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L’adaptation au changement climatique, un concept global pour des enjeux locaux

Lors de la confĂ©rence “Adaptation au changement climatique dans les territoire”, experts et Ă©lus ont Ă©changĂ© sur les scĂ©narios et stratĂ©gies locales d’adaptation, avec un message central : « la question n’est plus de savoir s’il faut s’adapter mais comment le faire ». L’Agence d’Urbanisme Clermont Massif central revient sur les enjeux de l’adaptation au changement climatique sur le territoire clermontois.

MIEUX COMPRENDRE LES ENJEUX LOCAUX DU CHANGEMENT CLIMATIQUE

Il est des territoires oĂč la variabilitĂ© spatiale du climat est marquĂ©e, et le bassin clermontois en fait partie. Les reliefs de la ChaĂźne des Puys et des contreforts du Livradois induisent des diffĂ©rences dans la rĂ©partition des tempĂ©ratures, mais aussi des prĂ©cipitations, plus prononcĂ©es sur les massifs volcaniques que sur la plaine de la Limagne. Les inversions de tempĂ©ratures sont frĂ©quentes [2], conduisant notamment Ă  la stagnation de masses d’air froid en fond de vallĂ©e et accentuant en ville les phĂ©nomĂšnes de pollutions atmosphĂ©riques. Ces caractĂ©ristiques climatiques pourraient Ă©voluer avec le changement climatique. Les relevĂ©s mĂ©tĂ©orologiques effectuĂ©s entre 1962 et 2021 dĂ©montrent dĂ©jĂ  une Ă©lĂ©vation des tempĂ©ratures annuelles en tout point de la rĂ©gion Auvergne-RhĂŽne-Alpes [3]. Comment le climat va-t-il Ă©voluer Ă  l’échelle locale ? La Limagne va-t-elle devenir une terre aride ? Les stations de ski auvergnates appartiennent-elles au passĂ© ? L’Auvergne est-elle toujours le “chĂąteau d’eau de la France” ?

Pour rĂ©pondre aux enjeux du changement climatique, deux types de politiques sont menĂ©es conjointement : l’attĂ©nuation, qui s’attaque aux causes du changement climatique par la rĂ©duction des Ă©missions de gaz Ă  effet de serre, et l’adaptation, qui en limite les consĂ©quences nĂ©gatives par la rĂ©duction de la vulnĂ©rabilitĂ© et l’exposition aux alĂ©as. Comme le rappelle CĂ©dric Audenis, Commissaire GĂ©nĂ©ral Adjoint Ă  France StratĂ©gie, si les politiques de rĂ©duction ont un objectif qui est trĂšs clair -la neutralitĂ© carbone en 2050 – les politiques d’adaptation sont plus complexes Ă  mener car il rĂ©side une incertitude sur les effets locaux du changement climatique.

DES PROJECTIONS CLIMATIQUES LOCALES, POUR UNE MEILLEURE ADAPTATION

Le GIEC [4] analyse depuis 1988 les Ă©volutions du climat, leurs causes, leurs impacts, et les solutions pour y rĂ©pondre. Trois grands types de scĂ©narios sont posĂ©s Ă  l’horizon 2100 : un premier qui entrevoit un rĂ©chauffement climatique contenu Ă  +1.5°C/+2°C avec des impacts que l’on est en mesure d’apprĂ©hender ; un scĂ©nario intermĂ©diaire avec un rĂ©chauffement Ă  +2°C environ ; un scĂ©nario Ă  +4°C, qui comporte nombre d’incertitudes.

Ainsi, lors de cette mĂȘme confĂ©rence, le ministre de la Transition Ă©cologique et de la CohĂ©sion des territoires, Christophe BĂ©chu, a insistĂ© sur le risque de mal-adaptation induit par la prise en compte de scĂ©narios “trop  optimistes” : « Penser qu’on va rester sur une trajectoire Ă  +2°C alors que des hypothĂšses Ă  +4°C existent nĂ©cessite qu’on modĂ©lise cette trajectoire et que l’on ait donc deux scĂ©narios dans notre stratĂ©gie d’adaptation ».

En ce sens, les projections climatiques Ă  l’échelon local permettent de mieux apprĂ©hender les changements climatiques Ă  anticiper. Les scientifiques travaillent gĂ©nĂ©ralement Ă  partir d’un modĂšle climatique mondial, dĂ©clinĂ© Ă  l’échelle de grandes rĂ©gions, puis emploient des outils statistiques pour corriger les biais. Sur le territoire du Massif central, l’AP3C [5] a conçu des projections climatiques locales de nature statistique (elles ne proviennent donc pas d’un modĂšle climatique global).  Celles-ci  mettent en Ă©vidence pour 2050 une nette hausse des tempĂ©ratures en hiver et au printemps, ainsi qu’un cumul de pluviomĂ©trie en baisse au printemps, particuliĂšrement sur la plaine de la Limagne.

Si les scĂ©narios pour demain varient en fonction des modĂšles employĂ©s et des pĂ©riodes de rĂ©fĂ©rence Ă©tudiĂ©es, ils confirment tous un emballement des dĂ©rĂšglements climatiques, avec des tempĂ©ratures Ă  la hausse, une modification dans la rĂ©partition des pluies (mĂȘme Ă  l’échelle locale), une accentuation des pĂ©riodes de canicule, et des Ă©vĂšnements climatiques plus soudains et intenses. Les consĂ©quences sont multiples : sur les Ă©cosystĂšmes, la disponibilitĂ© en eau, l’économie, le tourisme (de montagne notamment), la santĂ©, le coĂ»t des assurances etc.

VERS UN  “RÉFLEXE ADAPTATION CHEZ TOUS LES ACTEURS “

MalgrĂ© ces connaissances, le changement climatique reste un concept abstrait dans notre quotidien. Notre mĂ©moire des Ă©vĂšnements climatiques (quand elle n’est pas traumatique) est volatile, et l’augmentation des tempĂ©ratures est complexe Ă  apprĂ©hender. AprĂšs tout, un ou deux degrĂ©s de plus, qu’est-ce que cela changera dans notre quotidien ? Or, l’analogie est Ă  faire avec le corps humain. Si notre tempĂ©rature corporelle augmente de 1°C seulement, c’est tout l’équilibre qui est menacĂ©. Alors faut-il envisager le scĂ©nario du pire pour nous projeter dans un futur proche ? Par exemple, la Ville de Paris a rĂ©cemment votĂ© la crĂ©ation d’une mission intitulĂ©e « Paris Ă  50°C », qui vise Ă  mettre en place un plan d’actions pragmatiques Ă  activer lors d’épisodes de tempĂ©ratures extrĂȘmes.

Selon Morgane Nicol, directrice du Programme Territoires Ă  I4CE « pour avancer, la premiĂšre chose Ă  faire c’est de mettre en place un rĂ©flexe d’adaptation chez tous les acteurs, pour que systĂ©matiquement se pose la question des consĂ©quences du climat futur sur chaque politique ou investissement fait aujourd’hui ».

Alors attĂ©nuation, adaptation, l’Agence d’Urbanisme Clermont Massif central investit pleinement ces enjeux dans le cadre de son programme de travail  : culture du risque, vulnĂ©rabilitĂ© de la ressource en eau, observation des transitions environnementales, renaturation
 autant de sujets qui sont au cƓur des travaux de l’équipe en 2023 et pour les annĂ©es Ă  venir.

Penser l’avenir des tissus pavillonnaires, un Ă©change avec Judith Drouilles

Judith Drouilles est architecte de formation et urbaniste diplĂŽmĂ©e de l’école d’urbanisme de Paris. Au Laboratoire d’architecture et technologies durables de l’Ecole Polytechnique fĂ©dĂ©rale de Lausanne, elle a conduit une thĂšse de doctorat sur l’évolution des quartiers pavillonnaires suisses et pĂ©riurbains Ă  l’horizon 2050, sous la direction du professeur Emmanuel Rey.

L’Agence d’urbanisme accompagne en 2022-2023 Ă©lus et techniciens avec un cycle de formation-action “L’urbanisme mĂ©tropolitain face Ă  l’urgence Ă©cologique et sociale”. Dans ce cadre, le travail de recherche de Judith Drouilles est Ă©clairant, notamment pour sa comparaison avec la situation suisse. L’Agence d’urbanisme l’a interviewĂ©e le 17 mars 2023.

QU’EST-CE QUI VOUS A AMENÉ À CHOISIR CE SUJET DE RECHERCHE ?

C’est un sujet sur lequel j’ai commencĂ© Ă  travailler dans le cadre de mon diplĂŽme d’architecture Ă  l’école de Paris-Malaquais (ENSAPM), oĂč j’étais plutĂŽt focalisĂ©e sur le Grand Paris. Dans les annĂ©es 2010, la question qui se posait Ă©tait de densifier autour des gares de la rĂ©gion Ile-de-France. Et c’est lĂ  que j’en suis venue Ă  travailler sur des tissus pavillonnaires, et donc Ă  m’intĂ©resser Ă  ce sujet, car en petite couronne parisienne, pavillonnaire et densification autour des gares sont deux thĂšmes intimement liĂ©s. J’ai ensuite Ă©tendu ce travail au territoire suisse, Ă  l’agglomĂ©ration lausannoise, en privilĂ©giant les enjeux de transition et de transformation Ă  ceux de la densification.

