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La ‘Récré-Action’ a commencé : Première rencontre des élus et des techniciens de la métropole clermontoise pour débattre de l’urgence écologique et sociale

LE LANCEMENT D’UN CYCLE SUR L’URBANISME MÉTROPOLITAIN FACE À L’URGENCE ÉCOLOGIQUE ET SOCIALE

Réunir élus et techniciens du territoire métropolitain autour du sujet de l’urgence écologique et sociale constitue en soi une première étape indispensable à une entrée en dialogue sereine des acteurs du territoire, qui doivent relever ensemble les grands enjeux et défis de la ville durable. C’est aussi un révélateur d’une prise de conscience collective que nous sommes bien face à une crise climatique systémique et qu’il est possible et nécessaire d’agir dès à présent. Le mot d’accueil de Monsieur Grégory Bernard, Conseiller métropolitain délégué au PLUi et aux Opérations d’aménagement d’intérêt métropolitain et Président de l’Agence d’Urbanisme, va en ce sens.

A l’heure où la partie règlementaire du futur Plan Local d’Urbanisme (PLU) Intercommunal de la métropole clermontoise est en cours d’écriture, il s’agit bien de permettre la rencontre des élus municipaux et des équipes qui les accompagnent, hors des lieux habituels de débats politiques et techniques. En s’extrayant des scènes institutionnelles dans lesquelles le dialogue autour des droits à construire se délite parfois, il devient possible d’affronter ensemble la réalité et la complexité du contexte actuel.

Ainsi que le rappelle Stéphane Cordobes, directeur général de l’Agence d’urbanisme invité à titre d’expert, traiter l’urgence écologique et sociale consiste en premier lieu à avoir en tête et à admettre qu’une nouvelle ère géologique, l’anthropocène, est déjà en place du fait seul de l’action humaine. En second lieu que nous, humains, sommes démunis face à l’ampleur des changements provoqués et aux difficultés d’adaptations que ceux-ci imposent et ce, surtout si nous souhaitons réduire les inégalités sociales qu’ils risquent de creuser.

PRENDRE NOTRE ÉLAN FACE À L’URGENCE D’AGIR

L’un des dangers posés par la mise en contexte esquissée par Stéphane Cordobes consisterait à souffrir de sidération face à ces enjeux écologiques et sociaux considérés comme inextricables. Dans la sidération, aucune entreprise n’est possible alors même qu’il est indispensable de revaloriser les moindres actions favorables à la réduction des impacts des activités humaines sur nos climats.

C’est donc à l’action, voire à la [re]création que ce cycle invite. C’est pourquoi le premier retour d’expérience, présenté par Olga Braoudakis, chargée d’études à l’Agence d’urbanisme de Grenoble Alpes Métropole, a permis d’explorer comment des orientations d’aménagement et de programmation (OAP) thématiques peuvent aborder les enjeux écologiques et sociaux en lisant le territoire de manière cohérente et en créant du lien dans les différentes réponses apportées. Dans ce domaine comme dans bien d’autres, l’attention de chaque personne en charge de l’exécution du PLU métropolitain, l’exigence continue envers les différents porteurs de projets, la formation et la sensibilisation des agents sont des clés de succès.

DES ÉLUS ET TECHNICIENS STIMULÉS ET SEREINS

Pour conclure cette première rencontre, l’Agence d’urbanisme a animé un court atelier permettant de confronter les participants à quatre affirmations destinées à provoquer des réactions spontanées. De la nécessité d’un changement radical rapide, à la préservation des ressources finies en passant par la reconnaissance de notre addiction à l’automobile et à l’hypothèse d’un abandon du modèle de l’habitat pavillonnaire, les participants se sont prêtés au jeu d’exprimer leurs ressentis par rapport à ces différents sujets. L’Agence a rencontré un groupe adoptant des postures plutôt joyeuses, stimulées et sereines même si des inquiétudes et quelques coups de colères ont également été déposés. Reste à définir ensemble comment effectuer ces changements, à quels rythmes, par quels moyens et avec quelles personnes impliquées. Ce sera l’objet des prochaines séances qui porteront sur les héritages à gérer, les transitions à engager et les équilibres à trouver.

La sobriété foncière : une nouvelle perspective qui interroge nos manières de comprendre, observer et agir dans les territoires

Depuis les années 80, les espaces artificialisés ont cru de plus de 70% en France métropolitaine. Cette artificialisation a altéré de manière significative la qualité écologique des sols, des puits capteurs de carbone et des refuges de biodiversité. Les enjeux liés à la sobriété foncière, à la maîtrise de l’étalement urbain, au recyclage du foncier déjà artificialisé et au renouvellement urbain sont pris en compte dans la législation. La dernière en date : la loi Climat et Résilience instaurant le Zéro Artificialisation Nette (ZAN).

L’objectif ZAN bouscule, interroge les collectivités et les acteurs de l’aménagement. Le webinaire sur la sobriété foncière du 8 décembre 2022 a permis de décrypter la loi, d’échanger sur sa mise en œuvre, mais aussi de présenter les dispositifs d’accompagnement d’ores et déjà mis en œuvre par l’agence d’urbanisme, notamment sur la mobilisation des friches et des logements vacants.

LE ZAN : UN CHANGEMENT DE PERSPECTIVE QUI NOUS OBLIGE À PENSER DE NOUVEAUX MODÈLES SPATIAUX POUR LE DÉVELOPPEMENT TERRITORIAL

Le ZAN marque une évolution, de la notion « traditionnelle » de consommation d’espace vers celle d’artificialisation. Comme le montre l’illustration ci-dessous, le défi est de passer d’un indicateur de consommation d’espace (2D = Surface) à un concept qualitatif (3D = Surface et Sous-sol) de limitation de l’artificialisation des sols, afin de prioriser la préservation durable de leurs fonctions écologiques.

C’est un changement de perspective majeur : les sols et sous-sols ne sont plus des supports de développement mais un commun à préserver. Les espaces naturels et agricoles ont souvent été appréhendés en creux, comme espaces d’expansion du développement urbain. Aujourd’hui ils doivent être considérés comme des communs (alimentation, biodiversité) et une stratégie de protection/préservation doit être mise en œuvre.

La sobriété foncière impose d’optimiser l’usage du foncier existant. Mais n’est-ce pas contradictoire avec les besoins de nature en ville ? Cette mise en concurrence des usages, nous amène à réfléchir à de nouvelles manières de faire la ville, à penser autrement les modèles d’aménagement et de développement. Nous avons moins besoin d’inventer de nouveaux outils et dispositifs que d’aller vers une approche plus qualitative, en travaillant par exemple de nouvelles formes de densification de la ville qui donnent place à l’écologie.

UNE LOI QUI FIXE UN OBJECTIF, MAIS RESTE ENCORE EN DISCUSSION SUR LES MODALITÉS POUR L’ATTEINDRE

Inscrit en 2021 dans la loi Climat et Résilience, l’objectif ZAN est toujours en débat, notamment concernant la façon de catégoriser surfaces artificialisées et non artificialisées. Le ministère de la Transition écologique et de la cohésion des territoires a sollicité les agences d’urbanisme pour évaluer et tester les modalités techniques de la mesure des espaces naturels agricoles et forestiers (Enaf) et de l’artificialisation, ainsi que les outils d’observation et données mobilisables.

