Archives

Mozac : imaginer une Maison de la nature et de l’environnement (MNE) pour accompagner les transitions de manière solidaire

Apparues en France à la fin des années 1970, les Maisons de la nature ont vu le jour dans un contexte de prise de conscience grandissante des enjeux environnementaux, tant au niveau national que local. Leur essor s’est poursuivi dans les années 1980 et 1990, à travers des formes variées et des appellations multiples. Initialement centrées sur la préservation et la valorisation de l’environnement, ces structures doivent désormais adapter leurs missions pour répondre aux défis du changement global. Comment repenser leur modèle autour des notions de transition écologique et de solidarité territoriale ? Focus sur la Maison de la nature et de l’environnement (MNE) de Mozac, dans le Puy-de-Dôme.

Du développement durable à la transition écologique

L’historique des Maisons de la nature en France nous éclaire sur l’évolution du rapport au vivant et les modalités envisagées en matière de médiation à la nature.

En 1972, le rapport « Les Limites à la croissance (dans un monde fini) » [1], commandé par le Club de Rome [2], alerte sur l’épuisement des ressources et les impacts écologiques de la croissance économique et démographique. Cette même année, la première conférence des Nations unies sur l’environnement se tient à Stockholm, marquant le début d’une prise de conscience mondiale. En France, le premier Ministère de l’environnement est créé un an plus tôt, en 1971.

Les premières Maisons de la nature s’inscrivent dans cette dynamique des années 1970. La plus ancienne recensée dans l’étude de l’AUCM [3] est la Maison régionale de l’environnement et des solidarités (MRES) de Lille, fondée en 1978. Ce réseau associatif regroupe aujourd’hui 117 associations et 47 000 adhérents, œuvrant pour la protection de la nature, l’éducation au développement durable et pour la promotion des droits humains et de la citoyenneté.

En 1980, l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) introduit le terme « sustainable development », traduit en français par « développement durable ». Ce concept, officialisé lors du Sommet de la Terre à Rio en 1992, devient un principe-clé pour concilier développement économique et protection de l’environnement. L’Education à l’environnement pour un développement durable (EEDD) se déploie en France, renforçant les actions environnementales dans les politiques publiques locales. Dès les années 1980-1990, les Maisons de la nature accompagnent ce mouvement en s’appuyant sur un écosystème associatif dédié à l’EEDD et à la préservation de l’environnement. On passe peu à peu de la notion de nature à celle d’environnement, puis de développement durable, et de celle d’animation à celle d’éducation.

Cependant, au tournant des années 2000, la notion de « développement durable » est critiquée pour son flou et son appropriation marketing, diluant son ambition initiale de transformation profonde des sociétés et de changement de modèle économique et social. Le concept de « transition écologique » [4] remplace progressivement celui de « développement durable » dans les années 2010.

Un panorama des Maisons de la nature en France

L’étude comparative de l’AUCM a permis d’identifier une vingtaine de Maisons de la nature en France (liste non exhaustive), présentant des statuts, des portages et des modes de financements différents. Parmi celles-ci, 9 ont un statut associatif (incluant Lyon, Dunkerque et Lille), 5 sont gérées par des municipalités (comme Balma et Nice), deux ont un statut métropolitain ou intercommunal (Bordeaux et Angers), deux ont un statut départemental, et deux sont soutenues par la Région.

L’étude met en avant deux exemples intéressants de Maisons de la nature inscrites dans de nouvelles dynamiques : la Maison municipale de l’environnement de Balma, inaugurée en mars 2023, et la Maison de l’environnement d’Angers Loire Métropole. L’accent est désormais mis sur les enjeux de justice sociale, avec l’objectif d’impliquer davantage les citoyens à travers des actions concrètes et des expérimentations.
A Balma (Haute-Garonne), la Maison municipale vise à sensibiliser les citoyens à la transition écologique (énergie, mobilités, gestion des déchets, alimentation, nature, biodiversité, etc.) via un Espace Info Énergie et l’organisation d’ateliers, de conférences, de ciné-débats et d’expositions.
De son côté, la Maison de l’environnement d’Angers Loire Métropole, fondée en 1990, réunit 70 partenaires publics, privés et associatifs. Il s’agit avant tout d’un lieu de sensibilisation et d’éducation à l’écologie, proposant des événements toute l’année (ateliers, jeux, visites, etc.) et disposant d’un jardin de 4 000 m². Récemment, une réflexion a été lancée pour repenser sa stratégie autour d’un programme d’activités variées permettant de mieux faire comprendre les enjeux du climat et de la biodiversité, d’accompagner les citoyens au quotidien dans la transition écologique et développer un réseau de sites au sein de l’agglomération.

Bien qu’il n’existe pas de définition officielle des Maisons de la nature, 4 grands profils ont été identifiés par l’AUCM au regard des domaines d’intervention des structures répertoriées. Tout d’abord, un profil « éco-citoyen », qui fédère les acteurs locaux, avec des MNE qui jouent un rôle central en regroupant et mettant en réseau les associations et structures de l’Économie sociale et solidaire (ESS). Celui-ci vise à favoriser la coopération locale et à renforcer l’engagement citoyen en matière d’écologie et de développement durable. Un second profil « éducation à l’environnement » davantage axé sur la sensibilisation des publics, avec des MNE qui placent l’éducation à l’environnement au cœur de leurs missions, autour d’ateliers, d’animations et de projets pédagogiques s’adressant à tous les publics, des enfants aux adultes, avec pour objets la sensibilisation à l’écologie et l’encouragement des pratiques durables au quotidien. Un troisième profil « services publics » avec des structures qui remplissent un rôle d’accompagnement, de facilitation, en offrant des informations et des conseils aux citoyens liés à la transition écologique. Enfin, un profil « entreprises » pour accompagner l’innovation et la formation, avec des espaces tels que des incubateurs et des pépinières, qui soutiennent l’entrepreneuriat local. Ce profil propose également des actions de formation, contribuant à renforcer les compétences nécessaires à l’économie verte et solidaire.

Réalisation : AUCM, 2024

La Maison de la nature et de l’environnement (MNE) de Mozac : un site à valoriser et à faire évoluer

Mozac est une commune du Puy-de-Dôme, proche de Riom, située à 15 km au nord de Clermont-Ferrand. En 2023, l’Agence d’urbanisme Clermont Massif central (AUCM) a été missionnée pour accompagner la Communauté d’agglomération Riom Limagne et Volcans (RLV) dans la définition d’un projet de transformation de la MNE, créée en 2021 sur le site du Carmel, anciennement propriété de la CCI du Puy-de-Dôme, avec pour objectif de faire de ce site un lieu emblématique regroupant différents acteurs de l’environnement et conçu comme un espace d’échange et de formation, accessible à tout public.

Située à proximité de la coulée verte de l’Ambène (cheminement paysager aménagé le long du ruisseau de l’Ambène), la MNE accueille depuis 2022 le Conservatoire d’espaces naturels (CEN) Auvergne et le Réseau éducation environnement Auvergne (REEA). Une quarantaine de personnes travaillent actuellement sur ce site, composé d’une maison dite « bourgeoise », d’un couvent construit dans les années 1970, d’un ancien pigeonnier, d’une ferme, d’un verger et d’un espace arboré [5]. Actuellement, seule la maison bourgeoise est occupée par les associations.

En 2023, RLV a souhaité élargir les missions de la MNE en attirant de nouveaux publics et en proposant de nouveaux services aux habitants. L’ambition : créer un lieu d’information, d’exposition, de formation accessible au public et aussi dédié aux entreprises et aux jeunes entrepreneurs dans le domaine de la transition écologique. Le projet doit également s’articuler avec la création d’un nouveau quartier comprenant environ 90 logements, porté par l’opérateur Polygone.

L’analyse AFOM (atouts, faiblesses, opportunités et menaces) de la MNE, réalisée par l’AUCM par le biais de plusieurs ateliers réunissant les élus et les services de RLV et via des entretiens avec les associations locales (REEA, CEN, CPIE et LPO), a mis en évidence les nombreuses qualités du site. Sa localisation stratégique, à proximité de la gare de Riom (via la coulée verte de l’Ambène) et des équipements culturels et touristiques majeurs, s’ajoute à la qualité intrinsèque du lieu : une forte valeur environnementale et patrimoniale, et des espaces extérieurs propices aux expérimentations et à l’organisation d’ateliers. Le site offre un fort potentiel en termes de réhabilitation pour accueillir de nouvelles activités et peut s’appuyer sur les initiatives du REEA et du CEN pour dynamiser son animation tout au long de l’année.

Une nouvelle stratégie en faveur de la préservation du vivant et de modèles économiques plus performants, résilients et écologiques

Dès lors, quels leviers activer pour élargir le champ d’action de la MNE et répondre aux défis du changement global ? Comment faire évoluer ses missions et tisser de nouveaux partenariats avec les acteurs locaux ? Quelles vocations privilégier pour faire vivre la MNE tout au long de l’année et accueillir tout type de public ?

