Archives

Mieux connaître les jeunes pour bien les accompagner : un diagnostic pour parfaire les politiques locales de Riom Limagne et Volcans

Alors que de profonds bouleversements traversent nos sociétés et rendent l’avenir incertain voire anxiogène, bien accompagner, et donc mieux connaître la jeunesse de son territoire constitue un enjeu pour les collectivités locales. Cette connaissance fine est l’une des clés pour conduire des politiques adaptées à ce public et proposer des structures d’accompagnement pertinentes, qui permettent à la jeunesse de s’inscrire pleinement dans la société. Quel accompagnement, quels services proposer aux plus de 14 000 jeunes de 10 à 29 ans (soit près d’un habitant sur cinq) présents sur le territoire de Riom Limagne et Volcans confrontés à des situations très diverses, en matière de parcours scolaire, d’emploi, de mobilité, de parcours résidentiel, de santé, … ? 

Dans le cadre du renouvellement du label Information Jeunesse de « RLV Info Jeunes », Riom Limagne et Volcans (RLV) a confié la réalisation d’un diagnostic de la jeunesse de son territoire à l’Agence d’Urbanisme Clermont Massif central (AUCM).  

Ce diagnostic a pour objectif de mieux connaître les jeunes de 11 à 29 ans inclus, public susceptible de fréquenter RLV Info Jeunes. Il aborde, dans la limite des données disponibles, les thématiques sur lesquelles RLV Info Jeunes accompagne les jeunes au quotidien : orientation, formation, emploi, mobilité, logement, santé, sport, citoyenneté…. En complément de l’approche statistique, l’AUCM a animé deux focus groups avec une dizaine de jeunes du territoire [1], afin de compléter l’analyse chiffrée d’éléments qualitatifs liés à leur vécu et à leur perception de leurs difficultés. Enfin, une enquête en ligne auprès des partenaires de RLV Info Jeunes [2] complète utilement la connaissance des accompagnements proposés aux jeunes du territoire. Ces différents points de vue sur les besoins d’accompagnement des jeunes convergent-ils ? Que suggèrent-ils en termes d’action publique ? 

La santé mentale, l’accès au premier logement et l’accès à l’emploi, des difficultés bien identifiées par les jeunes et les partenaires 

Bien que les jeunes de RLV aient un taux de recours aux soins de proximité supérieur ou équivalent aux moyennes régionales et départementales, les partenaires de RLV et les jeunes eux-mêmes mettent en avant un fort besoin d’accompagnement. Les jeunes rencontrés lors des focus groups estiment manquer d’informations sur la manière de prendre soin de leur santé et sur les aides et les dispositifs financiers dont ils peuvent bénéficier. Ce manque est d’autant plus dommageable que les jeunes rencontrés se disent tous sujet au stress. La fragilité de la santé mentale des jeunes est également bien identifiée par les partenaires enquêtés qui précisent être confrontés à des situations de dépression, d’anxiété, de troubles du comportement alimentaire, en raison de la pression sociale, scolaire et familiale. La santé mentale des jeunes est ainsi un sujet d’inquiétude partagé et tous s’accordent sur la nécessité de mettre en place une politique d’accompagnement psychologique ou psychiatrique pour cette population. 

Autre difficulté identifiée par l’ensemble des partenaires et les jeunes eux-mêmes, et confirmée par le diagnostic statistique : l’accès à un logement autonome au sein du parc locatif privé. Alors que ce choix est privilégié par les jeunes de RLV, ceux-ci rencontrent des obstacles à leur décohabitation, obstacles souvent rencontrés par l’ensemble de la population jeune, à cause de leurs faibles ressources financières, de l’absence de garant et de la méfiance des propriétaires-bailleurs vis-à-vis d’un public jugé peu solvable. Sur le territoire de RLV, les ménages de moins de 30 ans disposent en moyenne de 435 €/mois pour se loger (33% de leur revenu [3]) quand le loyer médian est de 497 €/mois hors charges pour un appartement. Les partenaires et les jeunes rencontrés s’accordent également sur la faible connaissance des aides au logement, des modalités d’accès à un logement au sein du parc locatif privé ou sur la manière d’organiser leur recherche. Sur ce dernier point, beaucoup comptent sur le soutien de leur famille pour trouver ce logement. L’absence d’aide familiale pour accéder au logement est d’ailleurs identifiée par les partenaires comme une autre difficulté pour certains jeunes.  

Concernant l’accès à l’emploi ou à la formation, selon les données statistiques, les jeunes accèdent progressivement à l’emploi à partir de 20 ans, d’abord en contrat court et au fur et à mesure de leur avancement en âge, à des contrats de plus longue durée [4]. Les jeunes expriment pour leur part des difficultés d’accès au premier emploi, liées notamment à leur méconnaissance des codes de la recherche d’emploi : ils s’estiment peu formés à l’écriture d’un CV, d’une lettre de motivation et peu préparés aux entretiens d’embauche, difficultés que confirment les partenaires de RLV Info Jeunes dans l’enquête. 

