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Réconcilier patrimoine et usages pour faire du cœur historique un espace pleinement habité

À Beaumont, commune de plus de 10 000 habitants de la métropole clermontoise, le centre ancien se dégrade lentement, à l’image de nombreuses centralités historiques françaises. Pourtant, ici, la situation présente une singularité : la commune est propriétaire de près de soixante biens immobiliers, acquis au fil du temps. Cette accumulation de foncier bâti, devenue une charge budgétaire pour la commune du fait de la nécessité de sécurisation, symbolise une ambivalence plus large : celle d’un centre historique perçu à la fois comme un héritage commun à préserver et un poids face à un patrimoine vétuste qui peine à s’adapter aux aspirations de la vie actuelle.

Face à ce constat, Beaumont a choisi d’agir. Inscrite dans l’Opération de revitalisation du territoire (ORT) multisites portée par Clermont Auvergne Métropole, la commune a engagé une démarche d’élaboration d’un plan guide, accompagnée par l’AUCM, pour repenser l’avenir de son centre médiéval et inverser le regard porté sur cette déprise urbaine.

Une démarche exploratoire et sensible

Le plan guide ambitionne de replacer le centre ancien au cœur d’une stratégie urbaine d’ensemble et de long terme qui investit les thématiques transversales de la revitalisation : habitat, cadre de vie, mobilités, … Un exercice à la fois prospectif et sensible a été conduit en groupe projet pour définir des profils cibles d’habitants et d’investisseurs que la commune souhaite attirer ou maintenir sur le centre bourg. L’utilisation de personae, tels que l’esthète, amoureux des belles pierres, ou encore la jeune retraitée, a permis de comprendre les critères de choix résidentiels des habitants lors de l’acquisition ou de la location d’un logement.

Le plan guide s’est attaché, par ailleurs, à s’ancrer dans les réalités locales en proposant plusieurs arpentages pour s’éprouver face à l’épreuve du terrain. L’approche incarnée dans un site donné, mais également dans un cadre de politiques publiques portées par les acteurs locaux rassemblés dans le cadre du plan guide a constitué un élément important du process de travail. Enfin, la force du plan guide tient avant tout dans la dynamique collective engagée autour d’un groupe projet rassemblant les différentes parties prenantes de la revitalisation : l’Etat (ABF, DDT63, ainsi que les architectes et paysagistes conseils), Conseil départemental du Puy-de-Dôme, CAUE, EPF Auvergne, SMTC, services urbanisme, habitat, culture de la Métropole, service de la ville … Ce groupe a été réuni tout au long de la démarche sous forme d’ateliers participatifs mixant diffusion d’expertises, approche sensible et travail collaboratif.

Patrimoine vécu et valeurs d’usage

L’objectif du plan guide a été clairement posé dès le lancement de la démarche : il s’agit de transformer le centre historique de Beaumont sans le dénaturer. C’est pourquoi, une étude patrimoniale approfondie a été confiée au cabinet ACA Architectes & Associés. Cette expertise a permis d’identifier les caractéristiques fondamentales du bourg fortifié : le linéaire des remparts, la structure médiévale du parcellaire avec des emprises bâties particulièrement denses, un réseau viaire hiérarchisé, arborescent et pittoresque – de la voie principale aux venelles -, les typologies bâties – maisons de vignerons, loges, demeures notables – ou encore les caractéristiques architecturales remarquables, telles que les toitures en tuiles à un ou deux pans échelonnés qui accompagnent la pente. Tous ces éléments composent un paysage urbain singulier qu’il s’agit de transmettre dans son fonctionnement et sa structure, sans pour autant figer toute forme d’intervention.

À Beaumont, le patrimoine n’est pas une simple matière à conserver : il est également un espace de vie, porteur de mémoire et de sens. La question posée par le plan guide est donc celle de la transmission : qu’est-ce qui mérite d’être conservé, à quoi tenons-nous collectivement et pourquoi ? Il s’agit donc d’articuler valeurs patrimoniales et valeurs d’usage, de repenser la mutation d’un centre en déprise, sans trahir l’esprit des lieux et du « déjà-là ».

Un plan guide comme boîte à outils

Le plan guide n’est pas un document figé mais un outil évolutif, un support de dialogue et de transformation. Il propose quatre grands axes d’intervention pour refonder une centralité habitée, attractive et connectée au reste du territoire beaumontois :

  1. Vivre au quotidien, pour améliorer la qualité des espaces publics.
  2. S’émerveiller, en révélant la richesse du cadre de vie par la végétation.
  3. Circuler, accéder, stationner pour repenser les mobilités au bénéfice des piétons.
  4. Se loger par une requalification de l’habitat en partant de l’existant.

Dix stratégiques ont été identifiées pour décliner cette stratégie urbaine d’ensemble : six pièces correspondant aux portes du bourg et quatre sont au cœur du tissu médiéval. À chaque fois, il s’agit d’intervenir avec finesse et délicatesse, en conciliant les usages, en testant de nouveaux scénarios à travers l’urbanisme transitoire, et en favorisant l’appropriation citoyenne des lieux.

Ce travail de couture sur-mesure implique de retrouver les contours historiques du bourg là où les limites ont été effacées par des démolitions et de traiter des interstices – ces zones de transition entre l’espace privé et l’espace public – comme des opportunités de requalifier le cadre de vie. La végétalisation des cœurs d’îlot, le travail sur les matériaux durables, le soin apporté à l’interface entre espace bâti et espace public témoignent de cette volonté de réparer sans déstructurer.

Focus sur l’îlot Commerce : redonner vie au patrimoine bâti

Parmi les zones d’intervention prioritaires, l’îlot Commerce occupe une place centrale. Ce secteur, où se concentre une grande partie du patrimoine communal en ruine, est emblématique des enjeux de reconquête. L’idée est de réactiver l’espace, d’en faire un lieu de vie résidentiel et social, tout en respectant son identité.

Cela passe par la réouverture d’ouvertures murées, l’introduction de treilles végétalisées sur les pignons, la réinvention des rez-de-chaussée pour accueillir des cafés sociaux ou des lieux culturels, et la reconnexion des venelles pour retisser un maillage urbain plus fluide.

Et maintenant, comment passer à l’acte ?

La réussite du plan guide passe par une mise en œuvre progressive, à plusieurs vitesses, visant à inscrire le centre bourg de Beaumont dans un processus de projet. Elle combine une approche globale, du fait de la prise en compte de l’ensemble de la stratégie urbaine, et des interventions ciblées sur certains îlots et/ou porteurs de projet qu’il s’agit d’attirer et de convaincre. Plusieurs outils fiscaux, juridiques, et opérationnels peuvent être activés pour encourager et insuffler des dynamiques de mutation.

Il s’agit, tout d’abord, de passer par des phases de test et d’expérimentation pour donner à voir rapidement et de manière « économe » comment réinvestir l’espace public par des aménagements légers, transitoires et réversibles. Design actif ou évènementiel, l’objectif est avant tout d’impliquer et d’engager les riverains dans l’animation de leur rue, leur école, leur bourg.

Pour les îlots les plus dégradés, un accompagnement sur-mesure est nécessaire. Guichet unique rassemblant l’ensemble des ressources et partenaires mobilisables, coaching individualisé auprès des futurs usagers, ou encore bourse aux logements vacants, le plan guide donne à voir l’importance d’être au plus près du porteur de projet pour apporter des réponses les plus adaptées possibles et, ainsi, faciliter la mise en opération.

Enfin, des outils incitatifs, voire coercitifs peuvent être engagés par la collectivité. Outre les dispositifs traditionnellement mobilisés dans la lutte contre l’habitat indigne et la vacance (incitations fiscales, bail à réhabilitation ou à construction…), la commune de Beaumont pourrait tirer parti de sa très forte maîtrise foncière pour lancer une consultation innovante sous forme d’Appel à manifestation d’intérêt (AMI) ou d’Appel à projets (APA). Prenant exemple sur d’autres communes, telles qu’Ambert qui propose l’acquisition de maison à l’euro symbolique pour l’accession sociale à la propriété ou encore Riom qui a conduit une consultation d’opérateurs pour le réaménagement urbain avec cession immobilière de ses deux friches carcérales, Beaumont pourrait mettre en place un AMI sur l’îlot Commerce pour accompagner la réalisation de projets immobiliers directement opérationnels et en accord avec les orientations du plan guide.

Pour une fabrique collective du patrimoine vivant

La démarche engagée par Beaumont illustre un changement de paradigme dans la manière de penser la revitalisation des centres anciens. Il ne s’agit plus de préserver le patrimoine en le muséifiant, ni de le réhabiliter selon une logique purement économique, mais de réconcilier mémoire et usages, pour faire du cœur historique un espace habité, désiré, transmis.

Cette ambition passe par une mobilisation collective, une compréhension fine des lieux, et une volonté politique forte. En plaçant les habitants au centre du processus, en valorisant l’intelligence du déjà-là et en privilégiant la souplesse des réponses contextuelles, Beaumont esquisse les contours d’un urbanisme du soin et de la transmission.

Le patrimoine urbain devient alors non plus une contrainte, mais un levier de projet — un vecteur d’émotions, de récits et de renouveau.