L’étude de l’AUCM a abouti à la définition de 6 vocations autour desquelles construire une nouvelle stratégie pour la MNE en faveur de la préservation du vivant et de la biodiversité et permettant d’inventer de nouveaux modèles économiques plus performants, résilients et écologiques, et répondant aux besoins du territoire. Parmi ceux-ci on relève :

  • Un lieu référent pour les actions de la collectivité en matière de transition écologique : information sur les actions mises en œuvre par RLV (PLUi, PCAET, ENR, mobilités, etc.), conseil et formation auprès des élus et techniciens
  • Un guichet unique d’information et d’accompagnement à la transition écologique (conseils pour les particuliers et les entreprises) : espace conseil (sur l’énergie, les déchets, l’eau, l’alimentation, la rénovation du bâti, etc.), permanences d’organismes partenaires (CAUE, Aduhme, ADIL, etc.)
  • Un espace d’accueil pour les entreprises spécialisées dans l’environnement : location de bureaux et locaux pour des entreprises, location de salle de réunions et de séminaires
  • Un tiers-lieu environnemental et éco-citoyen : organisation de rencontres, débats, conférences, expositions, ateliers pratiques et pédagogiques
  • Un pôle d’éducation à la nature et à l’environnement à destination des scolaires et d’autres publics spécifiques
  • Un lieu d’accueil et de mise en réseau des acteurs associatifs : CEN et REEA (déjà installés dans les locaux) et à terme d’autres structures associatives (avec équipements mutualisés)

Afin de structurer la stratégie de la MNE, 3 scénarios de développement ont été envisagés : une MNE axée sur l’environnement et les services publics ; une MNE centrée sur les relations avec les entreprises ; une MNE au profil hybride combinant environnement, services publics et entreprises.

RLV a fait le choix du troisième scénario, un profil mixte qui permet de répondre aux besoins des différents acteurs à travers : un incubateur d’entreprises intervenant dans les domaines de l’innovation et de la transition écologique, une pépinière d’entreprise, des actions d’accompagnement et de sensibilisation à la transition écologique, pour faire de ce site un véritable tiers-lieu environnemental.

Réalisation : AUCM, 2024

La MNE de Mozac, comme d’autres Maisons de la nature en France, cherche à élargir son public et ses domaines d’intervention pour répondre aux enjeux multiples de la transition écologique. Comment réinventer cet outil au service du territoire pour répondre aux besoins des différents acteurs locaux (associations, entreprises, citoyens, etc.) et en faire un levier et un site démonstrateur pour les actions de la collectivité en faveur de l’environnement ? C’est le défi que souhaite relever RLV.

Suite à l’étude de préfiguration menée par l’AUCM, une mission d’AMO a été confiée à la SPL Clermont-Auvergne [6] pour la programmation des travaux de réhabilitation des différents bâtiments (démarrage prévisionnel fin 2025). Parallèlement, un partenariat avec l’association Landestini [7] a été engagé fin 2024 pour développer un incubateur dédié à l’innovation au service de la transition écologique et accompagner des entrepreneurs souhaitant exercer un métier porteur de sens et qui contribue à une économie à fort impact écologique sur le territoire de l’agglomération et au-delà.

Suites du projet « POPSU Territoires » : un séminaire pour co-construire avec les acteurs locaux

Lauréat de POPSU Territoires 2023 (POPSU pour Plateforme d’observation des projets et stratégies urbaines), le campus de Clermont-Ferrand poursuit la dynamique de recherche-action engagée depuis un an.

L’équipe de recherche pluridisciplinaire (Cécile Ferrieux, Cécile Cot, Laurent Lelli, Louisa Arnold) et l’Agence d’Urbanisme Clermont Massif central (Stéphane Cordobes, directeur) mène depuis plusieurs mois une phase d’exploration du plateau de Gergovie et d’entretien auprès des usagers et acteurs socio-économiques pour révéler les dimensions cachées d’un plateau emblématique à l’échelle des clermontois, mais aussi au niveau national, incarné par un récit autour de la victoire de Vercingétorix sur les armées de César.

Haut lieu historique et archéologique, le plateau de Gergovie se révèle dans toutes ses dimensions dans le cadre du projet POPSU Territoires « Mise en tourisme du plateau de Gergovie : révéler les invisibles pour enrichir le projet ». Un séminaire de co-construction a eu lieu le 10 septembre dernier en présence des deux animatrices du programme POPSU national. Une trentaine d’acteurs locaux institutionnels, socio-économiques et associatifs, étaient invités, avec le monde académique, à changer de regard collectivement.

Pour ce faire, un arpentage du plateau a été proposé aux participants pour percevoir et débattre de la diversité des usages et des attachements liés à cet espace à l’interface entre urbain et rural. Arpenter, c’est mettre en situation d’observation et de dialogue les acteurs locaux. C’est aussi confronter le regard de la recherche et le regard des acteurs. Ce dispositif participatif, où les acteurs explorent physiquement le terrain, a été construit sur la base des premiers résultats de recherche. Il s’appuie sur une diffraction du plateau en cinq figures : vivant-sauvage ; agriculture-forêt ; soin-ressourcement ; loisirs-évasion ; patrimoine-archéologie-mémoire.

En groupe, les participants ont parcouru le plateau, guidé par des fiches qui rendaient compte par figure des objets agricoles, patrimoniaux, historiques, touristiques, paysagers, etc. identifiés préalablement. L’arpentage proposé l’après-midi a donc été pensé comme un outil de l’enquête, un espace de dialogue entre les participants et un support de médiation pour l’action.

Cette compréhension collective et systémique du plateau de Gergovie doit permettre d’envisager de manière prospective la pérennité des cohabitations existantes, de qualifier les enjeux de soutenabilité pour le plateau et d’anticiper les potentielles controverses et conflictualités que les projets de mises en tourisme pourraient susciter. Enfin, cette journée de rencontre, étape clé des projets du programme POPSU Territoires, a offert aux participants un moment de débat et de concertation visant à apporter une vision nouvelle du plateau pour enrichir l’action publique.

Le projet de Service Express Régional Métropolitain Clermont Auvergne labellisé par l’Etat

Afin de répondre aux enjeux de décarbonation des mobilités du quotidien, mais aussi à la vulnérabilité économique des personnes effectuant de longs trajets domicile-travail, la Loi d’Orientation des Mobilités (2019) a impulsé la perspective de projets de RER dans les métropoles de Province, avec l’ambition de doubler la part modale du ferroviaire.

Depuis quelques années, ce sujet fait l’objet d’une attention aussi bien au niveau national avec l’annonce du Président de la République de développer des RER dans une dizaine de métropoles régionales, qu’au plan local avec la signature d’une convention entre l’Etat, la Région et le Pôle Métropolitain Clermont Vichy Auvergne pour réaliser un schéma directeur de l’étoile ferroviaire clermontoise. Cette étude vise à définir les ajustements du réseau ferroviaire pour assurer des dessertes plus fréquentes (un train toutes les 15 à 30 minutes aux heures de pointe), permettant d’attirer un plus grand nombre de voyageurs. Elle constitue à présent l’étude de référence pour la préfiguration du volet ferroviaire d’un Service Express Régional Métropolitain (SERM) clermontois.

Ce sujet connaît une véritable accélération depuis la publication de la loi relative aux Services Express Régionaux Métropolitains (SERM) du 27 décembre 2023, qui élargit le concept sur une offre globale permettant de lutter contre les émissions de gaz à effet de serre issues du mode routier. Il ne s’agit plus seulement de proposer un service ferroviaire à haut niveau de services, mais de disposer d’un bouquet de solutions de transports multimodaux, coordonnés entre eux, s’appuyant sur le ferroviaire, mais aussi les autres modes, notamment routiers.

A l’échelle du Pôle métropolitain Clermont Vichy Auvergne, c’est un bassin d’environ 700 000 habitants qui pourrait ainsi être desservi.

Une loi SERM qui va au delà de l’ambition de développer le ferroviaire autour des grandes métropoles

La loi répond au double enjeu d’améliorer les dessertes des territoires situés dans l’aire d’attraction d’une grande métropole tout en diminuant les émissions carbones. Elle propose, pour cela, de s’appuyer sur le mode ferroviaire (amélioration de la fréquence des trains, élargissement de l’amplitude de circulation, cadencement…), mais aussi d’intégrer l’ensemble des modes complémentaires comme les autres transports collectifs routiers (réseaux urbains d’autobus, autocars express…), le covoiturage ou encore le vélo. Il s’agit de proposer un service unifié à l’échelle de régions métropolitaines (espaces associant une métropole, des villes moyennes et des espaces périurbains et ruraux). Au-delà du renforcement des dessertes, le législateur accorde une importance à la facilité d’accès à ces nouveaux services, avec l’instauration notamment d’un « billet unique ». Le texte de loi précise l’importance de repenser l’aménagement des quartiers de gare et en encourageant les communes ou les EPCI à “favoriser le renouvellement urbain, l’optimisation de l’utilisation de l’espace et la qualité urbaine des projets à proximité des gares ».

Au regard des enjeux financiers et d’ingénierie liés à ces projets, le législateur prévoit la possibilité pour les territoires de faire intervenir la Société des Grands Projets (ex – Société du Grand Paris). Cette société a pu développer plusieurs lignes de métro en région parisienne ces dernières années, en mobilisant notamment des financements dédiés (taxe sur les m² de bureaux). Le législateur s’était d’ailleurs engagé à installer une conférence nationale de financement avant le 30 juin 2024, pour définir les modalités de financement (investissement et exploitation) de ces grands projets en Province.

Le projet Clermont Auvergne inclus dans la première vague de labellisation

Le même législateur a prévu l’obtention du statut de Service Express Régional Métropolitain aux territoires s’inscrivant dans une démarche partenariale associant Etat, Région et AOM [1] et proposant un projet visant à répondre aux défis de la décarbonation des mobilités, ainsi qu’au désenclavement des territoires, notamment s’agissant des villes moyennes.

Dès le 7 mars 2024, la Région Auvergne Rhône-Alpes et les principales métropoles régionales ont souhaité s’engager dans ce processus. Pour le dossier clermontois,un courrier d’intention a été co-signé entre le Président de la Région et le Président de Clermont Auvergne Métropole dès avril 2024. Le mois de juin a permis d’élaborer un dossier minute, qui précise l’avancement du projet et les orientations envisagées. Il a fait l’objet d’une co-construction entre la Région, le Pôle Métropolitain Clermont Vichy Auvergne (représentant 11 EPCI et la CCI), le SMTC, le SM-TUT (Thiers) et la Communauté de communes Saint-Pourçain Sioule Limagne.

