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Renouveler l’aide alimentaire : l’ambition de la dynamique coopérative de la Tournée des popotes

Pour les personnes en situation de précarité, l’aide alimentaire est un des moyens de se nourrir correctement à peu de frais. Dans le Puy-de-Dôme, les associations et les institutions concernées par ce sujet ont travaillé pendant près d’un an pour mieux se connaître et élaborer des projets communs. Pilotée par l’Agence d’urbanisme Clermont Massif central (AUCM), la Tournée des popotes a permis l’éclosion de nouvelles coopérations.

Violaine Colonna d’Istria, chargée d’études vulnérabilités urbaines à l’AUCM, et Clémence Rebourg, doctorante à l’INRAE [1], présentent l’action et ses premiers enseignements.

En 2020, à la demande de la DDETS [2], un état des lieux de l’aide alimentaire sur le Puy-de-Dôme est réalisé par l’AUCM, suivi en 2021 par des ateliers participatifs destinés à nourrir l’élaboration d’un plan d’action départemental. Trois axes en ressortent : la qualité de l’offre dans l’aide alimentaire, l’accompagnement vers l’autonomie des usagers et la couverture des besoins sur l’ensemble du territoire. Pour approfondir les pistes d’action émergentes, améliorer l’interconnaissance et appuyer la coordination entre acteurs de l’aide alimentaire, l’idée de la Tournée des popotes voit le jour. Celle-ci s’inscrit dans la Stratégie nationale de prévention et de lutte contre la pauvreté, coordonnée localement par la DDETS et animée par l’Agence d’urbanisme.

Créer les conditions de l’interconnaissance

Fin 2022, cette démarche est présentée aux représentants de l’État, du Conseil départemental du Puy-de-Dôme et des collectivités locales. Ces échanges mettent en avant le besoin de coordination entre les services Solidarités et Agriculture du Conseil départemental, ainsi qu’entre la DDETS et la DDT [3]. Ces premiers échanges autour de la Tournée des popotes amorcent une clarification du portage institutionnel des démarches de coordination des enjeux relatifs à l’accès à l’alimentation.

La Tournée consiste en cinq journées d’échanges qui se sont déroulées entre mai et décembre 2023. Y étaient rassemblées les associations d’aide alimentaire habilitées au niveau national (Secours catholique, Secours populaire, Restos du Cœur, Banque alimentaire) et des structures locales agissant en matière d’alimentation ou d’insertion, d’habitat ou de culture (Habitat et Humanisme, LieU’topie, CCAS…). Des acteurs du secteur agricole (CIVAM [4], Bio 63, Chambre d’agriculture) et des acteurs publics (élus et techniciens de communes, intercommunalités, département ou région) ont également participé aux popotes.

Le projet ambitionnait de créer une dynamique engageante en impliquant dès le démarrage les participants et était pensé pour venir en appui aux initiatives locales de coordination existantes. Ainsi, pour ancrer territorialement la Tournée, des visites de sites ont systématiquement été organisées : l’entreprise à but d’emploi (EBE) Jardins solidaires, pour la popote « Allier qualité et accessibilité » ; ou l’épicerie Le petit marché solidaire, pour la popote intitulée « Assurer des transitions professionnelles ». Choisies en cohérence avec le sujet du jour, elles ont nourri les réflexions en complément des animations proposées et permis rencontres et échanges entre participants, bénévoles voire usagers. Selon les lieux et les sujets, plusieurs formats d’animation ont été mobilisés : exposition photographique collaborative, questionnaire aux élus, tables rondes, atelier prospectif.

Vers de nouvelles collaborations entre acteurs de l’aide alimentaire, collectivités locales et acteurs agricoles

Rendre accessible à tous une alimentation durable mobilise, à l’échelle locale, une diversité d’acteurs potentiellement inscrits dans plusieurs formes de coopération. La Tournée des popotes a confirmé l’intérêt de leurs rapprochements pour accompagner un renouvellement du système d’aide alimentaire.

La Popote co-animée avec l’équipe du PAT [5] du Grand Clermont et du Parc Livradois-Forez, lors de leur Forum alimentaire local annuel, a illustré l’intérêt de ces rapprochements par le biais de la visite de l’EBE Jardins solidaires. En effet, le besoin de proposer une offre de qualité dans l’aide alimentaire a conduit le Secours populaire du Puy-de-Dôme à lancer un projet d’activité maraîchère en 2021. Celle-ci, concrétisée via l’expérimentation « Territoires zéro chômeur de longue durée », permet de vendre des légumes à prix coûtant aux structures d’aide alimentaire locales. Au vu de son utilité, le développement de l’EBE est envisagé en 2024 avec un projet de ferme urbaine dans le quartier prioritaire des Vergnes qui se réalise grâce à l’appel à projets « Quartiers fertiles » de l’Agence nationale de la rénovation urbaine. De nouvelles formes de coopération entre acteurs associatifs du quartier, Métropole et Ville de Clermont-Ferrand sont ainsi concrétisées.

La popote autour des transitions professionnelles a suscité des envies de rapprochement entre acteurs de l’insertion sociale et professionnelle et de l’emploi agricole, celle « Autour des cuisines » entre les acteurs de la politique de la ville et ceux de l’écosystème de l’alimentation durable.

D’autres résultats au profit de l’aide alimentaire peuvent être mis à l’actif de ces popotes : l’obtention de denrées par l’achat auprès de producteurs locaux ou par de nouvelles formes de dons privés (produits de jardins, cueillette chez l’habitant, restaurateurs…).

Et maintenant ?

La Tournée des popotes a mis en valeur les rapprochements existant entre maillons du système agricole et alimentaire et acteurs institutionnels. Elle a également démontré l’intérêt de partir des expérimentations concrètes, ancrées sur les territoires, pour appuyer les projets existants et améliorer l’accès à une alimentation durable pour les habitants des quartiers prioritaires et d’ailleurs.

En termes d’apprentissage, la Tournée des popotes a fait émerger l’importance de l’ingénierie territoriale accompagnant les coopérations entre acteurs pour affermir des relations de confiance, s’adapter aux contextes locaux, connaître et se baser sur les relais déjà existants (PAT, CCAS, associations…). Aborder les enjeux d’accessibilité à l’alimentation nécessite cette présence permettant de prendre conscience des contradictions inhérentes à l’aide alimentaire : système qui souhaiterait voir sa propre fin mais, face à l’explosion des besoins, ne peut imaginer disparaître. La piste de la Sécurité sociale de l’alimentation [6], qui a suscité des élans de regroupement d’acteurs locaux dans une réponse non retenue à l’appel à projets régional « Mieux manger pour tous », questionne les perspectives d’évolution, les moyens financiers associés et plus largement le dialogue entre les rapprochements sur le terrain et ceux réalisés aux niveaux institutionnels.

La « Tournée des popotes » : une contribution à l’évolution d’un système (d’aide) alimentaire à bout de souffle

La lutte contre la précarité alimentaire : un secteur exsangue où le Puy-de-Dôme ne fait pas figure d’exception

L’année 2020 et les désordres occasionnés par les confinements ont mis certaines difficultés sociales sur le devant de la scène, au premier rang desquelles l’accès à l’alimentation des personnes en situation de précarité. A l’échelle nationale, les associations d’aide alimentaire n’ont eu de cesse depuis, de tirer la sonnette d’alarme [1] en raison des difficultés qu’elles rencontrent : diminution des denrées disponibles, augmentation du nombre de demandeurs, injustice perçue relative à la dégradation des dons de la grande et moyenne distribution, ….

Les effets de la crise (inflation, hausse des coûts de l’énergie) impactent directement les familles les plus précaires. La situation est grave : les associations insistent sur l’arrivée de nouveaux demandeurs qui, jusqu’ici, parvenaient à s’en sortir et à se stabiliser de manière autonome malgré des situations pécuniaires limites. Aujourd’hui, cet équilibre ne se fait plus, et les nouveaux demandeurs affluent alors même que les associations peinent à recevoir la quantité de denrées dont elles disposaient à l’époque où le champ de la lutte contre le gaspillage alimentaire n’était pas concurrentiel. L’ouverture de ce champ à d’autres acteurs (plateforme de lutte anti-gaspillage du type « too good to go », rayons -30% dans les supermarchés [2], …) a directement impacté les associations distributrices d’aide alimentaire qui recevaient par les ramasses hebdomadaires ou quotidiennes, les invendus des supermarchés locaux. Les quantités de dons lors des collectes annuelles diminuent également.

Ainsi le représentant de la Banque alimentaire d’Auvergne indique, lors d’une « popote » dédiée aux questions d’approvisionnement, qu’en novembre 2023, « il nous manque 30 tonnes de denrées pour finir l’année [3]». Le Secours populaire d’Issoire confirme avoir, au mois de septembre 2023, distribué autant de denrées et de colis que sur l’année 2022 entière. Et l’ensemble des associations locales s’accorde sur cet état de faits.

