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Scène locale sobriété foncière économique – 26 septembre 2024

Un premier webinaire organisé le 17 janvier 2024 sur la question de l’optimisation foncière en zone d’activités économiques a réuni plus de 200 participants, élus et techniciens, représentant une diversité de territoires et de structures autour de témoignages d’acteurs déjà investis dans des actions de sobriété foncière [1].

L’Etablissement Public Foncier local d’Auvergne et l’Agence d’urbanisme Clermont Massif central (Aucm) proposent de poursuivre les échanges en organisant une scène locale auvergnate autour de la sobriété foncière économique le jeudi 26 septembre 2024 à Clermont-Ferrand.

Cet après-midi, dédié aux territoires et aux acteurs du foncier et de l’aménagement, vise à ouvrir le dialogue autour des limites et du renouveau des modèles d’aménagement des zones d’activités économiques :

  • Quelles actions, solutions ou expérimentations mises en œuvre localement ?
  • Quels freins et quelles limites à l’optimisation foncière des espaces d’accueil et de développement des entreprises ?
  • Quels acteurs mobilisés autour de cet enjeu ?

L’événement s’inscrit dans un cadre régional avec l’organisation concomitante de scènes locales lyonnaise, stéphanoise et iséroise. Le contenu de ces échanges sera ainsi mutualisé  entre les agences d’urbanisme et les établissements publics fonciers de  la région Auvergne-Rhône-Alpes afin d’identifier points de convergence et spécificités territoriales.

Programme

Inscriptions

 

Ausculter la ville comme un médecin

L’exploration «Territoires en cure : comment la culture du soin peut infuser l’urbanisme?» a emmené les participants dans la ville thermale de Châtel-Guyon, pour une balade sonore et sensorielle, afin d’appréhender la manière dont notre environnement influe sur notre santé.

Dans un contexte de changement global de nos milieux de vie face aux enjeux climatiques (pluies intenses, épisodes caniculaires), mais également de développement des maladies chroniques et d’apparition des zoonoses (maladies infectieuses qui passent de l’animal à l’homme) à l’échelle mondiale, la situation nous oblige à repenser la manière dont notre environnement, nos espaces de vie influent sur notre santé. Mais comment faire ? Quels sont nos besoins dans l’espace urbain pour rester en bonne santé, qu’elle soit physique, mentale ou sociale ? C’est à Châtel-Guyon, ville thermale et lieu de santé par excellence, que nous avons lancé nos procédures de diagnostic, pour appréhender les différentes thérapeutiques favorisant un urbanisme favorable à la santé (UFS).

Le maire de Châtel-Guyon, Frédéric Bonnichon, et son équipe, dont Danielle Faure-Imbert, première adjointe, nous ont donné de premiers éléments. Comme pour tout questionnaire médical ont été abordés les habitudes de vie, les antécédents médicaux, urbains, les traitements mis en place, et l’histoire du coeur de ville, récemment repensé autour de la place Brosson, espace central de Châtel-Guyon. Le traitement appliqué l’a libéré de la voiture, créant un espace de rencontre, de festivités et de flânerie, avec une attention particulière au mobilier urbain : une fontaine sèche et des gradins, pour admirer le patrimoine thermal et profiter des animations. Mais, pour nous, aspirants médecins de la ville, cette anamnèse [1] n’est pas suffisante pour établir un diagnostic : une auscultation est nécessaire. C’est ainsi, qu’accompagnés de la troupe Ici-Même (lire ci-contre), nous avons marché, éprouvé nos sens – parfois les yeux fermés, parfois les oreilles grandes ouvertes – pour inspecter les chemins de forêt, écouter le bruit de la nature et de la ville, palper l’humeur des habitants et examiner le bourg de Châtel. Afin de dresser le bilan de cet examen physique, nous avons repris le tracé de nos cheminements, à la main et à la voix.

Au regard de nos incertitudes, une coexpertise semblait nécessaire. Aussi, avons-nous réalisé des examens complémentaires par petits groupes, chacun apportant son regard propre : géographe, urbaniste, cartographe, écologue, etc., ont ainsi pu amender le diagnostic. Afin d’obtenir des radiographies précises de la situation, nous nous sommes mis dans la peau de différents usagers.