Fin juin 2024, le Ministère des Transports a accordé le statut de SERM pour 24 territoires, dont la candidature Clermont-Auvergne. Dès à présent, il s’agit de conforter l’esquisse du projet en s’engageant dans la réalisation d’un dossier de préfiguration. Celui-ci définit notamment les ambitions en termes de développement des dessertes, les travaux d’infrastructures à réaliser, la gouvernance instaurée et les modalités de financement. A l’issue de cette étape d’environ 12 mois, le statut de SERM pourra être confirmé par un arrêté ministériel.

Le SERM Clermont Auvergne, un projet pragmatique, qui s’appuie sur les infrastructures existantes

Le Service Express Régional Métropolitain Clermont-Auvergne a pour ambition, à l’échelle de ce bassin d’environ 700 000 habitants, de présenter une offre de mobilité attractive pour les échanges entre les principales polarités du territoire (Clermont-Ferrand et les 4 villes moyennes), ainsi que de proposer des alternatives à la voiture pour les territoires périurbains. Cette structure des mobilités vise à renforcer l’organisation en archipel du territoire et à lutter contre la périurbanisation.

Dès lors, il s’agit d’offrir un service ferroviaire et/ou routier fréquent (à minima 1 train ou bus inter-urbains toutes les 30 min en heure de pointe) sur les différentes lignes autour de Clermont-Ferrand. Le premier horizon de mise en œuvre est fixé à l’horizon 2028 / 2029 en lien avec la nouvelle desserte de la ligne Paris – Clermont-Ferrand et l’ouverture à la concurrence des TER dans la partie Auvergne. L’ambition est de développer l’offre, la rendre plus lisible avec le cadencement (trains partant par exemple à 6h05, 6h35, 7h05… sur une même direction). A cet horizon, le service se réalise avec les infrastructures existantes et le matériel roulant qui circule actuellement sur les lignes. Celui-ci est plus sollicité notamment en milieu de matinée et en soirée (après 19h / 20h). A plus long terme (vers 2035), un deuxième palier pourrait être franchi suite à des opérations sur l’infrastructure (signalisation, points de croisement…) et la commande de matériel roulant supplémentaire.

Pour compléter le maillage ferroviaire, l’offre des « Car Région » est repensée et développée. Il s’agit en priorité de proposer une offre de haute qualité sur des liaisons non desservies par le train (ex : Vichy – Thiers) ou en rabattement sur celui-ci (ex : Riom – Maringues). Au-delà du développement des fréquences, une attention forte est portée aux temps de parcours en étudiant les possibilités d’utiliser les autoroutes et voies rapides ou encore les couloirs bus des zones agglomérées.

Le projet s’articule avec les réseaux de transports urbains qui sont renforcés et mieux articulés avec les gares : dès septembre 2024 à Riom et à l’horizon 2026 pour les réseaux de Clermont-Ferrand, Issoire, Thiers et Vichy. Il est notamment prévu de créer une navette entre Volvic et la gare dont les horaires seront coordonnés avec les trains ou encore de renforcer les articulations avec le train dans le cadre du projet Inspire : gare de Clermont-Ferrand mieux desservie, pôle d’échanges à Aulnat, desserte de la gare de Pont-du-Château par une navette…

Une attention particulière est  portée aux conditions d’insertion urbaine du SERM sur les 30 gares du territoire, ainsi que sur les points stratégiques du réseau routier (ex : péage de Thiers-Ouest), afin d’offrir de l’intermodalité entre les différents modes collectifs, la voiture (parking-relais, covoiturage) et le vélo.

Il est nécessaire d’agir également sur l’information voyageur, la signalétique (à homogénéiser), la billettique, ainsi que la vente de titres. Dans un premier temps, il s’agit de pouvoir acheter les différents titres sur l’ensemble du territoire et à terme de travailler sur une tarification unifiée à l’échelle du périmètre SERM.

Afin de rendre le caractère opérationnel de ce projet dès 2028 / 2029, les coopérations politiques existantes au travers du Pôle métropolitain (11 EPCI, la CCI + l’association de la Communauté de communes Saint-Pourçain Sioule Limagne) ou entre les 5 AOM urbaines (SMTC, Vichy communauté, Riom Limagne Volcans, SM-TUT – Thiers – Agglomération Pays d’Issoire) sont à conforter, tout comme les coopérations avec la Région et l’Etat, afin de proposer un service de mobilité unique sur ce vaste territoire.

Pour réussir, le territoire prévoit de s’appuyer sur des forces externes comme la Société des Grands Projets, la SNCF – dans ses différentes composantes – et possiblement un opérateur ferroviaire alternatif.

Un rôle de coordination et d’animation des acteurs locaux, porté par l’AUCM

L’animation et le portage des missions « mobilités » du Pôle Métropolitain Clermont Vichy Auvergne sont assurés par l’Agence d’Urbanisme Clermont Massif central dans le cadre de son programme partenarial. Elle s’est impliquée dans ce dossier dès 2022 pour appuyer le positionnement du Pôle Métropolitain dans la gouvernance et le financement de l’étude pour un schéma directeur de l’étoile ferroviaire clermontoise (volet ferroviaire du SERM).

Afin de porter un message d’unité de la part des 11 EPCI et de la CCI aux instances pilotant cette étude ferroviaire, l’Agence anime une commission ad-hoc, qui vise à préparer une doctrine commune  du Pôle métropolitain en termes de restructuration des offres de mobilité. Elle a notamment apporté, via des ateliers participatifs, des éléments de réflexion portés par les acteurs du Pôle dans les domaines suivants :

  • Les fonctionnalités générales recherchées en termes de dessertes : une offre plus lisible, sur des plages horaires étendues, s’adressant à un public plus large que les seuls travailleurs et scolaires ;
  • Les évolutions en termes de développement de l’offre ferroviaire, en portant des hypothèses de développement des kilomètres parcourus par les trains régionaux de l’ordre de 30% (en lien avec les objectifs régionaux) ;
  • Les premières réflexions pour reconfigurer le réseau d’autocars qui assurera des missions complémentaires au réseau ferroviaire.

L’Agence a également été mobilisée par le Pôle métropolitain pour construire une partie du dossier-minute, officialisant la candidature du SERM Clermont-Auvergne. Elle a notamment alimenté les éléments de contexte territorial, ainsi que l’identification des interfaces entre les différents services de mobilité. Elle a aussi contribué à définir la stratégie d’un projet décrit comme plus facile à mettre en œuvre et moins onéreux que d’autres projets de SERM, car ne nécessitant pas de nouvelles infrastructures et reposant sur une coordination des actions entre les Autorités Organisatrices des Mobilités (AOM) du territoire.

L’enjeu, pour lequel l’AUCM sera l’une des parties prenantes mobilisée, est désormais de porter un dossier de préfiguration jusqu’à son terme.

Régénérer la fabrique des espaces publics : l’hypothèse des droits culturels

L’accroissement de la vulnérabilité de nos territoires face au changement global, l’absolue nécessité de réorienter nos manières de les habiter, de les édifier, s’inscrivent paradoxalement dans un contexte d’affaiblissement de la démocratie. Que peut l’espace public, en tant que support d’interactions, de pratiques sociales, mais aussi de trajectoires individuelles, pour accompagner nos efforts de transitions ? Quelles voies possibles pour l’urbaniste dans cette recomposition ?

De la participation citoyenne aux droits culturels

Alors que la participation citoyenne, longtemps perçue comme la voie royale vers une réappropriation collective des problématiques publiques, peine à tenir ses promesses [1], un pas de côté semble nécessaire pour régénérer la fabrique des espaces publics. Il s’agit notamment de penser d’autres formes de médiation avec l’habitant, en prenant en compte la diversité des façons de vivre, la pluralité des références culturelles, la multiplicité des imaginaires qui fondent notre capacité à faire collectif. L’approche des espaces publics sous l’angle des droits culturels constitue en ce sens une hypothèse de travail. Elle pourrait répondre à un double enjeu : d’une part, renforcer la capacité de chaque habitant à se réaliser au sein de la communauté, d’autre part, ouvrir aux urbanistes un champ de possibles pour amorcer les transitions.

Vers des espaces publics de capacités

Les droits culturels, établis dans la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, s’inscrivent dans la pensée réparatrice d’après-guerre. Ils visent à garantir pour chacun la liberté de vivre son identité culturelle, comprise comme « l’ensemble des références culturelles par lequel une personne, seule ou en commun, se définit, se constitue, communique et entend être reconnue dans sa dignité ». La notion se consolide à travers divers textes de référence [2], dont la Déclaration de Fribourg en 2007. Les droits culturels sont aujourd’hui des droits fondamentaux universels, confortés en France par les lois NOTRe (2015) et LCAP (2016).

Approcher les espaces publics par les droits culturels revient à dépasser les notions de fonctions et d’usages, à conscientiser les rapports de domination, l’omniprésence de certaines références culturelles, comme fondements – souvent involontaires – de nos espaces publics et facteurs de leurs dysfonctionnements. Les logiques de normes, de prescription, laissent place à une logique d’encapacitation des habitants, où la diversité des savoirs et le croisement des points de vue nourrissent la robustesse du collectif.

Un outil d’interrogation des pratiques urbanistiques

Traduire les droits culturels dans l’ingénierie urbaine consiste à changer de posture, de regard, à ouvrir de nouveaux espaces de coopérations.

