Archives

L’adaptation au changement climatique, un concept global pour des enjeux locaux

Lors de la conférence “Adaptation au changement climatique dans les territoire”, experts et élus ont échangé sur les scénarios et stratégies locales d’adaptation, avec un message central : « la question n’est plus de savoir s’il faut s’adapter mais comment le faire ». L’Agence d’Urbanisme Clermont Massif central revient sur les enjeux de l’adaptation au changement climatique sur le territoire clermontois.

MIEUX COMPRENDRE LES ENJEUX LOCAUX DU CHANGEMENT CLIMATIQUE

Il est des territoires où la variabilité spatiale du climat est marquée, et le bassin clermontois en fait partie. Les reliefs de la Chaîne des Puys et des contreforts du Livradois induisent des différences dans la répartition des températures, mais aussi des précipitations, plus prononcées sur les massifs volcaniques que sur la plaine de la Limagne. Les inversions de températures sont fréquentes [2], conduisant notamment à la stagnation de masses d’air froid en fond de vallée et accentuant en ville les phénomènes de pollutions atmosphériques. Ces caractéristiques climatiques pourraient évoluer avec le changement climatique. Les relevés météorologiques effectués entre 1962 et 2021 démontrent déjà une élévation des températures annuelles en tout point de la région Auvergne-Rhône-Alpes [3]. Comment le climat va-t-il évoluer à l’échelle locale ? La Limagne va-t-elle devenir une terre aride ? Les stations de ski auvergnates appartiennent-elles au passé ? L’Auvergne est-elle toujours le “château d’eau de la France” ?

Pour répondre aux enjeux du changement climatique, deux types de politiques sont menées conjointement : l’atténuation, qui s’attaque aux causes du changement climatique par la réduction des émissions de gaz à effet de serre, et l’adaptation, qui en limite les conséquences négatives par la réduction de la vulnérabilité et l’exposition aux aléas. Comme le rappelle Cédric Audenis, Commissaire Général Adjoint à France Stratégie, si les politiques de réduction ont un objectif qui est très clair -la neutralité carbone en 2050 – les politiques d’adaptation sont plus complexes à mener car il réside une incertitude sur les effets locaux du changement climatique.

DES PROJECTIONS CLIMATIQUES LOCALES, POUR UNE MEILLEURE ADAPTATION

Le GIEC [4] analyse depuis 1988 les évolutions du climat, leurs causes, leurs impacts, et les solutions pour y répondre. Trois grands types de scénarios sont posés à l’horizon 2100 : un premier qui entrevoit un réchauffement climatique contenu à +1.5°C/+2°C avec des impacts que l’on est en mesure d’appréhender ; un scénario intermédiaire avec un réchauffement à +2°C environ ; un scénario à +4°C, qui comporte nombre d’incertitudes.

Ainsi, lors de cette même conférence, le ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires, Christophe Béchu, a insisté sur le risque de mal-adaptation induit par la prise en compte de scénarios “trop  optimistes” : « Penser qu’on va rester sur une trajectoire à +2°C alors que des hypothèses à +4°C existent nécessite qu’on modélise cette trajectoire et que l’on ait donc deux scénarios dans notre stratégie d’adaptation ».

En ce sens, les projections climatiques à l’échelon local permettent de mieux appréhender les changements climatiques à anticiper. Les scientifiques travaillent généralement à partir d’un modèle climatique mondial, décliné à l’échelle de grandes régions, puis emploient des outils statistiques pour corriger les biais. Sur le territoire du Massif central, l’AP3C [5] a conçu des projections climatiques locales de nature statistique (elles ne proviennent donc pas d’un modèle climatique global).  Celles-ci  mettent en évidence pour 2050 une nette hausse des températures en hiver et au printemps, ainsi qu’un cumul de pluviométrie en baisse au printemps, particulièrement sur la plaine de la Limagne.

Si les scénarios pour demain varient en fonction des modèles employés et des périodes de référence étudiées, ils confirment tous un emballement des dérèglements climatiques, avec des températures à la hausse, une modification dans la répartition des pluies (même à l’échelle locale), une accentuation des périodes de canicule, et des évènements climatiques plus soudains et intenses. Les conséquences sont multiples : sur les écosystèmes, la disponibilité en eau, l’économie, le tourisme (de montagne notamment), la santé, le coût des assurances etc.

VERS UN  “RÉFLEXE ADAPTATION CHEZ TOUS LES ACTEURS “

Malgré ces connaissances, le changement climatique reste un concept abstrait dans notre quotidien. Notre mémoire des évènements climatiques (quand elle n’est pas traumatique) est volatile, et l’augmentation des températures est complexe à appréhender. Après tout, un ou deux degrés de plus, qu’est-ce que cela changera dans notre quotidien ? Or, l’analogie est à faire avec le corps humain. Si notre température corporelle augmente de 1°C seulement, c’est tout l’équilibre qui est menacé. Alors faut-il envisager le scénario du pire pour nous projeter dans un futur proche ? Par exemple, la Ville de Paris a récemment voté la création d’une mission intitulée « Paris à 50°C », qui vise à mettre en place un plan d’actions pragmatiques à activer lors d’épisodes de températures extrêmes.

Selon Morgane Nicol, directrice du Programme Territoires à I4CE « pour avancer, la première chose à faire c’est de mettre en place un réflexe d’adaptation chez tous les acteurs, pour que systématiquement se pose la question des conséquences du climat futur sur chaque politique ou investissement fait aujourd’hui ».

Alors atténuation, adaptation, l’Agence d’Urbanisme Clermont Massif central investit pleinement ces enjeux dans le cadre de son programme de travail  : culture du risque, vulnérabilité de la ressource en eau, observation des transitions environnementales, renaturation… autant de sujets qui sont au cœur des travaux de l’équipe en 2023 et pour les années à venir.

La Récré-Action continue ! Deuxième rencontre : Nos héritages, ou comment faire l’habitat en partant de l’existant ?

Dans le cadre de l’élaboration du PLU de la Métropole clermontoise, l’Agence d’urbanisme anime un cycle intitulé :
« L’urbanisme métropolitain face à l’urgence écologique et sociale ». Cette formation-action expérimentale recrée du sens et encourage l’adoption de bonnes pratiques. Nous avions conçu ce cycle Recré-action en connaissance de cause : la remise en question des ethos, c’est-à-dire de nos habitudes et manières d’être, complexifie la mission déjà ardue des élus et techniciens des collectivités territoriales. D’un côté s’imposent des règlements encadrant l’aménagement, le Zéro Artificialisation Nette par exemple ; de l’autre des revendications d’administrés fondées sur nos héritages : dépendance à l’automobile et désir de la maison pavillonnaire individuelle. Le tout formant des contradictions, avec lesquelles il convient de jongler.

