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Maîtriser le développement des zones commerciales périphériques : l’exemple du moratoire de Riom Limagne et Volcans

Riom Limagne et Volcans (RLV) a instauré en 2018 un moratoire sur le développement des zones commerciales. Cet encadrement a été poursuivi et affiné en 2021 afin de ne pas systématiser le refus mais d’en analyser le caractère complémentaire et la mise en cohérence avec l’environnement commercial. Six ans après sa mise en œuvre, les élus de RLV s’interrogent sur les suites à donner à ce dispositif. Afin de les éclairer dans leur décision, l’Agence d’urbanisme Clermont Massif central (AUCM) a analysé les autorisations et refus de projets commerciaux sur les dix dernières années et a enquêté auprès d’autres territoires ayant mis en place des mesures d’encadrement de leurs zones commerciales pour mieux comprendre les apports et limites de tels dispositifs.

Rééquilibrer le développement commercial pour préserver le commerce

Depuis les années 1960, l’essor des zones commerciales en périphérie ou en entrée d’agglomération ont, par la saturation progressive du marché, renversé l’équilibre urbain et économique des centres-villes et des commerces existants. Cette fragilisation impulsée par les super et hypermarchés s’est accentué dans les années 2010 avec le déploiement du commerce en ligne, générant vacance commerciale, friches et obsolescence des modèles physiques de la consommation de masse. Les premiers moratoires commerciaux apparaissent dans ce contexte afin de maîtriser l’expansion urbaine et de soutenir les centralités commerciales historiques. Si des actions locales sont menées par quelques villes, c’est la loi dite « Elan » du 23 novembre 2018 [1] qui en pose le cadre juridique avec la possibilité pour le préfet de suspendre les projets de création ou d’extension de grandes surfaces périurbaines.

S’inscrire dans une démarche plus globale d’aménagement durable

RLV fait partie des collectivités précurseures ayant adopté un moratoire commercial local pour maîtriser l’expansion périphérique, réguler l’offre face à une demande de surfaces croissante et dispersée, lutter contre l’apparition de friches tout en impulsant d’autres formes de développement comme la complémentarité ou les locaux éphémères et enfin redynamiser le centre-ville de Riom. Elle a interdit dès le printemps 2018 la création de surfaces commerciales supplémentaires dans les zones d’activités commerciales périphériques, principalement Espace Mozac et Riom Sud-Ménétrol, et a encadré les extensions au regard de l’offre existante. Cette politique en matière de développement commercial, définie dans le cadre de l’élaboration du Document d’aménagement artisanal et commercial (DAAC) du Grand Clermont, a par la suite été confirmée dans le Plan local d’urbanisme intercommunal (PLUi), marquant ainsi son intégration dans la stratégie globale d’urbanisme et d’aménagement de la collectivité. L’analyse des projets présentés en Commission départementale d’aménagement commercial (CDAC) sur le territoire de RLV ces dix dernières années révèle que les surfaces commerciales autorisées après la mise en place du moratoire sont moindres que sur la période précédant son instauration, ce qui peut témoigner d’une auto-censure des opérateurs commerciaux mais également de davantage de division de bâtiments commerciaux existants en plusieurs cellules dans les zones périphériques.

Anticiper et coordonner les décisions par une observation et une gouvernance dédiées

Le retour d’expérience d’autres territoires (Grenoble, Angers, Avignon, Bourges) ayant mis en place une démarche d’encadrement des projets commerciaux en zone d’activités permet de tirer trois grands enseignements pour une meilleure réussite de ces dispositifs :

Instaurer une gouvernance propre à la démarche, afin d’assurer un positionnement partagé en amont des commissions départementales ou nationales d’aménagement commercial (CDAC/CNAC) et une meilleure coordination avec le Schéma de cohérence territoriale (SCoT) et le PLUi, et pour développer une culture partagée entre élus et opérateurs commerciaux pour transformer les espaces commerciaux existants.

Mettre en place un dispositif d’analyse et d’évaluation pour objectiver les effets de cette politique sur les dynamiques commerciales dans le temps, cartographier les projets déposés en CDAC pour localiser l’évolution tout en prenant en considération l’offre et les dynamiques commerciales des territoires voisins, voire réaliser des enquêtes auprès des commerçants et des consommateurs pour mieux connaître les capacités et les modes de consommation du territoire et ajuster la politique en en tenant compte.

