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Club Industrie du Futur Clermont Vichy Auvergne : une dynamique territoriale en faveur des projets industriels 

Le Pôle métropolitain Clermont Vichy Auvergne a fait de l’industrie du futur un défi prioritaire à relever. La sensibilité des collectivités qui y adhèrent, dont toutes, à l’exception de Billom Communauté, ont été labellisées Territoire d’Industrie dans le Temps 2 du programme (2023-2027) n’y est sans doute pas étrangère. Mais au-delà, le souci d’assurer la résilience, le renforcement et la soutenabilité du tissu productif local entre évidemment aussi en ligne de compte. Celui-ci ne saurait ignorer la « déclinaison de la révolution numérique au champ industriel[1] » par la digitalisation et la numérisation des activités. 

Certains sujets des plans d’actions, comme le foncier économique stratégique, les actions de formation ou encore l’accompagnement des entreprises industrielles aux transitions, dépassent le périmètre des territoires d’industrie. Il est apparu nécessaire, en complément de l’accompagnement à l’échelle nationale, de structurer la démarche localement en considérant les spécificités du Pôle métropolitain. Le club local Industrie du Futur Clermont Vichy Auvergne vient jouer ce rôle de scène d’échanges et de mise en synergie dans le cadre d’une animation de réseau territoriale, s’adressant tant aux élus qu’aux techniciens.  

Le club Industrie du Futur Clermont Vichy Auvergne a ainsi abordé, depuis son lancement en 2024, la façon de remédier localement et collectivement, aux principaux obstacles à la réindustrialisation. Il a questionné les défis relatifs au foncier économique, à la formation et aux ressources humaines, puis à l’énergie.  

1 / Foncier à vocation productive : sortir de la concurrence pour Enrichir l’écosystème industriel

Produire autrement demande de mener une politique industrielle cohérente et solidaire, tant dans le parcours des entreprises que dans la mobilisation des ressources. L’un des engagements du Pôle métropolitain en faveur des transitions industrielles vise à anticiper l’accueil et le développement des projets industriels, tout en prenant soin de s’inscrire dans une dynamique de sobriété foncière. 

  • Concilier besoins des entreprises et contraintes d’aménagement 

Le Pôle métropolitain dispose de plusieurs atouts majeurs comme la centralité de son positionnement géographique, sa population estudiantine ou encore la diversité de son tissu industriel. Mais les besoins des projets industriels, avoisinant a minima 10 ha, entrent en tension avec la disponibilité foncière réelle. La sélection des projets devient alors plus exigeante, au risque d’exclure des activités essentielles pour le fonctionnement économique du territoire mais jugées non stratégiques dans les politiques d’accueil. Attirer des projets industriels ne se résume plus à proposer du terrain ; encore faut-il être capable de proposer des sites « prêts à l’emploi » pour les porteurs de projets. 

  • Allier réindustrialisation et urbanité 

L’ancienne friche militaire de Montpertuis-Palazol à Bellerive sur Allier, labélisée « site clé en main 2030 », incarne une nouvelle manière de penser l’industrialisation. Tout en affirmant une ambition industrielle, elle s’inscrit à la fois dans une dynamique de recyclage foncier, de respect environnemental et d’intégration paysagère. Ses 125 ha d’un seul tenant permettent de proposer des tènements fonciers de grandes dimensions, susceptibles d’accueillir des projets exogènes. Ce futur campus industriel à haute qualité environnementale s’articulerait autour d’une locomotive industrielle, d’une polarité de services et d’un espace dédié à l’innovation, la formation et la recherche. Par la volonté de conserver la maîtrise foncière, la mémoire du lieu et l’armature infrastructurelle et paysagère existante, le projet rompt avec le modèle d’aménagement classique des zones d’activités périphériques. 

  • Garantir le parcours résidentiel des entreprises 

L’exemple des laboratoires OST Développement illustre l’importance de penser le foncier comme un parcours, pas comme une simple implantation. Contrainte de quitter ses locaux, l’entreprise a pu poursuivre son activité au Biopôle Clermont-Limagne grâce à une offre adaptée et au soutien des acteurs publics. Ce transfert a permis à l’entreprise de conserver le savoir-faire de ses salariés et d’augmenter sa capacité de production. Les zones d’activités ne doivent plus être perçues comme des enclaves, mais comme des lieux vivants, connectés, propices à l’émulation et à la coopération. L’intégration dans un écosystème économique et intellectuel dynamique s’avère essentiel pour le développement de l’entreprise. OST Développement bénéficie de synergies précieuses avec le monde académique, l’innovation et d’autres entreprises. 

2 / Ressources humaines : se Réconcilier avec l’industrie

Marginalisée par l’économie de la connaissance et la tertiarisation de l’économie, l’industrie joue pourtant un rôle d’impulsion majeur en termes de formation, de recherche et d’innovation. Il importe encore de consolider son ancrage territorial pour s’affirmer en ce sens. L’Association Française pour le Développement de l’Enseignement Technique (AFDET) appelle à des partenariats simplifiés, lisibles, et ancrés localement pour favoriser la mise en relation avec les structures d’enseignement existantes, souvent difficile à assumer pour les entreprises seules[2]. 

  • Former aux besoins concrets des entreprises 

Le parcours « Industrie 4.0 » du « Master 2 Automatique, Robotique »[3] illustre la capacité à créer des formations sur mesure. Lancée à l’initiative d’un groupe d’industriels soutenus par l’Agglo Pays d’Issoire, cette formation en alternance présente la spécificité d’aborder toutes les matières relatives à l’industrie 4.0 en mêlant informatique, automatique, robotique, programmation ou encore data sciences. Ces profils susceptibles de construire et de piloter une stratégie de transformation digitale de l’outil industriel s’avèrent difficiles à trouver. Avec 97 % de réussite et 90 % d’insertion professionnelle, ce type d’initiative illustre la capacité à répondre aux besoins en compétences du tissu industriel.  

  • Attirer les jeunes vers les métiers industriels

Les difficultés de recrutement dans l’industrie se constatent dès le stade du choix de formation des jeunes. L’enjeu réside alors moins dans l’ouverture de nouveaux cursus que dans la recherche de candidats pour les formations existantes. Faute de visibilité, l’industrie reste une inconnue pour beaucoup de jeunes et leur entourage. Les élèves qui s’y projettent présentent souvent un lien personnel ou familial avec le secteur. Les jeunes attirés par les formations industrielles se distinguent par leur désir de manipuler du matériel, leur attraction pour le concret et la possibilité de concevoir et de réaliser par soi-même. A l’inverse, ceux qui sont orientés par défaut en lycée professionnel n’y restent pas.  