Dans les antécédents de notre patient « ville », les facteurs de risques pour la santé ont été identifiés : omniprésence de la voiture, topographie marquée rendant difficile la mobilité, espaces publics très imperméables, peu d’espaces de rencontre et peu de cheminements actifs entre le centre-bourg, les équipements ou la forêt. Puis, ce fut au tour des facteurs de protection mis en place au travers des aménagements récents : meilleure lecture des paysages depuis l’espace public, création d’un espace de rencontre qui invite à la marche en lien avec le parc, mise en place de mobilier urbain propice au repos et à l’échange. Ces imageries, sous forme de Post-it® collés sur les photos aériennes de la ville, ont permis d’envisager des actions de prévention complémentaires, afin d’éviter le développement de nouveaux maux : augmenter la végétalisation des espaces pour amplifier le rafraîchissement de l’air en été, aménager des liaisons piétonnes entre le bourg, les espaces pavillonnaires, la forêt, dans une logique intergénérationnelle, et augmenter le nombre d’équipements liés à l’hygiène. Cette coanalyse fait écho aux 15 déterminants de la santé identifiés par les travaux de Barton et al. (2006) et de l’École des hautes études en santé publique (EHESP) dans le guide ISadOrA [2] et sur lesquels l’aménagement peut avoir un impact, qu’il soit positif ou négatif. Cette auscultation de la ville nous a permis de comprendre comment, en tant qu’acteur de l’aménagement, nous avons un rôle à jouer sur les déterminants de la santé, et comment envisager des modèles d’amplification permettant de rendre la ville plus favorable à la santé dans nos domaines d’expertises respectifs.

Au chevet des territoires ?

Le choix souvent fait, notamment dans une volonté de lutter contre les inégalités de santé, est de s’intéresser aux plus fragiles. C’est l’exemple qui nous a été présenté par Vincent Challet, chargé de mission à l’Union départementale des centres communaux et intercommunaux d’action sociale du Puy-de-Dôme (UDCCAS 63), qui a mené des réunions au sein de son département, en juin 2023. Ainsi, chaque territoire a pu exprimer ses spécificités au regard des enjeux de santé : désertification médicale, inégalité de santé, devenir des établissements d’hébergement pour personnes âgées (Ehpad), précarité en milieu rural, santé mentale, UFS, etc. Ces temps d’échanges ont permis de sensibiliser les acteurs à la notion de déterminants de la santé et d’aboutir à une restitution et à un livret mettant en valeur les actions exemplaires du territoire. Si on se penche sur la question de la planification urbaine, les élus de la communauté urbaine de Dunkerque (CUD), accompagnés par l’agence de Dunkerque (Agur), ont choisi la santé et le climat comme fil rouge du plan local d’urbanisme intercommunal, habitat et déplacements (PLUi-HD). Sa spécificité : vous ne trouverez pas d’OAP santé, car les élus ont souhaité que la santé soit transversale à l’ensemble du document. C’est depuis 2014 que la CUD s’intéresse à l’approche de l’UFS. Elle est venue infuser de nombreuses politiques publiques comme celle de la mobilité, par la mise en place du réseau de bus gratuit. S’il était destiné initialement à favoriser le pouvoir d’achat, il donne aujourd’hui à chacun la possibilité « de se rendre à l’endroit où on a envie, par ses propres moyens », comme le rappelle Jean-François Montagne, vice-président à la CUD en charge de la transition écologique et de la résilience. Mais c’est aussi le cas du plan vélo ou du plan marche, en cours de réalisation ; autant de mesures agissant sur l’autonomie des individus et leur santé physique. Au-delà des politiques d’aménagement, les politiques de santé se sont également nourries des enjeux urbains, avec un contrat local de santé (CLS) qui porte un axe santé-environnement. « On a pris la question de la santé sous toutes ses formes », indique Delphine Castelli, élue déléguée à la santé, et, aujourd’hui, sur le territoire dunkerquois, l’urbanisme apparaît comme un outil de prévention en la matière.