Cibler, hiérarchiser et adapter les polarités commerciales en spatialisant les vocations commerciales dans les centralités, en prenant en compte les achats en ligne dans l’aménagement commercial (ex : drives et bornes de retrait) et en analysant la vacance au cas par cas sans en généraliser les causes. La dévitalisation d’une centralité peut autant s’appréhender par la baisse de la diversité de l’activité commerciale que par le nombre de magasins fermés.

Combiner les outils d’urbanisme commercial règlementaires et concertatifs

Stopper le développement des grandes surfaces en périphérie par la mise en place d’un moratoire ne suffit pas pour atteindre les objectifs de préservation de la ressource foncière, du commerce des centres-villes ou centres-bourgs, de diversité et de complémentarité des tissus commerciaux ou encore d’adéquation entre l’offre et les besoins de consommation. Il convient de le combiner à d’autres outils, à commencer par les politiques d’encadrement traduites dans les documents d’urbanisme. A ces outils réglementaires s’ajoutent des outils analytiques, stratégiques, concertatifs ou encore prospectifs tels que :

  • Les observatoires locaux du commerce pour assurer le suivi du tissu commercial, en actualiser les enjeux et continuer d’assurer la pertinence des politiques mises en œuvre au regard de l’armature commerciale existante, des mutations sociales et sociétales, de l’évolution des modalités d’implantation du commerce, ou encore de l’articulation avec d’autres politiques publiques comme l’habitat ou la mobilité ;
  • L’écriture d’une feuille de route partagée pour coordonner les décisions en amont des CDAC ;
  • Les chartes d’aménagement commercial fixant les ambitions politiques et les grands principes de l’aménagement commercial dans une logique de dialogue avec les opérateurs privés ;
  • Les Schémas de développement commercial (SDC) rassemblant les informations disponibles sur l’activité commerciale et son environnement économique. Il comporte une analyse prospective qui indique les orientations en matière de développement commercial et les secteurs d’activité commerciale à privilégier [2] ;
  • Le management de centre-ville pour en assurer le dynamisme, l’animation et le lien entre les acteurs ;
  • Les foncières de revitalisation pour remettre en état les locaux commerciaux ayant besoin de travaux conséquents pour être reloués ou revendus et ainsi lutter contre la vacance commerciale ;
  • Les démarches expérimentales issues d’appels à candidatures comme le plan de transformation des zones commerciales pour en adapter le modèle aux nouveaux enjeux rencontrés.

Ces différents outils ont pu être mis en place par les territoires analysés par l’Agence d’urbanisme, témoignant de leur complémentarité. Seule la portée de la taxe sur la vacance commerciale a été reconnue comme symbolique au regard de son faible impact.

Elargir les échelles spatiales et temporelles

La portée des démarches d’encadrement des dynamiques commerciales en zones périphériques ne peut s’observer sur un temps court. Elles s’inscrivent dans la durée et par ailleurs dans une considération plus large de la vocation commerciale des zones d’activités commerciales par rapport aux centralités. Il convient de ne pas négliger leur complémentarité et de mettre en perspective leurs évolutions avec les dynamiques nationales ou les dynamiques propres aux centralités, comme le déclin du prêt à porter ou le changement de vocation de certains linéaires commerciaux, pour ne pas en sous-estimer les impacts. Si les moratoires commerciaux ne parviennent pas nécessairement à résorber la vacance commerciale en centralité, ils contribuent en revanche au maintien des commerces existants. L’analyse des projets présentés en CDAC et des surfaces commerciales autorisées témoigne d’une adaptation des pratiques des acteurs commerciaux. Une compréhension affinée des causes de dévitalisation des centralités permet de ne pas opposer frontalement centralités et zones commerciales, ou encore commerces physiques et commerces en ligne, mais d’en penser les complémentarités.

Expérimentation prospective : s’appuyer sur la culture territoriale pour guider la transformation des collectivités

Notre façon d’habiter, de vivre, de nous lier à ceux et ce qui nous entoure… relèvent de la culture de chaque société et de celle de chaque individu qui s’y inscrit. Face au changement global et aux enjeux tant sociaux, écologiques, climatiques qu’économiques qu’il porte, il nous faut modifier notre logiciel afin de façonner de nouveaux rapports au monde. Ce changement de paradigme culturel permettra d’imaginer et construire des modes d’habiter la Terre à la hauteur des défis à relever.