  • Donner à voir l’industrie de l’intérieur 

Changer le regard sur l’industrie passe aussi par des événements immersifs. Afin de sensibiliser les collégiens à l’intérêt et à la diversité des métiers de l’industrie, le Territoire d’Industrie Riom-Vichy a organisé en janvier 2024 le salon des métiers industriels et de l’entreprise (SMILE). Au travers de la reconstitution d’une entreprise, il donne à voir aux collégiens, parents et demandeurs d’emplois toute la diversité des métiers dans l’industrie, les conditions dans lesquels ils s’exercent ainsi que les formations pour y parvenir[4]. Donner à voir les carrières et les passerelles possibles par un échange avec des professionnels en situation constitue un véritable levier pour faire évoluer les représentations. 

  • Accompagner la montée en compétence 

Lorsque les formations ne répondent pas à leurs besoins spécifiques, les entreprises prennent les devants. Le groupe ambertois Omerin, spécialisé dans la conception et la production de fils, câbles et gaines isolantes, a ainsi anticipé les besoins en formation et en recrutement induits par l’ouverture de sa nouvelle usine sur le Parc d’activités intercommunal Entre Dore et Allier. L’entreprise a d’abord ciblé les recrutements stratégiques, notamment celui de la responsable qualité, et positionné un noyau dur d’une vingtaine d’opérateurs exerçant sur le site du siège, qui se déplaceront à terme sur le nouveau site et seront susceptibles de former les futurs collaborateurs. En l’absence d’école de câblerie, cette solution pragmatique a permis à Omerin de développer depuis 4 ans un programme de formations internes s’appuyant sur le transfert d’expérience et la structuration des compétences par des référents techniques spécialistes des métiers.   

3 / Transition énergétique : décarboner l’industrie

Olivier Lluansi [5], ingénieur enseignant à l’École des Mines de Paris, auteur d’un rapport sur la réindustrialisation de la France à l’horizon 2035[6], souligne que l’objectif de réindustrialisation [7], ne saurait être réaliste sans un accès suffisant à l’énergie. Ce constat pose la question de l’accès à une énergie, notamment décarbonée, à un coût compétitif pour l’industrie, mais aussi celle de la réduction des besoins en énergie dans l’industrie afin de remédier à cette difficulté structurelle. Ces perspectives s’inscrivent dans l’objectif européen de neutralité carbone à horizon 2050. 

  • Renforcer et transformer le système électrique 

La région Auvergne Rhône-Alpes, leader de l’électricité décarbonée, doit adapter son réseau à la montée des usages industriels et à la sortie des énergies fossiles. L’enjeu consiste à acheminer l’électricité en continu de la production vers les réseaux distributeurs pour les consommateurs et d’équilibrer en permanence la production et la consommation [8]. Mais doubler la part de l’électricité dans la consommation finale d’ici 2050, tout en réduisant de 40 % la consommation d’énergie globale implique le renforcement du réseau à très haute tension, le raccordement de nouvelles installations bas-carbone, et le renouvellement des infrastructures. Cet objectif de transition énergétique revêt une dimension stratégique tant de réindustrialisation que de souveraineté nationale. 

  • Valoriser les gaz décarbonés 

Face aux besoins élevés de chaleur ou de production de vapeur de certaines industries, le gaz renouvelable se développe et constitue déjà une réalité. Il présente l’avantage de s’appuyer sur un maillage géographique local et de valoriser des infrastructures existantes, appartenant aux collectivités et déjà amorties. Les maillages géographiques sont locaux avec une production de proximité. 70 sites injectent déjà du gaz renouvelable sur le réseau en Auvergne-Rhône-Alpes dont près du tiers en Auvergne. Le gaz renouvelable apporte des débouchés sur la gestion des déchets et effluents comme les eaux usées ou des résidus de coproduits pour les industriels valorisés en énergie par des méthaniseurs sans impliquer de changement de process. Cette solution, en apportant flexibilité, pilotage et capacité de stockage, sécurise l’approvisionnement énergétique et vient ainsi renforcer la cohérence et la complémentarité avec le réseau électrique. 

  • Adopter une vision énergétique de long terme

À Thiers, l’industriel agroalimentaire Brüggen a déployé une stratégie énergétique ambitieuse, mêlant efficacité et production d’énergie. Une feuille de route du fonctionnement de l’entreprise est établie chaque année avec l’identification de points d’amélioration travaillé collectivement au titre desquels figure l’énergie. Plusieurs sujets ont fait l’objet de mesures ciblées comme la centralisation du froid avec récupération de la chaleur, l’isolation des circuits thermiques, la récupération des condensats ou encore la supervision de la consommation par des capteurs. L’entreprise a ainsi réalisé environ 10 % d’économie d’énergie. En parallèle de ces investissements qui s’orientent vers une meilleure utilisation de l’énergie fossile, l’entreprise a fait le choix d’installer une installation photovoltaïque permettant de couvrir 13 % de sa consommation électrique dès 2026. Cette stratégie itérative menée sans subvention illustre la manière dont une meilleure performance énergétique vient appuyer la compétitivité de l’entreprise. 

  • Accompagner les entreprises vers les outils et dispositifs existants

Si les grands comptes se positionnent directement sur des dispositifs d’investissements et d’innovation, les PME et TPE manquent souvent de lisibilité et de moyens pour enclencher seules leur transformation énergétique. La Chambre de Commerce et d’Industrie, dans le cadre d’un conventionnement avec l’ADEME, propose des diagnostics gratuits et sert de porte d’entrée pour les orienter vers les dispositifs adaptés. L’ADEME propose par ailleurs deux dispositifs s’adressant plus particulièrement aux acteurs productifs et industriels, DECARB FLASH 2025-2027 [9] et DECARB IND 25 [10], qui financent des actions concrètes de réduction des émissions. La décarbonation et la réindustrialisation impliquent également des changements de technologie et de nouveaux marchés à adresser. L’ADEME propose dans le cadre du Fonds Vert un dispositif visant à soutenir l’industrie dans les nouvelles activités poussées par la transition : Territoire d’industrie en transition écologique [11]. 

 Conclusion

Dans un contexte de concurrence exacerbée à l’échelle mondiale et de succession de crises économiques, sanitaires, environnementales et énergétiques, maintenir et développer l’attractivité industrielle constitue un enjeu de taille. Le futur territorial de l’industrie nécessite de jouer collectif par une mise en mouvement et en stratégie de tous les acteurs impliqués pour anticiper, s’adapter et rediriger les modèles productifs à l’aune des grandes mutations contemporaines. Le club Industrie du Futur Clermont Vichy Auvergne du Pôle métropolitain permet d’appréhender de façon concertée les défis qui s’imposent à l’industrie. 