Des problématiques de mobilité sous-estimées par les partenaires de RLV Infos Jeunes, mais confirmées par les jeunes 

51.5% des jeunes de Riom Limagne et Volcans habitent Riom, Châtel-Guyon, Mozac et Volvic, soit relativement proches de leurs lieux d’études, d’emploi et de loisirs. Leurs trajets, bien que plus courts en distance et en temps que les jeunes logés en dehors du cœur urbain, restent relativement longs (respectivement 13,4 km/jour et 44 mn/jour contre 34,2 km/jour et 67 mn/jour) [5]. Pour autant, la voiture – qu’ils en soient le conducteur ou le passager – est le premier mode de déplacement auquel ont recours l’ensemble des jeunes du territoire : 57 % des déplacements des 10-29 ans. 

Les jeunes rencontrés en focus group confirment globalement leurs difficultés de mobilité. Ceux qui habitent le cœur urbain s’estiment relativement autonomes, et se déplacent à pied, à vélo ou en transports en commun. Pour eux, les empêchements apparaissent s’ils veulent aller au-delà de ce périmètre de proximité. Les jeunes des communes plus rurales, confrontés à une offre de transport en commun plus faible, sont beaucoup plus contraints dans leurs déplacements. Ils dépendent de leur entourage pour se déplacer, et se retrouvent pénalisés dans l’accès au premier emploi, aux lieux de loisirs ou d’études trop éloignés de leur domicile. Pour ces jeunes, l’obtention du permis de conduire revêt un fort enjeu d’autonomie et de liberté de déplacement. 

Alors que les chiffres et les témoignages des jeunes se rejoignent autour de ces difficultés de mobilité quotidienne, les partenaires de RLV Infos Jeunes estiment malgré tout que les jeunes rencontrent peu de difficultés pour effectuer leur trajet domicile-lieu d’études/d’emploi. S’ils reconnaissent la faiblesse de l’offre de transport en commun, le manque de ressources financières pour passer le permis de conduire et l’absence de moyen de locomotion personnel, les structures partenaires de RLV Infos jeunes font le constat que ces difficultés n’empêchent finalement pas les jeunes de se déplacer majoritairement en transport en commun, à pied ou en voiture dont ils sont le conducteur ou le passager. 

 Des politiques pour la jeunesse nécessairement transversales

La mission conduite par l’AUCM a permis d’objectiver les situations rencontrées par les jeunes et de prendre en compte les points de vue des différents acteurs de l’accompagnement et des jeunes eux-mêmes. Les difficultés rencontrées par cette population (accès au logement, accès à l’emploi, capacité de déplacement, accès aux soins) étant dépendantes les unes des autres, le diagnostic confirme la nécessité de penser les politiques en transversalité, afin de répondre au mieux aux besoins des jeunes. Cette approche devrait renforcer les capacités collectives à agir pour la jeunesse, consolidant ce faisant la robustesse des politiques locales en matière de transition. 

Mozac : imaginer une Maison de la nature et de l’environnement (MNE) pour accompagner les transitions de manière solidaire

Apparues en France à la fin des années 1970, les Maisons de la nature ont vu le jour dans un contexte de prise de conscience grandissante des enjeux environnementaux, tant au niveau national que local. Leur essor s’est poursuivi dans les années 1980 et 1990, à travers des formes variées et des appellations multiples. Initialement centrées sur la préservation et la valorisation de l’environnement, ces structures doivent désormais adapter leurs missions pour répondre aux défis du changement global. Comment repenser leur modèle autour des notions de transition écologique et de solidarité territoriale ? Focus sur la Maison de la nature et de l’environnement (MNE) de Mozac, dans le Puy-de-Dôme.

Du développement durable à la transition écologique

L’historique des Maisons de la nature en France nous éclaire sur l’évolution du rapport au vivant et les modalités envisagées en matière de médiation à la nature.

En 1972, le rapport « Les Limites à la croissance (dans un monde fini) » [1], commandé par le Club de Rome [2], alerte sur l’épuisement des ressources et les impacts écologiques de la croissance économique et démographique. Cette même année, la première conférence des Nations unies sur l’environnement se tient à Stockholm, marquant le début d’une prise de conscience mondiale. En France, le premier Ministère de l’environnement est créé un an plus tôt, en 1971.

Les premières Maisons de la nature s’inscrivent dans cette dynamique des années 1970. La plus ancienne recensée dans l’étude de l’AUCM [3] est la Maison régionale de l’environnement et des solidarités (MRES) de Lille, fondée en 1978. Ce réseau associatif regroupe aujourd’hui 117 associations et 47 000 adhérents, œuvrant pour la protection de la nature, l’éducation au développement durable et pour la promotion des droits humains et de la citoyenneté.

En 1980, l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) introduit le terme « sustainable development », traduit en français par « développement durable ». Ce concept, officialisé lors du Sommet de la Terre à Rio en 1992, devient un principe-clé pour concilier développement économique et protection de l’environnement. L’Education à l’environnement pour un développement durable (EEDD) se déploie en France, renforçant les actions environnementales dans les politiques publiques locales. Dès les années 1980-1990, les Maisons de la nature accompagnent ce mouvement en s’appuyant sur un écosystème associatif dédié à l’EEDD et à la préservation de l’environnement. On passe peu à peu de la notion de nature à celle d’environnement, puis de développement durable, et de celle d’animation à celle d’éducation.