Une transition non maîtrisée vers un nouveau système

Si le problème est simple à comprendre, les solutions pour y répondre sont complexes à trouver. La première réponse apportée ou recherchée est souvent financière : davantage d’argent disponible pour les associations leur permet effectivement de compenser la diminution des denrées reçues ou l’absence de certaines denrées, notamment en produits frais.

Face au manque de denrées collectées, le recours à l’achat à partir de leurs fonds propres ou grâce à des subventions augmente. D’un système de redistribution d’excédents de production ou de denrées en voie de péremption afin de lutter contre le gaspillage alimentaire tout en contribuant à nourrir les familles les plus précaires, les acteurs de l’aide alimentaire deviennent progressivement, par leur mission de solidarité, un des acheteurs principaux des Grandes et Moyennes Surfaces (GMS) locales. Elles se tournent alors vers les institutions locales pour combler le déficit financier conséquent. 

Certaines associations mentionnent des dépenses de plusieurs dizaines de milliers d’euros hebdomadaires auprès des supermarchés locaux. Ce phénomène fait, au-delà de leur mission de redistribution d’un existant, des associations d’aide alimentaire un acteur à part entière du système alimentaire et des choix territoriaux qui peuvent être faits. Les acteurs sont conscients de cette évolution et notent, avec tristesse et regret, la disparition d’une certaine forme de solidarité : « Il nous faudrait revoir notre conception du don ». Cependant, ils n’interrogent pas encore leur positionnement en tant que premier consommateur auprès de la grande distribution. Leur force de plaidoyer est essentiellement orientée aujourd’hui pour maintenir le système de redistribution et du don tel qu’il a été historiquement conçu.

Or, si l’aide alimentaire a été créée dans un contexte d’augmentation de la précarité des ménages et de surproduction alimentaire à l’échelle européenne, la réalité est aujourd’hui autre [4]. La « Tournée des popotes » vient interroger ce phénomène en inscrivant la réflexion dans le contexte actuel de globalisation, qui conduit chaque individu à dépendre de territoires de plus en plus grands, y compris pour le besoin quotidien qu’est l’alimentation. Les “popotes” vont jusqu’à questionner, au-delà de l’augmentation de la précarité des ménages, les enjeux de résilience collective et de sécurité alimentaire à plus long terme. Il y a en effet un sujet de temporalité à travailler, entre l’urgence de donner un plat chaud aux personnes démunies qui ont faim aujourd’hui, et celle d’anticiper les effets des actions conduites au quotidien sur le système alimentaire dont dépendront les générations futures.

L’achat de denrées n’est heureusement pas la seule solution aujourd’hui retenue. D’autres initiatives plus créatives ont été repérées à l’occasion de la « Tournée des popotes » : les associations d’aide alimentaire développent en effet des trésors d’ingéniosité pour faciliter l’accès aux excédents des jardins de particuliers en milieu rural, pour cultiver elles-mêmes leurs propres jardins, pour rencontrer et développer des partenariats avec les agriculteurs locaux… Mais ces initiatives, encore embryonnaires, se heurtent à de nombreux obstacles, parmi lesquels : la disponibilité du foncier, l’identification de producteurs locaux pouvant contribuer, la capacité à maintenir des prix justes pour les consommateurs en situation précaire, les associations et les producteurs. Ces nouvelles actions mais aussi l’irrégularité des dons ou des produits proposés par les partenaires obligent par ailleurs les associations à disposer de toujours plus de compétences logistiques et de capacité de stockage, voire de traitement et de transformation.

Comme dans le même temps, les associations ont toujours à accueillir les familles, organiser les ramasses à l’aube, redistribuer des produits de plus en plus aléatoires et gérer des conflits entre les familles que cela peut créer, la question du maintien du modèle du bénévolat est posée, d’autant plus s’il faut produire des rapports d’activité quasi-professionnels pour pouvoir prétendre aux subventions.

Favoriser les rencontres des forces-vives locales pour s’outiller face aux enjeux communs

« Portée à plusieurs, la charge est moins lourde », ce dicton populaire résume parfaitement les objectifs et l’intérêt de la « Tournée des popotes », prise comme action d’interconnaissance et d’échange de bonnes pratiques. Etre ensemble est un premier pas pour faciliter la conception de projets innovants, la mutualisation des actions, la réduction des coûts pour chacun ainsi qu’in fine, la pertinence et l’efficacité des actions publiques et la cohérence de leur mise en œuvre par les associations.

L’Agence d’urbanisme a construit la « Tournée des popotes » comme un lieu de réflexion ouvert pour aborder les principaux enjeux [5] auxquels sont confrontés les acteurs de l’aide alimentaire au regard des objectifs de justice alimentaire et d’adaptation au changement climatique :

  • l’offre de services à destination des publics précaires et sa couverture sur le territoire,
  • la qualité des denrées et de l’alimentation des publics précaires et l’accès à une alimentation suffisante et de qualité,
  • la capacité des acteurs à accompagner les publics précaires vers une autonomie – entre autres – alimentaire.

A partir de ces trois enjeux, un programme de “popote”a été proposé et monté en partenariat avec des acteurs locaux. Le principe de fabrication de ces rencontres est double : solliciter les acteurs locaux pour qu’ils partagent les actions qu’ils mettent en œuvre et répondre aux sollicitations de certains en organisant des popotes dédiées aux problématiques qui les préoccupent.

La « Tournée des popotes » a donc été menée comme une action engageante, de proximité et de lien avec une diversité d’acteurs, et d’activation de l’envie d’agir et de partager. Pour ce faire, un grand nombre d’entretiens a été réalisé en préambule pour recenser les actions mises en œuvre et les volontés de se questionner localement sur l’un ou l’autre des sujets.

Au total, 5 séances ont pu être montées sur des thématiques en rapport avec le plan d’action. Elles se présentent comme une interrogation des déclinaisons opérationnelles de ce plan ou comme un élargissement de la question, notamment sur le sujet d’un contexte environnemental insuffisamment pris en compte par les acteurs de l’aide alimentaire.

Destinée à l’ensemble des acteurs du Puy-de-Dôme, cette action de mise en réseau des acteurs d’un secteur s’est vite confrontée à la question de la géographie et des territoires. L’option opérationnelle retenue a été de faire avec les acteurs locaux prêts et disposés à recevoir la « Tournée » sur leur territoire ou dans leurs locaux et d’inviter sur le site candidat l’ensemble des acteurs départementaux repérés. La « Tournée » a ainsi inscrit ses rencontres à Issoire, Saint-Eloy-les-Mines, Cournon d’Auvergne, Clermont-Ferrand et Gerzat.

Vers où mènent la rencontre et le dialogue

La « Tournée des popotes » s’intéresse à plusieurs niveaux de rencontre et de dialogue :

  • Entre acteurs d’un même territoire, pour fluidifier et favoriser les actions locales, le partage des enjeux et des problèmes et la mutualisation des solutions à apporter.
  • Entre acteurs de différents lieux, mais possédant des rôles et des fonctions similaires. La mise en lien s’effectue ainsi principalement au niveau des acteurs de l’aide alimentaire, mais peut s’élargir, quand des contacts sont trouvés, au monde agricole, aux acteurs des communes et intercommunalités, …
  • Entre acteurs de terrain et acteurs de la gouvernance. Sur cette dernière, le lancement de groupes de travail interinstitutionnels et quelques rencontres entre acteurs départementaux et acteurs intercommunaux constituent une ébauche de système coordonné de l’alimentation au sein duquel s’intègre la question des publics précaires et de la justice alimentaire.  

Ainsi, l’ambition de la mise en réseau portée par la « Tournée des popotes » vise autant l’élargissement et la diversification des relations des acteurs de terrains que la mise en dialogue du terrain et de l’opérationnel avec la décision politique et le financement.

En 2024, un rapport de recherche-action fera le bilan de ce travail mis en place pour faire se rencontrer et dialoguer les acteurs autour de la notion de justice alimentaire et de la résilience des territoires. Une journée de clôture, à la fois bilan de cette recherche-action et ouverture sur de nouvelles perspectives pourra alors être organisée. Dans l’intervalle, la plateforme en ligne de diffusion [6] des comptes-rendus des « popotes » et d’échanges partenariaux, mise à disposition par l’Agence, est ouverte et peut être saisie et utilisée par tous les acteurs intéressés pour diffuser les évènements qu’ils organisent, commenter les contenus produits ou partager leurs propres travaux.