Concomitamment à cette dynamique collective, le Manifeste pour une stratégie industrielle territoriale continue de rassembler des signataires pour constituer une communauté d’acteurs engagés susceptibles d’affirmer l’identité industrielle du Pôle métropolitain et de favoriser l’accueil et le déploiement de projets industriels.

Anticiper et accompagner les transitions industrielles

L’industrie érigée au rang de défi économique pour mieux accompagner le déploiement du tissu productif local

Le défi de l’industrie du futur nécessite une mise en mouvement et en stratégie de tous les acteurs impliqués pour rediriger les modèles productifs à l’aune des grandes mutations environnementales, économiques et sociales qui se jouent actuellement. Cette ambition s’est traduite en fin de matinée par la signature par les élus du Pôle métropolitain Clermont Vichy Auvergne d’un Manifeste pour une stratégie industrielle territoriale. Ce premier acte d’engagement collectif marque l’ambition politique d’accompagner la transformation des bassins industriels existants au plus près de leurs spécificités. Il invite, dans une logique de complémentarité affirmée, à des coopérations susceptibles de répondre aux besoins de transformation des entreprises existantes et d’accueillir de nouveaux projets industriels s’inscrivant dans l’écosystème économique local tout en en préservant les ressources du territoire et en gagnant en efficacité énergétique.

Ecoutez l’interview de Frédéric BONNICHON, Président du Pôle métropolitain Clermont Vichy Auvergne : 

 

Ecoutez l’interview de Dominique ADENOT, 1er Vice-Président du Pôle métropolitain Clermont Vichy Auvergne référent sur l’économie :

Des acteurs engagés autour d’un contenu dans une démarche collective aux côtés des territoires

L’expérience de l’établissement public territorial Grand-Orly Seine Bièvre souligne l’intérêt d’une telle démarche collective posant un cadre par de grands engagements pour permettre le dialogue et mobiliser les parties prenantes. Ce territoire a affirmé son caractère industriel et productif par la rédaction et la signature d’un Manifeste afin de rester en capacité d’accueillir et de conserver son tissu industriel et de proposer du foncier et de l’immobilier productif à des coûts raisonnés, y compris en milieu urbain. Si ce pôle économique majeur du Grand Paris peut sembler relever d’une toute autre réalité territoriale, il présente néanmoins de nombreuses similitudes avec le Pôle métropolitain Clermont Vichy Auvergne : un territoire historiquement industriel mais qui n’était plus identifié en tant que tel à l’échelle régionale, un manque d’espaces pour les activités productives, des mutations urbaines et des besoins en logements entrant en concurrence avec les espaces et les projets industriels ou encore la volonté de se positionner comme territoire d’accueil de projets industriels. Sans gouvernance spécifique, le Manifeste se pose comme cadre d’intervention du territoire et de ses partenaires sur les actions à mettre en oeuvre pour créer les conditions favorables au maintien et au développement d’activités productives industrielles. Le travail engagé autour du Manifeste et la mobilisation de l’ensemble des acteurs et entreprises a permis au territoire de devenir visible dans sa composante industrielle à l’échelle régionale et ainsi d’être désigné Territoire d’Industrie. Il a également facilité la mise en oeuvre d’actions en permettant d’identifier des acteurs avec lesquels travailler.

Ecoutez l’interview de Muyinat OGBOYE-VAZIEUX, cheffe de mission immobilier productif et la cheffe de projet Territoire d’industrie de l’EPT Grand-Orly Seine Bièvre :

L’enjeu du maillage et de la coopération pour une formation au plus près des besoins territoriaux

L’événement s’est tenu au Hall 32, centre de promotion et de soutien aux industriels ouvert en 2019 autour de 3 axes de développement : la promotion de l’industrie et la recherche ou la création de vocations nouvelles auprès des jeunes générations, la montée en compétence par la formation initiale et continue et le soutien technique à travers l’accompagnement à la mise au point de nouveaux produits ou de procédés innovants via le prototypage. Pour anticiper et adapter les compétences aux besoins d’une industrie 4.0, le Hall 32 s’appuie sur la mise en réseau au travers de partenariats et de collaborations. Il héberge 3 pôles de compétitivité et échange régulièrement avec les industriels au travers de rencontres, de salons ou d’événements permettant d’identifier au plus près les besoins en formation. La veille technologique et pédagogique réalisée par les équipes, les interactions avec les équipes de laboratoires universitaires ou académiques, ainsi que la mise à disposition d’experts et de personnels par les industriels eux-mêmes permettent de calibrer et de faire évoluer les offres de formation. Afin de démultiplier son impact, le Hall 32 travaille à la création de partenariats avec les acteurs locaux de la formation continue et des établissements d’enseignement publics. Cette dynamique de maillage territorial à plus large échelle s’est récemment cristallisée autour du Campus des métiers et des qualifications d’excellence « Production industrielle de demain » visant à travailler en réseau et à trouver des relais au plus près de chaque bassin d’emploi. L’industrie souffre d’un déficit de connaissance de l’ensemble de ses métiers qui nécessite d’expliquer ce qu’elle est, pourquoi on en a besoin et comment continuer à produire. Cet enjeu nécessite une mobilisation des établissements d’enseignement, mais aussi des industriels et des acteurs publics pour permettre aux différents publics que sont les jeunes, les parents, les enseignants et les personnes sans emploi ou en reconversion, de se projeter. De nombreuses actions existent, mais leur manque de coordination tend à épuiser les énergies. Tout l’enjeu consiste à renforcer les écosystèmes industriels par un travail collectif et collaboratif.