Cependant, au tournant des années 2000, la notion de « développement durable » est critiquée pour son flou et son appropriation marketing, diluant son ambition initiale de transformation profonde des sociétés et de changement de modèle économique et social. Le concept de « transition écologique » [4] remplace progressivement celui de « développement durable » dans les années 2010.

Un panorama des Maisons de la nature en France

L’étude comparative de l’AUCM a permis d’identifier une vingtaine de Maisons de la nature en France (liste non exhaustive), présentant des statuts, des portages et des modes de financements différents. Parmi celles-ci, 9 ont un statut associatif (incluant Lyon, Dunkerque et Lille), 5 sont gérées par des municipalités (comme Balma et Nice), deux ont un statut métropolitain ou intercommunal (Bordeaux et Angers), deux ont un statut départemental, et deux sont soutenues par la Région.

L’étude met en avant deux exemples intéressants de Maisons de la nature inscrites dans de nouvelles dynamiques : la Maison municipale de l’environnement de Balma, inaugurée en mars 2023, et la Maison de l’environnement d’Angers Loire Métropole. L’accent est désormais mis sur les enjeux de justice sociale, avec l’objectif d’impliquer davantage les citoyens à travers des actions concrètes et des expérimentations.
A Balma (Haute-Garonne), la Maison municipale vise à sensibiliser les citoyens à la transition écologique (énergie, mobilités, gestion des déchets, alimentation, nature, biodiversité, etc.) via un Espace Info Énergie et l’organisation d’ateliers, de conférences, de ciné-débats et d’expositions.
De son côté, la Maison de l’environnement d’Angers Loire Métropole, fondée en 1990, réunit 70 partenaires publics, privés et associatifs. Il s’agit avant tout d’un lieu de sensibilisation et d’éducation à l’écologie, proposant des événements toute l’année (ateliers, jeux, visites, etc.) et disposant d’un jardin de 4 000 m². Récemment, une réflexion a été lancée pour repenser sa stratégie autour d’un programme d’activités variées permettant de mieux faire comprendre les enjeux du climat et de la biodiversité, d’accompagner les citoyens au quotidien dans la transition écologique et développer un réseau de sites au sein de l’agglomération.

Bien qu’il n’existe pas de définition officielle des Maisons de la nature, 4 grands profils ont été identifiés par l’AUCM au regard des domaines d’intervention des structures répertoriées. Tout d’abord, un profil « éco-citoyen », qui fédère les acteurs locaux, avec des MNE qui jouent un rôle central en regroupant et mettant en réseau les associations et structures de l’Économie sociale et solidaire (ESS). Celui-ci vise à favoriser la coopération locale et à renforcer l’engagement citoyen en matière d’écologie et de développement durable. Un second profil « éducation à l’environnement » davantage axé sur la sensibilisation des publics, avec des MNE qui placent l’éducation à l’environnement au cœur de leurs missions, autour d’ateliers, d’animations et de projets pédagogiques s’adressant à tous les publics, des enfants aux adultes, avec pour objets la sensibilisation à l’écologie et l’encouragement des pratiques durables au quotidien. Un troisième profil « services publics » avec des structures qui remplissent un rôle d’accompagnement, de facilitation, en offrant des informations et des conseils aux citoyens liés à la transition écologique. Enfin, un profil « entreprises » pour accompagner l’innovation et la formation, avec des espaces tels que des incubateurs et des pépinières, qui soutiennent l’entrepreneuriat local. Ce profil propose également des actions de formation, contribuant à renforcer les compétences nécessaires à l’économie verte et solidaire.

Réalisation : AUCM, 2024

La Maison de la nature et de l’environnement (MNE) de Mozac : un site à valoriser et à faire évoluer

Mozac est une commune du Puy-de-Dôme, proche de Riom, située à 15 km au nord de Clermont-Ferrand. En 2023, l’Agence d’urbanisme Clermont Massif central (AUCM) a été missionnée pour accompagner la Communauté d’agglomération Riom Limagne et Volcans (RLV) dans la définition d’un projet de transformation de la MNE, créée en 2021 sur le site du Carmel, anciennement propriété de la CCI du Puy-de-Dôme, avec pour objectif de faire de ce site un lieu emblématique regroupant différents acteurs de l’environnement et conçu comme un espace d’échange et de formation, accessible à tout public.

Située à proximité de la coulée verte de l’Ambène (cheminement paysager aménagé le long du ruisseau de l’Ambène), la MNE accueille depuis 2022 le Conservatoire d’espaces naturels (CEN) Auvergne et le Réseau éducation environnement Auvergne (REEA). Une quarantaine de personnes travaillent actuellement sur ce site, composé d’une maison dite « bourgeoise », d’un couvent construit dans les années 1970, d’un ancien pigeonnier, d’une ferme, d’un verger et d’un espace arboré [5]. Actuellement, seule la maison bourgeoise est occupée par les associations.

En 2023, RLV a souhaité élargir les missions de la MNE en attirant de nouveaux publics et en proposant de nouveaux services aux habitants. L’ambition : créer un lieu d’information, d’exposition, de formation accessible au public et aussi dédié aux entreprises et aux jeunes entrepreneurs dans le domaine de la transition écologique. Le projet doit également s’articuler avec la création d’un nouveau quartier comprenant environ 90 logements, porté par l’opérateur Polygone.

