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Et si les Industries Culturelles et Créatives contribuaient à la transformation de nos territoires ? Le projet de Pôle Territorial ICC Clermont Auvergne

Mutation des usages, bouleversement des modes de création, défis écologiques… Quelles trajectoires possibles pour les Industries Culturelles et Créatives (ICC) dans un contexte généralisé de troubles et de crises successives ? 

Si la définition des ICC varie selon les sources, la valorisation de ces industries comme un pan économique stratégique demeure une constante, au sortir du premier quart du XXIème siècle. Selon l’UNESCO, la culture et la créativité représentent 3,1 % du produit intérieur brut (PIB) mondial et 6,2 % du total des emplois [1]. A la croisée des enjeux économique et d’influence, les ICC sont la plupart du temps envisagées pour leur rôle dans la concurrence économique mondiale et leurs capacités créatives, dans un contexte de course à l’innovation. Comme le souligne le ministère français des affaires étrangères, « la France se démarque avec 5% du PIB généré par les ICC (BPI, 2024), mais aussi par un savoir-faire reconnu à l’international et des performances majeures à l’export ». 

Que se passe-t-il lorsque l’on zoome sur nos espaces de vie et de proximité ? Si les ICC sont valorisées par de nombreuses collectivités pour leur poids dans l’économie locale et leur rôle « attractif » pour le territoire, leurs apports symboliques, sensibles, leur capacité de reliance et de réenchantement de nos vécus quotidiens sont plus rarement envisagés. Cette valeur ajoutée moins visible, plus difficilement mesurable, reste une piste à explorer alors que nous cherchons des voies pour réorienter nos rapports au monde et notre capacité collective à reprendre attache avec nos espaces de vies.   

En faisant le choix de positionner sa candidature au titre de « Pôle territorial d’industrie culturelles et créatives (PTICC) » [2] au service de la « transformation de la filière des ICC », le Damier, cluster d’entreprises culturelles et créatives implanté à Clermont-Ferrand, positionne le territoire auvergnat comme un espace d’expérimentations et de remise au travail de la notion même d’ICC. Qu’est-ce qu’être créateur.ice sur un territoire bousculé par le changement global ? Comment penser au-delà des logiques de filières, de marchés, pour réencastrer les pratiques culturelles au cœur des transformations territoriales ? 

Engagée depuis 2023 dans une réflexion prospective autour des politiques culturelles en contexte d’adaptation, l’AUCM a activement contribué à la formulation de la candidature « PTICC Clermont Auvergne ». Une implication qui marque une nouvelle étape dans les travaux de l’Agence autour de la culture comme levier de réorientation des territoires. 

 Le soutien aux ICC au cœur de stratégies nationales et internationales

Audiovisuel, cinéma, spectacle vivant, musique, musées et patrimoine, arts visuels, jeu vidéo, livre, presse…la transformation des usages, la concurrence accrue des acteurs internationaux, le bouleversement des modes de création, de production et de diffusion des œuvres, viennent bousculer des filières entières, qui doivent s’adapter et repenser leur modèle économique, leur chaine de valeurs, et plus globalement leur positionnement dans un monde en accélération. La vulnérabilité du secteur culturel face aux chocs énergétiques et climatiques et sa dépendance aux énergies fossiles sont également au centre des préoccupations [3]. 

La Conférence mondiale de l’UNESCO sur les politiques culturelles et le développement durable – MONDIACULT 2025 – appelle les pays à formuler et à réviser leurs cadres réglementaires relatifs à la créativité et aux ICC en particulier. Il s’agit notamment de défendre les droits culturels, tout en affirmant l’importance de la culture dans la stabilité du monde et sa capacité à embrasser les multiples enjeux écologiques et géopolitiques. 

En France, l’Etat entend « répondre aux défis considérables liés à la transition numérique et écologique et à l’hyper concurrence que créé la constitution d’acteurs numériques mondiaux ». Dans le cadre du plan « France Relance » et du 4ème Programme d’investissement d’avenir (PIA4), au lendemain de la pandémie de Covid-19 particulièrement impactante pour les ICC, le gouvernement français lance sur la période 2021-2025 une stratégie « d’accélération des industries culturelles et créatives », déployant 1 milliard d’euros pour promouvoir l’innovation, l’indépendance, la compétitivité, l’emploi et la transition écologique du secteur.  

Si l’appel à projet valorise les propositions liées à la compétitivité, l’économie numérique, au développement international, son axe 4 met en lumière le lien existant, à développer, entre ICC et dynamiques de transformations territoriales. Un axe qui ouvre la voie à l’expérimentation, aux innovations organisationnelles, autour de la culture comme levier de transition. Un axe dont a souhaité se saisir le Damier, à travers le projet de « Pôle Territorial ICC Clermont Auvergne ». 

Un Pôle Territorial ICC Clermont Auvergne acteur des transformations

La piste de l’atténuation de l’impact des ICC par la décarbonation du secteur et la réduction de ses dommages sur l’environnement est une voie aujourd’hui largement explorée et outillée. Le chemin, plus tortueux, d’un questionnement autour du « devenir culturel » des ICC (cf. paragraphe suivant) reste un terrain plus épineux à appréhender, mais porteur de réelles perspectives pour nos territoires en quête de solutions face au changement global.  

En faisant le choix de porter une candidature « Pôle Territorial ICC Clermont Auvergne » axée sur la transformation de la filière des ICC et du territoire, le Damier propose ainsi la mise en place d’un écosystème original où cohabiteraient entreprises des ICC, collectivités, université et structures d’enseignement supérieur, experts des politiques territoriales et économiques. L’Agence d’urbanisme Clermont Massif central figure parmi les 7 partenaires fondateurs – Clermont Auvergne Métropole, Communauté d’agglomération Riom Limagne et Volcans, Université Clermont Auvergne, École Supérieure d’Arts de Clermont Métropole, AUCM, CCI du Puy-de-Dôme et CAE Appuy Culture- qui s’associent autour du chef de file Le Damier. Elle s’investit plus particulièrement sur deux axes du projet : « Explorer en permanence les mutations à venir » et « Accompagner la transformation des ICC et du territoire ». L’enjeu est d’une part de doter le futur Pôle d’une capacité d’observation du territoire et des pratiques et propositions culturelles en transformation, et d’autre part de proposer un accompagnement des acteurs des ICC et des collectivités locales vers de nouvelles approches des transitions positionnant les ICC comme leviers de transformation territoriales. 

Ce positionnement original d’une agence d’urbanisme au cœur d’un pôle dédié aux ICC s’inscrit dans la logique des travaux déployés par l’AUCM depuis 2023 pour activer la culture comme levier de réorientation écologique des territoires [4] et forger une culture territoriale commune d’adaptation au changement climatique [5]. 

Questionner et expérimenter le rôle de la culture dans la réorientation de nos modes d’habiter

En 2023, l’AUCM embarquait un groupe d’une vingtaine d’acteurs culturels (artistes, institutions, porteurs de projets, responsables de lieux culturels…) dans une réflexion prospective autour du devenir des politiques culturelles en contexte de réorientation écologique des territoires [6]. 

Cette série d’ateliers permit la structuration d’un référentiel de « devenirs culturels » destinés à guider la réflexion des collectivités autour d’une réorientation des politiques culturelles et de leur intégration à des stratégies d’adaptation de nos modes d’habiter : « devenir convivialiste », « devenir commensaliste », « devenir post-moderne » et « devenir transhumaniste » sont aujourd’hui les socles d’un format de séminaire en cours de finalisation, qui permettra à l’AUCM d’accompagner territoires et acteurs culturels dans leur volonté de réorientation dès 2026. 

La perspective d’un Pôle Territorial dédié aux transformations de la filière ICC et du territoire, dont le principe pourrait être validé par l’Etat en 2026, ouvre à l’AUCM un nouvel espace pour déployer et éprouver plus largement cette méthode d’accompagnement. La création d’un observatoire dédié aux ICC, et plus globalement aux pratiques culturelles en transformation, offre la possibilité de produire études, données sur les mutations en cours, et d’affiner les actions du futur pôle, voire des politiques publiques, aux côtés des acteurs. Il ouvre par ailleurs une scène de dialogue, de partage de connaissances et de débats à même de nourrir, inspirer et consolider le prototypage de nouvelles dynamiques locales. Parallèlement, les expérimentations territoriales qui pourront être menées par l’AUCM et ses partenaires dans le cadre du « Bureau d’accompagnement des transitions » créent un espace précieux de tentatives à ciel ouvert, nécessaire à la recherche de nouvelles coopérations et modalités d’action. 

Finalement, quelle que soit l’issue de l’appel à projet, les réflexions conjointes portées par les partenaires réunis autour du Damier dessinent d’ores et déjà de nouvelles convergences et matérialisent une volonté commune d’évoluer vers des stratégies intégrées, basées sur la mutualisation des expertises, où cohabitent stratégies culturelles et territoriales. 

Un atlas pour mieux connaitre les quartiers politiques de la ville de la Métropole

La politique de la ville, inscrite dans les Contrats Engagement Quartiers 2030 des collectivités, vise notamment à réduire les écarts de développement entre les quartiers prioritaires et leur unité urbaine et à permettre aux quartiers de sortir de la situation de décrochage socio-économique. Une connaissance fine de la situation est donc nécessaire au bon calibrage des actions mises en place et au suivi des politiques publiques menées. Pour accompagner ses territoires adhérents porteurs de contrat de ville, l’AUCM a produit des atlas et portraits de quartiers. Sur le territoire de la métropole clermontoise, les livrables produits ont identifié un niveau de fragilité élevée sur la commune de Clermont-Ferrand, une situation très contrastée au sein de la commune de Cournon d’Auvergne, des fragilités sur les communes d’Aulnat et de Gerzat, qui comprennent notamment des Quartiers de veille active (QVA), mais également dans d’autres communes non concernées par la géographie prioritaire (Lempdes, Cébazat, ainsi que le nord de Beaumont et le nord de Romagnat). L’intérêt de ces outils de connaissance est également d’identifier les enjeux spécifiques à chaque quartier prioritaire, laissant entrevoir un besoin de différenciation de l’action publique menée.

Des outils pour accompagner le suivi des contrats de ville

L’AUCM a accompagné en 2025 les collectivités et partenaires du contrat de ville dans la définition du contenu et du format d’un socle d’indicateurs. Le choix a été fait de réaliser un atlas et des portraits de quartiers permettant de dresser un état des lieux de la situation dans les territoires de la géographie prioritaire, et de la comparer à la situation dans le reste du territoire. Produits grâce au conventionnement avec les partenaires fournisseurs de données (CAF, Rectorat, France Travail…), ces documents sont déclinés sur les territoires membres de l’Agence et porteurs de contrats de ville : Clermont Auvergne Métropole, Thiers Dore et Montagne, Vichy Communauté.

