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La friche industrielle Le Bout du Monde, un lieu expérimental de régénération écologique et territoriale

En 2026, l’Agence d’Urbanisme Clermont Massif central poursuit son accompagnement auprès de la Communauté de Communes de Thiers Dore et Montagne au sujet de la requalification des friches industrielles du territoire. Ce partenariat est né d’une volonté de la collectivité de redonner une nouvelle forme de vie à ces espaces abandonnés, à la fois marqueurs d’une activité coutelière qui a fait la renommée de Thiers, mais aussi témoins d’une désindustrialisation brutale dont les effets sur le territoire constituent des éléments forts de déclin.  

La friche du Bout du Monde, implantée au cœur de la Vallée des Usines, a été choisi comme terrain d’expérimentation d’une démarche de renaturation réplicable sur le reste du territoire. Comment une friche industrielle née de l’exploitation de la rivière peut-elle devenir un support de régénération écologique et territoriale ? Quelle nouvelle histoire ce lieu est-il capable de raconter, entre héritage manufacturier, dynamiques naturelles et recomposition territoriale ? Ces questionnements ont guidé les deux ateliers de travail organisés par l’AUCM, invitant différents acteurs du territoire à réfléchir collectivement au devenir de cet espace.  

Des friches industrielles, témoins matériels d’un système industriel en recomposition

« On peut dire que c’est la Durolle qui a fait Thiers et son industrie coutelière » (Paul Combe, 1922). Il y a sept siècles, le débit élevé et le dénivelé important de la rivière ont conditionné l’installation de petites papeteries sur les versants encaissés de la vallée, puis d’ateliers et d’usines de coutellerie. Pour faire de cette nature une ressource productive, les activités industrielles se sont adaptées à un paysage de vallée étroit et encaissée, en contraignant le cours de la rivière. De nombreux barrages furent installés, et l’eau fut guidée à travers des biefs courts et étroits. Les constructions se fondent dans les escarpements de la Durolle, réduisant encore un peu plus la liberté de son cheminement. L’industrie thiernoise ne s’est donc pas développée malgré le milieu naturel, mais grâce à lui. Or, alors que l’irrégularité du débit de Durolle et l’encaissement de la vallée imposaient de fortes contraintes à l’installation d’usines, c’est l’industrie qui va prendre petit à petit les commandes et mettre le milieu naturel à son service.  

Au 18e siècle, la fabrication du couteau prédomine, sa production segmentée créant de nombreux emplois sur le territoire thiernois. Un siècle plus tard, avec l’arrivée de la révolution industrielle, la mécanisation des processus de fabrication permet d’accélérer la production. L’énergie hydraulique de la Durolle est remplacée par l’énergie électrique, plus puissante et plus sûre. Thiers devient alors le centre de la coutellerie française et se développe pour atteindre une production massive. Cependant, au 20e siècle, la concurrence internationale et les effets de la mondialisation obligent de nombreuses usines à cesser leurs activités, et la production ralentit fortement.  

Si la coutellerie demeure aujourd’hui un secteur économique majeur du bassin thiernois, on retrouve à Thiers les vestiges d’une forme d’industrie révolue, dont les bâtiments industriels ont perdu leur fonction productive. Dans la vallée des usines, ces espaces abandonnés deviennent les témoins matériels d’un système industriel en recomposition, marqués par la désindustrialisation. Située sur le coteau de la Durolle, la friche du Bout du Monde appartient à cet héritage industriel. Exclue de toute forme de valorisation et de patrimonialisation, situé entre un centre d’art contemporain reconnu et des sentiers d’interprétation, le Bout du Monde apparait aujourd’hui comme le maillon manquant de la Vallée des Usines.  

Alors que la rivière justifiait autrefois l’installation et le fonctionnement de l’industrie, la disparition de cette fonction productive conduit aujourd’hui à reconsidérer le rôle du milieu naturel. Les logiques s’inversent : il ne s’agit plus de mettre la nature au service de l’activité industrielle, mais d’interroger la capacité du patrimoine industriel à contribuer au rétablissement des continuités écologiques, des dynamiques du vivant et des relations entre la ville et son environnement.  

Que signifie renaturer ?

La renaturation n’est pas seulement le retour à l’état naturel ou semi-naturel des écosystèmes qui ont été dégradés, endommagés ou détruits par les activités humaines. Ce terme recouvre en effet de multiples approches, faisant référence au niveau d’intervention humaine permettant de redonner à un espace naturel ses fonctionnalités écologiques. Il s’agit parfois de laisser la nature reprendre spontanément sa place, ou bien d’intervenir à travers des démarches « d’écologie de la restauration ». Ce concept est particulièrement d’actualité : pour atteindre les objectifs Zéro Artificialisation Nette et limiter la perte d’espaces naturels, renaturer les sols artificialisés est un levier dont se saisissent de nombreux acteurs et territoires. Cependant, à chaque site artificialisé correspond une histoire humaine passée, une dégradation du sol et du bâti plus ou moins poussée. Il n’existe donc pas de modèle de renaturation réplicable d’un projet à l’autre : tout dépend de l’objectif visé, des moyens humains et financiers que l’on peut y consacrer, et de la capacité du site à se transformer malgré les contraintes.  