Approche santé dans les documents de planification et les projets urbains : une palette d’outils pédagogiques pour accompagner les territoires

Introduire et porter les enjeux de santé dans les documents de planification et les projets d’aménagement constitue depuis plusieurs années le cœur de l’action 17 du Troisième Plan Régional Santé Environnement (PRSE 3) porté par l’Agence Régionale de la Santé et la Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement . Cette action 17 a pour objectifs d’identifier et de hiérarchiser les déterminants de santé principaux sur un territoire, de caractériser la manière dont les enjeux de santé-environnement sont pris en compte dans les documents de planification et les projets d’aménagement, de sensibiliser et d’accompagner les collectivités dans la réalisation de diagnostics et l’élaboration d’orientations et d’actions permettant de répondre aux enjeux de santé dans les projets. Les agences d’urbanisme de la région Auvergne-Rhône-Alpes ont été sollicitées pour construire ensemble, par l’expérimentation, des méthodes et bonnes pratiques pour corréler santé et actions d’aménagement. Huit territoires ont ainsi fait l’objet d’expérimentations, à des échelles variées, du projet urbain jusqu’au Schéma de cohérence territoriale (SCOT) en passant par les Plans Locaux d’Urbanisme intercommunaux (PLUi) et les opérations de revitalisation urbaines . Ces expérimentations ont mis en évidence deux priorités : l’indispensable place du dialogue et du temps nécessaire à lui dédier entre les différents acteurs du territoire, et le besoin de sensibilisation aux impacts des manières de construire et d’aménager nos cadres de vie sur l’état de santé et de bien être des personnes qui y vivent. Ces années d’expérimentation à destination d’un large public, sont présentées en différents documents permettant aux collectivités de saisir rapidement les enjeux principaux et les possibilités d’action pour un urbanisme favorable à la santé.

LE MOT DU RÉSEAU URBA 4

Faire valoir les enjeux de santé dans les documents de planification et les projets d’aménagement : c’est la mission que s’est donnée le réseau des Agences d’urbanisme d’Auvergne-Rhône-Alpes (réseau Urba 4), dans le cadre d’un partenariat avec l’Agence régionale de santé (ARS), la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL) et l’appui de l’Observatoire régional de la Santé (ORS).

En effet, les Agences d’urbanisme et leurs partenaires en sont convaincus : les collectivités disposent de puissants leviers d’action en matière de santé, dont elles ne soupçonnent pourtant pas toujours la portée. C’est pourquoi depuis plusieurs années, les Agences d’urbanisme d’Auvergne-Rhône-Alpes, l’ARS, la DREAL et l’ORS se mobilisent et se coordonnent pour accompagner les élus dans une mise en cohérence plus efficace des politiques publiques et dans des arbitrages parfois délicats en faveur de la santé de tous, afin d’améliorer durablement l’habitabilité de nos territoires.

Aboutissement de ces travaux, le réseau Urba 4 a conçu des outils pédagogiques, issus d’expérimentations menées auprès de six collectivités : trois vidéos14 fiches pratiques et un rapport technique, afin de sensibiliser et accompagner les collectivités dans leur projet d’urbanisme favorable à la santé.

UN TRAVAIL À L’ÉCHELLE RÉGIONALE QUI SE POURSUIT SUR LE TERRITOIRE PUY-DE-DÔME

La mallette pédagogique s’adresse aux élus et aux techniciens de tous les territoires. Elle est conçue pour simplifier l’accès aux concepts et aux traductions opérationnelles de l’urbanisme favorable à la santé. Ces outils arrivent à un moment favorable pour le territoire du Puy-de-Dôme : les sujets de la santé, du bien-être et de leur relation à la qualité de vie sont ici en plein essor. Plusieurs initiatives pourront ainsi bénéficier de ce premier travail réalisé par les Agences du réseau Urba 4. Parmi les projets prévus en 2023 à l’Agence d’urbanisme Clermont Massif Central : un accompagnement qui débute à titre expérimental sur le territoire d’Aulnat, avec la réalisation d’un diagnostic santé-environnement et un partenariat avec l’Union départementale des CCAS du Puy-de-Dôme. Le but est d’interroger les possibilités d’urbanisme favorable à la santé sur l’ensemble du département, et ses liens avec l’action sociale. Ces travaux viendront notamment nourrir l’élaboration des documents de planification locaux : PLUi de la Métropole et SCoT du Grand Clermont entre autres.

Objectif sobriété foncière : Un guide pour mobiliser le logement vacant

Actuellement, nombre de centralités perdent des habitants, des commerces et des services. Des biens immobiliers sont à l’abandon pour causes de problèmes de succession, coût des travaux, frilosité à la location… alors qu’ils pourraient être mobilisés pour répondre à une demande en logement toujours plus importante. Dans ce contexte, et parce que l’essentiel du parc de logements demeure privé, une réflexion pour remettre sur le marché les logements vacants est apparue incontournable pour les territoires, d’autant plus que l’objectif de Zéro Artificialisation Nette des sols est désormais fixé.

 LA NÉCESSITÉ D’UN ÉTAT DES LIEUX

L’état des lieux de la vacance du parc d’habitat privé dans le Puy-de-Dôme (1), réalisé en 2021, avait mis en évidence une problématique marquée sur le territoire départemental, en particulier dans les centres-villes et centres bourgs, avec une vacance de longue durée particulièrement importante : 40% des logements vacants s’avèrent inoccupés depuis plus de 5 ans.

Parce que la vacance est tout sauf une problématique simple à appréhender, parce que les enjeux sont nombreux et importants, et parce que les collectivités n’ont pas toujours l’ingénierie suffisante pour prendre à bras le corps ce sujet, le département du Puy-de-Dôme a souhaité soutenir les intercommunalités dans la mobilisation de la vacance en les aidant à repérer et lutter contre le phénomène.

Le gisement de logements vacants constitue une réelle opportunité en matière de développement et de diversification de l’offre résidentielle, de redynamisation des centres-villes, mais aussi de lutte contre l’artificialisation des sols, qui est essentielle pour répondre aux enjeux climatiques et écologiques. En effet, dans le cadre de la mise en œuvre de l’objectif Zéro Artificialisation Nette des sols (ZAN) d’ici 2050, la mobilisation du bâti existant, à l’inverse de la construction neuve, constitue un levier majeur de sobriété foncière.

UN GUIDE MÉTHODOLOGIQUE POUR LE REPÉRAGE ET LA MOBILISATION DU LOGEMENT VACANT

Afin d’outiller les territoires et les guider vers l’opérationnel, l’agence d’urbanisme a accompagné le département du Puy-de-Dôme dans l’élaboration d’un guide méthodologique à destination des EPCI (2). Ce guide, disponible en lecture et téléchargement (3), a pour objectif d’aider les acteurs locaux, élus et techniciens, à bien identifier les situations de vacance rencontrées ainsi que les outils pouvant être mobilisés pour lutter contre la vacance de longue durée. L’enjeu est que chaque territoire puisse agir et que la lutte contre la vacance devienne un pilier des politiques locales d’urbanisme et d’habitat.

Mesurer concrètement la vacance, c’est-à-dire le nombre de logements réellement concernés et leur localisation, identifier ses causes, établir une stratégie d’intervention, et choisir les outils les plus pertinents pour remobiliser ces biens : voici les ambitions de cette “boîte à outils” que nous avons développée et que nous mettons à disposition.

> Mesurer concrètement la vacance

Les bases de données permettant d’identifier les logements vacants sont multiples et recouvrent différentes définitions de la vacance, si bien qu’aucune n’est parfaitement fiable et satisfaisante. L’enjeu était donc d’abord d’aider les territoires à localiser et quantifier la vacance au plus près de la réalité.

Le guide méthodologique détaille ainsi les bases de données à mobiliser, les indicateurs à analyser, et les outils et méthodes utiles pour mener une vérification terrain. Une grille de vérification a été élaborée, donnant à voir les éléments à observer sur le terrain pour confirmer ou pas la vacance du logement. Testée sur deux EPCI afin de vérifier son opérationnalité (4), elle confirme  que les sources statistiques sur-évaluent la vacance d’environ 30% par rapport à la réalité (5).

> Elaborer une stratégie d’intervention

Une fois le repérage territorial établi, l’enjeu est d’inscrire la lutte contre la vacance des logements dans la stratégie globale de la collectivité en matière d’urbanisme et d’habitat. Le guide aborde ici les questions à se poser notamment par rapport aux dispositifs locaux existants et aux enjeux en matière d’aménagement, d’amélioration de l’habitat, de mixité sociale. Il identifie les acteurs à associer et leur champ d’intervention. Enfin, il propose des modalités pour mobiliser les propriétaires des biens pour déterminer les causes de la vacance.