Les atlas (Panorama social), donnent à voir la situation sociale du territoire à travers une trentaine d’indicateurs choisis en cohérence avec les axes du contrat de ville et répartis en quatre grandes thématiques (démographie, cohésion sociale, développement économique et emploi, cadre de vie). Les choix méthodologiques de construction de l’atlas permettent de visualiser les fragilités des territoires à une échelle infra-communale et de mettre en perspective la situation des quartiers de la géographie prioritaire avec leur environnement proche. Ces atlas mettent également en évidence les espaces de fragilité qui ne font pas partie de la géographie prioritaire mais nécessitent tout de même une attention particulière.

En complément des portraits statistiques des quartiers précisent la valeur des indicateurs à l’échelle de chaque QPV. Ils dressent un état des lieux de la situation dans chaque quartier de la géographie prioritaire et la mette en perspective avec les territoires de référence (commune et EPCI). Ils intègrent également une carte de localisation des équipements, commerces et services et un texte d’analyse synthétique des atouts et fragilités du quartier.

La mise à jour de ces documents au fil de la durée du contrat de ville (2024-2030) permettra d’identifier les dynamiques de rattrapage ou de décrochage de certains quartiers.

Des difficultés inégalement réparties au sein du territoire métropolitain

Clermont-Ferrand se distingue fortement par son profil démographique (part importante de jeunes et de personnes seules) et un niveau de fragilité élevé (taux de pauvreté, précarité énergétique, …). La situation sociale est très contrastée sur la commune de Cournon d’Auvergne avec un QPV qui se distingue du reste de la commune sur de nombreux indicateurs. Le panorama social met également en évidence des fragilités économiques et sociales sur Aulnat et Gerzat et sur quelques communes hors géographie prioritaire : Lempdes, Cébazat, ainsi que le nord de Beaumont et le nord de Romagnat (pour ces deux communes les secteurs de fragilité correspondent aux secteurs où la part de logements sociaux est élevée). La commune d’Aubière ressort également sur quelques indicateurs, potentiellement en raison de la présence d’étudiants.

Le travail conduit dans le cadre du volet santé de la révision de la Feuille de route de transition écologique et solidaire de Clermont Auvergne Métropole fait ressortir ces mêmes territoires comme des territoires cumulant exposition aux facteurs de risque environnementaux et vulnérabilité de la population.

Adapter les politiques publiques aux enjeux de chaque quartier

Si les travaux de transformation des espaces publics et de diversification de l’habitat, conduits dans le cadre du programme national de renouvellement urbain, remodèlent ces quartiers, la photographie dressée dans le cadre des portraits laisse entrevoir des enjeux prioritaires différents selon les quartiers qui invitent à adapter l’action publique menée à chaque situation :

  • Fontaine du Bac est un quartier presque exclusivement résidentiel, composé uniquement de logements sociaux et très peu doté en équipements, commerces et services. L’indice de position sociale des collégiens est le plus faible du territoire et le quartier compte une part d’entreprises de livraison à domicile significativement plus élevée que sur le reste du territoire.
  • La Gauthière est le QPV comptant le taux de pauvreté et le nombre et la part d’allocataires du RSA de droit commun les plus élevés. Le taux d’emploi des femmes est particulièrement faible et la part de demandeurs d’emploi de plus de 50 ans est élevée.
  • Les Quartiers Nord, QPV le plus peuplé de la métropole, présente de forts enjeux sur l’emploi : très faible taux d’emploi, notamment chez les femmes, forte part de demandeurs d’emploi de plus de 50 ans et de longue durée.
  • A Saint Jacques, la part d’enfants vivant sous le seuil de pauvreté est plus importante que dans les autres quartiers et la part d’allocataires du RSA de droit commun est importante. Les taux de personnes seules et de personnes âgées sont plus importants que dans les autres QPV, dans ce quartier bien doté en équipements et services mais avec peu de commerces.
  • Le quartier Centre, ayant intégré la géographie prioritaire en 2024, se distingue par une part importante de jeunes et de personnes vivant seule. Il présente des indicateurs de ressources et d’insertion professionnelle plus favorables que dans les autres QPV mais qui restent en décrochage par rapport au territoire communale et métropolitain, et un très faible taux de réussite au brevet, notamment pour les garçons.
  • Le QPV de Cournon présente un taux très élevé de familles monoparentales. Les niveaux d’emploi et de pauvreté sont plus favorables que dans les autres QPV mais en décrochage par rapport au reste de la commune et le taux d’allocataires du RSA de droit commun est particulièrement élevé. Il existe sur ce quartier un enjeu fort d’insertion professionnelle des jeunes hommes.

Concernant les quartiers de veille active, les communes d’Aulnat et Gerzat présentent toutes les deux une population assez âgée avec peu de 15-24 ans et un taux élevé d’habitants de plus de 75 ans, ainsi qu’une part élevée de familles monoparentales. Dans ces deux communes, le niveau de revenu figure parmi les plus faibles du territoire et le taux de pauvreté est élevé. Le taux d’emploi est favorable, y compris pour les femmes, mais porté par une part d’emploi précaire importante. La commune de Gerzat présente des fragilités spécifiques avec un fort taux de 16-25 ans non scolarisés et sans emploi, notamment pour les filles (supérieur à 20% sur une large part de la commune), un taux élevé d’allocataires du RSA de droit commun et un fort taux de pauvreté parmi les enfants allocataires CAF.

Comprendre les effets territoriaux d’un parking-relais : l’exemple du projet du Brézet

Une expertise mobilisée pour répondre aux enjeux d’impact territorial

Dans le cadre du projet InspiRe – qui prévoit la création de deux lignes de Bus à Haut Niveau de Service (BHNS) et une restructuration d’ensemble du réseau – la réalisation de parkings-relais figure parmi les leviers essentiels de la politique de mobilité portée par le Syndicat Mixte des Transports en Commun de l’agglomération clermontoise (SMTC-AC) et Clermont Auvergne Métropole. 

Parmi ceux-ci, le parking-relais du Brézet occupe une place singulière : situé en connexion directe avec l’autoroute A711 et la future ligne B du BHNS, il est dimensionné pour accueillir près de 300 véhicules. Cet investissement de 4,6 millions d’euros, porté par Clermont Auvergne Métropole, vise à capter les flux entrants de l’est de l’agglomération, tout en renforçant l’usage des transports collectifs. 

Comme tout projet d’aménagement structurant, l’opération a été soumise à une évaluation environnementale. Dans son avis du 18 mars 2025, la Mission régionale d’autorité environnementale (MRAE) Auvergne-Rhône-Alpes a notamment recommandé d’élargir l’analyse des incidences potentielles du parking-relais en matière d’urbanisation induite sur les secteurs périurbains. Pour répondre de manière précise et rapide à cette demande, Clermont Auvergne Métropole a sollicité l’Agence d’urbanisme Clermont Massif central afin d’alimenter le mémoire de réponse, indispensable au respect de l’objectif d’un démarrage des travaux à l’été 2025. 

 Identifier la zone d’influence réelle du parking-relais

La première étape de l’analyse a consisté à déterminer la zone d’influence effective du futur parking-relais du Brézet. 

Plusieurs éléments rendaient nécessaire une réactualisation de cette analyse de l’aire de chalandise du parking-relais : 

  • L’étoffement programmé du maillage de 25 parkings-relais à l’horizon 2026 sur la métropole ; 
  • La montée en puissance attendue de l’offre ferroviaire en 2029, renforçant l’attractivité des parkings de gares ; 
  • Les enseignements issus de travaux menés par l’Agence d’urbanisme Urbalyon et par la DREAL Île-de-France, montrant que les habitants des couronnes périurbaines privilégient des parkings proches de leur domicile et acceptent rarement de dépasser 10 km en voiture pour rejoindre un parking-relais. 

Ces éléments ont permis de construire une zone d’influence affinée, centrée sur les communes dont les habitants pourraient être incités à utiliser ce parking, plutôt qu’un autre équipement du réseau métropolitain. 

Mettre en perspective l’urbanisation planifiée dans les territoires concernés

Dans un second temps, l’Agence s’est penchée sur les dynamiques d’urbanisation des communes incluses dans cette zone d’influence. 

L’analyse s’est appuyée sur : 

  • Le SCoT du Grand Clermont ; 
  • Les PLUi de Clermont Auvergne Métropole et de Riom Limagne et Volcans, et notamment les Orientations d’Aménagement et de Programmation (OAP) inscrites dans ces documents d’urbanisme intercommunaux qui donnent à voir des projections en termes de logements. 
  • L’étude met en évidence de fortes disparités entre les territoires : 
  • Les communes de la métropole présentent des programmations conséquentes, parfois de plusieurs centaines de logements ; 
  • Les communes périurbaines hors métropole affichent des projets nettement plus modestes, de l’ordre de quelques dizaines de logements. 

Ces différences structurent fortement le potentiel d’urbanisation induite. 

 Mettre en relation flux d’actifs, desserte en transports collectifs et capacités de développement

La troisième étape a consisté à croiser plusieurs jeux de données afin d’objectiver les risques d’urbanisation induite : 

  • Les flux actuels et les potentiels d’actifs ; 
  • Les évolutions prévues de la desserte en transports collectifs ; 
  • Les capacités d’urbanisation inscrites dans les documents de planification. 

Il ressort de cette analyse que : 

  • Les communes métropolitaines les plus dynamiques bénéficient aussi des améliorations de desserte les plus importantes grâce à InspiRe et au renforcement à moyen terme de l’offre ferroviaire. Ces évolutions encouragent un usage du transport collectif au plus proche du lieu de résidence, réduisant l’intérêt d’un report systématique vers un parking-relais. 
  • Pour les communes périurbaines extérieures à la métropole, la desserte en transport collectif restera plus limitée, rendant l’usage du parking-relais pertinent. Toutefois, leurs perspectives de développement urbain modérées ne laissent pas envisager une urbanisation induite significative. 

 Ainsi, la mise en service du parking-relais du Brézet ne devrait pas générer d’urbanisation induite majeure au sein des secteurs périurbains identifiés. 

 Un éclairage décisif pour la décision publique

En mobilisant ses expertises combinées en urbanisme et en mobilité, l’Agence d’urbanisme Clermont Massif central a fourni des éléments déterminants pour consolider le mémoire de réponse de Clermont Auvergne Métropole et de la Société Publique Locale, maître d’ouvrage mandataire du projet. 