Les friches industrielles sont de véritables laboratoires de renaturation. Elles possèdent en effet des trajectoires historiques, écologiques et sociales qui leur sont propres et qui conditionnent les possibilités de transformation. Les exemples de projets de renaturation qui se développent sur les territoires confirment la nécessité d’adapter les processus à chaque site en fonction des objectifs et de leur faisabilité. A Pont-Aven, dans le Finistère, une ancienne conserverie située en bord de rivière a bénéficié du programme Europan 16 qui a permis d’envisager de démolir les constructions, dépolluer les sols et faire des trois hectares de surface un site multifonctionnel ouvert à tous et. A Saint-Nicolas-de-Redon, certaines structures d’une ancienne entreprise de fabrication de caisses en bois ont été conservées pour garder une trace de l’histoire industrielle du territoire et limiter les coûts de démantèlement. Des arbres plantés sur sols inertes servent de support à de la phyto-remédiation. A Belle-Isle-En-Terre, des visites et des installations artistiques permettent de reconnecter le passé industriel et les éléments naturels d’un site autrefois investi pour la fabrication de papier.  

Faire des contraintes du Bout du Monde une opportunité de renaturer autrement

Renaturer, c’est bien permettre à un espace de retrouver un état de nature perdu suite à son artificialisation. Cependant, il est souvent difficile de retrouver une situation identique à l’état initial. Le site industriel du Bout du Monde a dû s’adapter aux contraintes d’une vallée escarpée et d’une rivière étroite, en construisant des bâtiments remplaçant les berges et des infrastructures entravant le cours de la Durolle. Aujourd’hui, ce sont ces héritages qui contraignent leur transformation : le site est soumis à un fort risque d’inondation, les sols sont probablement pollués, la végétation se resserre sur un bâti dégradé et peu accessible. Ces contraintes requestionnent la faisabilité d’un projet de renaturation tel qu’on l’entend.  

Mais ces contraintes sont peut-être aussi l’opportunité de réfléchir à une transformation qui convoque l’ensemble des dimensions du site. Lors des ateliers de co-construction mise en place par l’AUCM, les membres du groupe projet ont été invités à relire le secteur 1 du site du Bout du Monde au prisme de trois « figures » : la vallée, le patrimoine et le vivant. Comment le site s’intègre-il à la vallée ? Que nous disent les bâtiments de l’histoire industrielle de Thiers ? En quoi le site est-il encore habité aujourd’hui ? Ces trois clés de lecture ont permis de replacer les objectifs de la renaturation dans un cadre cohérent, prenant en considération les éléments indissociables du site et de son histoire, et qui pourront être mis au service des démarches de renaturation.  

De quoi le site du Bout du Monde est-il capable ?

Le secteur 1 du Bout du Monde a été choisi comme lieu expérimental de renaturation, avec une idée de départ assez pragmatique : étudier la faisabilité d’une déconstruction des bâtiments, d’une dépollution et d’une désimperméabilisation des sols, et d’une plantation de végétaux indispensables à la reconnexion des écosystèmes. Or, convoquer les différentes dimensions du site a amené le groupe projet à s’extraire de ce cadre théorique et des objectifs initiaux pour non plus se poser la question « que doit devenir le site ? », mais bien « de quoi le site est-il capable » ? Transformer le site du Bout du Monde, c’est prendre en compte l’ensemble de ses caractéristiques pour évaluer sa capacité à se reconnecter au reste de la vallée, à devenir un lieu de mémoire, mais également un laboratoire de régénération écologique.  

Ces réflexions collectives ont abouti à la priorisation d’un certain nombre d’actions, reliées par un principe commun : la réussite de ces transformations est avant tout dépendante du temps et de la progression que l’on accorde à leur mise en place. Laissons d’abord les habitants venir ponctuellement redécouvrir les différentes facettes du lieu, discutons avec les usagers habituels pour recueillir leurs ressentis vis-à-vis du projet, recueillions les témoignages d’anciens ouvriers, menons des études pour qualifier encore mieux les éléments structurants du site. Autant de temps passé, d’évolutions incertaines, qui font du site du Bout du Monde un véritable lieu d’expérimentation.  

Un projet pour raconter un nouveau récit, entre patrimoine et vivant

La friche du Bout du Monde constitue une ressource pour penser l’avenir, entre mémoire, réemploi et nouvelles dynamiques territoriales. Il s’agit de raconter un nouveau récit, sans oublier l’histoire industrielle passée du site, mais en montrant qu’un lieu autrefois construit pour exploiter la rivière permet aujourd’hui de réparer et de révéler les dynamiques de la vallée des Usines et du vivant qui a (re)pris sa place. 

Un atlas pour mieux connaitre les quartiers politiques de la ville de la Métropole

La politique de la ville, inscrite dans les Contrats Engagement Quartiers 2030 des collectivités, vise notamment à réduire les écarts de développement entre les quartiers prioritaires et leur unité urbaine et à permettre aux quartiers de sortir de la situation de décrochage socio-économique. Une connaissance fine de la situation est donc nécessaire au bon calibrage des actions mises en place et au suivi des politiques publiques menées. Pour accompagner ses territoires adhérents porteurs de contrat de ville, l’AUCM a produit des atlas et portraits de quartiers. Sur le territoire de la métropole clermontoise, les livrables produits ont identifié un niveau de fragilité élevée sur la commune de Clermont-Ferrand, une situation très contrastée au sein de la commune de Cournon d’Auvergne, des fragilités sur les communes d’Aulnat et de Gerzat, qui comprennent notamment des Quartiers de veille active (QVA), mais également dans d’autres communes non concernées par la géographie prioritaire (Lempdes, Cébazat, ainsi que le nord de Beaumont et le nord de Romagnat). L’intérêt de ces outils de connaissance est également d’identifier les enjeux spécifiques à chaque quartier prioritaire, laissant entrevoir un besoin de différenciation de l’action publique menée.