Karine Hurel, Déléguée Générale Adjointe de la FNAU (1), rapporte les préconisations essentielles de ce travail (2):

  • Une vigilance sur la classification des surfaces enherbées. Actuellement, si ces surfaces sont dans le tissu urbain  (fonds de jardins, parcs urbains, etc), elles se trouvent classées en surfaces artificialisées, autrement dit potentiellement constructibles. Cette classification favoriserait la densification en milieu urbain mais semble éloigner la loi de son objectif de protection des sols de pleine terre. Le décret relatif à ces concepts va être adapté pour devenir plus lisible et plus opérationnel.
  • L’articulation et l’interopérabilité des outils d’observation. Des dispositifs d’observation ont été développés à l’échelle locale et sont parfois plus fins que les observatoires nationaux. Il faut continuer à se doter d’outils dans les territoires tout en garantissant l’ouverture et la transparence des données et méthodes utilisées, avec un référentiel national homogène.
  • La montée en compétences dans les territoires va nécessiter une ingénierie pérenne, partenariale et mutualisée, nécessitant des fonds dédiés. L’observation va être aussi essentielle que l’accompagnement à l’élaboration de la stratégie de planification écologique territoriale.

DES OUTILS ESSENTIELS POUR UNE TRAJECTOIRE DE SOBRIÉTÉ FONCIÈRE

Il apparaît indispensable de disposer d’outils d’observation robustes pour permettre à chaque territoire de construire sa stratégie de sobriété foncière et de mesurer les évolutions de sa trajectoire à horizon 2050. Au niveau national, le portail de l’artificialisation diffuse des indicateurs globaux de consommation foncière. Il sera remplacé, d’ici 2024, par l’Occupation du Sol à Grande Echelle (OCS-GE). Produit par l’IGN, ce nouveau référentiel permettra le suivi, à terme, de l’artificialisation.

Au niveau local, les observatoires de l’occupation des sols suivent les consommations d’espace, tel que demandé par la loi, jusqu’à 2031. Ils qualifient aussi l’occupation du sol (espaces agricoles, forestiers, d’activités, etc.) et permettent de visualiser les changements dans le temps et dans l’espace. Malheureusement ces outils ne couvrent pas l’intégralité du territoire ni, pour le moment, les besoins à 2050. Les 4 agences d’urbanisme d’Auvergne Rhône-Alpes couvrent ainsi un quart du territoire régional. Des réflexions et travaux sont en cours pour rendre cet outil au moins en partie compatible avec l’OCS-GE.

Chaque territoire devra définir sa propre trajectoire, en fonction du contexte local, en s’appuyant sur les outils d’observation et la connaissance de terrain. Les leviers mobilisés seront donc différents : requalification des friches, densification des zones d’attractivité ou pavillonnaires, mobilisation de la vacance, sur-élévation des bâtiments, etc.

UNE INGÉNIERIE AU SERVICE DES TERRITOIRES POUR IMPULSER /EXPÉRIMENTER DES LEVIERS

Nous l’avons vu, mieux (ré)utiliser l’existant constitue un levier majeur de sobriété. Ainsi, l’agence d’urbanisme de Clermont Métropole accompagne les territoires dans le repérage et l’identification de solutions pour la valorisation des lieux inoccupés, qu’il s’agisse de friches ou de logements vacants. Il s’agit de démarches multi-partenariales dont l’enjeu est en premier lieu d’identifier les potentiels et les leviers pour la valorisation de biens ou terrains délaissés, mais aussi l’acquisition et l’incubation de nouveaux savoir-faire dans la fabrique de la ville.

La démarche d’accompagnement peut se résumer en 4 phases : l’inventaire ; l’aide à la définition d’une stratégie territoriale ; la proposition de pistes pré-opérationnelles et d’outils de mise en opération ; et le retour sur expérience.

A titre d’exemple, l’accompagnement du Département du Puy-de-Dôme, pour sa politique de lutte contre la vacance de l’habitat privé, a permis à la fois de partager la connaissance (état des lieux, rencontres d’acteurs), d’outiller et de faire monter en compétence les collectivités territoriales (via l’édition d’un guide méthodologique d’aide au repérage et à la mobilisation du logement vacant (3) ), et de re-questionner les dispositifs d’aide existants. Ainsi, trois nouveaux dispositifs à destination des collectivités ont été actés suite à ce travail, permettant d’apporter de nouveaux leviers à la sortie de vacance.

Concernant les friches, la mise en perspective de l’objectif ZAN a orienté le travail de l’agence d’urbanisme et des territoires de Thiers Dore et Montagne, et de Riom Limagne et Volcans, vers la définition d’une stratégie territoriale de mobilisation des sites inoccupés. Cette réflexion stratégique s’appuie sur deux outils d’aide à la décision : l’outil Mutabilité et l’outil TransiFriche, qui permettent la qualification et la hiérarchisation des sites. Les grands axes stratégiques sont ainsi construits par la mise en lien de ces sites qualifiés avec le projet de territoire. L’accompagnement des territoires se poursuit ensuite par le choix de sites pilotes démonstrateurs. Une première feuille de route est ainsi définie pour mener les actions de recyclage foncier.

L’EPF Auvergne accompagne également les territoires dans le passage de la stratégie à la réalisation opérationnelle. Dans la continuité des études pré-opérationnelles menées à des échelles dites “macro”, l’EPF Auvergne accompagne ses collectivités adhérentes dans la dans la mise en oeuvre des projets, à une échelle fine, à la parcelle. L’acquisition et le portage foncier sont le cœur de métier de l’EPF Auvergne, mais l’accompagnement au questionnement, préalable à l’acquisition, est également essentiel.

A l’articulation entre l’acquisition et le portage foncier, l’EPF Auvergne propose des actions facilitatrices pour la requalification urbaine et  la revitalisation des centres-bourgs. Il s’agit de lever les doutes techniques et financiers avant de se lancer dans l’opérationnel pur.

OUVRIR LE DIALOGUE ET ALLER PLUS LOIN

Le ZAN bouscule nos regards, nos expertises et nos outils.

L’agence d’urbanisme Clermont Métropole, et l’EPF Auvergne associé à ce webinaire, facilitent les transitions. Des approches et des outils existent déjà ou sont développés pour atteindre sereinement l’objectif ZAN. Il s’agit ici de renforcer nos expertises pour anticiper et s’adapter aux contextes climatique et écologique dans lesquels nous vivons désormais.

La loi Climat et Résilience est une invitation à penser autrement et à définir d’autres modèles d’occupation des sols. L’indisponibilité des ressources oblige à en repenser les usages ou l’économie. Il nous faut dépasser les oppositions entre territoires urbains, périurbains et ruraux, pour tendre vers une justice spatiale et sociale. La loi peut même nous inviter à penser plus loin. Elle est focalisée sur l’urbanisation, mais si l’objectif est de restaurer les fonctions du vivant partout, il faudrait aussi traiter la question agricole.