VOTRE THÈSE EST APPLIQUÉE AUX QUARTIERS RÉSIDENTIELS PÉRIPHÉRIQUES DE L’AGGLOMÉRATION DE LAUSANNE, EN SUISSE. EN QUOI SONT-ILS DIFFÉRENTS DE NOS QUARTIERS PAVILLONNAIRES EN FRANCE ?

Il y a de nombreux points similaires, mais ce qui diffĂšre principalement entre les quartiers suisses et français c’est l’échelle : la dimension des quartiers, des parcelles, des maisons, etc. Mais ce qui distingue surtout les quartiers pavillonnaires les uns des autres en Suisse ou en France, c’est leur distance au centre, c’est cela qui influence les principales caractĂ©ristiques. Plus on est proche du centre et plus il y a de la pression sur ces quartiers pour accueillir de plus en plus d’habitants. Les logements et les parcelles vont rĂ©trĂ©cir et finalement on aura une assez grande densitĂ©. Le processus de densification douce se fait dĂ©jĂ  naturellement dans les quartiers les plus proches des centres. Quel que soit le territoire, on a ce processus et cette forme basique des quartiers pavillonnaires. Au-delĂ  de cette distance au centre, la particularitĂ© de la Suisse, c’est que nous trouvons encore rĂ©guliĂšrement de grandes parcelles avec des villas assez imposantes, ce qui est moins le cas dans les pĂ©riphĂ©ries françaises.

QU’EST-CE QUI EXPLIQUE SELON VOUS L’ASPIRATION DES MÉNAGES VERS LE PÉRIURBAIN ?

On sent qu’il y a cette quĂȘte d’espace, qui est l’une des raisons principales qui poussent les mĂ©nages Ă  rechercher une maison individuelle avec jardin. Mais on note aussi une recherche d’indĂ©pendance dans la maniĂšre de vivre. La recherche de qualitĂ© du logement prime parfois sur l’accĂšs aux services.

ET S’IL DEVAIT RESTER UN COUPABLE DE L’ÉTALEMENT URBAIN, QUEL SERAIT-IL ?

À mon avis, l’étalement urbain, c’est un fait de sociĂ©tĂ©. C’est quelque chose qui s’est formĂ© au fil du temps. On a tous l’idĂ©al de la maison individuelle en tĂȘte, qu’on le concrĂ©tise ou non. La majoritĂ© des mĂ©nages se dit un jour “est-ce qu’habiter en maison individuelle avec un jardin ne serait pas plus adĂ©quat pour ma qualitĂ© de vie ?”.

Ce qui a rendu possible cet Ă©talement urbain c’est l’accĂ©lĂ©ration des dĂ©placements. Avant le dĂ©veloppement du train au 19Ăšme siĂšcle, on habitait soit en ville, soit Ă  la campagne. Avec le train, l’étalement urbain a pris forme car il devenait envisageable d’habiter plus loin de son travail, et donc d’accĂ©der Ă  des logements plus spacieux, dans des villes moins polluĂ©es et surpeuplĂ©es. Avec l’apparition de la voiture, c’est le territoire entier qui a Ă©tĂ© mis Ă  disposition. Toute la sociĂ©tĂ© s’est ensuite organisĂ©e pour accompagner cette accĂ©lĂ©ration des dĂ©placements, et les projets immobiliers ont Ă©tĂ© facilitĂ©s par un prix du foncier agricole dĂ©risoire.

DANS VOTRE THÈSE, VOUS PARLEZ DES “STIGMATES DE LA VILLE DIFFUSE”. POUVEZ-VOUS REVENIR SUR CETTE NOTION ?

Le terme de ville diffuse est synonyme d’étalement urbain. Il existe diffĂ©rents modĂšles de villes. En Suisse on essaye de mettre en place la ville polycentrique, qui connecte diffĂ©rents pĂŽles entre eux par des rĂ©seaux de transports performants. À l’inverse, la ville diffuse est Ă©talĂ©e dans le territoire sans prĂ©senter de pĂŽle majeur attractif. Les stigmates, eux, sont facilement identifiables. La ville diffuse repose sur un tissu bĂąti de maisons individuelles, qui consomme du territoire au dĂ©triment des surfaces agricoles, forestiĂšres et naturelles. C’est un mode de vie dĂ©pendant de la voiture et donc gĂ©nĂ©rateur de pollutions, et qui encourage aussi l’individualisme et le repli sur soi. Restent aussi les questions d’efficacitĂ© Ă©nergĂ©tique des bĂątiments, qui souvent sont sous-occupĂ©s du fait des Ă©volutions dĂ©mographiques et des phĂ©nomĂšnes de recomposition des mĂ©nages. Pour toutes ces raisons, quand on compare la consommation d’énergie par personne, on remarque qu’elle est beaucoup plus importante en maison individuelle pĂ©riphĂ©rique qu’en appartement en ville.

À L’INVERSE, LE TISSU PÉRI-URBAIN EST DOTÉ DE RÉELLES QUALITÉS. QUELLES SONT-ELLES ?

A mon avis, la qualitĂ© principale de ces tissus est leur faible densitĂ©, avec une disponibilitĂ© importante de surface de pleine terre, permettant dans certains cas une vĂ©gĂ©talisation et une arborisation de qualitĂ© (mĂȘme si les jardins sont considĂ©rĂ©s [dans les documents de planification] comme des surfaces artificialisĂ©es). Aujourd’hui ces territoires sont aussi vus comme des rĂ©serves fonciĂšres propices Ă  accueillir de nouveaux mĂ©nages. On a aussi dans ces quartiers des communautĂ©s plus locales. Mais les qualitĂ©s de ces territoires sont encore Ă  explorer et Ă  exploiter. On a encore du mal Ă  trouver un Ă©quilibre entre les stigmates et les qualitĂ©s, sinon nous n’aurions pas ce dĂ©bat aujourd’hui.

COMMENT PEUT-ON CONCILIER LA PRÉSERVATION DES QUALITÉS DU TISSU PAVILLONNAIRE, NOTAMMENT LA PLEINE TERRE ET LA PRÉSENCE D’ARBRES, AVEC LES LOGIQUES DE DENSIFICATION PAVILLONNAIRES ?

Dans les quartiers de maisons individuelles, chaque propriĂ©taire agit sur sa parcelle et sur sa maison, selon son propre intĂ©rĂȘt, au moment oĂč il en a besoin. C’est le principe d’un quartier de maisons individuelles : chacun est maĂźtre chez soi et sur son terrain, c’est ce que garantit la propriĂ©tĂ© individuelle.

C’est aujourd’hui du ressort des politiques publiques de prendre cette question Ă  bras-le-corps. Mais nous n’avons pas encore tous les outils pour remettre en question les mĂ©canismes de densification Ă  la parcelle de biens individuels occupĂ©s par leur propriĂ©taire. On reste focalisĂ© sur le “parcelle par parcelle” et on peine Ă  dĂ©velopper des visions Ă  l’échelle du quartier. Or c’est Ă  cette Ă©chelle que l’on pourrait arriver Ă  prĂ©server les espaces libres, comme les cƓurs d’ülots dans certains cas, mais pour cela il faut vraiment avoir une vision plus haute, Ă  l’ülot voire au quartier. Surtout que le quartier est un site d’étude facilement identifiable grĂące Ă  sa morphologie urbaine, et pour lequel il serait intĂ©ressant d’avoir au moins un schĂ©ma directeur, qui pourrait mettre en Ă©vidence les Ă©lĂ©ments Ă  prĂ©server ou Ă  dĂ©velopper, comme les corridors Ă©cologiques ou des parcours pour les mobilitĂ©s douces, sans forcĂ©ment contrarier les intĂ©rĂȘts des propriĂ©taires et les priver de leur propriĂ©tĂ© privĂ©e.

DANS VOTRE THÈSE, VOUS AVEZ CONSTRUIT PLUSIEURS SCÉNARIOS PROSPECTIFS D’ÉVOLUTION DES TISSUS PAVILLONNAIRES, POUVEZ-VOUS NOUS LES PRÉSENTER EN QUELQUES MOTS ?

La thĂšse a dĂ©veloppĂ© 5 scĂ©narios prospectifs entre 2015 et 2050. On a d’abord un premier groupe avec les scĂ©narios “CaducitĂ©â€ et “ExclusivitĂ©â€, qui se basent sur une idĂ©e de poursuite du modĂšle actuel. Le scĂ©nario “CaducitĂ©â€ prĂ©sente un quartier de maisons individuelles Ă©loignĂ© de tout, dans un secteur peu attractif, et qui a du mal Ă  se renouveler. Dans le scĂ©nario “ExclusivitĂ©â€, on est Ă  l’inverse dans un endroit relativement attractif, avec une volontĂ© des propriĂ©taires de maintenir les valeurs de leur bien, et donc on suppose une augmentation des prix et une protection des terrains pour prĂ©server la maison comme un bien d’exception.