QUESTIONNER NOS HÉRITAGES

Le 27 février 2023, une trentaine d’élus et de techniciens des communes du territoire métropolitain et de la métropole clermontoise ont ainsi bénéficié de retours d’expériences, d’éclairages d’experts, et d’une mise en mouvement sous forme d’un jeu de débat. Ce dont nous héritons, nos rapports au logement, les choix en matière d’habitat et la soutenabilité de modèles existants ont été questionnés au regard des défis de transition écologique et de sobriété foncière.

Les propos introductifs de Christine Mandon (2) , ont invité les participants à “prendre à bras le corps” l’urgence climatique et sociale, en convoquant créativité et pouvoir d’agir.

Interroger la pertinence des modèles passés et actuels en matière d’habitat et d’aménagement des espaces répond à cet objectif : il est nécessaire de repenser les tissus urbains dont nous héritons, mais aussi de faire évoluer les attentes des habitants.

L’HÉRITAGE URBAIN DE LA MÉTROPOLE : CONTRAINTE OU OPPORTUNITÉ ?

La moitié du tissu urbain métropolitain existant est constitué de maisons individuelles, composées en diverses formes: du pavillonnaire diffus aux lotissements structurés, en passant par des cités jardins. Ce mode d’aménagement, dont nous héritons, atteint aujourd’hui des limites. Il consomme du foncier de manière excessive et éloigne les publics les moins aisés des centres urbains.

En ce sens, Diane Deboaisne (3) a présenté une étude réalisée par le Conseil d’Architecture d’Urbanisme et d’Environnement du Puy-de-Dôme intitulée “(P)réparer les tissus pavillonnaires” (4) pour inciter les participants à considérer les différentes typologies de parcellaires engendrées par les développements urbains liés à la construction de maisons individuelles. Sur le territoire d’Aubière, 5 typologies ont ainsi été repérées : les tissus en cours de densification, l’étalement linéaire, les lotissements, le comblement diffus et l’étalement en nappe. Finalement, les tissus pavillonnaires ont aussi des qualités à préserver et mettre en valeur : proximité de la nature, zone de tranquillité, îlots de fraîcheur, potentiel pour une vie sociale de qualité.

INTERVENIR DANS LES TISSUS EXISTANTS : DES MOYENS D’ACTION MAIS AUSSI DES QUESTIONS

Amandine Hernandez, directrice des opérations chez Villes Vivantes et Camille Perez, cheffe de projet Opérations d’aménagement à Clermont Auvergne Métropole ont présenté (5) le projet Bamba (6), expérimentation menée sur le quartier de Champratel. Ce dispositif basé sur un accompagnement sur-mesure des porteurs de projets, futurs habitants, vise à créer des logements abordables à proximité des centres urbains, des transports en commun, commerces et autres aménités. En complément, le dispositif BIMBY, pour Build in my backyard, présenté comme une autre option d’intervention pour compléter une trame urbaine, a pour principe de mobiliser, selon le bon vouloir de leur propriétaire, le potentiel de division foncière de parcelles privées.

Un des leviers d’action favorable aux enjeux climatique et social est de questionner les porteurs de projets à propos de la surface, en mètres carrés, qu’ils estiment nécessaire et qu’ils désirent, dans une perspective de créer des logements plus sobres, tout en assurant les fonctions protectrices, sociales et récréatives attendues d’un espace habité.

Cette manière d’agir a fait réagir les élus et techniciens présents : Bamba comme Bimby introduisent de nouvelles maisons sur des terrains vierges, en foncier privé ou mis à disposition par la collectivité. Les participants se sont interrogés sur la faisabilité de cette expérimentation à différentes échelles de territoire et sur l’inadaptation des outils réglementaires et institutionnels disponibles pour agir dans ce type de tissus morcelés, aux mains de différents propriétaires et dont la mutabilité est lente, fastidieuse, qui nécessite une vision d’ensemble de long terme.

UN TEMPS LUDIQUE CENTRÉ SUR LES ENJEUX DU LOGEMENT

Pour dépasser ces freins et mettre en mouvement élus et techniciens, l’Agence d’urbanisme a proposé un jeu de débat prospectif : “Recré-acteurs d’espaces habitables”, pour discuter des formes de logements sobres et désirables à l’horizon 2040. A partir de trois scénarios démographiques distincts : la déprise, la stabilité et l’accroissement, les participants ont incarné différents rôles, le temps d’une partie : bâtisseurs, habitants, acteurs fonciers ou acteurs de la collectivité. Ils ont également avancé dans le temps, de 2030 à 2040. A travers une réflexion à la fois individuelle et collective, les participants ont ainsi débattu des besoins humains et de leurs évolutions : perte d’autonomie, veuvage, décohabitation, agrandissement des familles, accueil de réfugiés climatiques…

Pour autant, des affirmations n’ont pas été remises en question : le désir des habitants du territoire d’accéder à la propriété, et une préférence pour la maison individuelle resteraient d’actualité, même si les participants s’accordent sur la nécessité de préserver le foncier et de densifier les espaces déjà bâtis.

Il a été par ailleurs souligné que changer de modèle impose de faire évoluer tous les acteurs des chaînes de construction. Comment alors concilier des intérêts divergents entre consommation foncière et logique du moindre coût ? Comment rendre financièrement équilibrées les opérations de reconstruction, démolition ou extension en renouvellement urbain et celles de résorption de la vacance ? Changer de modèles d’habitat, si cela est possible, peut-il être socialement équitable ou se traduirait-il par l’imposition d’une nouvelle norme aux plus précaires tandis que les familles les plus aisées auraient le choix ?

ABORDER LE CHANGEMENT : UN BILAN MITIGÉ POUR LE MOMENT

Le bilan de cette deuxième séance, dont nous invitons à lire la publication compte-rendu, montre des résistances au changement encore bien ancrées et la persistance d’idées préconçues sur l’habitat et les besoins auxquels celui-ci répond. Ainsi, la séance a souligné un paradoxe majeur : il y a à la fois un désir d’indépendance, quitte à s’éloigner des aménités urbaines et un fort besoin de lien social, parfois impacté par ce choix.

Ces contradictions naissant de la diversité d’attentes simultanées seront explorées lors de la troisième rencontre de Recré-action, qui portera sur les transitions et plus particulièrement sur comment guérir de notre addiction à l’automobile. Un programme prévisionnel détaillé est disponible en dernière page du compte-rendu.

Quelle intégration des activités productives dans les agglomérations urbaines?