Au-delà de ce webinaire, l’agence d’urbanisme continuera à accompagner ses adhérents et partenaires vers la sobriété foncière. D’ores et déjà des travaux et moments d’échanges sont engagés, dont des actions de sensibilisation des collectivités qui se tiendront au printemps 2023, et plus largement une réflexion sur les besoins et attentes des territoires concernant l’observation du foncier (année 2023).

PLU de la Métropole : la “Recré-Action”, une occasion d’aborder, avec les élus, l’urgence d’agir face aux enjeux écologiques et sociaux

UN CONTEXTE D’URGENCE CLIMATIQUE ET SOCIAL QUI S’IMPOSE (NOTAMMENT AUX ÉLUS)

Dérèglement climatique et justice sociale sont intimement liés.  L’actualité de ces derniers mois – vagues de chaleur, crises énergétiques, évènements climatiques extrêmes – montrent que le réchauffement de notre planète est désormais une réalité palpable pour tous, mais qui touche d’abord les plus pauvres. Tous les rapports du GIEC sont sans équivoque : c’est un changement de cap qu’il faut opérer, sans plus tarder, qui doit inclure nécessairement la justice sociale dans nos modèles d’adaptation et d’atténuation des effets du changement climatique. Ce changement de paradigme nous laisse facilement démuni et angoissé. Comment répondre à ces enjeux qui nous dépassent ? Les petites actions du quotidien ont-elles un réel impact ? Quand une action, qu’elle soit choisie ou subie, porte-t-elle de véritables fruits ?  Comment accélérer notre détermination à lutter contre le dérèglement climatique et les inégalités sociales ? La réponse aux évolutions de notre environnement ne pourra se construire qu’à la fois individuellement et collectivement par l’adoption de comportements nouveaux, d’habitudes et de modes de vie adaptés.

La remise en cause des ethos, c’est-à-dire de l’ensemble de nos habitudes et manières d’être, qui guident actuellement notre fonctionnement social, économique et politique complexifie la mission déjà ardue des élus et des techniciens des collectivités territoriales de faire ville et de faire territoire. S’imposent d’un côté des principes limitant les manières d’aménager par la contrainte réglementaire, le « zéro artificialisation nette » ; de l’autre des revendications d’administrés fondées sur des dépendances héritées (à l’automobile, au modèle de la maison pavillonnaire…) qui entrent parfois en conflit avec des valeurs montantes de sobriété. Les contradictions avec lesquelles il convient de jongler sont donc nombreuses.

LA RECRÉ-ACTION COMMENCE LE 14 NOVEMBRE 2022 : UNE POSTURE OPTIMISTE ET VOLONTAIRE POUR RÉINVENTER L’URBANISME DE DEMAIN

Elaboré dans ce contexte, le PLU de la Métropole constitue un outil qui rassemble les acteurs du territoire métropolitain autour de la vision du territoire métropolitain de demain et des guides pour permettre son déploiement. Dans le cadre de son élaboration, l’Agence d’urbanisme animera à destination des élus et des techniciens de tout le territoire métropolitain, à la demande de Clermont Auvergne Métropole, un cycle intitulé : « L’urbanisme métropolitain face à l’urgence écologique et sociale. ».  Cette formation-action expérimentale a pour objectif de recréer du sens et d’encourager l’adoption de bonnes pratiques pour nos territoires face au contexte climatique et social. Retours d’expérience, éclairages d’experts, mais aussi mises en mouvement sous forme de jeu et d’atelier participatif seront proposés pour interroger ensemble les principes orientant nos comportements actuels et leur perspectives d’évolution.

Le premier rendez-vous, le 14 novembre 2022, posera les bases théoriques des liens entre urbanisme métropolitain et urgence climatique et sociale, mobilisera l’expertise du territoire grenoblois sur la manière dont les enjeux environnementaux ont été intégrés au PLUi de Grenoble-Alpes-Métropole et invitera les élus et techniciens participants à s’interroger sur les différentes barrières qui limitent les capacités des collectivités à créer les modes d’actions nouveaux nécessaires pour répondre aux enjeux modernes.

Recherche d’emploi dans les quartiers populaires clermontois : Une dématérialisation, mais à quel prix ?

Un article d’Estelle Jardin et Sophie Vicario, chargées d’études à l’agence d’urbanisme, paru dans “les Cahiers du développement”, n°75, du premier semestre 2022, consacré à l’emploi dans les quartier populaires et a l’inclusion numérique.

En 2022, le numérique est un outil indispensable pour effectuer des démarches en matière de recherche d’emploi. Toutefois, la dématérialisation des services constitue un frein pour certains publics. À partir de l’analyse de l’enquête téléphonique « Allo quartiers » [1], cet article revient sur les enjeux de la dématérialisation pour les publics en insertion professionnelle sur le territoire de la métropole de Clermont-Ferrand. Les autrices, Estelle Jardin et Sophie Vicario, chargées d’études à l’Agence d’urbanisme et de développement de Clermont Métropole, parviennent à qualifier les écarts territoriaux existant en matière de numérique et d’insertion professionnelle.

Aujourd’hui, l’accès au marché de l’emploi requiert tout autant des compétences d’usages de l’outil numérique que de savoir-faire professionnels. Mais pour les publics éloignés du numérique ou de l’emploi, ce système ne contribue-t-il pas à les fragiliser ?

DE L’ACCÈS À L’USAGE : DES ENJEUX CONVERGENTS POUR LES HABITANTS DES QUARTIERS POPULAIRES

Les écarts face au numérique s’observent selon la situation d’emploi. À l’échelle de la métropole, les personnes sans emploi sont moins bien dotées en matériel informatique et en connexion internet à domicile que les personnes en emploi, davantage encore pour les personnes sans emploi vivant dans les quartiers prioritaires. Quel que soit leur statut d’emploi, parmi les habitants de ces quartiers, 18% n’ont pas Internet à domicile et 21% ne possèdent pas de matériel informatique, soit deux fois plus que le reste de la métropole.

En outre, près d’un tiers des habitants des quartiers populaires se déclarent peu à l’aise avec les plateformes dématérialisées des services publics et affirment rencontrer davantage de difficultés à trouver un accompagnement pour effectuer leurs démarches administratives comparativement au coeur de la métropole (+15 points).

Ces résultats soulèvent deux enjeux convergents face aux inégalités numériques : il s’agit tout autant, pour les habitants de ces quartiers, de pouvoir accéder au matériel informatique que de disposer de compétences d’usages. Si, au sein des quartiers prioritaires, des postes informatiques en libre-service sont disponibles dans différents lieux (centres sociaux, médiathèques, etc.), cette mise à disposition nécessite la présence d’un personnel formé à l’accompagnement des usagers, ce qui n’est pas toujours le cas.