En témoigne l’expérience «Habitat, espaces public et droits culturels »[3] à laquelle a contribué l’AGUR de 2020 à 2021, qui a montré la capacité des droits culturels à renouveler le logiciel et les métiers de la fabrique urbaine, faisant émerger une nouvelle « grammaire » de projet où se renégocient la place des acteurs et leurs interactions, où l’urbaniste s’implique en tant que médiateur-traducteur. Un glissement de posture sur lequel s’engage aussi UrbaLyon, via la recherche-action « Urbanisme et droits culturels », qui explore une approche anthropologique et cognitive de l’urbanisme. Un esprit partagé par l’AUCM, qui promeut la réorientation écologique des territoires sous l’angle de la recomposition culturelle. Soin au long cours plutôt que remède miracle, l’horizon des droits culturels forme ainsi un cadre de pensée qui interpelle la manière dont dialoguent espaces publics et relations d’humanité et ouvre une voie vers de nouvelles interactions, propices aux transitions.

Loger les étudiants ou comment favoriser l’accès à l’autonomie et la réussite scolaire par le développement d’une offre dédiée abordable

Avec 2,93 millions d’inscriptions enregistrées dans l’enseignement supérieur à la rentrée 2022-2023 [1] en France, le nombre d’étudiants n’a jamais été aussi élevé et ne cesse de croître (+9.1 % sur les cinq dernières années). Cet accroissement de la population estudiantine s’accompagne d’un allongement de la durée d’études (le taux de scolarisation à 23 ans est passé de 24,7 % en 2010 à 31,4 % en 2021 [2]) et d’une plus grande mobilité géographique des néo-bacheliers entrant dans l’enseignement supérieur depuis la mise en place de Parcoursup (23 % des étudiants de 2021 quittent  leur académie d’origine pour faire leurs études supérieures contre 18 % en 2010 [3]). Dans ce contexte, la question des conditions de logement des étudiants devient un sujet dont s’emparent de plus en plus de territoires notamment s’ils souhaitent attirer des étudiants et développer leur offre de formation. Avec 3 087 étudiants inscrits à la rentrée 2023-2024 et une croissance des effectifs de +11 % en trois ans, Vichy Communauté est un pôle d’enseignement supérieur de l’Académie de Clermont-Ferrand en développement. De nouvelles offres de formations sont en projet et l’objectif des 4 000 étudiants en 2035 affiché dans le projet d’agglomération incite la collectivité à souhaiter aujourd’hui l’implantation d’une résidence CROUS sur son territoire. Afin d’objectiver le besoin en logement de ses étudiants et d’éclairer l’opportunité de la création d’une résidence étudiante CROUS sur son territoire, Vichy Communauté a confié la réalisation d’une étude de marché pour une résidence universitaire CROUS à l’Agence d’Urbanisme Clermont Massif central.

Le logement étudiant : entre contraintes financières et enjeu d’accès à l’autonomie

L’entrée en  études supérieures constitue un moment clé dans la vie des jeunes, marqué pour les deux tiers des étudiants par l’accession à leur premier logement en dehors du domicile parental. Cet accès à l’autonomie résidentielle constitue le démarrage de leur parcours résidentiel et parfois le début des difficultés. La décohabitation du domicile parental peut s’avérer en effet compliquée pour certains étudiants qui peinent à trouver leur logement et à le financer tout au long de leurs études. En France, le logement représente le principal poste de dépenses des étudiants avec en moyenne 528 €/mois qui y sont consacrés [4].

Les ressources des étudiants, de l’ordre de 1 129 €/mois en moyenne à l’échelle nationale, reposent sur les aides familiales (41 %), les revenus d’activités (27 %) et les aides publiques (bourses, allocations logement ou familiales, 25 %). L’autonomie des étudiants est ainsi relative car même s’ils accèdent à leur propre logement, ils restent, selon leurs milieu d’origine, dans une situation de semi-dépendance vis-à-vis de leur famille ou des aides publiques et sont parfois contraints de travailler en parallèle de leurs études avec le risque d’impacter leur réussite scolaire. Pour les plus précaires, l’autonomie résidentielle se paye aussi au prix d’économie sur la nourriture ou le renoncement aux soins. 35 % des étudiants vichyssois bénéficient d’une aide au logement de la Caisse d’Allocations Familiales (CAF) et 24 % d’une bourse du CROUS. 8 % des étudiants bénéficient de ces deux aides.

Avec 62 % des étudiants décohabitants, l’accession à un logement autonome est un enjeu pour les étudiants du pôle vichyssois. Selon les filières, l’origine géographique des étudiants est locale (ex : 79 % des étudiants inscrits en première année à l’UFR STAPS sont originaires de l’Académie de Clermont-Ferrand) ou nationale pour les filières plus spécialisées ou rares (ex : 11 % des étudiants de l’ISRP sont originaires de l’Académie de Clermont-Ferrand) avec un impact sur la  décohabitation puisqu’elle sera moins nécessaire si le domicile parental est proche du lieu d’études. Au regard du rythme des formations proposées à Vichy Communauté plus de 70 % des étudiants vichyssois ont besoin d’un logement de septembre à juin, soit pour l’ensemble de l’année universitaire et non pas pour une année complète.

Des étudiants locataires du parc privé, à proximité de leurs lieux d’études

A l’échelle nationale, l’offre publique de logements dédiée aux étudiants est la plus abordable financièrement mais reste limitée. Les 173 000 logements [5] des résidences universitaires du CROUS, permettent de loger environ 5,9 % des étudiants. Prioritairement attribués aux étudiants boursiers, ils présentent l’intérêt d’être abordables et incluent généralement les charges locatives, l’eau, l’électricité et l’accès à internet, permettant une meilleure maîtrise du budget pour les étudiants. De plus, ces résidences proposent majoritairement des logements de qualité, ayant fait l’objet d’une réhabilitation ou devant l’être prochainement ainsi que de nombreux services recherchés par les étudiants (laverie, local vélo, salle commune, conciergerie). Dans l’Académie de Clermont-Ferrand, la totalité des 3 995 logements des résidences du CROUS a fait l’objet d’une réhabilitation entre 2012 et 2021.

Mais cette offre dédiée étant limitée, les étudiants n’ont souvent d’autre choix que de se loger dans le parc locatif privé : 44 % des étudiants [6] à l’échelle nationale. Ce parc, de par son offre conséquente et la diversité de ses produits (T1 à louer seul ou T5 et + en colocation ; location vide ou meublée ; résidences services privées) est attrayant pour les étudiants mais tous ne peuvent se le payer. Leurs ressources limitées et l’exigence de gagner trois fois le montant du loyer et/ou d’avoir un garant restent des contraintes auxquelles se heurtent de nombreux étudiants, d’autant plus sur des produits chers car recherchés par tous :  logements de petites tailles (T1 ou T2) situés à proximité des établissements d’enseignement et des services. Par ailleurs, sur cette offre locative privée non réservée, les étudiants subissent la concurrence d’autres publics souvent préférés par les propriétaires-bailleurs car plus solvables et s’engageant pour des baux plus longs. Le cumul de ces difficultés poussent souvent les étudiants vers les logements moins décents du parc locatif privé.

A Vichy Communauté, 45 % des étudiants décohabitants, soit 1 249 étudiants, sont logés dans le  parc locatif privé, un logement loué vide pour 749 étudiants (27 %) ou meublé pour 500 étudiants (18 %). Avec, seulement 83 logements au sein de deux résidences gérées par le bailleur social Vichy Habitat, l’offre de logement dédiée abordable est actuellement limitée sur le territoire vichyssois. A cette offre peut s’ajouter un potentiel de 39 logements au sein des deux foyers jeunes travailleurs de la ville, pour autant bien qu’abordable, cette offre n’est pas exclusivement dédiée aux étudiants [7]. Du côté du parc locatif privé, 3 339 logements sont potentiellement adaptés pour des étudiants car composés d’une ou deux pièces et situés à Vichy [8] à proximité des établissements d’enseignement supérieur. Pour autant, bien que conséquente, cette offre est loin d’être bon marché et accessible financièrement pour tous les étudiants. Un appartement de type T1-T2 de 37 m² s’y loue 12,3 €/m² charges comprises en location vide [9], là où un logement au sein des résidences de Vichy Habitat se loue entre 9,3 €/m² à 11,2€/m² pour des logements semi-équipés et de 18,45 €/m² à 20,07 €/m² pour des logements meublés pour lesquels les frais sont inclus (électricité, eau chaude, chauffage et internet), ce qui n’est pas le cas au sein du parc locatif privé où il faut ajouter ces dépenses au montant du loyer.

Bien loger les étudiants est aujourd’hui une volonté partagée par de nombreux territoires car porteuse de réussites pour demain : capacité à attirer et implanter localement des forces vives formées, capacité à réguler et diversifier les marchés immobiliers, capacité à dynamiser des centres-villes… Proposer une offre de logements abordables et de qualité contribue à consolider l’autonomie des jeunes, à favoriser leur réussite scolaire et leur entrée dans la vie active. La proximité des lieux d’études, l’absence de difficulté pour le maintien dans le logement, ne pas être contraint d’avoir un job étudiant sont autant de facteurs de réussite, qu’une offre de logements abordables peut favoriser. Dans le cas de Vichy Communauté, l’implantation d’une résidence étudiante CROUS permettrait de répondre à ces besoins en logements des étudiants les plus modestes, besoins amenés à s’accroître avec la croissance à venir de l’effectif étudiant et où l’offre actuelle dédiée abordable ne permet déjà pas de loger l’ensemble de ce public.

Renouveler l’aide alimentaire : l’ambition de la dynamique coopérative de la Tournée des popotes

Pour les personnes en situation de précarité, l’aide alimentaire est un des moyens de se nourrir correctement à peu de frais. Dans le Puy-de-Dôme, les associations et les institutions concernées par ce sujet ont travaillé pendant près d’un an pour mieux se connaître et élaborer des projets communs. Pilotée par l’Agence d’urbanisme Clermont Massif central (AUCM), la Tournée des popotes a permis l’éclosion de nouvelles coopérations.