 

 

Création d’un observatoire territorial du logement étudiant à l’échelle de la métropole clermontoise

Mieux analyser les usages et besoins des étudiants en matière de logement pour améliorer leurs conditions de vie  

Avec 43 000 étudiants inscrits dans ses établissements d’enseignement supérieur à la rentrée 2023-2024, Clermont Auvergne Métropole est incontestablement une ville universitaire qui compte dans le panorama français. Pourtant à chaque rentrée, des étudiants se trouvent en difficulté pour se loger : logements trop chers, en mauvais état, éloignés des lieux d’études, voire absence de logement, autant de situations inacceptables qui renvoient une mauvaise image du territoire, fragilisent les étudiants dans leurs parcours et font passer au second plan tous les efforts et investissements réalisés pour développer l’offre universitaire locale. Conscients de ces difficultés, mais également interrogatifs sur des perspectives démographiques à la baisse qui se répercuteront sur les effectifs étudiants, Clermont Auvergne Métropole (CAM), le CROUS Clermont Auvergne et l’Université Clermont Auvergne (UCA) ont décidé de s’unir et de confier à l’Agence d’urbanisme Clermont Massif central (AUCM) la création et l’animation d’un Observatoire Territorial du Logement Etudiant (OTLE). 

Un observatoire du logement étudiant : pour quoi faire ?

L’obtention du baccalauréat et l’entrée en études supérieures restent une étape importante, un « rite de passage » vers l’âge adulte et la promesse d’une entrée facilitée dans la vie professionnelle. Pourtant, le manque de ressources financières, des difficultés pour payer son loyer, la nécessité d’occuper un emploi étudiant en parallèle des études, un logement peu confortable, mal isolé, sont autant de situations fréquemment vécues par les étudiants, qui peuvent à terme impacter leur réussite scolaire, rendre difficile la poursuite d’études ou les empêcher de quitter le domicile parental.  

Pour objectiver ces difficultés, mieux cerner les besoins des étudiants et permettre aux acteurs de l’habitat, de l’enseignement supérieur et à Clermont Auvergne Métropole de proposer une offre de logement adaptée à ce public, l’OTLE clermontois propose de structurer et exploiter un socle de connaissance sur les étudiants au regard de leurs modes d’habitats, et de recenser au plus près de la réalité, l’offre de logements à leur disposition. Pour compléter ces analyses, les partenaires fondateurs de l’OTLE clermontois souhaitent travailler avec les étudiants et notamment les interroger sur leurs attentes vis-à-vis de leur logement. 

Espace de dialogue entre les acteurs du logement, de l’enseignement supérieur, les élus et les techniciens, espace de mutualisation de la connaissance sur la question du logement étudiant, l’observatoire territorial du logement étudiant clermontois constitue un nouvel outil d’aide à la décision pour la mise en œuvre d’une politique de l’habitat en faveur des étudiants à inscrire en complément des politiques et schémas directeurs de Clermont Auvergne Métropole (PLH 2023 –2028), de l’Université Clermont Auvergne (Schéma directeur de la vie étudiante 2022-2026) et du CROUS Clermont Auvergne (Schéma directeur de l’hébergement 2022-2026).  

Le portage par l’AUCM l’inscrit par ailleurs dans le réseau des observatoires locaux consacrés au logement, notamment l’Observatoire Métropolitain de l’Habitat (OMH) dédié au suivi du PLH et de la politique d’attributions en logements sociaux de la Métropole, et l’Observatoire local des loyers (OLL) dédié à la mesure de loyers dans les logements du parc privé du Grand Clermont 

La participation à un réseau d’échanges et de capitalisation nationale

Créé en 2018, à l’initiative du réseau des associations de collectivités pour l’Enseignement Supérieur et la Recherche[1] et de la Conférence des Présidents d’Université (CPU) en partenariat avec la Caisse des Dépôts, le réseau national des observatoires territoriaux du logement étudiant regroupait, en 2024, 31 OTLE labelisés. En 2025, sept nouveaux territoires viennent s’y ajouter, dont l’observatoire clermontois lauréat de l’appel à manifestation d’intérêt lancé fin 2024 par la FNAU (Fédération nationale des agences d’urbanisme) et l’AVUF (Association des villes universitaires de France), qui animent le réseau des OTLE.  

Être labélisé OTLE, permet à l’observatoire clermontois de bénéficier de méthodes et retours d’expériences des observatoires existants, d’être identifié à l’échelle nationale, de valoriser à cette échelle les travaux produits et de se comparer avec d’autres territoires, grâce à un socle d’indicateurs communes au réseau. Cette comparaison pourra également se faire à l’échelle de la région Auvergne-Rhône-Alpes, 3 OTLE existants déjà sur les territoires stéphanois, lyonnais et grenoblois. 

En parallèle de ce cadre national commun, chaque OTLE peut mettre en place des indicateurs spécifiques, mener des études ou des enquêtes sur des sujets plus ciblés tels que les attentes des étudiants ou la tension du marché. D’autre part, la création d’un OTLE à l’échelle de Clermont Auvergne Métropole, s’inscrit également dans une dynamique régionale d’observation de l’habitat déjà initiée depuis plusieurs années dans le cadre de l’instance régionale sur le logement étudiant organisée une fois par an par la DREAL AuRA et pour laquelle les OTLE de la Région sont mobilisés pour présenter leurs résultats de manière croisée. La création de l’OTLE clermontois vient ainsi compléter cette vision régionale de la situation de logements des étudiants. 

En 2025, le déploiement de l’observatoire débutera par la constitution d’un socle de connaissance des étudiants et des solutions de logements à leur disposition, reposant notamment sur la collecte de données auprès des partenaires de l’observatoire et un recensement de l’offre de logements dédiés aux étudiants, s’appuyant sur une enquête auprès des gestionnaires de résidences. Les premiers résultats seront disponibles pour la fin d’année 2025. Dans les années à venir, l’OTLE clermontois réalisera également une enquête auprès des étudiants afin de mieux cerner leurs attentes vis-à-vis de leur logement et traitera un sujet thématique choisi par ses partenaires. Les partenariats de l’observatoire pourront au besoin et selon la volonté des acteurs de l’habitat et de l’enseignement supérieur être élargis au fil du temps. 

WEBINAIRE : Penser la résilience socio-économique d’un système métropolitain – 4 juin – 17h

Face aux crises planétaires qui fragilisent nos systèmes urbains et métropolitains, comment concevoir des politiques publiques capables d’accroitre et de renforcer la capacité de résilience socio-économique de territoires comme Clermont Auvergne Métropole ?

Mercredi 4 juin 2025 de 17h à 18h, Magali Talandier, professeure en urbanisme à l’Université Grenoble-Alpes et présidente du conseil scientifique « Climat et Transition » de la Métropole et de l’Agence d’urbanisme de Grenoble, nous présentera ses travaux qui croisent à la fois une approche théorique (production d’un cadre conceptuel des systèmes économiques urbains), méthodologique (étude couplée des flux spatiaux) et opérationnelle (leviers d’action pour accroître la résilience des villes), des pistes de réflexions susceptibles de répondre localement à ce défi.

Une conversation animée par Stephane Cordobes, Directeur Général de l’AUCM

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Repenser l’usage du foncier dans les zones d’activités économiques

Adoptée en septembre 2024, la feuille de route économique stratégique 2024-2030 de la métropole clermontoise s’attache, dès le premier axe de son plan d’actions, à agir « pour un foncier économique durable ». Cette feuille de route de la Direction Accompagnement des Entreprises (DAE) vise à mettre en cohérence la politique de développement économique avec les objectifs de transition écologique et de résilience du territoire. Or le renforcement des capacités d’actions du tissu économique, la redirection de l’activité économique vers des modèles d’économie régénérative ou encore le positionnement de l’économie territoriale au service du vivre-ensemble ne peut advenir sans une connaissance fine du foncier économique afin d’être en capacité de décliner spatialement activités et ressources. Tenant compte de ce nouveau contexte, l’Agence d’Urbanisme Clermont Massif central (AUCM) a conçu un dispositif pour outiller la DAE d’un référentiel foncier utile à la réorientation de leur action. 

Les enjeux stratégiques du repérage et de la qualification du potentiel d’optimisation foncière dans les zones d’activités métropolitaines pour (re)trouver du foncier économique 

Les politiques de développement économique, voire de simple maintien du tissu économique existant, se trouvent confrontées en matière de foncier à de nombreuses concurrences conduisant directement à une raréfaction, et donc à un renchérissement, du foncier économique :  

  • La nécessité de faire des choix entre différents usages possibles du foncier encore disponible, pour répondre à la crise du logement ou aux enjeux de développement économique par exemple,  
  • Des difficultés d’acceptabilité de certains projets, pourtant indispensables au bon fonctionnement de l’écosystème économique local, comme par exemple les projets logistiques permettant d’assurer l’approvisionnement des entreprises et l’acheminement de leurs produits, 
  • L’éviction des entreprises en périphérie du tissu urbain mais désormais également d’espaces historiquement dédiés au développement économique, au profit du déploiement de l’habitat et des équipements, 
  • Des mécanismes de marché orientant le foncier encore disponible vers des projets plus rentables et moins risqués que les activités productives, notamment du logement et du commerce [1], 
  • La faible intégration des activités économiques, en dehors du commerce, dans le tissu urbain, en particulier pour des activités productives pourtant compatibles,  
  • Un foncier économique généralement peu investi par l’aménagement et l’urbanisme[2], considéré comme des espaces « hors des villes » alors que véritables espaces de vie quotidienne pour près de la moitié des salariés français[3]. 