Le scĂ©nario “ExclusivitĂ©â€ est surtout applicable Ă  la Suisse, oĂč la rĂ©vision de la Loi sur l’amĂ©nagement du territoire tente de stopper l’étalement urbain, notamment en redimensionnant les zones Ă  bĂątir et en basculant les terrains constructibles non bĂątis dans les franges du territoire urbanisĂ©, attribuĂ©s il y a plus de 15 ans, en zones agricoles. Donc progressivement cela va augmenter la pression sur les quartiers de maisons individuelles existants, car les nouveaux quartiers ne prĂ©sentent pas les mĂȘmes qualitĂ©s, ils sont beaucoup plus denses et ne se composent plus de villas individuelles. Dans ce cadre-lĂ , la maison devient un bien d’exception, notamment lorsqu’elle prĂ©sente des vues (sur le lac, sur les Alpes, 
). Dans ce scĂ©nario “ExclusivitĂ©â€, on essaye donc de conserver au mieux ces qualitĂ©s pour les prochaines annĂ©es.

Le troisiĂšme scĂ©nario, “OpportunitĂ©â€, repose sur une densification douce, parcelle par parcelle. Ce sont des mĂ©canismes au coup par coup trĂšs courants actuellement, avec une large palette de projets (agrandir sa maison, construire en fond de parcelle, etc.).

Dans les deux derniers scĂ©narios, on essaye de mettre en Ɠuvre une vision Ă  l’échelle du quartier. Le scĂ©nario “UrbanitĂ©â€ consiste en quelque sorte Ă  re-rĂ©partir les droits Ă  bĂątir pour crĂ©er des logements collectifs dans le quartier. Ce scĂ©nario permet par exemple de reloger des personnes ĂągĂ©es Ă  l’intĂ©rieur mĂȘme de leur quartier, quand leur logement n’est plus adaptĂ© Ă  leurs besoins. Les quartiers d’habitat pavillonnaire ont par ailleurs un foncier trĂšs fragmentĂ©, ce qui les rend difficilement praticables pour les piĂ©tons, qui doivent parfois faire des dĂ©tours importants pour aller d’un point Ă  un autre. Rien qu’en ayant cette vue d’ensemble et en crĂ©ant des sentes piĂ©tonnes, cela peut dĂ©jĂ  changer la donne.

Le dernier scĂ©nario, “MutualitĂ©â€, est encore plus radical dans la transition. Dans ce scĂ©nario, on considĂšre des maisons construites dans les annĂ©es 70 ou 80, qui ne prĂ©sentent pas de qualitĂ©s particuliĂšres. Ainsi, si une maison n’a pas Ă©tĂ© rĂ©novĂ©e au bout de 50 ans (ce qui correspond Ă  la durĂ©e d’amortissement de son Ă©nergie grise, soit l’énergie mise en Ɠuvre pour construire le bĂątiment), on active un processus de dĂ©molition/reconstruction. Mais au lieu de reconstruire sur place, on rĂ©organise progressivement le bĂąti avec des formes urbaines intermĂ©diaires, en mutualisant les espaces verts de pleine terre. On cherche donc une meilleure intĂ©gration dans le paysage. Cette mutualisation permet de crĂ©er des jardins partagĂ©s, par exemple pour mieux organiser la production alimentaire sur place (car la gestion peut ĂȘtre collective), ou concevoir des lieux communautaires, ou encore des espaces de jeux pour enfants. Les scĂ©narios “UrbanitĂ©â€ et “MutualitĂ©â€ ont en commun la volontĂ© de rĂ©intĂ©grer les quartiers dans l’agglomĂ©ration dans laquelle ils se trouvent.

 AVEC LE RECUL, AVEZ-VOUS L’IMPRESSION D’AVOIR ÉPUISÉ LES POSSIBLES ?

Pas vraiment, mais on parle de scĂ©narios donc ce sont par dĂ©finition des caricatures. Il peut exister des milliers de variations et de mĂ©langes entre ces scĂ©narios. Donc, oui, il y a sans doute une autre voie, mais je n’en n’ai pas forcĂ©ment vu d’autre aussi nette que les cinq Ă©voquĂ©es prĂ©cĂ©demment. AprĂšs, il y a Ă©videmment “on rase tout et on fait beaucoup plus dense”, mais ce n’était pas du tout la solution que je souhaitais ! J’ai vraiment travaillĂ© dans l’optique de faire avec ce que l’on a, en respectant le principe de la propriĂ©tĂ© individuelle qui est fondamental. Mon objectif Ă©tait de travailler avec les qualitĂ©s internes des quartiers, de conserver la mĂȘme densitĂ©, tout en cherchant une rĂ©organisation, doucement, et en accord avec les habitants.

POUR FAIRE ÉVOLUER CES TISSUS, QUELLE EST LA RESPONSABILITÉ DES DONNEURS D’ORDRES, DES PRENEURS DE DÉCISIONS ET GLOBALEMENT DES INSTITUTIONS TERRITORIALES AUJOURD’HUI ?

Ce qui est fondamental c’est d’avoir cette vision Ă  l’échelle du quartier. Il faut donc trouver les outils pour le faire et c’est la question que je me pose encore aujourd’hui. Les schĂ©mas directeurs Ă  l’échelle du quartier, les mĂ©canismes de redistribution des droits Ă  bĂątir sont des solutions. Il nous faut trouver des maniĂšres de rĂ©glementer, tout en donnant de la flexibilitĂ© pour innover, sans ĂȘtre contraint de toujours travailler Ă  la parcelle.

QUELLES SONT POUR VOUS LES ACTIONS À MENER EN PRIORITÉ ?

En prioritĂ© c’est la question de la performance Ă©nergĂ©tique qu’il faut rĂ©gler. Les quartiers de grande pĂ©riphĂ©rie des agglomĂ©rations, qui se sont dĂ©veloppĂ©s dans la seconde moitiĂ© du 20Ăšme siĂšcle et qui sont trĂšs dĂ©pendants de l’automobile, sont gĂ©nĂ©ralement au bout de leur premiĂšre phase d’occupation. On assiste donc Ă  une transition entre des mĂ©nages qui s’en vont et d’autres qui s’installent, et cette phase s’accompagne de travaux pour adapter les logements. Et c’est dans ce moment charniĂšre qu’il est important d’intervenir systĂ©matiquement pour encourager les travaux d’amĂ©lioration globale de l’enveloppe du bĂątiment (murs, toiture, fenĂȘtres, etc.), d’employer des systĂšmes de chauffage plus performants et utilisant des Ă©nergies renouvelables. Sans incitations publiques, ces travaux lourds risquent d’ĂȘtre fortement retardĂ©s. Un autre point qui me tient Ă  cƓur, et qui est difficile aussi Ă  transmettre, c’est qu’avec le scĂ©nario “OpportunitĂ©â€, de densification douce, les bĂątiments et/ou les parcelles sont divisĂ©es et on a progressivement une fragmentation du foncier. Le risque, si ce mĂ©canisme est dĂ©veloppĂ© dans tous les quartiers pavillonnaires, c’est que dans 30 ou 40 ans, on soit encore face Ă  face, Ă  se poser la mĂȘme question qu’aujourd’hui : “qu’est-ce qu’on fait ?”. Car certes, on aura des quartiers plus denses, mais ils seront aussi beaucoup plus complexes Ă  transformer, car les parcelles seront plus petites et les propriĂ©taires plus nombreux. C’est une situation que l’on observe dĂ©jĂ  dans les lotissements denses.

POUR CONCLURE, SELON VOUS, CE SERAIT QUOI, LE FUTUR HEUREUX ET DÉSIRABLE ?

Selon moi, les quartiers de maisons individuelles sont un Ă©lĂ©ment de notre patrimoine, de notre hĂ©ritage, c’est vraiment le tissu du 20Ăšme siĂšcle. C’est aussi un mode de vie plĂ©biscitĂ©, recherchĂ©, et il serait dommage de le voir disparaĂźtre au nom de la densitĂ©. Il faut rĂ©ussir Ă  en prĂ©server l’identitĂ© et le cadre de vie, qui sont aujourd’hui les deux points positifs de ces endroits lĂ . Mais pour cela il faut rĂ©ussir Ă  dĂ©velopper rĂ©ellement des quartiers de maisons individuelles, et pas simplement cette nappe dans laquelle on habite. Il faut donc intĂ©grer ces quartiers au fonctionnement des communes, en y amenant des services, des activitĂ©s et de la mixitĂ©.

La surélévation des bùtiments : une réponse à la sobriété fonciÚre

Si la surĂ©lĂ©vation des bĂątiments a historiquement fait ses preuves, un rĂ©cent travail de recherche, menĂ© par l’architecte GĂ©raldine Bouchet-Blancou, met en perspective une approche renouvelĂ©e de ce mode de faire “la ville sur la ville” avec les enjeux des trajectoires de neutralitĂ© carbone et d’atteinte du ZĂ©ro Artificialisation Nette (ZAN) des sols. Ainsi, l’ouvrage Densifier et rĂ©nover Ă  l’échelle urbaine par la surĂ©lĂ©vation des bĂątiments propose une analyse conjuguant enjeux techniques, rĂ©glementaires, juridiques et financiers avec le dĂ©ploiement d’une identification Ă  grande Ă©chelle du potentiel foncier des toits. Nous en partageons notre lecture.