Des outils pour accompagner le suivi des contrats de ville

L’AUCM a accompagné en 2025 les collectivités et partenaires du contrat de ville dans la définition du contenu et du format d’un socle d’indicateurs. Le choix a été fait de réaliser un atlas et des portraits de quartiers permettant de dresser un état des lieux de la situation dans les territoires de la géographie prioritaire, et de la comparer à la situation dans le reste du territoire. Produits grâce au conventionnement avec les partenaires fournisseurs de données (CAF, Rectorat, France Travail…), ces documents sont déclinés sur les territoires membres de l’Agence et porteurs de contrats de ville : Clermont Auvergne Métropole, Thiers Dore et Montagne, Vichy Communauté.

Les atlas (Panorama social), donnent à voir la situation sociale du territoire à travers une trentaine d’indicateurs choisis en cohérence avec les axes du contrat de ville et répartis en quatre grandes thématiques (démographie, cohésion sociale, développement économique et emploi, cadre de vie). Les choix méthodologiques de construction de l’atlas permettent de visualiser les fragilités des territoires à une échelle infra-communale et de mettre en perspective la situation des quartiers de la géographie prioritaire avec leur environnement proche. Ces atlas mettent également en évidence les espaces de fragilité qui ne font pas partie de la géographie prioritaire mais nécessitent tout de même une attention particulière.

En complément des portraits statistiques des quartiers précisent la valeur des indicateurs à l’échelle de chaque QPV. Ils dressent un état des lieux de la situation dans chaque quartier de la géographie prioritaire et la mette en perspective avec les territoires de référence (commune et EPCI). Ils intègrent également une carte de localisation des équipements, commerces et services et un texte d’analyse synthétique des atouts et fragilités du quartier.

La mise à jour de ces documents au fil de la durée du contrat de ville (2024-2030) permettra d’identifier les dynamiques de rattrapage ou de décrochage de certains quartiers.

Des difficultés inégalement réparties au sein du territoire métropolitain

Clermont-Ferrand se distingue fortement par son profil démographique (part importante de jeunes et de personnes seules) et un niveau de fragilité élevé (taux de pauvreté, précarité énergétique, …). La situation sociale est très contrastée sur la commune de Cournon d’Auvergne avec un QPV qui se distingue du reste de la commune sur de nombreux indicateurs. Le panorama social met également en évidence des fragilités économiques et sociales sur Aulnat et Gerzat et sur quelques communes hors géographie prioritaire : Lempdes, Cébazat, ainsi que le nord de Beaumont et le nord de Romagnat (pour ces deux communes les secteurs de fragilité correspondent aux secteurs où la part de logements sociaux est élevée). La commune d’Aubière ressort également sur quelques indicateurs, potentiellement en raison de la présence d’étudiants.

Le travail conduit dans le cadre du volet santé de la révision de la Feuille de route de transition écologique et solidaire de Clermont Auvergne Métropole fait ressortir ces mêmes territoires comme des territoires cumulant exposition aux facteurs de risque environnementaux et vulnérabilité de la population.

Adapter les politiques publiques aux enjeux de chaque quartier

Si les travaux de transformation des espaces publics et de diversification de l’habitat, conduits dans le cadre du programme national de renouvellement urbain, remodèlent ces quartiers, la photographie dressée dans le cadre des portraits laisse entrevoir des enjeux prioritaires différents selon les quartiers qui invitent à adapter l’action publique menée à chaque situation :

  • Fontaine du Bac est un quartier presque exclusivement résidentiel, composé uniquement de logements sociaux et très peu doté en équipements, commerces et services. L’indice de position sociale des collégiens est le plus faible du territoire et le quartier compte une part d’entreprises de livraison à domicile significativement plus élevée que sur le reste du territoire.
  • La Gauthière est le QPV comptant le taux de pauvreté et le nombre et la part d’allocataires du RSA de droit commun les plus élevés. Le taux d’emploi des femmes est particulièrement faible et la part de demandeurs d’emploi de plus de 50 ans est élevée.
  • Les Quartiers Nord, QPV le plus peuplé de la métropole, présente de forts enjeux sur l’emploi : très faible taux d’emploi, notamment chez les femmes, forte part de demandeurs d’emploi de plus de 50 ans et de longue durée.
  • A Saint Jacques, la part d’enfants vivant sous le seuil de pauvreté est plus importante que dans les autres quartiers et la part d’allocataires du RSA de droit commun est importante. Les taux de personnes seules et de personnes âgées sont plus importants que dans les autres QPV, dans ce quartier bien doté en équipements et services mais avec peu de commerces.
  • Le quartier Centre, ayant intégré la géographie prioritaire en 2024, se distingue par une part importante de jeunes et de personnes vivant seule. Il présente des indicateurs de ressources et d’insertion professionnelle plus favorables que dans les autres QPV mais qui restent en décrochage par rapport au territoire communale et métropolitain, et un très faible taux de réussite au brevet, notamment pour les garçons.
  • Le QPV de Cournon présente un taux très élevé de familles monoparentales. Les niveaux d’emploi et de pauvreté sont plus favorables que dans les autres QPV mais en décrochage par rapport au reste de la commune et le taux d’allocataires du RSA de droit commun est particulièrement élevé. Il existe sur ce quartier un enjeu fort d’insertion professionnelle des jeunes hommes.

Concernant les quartiers de veille active, les communes d’Aulnat et Gerzat présentent toutes les deux une population assez âgée avec peu de 15-24 ans et un taux élevé d’habitants de plus de 75 ans, ainsi qu’une part élevée de familles monoparentales. Dans ces deux communes, le niveau de revenu figure parmi les plus faibles du territoire et le taux de pauvreté est élevé. Le taux d’emploi est favorable, y compris pour les femmes, mais porté par une part d’emploi précaire importante. La commune de Gerzat présente des fragilités spécifiques avec un fort taux de 16-25 ans non scolarisés et sans emploi, notamment pour les filles (supérieur à 20% sur une large part de la commune), un taux élevé d’allocataires du RSA de droit commun et un fort taux de pauvreté parmi les enfants allocataires CAF.