« Si réindustrialiser la France est aujourd’hui un objectif consensuel, des interrogations subsistent sur les modalités de l’implantation spatiale des activités industrielles. Le retour de l’industrie soulève des questions de disponibilité du foncier, d’acceptabilité sociale des projets, d’insertion dans le milieu urbain ou de compatibilité avec une bonne qualité de vie. » C’est en ces termes qu’une journée d’étude, organisée le 7 novembre 2022 par le Plan Urbanisme Construction Architecture (PUCA) et l’Observatoire des Territoires d’Industrie (OTI), a invité collectivités territoriales, entreprises et industriels, professionnels de l’urbanisme et de l’aménagement à réfléchir sur l’intégration des activités productives dans les villes et territoires, ainsi qu’aux leviers d’actions mobilisables.  Nous rapportons ici une analyse de la table-ronde “la ville productive, rêve ou (future) réalité ?” [1]

UN LARGE PANEL DE BESOINS FONCIERS ET IMMOBILIERS

Les activités productives recouvrent une diversité importante d’activités et de secteurs dont : fabrication, réparation, logistique, commerce de gros, artisanat et bâtiment.… Ces activités présentent des besoins distincts en termes de locaux d’activités, allant de petites cellules à de grands entrepôts, des stratégies foncières et immobilières hétérogènes, s’implantent sur des sites variés allant des cœurs urbains aux zones d’activités périphériques, voire en sites isolés. La définition des activités productives varie également d’un territoire et d’un acteur à l’autre. Plusieurs entrées sont possibles pour penser la localisation et l’intégration des activités productives dans les tissus urbains : par la définition d’une nomenclature d’activités, par le foncier ou l’immobilier, par les outils de production ou encore par les chaînes de valeur, dont la complexité rend toute appréhension particulièrement malaisée.

DES ACTIVITÉS PRODUCTIVES À L’ÉPREUVE DE LA PRESSION FONCIÈRE

On ne rêve donc pas à n’importe quelle activité productive dans n’importe quelle ville. Plusieurs modèles émergent : celui de l’économie circulaire, de la ville des makers, de l’industrie 4.0, de l’économie des proximités ou encore de la production distribuée au travers de petites unités de production géographiquement disséminées. Souvent excentrées du fait de nuisances difficilement compatibles avec les usages résidentiels, les activités productives peinent à trouver leur place dans le tissu urbain. Contrairement aux activités logistiques dont les flux de marchandises sont difficilement conciliables avec la compacité urbaine, les activités de réparation ou de maintenance ont besoin de cette implantation dans la ville dense pour être à proximité de la clientèle. De même, les entreprises de l’économie sociale et solidaire ou de l’économie circulaire sont souvent pensées en centre urbain, mais elles génèrent des flux importants et peuvent nécessiter un foncier conséquent. La pression foncière les empêche ainsi de s’implanter ou de se maintenir dans le tissu urbain.

DES DISPOSITIFS D’ACTIONS QUI SE CHERCHENT ENCORE

Les activités productives sont soumises à une double dynamique : leur éviction aux marges des agglomérations finalement rattrapées par l’urbanisation, et la raréfaction du foncier qui permettrait le développement de leurs projets. Face à ce constat, le sujet du maintien voire de la réintroduction des activités productives en ville prend de l’ampleur dans la construction des politiques publiques. La prise en compte des dynamiques de localisation des entreprises s’est encore accélérée depuis l’annonce de l’objectif de zéro artificialisation nette. Ce dernier ne se concrétise néanmoins pas encore par le déploiement de stratégies publiques structurées et mutualisées qu’il nécessite, mais par une pluralité d’initiatives locales juxtaposées. Les zones d’activités économiques concentrent l’attention des acteurs publics comme privés : achat du foncier dans une logique opportuniste, exploration des potentiels d’optimisation spatiale, opérations de densification qui restent encore rares et « bricolées », comme l’exemple du conditionnement de la vente d’une nouvelle parcelle à davantage de densité sur le nouveau site pour une entreprise du territoire.

PAS D’ACTIVITÉS PRODUCTIVES SANS VOLONTÉ POLITIQUE !
DES EXEMPLES VENUS D’AILLEURS

La métropole lyonnaise cherche à atteindre cette réalité via des activités productives visibles dans l’espace urbain, par le déploiement d’ateliers et de micro-usines en rez-de-chaussée. Elle affiche également une volonté politique affirmée d’adopter des stratégies de maintien des activités productives[2], et de renouveler le tissu pour faire face aux enjeux de transition écologique et énergétique[3]. Pour autant, elle se confronte au moins à quatre obstacles :

  • la (non) disponibilité du foncier et son coût ;
  • la forte concurrence entre les activités productives et le logement ou le tertiaire ;
  • la cohérence des politiques urbaines, comme par exemple le fait de penser la place dévolue à la circulation des marchandises au sein des villes lorsqu’une stratégie de mobilité douce est déployée ;
  • les écueils de la mixité quand les activités productives ne sont ni désirées par les habitants, ni prêtes à faire l’effort de s’ouvrir sur la ville.

Autre métropole, autre matérialité. Bruxelles s’est avancée dans la concrétisation de la ville productive fonctionnelle avec citydev.brussels, ancienne Société de Développement pour la Région de Bruxelles-Capitale, pour traiter la question de l’insertion des activités productives à l’échelle du projet urbain et à l’échelle immobilière.[4]

La « ville productive » doit dépasser l’ambivalence du seul accueil d’activités productives propres et peu consommatrices de foncier. Elle nécessite une forte coordination des politiques publiques pour trouver son modèle. Les échelles de temps entre la ville productive et la ville résidentielle ne sont pas les mêmes et les nuisances de l’industrie, si elles peuvent être réduites et contrôlées, ne peuvent s’affranchir d’un processus de transformation de matières et des flux qu’il implique. 

(RÉ)INDUSTRIALISER LES VILLES ET LES TERRITOIRES, QUELLES LEÇONS ?

L’industrie peine encore à trouver sa place dans le tissu urbain, ou tout simplement à se faire désirer dans nos territoires de proximité. La rivalité d’usages entre mobilité urbaine et flux logistiques reste encore largement impensée. L’avènement de l’industrie 4.0 ouvre des perspectives pour une industrie plus urbaine. Elle s’inscrit néanmoins dans deux continuums[5] :

  • celui des grandes métropoles aux territoires les moins denses en passant par différentes palettes de villes moyennes,
  • celui des start-ups et des bureaux tertiaires aux grandes industries en passant par une multitude de formes intermédiaires.

Les gros sites industriels resteront tendanciellement loin des villes et les start-ups plutôt dans les métropoles. Les logiques sont en revanche amenées à se diversifier à la croisée de ces deux continuums.