Ecoutez l’interview de Yoann DHOME, directeur du Hall 32 :

Les zones d’activités comme outil territorial pour les transitions industrielles

Les zones industrielles sont confrontées à 4 grands défis, similaires à ceux rencontrés par les entreprises : transition écologique, 4ème révolution industrielle, progrès sociétal et raréfaction des ressources. Or, ils ne pourront être résolus uniquement par des solutions technologiques déployées individuellement, mais demandent de nouvelles pratiques et de nouvelles gouvernances. Or les zones d’activités, souvent peu désirables, sont encore trop souvent pensées comme des solutions simplistes à des problèmes complexes : approche figée sur la vente de foncier conduisant à des transferts d’entreprises locales mais à peu de créations d’emplois, beaucoup d’espaces non bâtis, faible qualité d’ensemble, bâti vieillissant, peu de services tant pour les entreprises que pour ses salariés, peu de cohérence entre les activités implantées ou encore peu de synergies entre les entreprises. Les zones d’activités de demain seront pourtant majoritairement celles d’aujourd’hui. Or elles n’ont pas été créées pour la 4ème révolution industrielle et leur évolution n’a jamais été modélisée. Elles ont vocation à devenir décarbonées, compactes, circulaires, sobres et vectrices de solutions résilientes. Pour y parvenir, trois leviers imbriqués : l’intensification, la qualité et la convergence des usages, soit faire plus avec, faire mieux et surtout faire ensemble. Les zones d’activités devraient se concevoir dans une logique de plateforme de services pour les entreprises comme pour les usagers dans des domaines tels que les fonctions supports, la formation, l’énergie ou encore la logistique. Il existe de nombreux exemples qui permettent d’imaginer un avenir plus radieux pour ces espaces essentiels aux territoires comme le développement de véritables écosystèmes locaux permettant de créer du lien entre les entreprises ou l’émergence de solutions collectives pour accompagner la transition écologique, notamment sur le volet énergétique. Il convient de dépasser la simple offre foncière pour s’intéresser à l’expérience usager et à la valeur ajoutée pour l’entreprise, ce qui demande un dialogue entre la collectivité et les porteurs de projets pour assurer la complémentarité avec le tissu économique existant et une réelle contribution pour le territoire au regard des défis qu’il doit relever.

Ecoutez l’interview de Jean-François VALLÈS, co-fondateur de Synopter : 

Des transitions à la redirection écologique de l’industrie locale

Le renouvellement de ses modèles, l’évolution de ses process ou encore son inscription dans un écosystème territorial intégré font de l’industrie un levier pour engager les territoires dans des trajectoires plus résilientes. Des initiatives concrètes ont déjà émergé sur le Pôle métropolitain Clermont Vichy Auvergne, comme la mise en place pour la ville d’Issoire d’un réseau de chaleur alimenté par l’énergie dégagée par la fonderie du site industriel métallurgique de Constellium. Il permet d’alimenter depuis l’hiver 2022 plus d’une quarantaine de bâtiments publics, mais aussi des bailleurs sociaux à un coût compétitif. Couplé avec une chaudière biomasse, le réseau de chaleur atteint un taux d’énergie renouvelable et de récupération de plus de 90 %. En permettant d’économiser près de 4 900 tonnes de dioxyde de carbone, le réseau de chaleur témoigne de la façon dont une industrie résolue à évoluer constitue un atout pour engager le territoire sur de nouvelles trajectoires. Il constitue également un facteur d’attractivité pour les recrutements et pour les salariés en montrant que des projets concrets à dimension environnementale sont portés par l’entreprise. Par ailleurs, la structuration de l’écosystème territorial pour permettre les mutations qui s’imposent à l’industrie s’avère fondamentale. Prendre le virage de l’industrie du futur demande à l’entreprise de s’entourer des expertises nécessaires, notamment dans l’intégration des briques technologiques adaptées à leur profil. Constellium a développé un partenariat de proximité avec l’entreprise locale Braincube spécialisée dans l’accompagnement des processus de transformation industrielle. La récupération de données par le biais de machines plus connectées et la capacité à les traiter au travers de l’intelligence artificielle lui permet désormais de maîtriser sa consommation de ressources en temps réel et au plus près de ses besoins.

Ecoutez l’interview de Stéphane CORRE, directeur du site Constellium d’Issoire :

 

Ecoutez l’intégralité de la table ronde et des débats du workshop Industrie du futur (1h26) :

 

Vers un RER dans le bassin de Clermont-Ferrand ? Un défi soutenu par le Pôle métropolitain Clermont Vichy Auvergne

Près de la moitié des français vivent dans l’aire d’attraction des grandes métropoles de Province [1]. Actuellement la desserte par les transports collectifs (trains et/ou cars) de ces espaces est dans bien des cas limitée à quelques services principalement aux heures de pointe, laissant toute leur place aux déplacements en voiture. Les engagements pour le climat et l’environnement, mais aussi les enjeux de vulnérabilité économique des personnes dépendantes de longs trajets domicile-travail imposent de repenser le modèle de mobilité et d’inventer de nouveaux “outils”.

La loi d’Orientation des Mobilités (2019) a impulsé le développement du ferroviaire dans les zones périurbaines. Plusieurs territoires portent des réflexions ou ont déjà développé de nouveaux services pour répondre aux besoins croissants aux abords des grandes métropoles. L’actualité récente a précisé les objectifs du gouvernement, avec le souhait de doter de RER les grandes agglomérations françaises.

Dans le bassin clermontois, les échanges entre la  métropole de Clermont-Ferrand, ses couronnes périurbaines et le chapelet de villes moyennes environnantes (Issoire, Thiers, Vichy…) conduisent à lancer étude co-portée par le Pôle métropolitain Clermont Vichy Auvergne, la Région, l’Etat et la SNCF, en vue de créer un tel système Réseau Express Régional [2].

UNE DYNAMIQUE NATIONALE POUR IMPULSER DES « SYSTÈMES EXPRESS MÉTROPOLITAINS » DANS LES PRINCIPAUX BASSINS URBAINS

la Loi d’Orientation des Mobilités (2019) a pour objectif de favoriser le développement des mobilités les moins polluantes : elle prévoit de doubler la part modale du transport ferroviaire dans les grands pôles urbains.

Projet de Service Express Métropolitain

Dans ce cadre, SNCF Réseau a présenté, fin 2020, une étude intitulée « Étoile ferroviaire et services express métropolitains », qui identifie le potentiel de développement, dans une trentaine de zones urbaines (cf. carte ci-dessus). Le concept s’appuie sur les flux majeurs de TER existants, par exemple Lyon-St-Etienne, Marseille-Toulon, ou encore Clermont-Ferrand-Moulins et envisage de proposer  un service incluant un meilleur cadencement, une multiplication des arrêts, ou encore une intégration de l’offre ferroviaire aux services de transports urbains. En novembre 2022 l’ambition d’exporter le modèle du réseau de trains urbains francilien dans d’autres villes est revenue dans l’actualité, avec pour objectif de faire reculer la prédominance de la voiture pour les transports du quotidien.

D’OÙ PARTONS-NOUS SUR LE BASSIN DE CLERMONT-FERRAND ?