Violaine Colonna d’Istria, chargée d’études vulnérabilités urbaines à l’AUCM, et Clémence Rebourg, doctorante à l’INRAE [1], présentent l’action et ses premiers enseignements.

En 2020, à la demande de la DDETS [2], un état des lieux de l’aide alimentaire sur le Puy-de-Dôme est réalisé par l’AUCM, suivi en 2021 par des ateliers participatifs destinés à nourrir l’élaboration d’un plan d’action départemental. Trois axes en ressortent : la qualité de l’offre dans l’aide alimentaire, l’accompagnement vers l’autonomie des usagers et la couverture des besoins sur l’ensemble du territoire. Pour approfondir les pistes d’action émergentes, améliorer l’interconnaissance et appuyer la coordination entre acteurs de l’aide alimentaire, l’idée de la Tournée des popotes voit le jour. Celle-ci s’inscrit dans la Stratégie nationale de prévention et de lutte contre la pauvreté, coordonnée localement par la DDETS et animée par l’Agence d’urbanisme.

Créer les conditions de l’interconnaissance

Fin 2022, cette démarche est présentée aux représentants de l’État, du Conseil départemental du Puy-de-Dôme et des collectivités locales. Ces échanges mettent en avant le besoin de coordination entre les services Solidarités et Agriculture du Conseil départemental, ainsi qu’entre la DDETS et la DDT [3]. Ces premiers échanges autour de la Tournée des popotes amorcent une clarification du portage institutionnel des démarches de coordination des enjeux relatifs à l’accès à l’alimentation.

La Tournée consiste en cinq journées d’échanges qui se sont déroulées entre mai et décembre 2023. Y étaient rassemblées les associations d’aide alimentaire habilitées au niveau national (Secours catholique, Secours populaire, Restos du Cœur, Banque alimentaire) et des structures locales agissant en matière d’alimentation ou d’insertion, d’habitat ou de culture (Habitat et Humanisme, LieU’topie, CCAS…). Des acteurs du secteur agricole (CIVAM [4], Bio 63, Chambre d’agriculture) et des acteurs publics (élus et techniciens de communes, intercommunalités, département ou région) ont également participé aux popotes.

Le projet ambitionnait de créer une dynamique engageante en impliquant dès le démarrage les participants et était pensé pour venir en appui aux initiatives locales de coordination existantes. Ainsi, pour ancrer territorialement la Tournée, des visites de sites ont systématiquement été organisées : l’entreprise à but d’emploi (EBE) Jardins solidaires, pour la popote « Allier qualité et accessibilité » ; ou l’épicerie Le petit marché solidaire, pour la popote intitulée « Assurer des transitions professionnelles ». Choisies en cohérence avec le sujet du jour, elles ont nourri les réflexions en complément des animations proposées et permis rencontres et échanges entre participants, bénévoles voire usagers. Selon les lieux et les sujets, plusieurs formats d’animation ont été mobilisés : exposition photographique collaborative, questionnaire aux élus, tables rondes, atelier prospectif.

Vers de nouvelles collaborations entre acteurs de l’aide alimentaire, collectivités locales et acteurs agricoles

Rendre accessible à tous une alimentation durable mobilise, à l’échelle locale, une diversité d’acteurs potentiellement inscrits dans plusieurs formes de coopération. La Tournée des popotes a confirmé l’intérêt de leurs rapprochements pour accompagner un renouvellement du système d’aide alimentaire.

La Popote co-animée avec l’équipe du PAT [5] du Grand Clermont et du Parc Livradois-Forez, lors de leur Forum alimentaire local annuel, a illustré l’intérêt de ces rapprochements par le biais de la visite de l’EBE Jardins solidaires. En effet, le besoin de proposer une offre de qualité dans l’aide alimentaire a conduit le Secours populaire du Puy-de-Dôme à lancer un projet d’activité maraîchère en 2021. Celle-ci, concrétisée via l’expérimentation « Territoires zéro chômeur de longue durée », permet de vendre des légumes à prix coûtant aux structures d’aide alimentaire locales. Au vu de son utilité, le développement de l’EBE est envisagé en 2024 avec un projet de ferme urbaine dans le quartier prioritaire des Vergnes qui se réalise grâce à l’appel à projets « Quartiers fertiles » de l’Agence nationale de la rénovation urbaine. De nouvelles formes de coopération entre acteurs associatifs du quartier, Métropole et Ville de Clermont-Ferrand sont ainsi concrétisées.

La popote autour des transitions professionnelles a suscité des envies de rapprochement entre acteurs de l’insertion sociale et professionnelle et de l’emploi agricole, celle « Autour des cuisines » entre les acteurs de la politique de la ville et ceux de l’écosystème de l’alimentation durable.

D’autres résultats au profit de l’aide alimentaire peuvent être mis à l’actif de ces popotes : l’obtention de denrées par l’achat auprès de producteurs locaux ou par de nouvelles formes de dons privés (produits de jardins, cueillette chez l’habitant, restaurateurs…).

Et maintenant ?

La Tournée des popotes a mis en valeur les rapprochements existant entre maillons du système agricole et alimentaire et acteurs institutionnels. Elle a également démontré l’intérêt de partir des expérimentations concrètes, ancrées sur les territoires, pour appuyer les projets existants et améliorer l’accès à une alimentation durable pour les habitants des quartiers prioritaires et d’ailleurs.

En termes d’apprentissage, la Tournée des popotes a fait émerger l’importance de l’ingénierie territoriale accompagnant les coopérations entre acteurs pour affermir des relations de confiance, s’adapter aux contextes locaux, connaître et se baser sur les relais déjà existants (PAT, CCAS, associations…). Aborder les enjeux d’accessibilité à l’alimentation nécessite cette présence permettant de prendre conscience des contradictions inhérentes à l’aide alimentaire : système qui souhaiterait voir sa propre fin mais, face à l’explosion des besoins, ne peut imaginer disparaître. La piste de la Sécurité sociale de l’alimentation [6], qui a suscité des élans de regroupement d’acteurs locaux dans une réponse non retenue à l’appel à projets régional « Mieux manger pour tous », questionne les perspectives d’évolution, les moyens financiers associés et plus largement le dialogue entre les rapprochements sur le terrain et ceux réalisés aux niveaux institutionnels.

Scène locale sobriété foncière économique – 26 septembre 2024

Un premier webinaire organisé le 17 janvier 2024 sur la question de l’optimisation foncière en zone d’activités économiques a réuni plus de 200 participants, élus et techniciens, représentant une diversité de territoires et de structures autour de témoignages d’acteurs déjà investis dans des actions de sobriété foncière [1].

L’Etablissement Public Foncier local d’Auvergne et l’Agence d’urbanisme Clermont Massif central (Aucm) proposent de poursuivre les échanges en organisant une scène locale auvergnate autour de la sobriété foncière économique le jeudi 26 septembre 2024 à Clermont-Ferrand.

Cet après-midi, dédié aux territoires et aux acteurs du foncier et de l’aménagement, vise à ouvrir le dialogue autour des limites et du renouveau des modèles d’aménagement des zones d’activités économiques :

  • Quelles actions, solutions ou expérimentations mises en œuvre localement ?
  • Quels freins et quelles limites à l’optimisation foncière des espaces d’accueil et de développement des entreprises ?
  • Quels acteurs mobilisés autour de cet enjeu ?

L’événement s’inscrit dans un cadre régional avec l’organisation concomitante de scènes locales lyonnaise, stéphanoise et iséroise. Le contenu de ces échanges sera ainsi mutualisé  entre les agences d’urbanisme et les établissements publics fonciers de  la région Auvergne-Rhône-Alpes afin d’identifier points de convergence et spécificités territoriales.

Programme

Inscriptions

Lancement du club Industrie du Futur Clermont Vichy Auvergne – 26 septembre 2024

Le Pôle métropolitain Clermont Vichy Auvergne, espace de dialogue et de coopération interterritoriale, et l’Agence d’urbanisme Clermont Massif central organisent la première réunion du club Industrie du Futur sur « Le foncier économique : favoriser l’accueil et le développement des projets industriels » le jeudi 26 septembre 2024. Cette matinée dédiée aux territoires et aux représentants des acteurs industriels est marquée par :

  • Le lancement politique du club Industrie du Futur Clermont Vichy Auvergne,
  • Le panorama des quatre territoires d’industrie existants sur le périmètre du Pôle métropolitain,
  • Des retours d’expériences locaux autour du foncier économique réunis lors d’une table ronde avec les témoignages de Mme Sonia François, Responsable de l’antenne du Puy-de-Dôme et du pilier Attractivité d’Auvergne-Rhône-Alpes Entreprise, de M.Hubert Guibourt, Président des laboratoires Ost Développement, et de M. Jean-François Liaboeuf, Directeur du développement économique et de l’insertion par l’économie de Vichy Communauté.

Le rendez-vous  s’inscrit dans un cycle de rencontres visant à structurer localement le partage et la capitalisation d’expériences pour appuyer la mise en œuvre des plans d’actions des territoires d’industrie. Participation publique sur inscription.

Programme

Inscriptions

“Ne pas renoncer au tourisme, mais fonder le tourisme sur autre chose, c’est certainement la voie qu’il faudrait suivre.” – Entretien avec Sylvie Clarimont

Entretien avec Sylvie Clarimont, professeur des universités en géographie à l’université de Pau et des Pays de l’Adour, ancienne élève de l’École Normale Supérieure de Fontenay-Saint Cloud, responsable du Master Tourisme parcours Loisirs, Tourisme et Développement Territorial, et rattachée au laboratoire TREE (Transitions énergétiques et environnementales).