Au-delà des aspirations parfois candides à une souveraineté économique territoriale mise à mal par les chaînes d’approvisionnement, la question de la place de l’industrie pose celle de son inscription territoriale. Le projet industriel s’appuie en partie sur des ressources locales, telles que les ressources humaines, parfois la matière première ou encore les infrastructures existantes. Mais il peut lui-même entrer dans une logique d’économie circulaire en devenant ressource locale. Le projet industriel ne peut néanmoins s’extraire d’un écosystème commercial et économique dépassant largement le périmètre intercommunal. Penser l’industrialisation demande de penser des écosystèmes et une structuration des interdépendances, soit le renouvellement des coopérations et des solidarités territoriales.

La ‘Récré-Action’ a commencé : Première rencontre des élus et des techniciens de la métropole clermontoise pour débattre de l’urgence écologique et sociale

LE LANCEMENT D’UN CYCLE SUR L’URBANISME MÉTROPOLITAIN FACE À L’URGENCE ÉCOLOGIQUE ET SOCIALE

Réunir élus et techniciens du territoire métropolitain autour du sujet de l’urgence écologique et sociale constitue en soi une première étape indispensable à une entrée en dialogue sereine des acteurs du territoire, qui doivent relever ensemble les grands enjeux et défis de la ville durable. C’est aussi un révélateur d’une prise de conscience collective que nous sommes bien face à une crise climatique systémique et qu’il est possible et nécessaire d’agir dès à présent. Le mot d’accueil de Monsieur Grégory Bernard, Conseiller métropolitain délégué au PLUi et aux Opérations d’aménagement d’intérêt métropolitain et Président de l’Agence d’Urbanisme, va en ce sens.

A l’heure où la partie règlementaire du futur Plan Local d’Urbanisme (PLU) Intercommunal de la métropole clermontoise est en cours d’écriture, il s’agit bien de permettre la rencontre des élus municipaux et des équipes qui les accompagnent, hors des lieux habituels de débats politiques et techniques. En s’extrayant des scènes institutionnelles dans lesquelles le dialogue autour des droits à construire se délite parfois, il devient possible d’affronter ensemble la réalité et la complexité du contexte actuel.

Ainsi que le rappelle Stéphane Cordobes, directeur général de l’Agence d’urbanisme invité à titre d’expert, traiter l’urgence écologique et sociale consiste en premier lieu à avoir en tête et à admettre qu’une nouvelle ère géologique, l’anthropocène, est déjà en place du fait seul de l’action humaine. En second lieu que nous, humains, sommes démunis face à l’ampleur des changements provoqués et aux difficultés d’adaptations que ceux-ci imposent et ce, surtout si nous souhaitons réduire les inégalités sociales qu’ils risquent de creuser.

PRENDRE NOTRE ÉLAN FACE À L’URGENCE D’AGIR

L’un des dangers posés par la mise en contexte esquissée par Stéphane Cordobes consisterait à souffrir de sidération face à ces enjeux écologiques et sociaux considérés comme inextricables. Dans la sidération, aucune entreprise n’est possible alors même qu’il est indispensable de revaloriser les moindres actions favorables à la réduction des impacts des activités humaines sur nos climats.

C’est donc à l’action, voire à la [re]création que ce cycle invite. C’est pourquoi le premier retour d’expérience, présenté par Olga Braoudakis, chargée d’études à l’Agence d’urbanisme de Grenoble Alpes Métropole, a permis d’explorer comment des orientations d’aménagement et de programmation (OAP) thématiques peuvent aborder les enjeux écologiques et sociaux en lisant le territoire de manière cohérente et en créant du lien dans les différentes réponses apportées. Dans ce domaine comme dans bien d’autres, l’attention de chaque personne en charge de l’exécution du PLU métropolitain, l’exigence continue envers les différents porteurs de projets, la formation et la sensibilisation des agents sont des clés de succès.

DES ÉLUS ET TECHNICIENS STIMULÉS ET SEREINS

Pour conclure cette première rencontre, l’Agence d’urbanisme a animé un court atelier permettant de confronter les participants à quatre affirmations destinées à provoquer des réactions spontanées. De la nécessité d’un changement radical rapide, à la préservation des ressources finies en passant par la reconnaissance de notre addiction à l’automobile et à l’hypothèse d’un abandon du modèle de l’habitat pavillonnaire, les participants se sont prêtés au jeu d’exprimer leurs ressentis par rapport à ces différents sujets. L’Agence a rencontré un groupe adoptant des postures plutôt joyeuses, stimulées et sereines même si des inquiétudes et quelques coups de colères ont également été déposés. Reste à définir ensemble comment effectuer ces changements, à quels rythmes, par quels moyens et avec quelles personnes impliquées. Ce sera l’objet des prochaines séances qui porteront sur les héritages à gérer, les transitions à engager et les équilibres à trouver.

PLU de la Métropole : la “Recré-Action”, une occasion d’aborder, avec les élus, l’urgence d’agir face aux enjeux écologiques et sociaux

UN CONTEXTE D’URGENCE CLIMATIQUE ET SOCIAL QUI S’IMPOSE (NOTAMMENT AUX ÉLUS)

Dérèglement climatique et justice sociale sont intimement liés.  L’actualité de ces derniers mois – vagues de chaleur, crises énergétiques, évènements climatiques extrêmes – montrent que le réchauffement de notre planète est désormais une réalité palpable pour tous, mais qui touche d’abord les plus pauvres. Tous les rapports du GIEC sont sans équivoque : c’est un changement de cap qu’il faut opérer, sans plus tarder, qui doit inclure nécessairement la justice sociale dans nos modèles d’adaptation et d’atténuation des effets du changement climatique. Ce changement de paradigme nous laisse facilement démuni et angoissé. Comment répondre à ces enjeux qui nous dépassent ? Les petites actions du quotidien ont-elles un réel impact ? Quand une action, qu’elle soit choisie ou subie, porte-t-elle de véritables fruits ?  Comment accélérer notre détermination à lutter contre le dérèglement climatique et les inégalités sociales ? La réponse aux évolutions de notre environnement ne pourra se construire qu’à la fois individuellement et collectivement par l’adoption de comportements nouveaux, d’habitudes et de modes de vie adaptés.

La remise en cause des ethos, c’est-à-dire de l’ensemble de nos habitudes et manières d’être, qui guident actuellement notre fonctionnement social, économique et politique complexifie la mission déjà ardue des élus et des techniciens des collectivités territoriales de faire ville et de faire territoire. S’imposent d’un côté des principes limitant les manières d’aménager par la contrainte réglementaire, le « zéro artificialisation nette » ; de l’autre des revendications d’administrés fondées sur des dépendances héritées (à l’automobile, au modèle de la maison pavillonnaire…) qui entrent parfois en conflit avec des valeurs montantes de sobriété. Les contradictions avec lesquelles il convient de jongler sont donc nombreuses.