Ces travaux ont contribué à l’obtention de l’autorisation environnementale du parking-relais. 

Le chantier, engagé à l’été 2025, se poursuit pour une mise en service prévue fin 2025 / début 2026. 

Penser une action publique coordonnée sur l’habitat du QPV Centre

A la fois nouveau quartier prioritaire de la politique de la ville (le seul situé en centre-ville), périmètre d’Opération de revitalisation du territoire (ORT), inclus dans le Site patrimonial remarquable (SPR) du centre historique et entrée de ville depuis la gare : le quartier Centre à Clermont-Ferrand est sans aucun doute un quartier qui cumule enjeux et attentions de la puissance publique, mais aussi difficultés sociales et sécuritaires. Consciente de ces forces et faiblesses, et des limites des dispositifs jusque-là mis en œuvre, la Métropole a souhaité réfléchir à la façon dont la mobilisation des outils de droit commun en matière d’habitat permettrait de coordonner les différentes parties prenantes (Métropole, Ville, Etat, structures agissant dans le domaine de l’habitat…) et d’optimiser les effets de l’ensemble des actions menées sur le quartier ?  

Proposée comme un laboratoire de l’action publique, l’étude conduite par l’AUCM entre novembre 2024 et septembre 2025 vise à répondre à ces questions, tout en s’inscrivant dans les orientations définies dans le Programme local de l’habitat (PLH) 2023-2028 de Clermont Auvergne Métropole. Après avoir décrit la situation du quartier et de ses habitants, et fait le bilan des actions réalisées, l’AUCM propose de nouvelles actions à conduire en coordination avec les autres parties prenantes. Leur mise en œuvre permettra de sortir du laboratoire pour vérifier et élargir l’hypothèse de départ : l’action sur l’habitat peut-elle être un facteur de coordination et d’efficacité de l’action publique ? A quelles conditions (démographiques, sociales, d’habitat) l’expérience pourrait être reconduite dans d’autres quartiers ? 

Comprendre les dynamiques des habitants et de l’habitat dans le quartier  

Un quartier de centre-ville en cours de paupérisation 

Le Quartier Prioritaire de la politique de la Ville (QPV) compte une part élevée de 15-24 ans (27%), peu de familles avec enfants et beaucoup de ménages d’une seule personne (59%). Ces caractéristiques le distinguent fortement des autres quartiers prioritaires de la Métropole mais sont classiques pour un quartier de centre-ville. Autre spécificité par rapport au reste de la géographie prioritaire : un taux d’emploi élevé (47%) même si celui-ci reste inférieur à la moyenne de la ville et est porté par une part importante d’emplois précaires (32%).  

La caractéristique la plus notable du QPV Centre concerne la dynamique de paupérisation constatée. En effet, entre 2010 et 2021, les revenus des ménages des quartiers Trudaine et Charras ont augmenté de +3% et +6%, alors qu’ils augmentaient de +17% dans la ville de Clermont-Ferrand. Malgré un niveau de revenu médian supérieur à celui des autres quartiers prioritaires, ce décrochage du quartier par rapport au reste du territoire constitue une évolution qui ne s’observe ni dans les autres QPV, ni dans les autres quartiers de centre-ville.  Le niveau du revenu du premier décile y est également le plus bas de la Métropole. 

Un parc de logements peu diversifié 

Le parc de logements du QPV Centre reflète sa situation de quartier de centre-ville avec une faible part de propriétaires occupants (16%) et une part importante de logements de petite taille (49% de T1-T2 parmi les logements du QPV). La part de logements familiaux (T4 et plus) est quant à elle particulièrement faible, y compris en comparaison des quartiers de centre-ville alentours.  

Une offre d’habitat et d’hébergement social importante 

La part de logements locatifs sociaux sur ce quartier est bien moins importante que dans les autres QPV du territoire, mais supérieure au reste du centre-ville (674 logements, soient 26% de l’ensemble des logements du quartier). Elle est complétée par une offre de parc privé conventionné plus importante que sur le reste du territoire, probablement en relation avec l’OPAH Gare menée il y a quelques années.  

En plus de ces logements sociaux, le quartier est concerné par une offre d’hébergement social importante. 2 des 32 structures d’hébergement de la Métropole sont situées aux abords directs du QPV (Avenue de l’Union soviétique) ainsi que 40% des lits d’hôtel utilisés comme hébergements d’urgence (soit environ 195 lits). La proximité avec la gare et les services d’action sociale peuvent expliquer cette concentration mais celle-ci pose question dans un quartier marqué par une dynamique de paupérisation.  

Une dynamique immobilière de rattrapage mais portée par des investisseurs extérieurs au territoire  

Jusqu’en 2022, le QPV Centre ne présentait pas de signes de décrochage immobilier (turn over, taux de mutation…) et affichait au contraire un rattrapage du point de vue des valeurs immobilières : augmentation des loyers moyens de 8.3 €/m² à +10.2 €/m² (soit +25% entre 2016 et 2023) et des prix de vente de 1 300 €/m² à 1 970 €/m² (soit +52% entre 2010 et 2022). Le manque de données plus récentes ne permet toutefois pas d’appréhender l’impact potentiel de l’actualité sur le marché immobilier du quartier.  

Cependant, le profil des acheteurs dans le quartier Centre est particulier : le quartier attire notamment des investisseurs extérieurs au territoire, et ce de façon notable par rapport au reste de la ville et aux quartiers alentours.  

Une structure de propriété qui complexifie les possibilités d’action publique  

Le parc de logements du quartier est principalement composé de copropriétés de taille moyenne (5 à 20 logements) et de monopropriétés de grande taille (5 logements et plus). La situation des copropriétés du quartier est globalement saine et similaire à celles du reste du territoire mais quelques adresses présentent des signes de fragilité à ne pas négliger : niveau de charges courantes élevées malgré un chauffage individuel, taux d’impayé supérieur à 25%, absence d’assemblée générale, registre national partiellement renseigné… 

La présence importante de propriétaires âgés, de logements locatifs, de logements détenus par des personnes morales privées (SCI) ou ne résidant pas à proximité du territoire, ainsi que la part importante de petits logements, rendent plus complexe la mise en œuvre d’une action publique sur l’habitat et ses résultats en seront en outre plus incertains.  

 S’appuyer sur les résultats des actions passées 

Un quartier déjà investi par l’action publique… 

Le QPV Centre est déjà couvert par plusieurs dispositifs d’action publique en faveur de l’habitat privé. Le Programme d’intérêt général, remplacé en 2025 par le Pacte territorial, couvre l’ensemble du territoire métropolitain et permet un accompagnement technique et financier des particuliers souhaitant engager des travaux de rénovation de leur logement. Pensé à destination des propriétaires occupants pour des travaux de rénovation énergétique, d’adaptation à la perte d’autonomie et de lutte contre l’habitat indigne, ce programme comporte également quelques actions à destination des propriétaires bailleurs et des copropriétés mais avec des résultats assez limités sur ces cibles, pourtant au cœur des enjeux du QPV Centre.  

En complément, le quartier a fait l’objet d’attentions particulières et l’Opération programmée d’amélioration de l’habitat (OPAH) Gare, déployée de 2011 à 2017 sur un périmètre englobant l’ensemble du QPV Centre, avait porté ses fruits en accompagnant 13 opérations de rénovation complètes à l’immeuble, avec remise en location de logements vacants dégradés. Depuis la fin de cette opération, la dynamique de contact et d’accompagnement des propriétaires dans les dispositifs existants s’est essoufflée et ces derniers mobilisent peu les propriétaires du quartier.  

Autre action notable sur le périmètre d’étude, Clermont Auvergne Métropole a voté le 27 juin 2025 la mise place de façon expérimentale du permis de louer sur l’avenue Charras. Ce dispositif d’autorisation préalable de mise en location, permettra une meilleure connaissance de la qualité du parc locatif du secteur et une action à l’encontre des marchands de sommeil potentiels. Expérimentée sur une partie du QPV Centre, cette action pourrait, selon ses résultats, s’envisager sur d’autres rues du quartier (rue des Jacobins par exemple) également marquées par une déqualification du parc de logement et la présence d’habitants en difficulté sociale. 

Enfin, le quartier est largement investi par la puissance publique via des opérations de maîtrise foncière. Une quinzaine d’immeubles sont à l’étude ou ont été acquis par des acteurs publics ou partenaires de la collectivité (EPF, bailleurs sociaux, foncière Assemblia…). Une démarche partenariale a également été engagée pour l’acquisition publique et la restructuration globale d’un îlot particulièrement dégradé, situé à l’angle de la place des Carmes et de la rue des Jacobins.  

… mais qui ne produit pas l’ensemble des effets espérés   

Malgré les nombreux atouts du quartier (proximité avec la gare et le centre-ville, patrimoine architectural…) et les diverses démarches engagées par la collectivité, notamment sur les espaces publics et le commerce, le quartier peine à attirer et à faire rester des investisseurs privés. Les événements récents lié à la sécurité, ainsi que leur médiatisation, risquent d’accentuer cette tendance. Pour exemple, alors que dans la plupart des territoires disposant d’une OPAH les investisseurs mènent plusieurs opérations de rénovation d’immeubles, dans le cas de l’OPAH Gare, aucun investisseur ayant été accompagné n’a souhaité mener de seconde opération, notamment en raison de difficultés de gestion des logements locatifs remis sur le marché (turn over des locataires, occupation et dégradation des parties communes…). Les acteurs interrogés dans le cadre de l’étude mentionnent l’arrivée sur le quartier de propriétaires indélicats et peu scrupuleux attirés par la rentabilité économique assurée par des travaux à minima. L’image du quartier oblige les propriétaires et investisseurs à mettre en place un niveau de loyer inférieur au prix de marché. L’équilibre financier des opérations en loyer libre est ainsi complexe à atteindre par rapport à des opérations de logement social bénéficiant de subventions. 

Les opérations sur des immeubles acquis par la collectivité et ses partenaires pourraient servir de point d’accroche pour lancer une nouvelle dynamique, mais elles n’y parviennent pas soit par absence de projets prédéfinis en amont de l’acquisition, soit par inadaptation des outils mobilisés. En effet, le droit de préemption mobilisé pour leur acquisition ne peut être justifié que si le bien est destiné à la production d’une offre sociale, dont le développement peut être interrogé dans un quartier manquant de mixité sociale. 