Du côté du projet urbain, le réseau Urba 4 [3], soutenu par l’agence régionale de santé (ARS) et la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal), mène depuis quatre ans des expérimentations dans le cadre du plan régional santé-environnement (PRSE) n° 3. L’agence de Grenoble (Aurg) a ainsi mis en oeuvre deux démarches d’UFS pour des collectivités périurbaines, inscrites dans le cadre d’une opération de revitalisation de territoire : La Mure et Vizille. Ces travaux ont permis à l’équipe pluridisciplinaire mobilisée de partager, avec les élus et les services, le fait que l’urbanisme est un outil majeur de prévention en santé mentale et physique dans un contexte de changement climatique et de transition démographique. L’organisation de diagnostic en marchant avec des personnes âgées, des mères et des enfants de la commune a permis de faire émerger les besoins de ces publics vulnérables en matière de lien social, d’apaisement des espaces publics, de confortement des services, d’habitat adapté. Au-delà de l’identification de ces aspirations, ces démarches d’UFS ont permis, d’une part, de partager la nécessité de décloisonner les politiques publiques en matière d’urbanisme et de soins et, d’autre part, d’identifier, sur chacun des centres anciens, les leviers et les opportunités spatiales afin d’améliorer l’habitabilité de certains îlots. En conclusion de la journée, les participants ont relevé l’intérêt de développer une culture commune autour des déterminants de la santé, pour mettre en oeuvre des actions concrètes qui amplifient les ressources des territoires pour le soin et la prévention.  Il s’agit notamment de mobiliser les agences en développant les partenariats avec les ARS et en prenant appui sur la création d’un club santé au sein de la Fnau, comme l’ont souligné Françoise Schaetzel, présidente de l’agence de Strasbourg (Adeus) et viceprésidente de la Fnau en charge de la santé, et Franck Mérelle, directeur de l’agence de Dunkerque (Agur), qui ont tous deux participé à cette exploration.

Passoires thermiques : de la nécessité d’unir nos efforts en Auvergne-Rhône-Alpes !

Pour accélérer la rénovation énergétique et limiter la précarité qui en résulte, la loi Climat et Résilience du 22 août 2021 prévoit l’interdiction progressive d’ici à 2034 de la mise en location des logements énergivores dits « passoires thermiques »[1]. Cette interdiction basée sur l’étiquette énergétique issue du Diagnostic de Performance Énergétique (DPE) du logement devrait fortement impacter le marché locatif. Elle s’inscrit également dans un objectif de sobriété foncière liée au Zéro Artificialisation Nette (ZAN), en obligeant à optimiser l’usage du parc de logements existant. La lutte contre les passoires thermiques constitue dès lors un défi d’ampleur, mobilisant l’ensemble des politiques publiques du logement, de l’urbanisme et de la maîtrise de l’énergie.
Afin d’appréhender les impacts de cette mesure, le réseau des quatre agences d’urbanisme d’Auvergne-Rhône-Alpes (Urba4) et l’ADEME ont proposé un cadre de réflexion et d’échanges aux collectivités, EPCI et acteurs de l’habitat de la région à travers la réalisation d’une étude dédiée, amorcée en 2022 et clôturée par un séminaire le 5 décembre 2023 [2].
Deux problématiques ont guidé les travaux et réflexions du groupe : quels sont les principaux impacts et enjeux de l’interdiction annoncée de mise en location ? Quels leviers peuvent être activés par les territoires pour agir sur les passoires thermiques ?
Pour y répondre, deux approches ont été déployées. Tout d’abord la quantification et la cartographie du phénomène à l’échelle régionale, pour permettre une meilleure connaissance et un potentiel suivi des logements étiquetés F et G [3]. En parallèle, l’organisation de groupes de travail et d’échanges sur les politiques publiques mobilisables et re-mobilisables pour agir sur ces logements, selon deux situations territoriales diversifiées : un groupe pour les territoires ruraux, un groupe pour les métropoles de la région AURA.

Vers une contraction massive du parc locatif privé en Auvergne-Rhône-Alpes ?

Selon les résultats du travail d’estimation mené dans le cadre de l’étude Urba4 [4], plus d’un million de logements seraient des passoires thermiques F et G à l’échelle régionale, soit 21 % du parc de logements. Ces passoires sont particulièrement nombreuses dans le parc de logements antérieur à 1975 (avant les premières réformes thermiques), où plus d’un logement sur 3 aurait un DPE F et G, mais aussi dans les logements de petites surfaces : 27,1 % de passoires estimées parmi les maisons de moins de 80 m² et 24,8 % parmi les appartements de moins de 60 m². A noter sur ce dernier point que les récentes annonces gouvernementales sur un réajustement de la méthode de calcul du DPE en faveur des petites surfaces, actuellement discriminées, pourraient réduire la part de passoires thermiques parmi ces logements[5].