DANS LES QUARTIERS PRIORITAIRES, UN RECOURS CONSIDÉRABLE À PÔLE EMPLOI

Les personnes sans emploi résidant dans ces quartiers ont un recours plus fréquent aux services de Pôle emploi comparativement au reste de la métropole (+8 points). Ils en sont aussi plus satisfaits (+10 points). Ajoutons que les personnes actives habitant en quartier prioritaire sont également plus nombreuses à avoir trouvé leur emploi grâce à Pôle emploi (+15 points), soulignant l’importance du maintien de ce lien.

Cependant, le recours à Pôle emploi varie selon le sexe et l’âge des personnes considérées. En effet, le taux d’emploi entre les femmes et les hommes dans les quartiers populaires atteint jusqu’à 20 points d’écart contre 5 points à l’échelle de Clermont Métropole [2]. En outre, le taux de demandeuses d’emploi inscrites en fin de mois dans ces quartiers est quasiment équivalent à celui observé à l’échelle de l’agglomération. L’hypothèse d’un non-recours aux services de Pôle emploi de ces publics mériterait d’être testée.

Un parallélisme peut être fait avec les jeunes. Au sein de ces quartiers, le taux des 16-25 ans ni en emploi ni en étude est particulièrement élevé (entre 30 et 40% [3]), alors même que le taux de demandeurs d’emploi de moins de 26 ans est légèrement plus bas que dans le reste de la métropole.

PROFILS SOCIO-NUMÉRIQUES : UNE ILLUSTRATION DES EFFETS CUMULATIFS DES DIFFICULTÉS DANS LES QUARTIERS POPULAIRES

À partir du croisement entre les critères sociodémographiques et les réponses du panel d’enquêtes d’« Allo quartiers », quatre profils socio-numériques ont été établis : trois profils sont plus particulièrement touchés par les inégalités numériques, pointant l’effet cumulatif des difficultés rencontrées.
À côté de ceux-ci, on trouve des jeunes qualifiés se déclarant à l’aise avec les outils numériques.

Les déconnectés davantage présents au sein des quartiers populaires de la métropole Ils ne disposent pas de matériel informatique et n’ont pas accès à Internet à domicile. Ils sont mal à l’aise avec les outils numériques développés par les services publics, mais parviennent à trouver un accompagnement près de chez eux. Ce sont des personnes de plus 60 ans, mais on retrouve dans une moindre mesure des personnes entre 40 et 59 ans, vivant seules et ayant un faible niveau de diplôme. Les femmes sont légèrement surreprésentées.

Les séniors équipés mais illectrés [4], surreprésentés en dehors des quartiers populaires Ils disposent de matériel informatique et d’une connexion internet. Néanmoins, ils ne sont pas très à l’aise avec le numérique et trouvent peu d’accompagnement. Ce sont davantage des femmes, de plus de 60 ans, faiblement diplômées, vivant seules.

Les familles connectées, mais fragiles
Elles sont équipées mais les trois quarts d’entre elles sont peu à l’aise avec les outils numériques et un quart d’entre elles ne trouvent pas d’accompagnement à proximité. Ce profil est surreprésenté dans les quartiers prioritaires et se compose essentiellement de couples avec enfants, de familles monoparentales, entre 25 et 59 ans, souvent sans emploi.

Les jeunes, des publics à l’aise avec le numérique ?
Les jeunes sont à l’aise avec les outils numériques et ont du matériel informatique. Ils sont soit en études supérieures, soit en emploi. Parmi eux, 20% ne trouvent pas d’accompagnement près de chez eux. Ainsi, les personnes sans emploi, les habitants des quartiers prioritaires et certains publics (femmes, jeunes) semblent particulièrement touchés par les inégalités numériques. Celles-ci se juxtaposent à d’autres critères de fragilité économique et sociale comme l’âge, le niveau d’études ou la composition familiale. L’accès au numérique constitue alors un obstacle supplémentaire pour certains.

Le risque majeur est que la dématérialisation renforce la fracture sociale déjà existante. Dès lors, la lutte contre les inégalités numériques doit prendre en considération ces différentes variables et se combiner à un accompagnement global et de proximité des demandeurs d’emploi les plus fragilisés.
Sur notre territoire, c’est avant tout un enjeu métropolitain, en lien avec le recours aux droits et notamment celui des personnes âgées et des habitants des quartiers prioritaires, qui se joue.

L’expérience d’un Contrat Territorial pour accueillir les réfugiés à Clermont-Ferrand

Le conflit entre la Russie et l’Ukraine remet sur le devant de la scène publique et politique la question de l’accueil des réfugiés, de manière encore plus vive que la prise du pouvoir par les Talibans en Afghanistan fin 2021. Il ne s’agit pourtant que de la partie la plus immédiatement visible du besoin, celle qui est exposée le plus largement dans les journaux.

En 2020, ce sont bien plus de 90.000 personnes ayant fait une demande d’asile en France, provenant de nombreux pays (Afghanistan, Bangladesh, Pakistan, Guinée, Turquie, Côte d’Ivoire, Haïti, Congo…) pour échapper à la guerre, à la famine, aux persécutions de masses ou individuelles et obtenir le statut de réfugié. Les projections hasardées, par exemple par la Banque Mondiale, concernant les flux de réfugiés à accueillir dans les années à venir, et notamment les réfugiés climatiques, peuvent paraître alarmantes.

UN CONTRAT TERRITORIAL D’ACCUEIL POUR TRADUIRE LES ENGAGEMENTS DE CLERMONT-FERRAND

En 2018, forte de son passé de cité construite en partie par son immigration et dans une volonté de confirmer ses valeurs d’humanisme et d’asile, la ville de Clermont-Ferrand a signé avec la Délégation interministérielle à l’accueil et à l’intégration des réfugiés (DIAIR) et avec les services déconcentrés de l’Etat représentés par la Direction Départementale de l’Emploi du Travail et des Solidarités (DDETS) son premier contrat territorial d’accueil et d’intégration des réfugiés (CTAIR). Près de 450 personnes avaient, à cette date, le statut de réfugiés dans le département du Puy-de-Dôme.

L’Agence d’urbanisme et de développement Clermont Métropole a alors été mandatée par la Ville de Clermont-Ferrand pour mener l’évaluation en continu de son CTAIR, en étroite liaison avec la mise en œuvre du projet. Durant toute la durée du projet, l’équipe de l’agence a ainsi suivi, accompagné et fourni des outils afin de mesurer les effets des projets mis en œuvre sur l’amélioration des parcours d’intégration des personnes réfugiées sur le territoire.

L’objectif initial ambitieux que le CTAIR clermontois s’était fixé était d’améliorer la vie des réfugiés en levant les obstacles à leur intégration dans tous les domaines. Cet objectif a été poursuivi à travers trois axes complémentaires : mettre les personnes réfugiées au cœur du contrat, coordonner les acteurs du territoire, mobiliser les dispositifs existants et créer de nouvelles actions susceptibles de lever les freins à l’intégration.

L’originalité du CTAIR clermontois consiste à partir des personnes réfugiées et des problèmes concrets que celles-ci rencontrent au quotidien pour bâtir des solutions adaptées à chacune des situations de blocage identifiées.