De 2018 à 2022, Sylvie Clarimont a porté le programme « Tourisme, eau et changement climatique en Nouvelle-Aquitaine (EauTour) », financé par la Région Nouvelle Aquitaine, visant à analyser les conditions d’émergence et de mise en œuvre de politiques d’adaptation au changement climatique, respectueuses de la ressource en eau et des milieux aquatiques et capables d’accompagner la transition vers des territoires touristiques durables et résilients. Dans la continuité de ce programme, Sylvie Clarimont vient de démarrer un nouveau programme de recherche « Investir les plans d’eau pour la transition écologique des loisirs et du tourisme en Nouvelle-Aquitaine (ILEAUT-NA) », cofinancé par la Région Nouvelle Aquitaine et la communauté d’agglomération Pau – Béarn – Pyrénées.

Cet entretien a été sollicité pour apporter des éclairages sur des missions conduites par l’agence d’urbanisme, portant sur les usages touristiques des lacs et rivières dans un contexte de changement climatique. Ainsi, les trois lacs de la communauté de communes Thiers Dore et Montagne et la rivière Allier, qui irrigue le territoire du pôle métropolitain Clermont Vichy Auvergne, font l’objet de deux missions distinctes, qui ont pour même objectif de croiser les regards d’experts, de professionnels du tourisme et d’élus, pour apporter des réponses tant aux attentes des clientèles touristiques qu’aux besoins des habitants du territoire.

Les propos de cet entretien ont été recueillis le 19 février 2024 par Julia Angeletti, chargée d’études urbanisme et transitions environnementales et Anaïs Burias Moreira, chargée d’études économie et tourisme.

Vos travaux, en lien notamment avec le partage des eaux, vous amènent à porter un regard à la fois analytique et critique sur les difficultés de mise en pratique des politiques publiques de tourisme durable, des concurrences entre usages et des tensions entre régions. Quels sont selon vous les principaux défis du tourisme face au changement climatique ?

Le premier défi n’est-il pas celui de la connaissance et de la reconnaissance des enjeux environnementaux associés au tourisme ? Les professionnels pâtissent d’un manque de formation, voire de sensibilisation, sur ces enjeux. Je suis responsable d’un Master en tourisme, pour lequel je dispense des cours sur les interactions entre tourisme et environnement, et j’éprouve toujours des difficultés à intéresser les étudiants aux questions environnementales, eux qui viennent généralement d’une formation en tourisme très orientée marketing, promotion, communication. C’est certainement cette logique entrepreneuriale, qui prévaut dans les formations en tourisme, qu’il faudrait ajuster dès l’amont. Les professionnels du tourisme doivent prendre conscience de l’ampleur du changement et du fait qu’aucun territoire ne sera épargné. La France se réchauffe plus rapidement que le reste du globe, mais malgré tout, certains professionnels ou élus pensent encore que nous serons épargnés. Dans les Pyrénées, comme dans le Massif central, prévaut l’image d’un territoire « château d’eau », et même si les acteurs locaux ne nient pas le changement climatique, je constate une mise à distance géographique du changement climatique : “le changement climatique c’est pour la frange méditerranéenne”, “le changement climatique c’est pour le versant sud des Pyrénées, mais ce n’est pas pour nous”, ainsi qu’une mise à distance temporelle : “le changement climatique, ça sera peut-être dans 100 ans, mais pas pour maintenant”. Les prévisions sont alarmantes, nous avons des éléments de connaissance en Nouvelle-Aquitaine, avec l’association AcclimaTerra [1] et l’Observatoire Pyrénéen du Changement Climatique [2], et pourtant certains élus sont encore dans le déni.

Le deuxième défi, c’est de mettre en œuvre des stratégies territoriales qui combinent des actions d’atténuation, notamment de réduction des émissions de gaz à effet de serre, à des actions d’adaptation. Mais une adaptation qui consiste « à faire avec », et non pas à vouloir « faire contre » le changement climatique. On constate aujourd’hui de nombreuses actions de pseudo-adaptation, je dirais même de mal-adaptation, qui consistent à vouloir aller contre et à s’obstiner malgré tout : s’acharner à produire de la neige de culture alors que les températures annoncées sont positives, envisager de stocker la neige dans des puits à neige… Cela relève très clairement de la non-adaptation. S’adapter au changement climatique, c’est aussi l’accepter et prendre notamment conscience que nous aurons sans doute de moins en moins d’eau, de moins en moins de neige et qu’il faudra faire avec.

 Selon vous, les intérêts économiques locaux (tourisme notamment) sont-ils compatibles avec la protection des milieux aquatiques ?

Les logiques économiques l’emportent encore trop souvent sur les logiques de préservation de la ressource en eau, alors que, pourtant, on sait qu’elle est vulnérable, on sait qu’elle est fragile. On a des éléments d’actualité qui montrent cela. Je prends pour exemple la suspension du plan Ecophyto3 – alors que les plans précédents étaient loin d’avoir atteint leurs objectifs -, la révélation du scandale du traitement illégal des eaux minérales ou encore l’aménagement de terrains de golf dans des secteurs qui n’ont pas connu de pluies significatives depuis deux ans comme les Pyrénées-Orientales. Je n’explique pas qu’on puisse s’obstiner à défendre les intérêts économiques quand une ressource aussi vitale que la ressource en eau, est en jeu. Plusieurs éléments peuvent expliquer cela. La marchandisation de la nature tout d’abord. La notion de service écosystémique est en quelque sorte révélatrice de cette entrée de la nature dans la sphère marchande. On reconnaît que la nature nous rend des services, et que l’on a besoin d’elle, mais on cherche à en faire une évaluation monétaire.

Aujourd’hui, on considère par ailleurs que « tout est compensable », donc si on détruit les hectares de forêt quelque part on pourra le compenser par le reboisement de nouveaux hectares de forêt ailleurs, comme si tous les espaces naturels se valaient, dans une relation d’équivalence. Cette logique compensatoire peut certainement expliquer ce primat de l’économie par rapport à la nature.

Enfin, l’eau devrait réellement être reconnue comme un bien commun, et sa préservation relever de l’intérêt général, pour primer sur des intérêts particuliers ou sectoriels. Dans les faits, il est complexe de considérer l’eau comme « patrimoine commun de la nation », même si la loi sur l’eau de 1992 la définit comme telle. C’est un bien commun qu’il faut épargner, préserver à tout prix. Quoi qu’il en soit, c’est une question complexe.

Selon quelles modalités concilier aménagement, développement et préservation des sites ? Faut-il activer des leviers spécifiques et lesquels, le cas échéant ?

En premier lieu, pour réellement protéger la ressource en eau, ne faudrait-il pas envisager la maîtrise foncière publique comme condition sine qua non ? Autour des lacs et rivières, avec un parcellaire morcelé et majoritairement privé, la maîtrise foncière demeure complexe et onéreuse. Mais autour des plans d’eau de taille modeste, une maîtrise foncière publique peut être envisagée pour s’assurer que les usages agricoles ou économiques ne portent pas préjudice à la qualité de la ressource. Les périmètres de protection de captage d’alimentation en eau potable sont un bon exemple de maîtrise foncière publique adoptée par certains syndicats pour éviter la contamination de la ressource.

Ensuite, au-delà des indispensables actions de sensibilisation et d’éducation des usagers, la régulation des flux de fréquentation peut être un levier à activer. Certains lacs pyrénéens sont extrêmement fréquentés en période estivale, avec des comportements inadaptés : de la baignade… avec crème solaire, des dépôts sauvages de déchets et des rives de lacs qui deviennent des plages, à 1800 ou 2000 mètres d’altitude. Dans ces espaces fragiles, la régulation de la fréquentation, et des nuisances engendrées, peut se faire par une meilleure maîtrise de l’accès, des restrictions de stationnement et une limitation des activités de loisirs motorisées. Sur le site protégé des lacs d’Ayous, en vallée d’Ossau, la Communauté de communes et la Commission syndicale qui gère les estives ont mis en place des mesures assez drastiques de régulation des flux (contrôle strict et limitation du stationnement avec interdiction des camping-cars la nuit, tarification du stationnement, sensibilisation) qui semblent porter leurs fruits et on ne retrouve plus les dérives constatées les années précédentes. Cependant, si l’accès côté français est régulé, côté espagnol, il y a une promotion de ces lacs avec une dérégulation totale de la fréquentation. Ce levier de régulation des flux en espace naturel ouvert n’est pas facile à mettre en œuvre, dans le cas des lacs d’Ayous, il y a eu une dizaine ou une douzaine d’années de réflexion, de tâtonnements, d’échecs, avant d’arriver à une solution.

Mais en zone urbaine, comment réguler quand s’exprime une demande sociale très forte pour des espaces de fraîcheur en libre d’accès ? Et comment concilier aménagement, développement et préservation des sites ? Il y a un exemple que je trouve très intéressant à côté de Pau : une ancienne gravière, le lac d’Aressy, est devenue à la fois un espace de préservation des milieux naturels et un espace de loisirs ouvert à la population paloise qui apprécie ce lieu aux usages beaucoup plus libres qu’en piscine publique. Mais se pose aujourd’hui la question de la régulation de l’accès et de la sensibilisation du public dans cet espace très fréquenté. L’agglomération réfléchit à créer un zonage, une séparation fonctionnelle de l’espace, avec une zone de quiétude pour les oiseaux et l’ensemble de la faune sauvage qui ont commencé à s’y implanter, et une zone ouverte à la fréquentation. Comment fait-on pour interdire l’accès à une partie du lac ? On met des barrières, des clôtures ? Si on cesse d’entretenir les sentiers, il y aura des cheminements sauvages…Cela renvoie à des questions de justice sociale, de réduction des inégalités sociales d’accès à la nature, avec un public qui fait partie de ces 35% de personnes qui n’ont pas accès aux vacances.

Face au changement climatique et notamment aux vagues de chaleur estivales, dans quelle mesure les fleuves et les lacs constituent-ils des atouts, tant pour la vie locale et le besoin de fraîcheur que pour la dynamique touristique et la clientèle qui s’y rapporte ?