> Mobiliser les outils adaptés

A visée davantage opérationnelle, la deuxième partie du guide synthétise 23 outils et dispositifs nationaux ou locaux qui apparaissent particulièrement intéressants pour la mobilisation du logement vacant. S’entend par mobilisation toute action permettant de redonner une fonction à des locaux délaissés : remise en vente ou en location des logements, rénovations et réhabilitations, reconfiguration du bâti, changement d’usage, démolition, etc. Une multitude d’outils existent, mais ils ne sont pas forcément bien connus et identifiés. Des “fiches-actions” sont proposées suivant  5 catégories :

  • le déblocage des situations, comme la procédure de bien sans maître ou la sortie d’indivision ;
  • les actions foncières, par exemple la procédure d’expropriation ;
  • les mesures pour l’amélioration de l’habitat comme le bail à réhabilitation ;
  • les mesures fiscales, comme les aides pour investir dans l’ancien par exemple ;
  • les incitations locales telle que l’aide à la sortie de vacance du Conseil départemental du Puy-de-Dôme.

Chaque fiche donne une description de l’outil ou du dispositif, ses modalités de mise en œuvre, les avantages et inconvénients, les acteurs impliqués et des références bibliographiques (textes législatifs, sites web…).

> S’inspirer d’autres territoires

Pour terminer, le guide méthodologique donne à voir quelques exemples inspirants de territoires qui ont mis en œuvre des politiques de lutte contre la vacance. L’objectif est de donner à voir les outils et dispositifs déployés ailleurs et d’en mettre en évidence les atouts, les limites et les perspectives.

Au fil du guide sont également présentées des exemples d’actions réalisées dans le Puy-de-Dôme, l’Allier ou ailleurs en France, permettant d’illustrer toutes les étapes du processus de reconquête des logements vacants.

LE DÉPLOIEMENT DE NOUVELLES AIDES POUR MOBILISER LE LOGEMENT VACANT

La réflexion menée sur la vacance, à travers l’état des lieux, l’élaboration du guide méthodologique et le dialogue-expérimentation avec les territoires, a permis au Département du Puy-de-Dôme d’affiner sa politique en matière de lutte contre la vacance.

De nouvelles aides ont ainsi été déployées, à destination des collectivités comme des particuliers, afin de faciliter la sortie de vacance. Ces dispositifs prennent la forme d’aide à l’animation pré-opérationnelle, de travaux préparatoires sur les îlots dégradés, ou de financement de travaux. Elles viennent enrichir les aides du Département en faveur de la lutte contre la vacance et sont détaillées dans le guide méthodologique.

Dans la perspective de la mise en œuvre de la sobriété foncière, l’Agence d’urbanisme accompagne et continuera d’accompagner ses adhérents dans l’identification du foncier urbain mutable et l’élaboration de stratégies de mobilisation. A titre d’exemples, une étude sur les logements vacants  est en cours et une étude sur l’identification de gisements fonciers est en projet sur le territoire de Vichy Communauté.

Les squats dans le Puy-de-Dôme : cinq leviers pour améliorer la situation

UN BESOIN D’ÉVALUER L’AMPLEUR DU PHÉNOMÈNE

La situation relative aux squats et occupations illégales en général constitue un phénomène complexe. Il est propre à susciter un imaginaire dense de représentations négatives, connu essentiellement par la presse, dès lors qu’un évènement dramatique ou racoleur y survient (incendie, braquage…) ou par quelques évènements plus visibles, comme l’occupation de la place du 1er mai de 2018.

La réalité de la vie dans ces lieux où l’on trouve des familles contraintes d’opter pour cette solution d’abri est cependant bien différente de cet imaginaire. C’est pour mieux cerner et répondre à ces situations précaires que l’Agence d’urbanisme a mené un état des lieux des squats dans le département. Ce travail a été réalisé dans le cadre du plan quinquennal pour le « Logement d’abord » porté par le Conseil Départemental du Puy-de-Dôme et Clermont Auvergne Métropole en étroite collaboration avec les services de la Direction Départementale de l’Emploi, du Travail et des Solidarités.

Il a consisté à effectuer un recensement des squats et à proposer des solutions innovantes pour résoudre les difficultés des personnes y résidant. Cette mission s’est déroulée d’octobre 2021 à février 2022 et a mobilisé, Thomas Ott, à l’expertise reconnue pour ses expériences lyonnaises dans le domaine de l’habitat informel et de l’accès aux droits, notamment auprès de Médecins du Monde et de l’ALPIL.

DES SQUATS PLUTÔT DIFFUS, EN NOMBRE LIMITÉ, MAIS VARIÉS

Cette exploration a reposé sur la conduite d’entretiens auprès des acteurs qui travaillent dans le domaine de l’action sociale ou de personnes sans abri. L’appréhension globale de la situation requérait cette écoute des différents acteurs dont chacun ne dispose que d’une connaissance fragmentaire des squats du territoire.

La première leçon à en retenir est le caractère diffus du phénomène. Estimé autour de 200 à 500 ménages, le nombre de situations identifiées est relativement faible, ce qui laisse penser que trouver des solutions pour sortir l’ensemble des personnes dans ces situations précaires est possible à envisager. Cependant, la diversité des situations représente un obstacle à la saisie du phénomène ainsi qu’à l’invention de solution.

En fait de squat, le département du Puy-de-Dôme se caractérise par une diversité de situation d’habitat refuge tel que le définit la Fondation Abbé Pierre. Chaque situation étant particulière, elle nécessiterait un accompagnement et des interventions ad hoc, ce qui interroge sur la lourdeur des dispositifs, notamment en termes d’accompagnement, à déployer pour répondre aux besoins des familles concernées. Les exemples rencontrés touchent aussi bien des squats d’habitation dans des logements ou locaux abandonnés que le cas des gens du voyage notamment des familles sédentarisées sur des aires d’accueil vétustes, des abris de fortune divers et des formes d’habitat non conforme (véhicule, cabane, grotte…).

TROIS PROBLÉMATIQUES DISTINCTES SUR LE DÉPARTEMENT

Bien plus que le nombre de situations, ce qui pose problème est bien l’indignité des situations de vie et les nombreux autres besoins non satisfaits qui engendrent celui de recourir à l’habitat refuge : accès aux droits, à l’éducation, à l’emploi, problématiques en santé physique et mentale, accès aux services de base et à l’hygiène…

Parmi les phénomènes repérés, une typologie se dégage. Le premier cas de figure est urbain et touche principalement des personnes dites « sans droits ni titres » installées dans des locaux impropres à l’habitation, particulièrement dans la métropole clermontoise. Le second, plus dispersé dans le département se caractérise par des cas complexes sporadiques de ruptures de parcours, d’isolement qui peuvent s’entrecroiser avec des problématiques de qualité du logement (cabanisation, occupation de foncier non constructible…). Enfin, la dernière problématique est spécifique à l’accueil des gens du voyage. Sur un croissant qui part du Pays de Saint Eloy jusque Billom Communauté en passant par la métropole Clermontoise, les campements illégaux, l’errance, les occupations de terrains privés sont multiples.

CINQ POINTS D’ACTION PAR LESQUELS COMMENCER

L’absence d’acteur spécialisé, le faible nombre d’acteur pratiquant l’aller-vers, le niveau de compétence faible des acteurs sur le volet juridique constituent autant de freins dans le département du Puy-de-Dôme à une action de réduction du recours à l’habitat refuge comme palliatif à une difficulté de logement. Le constat principal est celui d’une absence de réponse construite.

Des propositions pour initier la construction d’une réponse ont été esquissées. A partir d’une commande publique formulée et partagée, l’orientation et la coordination d’une action systématique d’aller-vers ainsi que le tissage d’un réseau de partenaires opérationnels proches du terrain, susceptible de produire une observation des besoins des personnes en squat, pourraient contribuer à une réduction rapide des situations d’habitat indigne. La construction d’une approche en droit, le renforcement de l’information sur les procédures, décisions et projets en cours ainsi que des actions de sécurisation de certains sites viendraient compléter ces dispositifs. Le contexte actuel de partenariats institutionnels dans le cadre du « Logement d’abord », de la révision du Plan Départemental d’Action pour le Logement et l’Hébergement des Personnes Défavorisées (PDALHPD) ainsi que de celle du Schéma Départemental d’Accueil des Gens du Voyage (SDAGV) constituent des opportunités favorables à la formulation explicite de cette commande.

Comprendre les freins au covoiturage dans le Puy-de-Dôme en trois questions

 

Dans un contexte de hausse des prix des carburants, le quotidien La Montagne a proposé une série d’articles sur le regain du covoiturage. L’interview que Sébastien Reilles a accordée à Rémi Bayol, portait sur l’analyse des chiffres de l’Observatoire national du covoiturage.