Réhabiliter, réinventer, revitaliser : des ORT pour les villages d’avenir de Thiers Dore et Montagne

Face à la perte d’attractivité des centres-bourgs, l’Opération de Revitalisation de Territoire (ORT) portée par Thiers Dore et Montagne s’impose comme un outil stratégique pour redonner souffle et cohérence aux centralités du territoire. À travers un projet global et intégré, cet outil fédère les politiques locales autour d’objectifs communs : améliorer l’habitat, dynamiser le commerce, revaloriser les espaces publics et renforcer l’identité des bourgs. 

Une démarche globale au service des centralités

L’ORT constitue un cadre d’action transversal qui permet de traiter simultanément des enjeux d’habitat, de commerce, de mobilité, d’espaces publics, de patrimoine et d’écologie. Elle s’inscrit dans une logique d’attractivité et d’expérimentation, tout en donnant accès à des leviers réglementaires et financiers spécifiques : dispense d’autorisation d’exploitation commerciale, aides à la rénovation de l’habitat par l’accès prioritaire aux aides de l’Agence nationale de l’habitat (Anah) et l’éligibilité au dispositif “Denormandie” 1 dans l’ancien, facilités d’aménagement à travers des dispositifs comme le permis d’innover ou le permis d’aménager multi-sites, renforcement du droit de préemption urbain et du droit de préemption dans les locaux artisanaux. 

Au-delà de ces outils, la démarche traduit la volonté des collectivités de se doter d’une stratégie de reconquête de leurs cœurs de bourg. Elle se matérialise par un plan d’action concret, programmé dans le temps, et construit avec l’ensemble des partenaires associés – notamment l’État, le Département du Puy-de-Dôme, la Région et les acteurs de la revitalisation (Chambres consulaires, bailleurs sociaux…). 

Une dynamique territoriale cohérente

Dans la continuité des ORT déjà engagées sur Thiers (Action Cœur de Ville), Courpière et Puy-Guillaume (Petites Villes de Demain), la Communauté de communes Thiers Dore et Montagne déploie aujourd’hui cette démarche sur deux nouvelles centralités reconnues au titre de « Villages d’avenir » : Châteldon et La Monnerie-le-Montel. 

Châteldon : conjuguer patrimoine et transition écologique

Nichée au creux de la vallée du Vauziron, Châteldon, petite cité de caractère dominée par son château féodal, a depuis longtemps engagé une réflexion sur la valorisation de ses espaces publics. Après plusieurs plans d’aménagement et une étude urbaine conduite par le Parc Naturel Régional Livradois-Forez (« Habiter autrement le centre-bourg »), la commune franchit aujourd’hui une nouvelle étape. 

Son ORT s’inscrit résolument dans le virage de la transition écologique et de l’adaptation au changement climatique. Le programme d’actions met l’accent sur la désimperméabilisation des sols – grâce à l’usage de pavés poreux, de jardins de pluie ou de sols drainants – et sur la végétalisation : plantations massives, restauration des berges, création de noues et de jardins potagers. La redéfinition des circulations vise, par ailleurs, à redonner toute sa place au piéton, au bénéfice d’un centre plus apaisé, plus vert et plus habitable. 

La Monnerie-le-Montel : renouer avec la Durolle

La Monnerie-le-Montel fait figure de clairière urbanisée, structurée autour de plusieurs polarités :  le linéaire commercial de la rue de la Gare, le bourg ancien sur le coteau, le vallon récréatif du Ris et la vallée des Goyons, équipée d’infrastructures sportives et culturelles. Héritage d’une histoire industrielle coutelière liée à la Durolle, cette configuration a aujourd’hui besoin d’être portée autour d’un projet d’ensemble. 

L’ORT prend la forme d’un projet de requalification du quotidien : rénovation de logements et de commerces, amélioration des espaces publics, apaisement de la traversée du bourg, renforcement des services autour du pôle santé et reconquête des espaces naturels, notamment le vallon du Ris et l’étang des Planchettes. Ces aménagements visent à restaurer le lien entre le village et son environnement, en valorisant les vallées comme éléments structurants du paysage et de l’identité locale. 

Innover avec des moyens maîtrisés

Les ressources humaines et financières demeurant limitées, l’efficacité du plan d’action des ORT repose sur la priorisation et la frugalité des interventions. L’usage d’outils innovants, comme les foncières immobilières solidaires soutenues par le Département et Clermont Auvergne Métropole, permet de faciliter les acquisitions, rénovations et remises sur le marché de logements vacants. 

Cette ingénierie nouvelle s’accompagne d’un souci constant d’optimisation et de sobriété : faire mieux avec moins, tout en assurant la cohérence des actions à l’échelle communautaire. 

Cinq enseignements à retenir

  1. Une revitalisation qui s’inscrit dans le temps long

Redonner vie à un centre-bourg est un travail de patience et de persévérance. Les ORT de Thiers Dore et Montagne rappellent qu’il faut composer avec les héritages du passé – urbanisme fragmenté, vacance immobilière, déclin commercial et industriel – tout en inscrivant l’action dans la durée. Cette continuité politique et technique, parfois sur plusieurs mandats, est une condition essentielle de réussite. 

  1. Un portage politique fort et visionnaire

Les maires de Châteldon et de La Monnerie-le-Montel incarnent chacun une vision claire pour leur commune. À Châteldon, l’objectif est l’adaptation du village au changement climatique : désimperméabiliser, végétaliser, atténuer la place de la voiture…. À La Monnerie, il est social : conforter les services, améliorer le quotidien des habitants, réaffirmer la centralité du Montel. Ce portage politique fort, appuyé sur une gouvernance intercommunale, donne sens et cohérence aux projets. 