Le parc locatif privé devrait être le segment du parc locatif le plus impacté par la réglementation, les logements y étant moins souvent réhabilités que dans le parc social. En Auvergne-Rhône-Alpes, 147 000 logements – soit 19,3 % du parc locatif privé – sont estimés être des passoires thermiques (F et G). Parmi ces logements, 60 000, soit 40 % d’entre eux, se situent au sein des quatre métropoles de la région. En volume, les passoires thermiques se concentrent ainsi sur les espaces urbains denses, où un enjeu de massification de la rénovation énergétique apparaît. Pour autant, en pourcentage de parc, les secteurs ruraux et de montagne sont amenés à être plus impactés. Le parc locatif privé étant généralement faible dans ces zones, l’interdiction de location, même de peu de logements, impactera fortement l’offre locative disponible sur ces territoires. Les conséquences et enjeux liés à l’interdiction de mise en location des passoires thermiques sont donc bien distincts selon les territoires.

De la nécessité d’engager une  démarche de rénovation du parc locatif privé

Les acteurs rencontrés lors de l’étude mettent en avant plusieurs enjeux liés à cette réduction annoncée de l’offre locative privée. Les solutions d’accompagnement existantes sont jugées insuffisantes au vu du volume de passoires thermiques à rénover, et la massification nécessaire de la rénovation thermique des logements apparaît difficile à mettre en œuvre. 

D’autres freins à une rénovation significative du parc locatif privé sont évoqués : capacité des propriétaires à réaliser des travaux  -par manque de ressources financières ou difficultés à se lancer dans des travaux-, difficultés à faire voter les travaux dans les copropriétés, absence de budget suffisant dans les collectivités pour accompagner financièrement cette rénovation par le biais de subventions complémentaires de celles de l’Etat.

Sans possibilité de réaliser les travaux nécessaires pour continuer à louer leur bien, les propriétaires-bailleurs pourraient adopter différentes stratégies : la mise  en vente de leur logement, qui interroge la capacité de l’acquéreur à réaliser les travaux et fait donc peser un risque de voir augmenter le nombre de propriétaires-occupants en précarité énergétique ; le report vers la location touristique du bien, le parc touristique n’étant pas concerné par l’interdiction de mise en location ; la mise en vacance du bien, par un désengagement du propriétaire qui ne souhaite ni vendre, ni réaliser de travaux ; le non-respect de l’interdiction et la mise en location du bien auprès de ménages précaires. 

La sortie massive de logements du parc locatif privé pourrait également avoir des répercussions sociales. Les passoires thermiques du parc privé sont souvent des logements occupés par des ménages relativement modestes. La faible qualité thermique de ces logements  maintient leurs loyers à des niveaux plus accessibles, ce qui confère à ce parc un rôle de parc social « de fait ». Dans ce contexte, la contraction du parc locatif privé pourrait accentuer les difficultés de logement de ménages modestes, qui se reporteront vers le parc social, contribuant à en accentuer la tension.

Globalement, la réduction probable de l’offre locative privée du fait de rénovations thermiques  insuffisantes, pourrait accentuer la tension sur les marchés locatifs. Dans un contexte de sobriété foncière, le développement d’une offre dans le neuf suffisante pour combler le retrait des passoires thermiques du parc n’est toutefois pas une solution envisageable. Ainsi, afin de maintenir une offre locative à la hauteur des besoins, les territoires n’ont d’autres choix que d’identifier des  leviers pour agir sur les passoires thermiques.

Divers leviers mobilisables et re-mobilisables par les territoires pour agir sur les passoires thermiques

Lors des groupes de travail, les acteurs mobilisés ont, au travers de leurs retours d’expériences, mis en avant plusieurs leviers pour agir sur les passoires thermiques. 

Premier levier, planifier, pour intégrer la rénovation énergétique dans des stratégies territoriales globales : les stratégies de lutte contre les passoires thermiques développées par les territoires nécessitent, pour plus d’efficacité et de cohérence avec l’ensemble des politiques du territoire dans un contexte de sobriété foncière, d’être inscrites dans les différents documents d’urbanisme (Plan Local d’Urbanisme Intercommunal, Programme Local de l’Habitat…) afin d’avoir une vision territorialisée de la rénovation et de cadencer celle-ci dans le temps. Ces démarches de rénovation peuvent aussi s’inscrire dans des stratégies plus globales de revitalisation des territoires (Action Cœur de Ville, Petites Villes de Demain…), notamment dans les secteurs plus ruraux, pas toujours dotés de documents d’urbanisme.

Deuxième levier, inciter et accompagner la rénovation énergétique par un appui à des dispositifs d’accompagnement complets (financier, technique et administratif) à destination des particuliers, mais également des professionnels de l’immobilier. 