Deux idées principales ont été relayées :
– cet observatoire recense le covoiturage qui transite via des plateformes (Klaxit, Mov’ici…) et qu’il ne permet pas d’avoir une vision sur le covoiturage informel (covoiturage entre amis) ;
– la dynamique de certains territoires est liée à un subventionnement des trajets en covoiturage, avec en général un effondrement des pratiques dès que les contributions publiques cessent.

Le nombre de Puydômois pratiquant le covoiturage augmente depuis le début de l’année. Pourtant, cette pratique peine à s’implanter durablement dans les pratiques quotidiennes. Explications.
Malgré le développement du covoiturage dans la métropole clermontoise, la pratique solitaire de la conduite y reste la norme. Comment comprendre cela ?

Éléments de réponse avec Sébastien Reilles, chargé d’études mobilités à l’Agence d’urbanisme et de développement Clermont-Métropole.

D’après l’Observatoire national du covoiturage au quotidien, le covoiturage est peu développé dans le Puy-de-dôme. Comment expliquer cela ?

Les chiffres de l’Observatoire sont basés sur les données fournies par les plateformes, comme Klaxit, BlaBlaCar Daily, Karos. Donc, par exemple, deux amis qui se donnent rendez-vous pour se rendre à un concert au Zénith de Cournon d’Auvergne ne sont pas comptabilisés. Le ministère des Transports estime que l’observatoire recense entre 15 et 20 % des trajets en covoiturage sur tout le territoire. Cela étant dit, Clermont et le Puy-de-dôme ne sont en effet pas les territoires où il y a le plus de preuves de covoiturage. Cela s’explique par une multitude de facteurs. Tout d’abord, le fait que certains axes – comme Vichy/Clermont – sont bien desservis par les trains. Pour les axes moins bien reliés, les collectivités, les entreprises locales et les plateformes de covoiturages n’incitent pas encore assez les usagers.

La Métropole expérimente en ce moment le covoiturage gratuit. Cela peut-il permettre d’inciter les automobilistes ?

Ces solutions ont été testées à Rouen et en Île-de-France avec de bons résultats. Le problème est que ça marche tant qu’on subventionne. Le jour où la Région Île-de-France a arrêté d’offrir les trajets, le trafic de covoiturage s’est écroulé de 95 %. De plus, il ne faut pas que ça pousse des gens à covoiturer pour faire de petits trajets qui peuvent être effectués à vélo ou en transport en commun.

Comment généraliser l’autopartage dans le département ?

Il faut sensibiliser les entreprises et les employés à cette question. En France, entre 75 et 80 % de l’accès au travail se fait en voiture. Les incitations financières mises en place par l’État depuis quelques années sont également importantes. La hausse du prix de l’essence et l’apaisement de la situation sanitaire ont stimulé le covoiturage. Mais si la vague de Covid-19 se confirme, je ne sais pas si la dynamique va perdurer.

Un «tour du Puy-de-Dôme» pour aborder le rôle des communes dans l’accès à l’alimentation pour tous

MUNICIPALITÉS ET ALIMENTATION : UN COUPLE RÉAFFIRMÉ

S’alimenter demain est un enjeu majeur qui interroge la résilience tout comme l’organisation territoriale. D’ailleurs, le rôle des communes et des établissements publics de coopération intercommunale dans l’alimentation de leur population s’affirme progressivement à travers des outils comme les projets alimentaires territoriaux et le travail sur différentes thématiques : développer l’agriculture locale, le manger sain, travailler sur les circuits et flux des denrées alimentaires… Cette responsabilité est inscrite de facto dans les activités des élus territoriaux puisque les choix opérés dans les documents d’urbanisme, la gestion des établissements primaires, les activités des centres communaux ou intercommunaux d’action sociale touchent déjà à la question d’accès à l’alimentation, et idéalement, à une alimentation saine pour les consommateurs et vertueuse pour l’environnement. Le contexte actuel de crise climatique, environnementale, sociale et sanitaire fait redécouvrir le sujet. Le regain d’intérêt pour le local induit par les confinements successifs, la prise de conscience de la dépendance alimentaire générée par un système globalisé, l’augmentation de la précarité et du nombre de personnes exposées à l’insécurité alimentaire lui confèrent une ampleur nouvelle.

MIEUX CONNAÎTRE LE RÔLE ACTUEL DES CCAS ET CIAS EN MATIÈRE D’ACCÈS À L’ALIMENTATION DES PUBLICS PRÉCAIRES

Favoriser un meilleur accès à une alimentation de qualité aux publics précaires sur l’ensemble du département est un enjeu. La connaissance des activités des CCAS et CIAS en matière d’accès à l’alimentation des populations précaires constituait un complément à apporter à l’état des lieux réalisé en 2021 par l’Agence d’urbanisme sur l’aide alimentaire dans le Puy-de-Dôme. Une opportunité de le faire s’est présentée à l’occasion d’un partenariat avec l’Union Départementale des CCAS du Puy-de-Dôme, désireux de mettre en avant cette thématique en 2022 dans le cadre des animations proposées annuellement à ses adhérents et, plus largement, à toutes les communes du département.

C’est pourquoi l’Agence d’urbanisme et l’UDDCAS ont élaboré un questionnaire à destination de toutes les structures communales et intercommunales à vocation sociale du Puy-de-Dôme avec le concours d’un groupe de travail composé de responsables (élus et directeurs) de l’action sociale communale. Cette enquête visait plusieurs objectifs : mieux connaître les différents dispositifs d’aide alimentaire sur l’ensemble du département du Puy-de-Dôme portés par les CCAS et CIAS, réaliser une cartographie des dispositifs, repérer d’éventuelles zones blanches… Elle s’est déroulée en ligne de mars à mai 2022. Plus d’une centaine de structures ont répondu.

CONSTRUIRE ENSEMBLE DES PISTES D’ACTION

La présentation des résultats de cette enquête, assortie des leçons apprises de l’état des lieux réalisé en 2021 par l’Agence, fait l’objet d’un travail conjoint entre l’UDCCAS, l’Agence d’urbanisme et l’association Solinum.  Actuellement en charge du déploiement du Soliguide, un outil numérique dédié à la cartographie des services d’aide aux populations précaires, cette association viendra présenter comment l’accès à l’information sur les services peut contribuer au déploiement local au cours de sept réunions organisées de fin juin à début juillet sur l’ensemble du département.

Ces réunions de présentation doivent informer sur les systèmes d’aide existant localement mais aussi réunir les acteurs autour du faire ensemble pour construire en concertation des réponses adaptées aux besoins et aux capacités de chacun de ces territoires. Ce travail collaboratif a pour objectif de faire remonter aux différentes institutions l’information collectée concernant les enjeux et les problématiques locales.

Les maires, directeurs des services, associations et centres de distribution locaux, Maisons des Solidarités et Directions Territoriales des Solidarités de chacun des territoires y sont déjà conviés.

Le programme de ces réunions territorialisées est le suivant :

  • Territoire d’Ambert Livradois Forez le 21 juin de 9h30 à 12h30 à Arlanc.
  • Territoire de la Dore (Thiers Dore et Montagne, Entre Dore et Allier), le 21 juin de 14h00 à 17h00 à Thiers.
  • Territoire sud (Agglo Pays d’Issoire, Mond’Arverne Communauté et Billom Communauté) le 22 juin de 14h00 à 17h00 à Vic-le-Comte.
  • Territoire de la Limagne (Riom Limagne et Volcans et Plaine Limagne) le 24 Juin de 9h30 à 12h30 à Ennezat.
  • Territoire du Sancy (Massif du Sancy et Dôme Sancy Artense) le 28 juin de 14h00 à 17h00 à La Tour d’Auvergne.
  • Territoire des Combrailles (Chavanon Combrailles et Volcans, Combrailles Sioule et Morge et Pays de Saint Eloy) le 29 juin de 9h00 à 12h00 à Saint-Gervais d’Auvergne.
  • Territoire métropolitain (Clermont Auvergne Métropole) le 29 juin de 14h30 à 17h30 à Clermont-Ferrand.

Pour tout renseignement ou demande d’inscription sur une ou plusieurs de ces réunions, les personnes suivantes peuvent être contactées :

Violaine Colonna d’Istria pour l’Agence d’urbanisme : vcolonna@aucm.fr

Jacob Guimont pour l’UDCCAS : udccas@ccas-clermont-ferrand.fr

«Mon territoire au futur, mon futur dans le territoire : Quelle(s) solution(s) pour les habitants du Grand Clermont?» Retour d’expérience sur la 1ere édition d’un concours d’idées avec les Collèges et Lycées du Puy-de-Dôme

Jeudi 5 mai 2022 s’est tenue à la Maison de la Culture de Clermont-Ferrand la remise des prix du concours scolaire « Mon territoire au futur, mon futur dans le territoire ». Ce concours, lancé par le Rectorat de l’Académie de Clermont-Ferrand avec l’appui de l’Agence d’Urbanisme et de Développement Clermont Métropole (AUDCM) et le PETR du Grand Clermont, a réuni six établissements scolaires, collèges et lycées, pour faire réfléchir les élèves à l’avenir qu’ils souhaitent pour leur territoire. Les projets proposés, divers tant dans leurs formes que dans les thématiques abordées, montrent à quel point il est enrichissant de former et d’intégrer les acteurs scolaires aux démarches de prospective territoriale.