LA SURÉLÉVATION DES BÂTIMENTS, LEVIER DE DENSIFICATION HORS SOL

Les grandes mĂ©tropoles europĂ©ennes ont connu, au fil des siĂšcles, des vagues de surĂ©lĂ©vations des bĂątiments existants, notamment en raison de l’impossibilitĂ© d’étendre la ville au-delĂ  de la barriĂšre physique que constituaient les fortifications. Ainsi, Paris, Barcelone ou GenĂšve ont Ă©tĂ© densifiĂ©es par strates successives pour rĂ©pondre aux besoins d’accueil de population, besoins souvent anticipĂ©s dans la conception du bĂąti originel. La construction de la ville sur la ville est une technique en fait bien rodĂ©e. Cependant, ce type d’opĂ©ration a Ă©tĂ© dĂ©laissĂ© depuis la moitiĂ© du XXe siĂšcle au profit de la construction neuve qui bĂ©nĂ©ficiait de l’abondance d’espaces libres Ă  coloniser, en lien avec le dĂ©ploiement de la mobilitĂ© individuelle.

Depuis une quinzaine d’annĂ©es, l’engouement pour la densification verticale renaĂźt progressivement, en rĂ©ponse Ă  la trĂšs forte hausse des valeurs fonciĂšres et Ă  la nĂ©cessitĂ© de maĂźtriser l’étalement urbain. C’est dans ce contexte que la loi Alur de 2014 avait introduit des mesures « facilitatrices » en supprimant le coefficient d’occupation du sol (COS) et en limitant le droit de vĂ©to du propriĂ©taire du dernier Ă©tage pour permettre la rĂ©alisation d’opĂ©rations de surĂ©lĂ©vation en centre-ville, avec l’ambition d’y introduire plus de mixitĂ© sociale.

Si des freins rĂšglementaires persistent, notamment au sein des secteurs patrimoniaux oĂč les Architectes des BĂątiments de France (ABF) restent souvent rĂ©ticents Ă  ce type de projet au nom de la prĂ©servation des perspectives monumentales, la limitation de hauteur encadrĂ©e par les Plans Locaux d’Urbanisme (PLU) a tendance Ă  s’assouplir pour ouvrir les voies de la densification. Au niveau local, le PLU de Clermont Ferrand introduit une rĂšgle dĂ©rogatoire pour permettre le dĂ©ploiement de la canopĂ©e urbaine en cƓur de ville. Dans un autre contexte, la ville de Vichy a rĂ©cemment modifiĂ© son PLU et supprimĂ© la rĂšgle de hauteur sur le pĂ©rimĂštre du site patrimonial remarquable, afin de permettre une analyse plus circonstanciĂ©e du contexte urbain, une conception au cas par cas prenant appui sur un dialogue rapprochĂ© entre la ville, l’ABF et l’opĂ©rateur.

LA SURÉLÉVATION, LEVIER DE FINANCEMENT DE LA RÉNOVATION DU BÂTI EXISTANT ?

Si le principal moteur des projets de surĂ©lĂ©vation reste l’économie de charge fonciĂšre, le montage financier permet Ă©galement de conjuguer rĂ©novation du bĂąti et construction neuve par ajout d’étages, l’un (valorisation du foncier dĂ©jĂ  maĂźtrisĂ©) venant financer l’autre (remise aux normes et amĂ©lioration des surfaces existantes). Ce dispositif gagnant-gagnant est d’ailleurs investi par les bailleurs sociaux tel Habitat Social Français qui a rĂ©alisĂ©, sur Paris, la moitiĂ© de sa production des cinq derniĂšres annĂ©es par surĂ©lĂ©vation (11 opĂ©rations pour un total de 187 logements produits), adossant la rĂ©habilitation des logements existants Ă  une part significative de projets de surĂ©lĂ©vation. Le parc d’habitat social des annĂ©es 70-80 se prĂȘte bien aux opĂ©rations de surĂ©lĂ©vation dans la mesure oĂč les structures porteuses sont suffisamment robustes (bĂ©ton armĂ©, toits terrasses) et les gains Ă©nergĂ©tiques Ă  rĂ©aliser sur l’existant, substantiels (isolation par l’extĂ©rieur, rĂ©duction des ponts thermiques).

D’un point de vue technique, l’utilisation de matĂ©riaux « secs » tels le bois ou l’acier, permet d’une part de rĂ©duire les charges supplĂ©mentaires sur l’édifice existant, mais Ă©galement d’allĂ©ger le bilan environnemental de l’opĂ©ration en agissant sur la performance thermique du bĂąti, en rĂ©duisant les phĂ©nomĂšnes d’ülots de chaleur (toits vĂ©gĂ©talisĂ©s, revĂȘtements clairs basĂ©s sur le principe d’albĂ©do limitant l’absorption de chaleur, surplombs de protection solaire
), voire en stockant du carbone (cas des bardages bois non traitĂ©s et des surfaces vĂ©gĂ©talisĂ©es).

Toutefois, l’équilibre financier reste fragile et trĂšs dĂ©pendant des prix du marchĂ© foncier. En effet, le montage de ce type d’opĂ©ration nĂ©cessite un grand nombre d’intervenants (Ă©tude de structure et de sol, frais de gĂ©omĂštre et de notaire dans le cas des copropriĂ©tĂ©s, assistant Ă  maĂźtrise d’ouvrage, coĂ»t de la construction neuve et d’accĂšs aux nouveaux niveaux créés, rĂ©novation et liaison neuf/existant) gĂ©nĂ©rant de fait des surcoĂ»ts.

VERS UNE STRATÉGIE D’IDENTIFICATION DU FONCIER AÉRIEN ?

Au regard des lois limitant l’artificialisation et des enjeux fonciers qui en dĂ©coulent, des systĂšmes d’information gĂ©ographique permettant d’identifier de maniĂšre automatisĂ©e les gisements fonciers aĂ©riens sont dĂ©veloppĂ©s. Croisant les donnĂ©es rĂ©glementaires, contextuelles (hauteur des mitoyens), d’annĂ©e du bĂąti existant et d’étiquette Ă©nergĂ©tique ainsi que l’accessibilitĂ© pour la mise en Ɠuvre du chantier, ces systĂšmes permettent d’identifier les gisements potentiels avant d’entrer en phase d’étude de faisabilitĂ© technique.

Les territoires sous forte pression fonciĂšre s’emparent donc du levier de mobilisation du foncier aĂ©rien pour rĂ©pondre aux besoins de production de logements dans un contexte de rarĂ©faction du foncier au sol. Quid de l’Auvergne dans cette course aux mĂštres carrĂ©s ?

Les Ă©tudes de gisement foncier Ă  l’Ɠuvre sur le territoire depuis une dizaine d’annĂ©es sont orientĂ©es sur la reconversion des friches industrielles qui prĂ©sentent bien souvent des qualitĂ©s structurelles intĂ©ressantes pour des opĂ©rations de surĂ©lĂ©vation. C’est le cas de la friche des Docks de Blois Ă  Vichy, ancien site ferroviaire qui a Ă©tĂ© reconverti en 2018 en rĂ©sidence intergĂ©nĂ©rationnelle et institut de formation par l’ajout d’un niveau sur la structure existante. A Clermont-Ferrand, la reconversion d’une partie d’une friche Michelin est entrĂ©e en phase de chantier mi 2022. Le site de Cataroux ouvre sa reconversion par l’ILO23 en rĂ©investissant le patrimoine industriel, formant ainsi un socle d’accueil du programme neuf dĂ©veloppĂ© en surĂ©lĂ©vation.

La surĂ©lĂ©vation est donc dĂ©jĂ  une rĂ©alitĂ© locale. De lĂ  Ă  lancer un recensement prĂ©cis des secteurs urbains denses, il n’y a qu’un pas que le ZAN devrait accĂ©lĂ©rer. Si les secteurs denses des centralitĂ©s urbaines sont Ă  la recherche de mĂštres carrĂ©s supplĂ©mentaires pour Ă©quilibrer financiĂšrement des opĂ©rations, les collectivitĂ©s auraient Ă©galement intĂ©rĂȘt Ă  investiguer le parc public, voire les zones d’activitĂ©s Ă©conomiques, afin de mesurer les marges de progrĂšs envisageables pour une gestion optimale des surfaces dĂ©jĂ  construites.

Finalement, si la dynamique de surĂ©lĂ©vation des bĂątiments progresse sur le territoire national, elle reste encore marginale. Outre les freins techniques et rĂ©glementaires, la structuration de la filiĂšre BĂątiment pose Ă©galement des limites : elle est essentiellement formĂ©e Ă  la construction neuve et Ă  l’usage du bĂ©ton et accueille parallĂšlement un rĂ©seau d’artisans orientĂ©s vers la rĂ©novation mais souvent relevant de petites entreprises plus que de grands groupes. La multiplication des intervenants pour mener Ă  bien ce type d’opĂ©ration (ceux spĂ©cialisĂ©s dans la rĂ©novation, ceux dans les constructions Ă  ossature bois, ceux dans la mise en Ɠuvre de chantiers en hauteur, le thermicien, etc) entraĂźnent une complexitĂ© dans la conduite du chantier et des surcoĂ»ts impactant les bilans d’opĂ©ration.