Enfin, malgré la mobilisation publique, la collectivité dispose aujourd’hui d’une connaissance très partielle de la qualité des logements privés du quartier, ce qui rend difficile la définition des nouvelles interventions à mettre en place et le choix des outils adéquats à mobiliser.  

 Structurer une action publique collective et coordonnée permettant d’agir dans un contexte de dégradation notable de l’image du quartier 

Au regard des éléments de diagnostic évoqués précédemment, l’enjeu réside dans la définition d’une politique publique permettant de requalifier et transformer l’offre de logement du quartier, dans un contexte de paupérisation, de difficulté de mobilisation des investisseurs et propriétaires privés et d’une maîtrise foncière publique importante mais contrainte et aujourd’hui peu structurée.  

S’appuyer sur les dispositifs déjà mis en œuvre : une base d’intervention nécessaire mais non suffisante 

A l’instar des autres champs d’intervention de la politique de la ville, l’enjeu pour agir en matière d’habitat privé dans le QPV Centre, est avant tout de mobiliser les outils et dispositifs de droit commun et de s’appuyer sur les actions déjà mises en œuvre. En premier lieu, une communication renforcée sur les aides financières existantes (aides à la rénovation des logements et dispositifs fiscaux) serait ainsi à déployer de façon ciblée, à destination des propriétaires bailleurs et des copropriétés. Pour autant, comme évoqué plus haut, ces aides financières risquent d’avoir un effet limité et de produire notamment des résultats auprès des propriétaires occupants, ce qui n’est pas l’enjeu d’intervention premier sur ce quartier.   

La transformation de l’habitat privé du QPV Centre ne pourra passer que par une action publique globale et coordonnée, s’appuyant sur une meilleure connaissance du parc de logement, la mise en place de dispositifs d’aide à la gestion des copropriétés et le déploiement d’actions coercitives et interventions publiques ciblées.   

Améliorer la connaissance du parc de logement  

La mise en œuvre du permis de louer sur l’avenue Charras à compter du 1er janvier 2026, donnera à la collectivité une opportunité pour renforcer sa connaissance de l’état des logements locatifs privés sur une partie du quartier, étape nécessaire et préalable pour affiner la stratégie d’intervention à déployer.  

De façon plus générale, l’amélioration de la connaissance de l’état des logements du quartier, ainsi que le renforcement du repérage de l’habitat dégradé, passent par deux démarches : inciter les signalements de suspicion d’habitat indigne et pouvoir pénétrer dans les logements pour connaître leur état. Dans le premier cas, cela peut passer par des actions de communication sur les critères de décence des logements et les procédures de signalement, auprès des habitants et des personnes travaillant à domicile (travailleurs sociaux, agents de portage de repas, soins à domicile…). Dans le second cas, plusieurs outils peuvent être mobilisables : partenariat avec la CAF pour la réalisation de contrôles de décence, contrôles spontanés par les agents des Services communaux d’hygiène et de santé (SCHS), visites dans le cadre de la mobilisation du droit de préemption ou mobilisation du droit de visite des hommes de l’art dans le cadre du SPR ou d’une démarche d’opération de restauration immobilière (ORI).  

Quelles que soient les actions retenues, la coordination des acteurs via le Plan Départemental de Lutte contre l’Habitat Indigne (PDLHI), permettant de s’appuyer sur les compétences, moyens et plans d’action de chaque structure associée, est un préalable indispensable. L’identification dans le cadre de l’étude conduite par l’AUCM d’une liste d’adresses prioritaires sur lesquelles conduire des visites ciblées permettra également de rationnaliser l’action conduite.  

Agir en faveur de la bonne gestion des copropriétés   

Si les indicateurs de gestion des copropriétés sont globalement équivalent sur le quartier que sur le reste du territoire, l’analyse menée met en avant un risque de fragilité marqué sur une vingtaine de résidences. Celles-ci sont concernées par une absence d’enregistrement ou de tenue à jour du Registre national d’immatriculation des copropriétés (RNIC), une absence d’assemblée générale, un niveau d’impayés ou de charges de copropriété particulièrement élevé. Ces situations peuvent être le signe avant-coureur d’une qualité de logement dégradé et empêchent les copropriétés concernées de bénéficier des aides financières à la rénovation. L’accompagnement des copropriétés à l’enregistrement, à l’organisation d’assemblée générale ou encore à la mise en place d’une gestion financière saine, peut donc constituer un préalable à un travail sur la qualité des logements. Dans le cas où les copropriétaires et syndics sont volontaires, cet accompagnement peut passer par l’organisation de réunions d’information, d’accompagnements individualisés ou encore de sessions de formation. Un premier contact avec les syndics professionnels présents sur le quartier permettra d’évaluer le niveau de ce volontarisme et de contextualiser les informations renseignées dans le RNIC pour mieux les analyser. Dans les cas les plus graves, et pour lesquels les copropriétés ne se montrent pas volontaires, la saisie du tribunal judiciaire par le maire ou le Président de la Métropole afin de demander la nomination d’un mandataire ad hoc est à privilégier. Ce dernier sera alors chargé, même en l’absence de coopération du syndic ou des copropriétaires, de réaliser un bilan complet de la situation de la copropriété (financier et état du bâti) et de définir des préconisations d’intervention pour rétablir l’équilibre financier et la sécurité de l’immeuble. 

Déployer des actions coercitives et interventions publiques ciblées 

Au-delà des copropriétés, la question de l’intervention publique sur des immeubles dégradés ou appartenant à des propriétaires non volontaires se pose. Les difficultés à attirer dans le quartier des investisseurs privés prêts à réaliser des travaux de rénovation d’ampleur, rend nécessaire un portage d’opération par la puissance publique et ses partenaires, afin de permettre une transformation du parc de logements du quartier.  

La meilleure connaissance de l’état des logements évoquée précédemment, permettra à la collectivité d’identifier les immeubles sur lesquels il est nécessaire de faire usage des pouvoirs de police, ceux pour lesquels une ORI serait pertinente ou encore les immeubles à envisager dans le cadre de démarches d’achat-revente avec cahier des charges.  

Le suivi des Déclarations d’intention d’aliéner (DIA) et la mobilisation du droit de préemption, constituent des outils nécessaires pour la bonne réalisation de ces démarches. L’identification d’une liste d’adresses prioritaires reste un préalable, tout comme la réalisation d’études techniques et d’esquisses le plus en amont possible, pour permettre la définition de projets avant achat par la collectivité ou revente à un partenaire ou opérateur privé. Dans le cas particulier des copropriétés en grande difficulté, la mise en place de démarches de portage de lots peut être envisagée. Dans tous les cas, au regard des enjeux identifiés sur le quartier, les projets menés devront permettre de contribuer à une diversification de l’offre de logements (typologie, niveau de loyer, statut d’occupation…).  

Structurer l’action menée 

L’ensemble des pistes d’action évoquées peuvent être conduites indépendamment les unes des autres. Elles peuvent également être structurées dans le cadre de dispositifs ensembliers (Programme Opérationnel de Prévention et d’Accompagnement des Copropriétés (POPAC), OPAH de Renouvellement Urbain (OPAH-RU) ou encore traité de concession). Ces dispositifs ensembliers ne produiront pas d’effets en tant que tel, mais permettront une mise en cohérence, une planification pluriannuelle et la formalisation d’un cadre d’action partenarial. Si le traité de concession semble à l’heure actuelle être un dispositif trop complexe au regard de l’avancée des réflexions, la mise en place d’un POPAC ou d’une OPAH-RU peut être pertinente. Les deux dispositifs permettraient aux copropriétés du secteur d’être éligibles à quelques aides complémentaires, et à la collectivité de percevoir une subvention d’ingénierie pour mener certaines des actions évoquées (communication, accompagnement des copropriétés, actions de repérage de l’habitat dégradé, définition de projets de requalification d’immeuble, appui à la constitution de dossier d’ORI…). La mise en place de dispositifs incitatifs structurés constitue également un bon complément au déploiement d’éventuelles actions coercitives (argument à déployer dans le cadre de la prise d’une déclaration d’utilité publique (DUP) d’ORI par exemple). Le périmètre de ces dispositifs devrait alors être réfléchi pour tenir compte des marges du QPV et d’éventuels enjeux de mutualisation des actions avec d’autres quartiers du territoire. 

Il convient néanmoins de tenir compte de quelques points de vigilance concernant la mise en œuvre d’une OPAH-RU, en particulier dans ce quartier marqué par une forte image négative. Tout d’abord, la mise en place de ce dispositif nécessite la réalisation d’une étude pré-opérationnelle et une phase d’élaboration de la convention qui ne sont pas neutres en termes de temps et de coût financier pour la collectivité. En outre, la réussite d’une OPAH-RU est souvent mesurée à l’aune du nombre de projets de rénovation subventionnés, notamment ceux des propriétaires bailleurs. Or, comme cela a été évoqué précédemment, si cette cible est centrale sur ce quartier elle sera très difficile à atteindre (propriétaires âgés ou extérieurs au territoire, en recherche de rentabilité rapide sur des logements de petites typologies…) et les aides à la rénovation, au cœur de ce dispositif, ne semblent pas être les outils les plus efficaces à mobiliser dans ce cas précis.  

Quels que soient les choix qui seront faits par la collectivité, l’analyse de la situation de propriété souligne que la réussite des actions mises en œuvre sera conditionnée au déploiement de moyens suffisants, à un portage politique fort et à la mise en œuvre d’une action partenariale s’appuyant sur les compétences et connaissances de chaque structure. 

Nos politiques publiques sont-elles à la hauteur des enjeux de transitions écologique et solidaire ?

En 2019, la Ville de Clermont-Ferrand et Clermont Auvergne Métropole ont adopté un « Plan Climat Air Energie Territorial » (PCAET) d’un nouveau genre nommé Schéma de Transition Énergétique et Écologique (STEE). Alors qu’un PCAET met au centre de son action la qualité de l’air, la transition énergétique et la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre, la Métropole a posé pour principe que la transition ne pouvait se faire sans tenir compte de la fragilité des ressources naturelles du territoire : l’eau, la biodiversité et les sols. Ces ressources en partage sont mises à mal par le changement climatique, et sont donc intrinsèquement liées au PCAET. En 2025, la Métropole a entamé la révision de ce document, adopté pour une durée de 6 ans, avec l’intention de monter une marche supplémentaire en intégrant la transition solidaire et la santé dans sa nouvelle feuille de route. Mais avant de monter cette marche, la métropole clermontoise a souhaité faire le bilan des actions conduites dans son STEE, et plus largement des actions de transitions déployées dans les politiques publiques locales, avec une question centrale « nos politiques publiques sont-elles à la hauteur des enjeux de transitions écologique et solidaire ? ». L’AUCM, sollicitée pour répondre à cette question, a élaboré une méthode et tire aujourd’hui de premiers enseignements qui serviront à poser les bases de la future feuille de route transitions.  