LA RECRÉ-ACTION COMMENCE LE 14 NOVEMBRE 2022 : UNE POSTURE OPTIMISTE ET VOLONTAIRE POUR RÉINVENTER L’URBANISME DE DEMAIN

Elaboré dans ce contexte, le PLU de la Métropole constitue un outil qui rassemble les acteurs du territoire métropolitain autour de la vision du territoire métropolitain de demain et des guides pour permettre son déploiement. Dans le cadre de son élaboration, l’Agence d’urbanisme animera à destination des élus et des techniciens de tout le territoire métropolitain, à la demande de Clermont Auvergne Métropole, un cycle intitulé : « L’urbanisme métropolitain face à l’urgence écologique et sociale. ».  Cette formation-action expérimentale a pour objectif de recréer du sens et d’encourager l’adoption de bonnes pratiques pour nos territoires face au contexte climatique et social. Retours d’expérience, éclairages d’experts, mais aussi mises en mouvement sous forme de jeu et d’atelier participatif seront proposés pour interroger ensemble les principes orientant nos comportements actuels et leur perspectives d’évolution.

Le premier rendez-vous, le 14 novembre 2022, posera les bases théoriques des liens entre urbanisme métropolitain et urgence climatique et sociale, mobilisera l’expertise du territoire grenoblois sur la manière dont les enjeux environnementaux ont été intégrés au PLUi de Grenoble-Alpes-Métropole et invitera les élus et techniciens participants à s’interroger sur les différentes barrières qui limitent les capacités des collectivités à créer les modes d’actions nouveaux nécessaires pour répondre aux enjeux modernes.

L’expérience d’un Contrat Territorial pour accueillir les réfugiés à Clermont-Ferrand

Le conflit entre la Russie et l’Ukraine remet sur le devant de la scène publique et politique la question de l’accueil des réfugiés, de manière encore plus vive que la prise du pouvoir par les Talibans en Afghanistan fin 2021. Il ne s’agit pourtant que de la partie la plus immédiatement visible du besoin, celle qui est exposée le plus largement dans les journaux.

En 2020, ce sont bien plus de 90.000 personnes ayant fait une demande d’asile en France, provenant de nombreux pays (Afghanistan, Bangladesh, Pakistan, Guinée, Turquie, Côte d’Ivoire, Haïti, Congo…) pour échapper à la guerre, à la famine, aux persécutions de masses ou individuelles et obtenir le statut de réfugié. Les projections hasardées, par exemple par la Banque Mondiale, concernant les flux de réfugiés à accueillir dans les années à venir, et notamment les réfugiés climatiques, peuvent paraître alarmantes.

UN CONTRAT TERRITORIAL D’ACCUEIL POUR TRADUIRE LES ENGAGEMENTS DE CLERMONT-FERRAND

En 2018, forte de son passé de cité construite en partie par son immigration et dans une volonté de confirmer ses valeurs d’humanisme et d’asile, la ville de Clermont-Ferrand a signé avec la Délégation interministérielle à l’accueil et à l’intégration des réfugiés (DIAIR) et avec les services déconcentrés de l’Etat représentés par la Direction Départementale de l’Emploi du Travail et des Solidarités (DDETS) son premier contrat territorial d’accueil et d’intégration des réfugiés (CTAIR). Près de 450 personnes avaient, à cette date, le statut de réfugiés dans le département du Puy-de-Dôme.

L’Agence d’urbanisme et de développement Clermont Métropole a alors été mandatée par la Ville de Clermont-Ferrand pour mener l’évaluation en continu de son CTAIR, en étroite liaison avec la mise en œuvre du projet. Durant toute la durée du projet, l’équipe de l’agence a ainsi suivi, accompagné et fourni des outils afin de mesurer les effets des projets mis en œuvre sur l’amélioration des parcours d’intégration des personnes réfugiées sur le territoire.

L’objectif initial ambitieux que le CTAIR clermontois s’était fixé était d’améliorer la vie des réfugiés en levant les obstacles à leur intégration dans tous les domaines. Cet objectif a été poursuivi à travers trois axes complémentaires : mettre les personnes réfugiées au cœur du contrat, coordonner les acteurs du territoire, mobiliser les dispositifs existants et créer de nouvelles actions susceptibles de lever les freins à l’intégration.

L’originalité du CTAIR clermontois consiste à partir des personnes réfugiées et des problèmes concrets que celles-ci rencontrent au quotidien pour bâtir des solutions adaptées à chacune des situations de blocage identifiées.

L’ÉVALUATION DU CONTRAT TERRITORIAL D’ACCUEIL ET D’INTÉGRATION DES RÉFUGIÉS

L’équipe de maîtrise d’œuvre urbaine et sociale dédiée à la mise en œuvre du contrat a démarré son travail par l’identification et la définition d’une cohorte de réfugiés, par l’entremise de certains acteurs associatifs du territoire. Une centaine de personnes, rencontrées au début du projet ont ainsi pu témoigner des freins à leur intégration, auprès de l’équipe de la ville, mais aussi, plus largement, des acteurs associatifs et institutionnels du territoire.

Mises sur le devant de la scène, les personnes réfugiées, suivies d’un point de vue sociologique par la ville, ont tour à tour été source de témoignages, d’études de cas, participantes ou observatrices dans des instances décisionnelles et institutionnelles ou encore coproductrices d’actions qui leur étaient destinées.

C’est l’amorce d’un changement structurel des modèles décisionnels qui est ainsi proposé et qui met au cœur des réalisations les personnes pour lesquelles celles-ci sont mises en œuvre. A l’état d’ébauche, ce changement de paradigme est néanmoins largement salué par les personnes réfugiées ayant pu participer à ces instances et aux nombreuses activités évènementielles orientées autour de l’accueil et d’une meilleure intégration des réfugiés.

LA FÉDÉRATION DES ACTEURS DE TERRAIN AUTOUR D’UNE VISION COMMUNE ET DE NOUVELLES ACTIONS

Pour servir la mise en œuvre du contrat, la Ville a également endossé un rôle de coordination et de médiation auprès des acteurs associatifs et institutionnels qui était nécessaire au système. Cela s’est notamment traduit par le déploiement et la mise à disposition d’outils d’information partagée et par une contribution à la circulation des informations : newsletter, glossaire, plateforme web.