  1. De nouveaux alliés au service de la revitalisation

La complexité des opérations nécessite de s’entourer de partenaires multiples. Les foncières solidaires, les fondations privées, les bailleurs sociaux et les acteurs économiques apportent des ressources, des compétences et une capacité d’expérimentation précieuse. Cette ouverture partenariale renouvelle la manière de « faire projet » et renforce la dimension coopérative des ORT. 

  1. Une convergence d’échelles à construire

La revitalisation impose une articulation fine entre politiques communautaires (habitat, mobilités, commerce, environnement) et stratégies communales. Les ORT jouent ici un rôle d’interface : elles traduisent des ambitions territoriales en actions locales. Cette cohérence entre les niveaux de décision et d’intervention est indispensable pour garantir la lisibilité et l’efficacité des projets. 

  1. Une approche paysagère et écologique renouvelée

Les projets de TDM montrent que l’attractivité passe aussi par la qualité du cadre de vie. Les interventions sur les places publiques, les vallées, les berges ou les plans d’eau ne sont pas de simples opérations d’embellissement : elles traduisent une vision intégrée de l’écologie, où l’eau, le végétal et le patrimoine deviennent leviers d’habitabilité. L’environnement n’est plus un décor, mais un moteur de transformation. 

Habiter à nouveau le centre-bourg

La revitalisation des centres-bourgs ne se résume pas à une opération technique ou réglementaire : elle engage une véritable transformation culturelle. Réinvestir ces lieux de vie suppose de mobiliser les bailleurs, habitants, commerçants et usagers, de faire d’eux des acteurs du changement, plutôt que de simples bénéficiaires. 

C’est cette dynamique partenariale que TDM souhaite renforcer, en préparant d’ores et déjà de nouvelles ORT sur Augerolles et Saint-Rémy-sur-Durolle, poursuivant ainsi une politique de centralités vivantes, attractives et durables.

Les lacs de Thiers Dore et Montagne dans l’adaptation au changement climatique

Lauréate de l’appel à candidatures « Territoires de lacs du Massif central »[1], la Communauté de communes Thiers Dore et Montagne a élaboré une feuille de route pour un tourisme durable et équilibré à l’échelle de ses trois bases de loisirs. Dans un contexte de changement climatique, cette stratégie intégrée et partenariale vise à adapter le modèle de développement territorial en repensant la place et la fonction des lacs dans le territoire. Ces derniers sont en effet susceptibles de jouer un nouveau rôle dans une délicate équation sociale, économique et environnementale du territoire. D’un côté, ils peuvent répondre aux attentes des clientèles touristiques en recherche d’espaces tempérés dotés d’une offre de loisirs accessible et de qualité. De l’autre, ils peuvent renforcer l’habitabilité du territoire et offrir à ses habitants des points récréatifs et rafraîchissants. Ces opportunités ne doivent cependant pas masquer le fait que ces lacs sont eux-mêmes affectés par le changement climatique qui exerce des pressions sur l’ensemble des milieux naturels. Enfin, considérant les impacts environnementaux de certaines pratiques, l’impulsion d’une dynamique autour de la transition écologique des lacs peut être un facteur de différenciation et de montée en qualité de l’offre. Tout l’intérêt du dispositif repose de fait sur cette invitation à concevoir un projet gagnant-gagnant pour la collectivité, en soutenant son habitabilité et son développement, et son milieu de vie, en préservant son écosystème et les services qu’il assure. 

Trois lacs artificiels amenés à se diversifier 

La Communauté de communes Thiers Dore et Montagne dispose de trois lacs à Thiers, Aubusson d’Auvergne et Saint-Rémy-sur-Durolle, d’origine artificielle, aménagés entre 1960 et 1980 dans le cadre de la politique nationale de déploiement de promotion des espaces de plein air[2]  ouverts à la population. Ces trois lacs présentent des positionnements distincts, directement liés à leur inscription territoriale et à leurs usages. 

  • Saint-Rémy-sur-Durolle mise sur l’attractivité et le vivre-ensemble intergénérationnel, en confortant son image de station touristique familiale et populaire, ancrée dans un cadre verdoyant. L’ambition est de maintenir une fréquentation de proximité inclusive, y compris pendant la saison estivale. 
  • Aubusson d’Auvergne revendique une forme de sobriété et de frugalité, avec l’ambition d’affirmer son statut de lieu refuge. Le site valorise son image de lac “nature”, peu urbanisé, en s’adressant à la fois aux habitants locaux, aux métropolitains en quête de ressourcement, et aux touristes internationaux sensibles à la préservation de l’environnement. 
  • Iloa Rives de Thiers, enfin, s’inscrit dans une logique d’hyper-proximité et d’apprentissage transgénérationnel, en renforçant son rôle de parc urbain de loisirs et d’activités sportives pour le bassin thiernois. Il s’adresse prioritairement aux populations locales, notamment pour ceux qui ne peuvent partir en vacances, tout en accueillant des touristes de passage. 

Les bases de loisirs sont amenées à évoluer de manière à conforter l’attractivité de ces sites et à les dynamiser dans le cadre de la politique économique et touristique des territoires3 et face aux impacts du changement climatique. Pour Thiers Dore et Montagne, il s’agit plus particulièrement d’accroître sa notoriété, sa dynamique économique et de favoriser son positionnement comme destination touristique au sein du Massif central et de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, tout en œuvrant à la préservation d’un bien commun, en sensibilisant les acteurs locaux à la vulnérabilité de ce milieu et à l’importance de sa préservation, en intégrant dans la réflexion l’ensemble du bassin versant. Le projet prend la forme d’une démarche globale lancée par l’intercommunalité comme cheffe de file, rassemblant les différents acteurs publics, privés, associatifs du territoire (loisirs, pêche, développement durable, économique, entretien des espaces publics…). Cette dynamique partenariale et participative avec l’ensemble des parties prenantes des trois sites est déterminante. Elle permet de couvrir les thématiques propres au renouvellement de la stratégie touristique dans un contexte de changement climatique, tout en intégrant le souci de concilier dynamique touristique et vie locale. 