Dans ce contexte, les territoires doivent devenir des espaces de choix et d’actions : nos cultures se forgent et se transforment par la proximité et les expériences concrètes, vécues sur le terrain.  Et puisque les façons dont nous habitons, dont nous prenons soin, dont nous gouvernons sont culturelles, il est légitime de nous interroger ainsi : quel devenir culturel voulons-nous pour habiter dignement, demain, nos territoires en mutation ?

Afin de permettre aux territoires d’y répondre, l’Agence d’urbanisme Clermont Massif central (AUCM) crée un protocole permettant aux collectivités de penser leur transformation par le prisme de leur propre culture territoriale. C’est ainsi que la Communauté de commune du Bocage Bourbonnais et son musée Emile Guillaumin se sont présentés comme terrain d’expérimentation pour la formalisation de ce protocole prospectif. Si cette intercommunalité test se trouve, elle, déjà engagée dans une démarche reliant stratégies territoriales et approches culturelles, le protocole sera amené à être développé et proposé à l’ensemble des collectivités adhérentes dans sa forme finale en 2026.

Le terrain d’expérimentation : La Communauté de Communes du Bocage Bourbonnais et Émile Guillaumin

Le Bocage Bourbonnais, situé dans le département de l’Allier, est un territoire rural qu’une riche tradition agricole a façonné. Face au changement global, le territoire fait part de certaines vulnérabilités : fragilité du vivant et déséquilibres environnementaux, essoufflement du modèle agricole et productif sur lequel le territoire s’est construit, précarité sociale et isolement des populations, notamment des plus âgés.

Dans le cadre d’une réflexion plus générale sur la transformation de son territoire, la Communauté de communes s’est tournée vers l’AUCM afin d’interroger un lieu emblématique qui ne fait aujourd’hui plus sens dans sa forme actuelle : le musée Emile Guillaumin. Il ne s’agit cependant pas de balayer cet équipement ou son contenu pour construire du neuf, mais bien de réinterroger la culture territoriale par le prisme de ce personnage. Figure essentielle du Bocage Bourbonnais, Emile Guillaumin porte, dans ses écrits comme dans sa vie, des éléments dans lesquels le territoire se reconnaît, s’identifie encore aujourd’hui ; des attachements qui serviront de base à l’élaboration de propositions culturelles dans le cadre de notre expérimentation prospective.

Au second semestre 2025, l’AUCM a accompagné une quinzaine d’acteurs du territoire du Bocage Bourbonnais (élus, techniciens, représentants d’associations) dans l’élaboration de propositions culturelles autour de l’héritage d’Émile Guillaumin ; propositions destinées à soutenir le cheminement de la Communauté de communes vers un futur vivable, habitable, par une entrée concrète.


Emile Guillaumin
Paysan-écrivain natif d’Ygrande, observateur attentif de son milieu, Émile Guillaumin est un témoin précieux de la condition rurale dans le Bocage bourbonnais. Son oeuvre éclaire à la fois les luttes paysannes pour la dignité et l’amélioration des conditions de vie, les valeurs de solidarité et de coopération, mais aussi, de façon tant diffuse qu’omniprésente, l’imbrication intime entre humains et environnement.

Son regard constitue aujourd’hui une ressource pour comprendre ce que le territoire a été, ce qu’il est encore, et, par l’application de notre protocole expérimental, ce qu’il pourrait devenir dans un futur choisi.


Origine de l’expérimentation prospective : la constitution de quatre devenirs culturels

A l’automne 2023, l’AUCM entamait une démarche prospective aux côtés d’acteurs culturels locaux, dont l’objectif était d’interroger la possible contribution des politiques culturelles à la réorientation écologique des territoires [1]. Chemin faisant, le groupe s’est emparé des scénarios « Transition(s) 2050 » [2] de l’ADEME et en a proposé une adaptation libre, appliquée au fonctionnement du secteur et des politiques culturelles. En parallèle, le socle théorique sur lequel s’appuyait l’AUCM concernant l’approche culturelle de enjeux de transition s’est structuré, affirmé [3]. Ainsi, la vision présentant l’ensemble de nos manières d’habiter le monde et des rapports que l’on entretient avec lui comme étant des éléments intrinsèquement culturels s’est consolidée. Suivant cet angle, les quatre scénarios ont muté pour devenir quatre devenirs culturels territoriaux envisageables, relevant chacun de choix de société bien distincts et porteurs de valeurs, pratiques, relations et matérialités variées.