A ces enjeux de fabrique urbaine s’ajoutent les ambitions nationales de réindustrialisation, de renforcement de la souveraineté et de l’autonomie stratégiques ainsi que de sobriété foncière. Les développeurs économiques doivent aujourd’hui composer avec les zones d’activités existantes et les autres sites d’accueil d’activités pour assurer le parcours résidentiel des entreprises du territoire tout en gardant la capacité d’accueillir des nouveaux projets susceptibles de renforcer le fonctionnement économique du territoire.  

Dans ce contexte, il importe de qualifier finement l’occupation des zones d’activités économiques, d’identifier leur potentiel d’optimisation et de mutation foncière et de définir les secteurs économiques stratégiques, trois conditions préalables à l’élaboration d’un schéma directeur du foncier économique et à l’expérimentation de nouveaux modes de gestion du foncier. L’Agence d’Urbanisme Clermont Massif central a été sollicitée par la métropole clermontoise pour révéler, cartographier et caractériser les « gisements » fonciers. Elle a ainsi mis en pratique une méthodologie permettant de consolider la connaissance des capacités d’intensification sur les zones d’activités économiques, mais également de renouveler la perception du foncier économique, souvent limité aux seules disponibilités foncières, ou “reste à commercialiser”, de la collectivité.  

Comment identifier le foncier sous-utilisé au sein des zones d’activités ? Comment évaluer le poids de la réserve foncière d’entreprises anticipant leur développement futur ou le renchérissement du foncier dans une logique spéculative ? Comment anticiper les possibilités d’évolution de l’occupation des parcelles pour ne pas passer à côté de fonciers stratégiques pour le développement économique du territoire ? Comment mieux appréhender la mutabilité des terrains tout en évitant une densification anarchique des zones d’activités ? 

UNE MÉTHODE PROPOSÉE PAR l’AUCM basée sur Une appréhension des gisements fonciers volontairement extensive 

Afin de prendre en considération les espaces vides indépendamment de leur commercialisation et du découpage foncier, le repérage du potentiel d’optimisation foncière dans les zones d’activités a porté sur l’ensemble des espaces vides de bâtiment et des espaces faiblement bâtis. Elle prend donc en considération à la fois les unités foncières non bâties, qu’il s’agisse de foncier commercialisable par la collectivité, de réserve foncière d’entreprise ou encore d’espace agricole, mais aussi les unités foncières à faible emprise bâtie, soit par la présence de stationnements, de zones de stockage, d’espaces de circulation (voirie interne, aire de livraison ou de retournement), de valorisation paysagère ou simplement de délaissés sans usage. Sont donc comptabilisés dans les gisements, des espaces sur lesquels un usage peut être observé mais qui seraient mobilisables dans des dynamiques d’optimisation foncières, qu’il s’agisse d’utiliser les espaces vides ou sous-utilisés pour accueillir de nouvelles activités économiques, réorganiser les usages ou permettre le développement des activités déjà implantées.  

Exemple de mobilisation des espaces vides ou sous-utilisés pour réorganiser les usages 

Exemple de mobilisation des espaces vides ou sous-utilisés pour la construction de nouveaux locaux d’activités 

Exemple de mobilisation des espaces vides ou sous-utilisés pour le développement des activités déjà implantées 

Sources : orthophotographie CRAIG 2022, Cadastre DGFIP 2023 – Traitement : AUCM 

La première étape de la méthode consiste à pré-identifier, à partir du cadastre et de manière automatique mais théorique, les dents creuses, soit les parcelles cadastrales contigües et non bâties situées en zones urbanisées, mais aussi les espaces faiblement optimisés présentant donc un potentiel de densification. Elle dépasse ainsi l’approche souvent retenue par les collectivités de ne considérer que les terrains qui leur restent à commercialiser. La maille retenue est celle des unités foncières (UF), qui désigne un « îlot d’un seul tenant composé d’une ou plusieurs parcelles appartenant à un même propriétaire ou à la même indivision ». Ce choix permet de conserver une logique relative à l’aménagement de la zone d’activités, le découpage des parcelles étant liée à l’histoire des divisions des terrains, indépendamment des projets. 

La méthode de repérage des gisements fonciers économiques diffère de celle appliquée sur les espaces résidentiels. Ainsi, dans les espaces économiques, il importe par exemple de considérer le bâti léger, pouvant correspondre à des locaux indissociables de l’activité économique. Les seuils à fixer pour ne retenir que des gisements fonciers pertinents sont également à adapter. Au regard des retours d’expériences d’autres territoires et des résultats de tests pratiqués par l’AUCM, les seuils suivants ont été retenus pour l’ensemble de la métropole : 

  • Les bâtis individuels de moins de 20 m2, correspondant à des locaux techniques, ne sont pas pris en compte, 
  • Les gisements de moins de 500 m2 sont écartés, 
  • Les gisements fonciers situés sur des unités foncières bâties à plus de 50 % sont écartés, 
  • Une zone tampon de 10 m est appliquée autour des bâtiments, 
  • Le réseau viaire, pouvant traverser des unités foncières, est supprimé par l’application d’un seuil de recouvrement de 25 %, 
  • Les gisements fonciers non contigus de type « bandes » sont écartés par l’application d’un filtre morphologique. 

Dans un deuxième temps, le stock théorique est affiné par croisement avec des bases de données thématiques et / ou locales : 

  • Le registre parcellaire graphique (RPG) pour identifier les parcelles agricoles exploitées, 
  • Le plan de prévention des risques inondations (PPRI) pour écarter les gisements concernés par un aléa fort dans lesquels s’applique un principe d’interdiction de construction. A noter que ces gisements pourront néanmoins être pris en compte pour d’autres usages, comme la limitation des phénomènes d’ilot de chaleur urbain, 
  • Le plan local d’urbanisme intercommunal (PLUi) pour écarter les gisements concernés par des contraintes et des prescriptions (ex : marge de recul), mais également par des projets identifiés dans les emplacements réservés et les orientations d’aménagement et de programmation (OAP). Les gisements impactés par de futurs projets de voiries et la constitution de parcs ont ainsi été écartés. 

A l’issue de ces deux premières étapes automatiques, un stock potentiel de gisements fonciers économiques dans les zones urbanisées de la métropole est identifié. Ces gisements répondent à des critères de taille, d’emprise bâtie, de contraintes urbanistiques ou liées à des risques naturels permettant d’envisager « en théorie » une optimisation de l’usage actuel de ce foncier.  

Photo-interprétation et retour d’expertise des développeurs économiques pour préciser les gisements dans les zones d’activités métropolitaines 

Des connaissances plus précises sont mobilisées pour actualiser le stock de gisements et en retirer les « coups partis » : 

  • les plans de commercialisation pour écarter les gisements faisant l’objet d’une promesse ou d’un acte de vente. Ces gisements sont considérés comme des coups partis, 
  • le système national d’identification et du répertoire des entreprises et de leurs établissements (Sirene) géolocalisé pour identifier les gisements sur lesquels serait déjà implanté un établissement. Ces gisements sont considérés comme des coups partis. 

Les traitements géomatiques précédemment réalisés permettent de préqualifier les gisements fonciers en trois catégories : les dents creuses (espaces non bâtis), les espaces à faible emprise bâtie et les espaces agricoles. Cette qualification est affinée par photo-interprétation en identifiant, principalement pour les gisements situés sur des espaces à faible emprise bâtie, s’il s’agit : 

  • d’un espace délaissé sans usage immédiatement observé, pouvant correspondre à de la réserve foncière d’entreprise ou à de la surface herbacée de pelouse sans valeur ni continuité écologique, 
  • d’un espace sur lequel un usage est constaté à la photo-interprétation mais qui, en raison de sa taille, pourrait éventuellement être optimisé. Il peut s’agir de parking, d’espace de stockage ou encore d’aires de livraison ou de retournement de camions. 

Sources : Agence d’urbanisme de Brest-Bretagne, Agence d’urbanisme de la région nantaise, repris et complété par l’AUCM 

La photo-interprétation a également permis d’affiner le volume de gisements en retirant les bassins d’orage.  Deux séances de travail ont été organisées avec les développeurs économiques de la Métropole afin de confirmer la justesse des résultats géomatiques obtenus au regard de leur connaissance des sites. Cette méthode permet d’aboutir à l’identification de profil d’optimisation foncière pour les zones d’activités métropolitaines qui, outre l’alimentation d’un volet économique souvent délaissé des observatoires fonciers, constitue un préalable à l’élaboration d’un schéma directeur du foncier économique.   