L’analyse AFOM (atouts, faiblesses, opportunités et menaces) de la MNE, réalisée par l’AUCM par le biais de plusieurs ateliers réunissant les élus et les services de RLV et via des entretiens avec les associations locales (REEA, CEN, CPIE et LPO), a mis en évidence les nombreuses qualités du site. Sa localisation stratégique, à proximité de la gare de Riom (via la coulée verte de l’Ambène) et des équipements culturels et touristiques majeurs, s’ajoute à la qualité intrinsèque du lieu : une forte valeur environnementale et patrimoniale, et des espaces extérieurs propices aux expérimentations et à l’organisation d’ateliers. Le site offre un fort potentiel en termes de réhabilitation pour accueillir de nouvelles activités et peut s’appuyer sur les initiatives du REEA et du CEN pour dynamiser son animation tout au long de l’année.

Une nouvelle stratégie en faveur de la préservation du vivant et de modèles économiques plus performants, résilients et écologiques

Dès lors, quels leviers activer pour élargir le champ d’action de la MNE et répondre aux défis du changement global ? Comment faire évoluer ses missions et tisser de nouveaux partenariats avec les acteurs locaux ? Quelles vocations privilégier pour faire vivre la MNE tout au long de l’année et accueillir tout type de public ?

L’étude de l’AUCM a abouti à la définition de 6 vocations autour desquelles construire une nouvelle stratégie pour la MNE en faveur de la préservation du vivant et de la biodiversité et permettant d’inventer de nouveaux modèles économiques plus performants, résilients et écologiques, et répondant aux besoins du territoire. Parmi ceux-ci on relève :

  • Un lieu référent pour les actions de la collectivité en matière de transition écologique : information sur les actions mises en œuvre par RLV (PLUi, PCAET, ENR, mobilités, etc.), conseil et formation auprès des élus et techniciens
  • Un guichet unique d’information et d’accompagnement à la transition écologique (conseils pour les particuliers et les entreprises) : espace conseil (sur l’énergie, les déchets, l’eau, l’alimentation, la rénovation du bâti, etc.), permanences d’organismes partenaires (CAUE, Aduhme, ADIL, etc.)
  • Un espace d’accueil pour les entreprises spécialisées dans l’environnement : location de bureaux et locaux pour des entreprises, location de salle de réunions et de séminaires
  • Un tiers-lieu environnemental et éco-citoyen : organisation de rencontres, débats, conférences, expositions, ateliers pratiques et pédagogiques
  • Un pôle d’éducation à la nature et à l’environnement à destination des scolaires et d’autres publics spécifiques
  • Un lieu d’accueil et de mise en réseau des acteurs associatifs : CEN et REEA (déjà installés dans les locaux) et à terme d’autres structures associatives (avec équipements mutualisés)

Afin de structurer la stratégie de la MNE, 3 scénarios de développement ont été envisagés : une MNE axée sur l’environnement et les services publics ; une MNE centrée sur les relations avec les entreprises ; une MNE au profil hybride combinant environnement, services publics et entreprises.

RLV a fait le choix du troisième scénario, un profil mixte qui permet de répondre aux besoins des différents acteurs à travers : un incubateur d’entreprises intervenant dans les domaines de l’innovation et de la transition écologique, une pépinière d’entreprise, des actions d’accompagnement et de sensibilisation à la transition écologique, pour faire de ce site un véritable tiers-lieu environnemental.

Réalisation : AUCM, 2024

La MNE de Mozac, comme d’autres Maisons de la nature en France, cherche à élargir son public et ses domaines d’intervention pour répondre aux enjeux multiples de la transition écologique. Comment réinventer cet outil au service du territoire pour répondre aux besoins des différents acteurs locaux (associations, entreprises, citoyens, etc.) et en faire un levier et un site démonstrateur pour les actions de la collectivité en faveur de l’environnement ? C’est le défi que souhaite relever RLV.

Suite à l’étude de préfiguration menée par l’AUCM, une mission d’AMO a été confiée à la SPL Clermont-Auvergne [6] pour la programmation des travaux de réhabilitation des différents bâtiments (démarrage prévisionnel fin 2025). Parallèlement, un partenariat avec l’association Landestini [7] a été engagé fin 2024 pour développer un incubateur dédié à l’innovation au service de la transition écologique et accompagner des entrepreneurs souhaitant exercer un métier porteur de sens et qui contribue à une économie à fort impact écologique sur le territoire de l’agglomération et au-delà.

Inspirer la transition écologique à Riom, Limagne et Volcans

Comment aider les élus locaux, en prise directe avec le quotidien de leur territoire, à prendre de la distance et à envisager la transition écologique le plus positivement possible ? En leur montrant par l’exemple que loin de ne constituer qu’une contrainte supplémentaire, répondre au défi du changement global peut aussi être une opportunité pour se questionner, fort d’un nouveau regard, et trouver des solutions à des problèmes plus anciens. Partant de ce constat, l’agglomération de Riom Limagne et Volcans (RLV) a sollicité l’Agence d’urbanisme pour organiser et animer un cycle de rencontres à destination de ses élus communautaires et communaux.