L‘expérimentation prospective proposée par l’AUCM consiste alors à réinterroger la culture territoriale à partir d’un lieu, d’un personnage, d’un élément spécifique du territoire — en l’occurrence Émile Guillaumin dans le cas du Bocage Bourbonnais, tout en définissant un cap que la collectivité souhaite suivre via les devenirs culturels.

L’expérimentation prospective en pratique

La rencontre avec les territoires s’est déroulée en deux temps : une première séance dédiée à l’écoute, à la compréhension des enjeux territoriaux, mais surtout, à celle de l’objet culturel identifié par le territoire (un personnage, un lieu, une typicité locale, un évènement…). De ces premiers échanges ont été extraites des informations sur le rapport au vivant, aux ressources naturelles, sur la manière de faire société ainsi que sur la perception des valeurs, des normes, des idées… qui font la culture de ce territoire. Les attachements des personnes à ces diverses composantes ont ensuite été interrogés. Certains attachements relèvent d’éléments à créer ou recréer, d’autres à restaurer. C’est à partir de ceux-ci que la ou les propositions culturelles à venir seront structurées. Les participants ont ensuite été invités à positionner leur territoire dans l’un des devenirs culturels, au regard des attachements identifiés. Dans le cas du Bocage Bourbonnais, la réflexion autour d’Émile Guillaumin montre, entre autres, l’importance de la coopération ou encore de la dignité humaine dans la manière de faire société. Ces éléments constituent les « ingrédients » utilisés lors de la seconde étape pour fabriquer des propositions culturelles traduisant l’attachement à ces valeurs.

Dans un second temps, les éléments fournis par le groupe ainsi que le positionnement du territoire sur la boussole des devenirs culturels ont permis d’imaginer, grâce à une « roue » des propositions culturelles variées, toujours en cohérence avec la culture territoriale définie au préalable. Géographies, temporalités, ambiances… La roue des propositions culturelles a permis aux participants d’envisager un grand nombre d’options, existantes ou à inventer, qui viendront, telles des briques, construire une ou plusieurs propositions culturelles finales.

Afin de conclure cet exercice, les propositions culturelles formulées par les participants au cours de l’atelier ont été rédigées et remises à la collectivité. Cette matière permettra au territoire d’ouvrir des pistes de mise en action future afin de rendre effective l’une ou l’autre des propositions, ou encore d’en explorer une hybridation.

Le protocole finalisé en 2026

Ainsi, repenser notre rapport au monde par le prisme des cultures territoriales apparaît comme une approche porteuse offrant aux collectivités la possibilité de jouer le rôle qui doit être le leur face au changement global. L’expérimentation prospective autour du Musée Émile Guillaumin et sa transformation en une proposition nouvelle est une illustration de ce protocole, dont la méthode reproductible génère néanmoins des résultats profondément ancrés dans les spécificités de chaque territoire.

Alors que s’achève actuellement la phase d’expérimentation, le travail de prototypage et de formalisation du protocole final se poursuit. À l’horizon 2026, celui-ci pourra être déployé plus largement auprès des adhérents de l’Agence et dans des contextes divers, tels que des démarches de revitalisation de centre-bourgs ou encore d’accompagnement de collectivités engagées dans la requalification de leur patrimoine en gestion. Penser ces projets à travers les devenirs culturels qu’ils ouvrent permettra alors d’inscrire l’action publique dans un cadre de transformation plus vaste, accompagnant les territoires vers les futurs qu’ils choisissent, en cohérence avec les enjeux communs qui façonnent notre époque.

3-30-300, Un objectif triple pour la nature en ville

La métropole clermontoise est comme enveloppée de nature : la chaîne des Puys à l’ouest, la vallée de l’Allier à l’est, l’espace naturel sensible du massif des côtes dans le cœur métropolitain [1], … tant de composantes paysagères qui donnent l’impression d’une métropole ouverte sur les grands espaces de nature. Mais qu’en est-il de la nature en ville ? Dans son Projet d’Aménagement et de Développement Durables (PADD), le Plan Local d’Urbanisme métropolitain [2] fait le constat d’un manque de nature en ville, et d’un « nouvel équilibre à rechercher pour permettre aux habitants d’accéder facilement aux grands espaces naturels, mais également à des lieux de nature de proximité ». Alors comment objectiver la place de la nature dans les villes et hameaux de la métropole ? En réponse à cette question posée par le service urbanisme de la Métropole, l’AUCM a produit une série d’indicateurs basés sur une « règle » qui a déjà fait ses preuves : celles du 3-30-300 [3], pour 3 arbres visibles depuis son habitation, 30% de surface arborée dans son quartier ou sa ville, et 300 mètres pour rejoindre l’espace vert public le plus proche. Ces indicateurs permettent de poser un T0 et d’identifier les dynamiques de renaturation accélérées par la mise en place du futur PLU métropolitain, qui intègre la renaturation dans ses pièces réglementaires. Au travers de cet article, l’AUCM revient sur la méthode et les premiers enseignements.