Troisième levier, contraindre, pour remobiliser des biens et enclencher une dynamique de rénovation énergétique : des outils tels que le permis de louer [6] ou la taxe sur les logements vacants,  au-delà de leur caractère coercitif, sont avant tout des portes d’entrées pour enclencher auprès des propriétaires de logements énergivores une dynamique de rénovation énergétique, voire anticiper des situations de dégradation.

Plus globalement, un besoin d’améliorer la connaissance des logements en situation de passoires thermiques pour développer des outils adaptés est également apparu : l’ensemble des acteurs fait le constat de l’existence d’une multitude de sources de données et d’outils, rendant la connaissance du phénomène peu lisible et peu précise. Ils soulignent ainsi l’intérêt de disposer d’un outil harmonisé de connaissance des passoires thermiques pour proposer des solutions de rénovation adaptées aux caractéristiques de chaque territoire. 

Si ces différents leviers ne sont pas mobilisables de la même manière par l’ensemble des territoires – les territoires ruraux par exemple n’étant pas tous dotés de documents d’urbanisme leur permettant de planifier la rénovation – tous mettent en avant la nécessité de s’appuyer sur une stratégie globale et un écosystème d’acteurs pour mettre en œuvre une rénovation efficiente, à la hauteur des enjeux soulevés par l’interdiction de mise en location des passoires thermiques.

Unir les efforts pour lutter contre la rénovation énergétique paraît ainsi une nécessité.

Rencontre régionale de la revitalisation des centralités : le temps du passage à l’acte !

Réinvestir les centralités : une opportunité dans un contexte de zéro artificialisation nette

De nombreux territoires voient leurs centralités confrontées à des fragilités comme l’érosion de leurs activités commerciales et la concentration des emplois dans les zones périphériques, le vieillissement, la dégradation et l’inadaptation de leur parc de logements ou encore la raréfaction des services et équipements de proximité. Afin de remédier à cela, nombre d’entre eux se sont engagés dans des programmes de revitalisation visant à recréer une dynamique positive et, ainsi, infléchir la perte de vitesse des centres villes et centres bourgs. Le pari consiste à mettre en place une stratégie globale comprenant l’habitat, les commerces et services, la mobilité et les espaces publics ou encore la santé, puis de définir un plan d’actions telles que la réhabilitation de logements, la reconversion de friches ou encore l’acquisition de foncier commercial. Cette stratégie d’ensemble, qui traite de manière transversale plusieurs thématiques, doit permettre d’améliorer le cadre de vie et de renforcer la fonction de centralité dans ces territoires. Ces dispositifs de revitalisation soutiennent fortement les collectivités, par de l’ingénierie et des financements spécifiques, ils sont donc des accélérateurs de projet.

Dans un contexte de sobriété foncière, la revitalisation des centralités joue un rôle majeur dans la lutte contre l’étalement urbain, en invitant à réinvestir les espaces déjà bâtis (friches, logements ou commerces vacants, dents creuses…). Ces dispositifs s’inscrivent donc également comme un moyen d’atteindre l’objectif de Zéro Artificialisation Nette (ZAN). Ils représentent une opportunité pour les territoires de redécouvrir et d’adapter des modèles existants aux atouts incontestables pour mettre en œuvre leurs projets et innover dans la façon dont ceux-ci sont construits.

Passer à l’action : innover pour porter et financer son projet

Pour revitaliser leurs centralités, les territoires se voient souvent confrontés à la recherche de financements afin de pouvoir réaliser leurs programmes d’actions. Si les partenaires et subventions peuvent être multiples, il n’est pas toujours facile pour les chefs de projets de les identifier ou de les rencontrer, ceux-ci ne pouvant pas toujours se déplacer sur l’ensemble des communes concernées par les programmes “Action cœur de ville” ou “Petites villes de demain”. Pour faciliter cette prise de contacts entre élus, chefs de projets et partenaires financeurs, les DDT du Puy-de-Dôme et de l’Isère ont par exemple organisé, à l’occasion de leurs clubs de la revitalisation, respectifs, des speed-dating entre financeurs et chefs de projets “Petites villes de demain”. Ceux-ci devaient permettre sur un temps court de faciliter les prises de contacts et les premiers échanges entre territoires et financeurs, pour enclencher une dynamique dans le financement des actions.