Ces actions ont abouti à une réelle synergie des acteurs de l’intégration, dont l’acmé a incontestablement été le diagnostic réalisé au cours de 15 focus-groups ayant rassemblé 70 acteurs divers. Un progrès notable a consisté à faire venir de nouveaux acteurs autour de la table comme le SMTC. Cette dynamique reste à animer et à prolonger.

Au-delà des outils partagés, la ville a pris un rôle de plaidoyer auprès de la préfecture. Elle porte certaines demandes exprimées par la cohorte et dont elle se fait le relai et offre son soutien dans le cadre du suivi des procédures administratives. Cet accompagnement et cet engagement viennent combler un vide unanimement identifié par les acteurs de terrain.

Un des points forts du contrat résidait dans le lancement d’un appel à contribution destiné aux acteurs du territoire, auquel 80% de l’enveloppe était consacré. Le financement de treize nouvelles actions, sur les 26 qui avaient été proposées, par la transparence de la méthodologie mise en œuvre et par le caractère fortement incitatif de certains critères de sélection, a contribué non seulement au développement de nouveaux outils d’intégration des réfugiés sur le territoire (par exemple, le développement d’une application dédiée à la mobilité, ou encore la mise en place d’une chaîne YouTube consacrée au partage des cultures…), mais aussi à faire évoluer les acteurs associatifs sur des points cruciaux comme le travail en commun ou en consortium, la prise en compte et la participation des récipiendaires à la conception des actions et le développement d’actions intégrant une démarche de suivi individualisé.

LA DIFFICULTÉ DE JUGER LA RÉUSSITE D’UNE POLITIQUE D’INTÉGRATION

Répondre sous un angle évaluatif à la question de savoir si les actions mises en œuvre ont contribué à lever l’ensemble des freins à l’intégration rencontrés par les personnes réfugiées est une gageure. L’intégration réussie est une notion complexe, dont les acteurs du territoire ont bien relevé les multiples facettes : aboutissement d’un parcours en lien avec l’acquisition d’une autonomie au sein du lieu d’accueil (maîtrise de la langue, emploi, accès au logement et aux droits), l’intégration a aussi une dimension émotionnelle, celle du « chez-soi », relationnelle, celle de « l’être ensemble », et aboutit, in fine, à pouvoir exercer pleinement un rôle de citoyen. Définition mouvante et non exhaustive s’il en est, c’est pourtant bien de celle-ci qu’il faut partir pour mesurer l’ampleur de l’écart entre un avant et un après CTAIR.

C’est pourquoi la mise en œuvre, et aujourd’hui le prolongement du Contrat Territorial d’Accueil et d’Intégration des réfugiés, élargi aux primo-arrivants, peuvent être perçus comme des réussites en soi. Mobiliser les acteurs, mettre en place des actions ciblées, co-portées et aux objectifs individualisés sont en effet des éléments qui contribuent à faire de la place des réfugiés au sein de la ville un sujet à part entière. C’est un point de départ fondamental pour permettre une meilleure intégration de ceux-ci, en incluant l’ensemble des acteurs – y compris la société civile – pour faire de la ville un territoire authentiquement accueillant.

Ma santé au temps de la COVID-19

Lors du premier confinement, l’Agence d’Urbanisme et de Développement Clermont Métropole et l’Atelier Santé Ville de Clermont-Ferrand ont souhaité recueillir la voix des habitants sur leurs ressentis et leurs besoins face à cette crise sanitaire sans précédent.

C’est ainsi qu’un partenariat est né entre les deux parties, mis en œuvre à travers une enquête quantitative réalisée auprès de plus de 300 clermontois. Le questionnaire a permis d’aborder plusieurs thématiques telles que : l’état de santé et le recours aux soins, le vécu et les impacts du confinement et du déconfinement et la connaissance du virus et des gestes barrières.

OBJECTIFS ET FINALITÉS PARTAGÉS DE CETTE ENQUÊTE

  • Mieux connaître les problèmes et besoins de santé dans les QPV pendant et depuis la crise sanitaire.
  • Réduire les inégalités sociales et territoriales en santé au temps de la Covid-19.
  • Adapter davantage les actions de prévention, de promotion et d’éducation à la santé et d’accompagnement des plus vulnérables dans leurs parcours de santé.

MÉTHODE

De juin à septembre 2020, l’atelier Santé ville a réalisé les enquêtes en face à face dans différents quartiers (les 4 quartiers prioritaires, le Centre-ville et le quartier gare de Clermont-Ferrand).

Par la suite, l’Agence d’Urbanisme a procédé au traitement et à la restitution des analyses qui mettent en avant les divergences et les convergences entre répondants résidants au sein et en dehors des quartiers prioritaires.

En vue de pouvoir comparer les territoires les uns aux autres et notamment d’identifier ceux en situation de décrochage, c’est la méthodologie du «scoring» qui a été utilisée pour cette enquête.

Ainsi, pour chacune des questions, la valeur médiane des réponses a été calculée et sert de valeur de référence pour situer les quartiers. Cette méthode permet de réaliser un positionnement relatif à la question et aux valeurs locales (valeurs des autres quartiers).

Valorisations, partages et principaux résultats :

En début d’année 2021, des premiers résultats ont été partagés sous forme de conférence débat en ligne auprès des élus et des partenaires de l’Atelier Santé Ville et de Notre Observatoire Urbain et Social(NOUS).

Plusieurs enjeux ont été soulignés par les résultats de l’enquête avec des distinctions par territoires :

Dans les QPV, les enjeux les plus saillants sont :

● Une moindre connaissance de la pluralité des symptômes, des modes de transmission et des mesures de protection (88% Hors QPV contre 55% dans les QPV utilisent au moins les trois principaux modes de protection : gel hydroalcoolique, masques et distanciation sociale).

● Moins d’activité physique et plus de prise de poids pendant le confinement (32 % dans les QPV ne font pas du tout d’activité physique contre 8% Hors QPV).

● Un premier confinement vécu plus « péniblement » (31% dans les QPV contre 8% Hors QPV) et «angoissant».

● Plus de temps passé en famille apprécié (33% dans les QPV contre 21% Hors QPV)

● Une charge des enfants et une continuité pédagogique plus difficile dans certains quartiers comme Croix-de-Neyrat et Saint-Jacques.

● Plus d’exposition face aux écrans (une exposition ayant augmenté pendant le premier confinement à 58% dans les QPV contre 41% Hors QPV).

● Plus de troubles du sommeil (17% dans les QPV ont eu beaucoup de troubles du sommeil contre 3% Hors QPV).

● Légèrement plus de difficultés depuis le premier confinement avec des freins dans les démarches en ligne notamment à Saint-Jacques et des enjeux d’aide alimentaire
à Champratel et les Vergnes.