Il reste d’usage de considĂ©rer que construire du neuf est moins coĂ»teux et plus rentable que de faire avec l’existant, alors mĂȘme que cela consomme plus de ressources et plus d’énergies. L’organisation actuelle trĂšs segmentĂ©e (industrie v/s artisanat) ne permet pas d’articuler facilement neuf et existant. Pour autant, les trajectoires Ă  atteindre tant en matiĂšre de sobriĂ©tĂ© fonciĂšre que de neutralitĂ© des Ă©missions de carbone nĂ©cessitent une approche plus frugale de la construction : faire avec le dĂ©jĂ  lĂ , s’adapter, revoir ses besoins et intervenir avec humilitĂ©.

DENSIFIER PAR SURÉLÉVATION, UNE STRATÉGIE RÉSERVÉE AUX CENTRES-VILLES ?

Si la densification des centres-villes semble avoir encore de beaux jours devant elle, les effets du dĂ©rĂšglement climatique et la recherche de la neutralitĂ© carbone questionnent la tendance au “tout mĂ©tropolitain”. La ville dense reste difficilement sobre : les flux qu’elle gĂ©nĂšre (de personnes, matiĂšres, dĂ©chets), les infrastructures dont elle a besoin pour fonctionner, ont tendance Ă  l’éloigner de cet objectif. Par ailleurs, l’engouement pour la maison individuelle de plain-pied semble ne pas faiblir depuis les annĂ©es 50-60, les tissus pavillonnaires s’étalent et se densifient sous l’effet de la pression fonciĂšre. Cette dynamique trouve ses limites face aux enjeux climatiques et Ă©cologiques : impermĂ©abilitĂ© des sols, morcellement de la propriĂ©tĂ© fonciĂšre qui rend difficile la dĂ©finition de trame de mobilitĂ©s douces, Ă©lĂ©vation du niveau de risque en zone inondable, etc.

L’objectif de ZĂ©ro Artificialisation Nette s’appliquant aussi aux espaces pĂ©ri-urbains, celui-ci pourrait bien constituer un rĂŽle de limitation similaire aux fortifications historiques, qui relancerait alors la construction de la ville par strates. Ainsi la surĂ©lĂ©vation des pavillons pourrait constituer une rĂ©ponse Ă  la densification de ces espaces hors centre-ville et ramener de la vie dans les citĂ©s pĂ©riphĂ©riques.

Rencontre – La photographie au chevet des territoires en transition Ă©cologique

L’Agence d’urbanisme Clermont MĂ©tropole, en partenariat avec l’ESACM et Clermont-Ferrand Massif Central, candidature capitale europĂ©enne de la culture 2028, vous invite a une rencontre :

LA PHOTOGRAPHIE AU CHEVET DES TERRITOIRES EN TRANSITION ÉCOLOGIQUE

MARDI 14 MARS 2023 – DE 9H À 17H
À L’ÉCOLE SUPÉRIEURE D’ART DE CLERMONT MÉTROPOLE (ESACM)
25 RUE KESSLER, 63000 CLERMONT-FERRAND

“Mission photographique Grand Est” – Rethel, Ardennes, aoĂ»t 2019. Zone d’activitĂ© commerciale, supermarchĂ© low cost et culture en openfield de blĂ©, orge et betteraves sur le plus grand parc Ă©olien terrestre de France. © Bertrand Stofelth

“Mission photographique Grand Est” – Rethel, Ardennes, aoĂ»t 2019. Zone d’activitĂ© commerciale, supermarchĂ© low cost et culture en openfield de blĂ©, orge et betteraves sur le plus grand parc Ă©olien terrestre de France. © Bertrand Stofelth

Relever le défi anthropocÚne et engager la réorientation écologique de nos espaces de vie ne relÚve pas que de la science, de la technique, du politique ou du social. Les processus de transition à engager obligent de fait à réinventer notre maniÚre de cohabiter sur la planÚte, donc ni plus ni moins, à « refaire territoire ».

Les acteurs et institutions culturelles ont de ce point de vue un rÎle à jouer, en nous donnant à voir et à imaginer, en nous interrogeant et en nous émouvant, en proposant rencontres et partages, en continuant à enchanter ce Nouveau Monde en dessein.

Une hypothùse que nous explorerons à travers le cas des pratiques et dispositifs photographiques, en compagnie d’acteurs de la photographie et des territoires.

PROGRAMME

9h00-9h30
La place de la culture dans la transition écologique des territoires

Échange avec GrĂ©gory Bernard, adjoint au maire de Clermont-Ferrand en charge de l’urbanisme et de l’habitat, conseiller mĂ©tropolitain, PrĂ©sident de l’Agence d’urbanisme et de DĂ©veloppement Clermont MĂ©tropole.

9h30-12h30
Des pratiques photographiques Ă  l’épreuve de l’anthropocĂšne

Avec :

  • Emmanuelle Blanc, artiste visuelle
  • Serge Lhermitte, plasticien et enseignant Ă  Ecole SupĂ©rieure d’Art de Clermont MĂ©tropole
  • JĂŒrgen Nefzger, photographe et enseignant Ă  l’École supĂ©rieure d’art d’Aix-en-Provence
  • Bertrand Stofleth, artiste et photographe

14h00-17h00
Des dispositifs photographiques pour Ɠuvrer Ă  la rĂ©orientation Ă©cologique des territoires

Avec :

  • RaphaĂ«le Bertho, MaĂźtresse de confĂ©rences en Arts Ă  l’UniversitĂ© de Tours
  • StĂ©phane Cordobes – Directeur de l’Agence d’Urbanisme et de DĂ©veloppement Clermont MĂ©tropole et photographe
  • François-Nicolas L’Hardy – Directeur de l’HĂŽtel Fonfreyde – centre photographique, coordinateur des rĂ©sidences photographiques, Ville de Clermont-Ferrand
  • Florent Perroud – Architecte-urbaniste et photographe au CAUE RhĂŽne MĂ©tropole, responsable de l’Observatoire photographique des paysages de la VallĂ©e de la chimie

Introduction, animation et conclusion

  • BenoĂźt Bouscarel, PrĂ©sident de L’Onde porteuse
  • Rosalie Lakatos, ChargĂ©e d’études urbanisme culturel Ă  AUDCM

La sobriété fonciÚre : une nouvelle perspective qui interroge nos maniÚres de comprendre, observer et agir dans les territoires

Depuis les annĂ©es 80, les espaces artificialisĂ©s ont cru de plus de 70% en France mĂ©tropolitaine. Cette artificialisation a altĂ©rĂ© de maniĂšre significative la qualitĂ© Ă©cologique des sols, des puits capteurs de carbone et des refuges de biodiversitĂ©. Les enjeux liĂ©s Ă  la sobriĂ©tĂ© fonciĂšre, Ă  la maĂźtrise de l’étalement urbain, au recyclage du foncier dĂ©jĂ  artificialisĂ© et au renouvellement urbain sont pris en compte dans la lĂ©gislation. La derniĂšre en date : la loi Climat et RĂ©silience instaurant le ZĂ©ro Artificialisation Nette (ZAN).

L’objectif ZAN bouscule, interroge les collectivitĂ©s et les acteurs de l’amĂ©nagement. Le webinaire sur la sobriĂ©tĂ© fonciĂšre du 8 dĂ©cembre 2022 a permis de dĂ©crypter la loi, d’échanger sur sa mise en Ɠuvre, mais aussi de prĂ©senter les dispositifs d’accompagnement d’ores et dĂ©jĂ  mis en Ɠuvre par l’agence d’urbanisme, notamment sur la mobilisation des friches et des logements vacants.

LE ZAN : UN CHANGEMENT DE PERSPECTIVE QUI NOUS OBLIGE À PENSER DE NOUVEAUX MODÈLES SPATIAUX POUR LE DÉVELOPPEMENT TERRITORIAL

Le ZAN marque une Ă©volution, de la notion « traditionnelle » de consommation d’espace vers celle d’artificialisation. Comme le montre l’illustration ci-dessous, le dĂ©fi est de passer d’un indicateur de consommation d’espace (2D = Surface) Ă  un concept qualitatif (3D = Surface et Sous-sol) de limitation de l’artificialisation des sols, afin de prioriser la prĂ©servation durable de leurs fonctions Ă©cologiques.

C’est un changement de perspective majeur : les sols et sous-sols ne sont plus des supports de dĂ©veloppement mais un commun Ă  prĂ©server. Les espaces naturels et agricoles ont souvent Ă©tĂ© apprĂ©hendĂ©s en creux, comme espaces d’expansion du dĂ©veloppement urbain. Aujourd’hui ils doivent ĂȘtre considĂ©rĂ©s comme des communs (alimentation, biodiversitĂ©) et une stratĂ©gie de protection/prĂ©servation doit ĂȘtre mise en Ɠuvre.

