/+2°C avec des impacts que lâon est en mesure dâapprĂ©hender ; un scĂ©nario intermĂ©diaire avec un rĂ©chauffement Ă +2°C environ ; un scĂ©nario Ă +4°C, qui comporte nombre dâincertitudes.
Ainsi, lors de cette mĂȘme confĂ©rence, le ministre de la Transition Ă©cologique et de la CohĂ©sion des territoires, Christophe BĂ©chu, a insistĂ© sur le risque de mal-adaptation induit par la prise en compte de scĂ©narios âtrop optimistesâ : « Penser quâon va rester sur une trajectoire Ă +2°C alors que des hypothĂšses Ă +4°C existent nĂ©cessite quâon modĂ©lise cette trajectoire et que lâon ait donc deux scĂ©narios dans notre stratĂ©gie dâadaptation ».
En ce sens, les projections climatiques Ă lâĂ©chelon local permettent de mieux apprĂ©hender les changements climatiques Ă anticiper. Les scientifiques travaillent gĂ©nĂ©ralement Ă partir dâun modĂšle climatique mondial, dĂ©clinĂ© Ă lâĂ©chelle de grandes rĂ©gions, puis emploient des outils statistiques pour corriger les biais. Sur le territoire du Massif central, lâAP3C [5] a conçu des projections climatiques locales de nature statistique (elles ne proviennent donc pas dâun modĂšle climatique global). Celles-ci mettent en Ă©vidence pour 2050 une nette hausse des tempĂ©ratures en hiver et au printemps, ainsi quâun cumul de pluviomĂ©trie en baisse au printemps, particuliĂšrement sur la plaine de la Limagne.
Si les scĂ©narios pour demain varient en fonction des modĂšles employĂ©s et des pĂ©riodes de rĂ©fĂ©rence Ă©tudiĂ©es, ils confirment tous un emballement des dĂ©rĂšglements climatiques, avec des tempĂ©ratures Ă la hausse, une modification dans la rĂ©partition des pluies (mĂȘme Ă lâĂ©chelle locale), une accentuation des pĂ©riodes de canicule, et des Ă©vĂšnements climatiques plus soudains et intenses. Les consĂ©quences sont multiples : sur les Ă©cosystĂšmes, la disponibilitĂ© en eau, lâĂ©conomie, le tourisme (de montagne notamment), la santĂ©, le coĂ»t des assurances etc.
VERS UNÂ âRĂFLEXE ADAPTATION CHEZ TOUS LES ACTEURS â
MalgrĂ© ces connaissances, le changement climatique reste un concept abstrait dans notre quotidien. Notre mĂ©moire des Ă©vĂšnements climatiques (quand elle nâest pas traumatique) est volatile, et lâaugmentation des tempĂ©ratures est complexe Ă apprĂ©hender. AprĂšs tout, un ou deux degrĂ©s de plus, quâest-ce que cela changera dans notre quotidien ? Or, lâanalogie est Ă faire avec le corps humain. Si notre tempĂ©rature corporelle augmente de 1°C seulement, câest tout lâĂ©quilibre qui est menacĂ©. Alors faut-il envisager le scĂ©nario du pire pour nous projeter dans un futur proche ? Par exemple, la Ville de Paris a rĂ©cemment votĂ© la crĂ©ation dâune mission intitulĂ©e « Paris Ă 50°C », qui vise Ă mettre en place un plan dâactions pragmatiques Ă activer lors dâĂ©pisodes de tempĂ©ratures extrĂȘmes.
Selon Morgane Nicol, directrice du Programme Territoires Ă I4CE « pour avancer, la premiĂšre chose Ă faire câest de mettre en place un rĂ©flexe dâadaptation chez tous les acteurs, pour que systĂ©matiquement se pose la question des consĂ©quences du climat futur sur chaque politique ou investissement fait aujourdâhui ».
Alors attĂ©nuation, adaptation, lâAgence dâUrbanisme Clermont Massif central investit pleinement ces enjeux dans le cadre de son programme de travail : culture du risque, vulnĂ©rabilitĂ© de la ressource en eau, observation des transitions environnementales, renaturation⊠autant de sujets qui sont au cĆur des travaux de lâĂ©quipe en 2023 et pour les annĂ©es Ă venir.



LâAgence dâurbanisme accompagne en 2022-2023 Ă©lus et techniciens avec un cycle de formation-action âLâurbanisme mĂ©tropolitain face Ă lâurgence Ă©cologique et socialeâ. Dans ce cadre, le travail de recherche de Judith Drouilles est Ă©clairant, notamment pour sa comparaison avec la situation suisse. LâAgence dâurbanisme lâa interviewĂ©e le 17 mars 2023.