UN CONCOURS POUR MOBILISER LES ÉLÈVES SUR LE DEVENIR DE LEUR TERRITOIRE

C’est dans le cadre de la démarche prospective « Demain le Grand Clermont », portée par le PETR du Grand Clermont que l’AUDCM a organisé ce concours en partenariat avec le Rectorat. Cette démarche prospective vise à penser le devenir du territoire à l’horizon 2050 dans toutes ses composantes (environnementales, économiques, sociales, alimentaires, …). Depuis janvier 2022, elle a été engagée avec quatre élus (représentant les quatre intercommunalités du Grand Clermont) et sera prochainement partagée et discutée avec les autres élus du territoire et le Conseil de Développement du Grand Clermont récemment installé. Le concours scolaire, lancé à la rentrée 2021, vient compléter cette approche institutionnelle, en l’enrichissant des idées et propositions des jeunes d’aujourd’hui, futurs citoyens de 2050.

La consigne donnée aux élèves était ouverte et ne ciblait volontairement aucune thématique spécifique, pour laisser libre court à la créativité : « réfléchir collectivement aux défis qui s’imposent [au] territoire aujourd’hui en proposant des solutions d’avenir pour [le] territoire de demain (horizon 2050 ?) tel qu’ils l’imaginent ou le souhaitent ». Quatre collèges et deux lycées ont présenté leur candidature : les collèges Albert Camus, Roger Quilliot et Lucie Aubrac, situés à Clermont-Ferrand, le collège Teilhard de Chardin à Chamalières, et les lycées Fénelon et Massillon de Clermont-Ferrand également. Pour cette première édition, seuls des établissements de la métropole clermontoise ont participé, alors que le concours était ouvert à tous les collèges et lycées du Puy-de-Dôme. Les élèves ont travaillé durant 4 à 7 mois (selon la date de leur inscription), encadrés par leurs professeurs et en cohérence avec les niveaux et programmes scolaires de géographie, éducation morale et civique (EMC), français, arts plastiques, sciences ou encore technologie. Cette variété de disciplines, combinée à la variété des niveaux scolaires explique la richesse et l’éclectisme des productions réalisées.

DES PROPOSITIONS SCOLAIRES RICHES ET VARIÉES QUI ONT IMPRESSIONNÉ LE JURY

Cette diversité dans l’encadrement pédagogique et le programme scolaire au cours duquel a été abordé le concours est nettement perceptible dans les projets des élèves. Les rendus, tous très riches dans leurs formes, les enjeux qu’ils abordent et les solutions qu’ils apportent, ont fortement impressionné le jury du concours, composé de représentants du Rectorat, d’élus, de techniciens du Grand Clermont et de l’Agence d’urbanisme. Ce sont finalement les collèges Lucie Aubrac et Roger Quilliot qui se classent à la première place ex-aequo du concours « collège ». Dans la section « lycée », le lycée Fénelon remporte le concours.

La classe de 62 du collège Lucie Aubrac a présenté au jury une carte interactive du Grand Clermont, sur laquelle différents QR-codes étaient disposés et permettaient d’accéder aux détails des projets imaginés. Toutes ces informations étaient également accessibles via un site internet dédié (https://linedijols.wixsite.com/grandclermont2050). Le jury a tenu à récompenser ce projet pour la qualité des supports produits (site internet, maquette, logo, vidéo, carte…) et sa capacité à proposer, en se basant sur les enjeux actuels, des solutions transversales et originales pour le territoire. Le futur imaginé par ces jeunes élèves comprend ainsi la création d’un « magnifique » Parc Naturel Régional en Limagne, dont ils ont dessiné le logo, mais aussi l’implantation d’un tramway suspendu pour décongestionner la métropole clermontoise et l’inauguration d’un « musée des horreurs » à Vic-le-Comte en souvenir des difficultés vécues pendant la crise sanitaire de 2019-2021, particulièrement éprouvante pour les enfants et l’ensemble des acteurs scolaires.

Ci dessus : Projet de la classe de 6B du collège Roger Quilliot.

L’autre projet lauréat, ex-aequo, est celui présenté par la classe de 6èmeB du collège Roger Quilliot. Les élèves, accompagnés par leur professeure de français, ont proposé un projet particulièrement créatif articulé autour d’une maquette et d’un poème. En 2050, la ville s’organise autour d’une tour multifonctionnelle desservie par des voies cyclables suspendues et un téléphérique. A ses pieds, des jardins partagés nourrissent ses habitants, et des panneaux solaires l’alimentent en énergie. La vie dans la tour, et plus globalement dans la ville en 2050, est détaillée par un poème écrit, lu et chanté par les élèves. Cette projection sensible et littéraire dans un imaginaire pour le territoire de demain, mais aussi la multiplicité des sujets urbains abordés, ont séduit le jury.

Ci dessus : Projet des élèves de 1ère du Lycée Fénelon.

Du côté des lycéens, les élèves de 1ère du lycée Fénelon ont obtenu la première place en présentant plusieurs projets d’aménagement de quartiers clermontois, mais également de secteurs aux alentours tels que Volvic. Par groupe de trois, les élèves ont par exemple proposé des solutions d’éclairage public photovoltaïque à Jaude, une refonte du marché Saint-Pierre désormais lieu de production maraîchère, un écoquartier à Kessler… Des diaporamas et maquettes ont accompagné les explications et permis au jury de se projeter dans le territoire en 2050.

Enfin, le travail des classes de terminales du lycée Massillon, classé 2e de la catégorie « lycée », a bousculé le jury sur les enjeux retenus par les jeunes comme primordiaux pour leur avenir dans le territoire. Parmi ceux-ci, la volonté de traiter de l’employabilité des jeunes de moins de 18 ans et de l’insertion professionnelle plus globalement, mais aussi leur décision quasi-acquise de partir ailleurs faire leur vie ont fait prendre conscience de l’intérêt d’entendre les jeunes dès aujourd’hui pour réfléchir avec eux au devenir du Grand Clermont. Partagé par l’ensemble des autres groupes, les problématiques alimentaires ou encore la qualité des espaces publics qu’ils proposaient de réaménager ont également retenu l’attention du jury.

INTÉGRER LES ACTEURS SCOLAIRES : UN ENJEU ESSENTIEL POUR PENSER LE DEVENIR DU TERRITOIRE

C’est l’objet même de ce type de concours que de faire sortir l’école de ses murs et de faire entendre la parole et les idées des jeunes. Cela permet non seulement de sensibiliser les élus aux problématiques qui paraissent primordiales aux élèves, mais également de former les citoyens de demain à la transition des territoires. Cette formation des plus jeunes aux thématiques urbaines et territoriales nécessite au préalable une sensibilisation de leurs enseignants, et de l’ensemble des acteurs scolaires, à la prospective territoriale. L’enjeu est de déterminer sous quelles formes et à travers quelles disciplines cet enseignement doit être dispensé pour être le plus efficient.

La prospective territoriale pourrait également constituer un facilitateur et une plus-value pour l’enseignement de certaines disciplines, notamment la géographie, parfois considérée comme parent pauvre des concours d’idées et de l’enseignement. Par sa capacité à mobiliser et stimuler les plus jeunes sur des sujets qu’ils pratiquent tous les jours, mais connaissent peu sur le plan théorique, la prospective peut aider à décloisonner et à ouvrir la réflexion. Les sujets portant sur la mobilité dans la ville et le territoire, qu’ils pratiquent quotidiennement pour rejoindre leurs établissements, l’espace public dont ils ont l’usage pour leurs loisirs et autres activités, les politiques liées à l’insertion professionnelle dans le territoire, l’importance de l’engagement citoyen dans la fabrique de la ville de demain… sont autant de sujets susceptibles de mobiliser les élèves sur des thématiques plus vastes comme la mondialisation de l’économie, les phénomènes de métropolisation ou encore les enjeux d’un développement territorial soutenable.