Conclusion

Ce projet souligne l’intérêt des observatoires locaux pour appréhender, au-delà des obligations légales de l’établissement d’un inventaire des zones d’activités imposées par la loi Climat et Résilience, l’objet complexe du foncier économique. Il nécessite de prendre en compte des spécificités propres aux dynamiques économiques, et donc d’adapter les méthodes d’analyse du potentiel de densification pouvant s’appliquer aux espaces bâtis de façon générale. L’analyse des gisements fonciers dans les zones d’activités ouvrent plusieurs perspectives de mobilisation : l’intensification des usages, la réorganisation des usages ou encore la mutualisation des usages, qu’il s’agisse de stationnement, de stockage ou d’équipements (salles de réunion, espaces de restauration…) mais également l’externalisation et le redéploiement de certains usages en dehors des parcelles dévolues aux entreprises, voire en dehors de la zone d’activités ainsi que le renouvellement de l’existant par démolition/reconstruction.  Ces premiers résultats, qui seront complétés par l’analyse de la dureté foncière, méritent de s’inscrire dans une réflexion plus globale sur la stratégie d’accueil et de développement économique, dépassant les seules zones d’activités économiques, sur les modes de gestion du foncier économique public comme privé ainsi que sur les règles d’urbanisme relatives aux espaces économiques pour favoriser, tout en respectant les dynamiques propres aux acteurs économiques, l’optimisation du foncier. Ils nécessitent plus globalement de reposer le modèle du foncier économique afin de sortir du triptyque mixité urbaine avec de l’habitat, du commerce et des équipements, report en périphérie, extension des zones d’activités en se tournant davantage vers la diversification des fonctions économiques et la complémentarité des activités économiques, la sanctuarisation d’espaces dédiés à l’activité, notamment productive, et la bascule d’une logique d’aménagement à une logique de management des sites d’activités.  

RENCONTRE – POPSU Métropoles et POPSU Transitions – 2 Avril

En 2018 est lancé le programme national de recherche-action POPSU Métropoles, auquel Clermont Auvergne Métropole, tout juste créée par la loi, choisit de participer. Car, au-delà du changement de statut, c’est bien une nouvelle trajectoire territoriale intégrant pleinement le processus de métropolisation qu’il s’agit de documenter et de penser.

Un premier volet du travail de la plateforme clermontoise, déjà valorisé, portait alors logiquement sur l’attractivité de la Métropole, attractivité dont on connaît la place centrale dans une idéologie aménagiste alors très orientée compétitivité et croissance.

Le second volet portera lui sur les sols en régime de métropolisation et assumera une perspective plus exploratoire à la fois historique, géographique et sensible, où il sera autant question de développement et de valorisation foncière que d’attachements et de fragilités écologiques. C’est ce second volet qui sera mis en scène lors de la première séquence de cette rencontre.

En 2024, fait suite à ce premier programme de recherche-action, POPSU Transitions : changement de nom, mais aussi d’esprit : les espaces métropolisés sont invités à interroger leur habitabilité, à anticiper les vulnérabilités occasionnées par le changement global et à contribuer à la conception de politiques de transitions, moins captatrices de ressources et plus coopératives. Clermont Auvergne Métropole choisit de poursuivre son investissement, et fort de l’intérêt et de la dynamique collective associés au projet de capitale européenne de la culture, choisit d’investiguer la dimension culturelle des transitions.

Cette dimension, déjà présente dans le travail mené sur les sols, adopte une tout autre perspective. Il ne s’agit plus d’approcher l’impact culturel de la métropolisation – sur les sols en l’occurrence – mais d’opérer une sorte de « tournant culturel » et de se demander comment la culture et ses acteurs pourraient contribuer, activement, aux transitions à mettre en oeuvre pour faire territoire dans l’anthropocène. C’est à la présentation de cette nouvelle enquête que la deuxième séquence de cette rencontre sera consacrée.

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PROGRAMME

(Télécharger le programme en pdf)

8H45 – 9H00 // ACCUEIL

9H00 – 9H15 // MOTS D’INTRODUCTION

– Olivier Malclès, Directeur de l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Clermont-Ferrand
– Grégory Bernard, Président de l’Agence d’Urbanisme Clermont Massif

9H15 – 11H // SÉQUENCE 1 : COMMENT FAIRE MÉTROPOLE PAR L’APPROPRIATION DE SES SOLS ?

Conclusion de la plateforme POPSU Métropoles de Clermont Auvergne Métropole
En 2018, Clermont-Ferrand ne change pas seulement de statut, mais par son projet s’inscrit pleinement dans un processus de métropolisation qui, loin d’être « hors-sol » s’inscrit dans le temps long et la réalité territoriale. Ses répercussions dans les manières d’habiter, donc d’occuper les sols, autrement dit de les transformer, valoriser, préserver, parfois délaisser, voire malmener sont substantielles. Ces sols conçus à la fois comme ressources convoitées et milieux fragiles, supports d’attachement tant mémoriels que sensibles et objets de conflits d’usage portent des traces riches d’enseignement et de capacité d’action dont l’exploration dans ce projet de recherche est fertile au moment de l’atterrissage du PLU métropolitain.

– Géraldine Texier Rideau, Amélie Flamand, David Robin (Chercheurs à l’UMR Ressources, ENSACF – UCA) : Faire métropole par les sols habités – Trajectoire clermontoise : vers une stratégie foncière
– Jean-Dominique Prieur (Chercheur à l’UMR Ressources, ENSACF – UCA) : Explorer par la marche les sols des lisières métropolitaines

11H00 – 11H30 // PAUSE

11H30 – 12H30 // SÉQUENCE 2 : QUELLES CULTURES POUR S’ADAPTER AU CHANGEMENT GLOBAL ET RECOMPOSER NOS TERRITOIRES DE VIE ?

Lancement de la plateforme POPSU Transitions de Clermont Auvergne Métropole
Le changement global auquel nous sommes confrontés relève d’une transformation profonde des conditions d’habitabilité de la planète. Chaque territoire se retrouve dans une nécessité de repenser ses trajectoires de développement. La culture par ses pratiques à l’oeuvre dans les territoires métropolitains et ruraux peut-elle être un nouveau pivot d’un dialogue territorial qui autoriserait à recomposer nos modes de vie dans une plus grande acceptation des liens entre humains, non humains ?

– Isabelle Lavest, Vice-Présidente en charge de la Politique culturelle de Clermont Auvergne Métropole (sous réserve)
– Guillaume Lacroix, Directeur du programme POPSU Transitions
– Laurent Lelli, Directeur du Campus AgroParisTech et Chercheur à l’UMR Territoires

Présentation de la plateforme POPSU Transitions et du collectif de chercheurs mobilisés : Bernard Alix, Emmanuel Bonnet, Pierre Cornu, Hervé Davodeau, Cécile Ferrieux, Marie-Hélène Gay-Charpin, Serge Lhermitte, Guillaume Meigneux, Philippe Sahuc.

12H30 – 13H30 : DÉJEUNER

13H30 – 15H45 // SÉQUENCE 3 : L’ACTION CULTURELLE : UN LEVIER MAJEUR POUR LA RÉORIENTATION ÉCOLOGIQUE DES TERRITOIRES MÉTROPOLITAINS ET RURAUX ?

Les points de vue d’acteurs culturels en situation
Affirmer l’importance de l’action culturelle pour la réorientati on écologique en ces temps agités où elle semble de plus en plus fragilisée pourrait relever de la gageure. Pourtant à bien y regarder, l’action culturelle, qu’elle relève du secteur culturel, de l’éducation ou de la fabrique territoriale, constitue un soubassement puissant et original des politiques territoriales métropolitaines et rurales, donc de leur capacité de bifurcation.

– Fred Sancère, Directeur de Derrière Le Hublot
– Sandrine Rebeyrat, Directrice de l’École Supérieure d’Art de Clermont Métropole
– Stéphane Cordobes, Directeur de l’Agence d’Urbanisme Clermont Massif central

15H45 – 16H15 // SÉQUENCE 4 : CONCLUSION

– Marie Christine Jaillet, Directrice scientifique POPSU Transitions : Quelles attentes pour le
programme POPSU Transitions ?
– Laurent Lelli, Directeur du Campus AgroParisTech et Chercheur à l’UMR Territoires – Responsable scientifique du programme POPSU Transitions Clermont Auvergne Mé tropole : Perspectives à venir sur la plateforme clermontoise

Au bénéfice de la santé de ses habitants, Clermont Auvergne Métropole étend sa Zone à Faibles Emissions de polluants

Au 1er janvier  2025, à la suite du vote du conseil métropolitain, la Zone à Faibles Emissions – mobilité (ZFE – m) de Clermont-Ferrand concernera l’ensemble du périmètre métropolitain. Dès lors, les véhicules professionnels – camions et véhicules utilitaires légers- les plus âgés (véhicules d’au moins 23 ans) ne pourront plus circuler au sein de l’agglomération clermontoise : un bouleversement dans les pratiques de mobilité des artisans et des professionnels.   

Quels effets entraînerait plus précisément cette mesure ? Pour préparer ce changement et aider à la prise de décision politique, Clermont Auvergne Métropole a missionné l’Agence d’urbanisme Clermont Massif central pour estimer les impacts socio-économiques de l’extension du périmètre de la ZFE-m. En complément, le Cerema et Atmo Auvergne Rhône-Alpes ont réalisé une étude sur les bénéfices en termes de qualité de l’air.  