Se poser les bonnes questions

Organiser des rencontres pour apprendre et discuter de la transition écologique est intéressant. S’assurer que les sujets traités correspondent aux situations territoriales et aux questionnements des élus est encore mieux. C’est par le moyen d’un questionnaire avant et pendant ces rencontres que l’AUCM s’est assurée de la pertinence des questions abordées. C’était aussi une manière de mieux comprendre les représentations des élus, leurs freins à la transition et toutes ces dimensions rarement explicitées que le retour d’expérience doit aussi permettre de traiter et de contribuer à dépasser. Les freins exprimés sont tout autant de l’ordre du manque de connaissances que de la nécessité d’être accompagné, outillé et formé pour relever les enjeux de la transition.

Deux thèmes ont finalement été retenus : « la transition énergétique », traitée lors de la rencontre d’octobre 2023 et « les espaces publics économes en eau et favorables à la biodiversité », traités le mois suivant. Deux rencontres  portées par la même ambition : explorer  les actions déjà en cours sur le territoire, susceptibles de faire l’objet d’une accélération. La recherche d’opérationnalité était, de fait, au cœur des attentes pour parvenir à embarquer des élus soucieux de concret et d’efficacité dans les enjeux de la transition écologique. A chaque fois la même organisation, une table ronde et un atelier participatif animés par l’Agence. Par souci d’apprendre de ce qui se fait ailleurs étaient également invités des représentants de territoires voisins, eux-mêmes engagés dans des projets significatifs.

Accélérer la transition énergétique

La première rencontre a mis en lumière des projets de transition énergétique qui placent l’humain et le local au centre de la réflexion. À Anzat-le-Luguet, une commune montagnarde de 170 habitants au cœur du massif du Cézallier, le chauffage tourne pratiquement toute l’année. Malgré la faible densité du bâti, la commune a fait le choix d’implanter deux réseaux de chaleur bois-énergie pour desservir les bâtiments communaux et les habitations, qui étaient chauffés majoritairement au fioul. Ce réseau de chaleur est alimenté par du bois, prélevé sur les massifs forestiers avoisinants.

Privilégier les matériaux locaux, c’est aussi le choix fait par la commune de Maringues pour la construction de son école primaire. Béton de terre, bois du Livradois-Forez, terre cuite,… les matériaux ont été soigneusement sélectionnés pour répondre aux exigences de confort thermique et sonore, tout en garantissant le confort de vie des élèves.

La transition énergétique passe aussi par la multiplication des unités de production. À Loubeyrat, la coopérative énergétique citoyenne Combrailles Durables , appuyée par la commune, développe des projets photovoltaïques. Son fonctionnement est simple : elle finance les installations et se rémunère sur la revente de l’énergie. Aujourd’hui l’association essaime sur tout le territoire des Combrailles : équipement d’écoles et locaux communaux, achats groupés de panneaux photovoltaïques à destination des habitants et parcs photovoltaïques au sol sur des friches en partenariat avec le réseau national de coopératives Enercoop.

Après des échanges nourris entre les maires intervenants et la salle, les élus de RLV ont pris place en tablées, autour d’un jeu sérieux animé par l’Agence d’urbanisme et RLV. Les élus ont échangé, à l’aide d’un plateau de jeu conçu sur-mesure par l’AUCM. Au centre du jeu des cas d’école : « Quels sont les freins à lever pour intégrer les énergies renouvelables dès la conception de mon bâtiment communal ? Quels sont les leviers sur lesquels je peux compter et comment travailler en concertation avec les services de RLV ? ». Si l’atout premier de cet outil est de nourrir le dialogue entre les élus, sa finalité reste bien d’identifier leurs besoins, leurs motivations mais aussi les obstacles qu’ils rencontrent pour mener à bien leurs politiques de  transition.

Renaturer nos villes et centres-bourgs

Un mois plus tard, les élus communautaires et communaux ont de nouveau été réunis pour échanger, cette fois sur la renaturation des espaces publics. Si nos villes et centres-bourgs ont longtemps tourné le dos à la nature, il semble désormais temps de faire du végétal un allié et une priorité. La nature en ville rend plus de services qu’elle ne demande de soins, et les témoignages inspirants des élus invités en table ronde sont venus renforcer cette idée. La renaturation des espaces publics passe par deux leviers, qui ne vont pas l’un sans l’autre : la perméabilité des sols et la végétalisation.

La table ronde a ainsi débuté par le témoignage de la commune de Gannat, qui a porté le réaménagement de sa place centrale : le champ de foire. Hier minérale, cette place est aujourd’hui un lieu vivant, accueillant et perméable. La perméabilité des sols est aussi au centre des réflexions de la commune d’Ennezat, qui emploie de la pouzzolane, une pierre volcanique locale, pour pailler et drainer les aménagements paysagers de la commune.

Concernant la végétalisation, il existe de nombreuses manières de faire entrer le vivant en scène pour renaturer nos espaces publics. Les communes de Châtel-Guyon et de Romagnat s’y emploient : végétalisation des cours d’école, fleurissements et tailles raisonnés, vergers conservatoires, micro-forêts, nichoirs, végétalisation de cimetières,… autant d’exemples porteurs de sens présentés en table ronde et pendant l’atelier participatif.