Le maillage des parcs publics de la métropole, des lieux de proximité pour la biodiversité

Les espaces verts de proximité peuvent être des îlots de biodiversité, de calme et de fraîcheur en période estivale… mais qu’en est-il de leur accessibilité ? L’OMS, dans une publication de 2016 [4], estime que tout habitant devrait se situer à une distance raisonnable de 300 mètres d’un espace vert, soit 5 minutes de marche. Cette distance idéale fait désormais référence, avec les travaux du chercheur Cecil Konijnendijk, à l’origine de la règle 3-30-300, et plus récemment avec une étude de l’INSEE portant sur l’accès aux espaces verts dans les grands centres urbains [5]. Cette étude montre d’ailleurs que 44.3% de la population de Clermont-Ferrand est à moins de 300 mètres d’un espace vert, un taux inférieur à la moyenne des 72 grands centres urbains étudiés, portée à 52,4% [6]. Pour des études portant sur un panel important de communes, le calcul des 300 mètres est généralement effectué sur la base d’un parcours linéaire, depuis le centre du parc, sans tenir compte des contraintes urbaines ni des entrées des parcs. L’AUCM a donc proposé une méthode différente : déterminer la proportion d’habitants résidant à moins de 10 minutes à pied de l’entrée d’un parc. Le calcul se base sur des isochrones, qui déterminent le plus court chemin en tenant compte des contraintes rencontrées sur le terrain, telles que des voies ferrées ou un alignement continu de bâtiment. Cette méthode est bien plus réaliste, et elle est d’autant plus pertinente que la municipalité de Clermont-Ferrand a pris un engagement en début de mandat : que chaque clermontois ait accès à un espace vert en moins de 10 minutes à pied de son domicile ou de son lieu de travail [7]. L’Agence a ainsi calculé qu’en 2024, 75% des clermontois étaient à moins de 10 minutes à pied d’un espace vert public. Mais ce chiffre va évoluer avec l’ouverture récente du parc Saint-Jean [8] ainsi que l’ouverture du parc Saint-Jacques début 2026 [9]. L’outil développé par l’AUCM permet d’ailleurs de simuler l’impact d’un nouveau parc sur la proportion de population concernée par cette offre.

À l’échelle de la métropole, le centre de Clermont Ferrand concentre le plus grand nombre de parcs urbains, mais certaines communes périphériques, comme le Cendre et Cournon d’Auvergne, offrent aussi des parcs publics qui maillent leur territoire. Ainsi, 66% des habitants de la métropole sont à moins de 10 minutes à pied d’un parc public, et si le calcul tient compte des petits squares, elle exclut évidemment les espaces verts privés, qui contribuent également au maillage d’espaces refuges pour la nature. Au total, 78 parcs et jardins publics ont été recensés sur la métropole : près de la moitié font plus de 0.5 hectare, seuil retenu pour la règle du 3-30-300 mais qui n’a pas été retenu pour mettre ici en valeur aussi les petits squares dont le rôle social n’est plus à démontrer. L’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN) a d’ailleurs récemment produit une base de données couvrant spécifiquement les parcs et jardins ouverts au public, pour répondre aux exigences des objectifs de zéro artificialisation nette (ZAN) [10]. Ce jeu de données [11], en accès libre, offre des perspectives intéressantes pour répliquer la méthode de l’AUCM sur d’autres secteurs urbanisés du Massif central. Enfin, les calculs sont effectués dans l’enveloppe urbaine, et le choix a été fait de ne pas tenir compte de l’accès aux espaces naturels (plaines, forêts, …), car bien que de qualité, ces espaces sont généralement inaccessibles aux publics les plus fragiles, comme les personnes à mobilité réduite.