La pollution de l’air reste une préoccupation majeure de santé publique

La nécessité de lutter contre la pollution de l’air a conduit il y a près de trente ans à la loi sur l’air et l’utilisation rationnelle de l’énergie (Loi LAURE, 1996), avec une mesure phare dans le domaine des mobilités : l’instauration des Plans de Déplacements Urbains dans les agglomérations de plus de 100 000 habitants. En incitant au développement d’alternatives à la voiture, ces plans ont participé à l’amélioration de la qualité de l’air. Ainsi, depuis 2000, des baisses notables d’émissions de polluants et notamment les concentrations en oxydes d’azote (-60%), principalement produites par le trafic routier, sont constatées [1]. Néanmoins, la qualité de l’air dans les grandes agglomérations peut encore être améliorée au bénéfice de la santé des habitants. La pollution atmosphérique reste responsable d’environ 40 000 décès par an à l’échelle nationale [2] et un grand nombre de villes ont des teneurs en polluants régulièrement supérieurs aux recommandations de l’Organisation Mondiale de la Santé, celles-ci étant nettement plus basses que les seuils en vigueur au niveau de l’Union Européenne. À titre d’exemple, sur les dioxydes d’azote, les valeurs limites européennes actuelles sont de 40 microgrammes par mètre cube (µg/m³) alors que la recommandation de l’OMS est de 10 µg/m³.  

Les lois d’orientation des mobilités (2019) et “Climat et Résilience” (2021) poursuivent cet objectif d’amélioration de la qualité de l’air à travers le déploiement d’un nouvel outil, les Zones à Faibles Emissions mobilité (ZFE-m), rendues obligatoires dans toutes les agglomérations de plus de 150 000 habitants, dont celle de Clermont-Ferrand.  

Objectifs des ZFE-m : Clermont Auvergne Métropole opte pour la lisibilité

Une Zone à Faibles Emissions – mobilité est un secteur géographique où la circulation des véhicules les plus polluants est restreinte afin de diminuer les émissions de polluants atmosphériques, améliorer la qualité de l’air locale, et ainsi réduire les impacts de la pollution sur la santé des habitants et des autres usagers séjournant au sein du secteur concerné. Chaque collectivité est libre de définir le périmètre d’application (territoire plus ou moins étendu), les périodes de mise en œuvre (en permanence ou « en journée » seulement) et les véhicules concernés (tous véhicules ou seulement les camions et les véhicules utilitaires légers). Cette adaptabilité des mesures de restriction de circulation à chaque agglomération doit permettre une meilleure efficacité et acceptabilité locale de la mesure.  

Au regard des obligations de la loi “Climat et Résilience”, le périmètre de l’actuelle ZFE-m mis en place depuis juillet 2023 sur une partie de la commune de Clermont-Ferrand doit s’étendre à un périmètre couvrant au moins la moitié de la population de l’agglomération à compter du 1er janvier 2025. Afin de “gagner en lisibilité”, les élus métropolitains ont porté l’extension de ce périmètre à l’ensemble de la métropole. Les véhicules concernés restent par ailleurs inchangés : seuls les camions, fourgons et fourgonnettes « non classés » (soit des véhicules âgés d’au moins 23 ans) sont concernés par la mesure. A noter que dans certains cas, ces véhicules pourront bénéficier de dérogations temporaires pour permettre une meilleure adaptation des acteurs économiques du territoire au nouveau dispositif.  

Si l’objectif de santé publique est largement partagé, la perspective d’une restriction de circulation sur l’ensemble de la métropole clermontoise pour les professionnels équipés de véhicules anciens suscite des inquiétudes que l’étude sur les impacts socio-économiques a tenté d’analyser.  

Un impact différencié selon les activités, qui dépasse les frontières métropolitaines

La métropole clermontoise constitue le poumon économique du département puisqu’elle concentre 50% des établissements et 60% des emplois du Puy-de-Dôme. En outre, 45% des entreprises du département ont des rayons d’intervention dépassant les 50 km et sont amenées à fréquenter régulièrement le territoire.  

L’instauration de la Zone à Faibles Emissions – mobilité (ZFE-m) sur les 21 communes de Clermont Auvergne Métropole à compter du 1er janvier 2025 interdira possiblement la circulation d’environ 10% du parc des véhicules professionnels (poids lourds et véhicules utilitaires légers). La mesure devrait concerner ainsi environ un millier de véhicules immatriculés dans des entreprises localisées sur le territoire de Clermont Auvergne Métropole (Estimation haute, car utilitaires légers appartenant à des professionnels ou à des particuliers sont difficilement différenciables). Elle touchera par ailleurs les véhicules professionnels non classés d’entreprises extérieures à la métropole. Ainsi, les mesures de régulation de circulation au sein de la métropole, découlant de l’instauration de la ZFE-m, devraient avoir un impact bien au-delà des limites administratives de celle-ci.  

L’étude met cependant en évidence un impact différencié de la mesure selon la nature de l’activité et des véhicules. Ainsi, les activités du transport, de la logistique ou du commerce de gros seront plus sensibles car elles ont besoin de plus de mouvements de marchandises que des entreprises de services.  De la même façon, les secteurs du BTP ou du commerce de gros, qui utilisent des camions et camionnettes, sont potentiellement plus concernés que les entreprises de services ou le commerce de détail qui peuvent recourir à des voitures particulières (non concernées par la ZFE-m), voire des vélos.  

Une tendance au renoncement et des règles du jeu mal connues  

Une enquête en ligne réalisées par les milieux économiques (Chambre de commerce et d’industrie et Chambre des métiers et de l’artisanat) révèle que la moitié des entreprises du département ayant répondu se rendent à Clermont-Ferrand et la périphérie sud-est (Aubière, Cournon…) plusieurs fois par semaine, quel que soit leur domaine d’activité. Les acteurs économiques sont nombreux à penser qu’ils vont connaître des difficultés à s’adapter à la ZFE-m. Dans ce contexte, les entreprises semblent plus enclines à renoncer à un client (43% des sondés envisagent cette possibilité) ou à un fournisseur (35%)   qu’à agir sur leur parc de véhicules (25% des répondants pensent changer de véhicules). Ainsi, l’élargissement de la ZFE-m suscite davantage le renoncement, qu’un effet significatif sur les intentions de renouvellement des véhicules concernés par la mesure.  

Afin d’encourager ces renouvellements, Clermont Auvergne Métropole a mis en place depuis juin 2023 un dispositif d’accompagnement des entreprises afin d’aider les professionnels à changer de véhicules (une aide globale d’environ 60 000 € par an, à raison de 2 000 à 3 000 euros par véhicule), en complément des aides d’Etat. Néanmoins, le dispositif d’aides de la Métropole reste peu connu (seulement 2 véhicules ont bénéficié de subventions en 2023). En outre, les acteurs économiques installés hors de la mMétropole ne peuvent y prétendre, alors que leurs véhicules sont  souvent plus anciens. Enfin, le récent décret n°2024-1084 du 29 novembre 2024 relatif aux aides à l’achat ou à la location de véhicules peu polluants réduit l’incitation en confirmant la suppression totale du bonus écologique pour acquérir des véhicules utilitaires électriques.  

La ZFE-m prévoit également des dérogations en direction des professionnels qui ne pourraient pas renoncer à l’usage de leur véhicule non classé. Cependant, le dispositif semble, là encore, mal connu. Ces dérogations sont par ailleurs temporaires et ciblent des véhicules spécifiques (bétonnière, camion de commerces ambulants, engins de travaux publics…) ou encore les véhicules détenus par le tissu associatif.  

Pour faciliter et accompagner l’adaptation des entreprises à l’extension du périmètre de la ZFE-m et assurer ainsi une meilleure qualité de vie en ville, il apparaît ainsi opportun de mieux faire connaître les aides et les dérogations auprès des acteurs économiques. Plus globalement, il s’agira de susciter chez les professionnels une adaptation plus profonde, basée sur de nouvelles pratiques de mobilité. Les particuliers seront, eux aussi, amenés à modifier leurs pratiques de mobilité au sein de la mmétropole, en lien avec le projet INSPIRE.   

Rencontre régionale de la revitalisation des centralités : le temps du passage à l’acte !

Réinvestir les centralités : une opportunité dans un contexte de zéro artificialisation nette

De nombreux territoires voient leurs centralités confrontées à des fragilités comme l’érosion de leurs activités commerciales et la concentration des emplois dans les zones périphériques, le vieillissement, la dégradation et l’inadaptation de leur parc de logements ou encore la raréfaction des services et équipements de proximité. Afin de remédier à cela, nombre d’entre eux se sont engagés dans des programmes de revitalisation visant à recréer une dynamique positive et, ainsi, infléchir la perte de vitesse des centres villes et centres bourgs. Le pari consiste à mettre en place une stratégie globale comprenant l’habitat, les commerces et services, la mobilité et les espaces publics ou encore la santé, puis de définir un plan d’actions telles que la réhabilitation de logements, la reconversion de friches ou encore l’acquisition de foncier commercial. Cette stratégie d’ensemble, qui traite de manière transversale plusieurs thématiques, doit permettre d’améliorer le cadre de vie et de renforcer la fonction de centralité dans ces territoires. Ces dispositifs de revitalisation soutiennent fortement les collectivités, par de l’ingénierie et des financements spécifiques, ils sont donc des accélérateurs de projet.