Pour cette deuxième rencontre, l’AUCM a conçu un plateau de jeu où les élus purent exprimer, à partir d’un photo-langage, leurs actions pour repenser les espaces publics au prisme de la végétalisation vue sous ses trois principales composantes : renaturer, créer des espaces de nature en ville et entretenir les espaces verts. L’Agence a construit ce photo-langage autour d’exemples locaux, notamment sur le territoire de Riom Limagne et Volcans. Au contraire du premier outil d’animation, qui mettait les élus autour de cas d’école fictifs, cet atelier met au centre les projets des élus, avec toujours l’intention de mieux comprendre leurs besoins et leurs attentes pour renouveler leurs pratiques de création et d’entretien des espaces végétalisés.

De l’enjeu de faire émerger une culture commune des transitions

Sur les 31 communes que compte le territoire de Riom Limagne et Volcans, 25 ont pris part aux rencontres de la transition écologique. Créer un espace-temps où les élus peuvent échanger librement, exprimer leurs besoins, leurs craintes mais aussi partager leurs réussites est assurément un premier résultat. Ces rencontres de la transition mettent en évidence le besoin et les bénéfices de créer des liens entre les communes pour partager bonnes pratiques et retours d’expérience, pour décrypter et mieux comprendre les enjeux et les dispositifs, pour mutualiser certaines pratiques et (dé)montrer qu’il est possible de changer nos modes de faire (“ils l’ont déjà fait”). L’intérêt porté aux savoirs, savoir-faire et savoirs d’usage exposés montre également la nécessité pour les élus de se former, de se sensibiliser et de communiquer autour des bénéfices collectifs des projets de transitions. Ces sont sans doute là des conditions indispensables pour atteindre l’objectif initialement fixé : donner aux élus des clés pour amorcer des actions concrètes, pour que la transition soit pleinement incarnée et portée dans les territoires.

Quel habitat pour les seniors de Riom Limagne et Volcans ?

Consciente des enjeux à venir de vieillissement de la population et des nouveaux modes de vie qui l’accompagnent, la communauté d’agglomération de Riom Limagne et Volcans (RLV), a confié à l’Agence d’urbanisme une étude sur l’habitat des seniors à l’échelle de son territoire. Celle-ci, menée de septembre 2021 à septembre 2022, s’est déroulée en trois phases (état des lieux et analyses des conditions d’habitat des seniors ; perspectives et positionnement sur le parcours résidentiel des seniors ; approche sociologique sur les attentes, freins et besoins des seniors). Elle dresse un portrait des ménages de plus de 60 ans de Riom Limagne et Volcans et aboutit à des pistes d’actions opérationnelles permettant de mieux anticiper le vieillissement de sa population. Plus largement, cette étude est l’occasion de mettre en avant les défis pour les territoires face au vieillissement annoncé de la population dans les années à venir et propose des solutions d’habitat adaptées à différents types de seniors qui peuvent être sources d’inspirations et d’enseignements pour d’autres territoires.

ADAPTER L’HABITAT AU VIEILLISSEMENT DÉMOGRAPHIQUE : UN ENJEU POUR DEMAIN

D’ici 2050, la part des seniors dans la population de Riom Limagne et Volcans va s’accroître, passant de 27 % en 2020 à 31 % selon les projections de l’INSEE. Ce phénomène, sera également observable aux échelles : régionale (de 26 % à 31 % en AuRA) et nationale (de 26 % à 33 %). L’arrivée des dernières générations de baby-boomers dans la soixantaine explique en grande partie ce phénomène.

À Riom Limagne et Volcans comme ailleurs, l’avancement dans le grand âge s’accompagne d’une perte progressive d’autonomie. Les premiers signes de fragilité apparaissent en moyenne vers 75 ans, rendant difficile l’exécution des tâches du quotidien au sein du domicile (cuisiner, se vêtir, se laver…), mais aussi de son environnement proche (faire ses courses, se rendre à des rendez-vous…).

La croissance démographique des séniors va accroitre la dépendance et concernera l’ensemble des territoires. En France, 2 millions de personnes devraient être bénéficiaires de l’Aide Personnalisée d’Autonomie (APA) en 2040 contre 1,3 million fin 2018.

Les seniors actuels et les générations à venir sont de plus en plus enclins à vieillir à domicile. Il s’agit dans la majorité des cas d’une maison individuelle acquise au cours de leur vie et parfois peu adaptée à la perte d’autonomie (étage, baignoire, grand jardin difficile d’entretien…). Le modèle classique de l’EHPAD séduit de moins en moins et devient souvent le dernier recours en cas de forte perte d’autonomie. L’âge d’entrée dans ces structures est d’ailleurs de plus en plus tardif (85 ans et 2 mois en 2015 contre 84 ans et 5 mois en 2011).

Face à l’accroissement massif de la population senior et de la dépendance, les territoires mettent en place des solutions d’habitat adaptées et d’accompagnements, entre le tout domicile et le tout médical, permettant de préserver au mieux l’autonomie et de lutter contre l’isolement.