● Des déconfinés plus «stressés», «angoissés» (33% dans les QPV contre 21% Hors QPV).

EN DEHORS DES QPV, CE SONT LES ENJEUX SUIVANTS QUI ONT ÉTÉ MIS EN EXERGUE, ROMPANT PARFOIS AVEC CERTAINES IDÉES PRÉCONÇUES.

● Davantage de difficultés à poursuivre les soins durant le premier confinement (27 % hors QPV ont préféré repousser leurs soins contre 9% dans les QPV).

● Une alimentation moins saine pendant le premier confinement (31% dans les QPV contre 14% dans les QPV).

● Un enjeu autour de la consommation d’alcool plus important (14% contre 1 % ont augmenté leur consommation durant le premier confinement).

● Une exposition importante face aux écrans.

● Un vécu du premier confinement qualifié davantage par la « solitude, l’isolement » (25% Hors QPV contre 16% dans les QPV).

● Un premier déconfinement pas forcément vécu comme un “soulagement”..

● Un secteur Gare qui ressemble davantage à un QPV.

APPROFONDISSEMENTS ET ANALYSES CROISÉES : LES “PROFILS TYPE”

L’analyse croisée des différentes réponses et des profils sociodémographiques des répondants permet d’aboutir à des « profils type». Ils sont à interpréter comme des grandes familles de répondants et ne sont pas représentatifs de l’ensemble de la population métropolitaine.

Les ainés qui prennent soins d’eux

Dans ce profil de retraités de plus de 60 ans qui vivent largement seuls, se concentrent légèrement plus de femmes. Ces retraitées ont une bonne connaissance du virus et des gestes barrières.  Pendant le confinement, elles ont poursuivi leurs soins et leur quotidien n’a pas vraiment été modifié par le confinement, interrogeant ainsi la solitude et le manque d’interactions sociales hors temps de pandémie. Par ailleurs, elles ont moins vécu le déconfinement comme un “soulagement”. Ce profil est tout autant présent dans les QPV qu’en dehors.

Les jeunes désœuvrés et mal confinés

Ces jeunes trentenaires, à parité de genre, vivent seuls ou en collocation et plus des 2/3 sont sans emplois. Près de la majorité a vécu « péniblement » le confinement. Comparativement aux autres profils, ces jeunes ont davantage eu une alimentation peu saine, pris du poids et plus d’un tiers ne pratique pas d’activité physique. Leur exposition face aux écrans a augmenté et ils sont plus nombreux à avoir eu beaucoup de troubles du sommeil. Ils ont également eu plus de difficultés à se nourrir pour des raisons financières et à avoir fait appel à un professionnel depuis cette crise sanitaire. Le confinement a été synonyme d’isolement et pour la majorité leurs rapports familiaux ont changé avec plus de désaccords. Ce profil est davantage présent dans les QPV.

Les travailleurs anxieux

Ce profil se caractérise par une forte proportion de femmes en situation d’emploi(2/3 en CDI). Ce profil connait particulièrement bien les symptômes, les modes et les lieux de transmission du virus. Globalement leur état de santé est resté identique pendant le premier confinement, néanmoins la poursuite des soins semble avoir été plus difficile avec une part plus importante ayant préféré repousser leurs soins. Ils sont plus consommateurs de tabac et d’alcool et   ont davantage augmenté leurs consommations pendant le premier confinement. Néanmoins, leur exposition aux écrans est moins importante que chez les autres profils. Leur confinement a davantage été synonyme « d’angoisses et de peurs”, avec plus de mal-être et de troubles du sommeil. Ce profil a également vécu le premier déconfinement comme une période
« stressante ». Ce profil est davantage présent en dehors des QPV.

Les  familles

Dans ce profil, les deux tiers ont entre 30 et 50 ans et la quasi totalité ont des enfants en couple ou en famille monoparentale ; enfin la moitié est sans emploi. Confinés en famille, ils ont tous vécu des changements dans leurs rapports familiaux et sont nombreux à avoir apprécié passer plus de temps ensemble durant cette période. La quasi-totalité a été concernée par la continuité pédagogique avec un déroulement qui s’est globalement bien passé mais avec des décrochages dans la durée. Ces familles sont davantage en bonne santé et n’ont pas eu de difficultés à poursuivre leurs soins pendant le premier confinement. Elles ont une exposition face aux écrans un peu moins importante « en temps normal»
mais sont nombreuses à l’avoir augmentée pendant le premier confinement.  Enfin, elles ont davantage vécu le premier déconfinement comme un « soulagement ». Ce profil est légèrement plus présent dans les QPV.

Les jeunes “tout va bien »

Ce profil est composé de 3/4 d’hommes et les 2/3 ont moins de 30 ans. Ils sont globalement sans enfant et la majorité a un emploi. Ces jeunes « tout va bien » s’estiment largement en bonne santé, ils n’ont pas eu besoin de recourir à la téléconsultation et la quasi-totalité ont facilement pu poursuivre leurs soins pendant le premier confinement. Ces jeunes ont davantage « bien vécu » le confinement comparativement aux autres profils (moins angoissant, moins de troubles du sommeil). S’agissant de leurs habitudes, leur alimentation et leur poids sont restés stables, mais leurs consommations de tabac, déjà plus importantes, ont légèrement augmenté. Ce profil est davantage présent dans les QPV.

DE L’OBSERVATION À L’ACTION

Travaillé conjointement, le rapport de l’étude met également en avant des pistes d’actions, concernant la prévention (connaissances du virus, campagne de vaccination et de dépistage, poursuite des soins…) ; la coordination des acteurs (des secteurs de santé et sociaux, accès aux droits et aller vers) ; des actions et des publics ciblés (addictions, exposition aux écrans, insécurité alimentaire, santé mentale…). Suite à l’enquête, des projets ont également été mis en œuvre par l’Atelier Santé ville, telle que son action « santé et pollution ». Cette action de prévention a permis à travers la distribution de masques et de port de masques, de rappeler les gestes barrières et la gestion des masques utilisés.

LES SUITES

Ce partenariat toujours vif d’intérêt mutuel, s’est poursuivi dans le cadre d’une étude sur l’offre et les recours à l’aide alimentaire pilotée par la Direction de l’Economie, de l’Emploi, du Travail et des Solidarités (DEETS) et mis en œuvre par l’agence d’Urbanisme et de développement Clermont Métropole à l’échelle du département. L’Atelier Santé Ville 63, a ainsi appuyé fortement l’agence d’urbanisme dans son enquête de terrain auprès des usagers, en réalisant près de 430 enquêtes au sein des structures de l’aide alimentaire de Clermont-Ferrand.