Il faut certainement distinguer deux types d’espaces. D’un côté, les espaces urbains, que l’on vient d’évoquer, avec une demande sociale très forte pour des espaces de fraîcheur, des espaces aquatiques, facilement accessibles, qui permettent de se rafraîchir l’été quand il fait très chaud. Dans l’agglomération paloise, le lac d’Aressy et les berges du gave de Pau jouent pleinement ce rôle, même si la baignade y est interdite. Les eaux dormantes, les eaux courantes, sont des alternatives aux piscines publiques, souvent prises d’assaut, parfois fermées, et dont le prix peut être aussi dissuasif. En zones rurales, loin de pôles urbains importants, on est dans une situation un peu différente. Je pense aux territoires ruraux qui ont parfois construit leur développement touristique autour de la présence d’un lac, d’un plan d’eau artificiel. Dans les années 1960, 1970 et même 1980, il y a eu une vague d’équipements des zones rurales en plans d’eau, financée en partie par l’État dans le cadre de la politique d’aménagement du territoire, pour essayer de diversifier l’économie rurale et favoriser le développement touristique de ces zones qui n’avaient pas vraiment d’éléments attractifs hormis des éléments patrimoniaux. Et si le plan d’eau fut un moyen d’attirer une clientèle touristique dans ces espaces ruraux intermédiaires, il répond moins aux besoins de fraîcheur des habitants qu’aux besoins de la clientèle touristique.

Quel avenir pour ces territoires touristiques qui dépendent de ces plans d’eau avec le changement climatique ?

Si certains plans d’eau ont été créés uniquement pour satisfaire des besoins touristiques, d’autres l’ont été pour l’irrigation ou la production hydroélectrique et sont devenus avec le temps des sites touristiques. Je pense à la retenue du Gabas qui devait initialement être dévolue à l’irrigation et qui est aujourd’hui un lieu récréatif et touristique et surtout une composante importante du paysage. On retrouve donc une attractivité pour l’eau, l’eau contemplée et pas uniquement pour se rafraîchir. Donc quel avenir pour ces sites touristiques ? Les situations sont très variées. Certains de ces plans d’eau pourront peut-être perdurer et d’autres seront condamnés à devenir autre chose. Il faudra certainement accompagner ces territoires ruraux dans la reconversion de ces plans d’eau et la diversification de leur économie touristique. Certains plans d’eau ont disparu. Par exemple, le plan d’eau d’Uzein, au nord de Pau, a vu le jour dans les années 1970 avec une guinguette, de la location de pédalos, etc. En juin 2013, les crues très importantes du gave de Pau et de ses affluents ont fait beaucoup de dégâts et le plan d’eau d’Uzein n’a pas résisté : la digue a cédé et le plan d’eau a disparu. Depuis 2013, il y a des hésitations, des réflexions autour de la « reconstruction » de ce plan d’eau fantôme qui appartient à la Commission syndicale du Haut Ossau.

Dans l’étude que vous avez portée sur la perception de la ressource en eau et l’adaptation au changement climatique dans les vallées de la Dronne et de la Vézère, les acteurs touristiques et certains élus minimisent la vulnérabilité de leur territoire face aux changements climatiques. Pourquoi et comment sensibiliser ces acteurs à l’enjeu d’un usage plus raisonné de la ressource dans un territoire où celle-ci est suffisante hors épisodes de sécheresse ?

Dans les vallées de la Dronne et de la Vézère, si les acteurs touristiques s’accordent sur la baisse effective des débits et la prolifération des plantes invasives qui perturbent, entre autres, la navigation, ils gardent une relative confiance avec une mise à distance spatiale et temporelle des risques liés au changement climatique. Certains acteurs, comme les loueurs de canoës, entrevoient même l’opportunité d’allonger considérablement la saison de pratique. Dans le secteur pyrénéen, les accompagnateurs en montagne qui proposent des activités de canyoning, ont une sensibilité environnementale plus forte et sont plus inquiets, mais ils entrevoient néanmoins, avec la baisse des débits, la possibilité de diversifier les publics et d’ouvrir l’activité aux plus débutants. Ils se sentent également moins menacés, car ils estiment que leur espace de pratique est très étendu, qu’ils sont « mobiles » et qu’ils peuvent donc s’adapter. Par contre, dans le Marais poitevin, j’ai senti plus d’inquiétudes en échangeant avec les loueurs de canoës, notamment pour la pérennisation de leur activité avec la baisse des niveaux d’eau. Il y a une inquiétude, mais il faudrait distinguer là aussi deux types de professionnels : ceux qui font des visites accompagnées du marais, qui ont suivi une formation dispensée par le Parc Naturel Régional en début de saison et sont donc capables de sensibiliser eux-mêmes les visiteurs à la fragilité de cet espace, et ceux qui se contentent de louer des embarcations et ne sensibilisent pas forcément les clients à la nécessité de préserver le marais, ni aux règles de bon usage avec des berges fragiles et souvent privées.

En plus de minimiser la vulnérabilité du territoire, les acteurs précités tendent à minimiser l’impact des usagers sur le milieu naturel. Quelle posture adopter pour une prise de conscience de ces impacts et les inciter à adapter leurs pratiques (sensibilisation des clients, signalétique, campagnes de ramassage de déchets…) ?

En Dordogne, les vallées de la Dronne et de la Vézère sont un vaste parc de jeux aquatiques : les gens crient, se jettent à l’eau, s’amarrent ou pique-niquent n’importe où, et on a des berges qui sont érodées à plusieurs endroits différents, parce qu’il n’y a pas de points de pique-nique. Dans le Marais poitevin, les canoës en visite libre partent avec une petite carte des points de pique-nique autorisés. Donc en principe c’est un peu mieux régulé, ce qui n’est pas le cas en Dordogne où l’activité est uniquement mue par la rentabilité économique et avec une très faible sensibilité environnementale de la part des loueurs qui ne sont même pas conscients que leurs embarcations en plastique peuvent avoir un effet de frottement sur le lit de la rivière. Les nanoparticules de plastique qui s’échappent n’ont ainsi jamais été évoquées dans les entretiens que nous avons conduits dans le cadre de cette étude.

Par ailleurs, les opérateurs sont très mobiles puisqu’en fonction des conditions météo, des conditions des lâchers d’eau, ils se déplacent d’un lieu de pratique à un autre. Les clients louent une activité ludique, mais pas un lieu de pratique, ils veulent « juste profiter d’un moment de détente sur l’eau ». Cette activité, en quelque sorte «a-spatiale», pose toute la limite des actions de sensibilisation.

Dans les Pyrénées, on constate beaucoup de problèmes de tensions entre usagers, d’autant que la fréquentation en zone de montagne est en augmentation depuis trois ans (donc depuis le Covid), notamment sur les espaces lacustres et pastoraux qui sont des lieux particulièrement prisés par les néo-pratiquants de la montagne. Des heurts assez violents ont eu lieu, entre bergers et randonneurs, avec les chiens de bergers aussi. En réponse à cela, le Conseil départemental des Pyrénées Atlantiques a mis en place une démarche de communication et de sensibilisation sur le terrain, en lien avec les acteurs du pastoralisme et les acteurs du tourisme qui s’appelle “Réussir ma rando” et qui vise en premier lieu à sensibiliser ces nouveaux publics aux bons gestes à adopter en zone pastorale. Il me semble que ça a plutôt bien fonctionné et j’ai l’impression que, durant l’été 2023, il y a eu moins de tensions, ou en tout cas moins de tensions médiatisées que lors des étés précédents, même si on observe encore des contrevenants, comme des personnes avec des chiens sans laisse, ce qui pose énormément de problèmes en zone pastorale et aussi en zone lacustre, car les chiens ont tendance à se baigner et cela nuit à la qualité de l’eau et aux milieux aquatiques.

Vous faites état d’un manque de partage et de dialogue entre les acteurs touristiques et les gestionnaires des milieux aquatiques, lié à des cloisonnements sectoriels et institutionnels. Quels sont, selon vous, les moyens existants – ou à inventer – de concertation autour du partage de l’eau ?

On a deux univers parallèles qui se croisent très peu, l’univers du tourisme et l’univers des gestionnaires de l’environnement. Je suis étonnée finalement que, vous à l’Agence, vous travaillez en commun, chargée de mission environnement, chargée de mission tourisme, que vous travailliez ensemble et que vous dialoguiez en permanence parce que ce n’est pas toujours le cas. Dans beaucoup d’institutions, c’est assez tubulaire et finalement les gens du service environnement croisent très peu les gens du service tourisme, ils travaillent au sein de la même structure, mais ils se connaissent à peine. Et ensuite, au niveau des professionnels, nos acteurs du tourisme croisent très peu les chargés de mission environnement. Alors comment faire pour que ces univers commencent à travailler ensemble ? Faudrait-il revoir les démarches de concertation ? En principe dans les SAGE [3], quand il y a une commission locale de l’eau qui se met en place, tous les usagers de la rivière doivent être présents. Mais les secteurs institutionnels du tourisme sont-ils toujours représentés ? Faudrait-il repenser la composition des commissions locales de l’eau et les élargir ou créer, en parallèle, des instances délibératives, des instances de dialogue qui soient plus larges ? Mais comment susciter l’intérêt de ces acteurs du tourisme qui sont parfois rétifs à s’impliquer dans ces instances ?

Dans le Marais poitevin, j’ai constaté que les personnes les plus sensibles aux questions environnementales avaient une double casquette, par exemple des professionnels du tourisme élus au niveau de la communauté de communes. Ces acteurs multi-casquettes ont une vision un peu plus élargie, et c’est certainement par leur intermédiaire qu’il y a un levier d’action intéressant.