Pourquoi l’analyse des discours apporte un premier niveau d’évaluation des politiques conduites par la Métropole et la Ville en matière de transitions ? 

En toute logique, pour analyser le niveau d’engagement d’un territoire, on évalue les actions qui sont à l’œuvre. Ici, c’est un tout autre choix qui a été opéré avec une analyse des discours, issus d’un large panel de 70 documents : feuilles de routes, schémas directeurs, chartes, … Ces documents ont tous en commun le fait d’être délibérés par la Ville ou la Métropole, et donnent donc à voir les politiques qui guident l’action publique. Un premier travail de tri a été opéré pour sélectionner 35 documents structurants et représentatifs de l’ensemble des compétences de la Ville et de la Métropole, augmentés de quelques documents cadres supra-territoriaux et interterritoriaux, tels que le Projet Alimentaire Territorial du Grand Clermont et du Parc Livradois-Forez ou encore le Plan de Protection de l’Atmosphère de l’agglomération clermontoise. 

Analyser les discours issus des documents cadres comporte plusieurs intérêts. Tout d’abord, avec cette approche, chaque document est sur le même pied d’égalité, ce qui permet d’effectuer des comparaisons. Ensuite, les discours donnent à voir la cohérence des politiques publiques entre-elles : existe-ils des sujets investis par plusieurs documents ? ou à l’inverse, certaines problématiques sont-elles sous investies ? Car les politiques de transition se doivent d’être cohérentes et intégrées dans l’ensemble des politiques et compétences de la collectivité. Le Haut-Commissariat pour le Climat précise à ce propos dans son rapport annuel de 2025 que « la multiplication des outils de planification en matière d’aménagement, d’eau, de qualité de l’air, de transport, d’énergie, de déchets et de climat complexifie le travail des collectivités et dilue l’enjeu systémique des politiques climatiques »1. Enfin, les discours sont un préalable au passage à l’action. En effet, la structuration et la formalisation d’une stratégie, d’un plan d’actions, donnent de la légitimité aux actions conduites et financées. A l’inverse, si une ambition n’est pas clairement explicitée dans un document cadre, elle rencontrera certainement des difficultés à se traduire de façon opérationnelle.  

Pourquoi et comment “le donut” peut-il être un outil pour relire les politiques publiques à l’aune des transitions sociales et écologiques ? 

Pour analyser ce panel de 35 documents, il est rapidement apparu nécessaire de s’appuyer sur un outil d’évaluation des politiques publique. Boussole de la transition écologique2, limites planétaires3, Objectifs de développement durable des Nations Unies4, … de nombreux outils existent et ont fait leurs preuves. Les services de la Métropole et de la Ville se sont finalement saisis de la théorie du “Donut” pour relire leurs politiques publiques. Cette théorie, développée par l’économiste Kate Raworth, s’appuie sur l’image d’un donut : à l’intérieur du donut, le territoire ne répond pas aux besoins des habitants, tandis qu’à l’extérieur du donut, le territoire consomme plus que ce que la planète peut nous fournir. Le juste équilibre se situe donc dans ce donut, entre un “plancher” social et un “plafond” environnemental. De nombreuses collectivités, comme Bruxelles ou Grenoble, ont mobilisé cet outil pour visualiser la situation de leur territoire vis-à-vis de 21 enjeux sociaux et environnementaux et réfléchir à l’impact des activités humaines sur l’aggravation des limites planétaires. 

Après un nécessaire travail d’adaptation du Donut au territoire et aux compétences de la Métropole et de la Ville de Clermont-Ferrand, il s’agissait d’évaluer la prise en compte des 21 thématiques du donut dans les 35 documents sélectionnés : le document pose-t-il des intentions en matière d’accès aux droits humains et aux besoins essentiels pour tous les habitants ? Et quelles réponses apporte-t-il aux enjeux environnementaux du territoire ? Pour conduire cette analyse, l’AUCM s’est appuyé sur une méthode simple, mais qui a su faire preuve de son efficacité : identifier les discours par l’intermédiaire de mots clés. Ainsi, l’AUCM a construit une notation, allant de 0 à 5, pour définir le niveau d’intégration de chaque enjeu dans les discours portés par les documents. La notation s’est traduite visuellement sous la forme de graphiques type “radars”, pour mettre en évidence, en un coup d’œil, le niveau d’ambition des documents cadres en termes de réponse aux enjeux sociaux et environnementaux. L’analyse de niveau 1 constitue un premier niveau de réflexion permettant de poser les bases d’une analyse plus poussée.  

Pourquoi et comment ce travail peut-il devenir un outil de dialogue ?  

L’analyse des politiques publiques de la Métropole et de la Ville de Clermont-Ferrand montre que le champ environnemental est sous-investi comparativement au champ social. En effet, si de nombreux documents cadres visent l’amélioration des conditions de vie pour toutes les populations, leurs actions ne sont pas toujours connectées aux objectifs de transition écologique. Néanmoins, la notation des documents par l’analyse de discours n’est pas une fin en soi. Elle a pour vocation première de susciter du débat et d’amener les services de la Métropole et de la Ville de Clermont-Ferrand à requestionner leurs politiques publiques au prisme des enjeux sociaux et environnementaux du territoire. En faisant de cette analyse un support de dialogue, la méthode proposée et les résultats qu’elle amène peuvent tout à fait être interprétés différemment, critiqués, nuancés ou améliorés. Poser la base de ce dialogue passe avant tout par une compréhension partagée des limites de l’outil :  subjectivité dans l’attribution des notes, caractère obsolète de certains documents, hétérogénéité des documents, … Enfin, c’est bien un travail d’analyse des discours qui a été réalisé. Cet aspect a parfois questionné les services en charge des politiques publiques, qui ont rappelé l’écart existant entre les discours émanant des documents et la réalité des actions qui en découlent. Beaucoup des actions ne sont pas écrites, ou bien leur concrétisation sur le terrain est difficilement perceptible à travers une lecture du document. Plusieurs ateliers avec les services de la Métropole et de la Ville ont été organisés, d’une part pour ajuster les notations, et d’autre part pour mettre en dialogue les différents services au travers de questions communes : Mon document est-il représentatif des actions conduites par la collectivité ? Comment sa mise en œuvre s’articule avec celle du STEE actuel et comment mieux l’articuler avec la future feuille de route transitions ? Les réponses apportées en séance permettent d’aller plus loin en envisageant l’articulation des différentes politiques publiques avec la future feuille de route transitions. C’est dans cette perspective que la Métropole a sollicité l’AUCM pour une analyse croisée de 19 documents stratégiques qui viendra alimenter les réflexions quant à la révision de la feuille de route transitions.  

Bien que ce travail d’évaluation n’ait pas vocation à être publié, il constitue une base de réflexion et de dialogue pour bâtir la future feuille de route transitions, pour qu’elle soit à la fois complète et complémentaire avec les autres politiques publiques, qu’elle devienne un véritable support de déploiement et de visibilisation d’actions concrètes en faveur des transitions. Enfin, au-delà de cette première mobilisation des services, il apparaît nécessaire que cette feuille de route transitions embarque avec elle des partenaires, publics comme privés, un travail déjà largement amorcé avec l’Alliance pour la transition écologique et solidaire, une démarche partenariale initiée par la Ville et la Métropole visant à coconstruire une stratégie commune pour la transition écologique et sociale du territoire. 

Quand la coopération européenne nourrit l’égalité femme-homme : l’expérience FEMACT-Cities

C’est une constante planétaire. Les droits humains ne sont jamais acquis : ceux qui ont été conquis hier et qui semblaient assurés peuvent être remis en question aujourd’hui, voire anéantis demain. Les femmes occupent une position particulièrement vulnérable dans ce contexte fluctuant. Aux injustices sociétales et économiques qui perdurent en leur défaveur, se cumule l’impact du changement global, qui touche plus durement les individus en situation de fragilité.

L’adaptation au changement climatique, la nécessité d’engager une « transition juste », et plus fondamentalement la quête d’une société apaisée où femmes et hommes bénéficieraient des mêmes droits, mettent au défi les politiques publiques sur leur capacité à accompagner et maintenir la marche vers l’égalité. Si les efforts au plan national semblent un socle indispensable à l’enracinement d’une culture partagée de l’égalité, ils restent indissociables de politiques de proximité, ancrées dans les réalités plus quotidiennes.

Comment réduire durablement les inégalités femme-homme à l’échelle d’un territoire comme la métropole clermontoise ? Comment capitaliser sur l’expérience d’autres territoires, et formuler une feuille de route qui réponde aux spécificités locales ? La recherche d’un logiciel robuste en matière d’égalité a motivé Clermont Auvergne Métropole à devenir cheffe de file du réseau européen FEMACT-Cities dans le cadre du programme URBACT. Un pari sur la coopération et l’intelligence collective pour lequel l’Agence d’urbanisme Clermont Massif central (AUCM) l’a accompagnée. L’occasion d’expérimenter et d’analyser les leviers possibles localement vers davantage d’égalité.

Aborder la complexité de l’égalité femme-homme à l’échelle locale

L’analyse et la promotion de l’égalité femme-homme s’inscrivent dans une approche systémique. Inégalités scolaires, professionnelles, violences sexistes et sexuelles, stéréotypes, s’établissent dans un schéma d’interdépendances qui implique la mobilisation de l’ensemble des champs politiques. L’édition 2024 des « Chiffres-clés : Vers l’égalité réelle entre les femmes et les hommes » publiée par Le ministère chargé de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations [1] illustre cette imbrication, et met en lumière la complexité d’embrasser un tel sujet : impulser un changement significatif en matière d’égalité exige une collaboration intersectorielle, interterritoriale et interculturelle au long cours.

Le contexte national volontariste, avec un Plan interministériel pour l’égalité entre les femmes et les hommes 2023-2027  [2] qui inscrit les enjeux d’égalité au centre de l’action publique, semble un terrain favorable pour déployer cette approche intégrée. Cependant, si de façon générale ce plan d’Etat définit des axes et mesures bien identifiés autour de la lutte contre les violences faites aux femmes, la santé des femmes, l’égalité professionnelle et économique et la culture de l’égalité, nul mode d’emploi préétabli ne s’offre à la collectivité qui souhaite s’emparer du sujet de l’égalité.