La sobriĂ©tĂ© fonciĂšre impose d’optimiser l’usage du foncier existant. Mais n’est-ce pas contradictoire avec les besoins de nature en ville ? Cette mise en concurrence des usages, nous amĂšne Ă  rĂ©flĂ©chir Ă  de nouvelles maniĂšres de faire la ville, Ă  penser autrement les modĂšles d’amĂ©nagement et de dĂ©veloppement. Nous avons moins besoin d’inventer de nouveaux outils et dispositifs que d’aller vers une approche plus qualitative, en travaillant par exemple de nouvelles formes de densification de la ville qui donnent place Ă  l’écologie.

UNE LOI QUI FIXE UN OBJECTIF, MAIS RESTE ENCORE EN DISCUSSION SUR LES MODALITÉS POUR L’ATTEINDRE

Inscrit en 2021 dans la loi Climat et RĂ©silience, l’objectif ZAN est toujours en dĂ©bat, notamment concernant la façon de catĂ©goriser surfaces artificialisĂ©es et non artificialisĂ©es. Le ministĂšre de la Transition Ă©cologique et de la cohĂ©sion des territoires a sollicitĂ© les agences d’urbanisme pour Ă©valuer et tester les modalitĂ©s techniques de la mesure des espaces naturels agricoles et forestiers (Enaf) et de l’artificialisation, ainsi que les outils d’observation et donnĂ©es mobilisables.

Karine Hurel, Déléguée Générale Adjointe de la FNAU (1), rapporte les préconisations essentielles de ce travail (2):

  • Une vigilance sur la classification des surfaces enherbĂ©es. Actuellement, si ces surfaces sont dans le tissu urbain  (fonds de jardins, parcs urbains, etc), elles se trouvent classĂ©es en surfaces artificialisĂ©es, autrement dit potentiellement constructibles. Cette classification favoriserait la densification en milieu urbain mais semble Ă©loigner la loi de son objectif de protection des sols de pleine terre. Le dĂ©cret relatif Ă  ces concepts va ĂȘtre adaptĂ© pour devenir plus lisible et plus opĂ©rationnel.
  • L’articulation et l’interopĂ©rabilitĂ© des outils d’observation. Des dispositifs d’observation ont Ă©tĂ© dĂ©veloppĂ©s Ă  l’échelle locale et sont parfois plus fins que les observatoires nationaux. Il faut continuer Ă  se doter d’outils dans les territoires tout en garantissant l’ouverture et la transparence des donnĂ©es et mĂ©thodes utilisĂ©es, avec un rĂ©fĂ©rentiel national homogĂšne.
  • La montĂ©e en compĂ©tences dans les territoires va nĂ©cessiter une ingĂ©nierie pĂ©renne, partenariale et mutualisĂ©e, nĂ©cessitant des fonds dĂ©diĂ©s. L’observation va ĂȘtre aussi essentielle que l’accompagnement Ă  l’élaboration de la stratĂ©gie de planification Ă©cologique territoriale.

DES OUTILS ESSENTIELS POUR UNE TRAJECTOIRE DE SOBRIÉTÉ FONCIÈRE

Il apparaĂźt indispensable de disposer d’outils d’observation robustes pour permettre Ă  chaque territoire de construire sa stratĂ©gie de sobriĂ©tĂ© fonciĂšre et de mesurer les Ă©volutions de sa trajectoire Ă  horizon 2050. Au niveau national, le portail de l’artificialisation diffuse des indicateurs globaux de consommation fonciĂšre. Il sera remplacĂ©, d’ici 2024, par l’Occupation du Sol Ă  Grande Echelle (OCS-GE). Produit par l’IGN, ce nouveau rĂ©fĂ©rentiel permettra le suivi, Ă  terme, de l’artificialisation.

Au niveau local, les observatoires de l’occupation des sols suivent les consommations d’espace, tel que demandĂ© par la loi, jusqu’à 2031. Ils qualifient aussi l’occupation du sol (espaces agricoles, forestiers, d’activitĂ©s, etc.) et permettent de visualiser les changements dans le temps et dans l’espace. Malheureusement ces outils ne couvrent pas l’intĂ©gralitĂ© du territoire ni, pour le moment, les besoins Ă  2050. Les 4 agences d’urbanisme d’Auvergne RhĂŽne-Alpes couvrent ainsi un quart du territoire rĂ©gional. Des rĂ©flexions et travaux sont en cours pour rendre cet outil au moins en partie compatible avec l’OCS-GE.

Chaque territoire devra dĂ©finir sa propre trajectoire, en fonction du contexte local, en s’appuyant sur les outils d’observation et la connaissance de terrain. Les leviers mobilisĂ©s seront donc diffĂ©rents : requalification des friches, densification des zones d’attractivitĂ© ou pavillonnaires, mobilisation de la vacance, sur-Ă©lĂ©vation des bĂątiments, etc.

UNE INGÉNIERIE AU SERVICE DES TERRITOIRES POUR IMPULSER /EXPÉRIMENTER DES LEVIERS

Nous l’avons vu, mieux (rĂ©)utiliser l’existant constitue un levier majeur de sobriĂ©tĂ©. Ainsi, l’agence d’urbanisme de Clermont MĂ©tropole accompagne les territoires dans le repĂ©rage et l’identification de solutions pour la valorisation des lieux inoccupĂ©s, qu’il s’agisse de friches ou de logements vacants. Il s’agit de dĂ©marches multi-partenariales dont l’enjeu est en premier lieu d’identifier les potentiels et les leviers pour la valorisation de biens ou terrains dĂ©laissĂ©s, mais aussi l’acquisition et l’incubation de nouveaux savoir-faire dans la fabrique de la ville.

La dĂ©marche d’accompagnement peut se rĂ©sumer en 4 phases : l’inventaire ; l’aide Ă  la dĂ©finition d’une stratĂ©gie territoriale ; la proposition de pistes prĂ©-opĂ©rationnelles et d’outils de mise en opĂ©ration ; et le retour sur expĂ©rience.

A titre d’exemple, l’accompagnement du DĂ©partement du Puy-de-DĂŽme, pour sa politique de lutte contre la vacance de l’habitat privĂ©, a permis Ă  la fois de partager la connaissance (Ă©tat des lieux, rencontres d’acteurs), d’outiller et de faire monter en compĂ©tence les collectivitĂ©s territoriales (via l’édition d’un guide mĂ©thodologique d’aide au repĂ©rage et Ă  la mobilisation du logement vacant (3) ), et de re-questionner les dispositifs d’aide existants. Ainsi, trois nouveaux dispositifs Ă  destination des collectivitĂ©s ont Ă©tĂ© actĂ©s suite Ă  ce travail, permettant d’apporter de nouveaux leviers Ă  la sortie de vacance.

Concernant les friches, la mise en perspective de l’objectif ZAN a orientĂ© le travail de l’agence d’urbanisme et des territoires de Thiers Dore et Montagne, et de Riom Limagne et Volcans, vers la dĂ©finition d’une stratĂ©gie territoriale de mobilisation des sites inoccupĂ©s. Cette rĂ©flexion stratĂ©gique s’appuie sur deux outils d’aide Ă  la dĂ©cision : l’outil MutabilitĂ© et l’outil TransiFriche, qui permettent la qualification et la hiĂ©rarchisation des sites. Les grands axes stratĂ©giques sont ainsi construits par la mise en lien de ces sites qualifiĂ©s avec le projet de territoire. L’accompagnement des territoires se poursuit ensuite par le choix de sites pilotes dĂ©monstrateurs. Une premiĂšre feuille de route est ainsi dĂ©finie pour mener les actions de recyclage foncier.

L’EPF Auvergne accompagne Ă©galement les territoires dans le passage de la stratĂ©gie Ă  la rĂ©alisation opĂ©rationnelle. Dans la continuitĂ© des Ă©tudes prĂ©-opĂ©rationnelles menĂ©es Ă  des Ă©chelles dites “macro”, l’EPF Auvergne accompagne ses collectivitĂ©s adhĂ©rentes dans la dans la mise en oeuvre des projets, Ă  une Ă©chelle fine, Ă  la parcelle. L’acquisition et le portage foncier sont le cƓur de mĂ©tier de l’EPF Auvergne, mais l’accompagnement au questionnement, prĂ©alable Ă  l’acquisition, est Ă©galement essentiel.

A l’articulation entre l’acquisition et le portage foncier, l’EPF Auvergne propose des actions facilitatrices pour la requalification urbaine et  la revitalisation des centres-bourgs. Il s’agit de lever les doutes techniques et financiers avant de se lancer dans l’opĂ©rationnel pur.

OUVRIR LE DIALOGUE ET ALLER PLUS LOIN

Le ZAN bouscule nos regards, nos expertises et nos outils.

L’agence d’urbanisme Clermont MĂ©tropole, et l’EPF Auvergne associĂ© Ă  ce webinaire, facilitent les transitions. Des approches et des outils existent dĂ©jĂ  ou sont dĂ©veloppĂ©s pour atteindre sereinement l’objectif ZAN. Il s’agit ici de renforcer nos expertises pour anticiper et s’adapter aux contextes climatique et Ă©cologique dans lesquels nous vivons dĂ©sormais.