Le territoire clermontois a été identifié comme un site de flux Train Express Régional majeur, sur un axe allant de Vichy à Issoire. L’offre ferroviaire est de fait consistante sur cet axe, avec une trentaine de trains par jour et par sens, soit des valeurs comparables à d’autres axes structurants comme Bordeaux – Arcachon ou encore Nantes – Saint-Nazaire.

Plusieurs gares de cette section Vichy–Issoire accueillent quotidiennement plusieurs milliers de personnes. Ainsi, Vichy ou Riom sont fréquentées par environ 1 million de voyageurs chaque année, les plaçant à des niveaux proches d’Arcachon ou Saint-Nazaire, voire de villes plus importantes comme Bayonne ou Bourges. Issoire, avec une fréquentation de l’ordre du demi-million de voyageurs est également une gare assez importante. Son attraction est semblable à Tarare (Ouest lyonnais) ou encore à des gares de villes moyennes (Albi, Auxerre, Cholet…).

Afin d’assurer cette dynamique des échanges par la voie ferroviaire, plusieurs actions ont été menées ces trente dernières années :

–   le renforcement des dessertes ferroviaires des différents axes au départ de Clermont-Ferrand, même si dans la période la plus récente le nombre de circulations a eu tendance à baisser ;

–   la création de nouvelles gares à Clermont-La Pardieu, Clermont-La Rotonde ou Aulnat-aéroport et réaménagement des gares du Cendre ou de Pont-du-Château ;

– la transformation des gares principales (Clermont-Ferrand, Riom, Vichy) en Pôles d’Échanges Intermodaux ;

– l’aménagement des terminus partiels à Durtol, Vertaizon et Vic-le-Comte pour intensifier les dessertes dans les secteurs les plus proches de Clermont-Ferrand.

QUELLE POURRAIT ÊTRE L’AMBITION D’UN SYSTÈME RER CLERMONTOIS ?

Le concept de « Service Express Métropolitain », autrement appelé RER, vise à proposer une offre  plus intense et plus attractive, avec plus de trains, sur une amplitude horaire large, avec des fréquences rapprochées aux heures de pointe. Mais ce système a également pour objectif d’être pleinement intégré avec les offres de transports locales, urbaines comme périurbaines.

Il s’agit d’assurer rabattements et correspondances des transports locaux vers le train, et d’associer à ce service un titre de transport unique, que ce soit pour prendre le train, le tramway, un bus urbain ou un car inter-urbain.

Enfin, les gares et leur quartier environnant sont requalifiés, à la fois pour donner accès à une desserte ferroviaire (stationnement, éclairage, espaces d’attente, accessibilité personnes à mobilité réduite) et pour qu’ils deviennent des lieux de vie attractifs, pour habiter, travailler, trouver des services.

Au regard des objectifs visés par la création d’une desserte de type RER sur le bassin clermontois, les élus du Pôle métropolitain Clermont Vichy Auvergne ont rassemblé leurs attendus dans une contribution commune.

D’une part, il est attendu un service ferroviaire renforcé et fiable. Il s’agit de disposer aux heures de pointe d’une desserte toutes les 15 à 30 minutes pour répondre en priorité aux déplacements contraints (domicile – travail / école). Une attention particulière sera portée à la possibilité d’aller dans les villes moyennes du territoire (Issoire, Riom, Thiers, Vichy) et d’en revenir dans la journée / la demie-journée.

D’autre part, il conviendra de mettre en valeur les gares, en augmentant la desserte des haltes ferroviaires périphériques (La Pardieu, Aulnat-aéroport…), avec plus de dessertes “diamétralisées” sur les axes Vichy – Issoire et Volvic – Thiers. En parallèle, l’aménagement des quartiers de gares devrait être repensé pour les rendre plus attractifs. A plus long terme, une réflexion sur la pertinence de nouvelles gares pourrait être conduite.

Enfin, l’intermodalité devra progresser, afin de disposer d’une offre unifiée entre le train et les autres services de transport, grâce à des correspondances pratiques entre trains et bus, une tarification unique entre le train et les autres offres de mobilités, ou encore  des facilités pour poursuivre son trajet à vélo à la descente du train.

UN PROJET DE RER COMPLÉMENTAIRE D’INSPIRE, DU SCHÉMA CYCLABLE ET DE LA STRATÉGIE EN TERMES DE CIRCULATION ET STATIONNEMENT

Les actions développées conjointement par la Métropole et le SMTC [3] portent notamment sur la réalisation du projet InspiRe : création de 2 lignes de Bus à Haut Niveau de Service et requalification des espaces traversés, restructuration du réseau de transports en commun, développement d’un schéma cyclable métropolitain (360 km d’aménagements d’ici 2026), nouvelle stratégie en termes de circulation et de stationnement. Cet ensemble de mesures vise à réduire notablement la part des déplacements automobiles au sein de la Métropole. En effet, le Plan de Déplacements Urbains (adopté en 2019) prévoit une réduction de la part des déplacements réalisés en voiture de 61% à 50% d’ici 2030.

L’opportunité de doter le territoire d’un projet RER pourrait concourir à cet objectif de moindre usage de la voiture au sein de la Métropole, notamment sur des trajets où le train est compétitif (ex : Clermont-Ferrand – Le Cendre).

De plus, pour les habitants vivant dans les zones périurbaines, l’amélioration significative du service ferroviaire peut modifier les usages en faisant renoncer à des trajets en voiture. Si, dans la structure des mobilités, les déplacements entre les couronnes périurbaines et la Métropole sont bien moins nombreux que les déplacements internes à la Métropole (200 à 250 000 déplacements quotidiens contre plus de 1 million), ils représentent des kilomètres parcourus assez proches, du fait de déplacements unitaires nettement plus longs (en moyenne de l’ordre de 4 km en interne à la Métropole et plus de 20 km pour les déplacements d’échanges). Ainsi, au regard des enjeux de limitation du réchauffement climatique, d’égalité sociale, de sobriété énergétique ou encore de pouvoir d’achat, le report d’automobilistes sur un système RER est stratégique.

DES TERRITOIRES INSPIRANTS DÉJÀ ENGAGÉS DANS DES OFFRES FERROVIAIRES PERFORMANTES

Strasbourg : une offre ferroviaire revalorisée

Depuis décembre 2022, le bassin de Strasbourg est doté d’un Réseau Express Métropolitain Européen (REME), qui vise à faciliter les déplacements en train entre Strasbourg et des polarités situées à 30 / 50 km (Haguenau, Saverne, Sélestat…). Malgré des difficultés à son lancement, un véritable « choc d’offres » permet désormais de proposer a minima 1 train toutes les 30 min de 5h à 22h dans toutes les gares sur les lignes Saverne – Sélestat, Strasbourg-Haguenau et Strasbourg – Molsheim. A plus long terme, les axes vers Lauterbourg et Offenburg seront eux aussi revalorisés.