Dans un contexte de sobriété foncière, la revitalisation des centralités joue un rôle majeur dans la lutte contre l’étalement urbain, en invitant à réinvestir les espaces déjà bâtis (friches, logements ou commerces vacants, dents creuses…). Ces dispositifs s’inscrivent donc également comme un moyen d’atteindre l’objectif de Zéro Artificialisation Nette (ZAN). Ils représentent une opportunité pour les territoires de redécouvrir et d’adapter des modèles existants aux atouts incontestables pour mettre en œuvre leurs projets et innover dans la façon dont ceux-ci sont construits.

Passer à l’action : innover pour porter et financer son projet

Pour revitaliser leurs centralités, les territoires se voient souvent confrontés à la recherche de financements afin de pouvoir réaliser leurs programmes d’actions. Si les partenaires et subventions peuvent être multiples, il n’est pas toujours facile pour les chefs de projets de les identifier ou de les rencontrer, ceux-ci ne pouvant pas toujours se déplacer sur l’ensemble des communes concernées par les programmes “Action cœur de ville” ou “Petites villes de demain”. Pour faciliter cette prise de contacts entre élus, chefs de projets et partenaires financeurs, les DDT du Puy-de-Dôme et de l’Isère ont par exemple organisé, à l’occasion de leurs clubs de la revitalisation, respectifs, des speed-dating entre financeurs et chefs de projets “Petites villes de demain”. Ceux-ci devaient permettre sur un temps court de faciliter les prises de contacts et les premiers échanges entre territoires et financeurs, pour enclencher une dynamique dans le financement des actions.

D’autre part, ces aides ne suffisent pas toujours à financer la totalité d’un projet. Aussi, plusieurs territoires ou partenaires des démarches innovent. La commune de Belleville-en Beaujolais (69) a, par exemple, mis en place un mécénat territorial pour lever des fonds pour son projet de ville bioclimatique et positive en 2035. Ce mécénat se fait à la fois auprès des acteurs du monde économique et des habitants et prend la forme d’un fond de dotation à destination d’organismes à but non lucratif finançant des opérations sans bénéfice financier et d’intérêt général, en lien avec la métamorphose de la commune face aux changements climatiques. Ils ont ainsi proposé des projets comme la plantation d’arbres ou l’achat de vélos.

Les montages d’opérations peuvent aussi prendre des formes innovantes. A ce titre, la ville de Tarare a recherché un montage pour la requalification d’une ancienne usine, lui permettant de garantir la soutenabilité financière du projet. Ainsi, après signature d’une promesse de vente auprès du propriétaire privé actuel, la commune a engagé une procédure de dialogue compétitif auprès d’opérateurs privés. L’objectif est que les opérateurs démontrent la faisabilité du projet au vu de la programmation envisagée par la ville. Une fois l’opérateur sélectionné, la ville achètera le bien et le cédera à l’opérateur selon une procédure de cession à charges d’intérêt général pour s’assurer que ces derniers réalisent le programme prévu. Par la suite, les différents lots seront vendu en VEFA [3] aux preneurs qui auront à leur charge l’aménagement des espaces qu’ils auront acquis.

Passer à l’action : mettre en place une gouvernance multi-échelle, régulière et une animation auprès des habitants

Les projets de revitalisation des centralités s’inscrivent à la fois à l’échelle de la ville directement concernée par le dispositif, mais également à l’échelle de son intercommunalité pour être en adéquation avec la stratégie territoriale, notamment lorsque plusieurs communes d’une même intercommunalité sont engagées dans ce type de démarches. Une gouvernance comprenant les élus et techniciens permet de faire plus facilement avancer le projet, de garantir son articulation aux différentes échelles et de s’assurer le soutien des élus. Ainsi, la communauté de communes de Thiers Dore et Montagne (63) et la communauté d’agglomération de l’Ouest Rhodanien (69), ayant toutes les deux plusieurs communes impliquées dans les programmes “Petites villes de demain” et “Action cœur de ville”, ont mis en place une gouvernance dédiée à ces dispositifs. S’ils peuvent prendre plusieurs formes selon les territoires, ces modes de gouvernance visent la régularité des réunions et des temps d’échanges entre les communes impliquées dans ces dispositifs pour permettre l’articulation globale des projets de chaque commune. Cette gouvernance vient renforcer celle pouvant exister à l’échelle communale, mais aussi communautaire.

D’autre part, ces projets de revitalisation des centralités nécessitent d’impliquer les habitants dans la démarche pour permettre une meilleure acceptation du projet et en faciliter la réalisation. Pour mettre en œuvre cette animation auprès des habitants, les communes de Tullins et La Mure en Isère (38) ont fait le choix d’installer une maison de projet au cœur de leur centralité. Ces maisons de projets ont pour objectif de communiquer auprès des habitants sur les actions en cours ou à venir, de recueillir leurs remarques, suggestions et besoins et de les mettre en relation avec les élus ou les acteurs clés du projet. La limite de ce type de démarche est toutefois la capacité des communes à disposer de personnel pouvant tenir les permanences de ces espaces.

Finalement, au travers des retours d’expériences partagés lors de cette rencontre, on constate que les dispositifs de revitalisation constituent des opportunités d’expérimenter, d’innover, de rechercher de nouveaux modes de faire dans les territoires impliqués dans ces démarches, lesquels sont bien souvent confrontés au défi de mettre en œuvre ces projets de revitalisation dans un contexte de sobriété foncière et financière. Si les différentes initiatives partagées ne sont pas toutes reproductibles, elles apportent toutefois des éléments de réussite communs à ces projets que sont l’anticipation, la créativité ou encore l’implication des élus et des habitants. L’ AUCM continue d’accompagner les territoires impliqués dans ces démarches de transformation des centralités, à la fois en apportant son expertise de réalisation d’études dans le cadre des ORT de Clermont Auvergne Métropole et au travers d’un appui à l’animation des clubs départementaux de la revitalisation co-organisé avec la DDT 63, dont le prochain aura lieu à l’automne 2023. 

Les enjeux d’attractivité pour une métropole intermédiaire : le prisme clermontois

La notion d’attractivité nourrit des débats anciens, remis à l’agenda politique par le contexte de crise sanitaire et de crise climatique qui interroge les modèles de développement. Avec une mondialisation accrue et une métropolisation croissante, la mobilité des personnes, des capitaux et des biens s’est développée, renforçant la mise en relation – qui peut prendre la forme d’une mise en concurrence – des territoires. Quelle que soit l’échelle géographique considérée, les acteurs des territoires sont incités à définir leur stratégie de développement dans un contexte où l’installation des personnes et des moyens de production n’est jamais acquise.

L’attractivité est la résultante de deux approches. La première est d’ordre quantitatif et traite la question sous l’angle de l’attraction, autrement dit des flux de personnes ou de capitaux attirés par un territoire. La seconde approche est qualitative et aborde l’attractivité sous le prisme de l’attrait ou de l’attirance pour le territoire. Dans cette optique, il s’agit de comprendre ce qui est de nature à attirer des personnes ou des capitaux sur un territoire. Dans un contexte de mobilités croissantes et de demande sociale pour un meilleur cadre de vie, les enjeux de qualité de vie sont de plus en plus mis en avant dans les facteurs d’attractivité par les décideurs locaux. Un nouveau paradigme d’attractivité se met en place, non plus fondé exclusivement sur des don­nées quantitatives mais accordant une place impor­tante aux aspects qualitatifs. Le « bien » (bien-vivre, bien-être, bien-vieillir, bien-travailler, etc.) s’ajoute au « plus » et devient un argument de communica­tion et de positionnement de nombreux territoires.

Dans le cas de Clermont-Ferrand, le temps long, celui de la « capitale des Arvernes », inscrit le territoire dans une géographie profonde qui lui donne une base relationnelle ancienne et solide. Les évolutions politico-administratives récentes ne modifient pas fondamentalement le socle de l’in­fluence métropolitaine clermontoise, qui polarise bien au-delà de l’ancienne région Auvergne. Pour autant, ce rayonnement continu n’est pas synonyme de stabilité. Les choses changent, même de manière discrète et lente, et l’attractivité se transforme en attrait, en recherche de qualité de vie.

Les caractéristiques de l’attractivité clermontoise : une image à renforcer, un territoire à inventer

Une métropole discrète mais solide

La trajectoire métropolitaine clermontoise s’ancre dans des bases solides. Aire de polarisation des services hospitaliers et zone de rayonnement des établissements univer­sitaires contribuent à dessiner la carte actuelle de l’attractivité clermontoise à l’échelle nationale. La métropole attire habitants, patients, étudiants, sur une large aire spatiale incluant l’ancienne région Auvergne et débordant largement sur une partie du Massif central (comme le montre les zones de polarisation du centre hospitalier ou de l’université et des grandes écoles). Si les logiques de stabilité sont évi­dentes sur la durée, elles témoignent de l’ancrage territorial qui conforte la métropole clermontoise au sein de son système territorial.