La loi Climat et RĂ©silience est une invitation Ă  penser autrement et Ă  dĂ©finir d’autres modĂšles d’occupation des sols. L’indisponibilitĂ© des ressources oblige Ă  en repenser les usages ou l’économie. Il nous faut dĂ©passer les oppositions entre territoires urbains, pĂ©riurbains et ruraux, pour tendre vers une justice spatiale et sociale. La loi peut mĂȘme nous inviter Ă  penser plus loin. Elle est focalisĂ©e sur l’urbanisation, mais si l’objectif est de restaurer les fonctions du vivant partout, il faudrait aussi traiter la question agricole.

Au-delĂ  de ce webinaire, l’agence d’urbanisme continuera Ă  accompagner ses adhĂ©rents et partenaires vers la sobriĂ©tĂ© fonciĂšre. D’ores et dĂ©jĂ  des travaux et moments d’échanges sont engagĂ©s, dont des actions de sensibilisation des collectivitĂ©s qui se tiendront au printemps 2023, et plus largement une rĂ©flexion sur les besoins et attentes des territoires concernant l’observation du foncier (annĂ©e 2023).

ConfĂ©rence/DĂ©bat – “Nos territoires Ă  l’Ă©preuve de l’anthropocĂšne, Ă  partir du cas de Saint-Pierre-et-Miquelon” – 17 Novembre – 18h

« Nos territoires Ă  l’Ă©preuve de l’anthropocĂšne, Ă  partir du cas de Saint-Pierre-et-Miquelon»
JEUDI 17 NOVEMBRE À 18H00 À L’IADT – 51 Bd F. Mitterand 63000 CLERMONT-FERRAND

Les preuves du changement global s’accumulent. Ils ne relĂšvent plus d’hypothĂšses abstraites mais s’éprouvent concrĂštement dans nos territoires, comme ce fut le cas avec la chaleur, la sĂ©cheresse et les mĂ©ga-feux en France cet Ă©tĂ©. Nous entrons dans un Nouveau Monde, dit « anthropocĂšne » oĂč l’accroissement de la vulnĂ©rabilitĂ© de nos espaces de vie va de pair avec leur nĂ©cessaire adaptation.
Certains, comme Saint-Pierre-et-Miquelon, sont plus exposĂ© que d’autres et peuvent avoir valeur Ă©ducative : ils montrent que l’enjeu Ă  relever n’est pas seulement technique, scientifique, social, mais aussi culturel et sensible.

Une conférence de Stéphane Cordobes,
Directeur GĂ©nĂ©ral de l’Agence d’Urbanisme Clermont Massif central (AUCM)

Suivi d’un dĂ©bat avec la participation de :
Gregory Bernard, Conseiller mĂ©tropolitain dĂ©lĂ©guĂ©, PrĂ©sident de l’AUCM
Laurent Rieutort, Professeur des UniversitĂ©s et Directeur de l’IADT
Emmanuel Hermange, Directeur de l’ESACM
Serge Lhermitte, Photographe, Professeur à l’ESACM

Animation : Rosalie Lakatos, ChargĂ©e d’études Urbanisme culturel Ă  l’AUCM

L’exposition photographique « L’exotisme anthropocĂšne de Saint-Pierre-et-Miquelon » sur laquelle s’appuie cette confĂ©rence est visible dans les mĂȘmes locaux .

Cet Ă©vĂ©nement s’inscrit dans le cadre du programme de prospective «Territoires, Culture et redirection Ă©cologique» mis en Ɠuvre par l’Agence d’urbanisme en partenariat avec l’Institut d’Auvergne du DĂ©veloppement des Territoires (IADT), l’Ecole SupĂ©rieure d’Art de Clermont MĂ©tropole (ESACM) et Clermont-Massif Central 2028.

Se déplacer dans les territoires périurbains et ruraux : Quelles alternatives à la voiture solo et thermique?

Selon l’INSEE, environ un tiers de la population nationale habite dans des communes peu denses ou trĂšs peu denses (2). La mobilitĂ© est donc un ingrĂ©dient majeur de vitalitĂ© territoriale et d’inclusion sociale. Dans les espaces ruraux et pĂ©riurbains, voire dans les quartiers excentrĂ©s peu desservis par les transports en commun, la voiture solo et thermique est une solution de mobilitĂ© incontournable pour se rendre au travail, faire des Ă©tudes ou encore avoir accĂšs aux soins. L’indisponibilitĂ© des ressources fossiles et les effets des dĂ©rĂšglements climatique et Ă©cologique que nous vivons obligent Ă  repenser ce modĂšle. Quelles sont alors les alternatives Ă  la voiture individuelle Ă  moteur thermique ? 

La Loi d’Orientation des MobilitĂ©s de dĂ©cembre 2019 pose un cadre pour passer du « tout voiture » Ă  l’écomobilitĂ©. Elle encourage le dĂ©veloppement d’AutoritĂ©s Organisatrices des MobilitĂ©s (AOM) sur l’ensemble du territoire national, qui peuvent proposer une diversitĂ© de services : des transports publics (rĂ©guliers, scolaires ou Ă  la demande) aux mobilitĂ©s actives (vĂ©lo et marche), en passant par l’autopartage, covoiturage ; la mobilitĂ© solidaire ; le conseil en mobilitĂ©, jusqu’aux transports de marchandises.

Le développement de ces offres connaßt une dynamique variable suivant les contextes géographiques, économiques et sociaux.

SE DÉPLACER DANS DES ESPACES DE FAIBLE DENSITÉ, UN DÉFI POUR NOMBRE DE TERRITOIRES

Dans les cƓurs d’agglomĂ©rations, les mobilitĂ©s Ă©voluent en faveur de la transition Ă©cologique, avec des espaces publics encourageant les modes actifs et des rĂ©seaux de transports publics performants. Mais les couronnes pĂ©riurbaines et les zones rurales restent trĂšs dĂ©pendantes de l’automobile, pour prĂšs de 3 dĂ©placements sur 4. La durabilitĂ© et la soutenabilitĂ© de ce modĂšle sont donc questionnĂ©es. Non seulement parce qu’il contribue fortement Ă  la pollution et au rĂ©chauffement climatique, mais aussi pour ses coĂ»ts Ă©levĂ©s, qui pĂšsent sur les budgets publics et le pouvoir d’achat des mĂ©nages.

Comme le montre la carte ci-dessous, la plupart des communes du Puy-de-DĂŽme peuvent ĂȘtre qualifiĂ©es d’espaces pĂ©riurbains (ceintures urbaines) ou ruraux.

MĂȘme au sein des agglomĂ©rations (Clermont-Ferrand, Issoire, Riom, Thiers), de nombreuses communes sont des territoires de faible densitĂ©, dont l’accessibilitĂ© dĂ©pend trĂšs souvent de la voiture. Il existe encore peu d’alternatives rĂ©ellement concurrentielles pour se rendre lĂ  oĂč l’on veut, quand on le souhaite. Les rĂ©seaux de transports collectifs sont embryonnaires ou inexistants, les transports Ă  la demande sont limitĂ©s Ă  certains publics et onĂ©reux pour les collectivitĂ©s, le covoiturage peine Ă  s’imposer, quant aux modes dĂ©carbonĂ©s (vĂ©lo et marche), ils disposent rarement d’amĂ©nagements qualitatifs.

Pour autant, dans ces zones peu denses, oĂč prĂšs d’un dĂ©placement sur deux fait moins de 5 km, un vĂ©ritable potentiel de report modal vers des modes alternatifs existe, passant notamment par un couplage de diffĂ©rentes solutions de mobilitĂ©.

DES SERVICES QUI SE STRUCTURENT POUR ÊTRE PLUS INCLUSIFS

Dans les zones de faible densitĂ©, l’enjeu prioritaire est d’assurer Ă  chacun un droit Ă  la mobilitĂ©. Or, mĂȘme si la plupart des mĂ©nages sont Ă©quipĂ©s de voiture(s), dans les territoires pĂ©riurbains jouxtant la mĂ©tropole clermontoise, 5 Ă  10% des foyers n’en n’ont pas.

De plus, au sein d’un foyer dotĂ© de voiture(s), les diffĂ©rents membres en ont un accĂšs diffĂ©renciĂ©. Les personnes sans permis (mineurs ou adultes), ou qui ne sont pas aptes Ă  conduire (personne ĂągĂ©e ou en situation de handicap) ont un accĂšs bien moins fluide Ă  la mobilitĂ©.

Ainsi, alors que dans les espaces de faible densitĂ© la mobilitĂ© est centrĂ©e autour de la voiture, encore synonyme de libertĂ© et d’indĂ©pendance, une part non nĂ©gligeable de la population est confrontĂ©e Ă  des freins dans sa mobilitĂ©.

UNE OFFRE D’UTILITÉ SOCIALE, PORTÉE PAR LE MONDE ASSOCIATIF

Le dĂ©veloppement de Transport d’UtilitĂ© Sociale (TUS) vise en particulier Ă  donner accĂšs Ă  l’emploi, Ă  la santĂ© et aux achats, Ă  des publics isolĂ©s ou en situation de prĂ©caritĂ©, souvent ĂągĂ©s. Pour rĂ©pondre Ă  cet enjeu, des initiatives associatives existent depuis plusieurs annĂ©es.