L’ÉVALUATION DU CONTRAT TERRITORIAL D’ACCUEIL ET D’INTÉGRATION DES RÉFUGIÉS

L’équipe de maîtrise d’œuvre urbaine et sociale dédiée à la mise en œuvre du contrat a démarré son travail par l’identification et la définition d’une cohorte de réfugiés, par l’entremise de certains acteurs associatifs du territoire. Une centaine de personnes, rencontrées au début du projet ont ainsi pu témoigner des freins à leur intégration, auprès de l’équipe de la ville, mais aussi, plus largement, des acteurs associatifs et institutionnels du territoire.

Mises sur le devant de la scène, les personnes réfugiées, suivies d’un point de vue sociologique par la ville, ont tour à tour été source de témoignages, d’études de cas, participantes ou observatrices dans des instances décisionnelles et institutionnelles ou encore coproductrices d’actions qui leur étaient destinées.

C’est l’amorce d’un changement structurel des modèles décisionnels qui est ainsi proposé et qui met au cœur des réalisations les personnes pour lesquelles celles-ci sont mises en œuvre. A l’état d’ébauche, ce changement de paradigme est néanmoins largement salué par les personnes réfugiées ayant pu participer à ces instances et aux nombreuses activités évènementielles orientées autour de l’accueil et d’une meilleure intégration des réfugiés.

LA FÉDÉRATION DES ACTEURS DE TERRAIN AUTOUR D’UNE VISION COMMUNE ET DE NOUVELLES ACTIONS

Pour servir la mise en œuvre du contrat, la Ville a également endossé un rôle de coordination et de médiation auprès des acteurs associatifs et institutionnels qui était nécessaire au système. Cela s’est notamment traduit par le déploiement et la mise à disposition d’outils d’information partagée et par une contribution à la circulation des informations : newsletter, glossaire, plateforme web.

Ces actions ont abouti à une réelle synergie des acteurs de l’intégration, dont l’acmé a incontestablement été le diagnostic réalisé au cours de 15 focus-groups ayant rassemblé 70 acteurs divers. Un progrès notable a consisté à faire venir de nouveaux acteurs autour de la table comme le SMTC. Cette dynamique reste à animer et à prolonger.

Au-delà des outils partagés, la ville a pris un rôle de plaidoyer auprès de la préfecture. Elle porte certaines demandes exprimées par la cohorte et dont elle se fait le relai et offre son soutien dans le cadre du suivi des procédures administratives. Cet accompagnement et cet engagement viennent combler un vide unanimement identifié par les acteurs de terrain.

Un des points forts du contrat résidait dans le lancement d’un appel à contribution destiné aux acteurs du territoire, auquel 80% de l’enveloppe était consacré. Le financement de treize nouvelles actions, sur les 26 qui avaient été proposées, par la transparence de la méthodologie mise en œuvre et par le caractère fortement incitatif de certains critères de sélection, a contribué non seulement au développement de nouveaux outils d’intégration des réfugiés sur le territoire (par exemple, le développement d’une application dédiée à la mobilité, ou encore la mise en place d’une chaîne YouTube consacrée au partage des cultures…), mais aussi à faire évoluer les acteurs associatifs sur des points cruciaux comme le travail en commun ou en consortium, la prise en compte et la participation des récipiendaires à la conception des actions et le développement d’actions intégrant une démarche de suivi individualisé.

LA DIFFICULTÉ DE JUGER LA RÉUSSITE D’UNE POLITIQUE D’INTÉGRATION

Répondre sous un angle évaluatif à la question de savoir si les actions mises en œuvre ont contribué à lever l’ensemble des freins à l’intégration rencontrés par les personnes réfugiées est une gageure. L’intégration réussie est une notion complexe, dont les acteurs du territoire ont bien relevé les multiples facettes : aboutissement d’un parcours en lien avec l’acquisition d’une autonomie au sein du lieu d’accueil (maîtrise de la langue, emploi, accès au logement et aux droits), l’intégration a aussi une dimension émotionnelle, celle du « chez-soi », relationnelle, celle de « l’être ensemble », et aboutit, in fine, à pouvoir exercer pleinement un rôle de citoyen. Définition mouvante et non exhaustive s’il en est, c’est pourtant bien de celle-ci qu’il faut partir pour mesurer l’ampleur de l’écart entre un avant et un après CTAIR.

C’est pourquoi la mise en œuvre, et aujourd’hui le prolongement du Contrat Territorial d’Accueil et d’Intégration des réfugiés, élargi aux primo-arrivants, peuvent être perçus comme des réussites en soi. Mobiliser les acteurs, mettre en place des actions ciblées, co-portées et aux objectifs individualisés sont en effet des éléments qui contribuent à faire de la place des réfugiés au sein de la ville un sujet à part entière. C’est un point de départ fondamental pour permettre une meilleure intégration de ceux-ci, en incluant l’ensemble des acteurs – y compris la société civile – pour faire de la ville un territoire authentiquement accueillant.

Ma santé au temps de la COVID-19

Lors du premier confinement, l’Agence d’Urbanisme et de Développement Clermont Métropole et l’Atelier Santé Ville de Clermont-Ferrand ont souhaité recueillir la voix des habitants sur leurs ressentis et leurs besoins face à cette crise sanitaire sans précédent.

C’est ainsi qu’un partenariat est né entre les deux parties, mis en œuvre à travers une enquête quantitative réalisée auprès de plus de 300 clermontois. Le questionnaire a permis d’aborder plusieurs thématiques telles que : l’état de santé et le recours aux soins, le vécu et les impacts du confinement et du déconfinement et la connaissance du virus et des gestes barrières.

OBJECTIFS ET FINALITÉS PARTAGÉS DE CETTE ENQUÊTE

  • Mieux connaître les problèmes et besoins de santé dans les QPV pendant et depuis la crise sanitaire.
  • Réduire les inégalités sociales et territoriales en santé au temps de la Covid-19.
  • Adapter davantage les actions de prévention, de promotion et d’éducation à la santé et d’accompagnement des plus vulnérables dans leurs parcours de santé.

MÉTHODE

De juin à septembre 2020, l’atelier Santé ville a réalisé les enquêtes en face à face dans différents quartiers (les 4 quartiers prioritaires, le Centre-ville et le quartier gare de Clermont-Ferrand).

Par la suite, l’Agence d’Urbanisme a procédé au traitement et à la restitution des analyses qui mettent en avant les divergences et les convergences entre répondants résidants au sein et en dehors des quartiers prioritaires.

En vue de pouvoir comparer les territoires les uns aux autres et notamment d’identifier ceux en situation de décrochage, c’est la méthodologie du «scoring» qui a été utilisée pour cette enquête.

Ainsi, pour chacune des questions, la valeur médiane des réponses a été calculée et sert de valeur de référence pour situer les quartiers. Cette méthode permet de réaliser un positionnement relatif à la question et aux valeurs locales (valeurs des autres quartiers).