 

La surface arborée, une trame indispensable

Si les parcs peuvent être des îlots de refuge pour la biodiversité, la surface arborée crée une trame indispensable au passage de la petite faune. Cet indicateur est partagé par de nombreuses collectivités car il permet d’objectiver la place de la nature en ville tout donnant de la valeur aux arbres matures. Les jeunes arbres ont en effet une surface de canopée peu développée et n’offrent ni l’ombrage, ni la fraîcheur, ni la continuité écologique permise par les sujets les plus anciens.

Pour réaliser ce calcul, l’AUCM a de nouveau centré son analyse sur l’enveloppe urbaine, car il est bien question de nature en ville, et non d’espaces naturels aux portes de la ville. Ainsi, à l’échelle des 21 communes de la métropole, la surface arborée est de 22%, mais ce chiffre cache des disparités importantes. Seules sept communes de l’ouest métropolitain atteignent le seuil des 30% d’espaces arborés. Dans l’enveloppe urbaine des communes pavillonnaires de l’est, les arbres restent peu présents (entre 15 et 25%), et la ville de Clermont Ferrand, malgré 509 ha de couvert arboré dans l’enveloppe urbaine, n’atteint pas les 30% d’espaces arborés (22%). Néanmoins, les communes qui ont les plus faibles taux de surfaces arborées sont également celles qui concentrent les zones d’activités commerciales. A l’inverse, les communes qui présentent les taux les plus importants de surfaces arborées sont aussi celles qui sont le plus concernées par un étalement pavillonnaire dont le développement s’est fait en gagnant des terrains sur les forêts de la chaîne des Puys. La méthode ici déployée comprend également un biais technique, puisque l’identification des surfaces végétales s’est faite à partir des orthophotographies infrarouge (IRC) et de l’analyse de la hauteur de la végétation issue du LIDAR [12] pour supprimer la végétation basse et ne garder que la végétation supérieure à 1,5 m de haut.
La classification imposée par le LIDAR tend donc à intégrer dans les calculs une végétation intermédiaire, non arborée, réhaussant les scores obtenus par les communes. Ce biais sera corrigé dans les futures actualisation des cartes.
Les données sont produites pour une maille carrée de 200 mètres de côté afin de réaliser aisément des croisements avec des données socio-démographiques, elles-mêmes calculées sur cette même maille géographique. Cette méthode offre de nouvelles perspectives, en identifiant par exemple des zones de défaveur sociale qui seraient par ailleurs caractérisées par un faible taux de couvert arboré. Cette réflexion n’est pas sans rappeler le mouvement nord-américain de « shade equity »[13], où d’accès équitable à l’ombrage, qui promeut l’importance des arbres dans les quartiers concernés par des facteurs de défaveur sociale, en le reliant très justement à la problématique de la chaleur estivale, très marquée dans ces quartiers minéralisés.

L’ambiance verte, une nouvelle façon de mesurer la place de la nature en ville

La règle du 3-30-300 s’intéresse tout autant aux arbres que l’on voit depuis notre fenêtre, qu’aux espaces verts visibles au plus loin. Si l’exercice est relativement simple à l’échelle d’une ville ou d’un quartier, il se complexifie à l’échelle d’un bâtiment, sans base de données sur le patrimoine arboré public et privé. Mais comment déterminer quels sont les bâtiments qui ont la chance d’avoir vue au moins sur trois arbres, tout en conservant cette logique de calculs réalisés sous forme de maille ? Pour répondre à cette problématique, l’AUCM a développé une méthode permettant d’approximer la nature visible depuis chaque point de la métropole, en repartant d’une maille de 50 mètres de côté, celle qui caractérise nos jardins et notre environnement de proximité. Le point de départ de cet indicateur relève de l’espace perçu, l’espace « sensible » : quelle ambiance végétale est perçue dans l’environnement de vie principal ? Pour cartographier cet indicateur sensible, les calculs tiennent compte des surfaces arborées et herbacées dans des rayons successifs de 50m, 50m à 150m et enfin 150m à 300m. À cela est ajouté l’impact de la densité et de la hauteur du bâti, qui masquent la végétation dans notre champ de vision.La carte produite reflète assez bien la réalité puisque l’ambiance végétale est meilleure à l’ouest mais plus dégradée sur l’axe nord/sud dans les zones à dominantes économiques. Le plateau central clermontois est aussi nettement visible, tout comme la plupart des cœurs historiques des communes de la métropole enserrés dans des tissus avec une meilleure ambiance verte. En plus de mettre en évidence des phénomènes de densité urbaine et de faiblesse du couvert arboré dans les zones d’activités, cette méthode permet là encore de simuler l’effet d’un projet urbain, d’une orientation d’aménagement (OAP) ou d’une règle induite par l’application du PLU métropolitain. Il serait intéressant de coupler cette carte avec celle de l’ambiance thermique, réalisée en 2019 par l’AUCM, car la densité urbaine crée aussi de l’ombre, indispensable en période estivale [14].