Situations socio-économiques et urbaines des quartiers inscrits au Contrat de Ville de la Métropole clermontoise

Durant le second semestre 2021, l’Agence d’urbanisme et de développement Clermont Métropole a accompagné le suivi et la préfiguration de l’évaluation du Protocole d’engagements réciproques et renforcés (PERR) de Clermont Auvergne Métropole. L’objectif de ce travail mené par l’Observatoire urbain et social de l’agence est de saisir l’évolution des quartiers prioritaires et de veille active en comparant leurs situations en début (2015/2016) et en fin (2022/23) de Contrat de ville de la métropole.

ÉLÉMENTS DE MÉTHODE : UN SCORING
À PARTIR DU TRAITEMENT D’UNE CENTAINE D’INDICATEURS

L’Agence d’urbanisme a sélectionné plus de 100 indicateurs (une majorité est issue du sondage Allo Quartiers de 2017, l’autre des conventions locales partenariales avec Pôle Emploi AURA, CAF 63, Rectorat 63, bailleurs…) en lien avec chacun des 27 engagements inscrits au PERR. Parmi ces engagements rassemblés selon les 3 piliers du Contrat de ville, on retrouve notamment :

  • Pour la cohésion sociale : Agir sur la thématique de la santé ; réduire la fracture numérique ; encourager l’égalité femmes / hommes…
  • Pour le développement économique, formation et insertion professionnelle : Favoriser l’implantation d’entreprises ; conforter l’offre existante ; lever les freins à l’emploi ; renforcer la présence des acteurs de l’emploi…
  • Pour le cadre de vie et le renouvellement urbain : atteindre les objectifs d’attributions de logement social ; transformer durablement les quartiers ; garantir la sécurité dans les quartiers, développer les mobilités douces…

Face à chaque engagement du PERR, un indicateur synthétique (regroupant plusieurs indicateurs) a été défini et mis en perspective par la méthode dite de « scoring ».  Cette méthode permet, sur des indicateurs de natures diverses, de positionner les quartiers selon que leur situation est plus ou moins favorable au sein de la métropole, considérée ici comme le référent. Les situations spécifiques et les écarts pour chacun des quartiers sont ainsi facilement mis en évidence.

LES PRINCIPAUX RÉSULTATS  : DES ÉCARTS PRÉGNANTS
ET DES ENJEUX D’ENVERGURE MÉTROPOLITAINE

Un rapport complet dédié restitue les résultats et les analyses de ce travail [1] sur chacun des engagements du PERR. Les principaux enseignements montrent des écarts toujours prégnants sur les quartiers prioritaires mais aussi d’enjeux d’envergure métropolitaine, telle que la fracture numérique ou le non-recours aux acteurs de l’insertion par les personnes sans emploi.

Concernant la cohésion sociale, plusieurs enjeux sont à retenir :

  • L’accès aux droits, pour les QPV et notamment celui de la Fontaine du bac
  • Les écarts de réussite et de mixité scolaires
  • La fracture numérique, avec une alerte spécifique pour la Fontaine du Bac.
  • L’égalité femme/homme, avec des écarts de taux d’emploi par genre saillants, notamment dans les Quartiers Nord.
  • L’accès à la culture et aux dynamiques associatives, notamment à la Fontaine du Bac et au Patural, les Pègues.

Pour le développement économique, ce sont les écarts de densité d’entreprises qui perdurent dans les QPV, et plus spécifiquement dans QPV de Cournon d’Auvergne que l’on retiendra.

Sur l’insertion, l’éloignement à l’emploi et l’insertion des 16 – 24 ans restent des enjeux importants sur les QPV et ce notamment dans les Quartiers Nord. Une alerte également, autour de l’hypothèse d’un non-recours aux structures d’insertion plus important chez les femmes et les jeunes, y compris en dehors des QPV.

Enfin concernant le cadre de vie et le renouvellement urbain  :

  • L’habitat perdure comme une problématique ancrée dans les QPV et les QVA, tant sur la prépondérance des logements sociaux à bas loyers que sur la concentration des personnes à bas revenus.
  • En termes de vivre ensemble, sont ciblés la mauvaise réputation et le sentiment d’insécurité qui priment dans les QPV et ce notamment dans les Quartiers Nord.
  • In fine sur les mobilités : Les transports en commun représentent un atout des QPV, mais une faiblesse dans les QVA. Néanmoins, une vigilance quant aux mobilités douces pour les QPV également.

Une synthèse cartographique l’accompagne pour une vision plus communicante par “blocs d’engagements”.

Des cartes synthétiques ont ainsi été réalisées sur chacun des blocs d’engagements, qui sont :

  • L’accès aux droits
  • L’émancipation et la citoyenneté
  • Le développement économique
  • L’insertion professionnelle
  • Habiter durable
  • Vivre ensemble
  • Bouquet mobilités

LES APPORTS POLITIQUES DE CE TRAVAIL

Le fruit de ces travaux a pu être partagé et articulé avec le travail de suivi des actions du Contrat de ville réalisé par le Bureau d’étude Algoé et Siloé. Ils ont été présentés aux dernières instances de gouvernance technique et politique du Contrat de ville (fin d’année 2021 et début 2022).

La visée étant de mettre à jour ces indicateurs afin de saisir les évolutions du positionnement des quartiers en fin de Contrat de Ville / PERR (2022/23), une réédition de ces travaux est prévue pour fin du premier semestre 2022.  Elle permettra ainsi d’alimenter abondamment la démarche d’évaluation du Contrat de Ville portée par Clermont Auvergne Métropole qui devra selon le calendrier fixé par l’État être achevée en juin 2022 (cf. Instruction du 14/12/21 – Direction générale – Politique de la ville de l’ANCT). Cette évaluation locale devra : s’appuyer sur l’évaluation mi-parcours et le PERR, associer et mobiliser tous les partenaires appelés à y contribuer à travers le partage d’éléments d’analyses quantitatives et qualitatives et mobiliser l’expertise habitante.

En termes de finalité, elle devra permettre de dresser un bilan du Contrat de ville comme “outil” (levier dans les coopérations, inscription des quartiers dans les dynamiques territoriales, application des politiques de droit commun), de rendre compte de la mise en œuvre et des résultats des actions déployées et de prioriser les dispositifs les plus structurants relevant des trois piliers et des axes transversaux

Ce travail de saisie des évolutions, à la croisée du suivi des actions du Contrat de Ville, conforte le rôle de l’Agence et de ses observatoires, comme outil d’aide à la décision, support à l’évaluation et à l’élaboration des politiques publiques, telle que la nouvelle contractualisation de la Politique de la ville qui devra être effective au 1er janvier 2024.