Ainsi le schéma ci-dessous met en évidence une évolution modérée du nombre de trains pour les gares principales (Haguenau, Saverne, Molsheim, Sélestat), mais les gares intermédiaires voient leurs dessertes progresser plus nettement. Pour exemple, l’offre à destination de la gare de Molsheim augmente de 35%, alors que l’offre à destination des 5 gares intermédiaires entre Strasbourg et Molsheim progresse de 65%.

Evolution de la desserte ferroviaire strasbourgeoise avec la mise en service du Réseau Express Métropolitain Européen

Lille : une tarification ferroviaire intégrée avec métros, trams, bus

A l’instar d’autres agglomérations comme Caen, Grenoble, ou Nevers par exemple, Lille a développé l’intégration tarifaire entre les services de transports urbains et les TER.

Concrètement, des conventions ont été signées entre Métropole et Région pour que le voyageur puisse utiliser les tickets et abonnements des transports urbains sur les trains à l’intérieur du périmètre de la métropole lilloise. Au-delà de proposer des trajets parfois mal couverts par le réseau urbain, cette mesure booste l’usage occasionnel du train : un prix forfaitaire est plus avantageux que la tarification kilométrique de la SNCF. Par exemple, entre Tourcoing et Lille, le tarif SNCF est de 3,30€. L’usage d’un ticket urbain permet de ramener ce prix à 1,80€.

Périgueux : des gares aménagées et réparties sur le territoire

En juillet 2022, l’agglomération de Périgueux s’est dotée d’une navette ferroviaire, dont le service est plutôt modeste (1 train toutes les 30 minutes aux heures de pointe). Pour autant, une valorisation de l’ensemble des neuf gares a été entreprise pour améliorer leur intégration urbaine et faciliter les échanges intermodaux.

Ainsi, la gare principale de Périgueux fait l’objet d’une transformation en Pôle d’Échange Intermodal (6,6 millions d’euros) – livraison prévue en 2023. Deux gares nouvelles ont été créées à Boulazac et Marsac pour un coût de l’ordre de 4 millions d’euros par gare. Cela a porté sur la création de quais pour l’accès au train, d’une passerelle dotés d’ascenseurs et la réalisation d’aménagements pour faciliter l’intermodalité : parking, abri vélo, quais pour les bus. Enfin, les autres gares ont fait l’objet d’une modification des espaces publics pour faciliter les échanges entre les différents modes.

Ces exemples de réseaux express locaux montrent l’intérêt d’un service ferroviaire renforcé, cadencé et fiable, à même d’augmenter l’attractivité des transports publics. Ils montrent également la volonté des territoires d’inscrire le développement urbain en lien avec les étoiles ferroviaires et leurs gares connectées, ce qui pourrait constituer ainsi une colonne vertébrale du développement territorial du grand bassin métropolitain clermontois, en cohérence avec les enjeux climatiques et écologiques globaux.

Webinaire – La baignade dans la Loire et l’Allier, quels liens créer entre humains et rivières?

Les fleuves et les rivières sont des milieux écologiques vivants, foisonnants et fragiles, sources de dangers, mais également espaces de loisirs et de développements touristiques. Après un été de sècheresse, leur fréquentation soulève de nombreuses questions, notamment lorsqu’est abordée le sujet de la baignade et du rafraichissement dans leurs eaux.

Autorisée ou interdite, pourquoi la baignade en eau naturelle devient-elle un sujet d’actualité ? Comment cette pratique se réinvente-elle ici et ailleurs ? Faut-il mieux accompagner, voire encadrer les pratiques existantes ? Comment réapprendre à connaitre nos rivières ? Comment concilier développement touristique et respect du milieu naturel ?

L’agence d’Urbanisme de l’agglomération de Tours et l’agence d’urbanisme et de développement Clermont Métropole vous proposent de discuter de ces questions au cours d’un webinaire, regroupant partages d’expériences et conclusions des travaux réalisés sur la baignade dans la Loire et son affluent, l’Allier.

Une co-organisation de l’Agence d’urbanisme et de développement Clermont Métropole et de l’Agence d’Urbanisme de l’Agglomération de Tours

WEBINAIRE : Jeudi 22 septembre 2022 de 12h00 à 13h30

PROGRAMME :

Introduction par Christel GRIFFOUL, Directrice d’études à l’Agence d’urbanisme et de développement Clermont Métropole

La baignade en rivière : où en est-on en Europe ? par Roberto EPPLE, président et fondateur d’European Rivers Network (ERN), président et co-fondateur de SOS Loire Vivante

Enquête sur les conditions d’un renouveau de la baignade en Loire par Jérôme BARATIER et Bénédicte MÉTAIS de l’Agence d’Urbanisme de l’Agglomération de Tours

Comment faire de la réparation socio-environnementale un déterminant du développement résidentiel et touristique des territoires ? Comment concilier développement touristique et respect du milieu naturel ?
– Le cas de l’Allier : retour sur les enquêtes et la méconnaissance du milieu par les baigneurs, et propositions de sites de baignade autorisée par Stéphanie TERRISSE, Agence d’urbanisme et de développement Clermont Métropole
– Retours d’expériences et bonnes pratiques de tourisme en rivière par David PAQUET, Cabinet Alliances (Consultant en Développement Touristique)

Conclusion par Jérôme BARATIER, Directeur de l’Agence d’urbanisme de Tours

La baignade dans la rivière Allier : Enquête sur une pratique en plein développement

L’étude sur la baignade dans la rivière Allier s’inscrit dans les travaux du défi Allier, l’un des trois défis historiques du Pôle métropolitain Clermont Vichy Auvergne. Ce syndicat mixte regroupant onze EPCI et la CCI du Puy-de-Dôme, positionne la rivière Allier comme un axe de développement territorial majeur et fédérateur pour l’ensemble de ses membres. La baignade constitue un usage important de la rivière, générateur de fréquentation, pourtant peu documentée et mal appréhendée au regard des évolutions des pratiques (hausse de fréquentation, changements de pratiques, usages illicites, par exemple).