La règle du 3-30-300 offre un nouvel éclairage sur le territoire clermontois. La méthode déployée par l’AUCM offre tout autant un T0 pour caractériser la nature des espaces urbanisés avant la mise en application du PLU métropolitain, qu’un outil de simulation des projets d’aménagements et des futures évolutions du document d’urbanisme. Ces indicateurs sont aussi un pas de côté, en proposant une approche complémentaire à l’évaluation obligatoire du PLU métropolitain. Enfin, cette application du 3-30-300 au territoire clermontois est une première brique pour réaliser des croisements avec des données de chaleur en ville, de santé, de précarité, … voire pour identifier les zones préférentielles pour la renaturation, en lien avec les disponibilités foncières [15]. L’AUCM, impliquée sur la question de la sobriété foncière, a produit en 2024 une cartographie de la perméabilité des sols, une donnée qui pourrait être mobilisée pour identifier des secteurs à renaturer.

Et si les Industries Culturelles et Créatives contribuaient à la transformation de nos territoires ? Le projet de Pôle Territorial ICC Clermont Auvergne

Mutation des usages, bouleversement des modes de création, défis écologiques… Quelles trajectoires possibles pour les Industries Culturelles et Créatives (ICC) dans un contexte généralisé de troubles et de crises successives ? 

Si la définition des ICC varie selon les sources, la valorisation de ces industries comme un pan économique stratégique demeure une constante, au sortir du premier quart du XXIème siècle. Selon l’UNESCO, la culture et la créativité représentent 3,1 % du produit intérieur brut (PIB) mondial et 6,2 % du total des emplois [1]. A la croisée des enjeux économique et d’influence, les ICC sont la plupart du temps envisagées pour leur rôle dans la concurrence économique mondiale et leurs capacités créatives, dans un contexte de course à l’innovation. Comme le souligne le ministère français des affaires étrangères, « la France se démarque avec 5% du PIB généré par les ICC (BPI, 2024), mais aussi par un savoir-faire reconnu à l’international et des performances majeures à l’export ». 

Que se passe-t-il lorsque l’on zoome sur nos espaces de vie et de proximité ? Si les ICC sont valorisées par de nombreuses collectivités pour leur poids dans l’économie locale et leur rôle « attractif » pour le territoire, leurs apports symboliques, sensibles, leur capacité de reliance et de réenchantement de nos vécus quotidiens sont plus rarement envisagés. Cette valeur ajoutée moins visible, plus difficilement mesurable, reste une piste à explorer alors que nous cherchons des voies pour réorienter nos rapports au monde et notre capacité collective à reprendre attache avec nos espaces de vies.   

En faisant le choix de positionner sa candidature au titre de « Pôle territorial d’industrie culturelles et créatives (PTICC) » [2] au service de la « transformation de la filière des ICC », le Damier, cluster d’entreprises culturelles et créatives implanté à Clermont-Ferrand, positionne le territoire auvergnat comme un espace d’expérimentations et de remise au travail de la notion même d’ICC. Qu’est-ce qu’être créateur.ice sur un territoire bousculé par le changement global ? Comment penser au-delà des logiques de filières, de marchés, pour réencastrer les pratiques culturelles au cœur des transformations territoriales ? 

Engagée depuis 2023 dans une réflexion prospective autour des politiques culturelles en contexte d’adaptation, l’AUCM a activement contribué à la formulation de la candidature « PTICC Clermont Auvergne ». Une implication qui marque une nouvelle étape dans les travaux de l’Agence autour de la culture comme levier de réorientation des territoires. 