 Les questions d’images : entre stéréotypes et changement d’échelles

Il y a eu un basculement dans l’idée que les acteurs se font de leur territoire : à la fois un changement d’image et un changement d’échelle. Pendant longtemps, les Clermontois ont eu une vision un peu étriquée, une forme d’auto-assignation à un déficit de légitimité, une crainte de perdre des habitants et des activités économiques. Les conceptions, parfois stéréotypées et fortement ancrées dans les imaginaires, de la capitale provinciale reculée et rurale, pour ne pas dire agricole, à « Michelin-Ville », masquent la réalité d’un tissu économique diversifié et d’une métropole que l’on peut décrire comme dynamique et accueillante. Clermont est dotée des équipements supérieurs mais elle reste accessible, au sens du temps et du coût : les prix du logement restent modérés et les étudiants peuvent se loger sans trop de difficultés ; les espaces productifs et récréatifs sont proches… Clermont Auvergne Métropole, c’est une ville, une agglomération et des espaces naturels qui les bordent et qui constituent un capital environnemental. Elle bénéficie finalement des avantages d’une métropole sans en avoir les externalités négatives.

Depuis quelques années, palmarès et baromètres divers montrent le changement d’image qui est en train de s’opérer, étayé par des indicateurs démo­graphiques et économiques. Clermont-Ferrand fait partie des métropoles nationales où le nombre de brevets déposés par les cadres des fonctions métropolitaines est le plus élevé, devant Saint-Étienne, Lyon et Toulouse [2]. Dans un autre registre, la métropole poursuit sa progression dans le palmarès des villes étudiantes, atteignant la 15e place en 2020-2021 grâce à la diversité de ses for­mations, à sa qualité de vie reconnue et à l’accessi­bilité financière [3]. Récemment, le réseau de conseil en immobilier d’entreprise Arthur Loyd a publié un « Baromètre de l’attractivité et du dynamisme des métropoles françaises » qui place Clermont- Ferrand en tête des métropoles intermédiaires françaises (200 000 à 500 000 habitants) les plus attractives et les plus dynamiques [4].

Le posi­tionnement de Clermont-Ferrand dans cet espace régional recomposé est celui d’une singularisation et d’un ancrage volontaire au Massif central. La démarche actuelle, portée par la ville et la métro­pole, de candidature comme capitale européenne de la culture pour 2028 est emblématique de ce positionnement territorial qui associe métropole et territoires voisins, attraction et attrait, affirmation d’une métropole culturelle et territoriale. La candi­dature « Clermont-Ferrand-Massif central 2028 » porte en effet explicitement l’ambition d’associer les territoires du Massif central à une dynamique cultu­relle et territoriale élargie et partagée. De plus, cette candidature témoigne de la volonté des élus de créer un effet sur le territoire, sur son attrait et son attractivité, comme un geste politique disruptif dont la finalité est aussi de faire connaître et reconnaître les atouts métropolitains de Clermont-Ferrand.

 La mise en œuvre de l’attractivité pour son territoire et avec les voisins

Dans le plan local d’urbanisme de la métropole, la place de l’attractivité est désormais explicite et l’ambition qualitative. Ce document affiche clai­rement l’ambition d’une métropole « attractive », mais également, et surtout, « attrayante ». Le terme même de « qualité de vie » associé à celui d’attractivité confirme cette volonté. Les mots clés associés à la plupart des actions envi­sagées vont dans le sens du qualitatif avec l’amé­lioration de l’existant et de la fonctionnalité des équipements, voire de leur renforcement. Plus encore, l’ensemble du document de 2021, fait la part belle à cette dimension « qualité de vie » présente dans de nombreux objectifs non dédiés à l’attracti­vité mais qui pourront favoriser l’attrait du territoire. Nous retrouvons ainsi les termes de « lieu d’échange et de partage », « bien commun », « bien-être », « qua­lité de l’habitat ». Si nombre de métropoles ou villes intermédiaires optent pour ce registre sémantique, les actions initiées par les élus clermontois permettent de constater une volonté de repositionnement, plus clair et plus offensif de leur part.

Un autre aspect essentiel concerne le positionnement des territoires voisins, dans leur rapport à l’attractivité. Globalement, les thématiques liées au caractère « attrayant » de ces territoires sont très présentes. Le cadre de vie, la qualité de vie, les atouts paysagers, patrimoniaux et culturels reviennent souvent, dans un contexte de prise en compte des fortes interrelations territoriales via les mobilités pendulaires. Les thématiques touristiques sont également souvent formulées en lien avec les autres territoires, dont la métropole, avec l’idée de coordonner une offre élargie pour renforcer l’attractivité exogène (diversité des offres entre tourisme de montagne, de nature, patrimonial et urbain). Les enjeux de prise en compte globale des inté­rêts territoriaux sont donc importants et parfois for­malisés à travers des objectifs d’accompagnement des dynamiques. « Au lieu de “subir” l’influence des grands territoires limitrophes, il s’agit plutôt d’accompagner et de tirer profit des “voisins” et de développer un travail en réseau ». Cet objec­tif stratégique illustre bien les actions à mettre en œuvre ou à renforcer pour coordonner davantage les nécessaires coopérations interterri­toriales. L’importance des thématiques déjà forte­ment intégrées par des schémas et des acteurs de coopération (transports, tourisme) montre le rôle des espaces et des instances de dialogue et de projet pour favoriser une culture de projet commun, à différentes échelles comme le Syndicat mixte des transports en commun de l’agglomération cler­montoise (SMTC-AC), l’Agence d’urbanisme et de développement Clermont Métropole ou encore le Pôle métropolitain Clermont-Vichy Auvergne qui rassemble 11 établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) à l’échelle du grand bassin de vie qui s’étend de Vichy à Brioude.

Les enseignements de l’exemple clermontois

La métropole clermontoise, au-delà de ses caracté­ristiques propres, illustre les évolutions récentes et les enjeux actuels des transitions métropolitaines, en particulier pour les métropoles intermédiaires, autour de thèmes clés que sont le basculement des fondements de l’attractivité, les nécessaires coopé­rations interterritoriales ou l’importance du récit territorial. À travers l’exemple clermontois, ce sont bien les problématiques actuelles de l’attractivité des métro­poles qui sont visibles, entre logiques exogènes et endogènes, injonctions de compétitivité et enjeux de la qualité et d’inclusion. Leur rôle d’entraîne­ment est variable, de même que les effets de redis­tribution sur les territoires voisins, et dépendant des caractéristiques productives et de la nature des liens tissés avec les territoires environnants.

L’exemple clermontois est représentatif des évo­lutions récentes de la prise en compte de la notion d’attractivité. Aux approches classiques et quantita­tives, largement basées sur des critères mesurables et des objectifs exogènes (faire venir des entre­prises, des emplois, des habitants), se combinent de plus en plus des approches basées sur l’attrait, des dimensions qualitatives et sur une part non mesu­rable liée à l’image. Les actions publiques intègrent ces différentes dimensions tant pour attirer que pour retenir. Clermont-Ferrand offre l’exemple d’une métropole qui pendant longtemps n’a pas cherché à être attractive, puis a cherché à l’être, et qui souhaite désormais être attirante en misant sur les aspects qualitatifs plus que quantitatifs. Rester abordable et accessible pour tous est un enjeu poli­tique dont les élus doivent se saisir. La prise en compte des transitions énergétique et écologique est également essentielle, tant la question de l’uti­lisation des ressources (foncières, paysagères) ou de l’accès à l’eau sont importantes pour des démarches qualitatives.

Dans un contexte règlementaire qui adjoint une mission de responsabilité des métropoles vis-à-vis des territoires qui les entourent, la question de la mise en œuvre de ces coopérations se pose. Elles doivent nécessairement être prises en compte dans les objectifs stratégiques des politiques métropoli­taines et dans celles des territoires voisins. La créa­tion de Clermont Auvergne Métropole est récente (2017), son périmètre est restreint (21 communes) et ne correspond pas, loin s’en faut, à son aire fonc­tionnelle du quotidien, sans parler de son aire de polarisation, via ses équipements et services, qui couvre un vaste espace régional (ancienne région Auvergne) qui déborde largement sur une grande partie du Massif central. Au-delà de l’effet institu­tionnel et des compétences, l’enjeu est celui d’une véritable gouvernance métropolitaine, associant la métropole et les territoires voisins, celui d’une « interterritorialité » qui placent les coopérations croisées, voulues et assumées, les projets, au cœur de synergies métropolitaines. Celles-ci restent encore largement à construire.

 Et Après ?

L’étape suivante, c’est de penser au-delà de l’attractivité, d’inventer un autre imaginaire politique, une invitation à faire les choses autrement, pour Clermont Auvergne Métropole et pour les autres. Quelle métropole désire-t-on pour se projeter dans un xxie siècle plus incertain, avec des crises politiques et environnementales fortes ?

La Récré-Action Avance ! Troisième rencontre : Comment sortir de notre addiction à l’automobile ?

QUESTIONNER NOS TRANSITIONS

Le thème de cette troisième séance est volontairement  provocateur : sortir de notre addiction à l’automobile ! Cette formulation assume le paradoxe dans lequel nous vivons : l’automobile reste le mode principal de déplacement, malgré les nuisances évidentes liées à son utilisation, et alors qu’il existe  des alternatives accessibles permettant la réduction de son usage. C’est un thème éminemment en lien avec le travail d’élaboration du PLU de la Métropole, puisque les choix réglementaires que nous faisons aujourd’hui façonnent les nouvelles réponses, en termes d’aménagement de l’espace, à ce besoin de mobilité pour lequel, aujourd’hui, la voiture est trop souvent privilégiée. 