Les plateformes de mobilitĂ©s telles que Plateforme MobilitĂ© 63, Solidar’Auto 43, et AFAPCA qui couvre le Cantal sont fĂ©dĂ©rĂ©es par le rĂ©seau Mob’In. En gĂ©nĂ©ral, les aides Ă  la mobilitĂ© sont centrĂ©es sur l’obtention du permis de conduire et/ou l’acquisition d’une voiture. Toutefois, des accompagnements individualisĂ©s offrent la possibilitĂ© Ă  ces publics de satisfaire leurs besoins grĂące au covoiturage, au vĂ©lo ou aux transports publics.

Par le contexte lĂ©gislatif (article L.3133-1 du code des transports, dĂ©cret du 20 aoĂ»t 2019), ce type de service doit ĂȘtre assurĂ© par des associations Ă  but non lucratif. Comme le montre le schĂ©ma ci-dessous, celles-ci mettent en relation des personnes en situation de prĂ©caritĂ© (bĂ©nĂ©ficiaire de la couverture maladie universelle, du revenu de solidaritĂ© active
) vivant en zone rurale, avec des conducteurs bĂ©nĂ©voles assurant des trajets jusqu’à 100 kilomĂštres du domicile.

Reposant sur le principe associatif, la pérennité du financement et du vivier de conducteurs bénévoles de ce modÚle TUS reste menacée.

Dans ce cadre, le rĂŽle de la collectivitĂ© en charge de l’organisation des mobilitĂ©s (CommunautĂ© de communes ou RĂ©gion) est d’accompagner l’organisation de ce type de services via des aides financiĂšres ou encore la mise Ă  disposition d’un local.

LE DÉVELOPPEMENT DE SOLUTIONS PAR LES COMMUNAUTÉS DE COMMUNES, NOUVELLEMENT AUTORITÉS ORGANISATRICES DES MOBILITÉS

Des communes ou des communautĂ©s de communes ont pu, ici ou lĂ , dĂ©velopper des services de mobilitĂ©. Mais la Loi d’Orientation des MobilitĂ©s impose dĂ©sormais Ă  tous les territoires d’agir sur l’organisation des dĂ©placements des personnes et des marchandises.

En effet, la loi vise la suppression des « zones blanches de la mobilitĂ© », ces zones non couvertes par une autoritĂ© organisatrice de mobilitĂ©, en accordant de nouvelles compĂ©tences aux communautĂ©s de communes ou par substitution Ă  la RĂ©gion, lorsque la communautĂ© de communes fait le choix de ne pas se saisir de cette compĂ©tence. Les actions peuvent concerner aussi bien le dĂ©veloppement de solutions de transports publics, comme la promotion de la « voiture autrement » (autopartage / covoiturage) ou encore encourager l’usage du vĂ©lo.

Les personnes Ă©loignĂ©es de la mobilitĂ© (vieillissantes, prĂ©caires
) sont Ă  ce jour les bĂ©nĂ©ficiaires privilĂ©giĂ©s des actions portĂ©es par les communautĂ©s de communes. Dans certains cas, le service proposĂ© ne se limite pas Ă  une seule solution telle que le transport Ă  la demande. L’efficacitĂ© de ce service repose sur le dĂ©veloppement d’un bouquet de mobilitĂ©s permettant d’apporter des rĂ©ponses variĂ©es et adaptĂ©es, touchant potentiellement un public plus large.

LE RETOUR D’EXPÉRIENCE DE MOBIL’ARGONNE DANS LE GRAND-EST

Dans le cadre du bouquet de services Mobil’Argonne dĂ©veloppĂ© dans le dĂ©partement des Ardennes, il s’agit Ă  la fois de proposer des services :

– de mobilitĂ© solidaire  : accĂšs Ă  la mobilitĂ© pour des personnes en insertion, transport Ă  la demande, location de scooters ;

– de mobilitĂ© inversĂ©e : pour rapprocher les services de populations qui ont des difficultĂ©s Ă  se dĂ©placer ;

– visant au changement de comportement Ă  travers des dispositifs d’animation autour du covoiturage, l’installation de bornes Ă©lectriques, ou encore le dĂ©ploiement de sites de tĂ©lĂ©travail.

Le retour d’expĂ©rience de Mobil’Argonne montre que les dispositifs Ă  destination des publics Ă©loignĂ©s de l’utilisation de la voiture connaissent un succĂšs alors que les initiatives visant des publics plus larges, comme le covoiturage et le tĂ©lĂ©travail, n’ont pas toujours le succĂšs escomptĂ©.

LE CONTEXTE ANTHROPOCÈNE APPELLE À REPENSER LES MOBILITÉS

L’indisponibilitĂ© des ressources fossiles et les effets subis des dĂ©rĂšglements climatique et Ă©cologique imposent d’amplifier les changements de comportement dans toutes nos mobilitĂ©s. Dans les espaces de faible densitĂ©, l’enjeu est alors de sortir du « tout voiture » dĂ©clinĂ© sur l’unique mode de l’auto-solisme et de l’usage thermique.

La distance domicile-travail des personnes rĂ©sidant dans des espaces de faible densitĂ© fait que la voiture gardera probablement, du moins dans l’avenir proche, un rĂŽle structurant dans les mobilitĂ©s pendulaires pĂ©riphĂ©rie–centre. Mais il convient de repenser :

– son utilisation par des pratiques plus rĂ©guliĂšres du covoiturage ou un recours plus large aux transports collectifs  (tramway, bus et car Ă  haut niveau de service, train) ;

– sa motorisation via l’électrification du parc.

Une part des dĂ©placements en zones de faible densitĂ© se rĂ©alise en proximitĂ©. En effet, se rendre Ă  l’école, dans les commerces de base (boulangerie, supĂ©rette
) et Ă  des activitĂ©s culturelles et sportives reste Ă  l’échelle de la commune. Les modes actifs, marche et vĂ©lo, pourraient donc ĂȘtre plus utilisĂ©s.

D’ailleurs, historiquement, le vĂ©lo Ă©tait assez prĂ©sent dans le mix mobilitĂ© des territoires peu denses. Mais sa place s’est rĂ©duite durant les trente derniĂšres annĂ©es. En effet, la part modale du vĂ©lo Ă©tait de l’ordre de 3,5% dans les espaces ruraux en 1994, quand elle Ă©tait autour de 2% dans les villes et mĂȘme moins de 1% Ă  Paris. Actuellement, le vĂ©lo reprĂ©sente 2% des dĂ©placements dans les espaces ruraux
 alors qu’il connaĂźt une redynamisation dans les grandes villes (4% dans les villes de plus de 100 000 habitants ; prĂšs de 6% Ă  Paris).

Demain, vĂ©lo mĂ©canique, vĂ©lo Ă  assistance Ă©lectrique et marche pourraient assurer une part consĂ©quente des dĂ©placements de proximitĂ©. Les freins Ă  lever sont la mauvaise qualitĂ© des cheminements piĂ©tons, l’absence d’amĂ©nagements cyclables et les difficultĂ©s pour les petites communes Ă  se doter de l’ingĂ©nierie technique et financiĂšre permettant de construire une politique globale en faveur des modes actifs.

DEMAIN, LA FIN DU « TOUT VOITURE » DANS LES ESPACES PEU DENSES ?

Faut-il en conclure que l’avenir des dĂ©placements dans les territoires peu denses reposera de moins en moins sur la voiture solo ? Les distances Ă  parcourir, la faible densitĂ© de population ou la difficultĂ© Ă  changer de culture de mobilitĂ© pourraient constituer des obstacles majeurs Ă  la transformation.

Les rĂ©ponses actuelles s’adressent principalement aux personnes qui n’ont pas un accĂšs simple Ă  la voiture et qui peuvent ĂȘtre Ă©loignĂ©es de la mobilitĂ©. Mais au regard des enjeux de climat et d’énergie, la montĂ©e en puissance d’alternatives est indispensable pour que tous les automobilistes puissent penser leur mobilitĂ© autrement.

Il existe une combinaison de diffĂ©rents outils et dispositifs Ă  adapter en fonction du contexte et des besoins pour transformer les mobilitĂ©s en zones peu denses. Les agences d’urbanisme de la rĂ©gion Auvergne-RhĂŽne-Alpes accompagnent les collectivitĂ©s et capitalisent les enseignements au travers de publications sur les mobilitĂ©s innovantes. Le Cerema propose une boĂźte Ă  outils des mobilitĂ©s en zone peu dense. Ces diffĂ©rents supports recensent des expĂ©riences rĂ©ussies, qui peuvent se dupliquer dans des territoires aux contextes Ă©conomiques, gĂ©ographiques et sociaux similaires. Les solutions sont diverses : de l’autopartage au transport rĂ©gulier, en passant par le vĂ©lo. Ce dernier est une solution prometteuse dans les espaces pĂ©riurbains et ruraux.

La crise Ă©nergĂ©tique que nous connaissons en 2022 va-t-elle favoriser la mobilitĂ© vĂ©lo dans les espaces de faible densitĂ© ? Ce fut le cas de la pandĂ©mie Covid-19, qui a replacĂ© le cyclisme au cƓur des mobilitĂ©s urbaines.