Des impacts et conséquences à anticiper pour penser la fonction à venir des trois lacs 

Si les lacs constituent des lieux plébiscités durant la période estivale, ils n’en présentent pas moins des risques de changements, de tensions, voire de ruptures qu’il convient d’anticiper pour en faire évoluer les représentations, repenser les usages et adapter les pratiques. Identifier leurs vulnérabilités, mais également leurs forces dans les années à venir, permet de repenser le rôle économique, mais également social et environnemental de ces trois sites. 

 Les impacts du changement climatique se concentrent sur la saison estivale, période durant laquelle les usages autour des lacs sont les plus intenses. Le principal impact concerne l’eutrophisation, notamment la prolifération de cyanobactéries, qui touche l’ensemble des activités pratiquées autour des plans d’eau. L’interdiction de baignade qui en découle entraîne une chute importante de la fréquentation. La diminution du niveau d’eau rend certains équipements difficilement accessibles. Par exemple, les quais fixes de la base de loisirs d’Aubusson deviennent inadaptés. La pêche est également affectée par le manque d’eau et les fortes chaleurs, provoquant la surmortalité des espèces sensibles, ces effets sont accentués en cas de dégradation de la qualité de l’eau. L’appauvrissement de la biodiversité dans les lacs est manifeste depuis 25 ans. Cette érosion rend le territoire moins attractif, car il y a moins d’espèces à observer et à montrer. Elle exige une adaptation des actions d’éducation à l’environnement, pour accompagner les publics dans la compréhension de cette évolution. Les vagues de chaleur et les précipitations intenses modifient par ailleurs la fréquentation des sites et perturbent l’organisation des événements. Les visiteurs recherchent désormais la fraîcheur, en altitude ou le long des eaux vives. Dès qu’une certaine température est dépassée, les lacs sont délaissés. Les horaires de baignade et les départs d’activités sportives sont décalés aux périodes les plus fraîches, en matinée ou en soirée. Les activités tendent alors à se reporter sur les saisons intermédiaires durant lesquels le confort thermique est souvent meilleur. Ce décalage pose cependant la question de la surveillance de la baignade et du contrôle de la qualité de l’eau portant sur la saison estivale. Le déplacement de la fréquentation pose aussi un risque pour la faune et la flore en pleine période de reproduction et de germination au printemps. 

Dépasser l’anthropocentrisme : des lacs refuges pour les vivants 

Les lacs ne peuvent plus être pensés exclusivement comme des espaces au service des humains, mais comme des lieux de vie pour l’ensemble des vivants. Ce changement de perspective impose de maîtriser la pression sur les sites et de sortir d’une approche anthropocentrée, pour une lecture partagée des vulnérabilités. 

Initialement pensés pour le bien-vivre de la population, les trois lacs sont à considérer dans toutes les fonctions qu’ils remplissent, notamment les services rendus à la nature. Il ne s’agit plus de les « vendre » comme vitrines touristiques, mais de les penser comme refuges pour les vivants. Cela suppose une stratégie de (re)conciliation entre des enjeux multiples : 

  • Écologique : préservation de la biodiversité et de la qualité de l’eau ; 
  • Économique : développement d’un tourisme durable, montée en gamme de l’offre ; 
  • Culturel et identitaire : valorisation du patrimoine naturel et immatériel ; 
  • Social : consolidation d’un lieu de vie, de détente et de lien social pour tous les publics. 

Dans cette perspective, les lacs ne peuvent plus être pensés uniquement comme des “vitrines” de l’attractivité touristique, mais doivent être reconnus comme des lieux de vie partagés, au service du bien-être des habitants comme des non-humains. 

La feuille de route adoptée par la collectivité pour un tourisme durable et équilibré à l’échelle des trois lacs vise ainsi six objectifs :  

  1. Diversifier et désaisonnaliser l’offre touristique et de loisirs par le développement d’activités tout au long de l’année, à la fois à destination des touristes et des habitants, en faisant la part belle aux activités de plein air ou en phase avec les valeurs de développement durable.
  2. Associer les acteurs économiques locaux afin d’articuler la stratégie des lacs aux activités économiques du territoire, mais également d’améliorer la gestion des plans d’eau et de leurs alentours. 
  3. Faire des lacs des lieux de rafraîchissement et de lien social afin que la démarche ait des impacts en matière d’amélioration de la qualité de vie des habitants du territoire, notamment les plus vulnérables face aux effets du changement climatique. 
  4. Garantir la qualité de l’eau dans une logique de bassin versant incluant les affluents afin de restaurer la qualité physico-chimique des milieux, d’assurer la gestion quantitative de la ressource tout en veillant à la qualité des eaux de baignade. 
  5. Préserver et valoriser la biodiversité et les valeurs fortes du paysage par site, mais également sensibiliser les habitants et les usagers des lacs à la richesse de leur environnement.
  6. Améliorer l’accessibilité en privilégiant les modes de transports actifs, l’accessibilité des sites, les liaisons douces et les infrastructures de mobilité.