Une trentaine d’élus et de techniciens des communes de la métropole clermontoise ont été amenés à réfléchir [1] sur la place de l’automobile et plus particulièrement aux  pratiques « d’autosolisme » (fait de circuler seul dans sa voiture), aujourd’hui très largement répandue. En effet, le secteur des transports est responsable d’environ 30% des émissions de gaz à effet de serre de la France et les voitures particulières en sont la principale cause [2]. Face au défi de la transition, dont l’atteinte du Zéro Émission Nette d’ici 2050, on ne peut que déplorer le fait que le secteur des transports a vu ses émissions s’accroître par rapport à 1990, alors que les autres secteurs (agriculture, résidentiel, industrie…) les ont réduites.

Ainsi, au travers de retours d’expériences, d’éclairages d’experts, et d’une prise de conscience via l’outil de la « fresque du renoncement », cette séance visait à éclairer sur la place de la voiture dans nos mobilités du quotidien et à s’interroger sur les conditions du changement, qui nécessite à la fois l’existence de services alternatifs et des changements culturels sur nos pratiques de mobilité.

DÉPENDANCE À LA VOITURE : OÙ EN SOMMES-NOUS ? 

Cette dépendance  à la voiture n’est pas simplement liée à des choix de mobilité, elle s’explique par des transformations urbaines et sociétales qui ont conduit, à partir des années 1960, à asseoir le développement des villes sur la démocratisation des véhicules individuels. Ainsi, le développement du tissu pavillonnaire dans une « ville » étalée, n’aurait jamais pu s’imaginer sans sa composante « mobilité », basée sur une expansion des usages de la voiture.

 En s’appuyant sur les données de l’enquête déplacements de 2012, qui va faire l’objet d’une actualisation très prochainement [3], des éléments d’état des lieux sur les choix des habitants de la métropole clermontoise en matière de mobilité ont été présentés. En 2012, il ressortait que près de 60% de la mobilité est assurée en voiture par les habitants de la métropole clermontoise, chiffre très proche de la moyenne nationale. Ce recours majoritaire à la voiture est une sorte de réflexe dès que la distance de déplacement dépasse un kilomètre, sous couvert de gain de temps et en minimisant les coûts d’usage. Au terme de cette présentation, il est démontré que l’usage de l’automobile “solo” est particulièrement marqué pour se rendre au travail, car on assiste à un éloignement croissant entre lieu d’habitat et lieu de travail, et où dans la décennie 2010, la pratique du covoiturage est restée marginale.

L’ACCOMPAGNEMENT AU CHANGEMENT, UN OUTIL COMPLÉMENTAIRE AU DÉVELOPPEMENT D’OFFRES ALTERNATIVES

Paul Merlin, intervenant d’Aix Marseille Provence Métropole, indique qu’en parallèle du développement de nouvelles offres de mobilité, comme le renforcement des transports collectifs, le développement du vélo, l’accompagnement de solutions de covoiturage, la Métropole a travaillé sur l’encouragement, la facilitation des ménages à changer leurs pratiques de mobilités.

Dès 2016, la Métropole aixoise a accompagné près de 300 habitants volontaires par des « Ambassadeurs de la mobilité ». Ceux-ci aidaient chaque personne à trouver des solutions alternatives à la voiture et correspondant à leurs besoins de mobilité. Si ce type d’expérience permet de tester des alternatives, et dans certains cas de changer durablement les choix de mobilité, ce dispositif nécessitait des ressources trop importantes pour atteindre un panel de population plus large. Ainsi, la Métropole a souhaité toucher un public plus nombreux, via de la communication engageante dans le cadre d’un jeu concours « grand public », organisé chaque année dans le cadre de la semaine de la mobilité, qui a permis à environ 3 000 personnes de tester des services alternatifs à la voiture. Au printemps 2023, en sus, un dispositif a été fléché sur les déplacements domicile-travail, qui comme ailleurs, sont marqués par une très forte prédominance des usages « solo » de la voiture.

 UN TEMPS LUDIQUE INTERPELLANT SUR LES USAGES DE LA VOITURE 

L’outil « fresque du renoncement », apporté par l’Agence, visait à faire réfléchir élus et techniciens sur la possibilité de réduire, voire d’abandonner, l’autosolisme. Pour y parvenir, il est unanimement mis en avant la question de la qualité des alternatives : des dessertes par les transports collectifs, du maillage en aménagement cyclable de l’extension des possibilités de télétravail.

Toutefois, d’après les participants, il ressort que le renoncement à la voiture « solo » reste perçu comme impossible pour certaines activités : achats volumineux et/ou lourds, accès aux urgences médicales, personnes âgées rencontrant des difficultés à marcher, personnes à mobilité réduite. Par ailleurs, pour certains métiers comme la livraison ou l’aide à domicile, il ne semble pas possible d’abandonner l’autosolisme.

Au terme de cette troisième séance, il apparaît que la dépendance à la voiture nécessite de proposer des solutions alternatives viables, dont certaines ne sont pas matures à ce jour, comme des systèmes de navettes autonomes ou de l’autopartage à grande échelle.

LE RENONCEMENT À L’AUTOSOLISME : UNE PERSPECTIVE QUI DEMANDE À ÊTRE FACILITÉE !

Mais, ce que met en avant Aix Marseille Provence Métropole, est que si le développement de services alternatifs à la voiture est un préalable au changement, le moindre recours à la voiture nécessite aussi des changements dans l’appréhension de chacun. Via les actions de management de la mobilité, l’ambition est d’accompagner l’individu dans l’abandon progressif du modèle du tout voiture, vers un nouveau modèle de mobilité plus sobre, plus économe et pour autant efficace. C’est ainsi que ce territoire a recherché à mieux faire connaître les alternatives au tout voiture avec le conseil assuré par les “Ambassadeurs de la mobilité” ou encore via un jeu concours visant à encourager les habitants dans la découverte de nouveaux modes.

 LES PROCHAINES TRANSFORMATIONS À ENGAGER

Le cycle Recré’Action se poursuivra par deux séances automnales. La première portera sur les équilibres à trouver avec  le rôle de l’humain dans la co-présence des vivants en ville. Dans un contexte de diminution de la biodiversité et d’épuisement des écosystèmes, la question de la place que nous condescendons, en tant qu’humain, à donner aux autres espèces vivantes dans nos environnements et des liens d’interdépendances entre les différents représentants du vivant que nous avons parfois tendance à négliger sera posée. La reconnexion à nous-même, à nos besoins fondamentaux, communs avec les autres espèces vivantes sera au cœur de cette prochaine séance. Comment assurer collectivement le futur heureux dans lequel tout vivant pourra respirer, boire et se nourrir ? Une séance conclusive sera ensuite proposée avec l’intitulé suivant : vers un urbanisme favorable à la santé et au bien vivre ? Rendez-vous au deuxième semestre 2023 !

Workshop Industrie du futur : Anticiper et accompagner les transitions industrielles – 05 juillet

Le Pôle métropolitain Clermont Vichy Auvergne, espace de dialogue et de coopération interterritoriale, et l’Agence d’urbanisme Clermont Massif central organisent une rencontre pour explorer l’industrie du futur le mercredi 5 juillet 2023 au Hall 32 à Clermont-Ferrand. Participation publique sur inscription.

Modernisation des outils, sobriété des process ou encore transformation des organisations et des métiers, l’industrie du futur appelle une nécessaire mise en stratégie et en mouvement de tous les acteurs pour repenser les modèles productifs et imaginer collectivement des solutions adaptées aux mutations technologiques, sociales, environnementales ou encore territoriales en cours.

  • Quelles compétences pour répondre aux besoins d’une industrie 4.0 ?
  • Quels espaces (foncier, immobilier, aménagement) pour accueillir des projets et maintenir le tissu industriel et productif existant
  • Quel(s) accompagnement(s) pour des secteurs industriels inégalement engagés dans un processus de transformation numérique ?
  • Quelles coopérations pour préciser une stratégie territoriale lisible et clairement positionnée ?

Ce temps fort, dédié aux territoires et aux acteurs socio-économiques, vise à appuyer le déploiement local du tissu productif et à affirmer l’ambition politique d’accompagner de manière volontariste les transitions industrielles.

Il permettra d’apporter des éléments de réponses à travers plusieurs temps fort :

  • Une mise en perspective et des retours d’expériences locaux et nationaux lors d’une table ronde,
  • Un atelier-débat participatif pour se mettre en mouvement et décliner collectivement la boîte à outil territoriale de l’industrie du futur,
  • La signature officielle du Manifeste pour une stratégie industrielle territoriale avec entre autres les présences confirmées du Président de Clermont Auvergne Métropole Olivier Bianchi, du Président du Pôle métropolitain Clermont Vichy Auvergne et Président de Riom Limagne et Volcans Frédéric Bonnichon, du Vice-Président du Pôle métropolitain Clermont Vichy Auvergne en charge de l’économie Dominique Adenot et du Président de la CCI Puy de Dôme Clermont Auvergne Métropole Claude Barbin.