La baignade dans la rivière représente donc un enjeu territorial à l’échelle du Pôle, et bénéficie d’un regain de pratique par la mise en tourisme en cours de la véloroute voie verte Via Allier. Par ailleurs, des étés de plus en plus chauds et longs incitent les habitants et touristes à rechercher des lieux de rafraichissement et de baignade en eau naturelle. Les lieux de baignade autorisée (plans d’eau, lacs, gours) sont devenus des lieux « refuges » de plus en plus prisés, qui présentent aujourd’hui des problèmes de sur-fréquentation, amenant les usagers à fréquenter parfois des lieux non autorisés, tels que certaines plages en bord d’Allier.

Enfin, la baignade dans la rivière Allier constitue une expérience inédite et sensible, qui attire de plus en plus de riverains et touristes dans un nouveau rapport à une nature considérée comme sauvage, encore peu connue et secrète.

CE QUE DIT LA RÉGLEMENTATION : USAGES LICITES ET ILLICITES DE LA BAIGNADE DANS LA RIVIÈRE ALLIER SUR LE PÔLE MÉTROPOLITAIN

Il existe dans le droit français un principe général de liberté de se baigner dans le domaine public fluvial ou maritime. Il est ainsi possible de se baigner partout là où la baignade n’est pas explicitement interdite. La baignade est alors considérée comme « libre » et se pratique « aux risques et périls » de l’usager, les collectivités n’ayant alors pas d’obligation de surveiller ces lieux de baignade, ni de pratiquer des mesures de qualité de l’eau. Pour autant, lorsqu’un
« grand nombre de personnes » se regroupe pour se baigner, ce lieu est alors considéré comme site de baignade et la commune concernée doit prendre des mesures pour assurer la sécurité des usagers. Une distinction se fait alors entre points de baignade :
– Les sites où la baignade est interdite en raison d’un danger (qualité de l’eau ou autre)
– Les sites où la baignade est autorisée et a été aménagée, qui doit par conséquent être surveillée
– Les sites où la baignade est autorisée et non aménagée (dite baignade libre) et se pratique aux risques et périls des usagers

Le Pôle métropolitain est situé sur trois départements (Haute-Loire, Puy-de-Dôme et Allier) qui ont des réglementations différentes vis-à-vis de la baignade en rivière. L’Allier et la Haute-Loire appliquent le principe général du droit de se baigner et ont déjà ouvert des lieux de baignade autorisée et aménagée sur leurs territoires. Le Puy-de-Dôme, en revanche, a interdit la baignade dans la rivière Allier par un arrêté préfectoral datant de 1975 motivé par des raisons de mauvaise qualité de l’eau. De nombreux sites sur le linéaire de la rivière sont pourtant utilisés dans ce département malgré l’interdiction, et sont donc considérés comme des lieux de baignade illégaux.

La multiplicité de ces sites et la hausse de fréquentation en bord de rivière montre une réelle envie des populations d’accéder à des lieux de baignade et de rafraichissement proches de chez eux ou de leurs lieux de vacances. Afin de mieux comprendre ce phénomène, des enquêtes en face à face et des observations des sites de baignade ont été réalisées par l’agence d’urbanisme, pendant l’été 2020 et 2021.

LES USAGERS : QUI SONT LES PERSONNES QUI SE BAIGNENT DANS LA RIVIÈRE ALLIER ?

Les usagers enquêtés sur les plages interdites et autorisées de la rivière Allier du Pôle métropolitain ont été répartis en trois types de profils, ayant chacun des habitudes, des pratiques et des besoins spécifiques :

  • Les familles : plusieurs générations sont souvent présentes, avec un ou plusieurs enfants et parfois des animaux. Elles disposent d’une logistique importante (glacières, poussettes, jeux…) et privilégient la voiture personnelle pour accéder à la plage. Ces usagers viennent principalement pour se reposer, mais aussi déjeuner en famille et se baigner pour les plus jeunes pendant que les parents ou grands-parents discutent à l’ombre ou préparent le repas.
  • Les groupes d’amis : adolescents et jeunes adultes viennent entre amis, avec assez peu de logistique et des moyens de transports allant de la voiture aux 2-roues, ou aux transports en commun. Ils viennent se baigner, mais recherchent surtout des sensations fortes en sautant dans l’eau depuis les falaises, rochers, ou arbres présents sur le site. Ils viennent, également discuter, écouter de la musique et faire des rencontres entre jeunes.
  • Les personnes solitaires ou en couple : ces adultes, généralement de plus de 30 ans, viennent sur les plages avec peu de logistique à part une serviette et de quoi lire ou dessiner. Certains se baignent, la plupart se repose ou contemple le site. Parfois leur passage sur la plage est une étape de leur promenade à vélo ou à pied. Ils recherchent le calme et souhaitent s’isoler du reste des usagers de la plage.

En terme de provenance, la plupart de ces usagers résident dans les communes riveraines des lieux de baignade et des principaux bassins de population situés à proximité de la rivière Allier (métropole clermontoise et agglomération d’Issoire). Quelques sites de baignade (Vichy, Cournon, Brioude) captent fréquemment des personnes provenant d’autres départements français, voir d’autres pays, attestant du caractère touristique de ces destinations. En effet, il s’agit de lieux de baignade autorisés et aménagés, au sein de bases de loisirs disposant d’une communication ciblée sur la pratique de la baignade sur site internet et/ou réseaux sociaux.

Les motivations exprimées par les personnes enquêtées montrent que les habitants recherchent, avant tout, des lieux de rafraichissement en périodes de fortes chaleurs. Leurs critères pour choisir ces lieux sont peu nombreux : ils recherchent des sites à proximité de chez eux, et apprécient la faible fréquentation, et le caractère calme et tranquille de ces lieux. L’environnement naturel de la rivière influe également sur ce choix, les usagers interrogés appréciant le cadre naturel, voire « secret », de ces lieux de baignade en bord de rivière. Ces critères semblent pour eux plus importants que la présence d’aménagements.

UNE MÉCONNAISSANCE DE LA RIVIÈRE ALLIER ET DE SON ÉCOSYSTÈME

La réglementation des interdictions de baignade dans le Puy-de-Dôme n’est pas bien connue des usagers. Sur plusieurs sites enquêtés, une part importante des usagers indique ne pas savoir si la baignade est interdite ou autorisée (pont Pakowski, Malmouche), voire pensent que la baignade est autorisée sur le site alors qu’elle est interdite (Coudes).