Dans le cadre des enquêtes qualitatives, la photographie est aussi un vecteur permettant de favoriser la prise de parole. Elle invite les participants à exprimer leur perception du changement climatique, la façon dont ils voient l’évolution de la rivière et de ses usages. L’agence de l’eau Adour Garonne a organisé, début février, une journée citoyenne autour de clichés montrant les différentes facettes de la rivière (aménagée, en assec, …). Ce dispositif a libéré la parole des personnes présentes qui avaient plus de facilités à s’exprimer avec ce support photographique.

Avec la baisse des débits d’étiage en été et la pression sur la ressource en eau dans ses différents usages, faut-il renoncer à certaines activités d’eau vive et repenser l’offre touristique des destinations dont les activités nautiques sont dépendantes d’une quantité et d’une qualité d’eau suffisantes ? A la suite des réflexions engagées actuellement sur la fermeture des stations de ski, quelles pourraient être les stratégies de reconquête envisageables pour les territoires de lacs et de rivières ?

Dans les territoires centrés sur les activités d’eau vive, je crois qu’il faudra apprendre à entrer dans l’ère du renoncement, apprendre à faire le deuil de certaines activités. Des choix devront être faits avec des priorités d’usages clairement établies, dans le dialogue et la concertation. Mais de fait, il y a déjà des renoncements qui sont à l’œuvre, comme en 2022, lorsque l’activité nautique sur le lac de Sainte-Croix ou le lac de Serre-Ponçon a été réduite par manque d’eau disponible dans ces lacs de retenue. Ce qui m’inquiète davantage, ce sont les réponses techniques à ces problèmes qui conduiraient à multiplier les stockages en eau. Pour moi, ça s’apparente un petit peu à une fuite en avant. Je pense qu’il faudrait d’abord envisager de réduire drastiquement les consommations en eau, et ensuite envisager de renoncer à certaines activités qui ne sont peut-être pas fondamentales. Revoir les priorités d’usages de la ressource en eau en mettant la priorité sur l’eau potable et l’eau comme vecteur pour la production alimentaire. Faire un effort pour maintenir une eau suffisante pour préserver les écosystèmes aquatiques, et après, peut-être, envisager en dernier lieu les usages qui sont des usages moins fondamentaux, moins vitaux. Mais ça suppose de sortir d’une vision très sectorielle de l’eau avec chaque groupe d’intérêt qui défend finalement son pré carré.

Vous faites une analogie avec la fermeture des stations de ski et effectivement dans certaines vallées on constate la fin d’une économie qui dépendait complètement du ski. Et il y a certainement des enseignements à tirer de ces fermetures de stations. En 2021, un jeune chercheur, Pierre-Alexandre Métral[4], dans le cadre de sa thèse portant sur l’analyse des trajectoires territoriales des stations de ski abandonnées,  a mis en évidence trois logiques de reconversion distinctes qui peuvent être inspirantes pour des territoires de lacs ou de rivières : 1/ la reconversion « planifiée », 2/ la reconversion « sous contrainte » et 3/ la reconversion par « laisser faire ». Les trajectoires d’anticipation (cas 1) sont particulièrement intéressantes. Il prend l’exemple de la station de Métabief, une station du Jura qui prévoit de cesser son activité ski en 2030 ou 2035. La station concentre aujourd’hui ses investissements dans l’entretien des équipements, il n’y a plus d’investissements massifs, et les économies financières réalisées sont mises au service de la diversification de l’offre. Ne pas renoncer au tourisme, mais fonder le tourisme sur autre chose, c’est certainement la voie qu’il faudrait suivre. Une reconversion planifiée, anticipée, réfléchie et concertée, en se donnant un pas de temps d’une dizaine d’années pour réfléchir tous ensemble au devenir du territoire.

A contrario, la reconversion « sous contrainte » ou le « laisser-faire » ne sont pas des solutions souhaitables. L’abandon, la fermeture brutale, sans anticipation, sans projection, une station qui devient une friche touristique, une « station fantôme », sont autant de stigmates dans les territoires.

D’autres stations de ski se réinventent : c’est le cas de Céüze dans les Hautes-Alpes qui repense son devenir touristique autour des sports de nature, ou encore le Mas de la barque, en Lozère, une station fermée une vingtaine d’années auparavant qui s’est orientée vers l’écotourisme avec la construction d’un parc d’hébergements complètement inscrit dans l’architecture locale, en employant des matériaux locaux. Ou encore Valdrôme, dans la Drôme, qui s’est orientée vers une forme de tourisme assez originale : l’astro-tourisme. Ce sont des trajectoires plutôt réussies qui invitent à l’optimisme.

La Cour des comptes vient de publier un rapport sur les stations de sport d’hiver[5], qui propose d’établir des diagnostics de vulnérabilités au changement climatique. Il me semble intéressant de transposer cette approche pour réfléchir à de nouvelles stratégies touristiques dans des territoires de rivières et de lacs, en prenant en compte certes des aspects climatiques et d’évolution des disponibilités en eau, mais aussi la solidité financière de la collectivité qui porte ces activités, et d’autres critères comme les ressources disponibles du territoire (patrimoniales, architecturales, naturelles, etc.). Et sur la base de ce diagnostic de vulnérabilités multicritères, nous pourrions identifier les territoires prioritaires sur lesquels il faut intervenir d’urgence. A la lecture de ce rapport, il faut certainement aussi faire évoluer le cadre réglementaire pour que les autorisations de prélèvement pour les usages récréatifs tiennent mieux compte des perspectives climatiques. Certaines pistes sont à investir, comme la mise en place d’un fonds d’adaptation au changement climatique pour financer des actions de diversification et de déconstruction, de reconversion de certaines installations, pour éviter des verrues paysagères, qui rouillent, qui vont contaminer les eaux, et poser de nombreux problèmes.

Une méthodologie à plusieurs dimensions pour accompagner les collectivités dans la mobilisation des friches urbaines

Les enjeux de mutations foncières, de renouvellement urbain et l’impératif de réponse aux objectifs du ZAN rendent la question des friches urbaines toujours plus prégnante. En réponse à ces enjeux, l’Agence d’urbanisme Clermont Massif central développe depuis quelques années une méthodologie spécifique d’accompagnement des collectivités en matière de repérage et de mobilisation de ces friches.

Dresser l’inventaire

Repérer les friches, notamment les friches économiques, et en identifier le stock primaire, nécessite tout d’abord le croisement de multiples sources de données : sources fiscales (LOCOMVAC, CFE, etc.), inventaires des pollutions (BASIAS, BASOL), données cadastrales, etc. Ce travail de recensement brut reste cependant incomplet et nécessite un apport d’expertise terrain. Les acteurs locaux – élus et techniciens des collectivités – par leur connaissance fine du territoire, se révèlent être les détenteurs de l’information la plus fiable et la plus actualisée pour affiner et compléter l’identification des friches. D’autres acteurs sont également essentiels, à l’instar des Etablissements Publics Fonciers (EPF), qui apportent non seulement leur connaissance du terrain, mais aussi une expertise métier opérationnelle utile à la qualification de chaque friche (pollution, coûts d’acquisition/ démolition, proto-aménagement, etc.).

Prioriser les sites

Une fois l’inventaire réalisé, l’Agence s’attache à aider les collectivités à prioriser les nombreux sites identifiés, qui présentent des atouts et contraintes très variés et des caractéristiques complexes. Avec les contraintes qui sont les leurs (financières, temporelles, environnementales, etc.), les collectivités ont en effet besoin de cibler leurs efforts sur des sites à enjeux. Une analyse multicritères, croisant des données exogènes (contexte urbain, patrimonial, environnemental) avec les priorités stratégiques des élus (inscrites notamment dans les SCoT, PLUi et PLH), est réalisée afin d‘aider au choix de ces sites à enjeux. Les outils de mutabilité et TransiFriches, développés par l’AUCM et l’Ademe, ont ainsi permis de déterminer des profils de friches en fonction de leurs capacités contributives aux transitions écologiques et énergétiques des territoires.

Projeter une reconversion

Sur ces sites pilotes, intéressants de par leur caractère exemplaire et reproductible, l’Agence travaille alors sur des démonstrateurs de réemploi afin de se projeter sur des déclinaisons pré-opérationnelles de reconversion de friches. Cela dans une vision à long terme du développement territorial, non seulement car les friches sont « vivantes » – tous les jours de nouveaux sites apparaissent ou disparaissent – mais également car les besoins du territoire évoluent eux aussi avec le temps.

Accompagner la pré-programmation : le cas des Thermes Henry

Dans la cité thermale de Châtel-Guyon, 6 500 habitants, l’AUCM accompagne la mutation des usages et la recomposition des attachements autour d’un héritage emblématique. Les Thermes Henry, reconstruits en quasi-totalité en 1982, ferment définitivement leurs portes en 2019. Leur activité est transférée dans le nouveau resort thermal « Aïga » en 2020. Ils constituent aujourd’hui une friche significative et emblématique à reconquérir (10 000 m2), située au cœur du parc thermal de la commune. La ville, propriétaire du site, et la Communauté d’agglomération Riom Limagne et Volcans, souhaitent y implanter un tiers-lieu à dominante économique. À travers l’organisation d’ateliers avec élus et techniciens, l’AUCM accompagne les deux collectivités dans une étude de pré-programmation. Les ateliers prennent appui sur la présentation d’une vingtaine d’exemples de tiers-lieux en France et en Europe. Les prochaines étapes consisteront à envisager le modèle économique du projet, identifier les acteurs à associer à la démarche, et organiser la visite d’un ou de plusieurs sites inspirants. C’est donc tout une ingénierie d’accompagnement qu’il s’agit de déployer. Ce travail ne peut se faire sans la création d’espaces de dialogue, entre élus et techniciens, institutionnels et professionnels, permettant de trouver des consensus et de construire une culture commune sur les enjeux renouvelés de la sobriété foncière.