 Conclusion : face au changement climatique, un rôle élargi à jouer 

Dans un contexte de réchauffement climatique, les trois lacs prennent une dimension nouvelle comme lieux de fraîcheur et de refuge, en particulier pour les publics vulnérables : enfants, personnes âgées, habitants de bouilloires thermiques. L’approche systémique retenu dans le cadre de la démarche « Territoire de lacs » a permis de prendre conscience de la naturalité et des services écosystémiques qu’offrent ces sites pourtant artificiels, pensés initialement pour le tourisme et les loisirs, et désormais prêtant attention à l’ensemble des vivants. Malgré leur origine anthropocentrée en tant que bases de loisirs, les trois sites, en tant que territoires de lacs dont l’intérêt en termes de réservoir de biodiversité et de naturalité s’impose, sont désormais inscrits dans une dynamique de transition écologique. Si le sujet du renoncement définitif à la baignade ne suscite pas une acceptation générale des acteurs du territoire, cette hypothèse a néanmoins été posée comme une éventualité à prendre en considération. La vocation de territoire refuge des lacs est élargie au-delà de la seule baignabilité. Ils sont désormais appréhendés plus largement comme des lieux de rafraîchissement, voire des portes d’entrées d’un réseau de points de fraîcheur maillant le territoire de Thiers Dore et Montagne. Néanmoins, la mise en application du plan d’actions sur le long terme nécessite que la population et les usagers des lacs soient favorables aux actions déployées. Les trois lacs de Thiers Dore et Montagne peuvent, dès lors, faire figure de terrains d’expérimentation et de mobilisation autour de l’adaptation au changement climatique, au service non seulement du secteur du tourisme et des loisirs, mais également plus largement des territoires de montagne. 

Recycler les friches pour relever le défi de la sobriété foncière

Symboles d’un passé industriel actif, de nombreuses friches sont présentes sur les territoires, urbains comme ruraux. Elles dessinent un paysage en mutation, en attente de nouvelles perspectives. Celles-ci semblent justement s’ouvrir depuis août 2021 avec la loi Climat & Résilience qui entraîne un changement de paradigme pour l’aménagement des territoires en fixant, à l’horizon 2030, un objectif de Zéro Artificialisation Nette (ZAN). Les friches deviennent donc une véritable ressource, sous réserve que les collectivités dépassent les difficultés à projeter de nouvelles valeurs d’usage pour ces espaces délaissés qui constituent un potentiel foncier précieux, véritable terrain de jeu et d’expérimentation pour tester des projets urbains désormais contraints à une plus grande sobriété et fédérer une filière d’acteurs dédiée autour d’une stratégie commune.

Nous donnons ici un aperçu de l’accompagnement et des outils développés par l’Agence d’Urbanisme.

UNE DÉMARCHE DE PROJET TERRITORIAL

Des expérimentations sont en cours sur nos territoires et les premiers points de vigilance apparaissent. La reconversion des friches ne peut être réalisée au “coup par coup”, en fonction d’opportunités, au risque de produire une structure binaire qui d’un côté sanctuarise des espaces, tandis qu’elle en densifie d’autres. D’autant que les modèles économiques de développement urbain qui ont cours sont basés sur une échelle restreinte, un site ou une zone, et non à une échelle territoriale induite par le recyclage foncier.

En ce sens, l’Agence d’urbanisme Clermont Massif central propose des méthodes et des outils d’aide à la décision pour accompagner décisionnaires et acteurs concernés, à se saisir de l’enjeu de la reconversion des friches dans une optique de transition écologique.

Sur de nombreux territoires, la reconversion des friches est abordée par le biais du développement économique, pour répondre à la perte d’attractivité des zones d’activités et leur mutation progressive vers l’activité commerciale et de services, activités par nature plus « volatiles », qui renforcent la déqualification de ces zones.

La réponse souvent apportée à cette problématique est l’extension urbaine. Du foncier agricole ou naturel est ainsi mis à disposition pour le développement économique. Ce modèle de développement par l’étalement urbain, qu’il soit par ailleurs économique ou résidentiel, repose sur des méthodes et des outils éprouvés, des modèles financiers sûrs, des documents de planification et d’urbanisme réglementaires favorables.

Sans partir d’une page blanche, la planification du recyclage foncier, avec la mobilisation des friches, reste aujourd’hui à expérimenter et à consolider afin de poser une méthode de recyclage du foncier, plus qu’un modèle de développement.

UN ACCOMPAGNEMENT DES TERRITOIRES

Les agences d’urbanisme de France et l’ADEME accompagnent désormais l’aménagement des territoires et leur inscription dans l’atteinte des objectifs de la transition écologique. En 2021, dans un contexte de sobriété foncière renforcée, l’ADEME, avec l’appui du réseau Urba4 rassemblant les quatre agences d’urbanisme de la région Auvergne-Rhône-Alpes, a mis à l’honneur le thème de « La reconversion des friches économiques et leur contribution dans les stratégies de transition écologique ».
L’objectif ZAN de la loi Climat et Résilience rend en effet indispensable le recyclage du foncier issu des friches économiques vers les différentes fonctions nécessaires à une politique territoriale d’aménagement du territoire.

Pour économiser la “ressource sols” et atteindre les objectifs de transition écologique, il apparaît ainsi important que la dynamique de conversion des friches économiques s’accroisse et que les territoires s’emparent de ce sujet à fort enjeu.

La démarche proposée articule expertise technique et temps politique pour définir une stratégie territoriale de reconversion des friches. À partir d’un corpus de sites en friches repérés, les décisionnaires cheminent vers un choix de sites pilotes, qui seront des démonstrateurs de situations de remobilisation et de thématiques choisies (valorisation du patrimoine bâti, renaturation ou optimisation foncière). Le choix de ces sites pilotes définit une feuille de route pour le territoire, pour la mise en œuvre de sa stratégie territoriale.

L’étude de gisement des friches  fournit un état des lieux du potentiel du territoire, les éléments d’analyse et d’aide à la décision pour faciliter les choix de priorisation et de planification des interventions. Déroulé : AUCM

Cette démarche s’appuie sur deux outils de qualification des gisements friches : l’outil Mutabilité et l’outil TransiFriches.