Quelles priorités, quelles méthodologies, quelle gouvernance et finalement, quelle feuille de route pour engager un territoire et ses diverses parties prenantes vers davantage d’égalité et d’émancipation ? La méthode URBACT offre l’opportunité aux collectivités d’explorer les possibles et de s’inspirer au-delà des frontières, dans une logique de compagnonnage, avec l’aide de nombreux experts.

S’appuyer sur la coopération interculturelle et le partage de savoirs pour explorer les possibles : la méthode URBACT 

Depuis 2002, le programme de coopération URBACT – actuellement URBACT IV, qui s’inscrit dans la programmation 2021-2027 du FEDER [3] – permet aux villes d’échanger leurs expériences, leurs idées et leurs bonnes pratiques en matière de développement urbain au sein de réseaux thématiques et transnationaux. L’objectif de ces réseaux est de concevoir ensemble une réponse collective à des défis communs, tout en adaptant les solutions à des spécificités locales. URBACT propose ainsi aux collectivités de toute l’Europe de faire partie d’un réseau constitué de 7 à 10 collectivités, qui partagent une problématique sur le développement urbain : gouvernance participative, planification urbaine, économie locale, changement climatique, cohésion sociale, etc.

URBACT propose 3 types de réseaux, parmi lesquels les réseaux de planification d’action, dont l’objectif est de produire en deux ans un plan d’action intégré, applicable localement. La méthode URBACT, basée sur la coopération, la participation citoyenne et l’apprentissage par l’action, permet à chaque collectivité associée de trouver des solutions concrètes pour son territoire, de s’inspirer des pratiques et expériences entre pairs en Europe, de renforcer ses compétences, d’intégrer une communauté de travail européenne, de se faire connaitre en France et en Europe. Un expert du Secrétariat URBACT apporte une aide précieuse à chaque réseau dans sa réflexion, ses méthodes de travail et la conception de son plan d’action.

En réponse à des problématiques transversales telles que l’égalité femme-homme, l’outil semble particulièrement adapté pour bâtir une stratégie locale sur mesure. La dynamique interculturelle, combinée à l’implication du tissu local – fondamentaux de la méthode URBACT – apparaissent ainsi comme de sérieux atouts pour résoudre l’équation de l’égalité femme-homme sur le territoire de la métropole clermontoise.

Clermont Auvergne Métropole, cheffe de file du réseau européen FEMACT-Cities

Clermont Auvergne Métropole a souhaité porter auprès de la Commission Européenne le projet FEMACT-Cities, dont elle est devenue cheffe de file de 2023 à 2025. Ce projet, qui réunit 8 territoires associés aux enjeux socio-économiques très différents – Clermont Auvergne Métropole, Szabolcs 05 (Hongrie), Postojna (Slovénie), Cracovie (Pologne), Cluj -Napoca Métropole (Roumanie), Région de Coimbra (Portugal), Comté de Skåne (Suède) et Turin (Italie) – vise un objectif partagé : améliorer la qualité de vie des femmes et assurer leur liberté individuelle sur chacun des territoires. A travers un parcours de deux années, il revient à chaque territoire de préciser ses propres enjeux et thématiques de travail, définir sa stratégie, pour finalement formuler un plan d’action détaillé.

Être cheffe de file d’un tel réseau appelle une triple nécessité de la part de Clermont Auvergne Métropole. Il s’agit d’une part de constituer, de fidéliser et d’animer un « groupe local » composé de représentants du monde associatif, institutionnel, économique, fédérés autour de la promotion de l’égalité femme-homme. Ce groupe nourrira par ses travaux la conception d’un plan d’action à l’échelle métropolitaine. Il s’agit d’autre part d’articuler ces travaux localisés à une dynamique européenne d’échanges, de partages d’expériences et à une réflexion commune autour du rôle des collectivités et des leviers à leur disposition pour favoriser l’égalité. Enfin, le but du réseau est de valoriser au fil de l’eau ses travaux et ceux de chacun de ses membres, non seulement à l’échelle locale, mais aussi nationale et européenne. Parallèlement, chaque réseau est invité à entretenir des échanges avec d’autres réseaux URBACT, afin d’amplifier encore davantage l’émulation et le partage d’expériences.

Aux côtés de Clermont Auvergne Métropole, l’AUCM s’intègre comme un maillon d’une chaine multi-acteurs qui contribuent chacun à nourrir l’intelligence collective et ses déclinaisons opérationnelles. L’Agence s’implique plus spécifiquement sur l’animation du « groupe local » FEMACT-Cities en concevant un parcours d’ateliers qui guident peu à peu l’analyse, la réflexion collective et la formulation de propositions susceptibles d’amplifier l’égalité sur le territoire. Elle coordonne par ailleurs la valorisation et la communication des travaux du réseau et de ses membres à différentes échelles, en relation avec les 8 territoires européens associés.

Nourrir une culture commune de l’égalité femme-homme à travers un réseau métropolitain

La diversité des problématiques retenues par les membres du réseau FEMACT-Cities pour structurer leur plan d’action [4]– de l’éducation aux transports publics, de la prévention des violences à l’approche patrimoniale, de la mobilité en milieu rural à la gouvernance multi-acteurs – illustre la variété des choix politiques possibles en faveur de l’égalité de genre. Comparativement à ses homologues européens, Clermont Auvergne Métropole semble emprunter une voie médiane originale. Après avoir opté pour une entrée en matière multi-thématique en 2023 – émancipation, intégrité, autonomie, mobilité – les réflexions de l’écosystème clermontois, incarné par un groupe local fidèle et tenace d’une vingtaine de personnes, se sont peu à peu recentrées sur les modalités et leviers de la coopération en tant que telle. Sur un territoire où les initiatives dédiées à l’égalité femme-homme sont déjà nombreuses et variées, comment amplifier, accompagner et coordonner à moyen terme les actions pour leur donner une portée significative ? Comment faire en sorte que la culture de l’égalité essaime sur l’ensemble de la métropole et face office de logiciel commun aux sphères associatives, institutionnelles, économiques et citoyennes ?

Deux aspects ont émergé des travaux du groupe local FEMACT-Cities, qui structurent le plan d’action formulé par Clermont Auvergne Métropole fin 2025. D’une part, le besoin essentiel de suivre et connaitre la situation de l’égalité sur le territoire pour concevoir et ajuster les différents dispositifs dédiés. Mesurer pour comprendre. Comprendre pour agir, collectivement. Une boussole à construire, qui pourrait prendre la forme d’un observatoire combinant collecte de données, analyses, animation d’une réflexion pluri-acteurs et d’un partage des savoirs autour des grands enjeux d’égalité sur le territoire. D’autre part, le besoin de mise en réseau des nombreuses initiatives locales. Un réseau pour partager et relier les expériences, coordonner les propositions, et rendre visible les enjeux de l’égalité femme-homme auprès des habitants et acteurs du territoire.

Du plan d’action à sa mise en œuvre

Alors que le processus URBACT touche à sa fin, quelles suites possibles ? A l’issue de deux années d’un cheminement collectif multi-échelles, la métropole clermontoise est aujourd’hui forte d’un groupe d’acteurs locaux engagés et résolus à poursuivre les travaux pour faire vivre le plan d’action. La signature officielle de la « Charte pour l’égalité femme-homme dans la métropole clermontoise », en présence de Cyril Cineux, Vice-Président en charge de la Démocratie participative, des Relations aux usagers, de la Citoyenneté, de l’Égalité et de la Concertation et évaluation des Politiques publiques, en juillet 2025, introduit cette envie partagée dans l’espace public. Une première marche vers une culture métropolitaine de l’égalité semble en ce sens franchie, que Clermont Auvergne Métropole a su valoriser vis-à-vis de ses partenaires européens. Sur cette base encourageante, la mise en pratique du plan d’action métropolitain et son ancrage à moyen terme, sur le terrain, restent un objectif à atteindre. Outre l’urgence de répondre aux inégalités et situations de violences qui perdurent, ce plan, traduit en actes, pourra contribuer à renforcer les capacités du territoire à répondre aux nombreux défis liés au changement global.

Recré-Action, un cycle de rencontres pour relire l’action publique

Un temps suspendu pour prendre du recul dans l’élaboration du PLU métropolitain

Le cycle Recré-Action a démarré à une période où élus et techniciens étaient engagés dans une phase de rédaction des pièces réglementaires du Plan Local d’Urbanisme métropolitain comprenant des arbitrages structurant pour la dynamique métropolitaine de la prochaine décennie. Des choix d’autant plus complexes qu’ils nécessitent forcément une prise de recul : pourquoi renforcer les règles de végétalisation des projets urbains ? pourquoi interroger chaque nouveau projet selon l’offre de transports et l’identité locale du quartier ? Or la rédaction d’un tel document n’offre que peu de temps supplémentaire pour prendre de la hauteur. Ainsi, la première intention avec Recré-Action fut de proposer des rencontres qui donnaient l’occasion de se détacher de cette rédaction pour mieux y revenir. La seconde intention posée fut tout aussi claire : avec la rédaction des pièces réglementaires, le lien avec le Plan d’Aménagement et de Développement Durables (PADD), la boussole stratégique du PLU métropolitain, se devait d’être maintenu. Ce PADD est structuré autour de trois grands axes. Premièrement les héritages, patrimoniaux, paysagers, culturels, ceux des générations précédentes mais aussi ceux que l’on lègue aux générations suivantes. Les équilibres ensuite, fragiles équilibres entre la ville et la nature, l’accueil de populations et la préservation de la qualité de vie, … Et enfin les transitons, ce virage que la Métropole prend à bras le corps pour faire évoluer nos mobilités, nos modes de vies et nos modes constructifs, pour lutter activement contre le changement climatique tout en prenant soin des plus démunis. Une fois le projet de PLU métropolitain arrêté, le cycle Recré-Action n’a pas disparu, car charge désormais de faire connaître les pièces fondatrices de ce document : ses Orientations d’Aménagement et de Programmation thématiques, « Trames Vertes et Bleues – Paysages » et « Habiter demain », ou encore les spécificités du règlement, notamment pour la préservation des cités jardins. Ces rencontres sont un temps privilégié pour partager et diffuser cette connaissance.