PERMETTRE À CHAQUE SENIOR DE CHOISIR SON PARCOURS RÉSIDENTIEL

Les seniors constituent une population très hétérogène. De manière générale, plus les seniors avancent en âge, plus ils sont confrontés à l’isolement, à une diminution de leurs ressources et ont tendance à être de plus en plus réticents à l’idée de déménager. D’autre part, selon le contexte territorial, les problématiques liées à l’adaptation des logements des seniors sont différentes. Dans le cas de RLV, plusieurs profils de seniors peuvent être identifiés suivant les communes :

  • Les communes urbaines accueillent une proportion importante de personnes âgées vivant seules et avec peu de ressources. Ces communes concentrent les commerces, services et équipements, aussi l’enjeu sera d’y développer une offre de logements adaptés à la perte d’autonomie qui soit abordable.
  • Dans les communes périurbaines, les seniors sont relativement aisés, mais résident dans de grandes maisons peu adaptées à la cellule familiale et à leur mode de vie actuel. L’enjeu sera davantage d’anticiper l’adaptation de leur logement et/ou de favoriser une mobilité résidentielle vers des solutions de logements en adéquation avec leurs nouveaux besoins.
  • Enfin, dans les communes rurales, les personnes âgées sont plutôt modestes et occupent des logements anciens, énergivores, nécessitant souvent de lourds travaux qui viennent s’ajouter à ceux d’adaptation du logement à la perte d’autonomie et qui peuvent s’avérer difficiles à financer.

Les besoins et attentes des seniors quant à leur logement sont multiples : les solutions d’habitat mises en œuvre doivent être diversifiées pour permettre à chaque personne âgée de choisir son parcours résidentiel. Plusieurs solutions peuvent être envisagées pour favoriser le maintien à domicile des seniors. Il peut prendre différentes formes : il peut s’agir d’adapter son domicile historique à la perte d’autonomie lorsque ceci est possible ou de déménager vers une solution d’habitat adapté. En effet, vieillir à domicile ne signifie pas forcément vieillir dans son domicile familial.

LES AIDES ET POSSIBILITÉS DE CHOIX RÉSIDENTIELS DES SENIORS

Pour adapter son logement actuel, différentes aides peuvent être sollicitées par les ménages modestes pour financer les travaux : dispositifs Habiter Mieux pour la rénovation énergétique et Habiter Facile pour l’adaptation du logement au vieillissement ou à la perte d’autonomie mis en place par l’ANAH, ou encore des dispositifs mis en place par les collectivités que sont les OPAH-RU (Opération Programmée d’Amélioration de l’Habitat Renouvellement Urbain) ou les PIG (Programme d’Intérêt Général). Pour autant, l’un des problèmes majeurs pour permettre le recours à ces aides est souvent la méconnaissance de ces dispositifs par les publics concernés.

En terme d’offre nouvelle, l’offre de logements spécifique aux seniors s’est fortement développée ces dernières années.

Notamment les résidences services privées connaissent un essor important. Sur le territoire de RLV, deux résidences se sont implantées en 2021 et d’autres projets de ce type sont en cours. Si cette solution permet de répondre aux besoins d’une partie de la population seniors, elle ne peut constituer la seule solution développée, les coûts y sont souvent élevés et accessibles qu’à une petite frange de la population.

En ce sens, les solutions d’habitat adapté développées par les bailleurs sociaux constituent une forme d’habitat complémentaire intéressante à destination des seniors modestes, aujourd’hui encore inexplorées sur le territoire de RLV. Les logements proposés dans ces résidences affichent des loyers abordables, sont adaptés à la perte d’autonomie, et bénéficient de services (activités, présence quotidienne…).

D’autres solutions d’habitat plus ponctuelles à destination des seniors se sont également développées récemment : l’habitat intergénérationnel, lequel peut prendre plusieurs formes (cohabitation entre un étudiant ou jeune actif et un senior au domicile de ce dernier ; habitat participatif ; résidence intergénérationnelle) ou encore des formes d’habitat en petite communauté (collocation seniors portée par une structure privée ou associative ; accueil familial groupé).

Au vu de l’offre actuelle d’habitat à destination des seniors sur le territoire de RLV et du profil des personnes âgées, il paraît essentiel de diversifier l’offre existante et d’y créer une offre abordable répondant aux besoins d’une majorité des aînés. Pour autant, les logements en eux-mêmes ne sauraient suffire à eux seuls pour répondre à la problématique de l’habitat senior.

ACCOMPAGNER LES SENIORS VERS LES SOLUTIONS D’HABITAT ADAPTÉ

Freins psychologiques, limitation de la mobilité, dévalorisation du vieillissement… sont autant de facteurs qui peuvent restreindre les seniors dans leur capacité à se maintenir à leur domicile historique ou à envisager une transition vers une solution d’habitat adapté à la perte d’autonomie. Aussi, il paraît nécessaire d’accompagner les seniors dans leur maintien à domicile, au-delà d’une simple intervention sur l’offre de logements.

Cet accompagnement passe par des solutions permettant de favoriser la transition entre l’ancien et le nouveau logement adapté, le déménagement en lui-même au travers des coûts psychologiques et financiers, étant souvent perçu par la personne âgée comme une épreuve et constitue donc un frein à la mobilité résidentielle. Des structures (entreprises ou associations) proposent ainsi une assistance tout au long du processus de déménagement pour le vivre plus sereinement.

L’accompagnement au maintien à domicile passe aussi par le fait de favoriser la mobilité des seniors. En effet, bien que leur logement soit adapté à la perte d’autonomie, ceux-ci peuvent s’en retrouver captif, faute de pouvoir se déplacer en dehors de celui-ci. Mettre en œuvre des solutions de mobilité en porte à porte (transport à la demande, réseau de conducteurs bénévoles pour emmener des personnes âgées lors de courts trajets) permettrait de favoriser leur autonomie du quotidien (accès à des commerces et services) et la préservation de liens sociaux.