Valorisations, partages et principaux résultats :

En début d’année 2021, des premiers résultats ont été partagés sous forme de conférence débat en ligne auprès des élus et des partenaires de l’Atelier Santé Ville et de Notre Observatoire Urbain et Social(NOUS).

Plusieurs enjeux ont été soulignés par les résultats de l’enquête avec des distinctions par territoires :

Dans les QPV, les enjeux les plus saillants sont :

● Une moindre connaissance de la pluralité des symptômes, des modes de transmission et des mesures de protection (88% Hors QPV contre 55% dans les QPV utilisent au moins les trois principaux modes de protection : gel hydroalcoolique, masques et distanciation sociale).

● Moins d’activité physique et plus de prise de poids pendant le confinement (32 % dans les QPV ne font pas du tout d’activité physique contre 8% Hors QPV).

● Un premier confinement vécu plus « péniblement » (31% dans les QPV contre 8% Hors QPV) et «angoissant».

● Plus de temps passé en famille apprécié (33% dans les QPV contre 21% Hors QPV)

● Une charge des enfants et une continuité pédagogique plus difficile dans certains quartiers comme Croix-de-Neyrat et Saint-Jacques.

● Plus d’exposition face aux écrans (une exposition ayant augmenté pendant le premier confinement à 58% dans les QPV contre 41% Hors QPV).

● Plus de troubles du sommeil (17% dans les QPV ont eu beaucoup de troubles du sommeil contre 3% Hors QPV).

● Légèrement plus de difficultés depuis le premier confinement avec des freins dans les démarches en ligne notamment à Saint-Jacques et des enjeux d’aide alimentaire
à Champratel et les Vergnes.

● Des déconfinés plus «stressés», «angoissés» (33% dans les QPV contre 21% Hors QPV).

EN DEHORS DES QPV, CE SONT LES ENJEUX SUIVANTS QUI ONT ÉTÉ MIS EN EXERGUE, ROMPANT PARFOIS AVEC CERTAINES IDÉES PRÉCONÇUES.

● Davantage de difficultés à poursuivre les soins durant le premier confinement (27 % hors QPV ont préféré repousser leurs soins contre 9% dans les QPV).

● Une alimentation moins saine pendant le premier confinement (31% dans les QPV contre 14% dans les QPV).

● Un enjeu autour de la consommation d’alcool plus important (14% contre 1 % ont augmenté leur consommation durant le premier confinement).

● Une exposition importante face aux écrans.

● Un vécu du premier confinement qualifié davantage par la « solitude, l’isolement » (25% Hors QPV contre 16% dans les QPV).

● Un premier déconfinement pas forcément vécu comme un “soulagement”..

● Un secteur Gare qui ressemble davantage à un QPV.

APPROFONDISSEMENTS ET ANALYSES CROISÉES : LES “PROFILS TYPE”

L’analyse croisée des différentes réponses et des profils sociodémographiques des répondants permet d’aboutir à des « profils type». Ils sont à interpréter comme des grandes familles de répondants et ne sont pas représentatifs de l’ensemble de la population métropolitaine.

Les ainés qui prennent soins d’eux

Dans ce profil de retraités de plus de 60 ans qui vivent largement seuls, se concentrent légèrement plus de femmes. Ces retraitées ont une bonne connaissance du virus et des gestes barrières.  Pendant le confinement, elles ont poursuivi leurs soins et leur quotidien n’a pas vraiment été modifié par le confinement, interrogeant ainsi la solitude et le manque d’interactions sociales hors temps de pandémie. Par ailleurs, elles ont moins vécu le déconfinement comme un “soulagement”. Ce profil est tout autant présent dans les QPV qu’en dehors.

Les jeunes désœuvrés et mal confinés

Ces jeunes trentenaires, à parité de genre, vivent seuls ou en collocation et plus des 2/3 sont sans emplois. Près de la majorité a vécu « péniblement » le confinement. Comparativement aux autres profils, ces jeunes ont davantage eu une alimentation peu saine, pris du poids et plus d’un tiers ne pratique pas d’activité physique. Leur exposition face aux écrans a augmenté et ils sont plus nombreux à avoir eu beaucoup de troubles du sommeil. Ils ont également eu plus de difficultés à se nourrir pour des raisons financières et à avoir fait appel à un professionnel depuis cette crise sanitaire. Le confinement a été synonyme d’isolement et pour la majorité leurs rapports familiaux ont changé avec plus de désaccords. Ce profil est davantage présent dans les QPV.

Les travailleurs anxieux

Ce profil se caractérise par une forte proportion de femmes en situation d’emploi(2/3 en CDI). Ce profil connait particulièrement bien les symptômes, les modes et les lieux de transmission du virus. Globalement leur état de santé est resté identique pendant le premier confinement, néanmoins la poursuite des soins semble avoir été plus difficile avec une part plus importante ayant préféré repousser leurs soins. Ils sont plus consommateurs de tabac et d’alcool et   ont davantage augmenté leurs consommations pendant le premier confinement. Néanmoins, leur exposition aux écrans est moins importante que chez les autres profils. Leur confinement a davantage été synonyme « d’angoisses et de peurs”, avec plus de mal-être et de troubles du sommeil. Ce profil a également vécu le premier déconfinement comme une période
« stressante ». Ce profil est davantage présent en dehors des QPV.

Les  familles

Dans ce profil, les deux tiers ont entre 30 et 50 ans et la quasi totalité ont des enfants en couple ou en famille monoparentale ; enfin la moitié est sans emploi. Confinés en famille, ils ont tous vécu des changements dans leurs rapports familiaux et sont nombreux à avoir apprécié passer plus de temps ensemble durant cette période. La quasi-totalité a été concernée par la continuité pédagogique avec un déroulement qui s’est globalement bien passé mais avec des décrochages dans la durée. Ces familles sont davantage en bonne santé et n’ont pas eu de difficultés à poursuivre leurs soins pendant le premier confinement. Elles ont une exposition face aux écrans un peu moins importante « en temps normal»
mais sont nombreuses à l’avoir augmentée pendant le premier confinement.  Enfin, elles ont davantage vécu le premier déconfinement comme un « soulagement ». Ce profil est légèrement plus présent dans les QPV.

Les jeunes “tout va bien »

Ce profil est composé de 3/4 d’hommes et les 2/3 ont moins de 30 ans. Ils sont globalement sans enfant et la majorité a un emploi. Ces jeunes « tout va bien » s’estiment largement en bonne santé, ils n’ont pas eu besoin de recourir à la téléconsultation et la quasi-totalité ont facilement pu poursuivre leurs soins pendant le premier confinement. Ces jeunes ont davantage « bien vécu » le confinement comparativement aux autres profils (moins angoissant, moins de troubles du sommeil). S’agissant de leurs habitudes, leur alimentation et leur poids sont restés stables, mais leurs consommations de tabac, déjà plus importantes, ont légèrement augmenté. Ce profil est davantage présent dans les QPV.