D’autre part, ces aides ne suffisent pas toujours à financer la totalité d’un projet. Aussi, plusieurs territoires ou partenaires des démarches innovent. La commune de Belleville-en Beaujolais (69) a, par exemple, mis en place un mécénat territorial pour lever des fonds pour son projet de ville bioclimatique et positive en 2035. Ce mécénat se fait à la fois auprès des acteurs du monde économique et des habitants et prend la forme d’un fond de dotation à destination d’organismes à but non lucratif finançant des opérations sans bénéfice financier et d’intérêt général, en lien avec la métamorphose de la commune face aux changements climatiques. Ils ont ainsi proposé des projets comme la plantation d’arbres ou l’achat de vélos.

Les montages d’opérations peuvent aussi prendre des formes innovantes. A ce titre, la ville de Tarare a recherché un montage pour la requalification d’une ancienne usine, lui permettant de garantir la soutenabilité financière du projet. Ainsi, après signature d’une promesse de vente auprès du propriétaire privé actuel, la commune a engagé une procédure de dialogue compétitif auprès d’opérateurs privés. L’objectif est que les opérateurs démontrent la faisabilité du projet au vu de la programmation envisagée par la ville. Une fois l’opérateur sélectionné, la ville achètera le bien et le cédera à l’opérateur selon une procédure de cession à charges d’intérêt général pour s’assurer que ces derniers réalisent le programme prévu. Par la suite, les différents lots seront vendu en VEFA [3] aux preneurs qui auront à leur charge l’aménagement des espaces qu’ils auront acquis.

Passer à l’action : mettre en place une gouvernance multi-échelle, régulière et une animation auprès des habitants

Les projets de revitalisation des centralités s’inscrivent à la fois à l’échelle de la ville directement concernée par le dispositif, mais également à l’échelle de son intercommunalité pour être en adéquation avec la stratégie territoriale, notamment lorsque plusieurs communes d’une même intercommunalité sont engagées dans ce type de démarches. Une gouvernance comprenant les élus et techniciens permet de faire plus facilement avancer le projet, de garantir son articulation aux différentes échelles et de s’assurer le soutien des élus. Ainsi, la communauté de communes de Thiers Dore et Montagne (63) et la communauté d’agglomération de l’Ouest Rhodanien (69), ayant toutes les deux plusieurs communes impliquées dans les programmes “Petites villes de demain” et “Action cœur de ville”, ont mis en place une gouvernance dédiée à ces dispositifs. S’ils peuvent prendre plusieurs formes selon les territoires, ces modes de gouvernance visent la régularité des réunions et des temps d’échanges entre les communes impliquées dans ces dispositifs pour permettre l’articulation globale des projets de chaque commune. Cette gouvernance vient renforcer celle pouvant exister à l’échelle communale, mais aussi communautaire.

D’autre part, ces projets de revitalisation des centralités nécessitent d’impliquer les habitants dans la démarche pour permettre une meilleure acceptation du projet et en faciliter la réalisation. Pour mettre en œuvre cette animation auprès des habitants, les communes de Tullins et La Mure en Isère (38) ont fait le choix d’installer une maison de projet au cœur de leur centralité. Ces maisons de projets ont pour objectif de communiquer auprès des habitants sur les actions en cours ou à venir, de recueillir leurs remarques, suggestions et besoins et de les mettre en relation avec les élus ou les acteurs clés du projet. La limite de ce type de démarche est toutefois la capacité des communes à disposer de personnel pouvant tenir les permanences de ces espaces.

Finalement, au travers des retours d’expériences partagés lors de cette rencontre, on constate que les dispositifs de revitalisation constituent des opportunités d’expérimenter, d’innover, de rechercher de nouveaux modes de faire dans les territoires impliqués dans ces démarches, lesquels sont bien souvent confrontés au défi de mettre en œuvre ces projets de revitalisation dans un contexte de sobriété foncière et financière. Si les différentes initiatives partagées ne sont pas toutes reproductibles, elles apportent toutefois des éléments de réussite communs à ces projets que sont l’anticipation, la créativité ou encore l’implication des élus et des habitants. L’ AUCM continue d’accompagner les territoires impliqués dans ces démarches de transformation des centralités, à la fois en apportant son expertise de réalisation d’études dans le cadre des ORT de Clermont Auvergne Métropole et au travers d’un appui à l’animation des clubs départementaux de la revitalisation co-organisé avec la DDT 63, dont le prochain aura lieu à l’automne 2023.