De l’urgence écologique et sociale à l’urgence de faire collectivement

Depuis deux saisons, Recré-Action propose aux élus et aux techniciens des communes, et de la Métropole, de paradoxalement prendre le temps de saisir l’urgence. Derrière ces deux expressions antagonistes, c’est l’idée que l’urgence à agir, tout comme la frénésie du quotidien ne doivent pas nous empêcher de prendre du temps pour réfléchir aux actions à mener. Dès la première saison, il est apparu évident que ces rencontres devaient réunir des élus et des techniciens et que nous devions proposer des modalités d’animations qui leur permettraient de sortir de leur posture habituelle, pour être davantage libre d’échanger et de nouer des liens entre eux. En deux saisons, le cycle a su rassembler près de 100 participants et se distingue par la diversité de son public. La grande majorité des communes concernées ont pris part aux rencontres et plusieurs services de la Métropole sont mobilisés : urbanisme, habitat, culture, patrimoine, …, mais le bilan des deux saisons passées révèle une sous-représentation des élus dans les participants au cycle. Bien qu’il soit complexe d’en tirer des conclusions, l’Agence sera d’autant plus vigilante sur cet équilibre pour la saison à venir. Car c’est bien la rencontre de ces deux publics qui permet de faire communauté apprenante, pour apprendre ensemble mais aussi apprendre les uns des autres.

Un cycle et des débats

Depuis 2022, de nombreux sujets ont été traités avec Recré-Action, toujours en suivant le fil rouge des trois axes du PADD. Ainsi, les héritages ont d’abord fait l’objet d’une séance portée sur notre attachement à la maison individuelle, le pavillon légué par nos parents, mais aussi celui que l’on construit encore, aux franges de la ville, comme en son cœur. Le patrimoine bâti remarquable est un héritage plus évident mais sa préservation ne l’est pas pour autant : doit-on protéger une cité jardin pour son patrimoine architectural ou pour la forme urbaine qu’elle propose ? À quoi tenons-nous ? pour paraphraser la chercheuse en sciences sociale Amélie Flamand, présente ce jour-là. Le cycle Recré-Action a aussi joué avec les équilibres. En ville, la nature peine encore à se faire une place, mise à l’écart, encartée et effrayée par le bruit et la lumière. Mais pour mieux cohabiter, nous devons mieux la comprendre ; un message porté de concert par Thierry Ameglio, chercheur en physiologie de l’arbre, et Stéphane Cordobes, directeur de l’AUCM. Mieux comprendre le vivant, c’est aussi prêter attention à la santé de tous : santé humaine, animale et environnementale. Dans un monde bouleversé par les changements climatiques, il est nécessaire de prendre soin de soi, des autres et de ce qui nous entoure, pour mieux faire face. Les transitions enfin. Celles que nous devons opérer et que nous peinons à réaliser, comme se détacher de l’usage de l’automobile, symbole de liberté mais aussi de pollutions atmosphériques. Alors à quoi seriez-vous prêt à renoncer ? C’est la question qui était posée en séance. Les transitions sont parfois aussi des mouvements plus discrets, mais tout aussi puissants. Depuis près de 10 ans, la Ville de Clermont-Ferrand prend appui sur un architecte conseil pour accompagner la mise en œuvre des projets urbains et répondre à l’objectif du « bon programme au bon endroit ». Cet outil, encore méconnu des communes, va peu à peu se déployer à l’échelle métropolitaine, pour que les projets répondent pleinement aux besoins des habitants et que la forme urbaine soit réfléchie en cohérence avec le quartier.

L’arpentage et le dialogue pour redonner du sens à l’action

Le cycle Recré-Action, ce ne sont pas seulement des experts qui viennent nous éclairer sur des sujets d’intérêt commun. L’AUCM porte une attention particulière à l’expérience vécue, et les temps d’échanges et d’arpentages permettent de créer de bonnes conditions pour que les élus et les techniciens dialoguent ensemble. En deux saisons, de nombreux formats ont été proposés, à la fois en salle, avec des jeux sérieux et des débats mais aussi en extérieur, sur le terrain. Ces marches exploratoires sont utiles à différents niveaux. D’une part, elles permettent de lire la ville sous un autre angle. A Aulnat, nous avons ainsi réinterrogé les aménagements de l’espace public sous le prisme de la santé pour tous. A Châteaugay, nous avons tenté de nous mettre dans la peau d’un arbre. Et à Chamalières, nous nous sommes interrogés, voire émus, de l’avenir de nos cités jardins. Mais ces arpentages offrent aussi des temps informels, car entre deux prises de parole, les participants échangent et apprennent à se connaître.

Alors que peut-on souhaiter pour la suite du cycle Recré-Action ? Avant tout que ce cycle reste un espace ouvert d’échanges et d’interconnaissances, d’autant plus que le PLU métropolitain va être mis en application et que de nouvelles questions, de nouveaux défis, attendront les élus et techniciens des communes et de la métropole. Les élections municipales vont naturellement renouveler les élus, et Recré-Action pourra être un outil pour renouer du lien et poursuivre l’ambition de faire communauté apprenante pour faire face aux enjeux de l’urgence écologique et sociale.

Réconcilier patrimoine et usages pour faire du cœur historique un espace pleinement habité

À Beaumont, commune de plus de 10 000 habitants de la métropole clermontoise, le centre ancien se dégrade lentement, à l’image de nombreuses centralités historiques françaises. Pourtant, ici, la situation présente une singularité : la commune est propriétaire de près de soixante biens immobiliers, acquis au fil du temps. Cette accumulation de foncier bâti, devenue une charge budgétaire pour la commune du fait de la nécessité de sécurisation, symbolise une ambivalence plus large : celle d’un centre historique perçu à la fois comme un héritage commun à préserver et un poids face à un patrimoine vétuste qui peine à s’adapter aux aspirations de la vie actuelle.

Face à ce constat, Beaumont a choisi d’agir. Inscrite dans l’Opération de revitalisation du territoire (ORT) multisites portée par Clermont Auvergne Métropole, la commune a engagé une démarche d’élaboration d’un plan guide, accompagnée par l’AUCM, pour repenser l’avenir de son centre médiéval et inverser le regard porté sur cette déprise urbaine.

Une démarche exploratoire et sensible

Le plan guide ambitionne de replacer le centre ancien au cœur d’une stratégie urbaine d’ensemble et de long terme qui investit les thématiques transversales de la revitalisation : habitat, cadre de vie, mobilités, … Un exercice à la fois prospectif et sensible a été conduit en groupe projet pour définir des profils cibles d’habitants et d’investisseurs que la commune souhaite attirer ou maintenir sur le centre bourg. L’utilisation de personae, tels que l’esthète, amoureux des belles pierres, ou encore la jeune retraitée, a permis de comprendre les critères de choix résidentiels des habitants lors de l’acquisition ou de la location d’un logement.

Le plan guide s’est attaché, par ailleurs, à s’ancrer dans les réalités locales en proposant plusieurs arpentages pour s’éprouver face à l’épreuve du terrain. L’approche incarnée dans un site donné, mais également dans un cadre de politiques publiques portées par les acteurs locaux rassemblés dans le cadre du plan guide a constitué un élément important du process de travail. Enfin, la force du plan guide tient avant tout dans la dynamique collective engagée autour d’un groupe projet rassemblant les différentes parties prenantes de la revitalisation : l’Etat (ABF, DDT63, ainsi que les architectes et paysagistes conseils), Conseil départemental du Puy-de-Dôme, CAUE, EPF Auvergne, SMTC, services urbanisme, habitat, culture de la Métropole, service de la ville … Ce groupe a été réuni tout au long de la démarche sous forme d’ateliers participatifs mixant diffusion d’expertises, approche sensible et travail collaboratif.

Patrimoine vécu et valeurs d’usage

L’objectif du plan guide a été clairement posé dès le lancement de la démarche : il s’agit de transformer le centre historique de Beaumont sans le dénaturer. C’est pourquoi, une étude patrimoniale approfondie a été confiée au cabinet ACA Architectes & Associés. Cette expertise a permis d’identifier les caractéristiques fondamentales du bourg fortifié : le linéaire des remparts, la structure médiévale du parcellaire avec des emprises bâties particulièrement denses, un réseau viaire hiérarchisé, arborescent et pittoresque – de la voie principale aux venelles -, les typologies bâties – maisons de vignerons, loges, demeures notables – ou encore les caractéristiques architecturales remarquables, telles que les toitures en tuiles à un ou deux pans échelonnés qui accompagnent la pente. Tous ces éléments composent un paysage urbain singulier qu’il s’agit de transmettre dans son fonctionnement et sa structure, sans pour autant figer toute forme d’intervention.

À Beaumont, le patrimoine n’est pas une simple matière à conserver : il est également un espace de vie, porteur de mémoire et de sens. La question posée par le plan guide est donc celle de la transmission : qu’est-ce qui mérite d’être conservé, à quoi tenons-nous collectivement et pourquoi ? Il s’agit donc d’articuler valeurs patrimoniales et valeurs d’usage, de repenser la mutation d’un centre en déprise, sans trahir l’esprit des lieux et du « déjà-là ».

Un plan guide comme boîte à outils

Le plan guide n’est pas un document figé mais un outil évolutif, un support de dialogue et de transformation. Il propose quatre grands axes d’intervention pour refonder une centralité habitée, attractive et connectée au reste du territoire beaumontois :

  1. Vivre au quotidien, pour améliorer la qualité des espaces publics.
  2. S’émerveiller, en révélant la richesse du cadre de vie par la végétation.
  3. Circuler, accéder, stationner pour repenser les mobilités au bénéfice des piétons.
  4. Se loger par une requalification de l’habitat en partant de l’existant.

Dix stratégiques ont été identifiées pour décliner cette stratégie urbaine d’ensemble : six pièces correspondant aux portes du bourg et quatre sont au cœur du tissu médiéval. À chaque fois, il s’agit d’intervenir avec finesse et délicatesse, en conciliant les usages, en testant de nouveaux scénarios à travers l’urbanisme transitoire, et en favorisant l’appropriation citoyenne des lieux.

Ce travail de couture sur-mesure implique de retrouver les contours historiques du bourg là où les limites ont été effacées par des démolitions et de traiter des interstices – ces zones de transition entre l’espace privé et l’espace public – comme des opportunités de requalifier le cadre de vie. La végétalisation des cœurs d’îlot, le travail sur les matériaux durables, le soin apporté à l’interface entre espace bâti et espace public témoignent de cette volonté de réparer sans déstructurer.

Focus sur l’îlot Commerce : redonner vie au patrimoine bâti

Parmi les zones d’intervention prioritaires, l’îlot Commerce occupe une place centrale. Ce secteur, où se concentre une grande partie du patrimoine communal en ruine, est emblématique des enjeux de reconquête. L’idée est de réactiver l’espace, d’en faire un lieu de vie résidentiel et social, tout en respectant son identité.