DE L’OBSERVATION À L’ACTION

Travaillé conjointement, le rapport de l’étude met également en avant des pistes d’actions, concernant la prévention (connaissances du virus, campagne de vaccination et de dépistage, poursuite des soins…) ; la coordination des acteurs (des secteurs de santé et sociaux, accès aux droits et aller vers) ; des actions et des publics ciblés (addictions, exposition aux écrans, insécurité alimentaire, santé mentale…). Suite à l’enquête, des projets ont également été mis en œuvre par l’Atelier Santé ville, telle que son action « santé et pollution ». Cette action de prévention a permis à travers la distribution de masques et de port de masques, de rappeler les gestes barrières et la gestion des masques utilisés.

LES SUITES

Ce partenariat toujours vif d’intérêt mutuel, s’est poursuivi dans le cadre d’une étude sur l’offre et les recours à l’aide alimentaire pilotée par la Direction de l’Economie, de l’Emploi, du Travail et des Solidarités (DEETS) et mis en œuvre par l’agence d’Urbanisme et de développement Clermont Métropole à l’échelle du département. L’Atelier Santé Ville 63, a ainsi appuyé fortement l’agence d’urbanisme dans son enquête de terrain auprès des usagers, en réalisant près de 430 enquêtes au sein des structures de l’aide alimentaire de Clermont-Ferrand.

Situations socio-économiques et urbaines des quartiers inscrits au Contrat de Ville de la Métropole clermontoise

Durant le second semestre 2021, l’Agence d’urbanisme et de développement Clermont Métropole a accompagné le suivi et la préfiguration de l’évaluation du Protocole d’engagements réciproques et renforcés (PERR) de Clermont Auvergne Métropole. L’objectif de ce travail mené par l’Observatoire urbain et social de l’agence est de saisir l’évolution des quartiers prioritaires et de veille active en comparant leurs situations en début (2015/2016) et en fin (2022/23) de Contrat de ville de la métropole.

ÉLÉMENTS DE MÉTHODE : UN SCORING
À PARTIR DU TRAITEMENT D’UNE CENTAINE D’INDICATEURS

L’Agence d’urbanisme a sélectionné plus de 100 indicateurs (une majorité est issue du sondage Allo Quartiers de 2017, l’autre des conventions locales partenariales avec Pôle Emploi AURA, CAF 63, Rectorat 63, bailleurs…) en lien avec chacun des 27 engagements inscrits au PERR. Parmi ces engagements rassemblés selon les 3 piliers du Contrat de ville, on retrouve notamment :

  • Pour la cohésion sociale : Agir sur la thématique de la santé ; réduire la fracture numérique ; encourager l’égalité femmes / hommes…
  • Pour le développement économique, formation et insertion professionnelle : Favoriser l’implantation d’entreprises ; conforter l’offre existante ; lever les freins à l’emploi ; renforcer la présence des acteurs de l’emploi…
  • Pour le cadre de vie et le renouvellement urbain : atteindre les objectifs d’attributions de logement social ; transformer durablement les quartiers ; garantir la sécurité dans les quartiers, développer les mobilités douces…

Face à chaque engagement du PERR, un indicateur synthétique (regroupant plusieurs indicateurs) a été défini et mis en perspective par la méthode dite de « scoring ».  Cette méthode permet, sur des indicateurs de natures diverses, de positionner les quartiers selon que leur situation est plus ou moins favorable au sein de la métropole, considérée ici comme le référent. Les situations spécifiques et les écarts pour chacun des quartiers sont ainsi facilement mis en évidence.

LES PRINCIPAUX RÉSULTATS  : DES ÉCARTS PRÉGNANTS
ET DES ENJEUX D’ENVERGURE MÉTROPOLITAINE

Un rapport complet dédié restitue les résultats et les analyses de ce travail [1] sur chacun des engagements du PERR. Les principaux enseignements montrent des écarts toujours prégnants sur les quartiers prioritaires mais aussi d’enjeux d’envergure métropolitaine, telle que la fracture numérique ou le non-recours aux acteurs de l’insertion par les personnes sans emploi.

Concernant la cohésion sociale, plusieurs enjeux sont à retenir :

  • L’accès aux droits, pour les QPV et notamment celui de la Fontaine du bac
  • Les écarts de réussite et de mixité scolaires
  • La fracture numérique, avec une alerte spécifique pour la Fontaine du Bac.
  • L’égalité femme/homme, avec des écarts de taux d’emploi par genre saillants, notamment dans les Quartiers Nord.
  • L’accès à la culture et aux dynamiques associatives, notamment à la Fontaine du Bac et au Patural, les Pègues.

Pour le développement économique, ce sont les écarts de densité d’entreprises qui perdurent dans les QPV, et plus spécifiquement dans QPV de Cournon d’Auvergne que l’on retiendra.

Sur l’insertion, l’éloignement à l’emploi et l’insertion des 16 – 24 ans restent des enjeux importants sur les QPV et ce notamment dans les Quartiers Nord. Une alerte également, autour de l’hypothèse d’un non-recours aux structures d’insertion plus important chez les femmes et les jeunes, y compris en dehors des QPV.

Enfin concernant le cadre de vie et le renouvellement urbain  :

  • L’habitat perdure comme une problématique ancrée dans les QPV et les QVA, tant sur la prépondérance des logements sociaux à bas loyers que sur la concentration des personnes à bas revenus.
  • En termes de vivre ensemble, sont ciblés la mauvaise réputation et le sentiment d’insécurité qui priment dans les QPV et ce notamment dans les Quartiers Nord.
  • In fine sur les mobilités : Les transports en commun représentent un atout des QPV, mais une faiblesse dans les QVA. Néanmoins, une vigilance quant aux mobilités douces pour les QPV également.

Une synthèse cartographique l’accompagne pour une vision plus communicante par “blocs d’engagements”.

Des cartes synthétiques ont ainsi été réalisées sur chacun des blocs d’engagements, qui sont :

  • L’accès aux droits
  • L’émancipation et la citoyenneté
  • Le développement économique
  • L’insertion professionnelle
  • Habiter durable
  • Vivre ensemble
  • Bouquet mobilités

LES APPORTS POLITIQUES DE CE TRAVAIL

Le fruit de ces travaux a pu être partagé et articulé avec le travail de suivi des actions du Contrat de ville réalisé par le Bureau d’étude Algoé et Siloé. Ils ont été présentés aux dernières instances de gouvernance technique et politique du Contrat de ville (fin d’année 2021 et début 2022).

La visée étant de mettre à jour ces indicateurs afin de saisir les évolutions du positionnement des quartiers en fin de Contrat de Ville / PERR (2022/23), une réédition de ces travaux est prévue pour fin du premier semestre 2022.  Elle permettra ainsi d’alimenter abondamment la démarche d’évaluation du Contrat de Ville portée par Clermont Auvergne Métropole qui devra selon le calendrier fixé par l’État être achevée en juin 2022 (cf. Instruction du 14/12/21 – Direction générale – Politique de la ville de l’ANCT). Cette évaluation locale devra : s’appuyer sur l’évaluation mi-parcours et le PERR, associer et mobiliser tous les partenaires appelés à y contribuer à travers le partage d’éléments d’analyses quantitatives et qualitatives et mobiliser l’expertise habitante.