Mais au-delà de ses vertus pédagogiques, la sensibilisation aux enjeux urbains et territoriaux des plus jeunes répond globalement à un souci de pertinence et de pérennité des politiques publiques locales.  En effet, les élèves qui ont participé à ce concours sont des habitants et des acteurs du territoire d’aujourd’hui et de demain. Dans le contexte actuel de crise de la démocratie représentative et de volonté d’intégrer les habitants, en tant qu’usagers-experts, dans la construction des projets et politiques urbaines, il est essentiel de créer des lieux de rencontres entre les élèves, leurs enseignants, éventuellement les parents et les acteurs de l’urbanisme, élus comme techniciens. Ces espaces de discussions contribueront à éclairer les décideurs territoriaux sur les problématiques d’avenir essentielles pour ceux qui pratiqueront demain le territoire, mais également d’emporter l’adhésion des habitants actuels et futurs aux politiques décidées en les formant sur celles-ci et en les intégrant dans leur construction.

L’Agence d’Urbanisme, co-organisatrice de cette première édition du concours « Mon territoire au futur, mon futur dans le territoire » souhaite poursuivre ce partenariat pour devenir un lieu de rencontre privilégié entre acteurs scolaires et acteurs urbains. La sensibilisation des enseignants à la prospective territoriale et leur accompagnement dans leur mission pédagogique s’inscrit dans la ligne directe des nouvelles missions de l’Agence. Elle a pour effet la compréhension et l’anticipation des mutations des territoires, ainsi que la sensibilisation de leurs acteurs à ce sujet, dont font partie les élèves et leurs encadrants. Autant de lieux et de moments de rencontre indispensables pour accompagner la transformation du territoire vers un modèle plus soutenable et souhaitable.

Ecouter les usagers de l’Aide alimentaire pour construire une réponse adaptée à leurs besoins

LE PARTI-PRIS D’UNE MÉTHODE QUALITATIVE

Dans le cadre du travail d’état des lieux du secteur de l’aide alimentaire dans le Puy-de-Dôme réalisé en 2021 par l’agence d’urbanisme à la demande de la Direction de l’Emploi du Travail et des Solidarités (DDETS), plusieurs questionnements initiaux portaient sur les publics visés : quels profils de personnes utilisent l’aide alimentaire ? Quelle expérience en ont les usagers ? Les services répondent-ils à leurs besoins ? Ces questions avaient pour objectif d’identifier les angles morts, les points de progressions et les évolutions liées au contexte sanitaire.

Pour y répondre, l’agence d’urbanisme a proposé d’associer une enquête quantitative exploratoire réalisée auprès de 529 usagers sur l’ensemble du département à une approche qualitative donnant la parole aux usagers rencontrés. Cette seconde approche vise à expliquer et parfois illustrer les résultats quantitatifs. L’écoute des usagers s’est faite à travers une dizaine d’entretiens semi-directifs menés par des étudiants de l’ITSRA et de l’enquête flash pour laquelle un cinquième des enquêtés a répondu à des questions qualitatives ouvertes. Trois questions principales ont ainsi été posées : quelles difficultés rencontrez-vous pour vous alimenter ? Qu’est-ce qui vous permettrait de mieux manger ? Quelles améliorations souhaiteriez-vous voir apportées au système d’aide alimentaire ?

Si elle permet d’affiner les constats esquissés par les questions fermées, l’approche qualitative comporte néanmoins des biais. Certains proviennent de l’enquêteur lui-même, ou des personnes effectuant la lecture et le traitement des données, par exemple le biais de confirmation d’hypothèses.  D’autres proviennent des personnes qui s’expriment, comme celui de l’illusion biographique. Avoir le recul nécessaire sur ces biais est indispensable pour les dépasser et parvenir à objectiver le contenu des récits proposés. L’agence d’urbanisme a proposé une approche double : d’une part faire ressortir, les tendances, les éléments de langage et les discours qui revenaient de manière récurrente ; de l’autre isoler les propos singuliers mais dont le contenu permettait d’ouvrir une perspective ou une compréhension nouvelle des phénomènes observés.

QUELQUES EXEMPLES DE NUANCES APPORTÉES À L’ENQUÊTE PAR LES QUESTIONS OUVERTES

Les questions qualitatives contribuent en premier lieu à approfondir certains éléments de la caractérisation des usagers. Leurs expériences vécues se recoupent sur différents aspects au premier rang desquels les difficultés financières. Si l’absence d’emploi, qui concerne 60% des personnes rencontrées, est une cause évidente de ce manque de ressource, les récits informent quant à eux sur les effets du poids des charges liées au logement, à la mobilité, à la santé, mentionnés comme des éléments grevant ponctuellement un budget, y compris pour les personnes en emploi ou ayant des ressources régulières (salaires, retraites, AAH…).

On décèle aussi, lorsque les usagers s’étendent sur la durée de leur fréquentation des services, leurs allées et venues au sein des services, à quel point avoir une famille ou des amis qui fréquentent également les services peut faciliter l’acceptation du recours au service. Un tiers des usagers se déclare orienté dans les services d’aide alimentaire par leur famille et amis, et certains discours expliquent ce phénomène par le récit d’un atavisme familial. A l’inverse, l’hypothèse couramment avancée d’un ressenti proche de la honte d’avoir recours aux services d’aide alimentaire n’a été que très marginalement confirmée par les usagers, voire dans certains cas, explicitement évincée.

Par ailleurs, si les résultats de l’enquête quantitatives sont très positifs : 95% des usagers rencontrés sont satisfaits des services, de l’accueil dans les structures, des quantités, des produits reçus, de leur qualité ou encore de leur diversité, les apports qualitatifs de la méthode permettent de nuancer ces résultats. En effet, la satisfaction exprimée est souvent associée à des notions telles que la reconnaissance, le sentiment d’être redevable et aussi, parfois un sentiment d’illégitimité à critiquer un service couvrant ce besoin fondamental. Plusieurs usagers constatent ainsi qu’ils n’ont : « pas le droit de se plaindre ».

D’un autre côté, les défauts du système sont minimisés par les enquêtés. Les produits périmés ou abimés, constatés par près de 40% des personnes rencontrées sont perçus dans les discours selon différentes perspectives : les usagers expriment une incapacité de choix et rappellent l’absence de responsabilités des associations, à qui les denrées s’imposent également, dans ce phénomène. A ce niveau, les propos oscillent entre une forme de résignation, une empathie envers les associations et leurs bénévoles ou encore une fierté de contribuer à la lutte contre le gaspillage. Les usagers préfèrent mettre en avant le caractère consommable des produits.

Parmi les autres éléments qui ressortent des paroles tenues, des ressentis déplaisants dominent dont les impacts psychologiques sur l’alimentation sont indéniables : dénigrement et mauvaise estime de soi, isolement, impuissance, fatalisme reviennent bien souvent, parfois associés avec une perte d’appétit et des formes plus ou moins lourdes de dépression. La manière dont l’aide répond au besoin premier de s’alimenter peut réduire ou renforcer ces ressentis négatifs, notamment pour ceux des usagers qui expriment le plus de griefs relationnels envers les associations ou les bénévoles. Les usagers qui expriment plutôt des ressentis plaisants sont minoritaires.

DES PISTES D’ACTION EN DEÇÀ DES BESOINS DES USAGERS ET DU SYSTÈME DE REDISTRIBUTION

L’enquête réalisée auprès des usagers des services d’aide alimentaire ne constitue qu’une partie des éléments pris en compte pour construire collectivement des pistes d’action. Les données factuelles sur la distribution des services dans le département, le nombre d’inscrits dans les services, des données de contexte et un travail d’écoute compréhensive des acteurs et travailleurs sociaux de l’aide alimentaire ont également été mobilisés à cet effet. Ce croisement des données et des regards vise à contrebalancer certaines limites de l’approche qualitative tout en maintenant la finesse d’analyse tant dans la diversité des points de vue exprimés que dans les apports d’un niveau de détail individuel.

Nous constatons à l’issue de ce travail, une tendance mise à jour par ces croisements, dont les difficultés du secteur social, notamment en termes de terminologie, témoignent. Ainsi, lorsque les acteurs expriment collectivement le souhait de supprimer de leur vocabulaire l’appellation de « bénéficiaires » pour désigner les personnes ayant recours à l’aide alimentaire, une des idées corrélée est celle d’un déséquilibre entre ceux qui donnent et ceux qui reçoivent. L’expression répétée de ce déséquilibre dans la parole des acteurs est également reflétée dans certains propos d’usagers. Cela pose la question d’une intériorisation de cette asymétrie.

Dans un système contraint sur le plan réglementaire qui rassemble des groupes d’acteurs et des défis relationnels variés, l’un des enjeux de ce secteur ne serait-il pas de sortir d’un structuralisme social qui l’encombre et freine son émancipation ? Les pistes d’action aujourd’hui énoncées : coordonner les acteurs et les actions, contribuer à l’autonomie des publics, mettre en place une action plus individualisée et lutter contre le non-recours, n’adressent pas encore le sujet sous cet angle.