Enfin, accompagner les seniors vers des solutions d’habitat adapté passe aussi par une valorisation du vieillissement dans les consciences collectives. Celui-ci est encore trop souvent stéréotypé alors qu’il représente un vecteur d’opportunités et de dynamisme positif pour un territoire. Cette valorisation peut passer à la fois par le positionnement de la collectivité dans une démarche visant à faire du bien vieillir une clé d’attractivité du territoire, à l’image de la démarche Villes amies des aînés, mais peut aussi passer par une communication et une valorisation du vieillissement. Ceci permettant à la fois aux seniors de mieux connaître les services, aides, animations auxquels ils ont droit, mais aussi plus largement de faire évoluer l’image du vieillissement dans l’ensemble de la population. Ce dernier point est essentiel pour mieux faire connaître et mettre en avant les métiers et savoir-faire liés au vieillissement (silver économie).

TESTER ET ADAPTER LES SOLUTIONS AUX ATTENTES ET BESOINS DES SENIORS

Une fois les solutions d’habitat et d’accompagnement identifiées, une enquête sociologique a été menée auprès d’une soixantaine de seniors (appui sur un prestataire extérieur) afin de confronter ces propositions avec les besoins et attentes des seniors en matière d’habitat, et de tester leur acceptabilité.

Sans surprise la majorité des seniors interrogés souhaitent se maintenir à domicile le plus longtemps possible. Seulement la moitié des seniors rapporte avoir réfléchi à l’avancée dans l’âge. Parmi ceux qui se projettent, les 2/3 voient leur avenir dans leur logement actuel. Le logement dans lequel ils se sont investis que ce soit sur le plan financier, affectif ou temporel se caractérise par un attachement fort.

Pour autant l’anticipation de l’avenir n’est pas exclue. Une partie non négligeable d’entre eux a déjà engagé ou compte lancer des travaux d’adaptation du logement à la perte d’autonomie. Les résultats du PIG en témoignent avec un taux de réalisation des objectifs sur le volet adaptation de +125%.

Parmi les 4 solutions d’habitat testées auprès du panel de seniors (l’habitat à loyer modéré, la résidence services senior, l’habitat intergénérationnel et l’accueil en colocation) les plus plébiscitées sont l’habitat à loyer abordable et l’habitat intergénérationnel. Ils recherchent en particulier le lien et le soutien social tout en maintenant une certaine indépendance et avec une garantie de sécurité (gardien/voisins). La question financière est également très présente.

Concernant les dispositifs d’accompagnement mis en œuvre par la collectivité en matière d’amélioration d’habitat et de mobilité, les seniors interrogés disent mal les connaitre et peu les utiliser. Plusieurs explications à cela : une communication insuffisante (notamment papier), des démarches trop complexes, souvent dématérialisées, ou des seuils de revenus trop élevés.

Ainsi pour conclure, les seniors suggèrent plusieurs souhaits ou propositions :

  • ●  Être accompagné dans les solutions pour concevoir un logement adapté (aide à la réflexion/conception, fascicule sur les aides financières) ;
  • ●  Être sensibilisé à l’avancée dans l’âge dès le départ à la retraite (comment bien vieillir, rencontrer des personnes, trouver des informations) ;
  • ●  Participer aux échanges et débats avec la collectivité (rencontres individuelles sur les aides existantes, conférences thématiques, témoignages de seniors, visites d’habitat).

PRENDRE EN COMPTE LES CARACTÉRISTIQUES TERRITORIALES

La conception d’une politique d’habitat senior requiert une approche élargie qui ne se cantonne pas à la question du logement. Les caractéristiques de l’environnement dans lequel se situe le logement conditionnent grandement la capacité d’une personne âgée à vieillir à domicile. Cet environnement doit être en mesure de lui fournir les conditions propices à la préservation de l’autonomie et du lien social. La localisation est donc un facteur clé de la réussite d’une politique d’habitat à destination des seniors.

La personne âgée doit pouvoir disposer dans son environnement proche des services, commerces et équipements de proximité dont elle a besoin de manière à y accéder à pied en toute sécurité ou en transports en commun adaptés. En outre, cet environnement doit lui permettre d’être intégrée socialement. Ceci passe aussi bien par la présence d’actions permettant de préserver le lien social (lieu de rencontre, lien entre les générations) que la possibilité d’accéder aux informations sur les dispositifs existants d’accompagnement et de pouvoir recourir à des services d’aides à la personne.

Tous les territoires n’étant pas égaux en termes de services, commerces, offre de santé et sociale, transports et déplacements, équipements de sports, loisirs et culture, certains apparaissent plus favorables au vieillissement que d’autres. Un premier travail d’identification des communes favorables au vieillissement de RLV a été mené dans le cadre de l’étude. Celui-ci, est une première catégorisation, basée uniquement sur des statistiques et nécessitera d’être approfondi avec les élus et acteurs du territoire. Pour autant, il permet d’identifier des solutions d’habitat plus adaptées à certaines communes que d’autres au regard de leurs caractéristiques : être vigilant à l’adéquation des solutions d’habitat envisagées avec les besoins du territoire est essentiel.