En termes de finalité, elle devra permettre de dresser un bilan du Contrat de ville comme “outil” (levier dans les coopérations, inscription des quartiers dans les dynamiques territoriales, application des politiques de droit commun), de rendre compte de la mise en œuvre et des résultats des actions déployées et de prioriser les dispositifs les plus structurants relevant des trois piliers et des axes transversaux

Ce travail de saisie des évolutions, à la croisée du suivi des actions du Contrat de Ville, conforte le rôle de l’Agence et de ses observatoires, comme outil d’aide à la décision, support à l’évaluation et à l’élaboration des politiques publiques, telle que la nouvelle contractualisation de la Politique de la ville qui devra être effective au 1er janvier 2024.

“Tisseurs de liens”, Un focus group avec les acteurs de trois quartiers populaires de Gerzat : Le Patural, Les Pègues et Les Chabesses

En mars 2021, l’Agence d’urbanisme a animé un Focus group “Tisseurs de liens” avec une quinzaine d’acteurs de terrain d’horizons professionnels divers ayant en commun de travailler quotidiennement sur les quartiers dits de Veille active du Pâtural, les Pègues et celui des Chabesses de la ville de Gerzat. (bien que ce dernier ne soit pas un quartier inscrit au Contrat de ville,  les services de la ville de Gerzat constatant une concentration importante d’enjeux sociaux et urbains ont souhaité l’intégré au débat.)

“TISSEURS DE LIENS” : UNE MÉTHODE ÉPROUVÉE
DE DÉBAT POUR RECUEILLIR LA VISION DES ACTEURS

Le focus group des acteurs “Tisseurs de liens” est l’un des outils qualitatifs mis en place par l’Agence dans son observatoire urbain et social. Cette méthode a précédemment été éprouvée auprès des acteurs des Quartiers prioritaires de Clermont-Ferrand et de Cournon-d’Auvergne.

14 participant.e.s à ce focus group :

  • Insertion pour l’emploi
  • Bailleurs sociaux
  • Travailleurs sociaux
  • Petite enfance
  • Association sportive
  • Tranquillité publique
  • Culture

Les objectifs du focus group “tisseurs de liens” sont de partager différents regards d’acteurs sur un même territoire, avec leur convergence et leur dissensus, d’identifier les enjeux majeurs concernant le(s) quartier(s) et ses habitants et d’échanger autour des besoins et des leviers d’actions

Les participants provenant d’horizons professionnels différents – infirmier.e.s., bailleurs sociaux, agents de la petite enfance, éducateur.trice.s et éducatrices, travailleur.se.s sociaux, agents de développement social ou local, associations …- n’ont pas souvent l’occasion de pouvoir partager librement leur vision du quartier et des habitants auprès de qui ils travaillent quotidiennement.

Le focus group à travers des évocations spontanées et un débat libre permet aux acteurs de faire connaitre leurs expertises de terrain tout en dépassant les champs des compétences métiers. Cet échange transversal permet de dresser un portrait des quartiers ciblés et de ses habitants, dans leur globalité et leur complexité. La plupart du temps, les visions sont convergentes sur les constats et les enjeux, ou complémentaires.

RÉSULTATS : LES CONSTATS PARTAGÉS

Trois mots clefs pour résumer les différents enjeux qui ont émergé de ces échanges spontanés dans ces trois quartiers :

L’accessibilité : à l’échelle de la commune de Gerzat, l’offre en transports en commun est jugée non performante, notamment vers les zones d’emploi. L’accès aux droits pour tous, avec un manque de services publics de proximité, notamment dans le quartier des Chabesses a également émergé.

Le vivant :  si les quartiers, notamment celui du Pâtural, sont perçus comme animés et vivants, avec la présence importante d’enfants, de familles et de manifestations réalisées par les acteurs, la crise sanitaire semble avoir mis à mal ce “vivant”.

Le multiculturel : il est perçu à la fois comme une richesse et un frein, avec des enjeux liés à l’accès à la langue française et à des différences éducatives importantes.

La poursuite des échanges autour de l’image, de la réputation, de  la qualité du cadre de vie de ces quartiers a aussi permis d’identifier des enjeux spécifiques aux trois quartiers :

Pour le quartier du Pâtural, on note une amélioration globale du cadre de vie opérée notamment grâce au programme de rénovation urbaine (2006/ 2012). Cependant des difficultés sociales résistent avec des concentrations de populations précaires, dont les difficultés ont pu être accrues par la crise sanitaire et la perte de la présence des acteurs sociaux au sein du quartier (Conseillers, CAF, travailleurs sociaux…). Ces derniers ont été délocalisés avec le projet de rénovation urbaine, entrainant des pertes de lien et de coordination. Enfin, pour ce quartier, une mauvaise image perdure, alliant mauvaise réputation héritée et points de tensions encore d’actualité (autour du city-stade par exemple).

Pour le quartier des Pègues, la réalité est tout à fait différente puisqu’il n’a plus vocation à être inscrit en tant que « Quartier de Veille active » au Contrat de Ville. En effet, ce quartier principalement composé de maisons individuelles (anciens pavillons Michelin) et de propriétaires, ne présente plus d’enjeux sociaux ou urbains importants ; il n’est qu’un héritage de l’ancienne géographie prioritaire.

Pour les Chabesses, l’augmentation des problématiques sociales continue : familles précaires, primo-arrivants, difficultés scolaires et insécurité alimentaire… sont cités. Des enjeux urbains se cumulent : un parc d’habitat 100% social, présentant des manques notamment en termes de services publics, de commerces et d’équipements, contribuant ainsi à l’isolement et à la difficulté de l’accès aux droits des plus fragiles.

Forts de ces constats, les participants via une séquence en atelier collaboratif, ont imaginé et hiérarchisé des propositions pour mieux répondre aux besoins des habitants :

●  Améliorer les partenariats et les réseaux entre acteurs en vue de permettre l’accès aux droits et aux services et proposer un accompagnement adapté

●  Retour des services publics et des acteurs dans les quartiers du Pâtural et des Chabesses

●  Ouvrir un lieu d’accueil enfants / parents ou une halte- garderie

●  Fédérer les associations existantes pour élargir et développer leurs actions

●  Mettre en place des comités de quartier et développer leurs actions

En vue de croiser le regard des acteurs avec celui des habitants, une balade urbaine a également été réalisée dans ces quartiers fin 2021, avec une dizaine d’habitants. Arpentant les rues à travers un parcours défini par les participants, leurs expertises d’usages permettent d’appréhender finement les besoins, les atouts et les dysfonctionnements urbains au quotidien. À titre d’exemple : des espaces publics et des aires de jeux à améliorer dans le parc des Chabesses et au niveau de “la coulée verte ” du Pâtural; des équipements “sur-chargés” tels que l’espace de Gym Gerzat du Pâtural, ou encore des lieux appréciés à l’unanimité comme le parc de la Treille et la nouvelle médiathèque A. Daudet. Fin du trimestre 2022, elle sera restituée sous la forme d’un prochain carnet de balade publié par l’Agence.