Connaissance de la réglementation par les usagers des sites de baignade :

De même, on note une appréhension variable des dangers de la rivière en fonction des sites. En effet, les dangers dans la rivière Allier sont davantage perçus dans les sites non surveillés et interdits où le courant, la profondeur variable, les trous d’eau, les éléments dissimulés dans la rivière (rochers, blocs de béton, barres de fer…) sont souvent évoqués. Certaines personnes indiquent rester sur la plage sans se baigner pour ne pas risquer un accident, et une forme de « bouche à oreille » est observée sur ces lieux, où les « connaisseurs » des dangers de la rivière mettent en garde les autres usagers non habitués. On note que ces précautions ne sont pas présentes sur les lieux de baignade autorisée : l’autorisation sur le site et la présence d’une personne pour surveiller la baignade induit un « lâcher-prise » chez les usagers, qui ne se méfient plus de la rivière et de ses dangers. Certains demeurent pourtant toujours présents (courant variable, dénivelé variable…), en particulier pour les usagers qui se baignent hors des lignes d’eau et de la délimitation de la surveillance de la baignade (comme à la Bageasse à Brioude).

Le cadre et l’aspect naturel du lieu de baignade contribue donc au choix des usagers de venir en bord de rivière pour se délasser. D’après les enquêtes menées, près de 60% des usagers se déclarent sensibles à l’environnement, à la fragilité du cadre naturel et aux différentes problématiques de ce milieu, et ce sur les lieux de baignade autorisés comme interdits. Cependant, il existe un décalage frappant entre l’appréciation du cadre et l’attention portée aux milieux écologiques, et les habitudes, les activités pratiquées (feux, dégradation des falaises…). Cette ambiguïté notée chez une majorité d’usagers soulève l’importance de l’éducation à l’environnement et d’une sensibilisation aux pratiques de bonnes conduites pour une baignade en milieux naturels.

Il est surprenant de noter également une méconnaissance du fonctionnement naturel de la rivière elle-même. En effet, la variation de quantité de sable et de galets sur les plages suite aux crues de la rivière questionnent les usagers sur ces mouvements de matière qui imaginent un entretien régulier du milieu. Cette méconnaissance de la divagation de la rivière Allier influe sur les pratiques et les habitudes des usagers. Ce fantasme d’un entretien des plages dédouane les usagers de faire des gestes élémentaires de bonnes pratiques en milieu naturel, comme ramasser ses déchets, soulevant à nouveau l’importance d’une éducation, d’une sensibilisation et d’une réappropriation de la rivière par les habitants.

VERS DE NOUVEAUX LIEUX DE BAIGNADE AUTORISÉE DANS LE PÔLE MÉTROPOLITAIN

Au total, 26 lieux de baignade ont été répertoriés dans la rivière Allier sur le Pôle métropolitain. Deux sont autorisés (à Vichy et à Brioude) ; les 24 lieux de baignade restants sont localisés dans le Puy-de-Dôme et sont donc interdits. Ces lieux de baignade interdite ont fait l’objet d’un premier tri dans le cadre de l’étude conduite par l’agence, en fonction de leur fréquentation et leur dangerosité : neuf sites où la baignade est aujourd’hui interdite, mais avec une fréquentation moyenne à forte et une dangerosité faible à moyenne ont été retenus. Ils sont répartis sur tout le linéaire de la rivière dans le Puy-de-Dôme. Ces neuf sites ont, par la suite, été étudiés en groupe technique selon neuf autres critères afin d’apprécier leurs potentiels pour devenir des sites de baignade autorisée :

  • Fréquentation importante pour la baignade et type d’usagers varié
  • Accessibilité, principalement voiture et transports en commun
  • Proximité avec la véloroute et voie verte Via Allier
  • Proximité d’une centralité, d’un pôle urbain et d’activités de loisirs en rivière
  • Existence d’un projet de « Maison de l’Allier »
  • Volonté locale
  • Sensibilité environnementale
  • Occupation du Domaine Public Fluvial (bail de chasse et/ou de pêche)
  • Cohabitation des usages : possibles conflits d’usage du site (champs de captage à proximité, espace naturel, …)

LES SITES DE BAIGNADE À ÉTUDIER POUR UNE PRÉFIGURATION
DES LIEUX DE BAIGNADE DANS LE PÔLE MÉTROPOLITAIN

Les sites de baignade interdite étudiés ici ont été différenciés en fonction de leur caractère compatible et propice à l’activité de baignade, mettant en avant trois types de sites :

  • Des sites à forts potentiels pour une baignade autorisée sur Joze et Pont-du-Château : moindre sensibilité environnementale, proximité avec la Via Allier et/ou une centralité (pôles urbains), bonne accessibilité, … La mise en place de ces deux sites permettrait de répondre aux besoins de baignade et de rafraichissement des habitants de la plaine de la Limagne (en manque de lieux de baignade naturelle autorisée) et de la métropole clermontoise (lieux de baignade naturelle sur-fréquentés).
  • Des sites à potentiels, mais à concilier avec certains enjeux environnementaux ou territoriaux sur la plage de Longues, les ponts de Parentignat et Pakowski et la plage de Coudes) : des sites à fort potentiel (présence d’un pôle urbain, forte accessibilité, activités nautiques, …) mais à concilier avec une certaine sensibilité environnementale (Longues, ponts Pakowski et de Parentignat) ou ayant une accessibilité à renforcer (Coudes).
  • Des sites où la baignade doit être évitée, en raison de forts enjeux écologiques sur le site concernant l’Ecopôle, Malmouche et le Saut du Loup). Ces sites étant déjà fréquentés malgré l’interdiction, une démarche de sensibilisation pourrait être mise en place.

La perspective de créer de nouveaux lieux de baignade autorisée en rivière, principalement dans le Puy-de-Dôme, devrait être envisagée avec les territoires, EPCI et communes riveraines. Elle permettrait de répondre aux enjeux actuels de besoin de rafraichissement de la population et de protection de la biodiversité (limiter la baignade diffuse le long de l’Allier), parallèlement au développement de l’offre touristique en lien avec la réalisation de la Via Allier. La création d’un lieu de baignade dans un milieu pour le moment interdit est une démarche qui doit s’anticiper car elle nécessite un certain temps de préfiguration (ex. profils de baignade) et de réalisation (aménagement et accessibilité). La création de sites de baignade autorisée dans la rivière devra donc se faire en association avec l’ensemble des acteurs locaux : activités nautiques à proximité, associations de pêche ou encore gestionnaires de sites naturels, de manière à rendre compatible toute activité touristique et de loisirs avec un milieu à forte sensibilité écologique. En parallèle, des réflexions doivent être menées sur les Maisons de sites de l’Allier, qui constituent des pôles d’appui à structurer et à mettre en réseau au service d’un développement plus intégré et maîtrisé de la rivière.