Etat des lieux de l’Aide alimentaire dans le Puy-de-Dôme

DES EFFETS DE LA COVID SUR LA PRÉCARITÉ À UNE ÉTUDE SUR L’AIDE ALIMENTAIRE

L’année 2020, marquée par la pandémie de COVID 19 et les confinements successifs, a fait émerger des craintes concernant les publics défavorisés. Cette période a révélé une aggravation de la grande précarité, l’apparition de nouveaux publics par le basculement en dessous du seuil de pauvreté de personnes qui jusqu’alors parvenaient à se maintenir au-dessus ainsi que la réduction des capacités des associations à fonctionner, à collecter des dons ou à augmenter leurs ressources financières par l’évènementiel.

Partant de ce constat, la DDETS du Puy-de-Dôme, soucieuse d’assurer au mieux sa mission d’aide aux plus démunis, définie dans la déclinaison locale de la stratégie de lutte contre la pauvreté, a mandaté l’agence d’urbanisme pour produire un état des lieux de l’aide alimentaire dans le Puy-de-Dôme et contribuer à proposer des pistes d’actions innovantes pour améliorer l’accès à l’alimentation pour tous.

En 2021, l’agence a déployé différents outils d’observation, pour apporter une connaissance sur le fonctionnement de l’aide alimentaire dans le département, pour recueillir les perceptions qu’en ont les acteurs, bénévoles et usagers ainsi que pour caractériser et mieux connaître les publics fréquentant les services et leurs besoins spécifiques.

UN SYSTÈME D’AIDE ALIMENTAIRE CONTRAINT ET MORCELÉ

L’aide alimentaire dans le Puy-de-Dôme repose principalement sur les associations habilitées nationalement ou localement. Les 29 associations menant cette mission gèrent près de 70 points d’accès à l’aide alimentaire, répartis inégalement sur le territoire, avec une forte concentration sur la commune de Clermont-Ferrand. Par conséquent, c’est aussi à Clermont-Ferrand que se rencontre la plus grande diversité de services. Les autres lieux du département privilégient le modèle de l’épicerie sociale et surtout celui du centre de distribution. Ils se situent dans les principaux centres urbains : Issoire, Riom, Ambert, Thiers, Saint-Eloy-les-Mines même si quelques communes de moindre importance comme Lezoux, Billom, Cournon-d’Auvergne et Saint-Amant-Tallende disposent aussi de points d’accès. Par ailleurs, 14 CCAS ou CIAS sont également identifiés comme partenaires de la Banque Alimentaire d’Auvergne, dont certains assurent des distributions alimentaires en nature. Les initiatives innovantes, comme les restaurants d’insertion à vocation sociale (sur le modèle de Toque Académie), les épiceries solidaires ou les marchés populaires, sont relativement limitées sur le territoire.

Le fonctionnement du système repose aujourd’hui sur l’organisation de collectes ponctuelles de denrées ou de pratiques régulières dites de « ramasse » auprès des acteurs de la grande distribution. Pour une grande partie des associations, c’est la Banque Alimentaire d’Auvergne qui centralise cette ramasse et redistribue, en fonction du nombre d’adhérents déclarés, les 900 tonnes d’aliments collectées chaque année. Certaines associations, comme les Restos du Cœur, fonctionnent séparément grâce à leur réseau national, qui inclue un circuit de fourniture de denrées. D’autres sources complémentaires sont les achats de produits financés par les fonds propres des associations, ou par le Fond Européen d’Aide aux plus Démunis (FEAD) dont la loi interdit la revente, même à tarifs symboliques. Peu de perméabilités existent aujourd’hui avec d’autres acteurs du système alimentaire comme les producteurs, les nombreux marchés du territoire ou les acteurs du secteur de la santé.

Ce paysage associatif et institutionnel, à la fois contraint et morcelé, freine les coopérations entre acteurs de l’aide alimentaire, qui peuvent facilement s’opposer sur des conflits de moyens davantage que de valeurs. Des tensions diverses sont constatées, qui produisent de l’insatisfaction. En témoigne le regard porté contre les « profiteurs » supposés du système, qu’ils soient usagers en capacité de tirer le meilleur parti des distributions à leur avantage ou acteurs de la grande distribution. Ces derniers sont perçus comme les grands bénéficiaires du système de défiscalisation des denrées comme des mesures « antigaspi », issues de la loi Egalim, autorisant la vente de denrées à date de péremption proche à prix réduits.

Les conséquences pour les acteurs associatifs sont multiples. Aux denrées imposées aux associations qui regrettent leur faible cohérence ou qualités nutritionnelles s’ajoutent des contraintes logistiques de fonctionnement en flux tendu et les exigences toujours plus nombreuses des financeurs qui imposent une professionnalisation du secteur, dont le fonctionnement dépend pourtant largement des bénévoles.

UNE DIVERSITÉ D’USAGERS ET DE BESOINS DANS LE PUY-DE-DÔME

Au cours d’une enquête menée auprès des personnes fréquentant les lieux d’accès à l’aide alimentaire, 529 personnes ont été rencontrées. La raison principale de leur recours est le manque de ressources financières, qui peut avoir plusieurs origines. L’absence d’activité professionnelle est une cause première, néanmoins, les usagers rencontrés sont variés et les personnes en emploi ou touchant une pension de retraite représentent presque 15% des personnes rencontrées. Quand chaque centime compte, les frais liés au logement, à la santé, au carburant et imprévus de parcours conduisent ces personnes vers l’aide alimentaire.

Constat alarmant, près d’un cinquième des ménages rencontrés demeure en situation d’insécurité alimentaire malgré ce recours, c’est-à-dire, sont amenés à manquer régulièrement des repas pour des raisons financières. Si 95% des usagers se disent satisfaits de l’aide alimentaire, tant en quantité, qu’en qualité et en diversité, on observe néanmoins différentes stratégies compensant des manques. Ainsi, fréquenter plusieurs associations concerne deux-tiers des usagers. Le mauvais état des produits est souvent déploré. Enfin, le risque d’enlisement dans une aide alimentaire qui devient structurelle pour les familles est réel, avec plus d’un quart des usagers qui fréquente cette aide (en théorie « d’urgence ») depuis plus de trois ans.

L’étude conduite par l’agence a révélé quatre profils qui constituent la partie visible des usagers de l’aide alimentaire : les « nouveaux venus », les « habitués », les « dépendants » et les « invisibles ». Ces profils se distinguent entre autre par leur âge, la durée de leur fréquentation de l’aide alimentaire et leur structure familiale.

Au-delà du besoin premier de s’alimenter, c’est tout un équilibre budgétaire et familial qui est visé par les ménages qui s’adressent à l’aide alimentaire : produits d’hygiène, vêtements, accompagnement social, loisirs, fournitures scolaires mais aussi activités sociales sont autant de prestations complémentaires souhaitées.

Des besoins émergents sont tout juste entraperçus : par exemple les effets secondaires des décohabitations, le vide d’aide sociale concernant la charge ponctuelle des enfants d’un ménage pratiquant la garde partagée, ou encore les coûts associés aux mobilités alors que ceux des logements poussent les ménages précaires vers des zones peu connectées…

UN PREMIER PAS : LA DÉFINITION COLLECTIVE D’ENJEUX ET DE PISTES OPÉRATIONNELLES

L’aboutissement de cette étude par un travail collectif de proposition de pistes d’actions potentielles constitue un premier pas vers une coordination, amorce de partenariats potentiels. A l’occasion de deux ateliers de travail qui se sont tenus fin 2021, quatre axes d’amélioration ont été définis par une quarantaine d’acteurs du territoire :

  • Augmenter la coordination, la coopération, l’interconnaissance entre les acteurs notamment par le transfert de compétence, l’analyse de la pratique et une meilleure maîtrise des activités associative.
  • Mettre l’accent sur la qualité de l’alimentation et son rapport à la santé en multipliant les partenariats avec les acteurs locaux, dont les producteurs et maraîchers.
  • Renforcer l’autonomie des publics en assumant l’aide alimentaire comme porte d’entrée vers un accompagnement social plus global.
  • Réduire la distance entre les services et les publics, d’une part en renforçant l’inconditionnalité et l’empathie de l’accueil, de l’autre, en luttant contre le non recours.

Au-delà du partage de certaines valeurs et d’objectifs communs, le travail en partenariat et la mise en marche d’actions coordonnées sont des processus longs, qui comportent des phases d’avancées, mais aussi de recul ou de stagnation. Les attentes très fortes et le haut niveau de satisfaction exprimé par les acteurs après avoir travaillé ensemble augurent des relations fécondes pour la suite, tant que les conditions du dialogue et d’écoute des besoins des différentes parties prenantes seront réunies.

Les perspectives de mise en œuvre sont aujourd’hui explorées par l’Etat, pour 2022, en fonction des financements disponibles.