Cela passe par la réouverture d’ouvertures murées, l’introduction de treilles végétalisées sur les pignons, la réinvention des rez-de-chaussée pour accueillir des cafés sociaux ou des lieux culturels, et la reconnexion des venelles pour retisser un maillage urbain plus fluide.

Et maintenant, comment passer à l’acte ?

La réussite du plan guide passe par une mise en œuvre progressive, à plusieurs vitesses, visant à inscrire le centre bourg de Beaumont dans un processus de projet. Elle combine une approche globale, du fait de la prise en compte de l’ensemble de la stratégie urbaine, et des interventions ciblées sur certains îlots et/ou porteurs de projet qu’il s’agit d’attirer et de convaincre. Plusieurs outils fiscaux, juridiques, et opérationnels peuvent être activés pour encourager et insuffler des dynamiques de mutation.

Il s’agit, tout d’abord, de passer par des phases de test et d’expérimentation pour donner à voir rapidement et de manière « économe » comment réinvestir l’espace public par des aménagements légers, transitoires et réversibles. Design actif ou évènementiel, l’objectif est avant tout d’impliquer et d’engager les riverains dans l’animation de leur rue, leur école, leur bourg.

Pour les îlots les plus dégradés, un accompagnement sur-mesure est nécessaire. Guichet unique rassemblant l’ensemble des ressources et partenaires mobilisables, coaching individualisé auprès des futurs usagers, ou encore bourse aux logements vacants, le plan guide donne à voir l’importance d’être au plus près du porteur de projet pour apporter des réponses les plus adaptées possibles et, ainsi, faciliter la mise en opération.

Enfin, des outils incitatifs, voire coercitifs peuvent être engagés par la collectivité. Outre les dispositifs traditionnellement mobilisés dans la lutte contre l’habitat indigne et la vacance (incitations fiscales, bail à réhabilitation ou à construction…), la commune de Beaumont pourrait tirer parti de sa très forte maîtrise foncière pour lancer une consultation innovante sous forme d’Appel à manifestation d’intérêt (AMI) ou d’Appel à projets (APA). Prenant exemple sur d’autres communes, telles qu’Ambert qui propose l’acquisition de maison à l’euro symbolique pour l’accession sociale à la propriété ou encore Riom qui a conduit une consultation d’opérateurs pour le réaménagement urbain avec cession immobilière de ses deux friches carcérales, Beaumont pourrait mettre en place un AMI sur l’îlot Commerce pour accompagner la réalisation de projets immobiliers directement opérationnels et en accord avec les orientations du plan guide.

Pour une fabrique collective du patrimoine vivant

La démarche engagée par Beaumont illustre un changement de paradigme dans la manière de penser la revitalisation des centres anciens. Il ne s’agit plus de préserver le patrimoine en le muséifiant, ni de le réhabiliter selon une logique purement économique, mais de réconcilier mémoire et usages, pour faire du cœur historique un espace habité, désiré, transmis.

Cette ambition passe par une mobilisation collective, une compréhension fine des lieux, et une volonté politique forte. En plaçant les habitants au centre du processus, en valorisant l’intelligence du déjà-là et en privilégiant la souplesse des réponses contextuelles, Beaumont esquisse les contours d’un urbanisme du soin et de la transmission.

Le patrimoine urbain devient alors non plus une contrainte, mais un levier de projet — un vecteur d’émotions, de récits et de renouveau.

 

 

Création d’un observatoire territorial du logement étudiant à l’échelle de la métropole clermontoise

Mieux analyser les usages et besoins des étudiants en matière de logement pour améliorer leurs conditions de vie

Avec 43 000 étudiants inscrits dans ses établissements d’enseignement supérieur à la rentrée 2023-2024, Clermont Auvergne Métropole est incontestablement une ville universitaire qui compte dans le panorama français. Pourtant à chaque rentrée, des étudiants se trouvent en difficulté pour se loger : logements trop chers, en mauvais état, éloignés des lieux d’études, voire absence de logement, autant de situations inacceptables qui renvoient une mauvaise image du territoire, fragilisent les étudiants dans leurs parcours et font passer au second plan tous les efforts et investissements réalisés pour développer l’offre universitaire locale. Conscients de ces difficultés, mais également interrogatifs sur des perspectives démographiques à la baisse qui se répercuteront sur les effectifs étudiants, Clermont Auvergne Métropole (CAM), le CROUS Clermont Auvergne et l’Université Clermont Auvergne (UCA) ont décidé de s’unir et de confier à l’Agence d’urbanisme Clermont Massif central (AUCM) la création et l’animation d’un Observatoire Territorial du Logement Etudiant (OTLE). 

Un observatoire du logement étudiant : pour quoi faire ?

L’obtention du baccalauréat et l’entrée en études supérieures restent une étape importante, un « rite de passage » vers l’âge adulte et la promesse d’une entrée facilitée dans la vie professionnelle. Pourtant, le manque de ressources financières, des difficultés pour payer son loyer, la nécessité d’occuper un emploi étudiant en parallèle des études, un logement peu confortable, mal isolé, sont autant de situations fréquemment vécues par les étudiants, qui peuvent à terme impacter leur réussite scolaire, rendre difficile la poursuite d’études ou les empêcher de quitter le domicile parental.  

Pour objectiver ces difficultés, mieux cerner les besoins des étudiants et permettre aux acteurs de l’habitat, de l’enseignement supérieur et à Clermont Auvergne Métropole de proposer une offre de logement adaptée à ce public, l’OTLE clermontois propose de structurer et exploiter un socle de connaissance sur les étudiants au regard de leurs modes d’habitats, et de recenser au plus près de la réalité, l’offre de logements à leur disposition. Pour compléter ces analyses, les partenaires fondateurs de l’OTLE clermontois souhaitent travailler avec les étudiants et notamment les interroger sur leurs attentes vis-à-vis de leur logement. 

Espace de dialogue entre les acteurs du logement, de l’enseignement supérieur, les élus et les techniciens, espace de mutualisation de la connaissance sur la question du logement étudiant, l’observatoire territorial du logement étudiant clermontois constitue un nouvel outil d’aide à la décision pour la mise en œuvre d’une politique de l’habitat en faveur des étudiants à inscrire en complément des politiques et schémas directeurs de Clermont Auvergne Métropole (PLH 2023 –2028), de l’Université Clermont Auvergne (Schéma directeur de la vie étudiante 2022-2026) et du CROUS Clermont Auvergne (Schéma directeur de l’hébergement 2022-2026).  

Le portage par l’AUCM l’inscrit par ailleurs dans le réseau des observatoires locaux consacrés au logement, notamment l’Observatoire Métropolitain de l’Habitat (OMH) dédié au suivi du PLH et de la politique d’attributions en logements sociaux de la Métropole, et l’Observatoire local des loyers (OLL) dédié à la mesure de loyers dans les logements du parc privé du Grand Clermont 

La participation à un réseau d’échanges et de capitalisation nationale

Créé en 2018, à l’initiative du réseau des associations de collectivités pour l’Enseignement Supérieur et la Recherche [1] et de la Conférence des Présidents d’Université (CPU) en partenariat avec la Caisse des Dépôts, le réseau national des observatoires territoriaux du logement étudiant regroupait, en 2024, 31 OTLE labelisés. En 2025, sept nouveaux territoires viennent s’y ajouter, dont l’observatoire clermontois lauréat de l’appel à manifestation d’intérêt lancé fin 2024 par la FNAU (Fédération nationale des agences d’urbanisme) et l’AVUF (Association des villes universitaires de France), qui animent le réseau des OTLE.  

Être labélisé OTLE, permet à l’observatoire clermontois de bénéficier de méthodes et retours d’expériences des observatoires existants, d’être identifié à l’échelle nationale, de valoriser à cette échelle les travaux produits et de se comparer avec d’autres territoires, grâce à un socle d’indicateurs communes au réseau. Cette comparaison pourra également se faire à l’échelle de la région Auvergne-Rhône-Alpes, 3 OTLE existants déjà sur les territoires stéphanois, lyonnais et grenoblois. 

En parallèle de ce cadre national commun, chaque OTLE peut mettre en place des indicateurs spécifiques, mener des études ou des enquêtes sur des sujets plus ciblés tels que les attentes des étudiants ou la tension du marché. D’autre part, la création d’un OTLE à l’échelle de Clermont Auvergne Métropole, s’inscrit également dans une dynamique régionale d’observation de l’habitat déjà initiée depuis plusieurs années dans le cadre de l’instance régionale sur le logement étudiant organisée une fois par an par la DREAL AuRA et pour laquelle les OTLE de la Région sont mobilisés pour présenter leurs résultats de manière croisée. La création de l’OTLE clermontois vient ainsi compléter cette vision régionale de la situation de logements des étudiants. 

En 2025, le déploiement de l’observatoire débutera par la constitution d’un socle de connaissance des étudiants et des solutions de logements à leur disposition, reposant notamment sur la collecte de données auprès des partenaires de l’observatoire et un recensement de l’offre de logements dédiés aux étudiants, s’appuyant sur une enquête auprès des gestionnaires de résidences. Les premiers résultats seront disponibles pour la fin d’année 2025. Dans les années à venir, l’OTLE clermontois réalisera également une enquête auprès des étudiants afin de mieux cerner leurs attentes vis-à-vis de leur logement et traitera un sujet thématique choisi par ses partenaires. Les partenariats de l’observatoire pourront au besoin et selon la volonté des acteurs de l’habitat et de l’enseignement supérieur être élargis au fil du temps. 

WEBINAIRE : Penser la résilience socio-économique d’un système métropolitain – 4 juin – 17h

Face aux crises planétaires qui fragilisent nos systèmes urbains et métropolitains, comment concevoir des politiques publiques capables d’accroitre et de renforcer la capacité de résilience socio-économique de territoires comme Clermont Auvergne Métropole ?

Mercredi 4 juin 2025 de 17h à 18h, Magali Talandier, professeure en urbanisme à l’Université Grenoble-Alpes et présidente du conseil scientifique « Climat et Transition » de la Métropole et de l’Agence d’urbanisme de Grenoble, nous présentera ses travaux qui croisent à la fois une approche théorique (production d’un cadre conceptuel des systèmes économiques urbains), méthodologique (étude couplée des flux spatiaux) et opérationnelle (leviers d’action pour accroître la résilience des villes), des pistes de réflexions susceptibles de répondre localement à ce défi.

Une conversation animée par Stephane Cordobes, Directeur Général de l’AUCM

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