L’OUTIL MUTABILITÉ

La reconversion de sites en friches est un processus complexe, souvent long, qui mobilise de multiples acteurs. Mieux qualifier les friches, c’est enclencher un projet en lien avec le territoire : faire d’une opportunité localisée un potentiel pour une stratégie territoriale.

Au-delà d’un inventaire quantitatif et cartographique, l’outil Mutabilité interroge les caractéristiques des espaces vacants. La qualification des sites se construit selon les grandes thématiques de l’aménagement déclinées en plusieurs critères, par exemple : l’accessibilité et la desserte en transport en commun, leur situation en secteur de déprise ou d’attractivité. On obtient ainsi un classement du potentiel de mutation des friches.

L’OUTIL TRANSIFRICHES

Les opportunités de recyclage foncier que représentent les friches, nécessitent la définition d’une stratégie territoriale pour un développement raisonné et l’atteinte des objectifs du Zéro Artificialisation Nette (ZAN).

Le potentiel de contribution à la transition écologique des friches, appréhendé par « TransiFriches », qualifie et hiérarchise les sites en vue de la définition d’une stratégie équilibrée entre développement et renaturation, et une possible projection de scénarios, construite selon les vocations préférentielles définies pour chacun des sites.

A titre d’exemple, le schéma ci-dessous présente les différents profils établis avec les outils Mutabilité et TransiFriches, pour le gisement stratégique de friches de Thiers Dore et Montagne (TDM) et la répartition des friches en fonction de leurs profils.

Les résultats obtenus avec les outils permettent une hiérarchisation des sites et leur qualification / positionnement les uns par rapport aux autres. Un travail d’analyse statistique est alors conduit afin de regrouper les sites possédant des caractéristiques similaires. Pour les friches de TDM, 6 profils de reconversion ont été définis :

  • Reconversion ouverte : tout type de projet peut être envisagé, y compris habitat, équipements ou création d’espaces naturels ;
  • Reconversion complexe et coûteuse à la fois techniquement et au regard de la division des parcelles ;
  • Reconversion peu technique mais coûteuse : pas de frein réglementaire ou environnemental, le bâti en dur existant est mobilisable en l’état mais opération coûteuse à cause de la morphologie du terrain (en pente, non viabilisé) et dépollution à prévoir ;
  • Reconversion économique très favorable : peut accueillir aisément tout type d’activité économique (terrain plat, bâti en dur peu dégradé mobilisable sans travaux important, pas de bâti léger type hangar de tôles, sans contrainte réglementaire ni interdiction dûes à des servitudes telles que réseau de gaz ou pylône électrique, …) ;
  • Reconversion économique favorable : peut accueillir tout type d’activité économique mais contraint par des règlements, présence de servitudes et de bâti léger difficile à convertir ;

Reconversion économique stratégique : susceptible de répondre le mieux aux besoins des entreprises d’un point de vue à la fois économique et technique, apporterait une image attractive au territoire et une visibilité aux entreprises.

Sur ce même gisement, 5 profils de contribution aux transitions énergétique et  écologique ont été définis :

  • Contribution optimisée pour le développement agro-environnemental : peut favorablement accueillir des éco-activités produisant des biens ou services ayant pour finalité la protection de l’environnement ou la gestion des ressources, telles qu’une exploitation agricole en permaculture ou un projet de renaturation (des abords d’un cours d’eau, …) ;
  • Contribution optimisée pour le développement économique et les énergies renouvelables : en plus d’être favorable à l’activité économique, le site en friche est apte à accueillir des installations de production d’énergie (parc solaire, méthaniseur, …) ;
  • Contribution optimisée pour le développement urbain ou économique : peut participer par exemple à la lutte contre les îlots de chaleur, à préserver la biodiversité, ou encore à une bonne gestion de l’eau. Ce peut être des éco-quartiers  ;
  • Contribution moyenne à faible aux transitions : des travaux importants seraient à mener pour rendre ce gisement favorable aux transitions énergétique et écologique.

Résultats issus de l’analyse à l’aide des outils Mutabilité et TransiFriches, appliqués au, territoire Thiers Dore et Montagne, illustration : AUCM

Il est ainsi apparu que la majorité des friches (21) peuvent muter favorablement pour de l’activité économique, tout en contribuant aux transitions énergétique et écologique pour 10 de ces sites, et de manière seulement modérée pour 6 d’entre eux.

Bâtir une stratégie territoriale reviendra donc à chercher un équilibre entre dynamique économique, utilisation de l’existant et contribution aux transitions énergétique et écologique. Autrement dit, une stratégie qui fait un pas vers l’objectif de Zéro Artificialisation Nette à atteindre d’ici 2050.

LIMITES URBAINES STRICTES CONTRE ÉTALEMENT URBAIN ?

La mise en œuvre du Zéro Artificialisation Nette est chiffrée et inscrite dans un calendrier national, régional et local. Des dispositions réglementaires dérogatoires sont désormais inscrites au code de l’urbanisme pour favoriser la mobilisation du foncier artificialisé et du bâti existant. Des dispositions financières, Plan France Relance puis Fonds Vert, sont actives, pour amorcer de nouvelles pratiques urbaines. Se saisir de cette problématique est pour les territoires un défi à relever, une manière de repenser leur développement, mais aussi et surtout, d’appréhender ce qui fait ressources sur les territoires, tout en conduisant une transition écologique. Alors, quelle lecture et quel regard déployer pour s’affranchir des modèles obsolètes extensifs ? Faut-il entrer dans une opposition entre étalement urbain et définition de limites urbaines strictes ? Ou bien s’interroger sur la mise en œuvre d’un écosystème urbain résilient ?