 Le soutien aux ICC au cœur de stratégies nationales et internationales

Audiovisuel, cinéma, spectacle vivant, musique, musées et patrimoine, arts visuels, jeu vidéo, livre, presse…la transformation des usages, la concurrence accrue des acteurs internationaux, le bouleversement des modes de création, de production et de diffusion des œuvres, viennent bousculer des filières entières, qui doivent s’adapter et repenser leur modèle économique, leur chaine de valeurs, et plus globalement leur positionnement dans un monde en accélération. La vulnérabilité du secteur culturel face aux chocs énergétiques et climatiques et sa dépendance aux énergies fossiles sont également au centre des préoccupations [3]. 

La Conférence mondiale de l’UNESCO sur les politiques culturelles et le développement durable – MONDIACULT 2025 – appelle les pays à formuler et à réviser leurs cadres réglementaires relatifs à la créativité et aux ICC en particulier. Il s’agit notamment de défendre les droits culturels, tout en affirmant l’importance de la culture dans la stabilité du monde et sa capacité à embrasser les multiples enjeux écologiques et géopolitiques. 

En France, l’Etat entend « répondre aux défis considérables liés à la transition numérique et écologique et à l’hyper concurrence que créé la constitution d’acteurs numériques mondiaux ». Dans le cadre du plan « France Relance » et du 4ème Programme d’investissement d’avenir (PIA4), au lendemain de la pandémie de Covid-19 particulièrement impactante pour les ICC, le gouvernement français lance sur la période 2021-2025 une stratégie « d’accélération des industries culturelles et créatives », déployant 1 milliard d’euros pour promouvoir l’innovation, l’indépendance, la compétitivité, l’emploi et la transition écologique du secteur.  

Si l’appel à projet valorise les propositions liées à la compétitivité, l’économie numérique, au développement international, son axe 4 met en lumière le lien existant, à développer, entre ICC et dynamiques de transformations territoriales. Un axe qui ouvre la voie à l’expérimentation, aux innovations organisationnelles, autour de la culture comme levier de transition. Un axe dont a souhaité se saisir le Damier, à travers le projet de « Pôle Territorial ICC Clermont Auvergne ». 

Un Pôle Territorial ICC Clermont Auvergne acteur des transformations

La piste de l’atténuation de l’impact des ICC par la décarbonation du secteur et la réduction de ses dommages sur l’environnement est une voie aujourd’hui largement explorée et outillée. Le chemin, plus tortueux, d’un questionnement autour du « devenir culturel » des ICC (cf. paragraphe suivant) reste un terrain plus épineux à appréhender, mais porteur de réelles perspectives pour nos territoires en quête de solutions face au changement global.  

En faisant le choix de porter une candidature « Pôle Territorial ICC Clermont Auvergne » axée sur la transformation de la filière des ICC et du territoire, le Damier propose ainsi la mise en place d’un écosystème original où cohabiteraient entreprises des ICC, collectivités, université et structures d’enseignement supérieur, experts des politiques territoriales et économiques. L’Agence d’urbanisme Clermont Massif central figure parmi les 7 partenaires fondateurs – Clermont Auvergne Métropole, Communauté d’agglomération Riom Limagne et Volcans, Université Clermont Auvergne, École Supérieure d’Arts de Clermont Métropole, AUCM, CCI du Puy-de-Dôme et CAE Appuy Culture- qui s’associent autour du chef de file Le Damier. Elle s’investit plus particulièrement sur deux axes du projet : « Explorer en permanence les mutations à venir » et « Accompagner la transformation des ICC et du territoire ». L’enjeu est d’une part de doter le futur Pôle d’une capacité d’observation du territoire et des pratiques et propositions culturelles en transformation, et d’autre part de proposer un accompagnement des acteurs des ICC et des collectivités locales vers de nouvelles approches des transitions positionnant les ICC comme leviers de transformation territoriales. 

Ce positionnement original d’une agence d’urbanisme au cœur d’un pôle dédié aux ICC s’inscrit dans la logique des travaux déployés par l’AUCM depuis 2023 pour activer la culture comme levier de réorientation écologique des territoires [4] et forger une culture territoriale commune d’adaptation au changement climatique [5]. 

Questionner et expérimenter le rôle de la culture dans la réorientation de nos modes d’habiter

En 2023, l’AUCM embarquait un groupe d’une vingtaine d’acteurs culturels (artistes, institutions, porteurs de projets, responsables de lieux culturels…) dans une réflexion prospective autour du devenir des politiques culturelles en contexte de réorientation écologique des territoires [6]. 

Cette série d’ateliers permit la structuration d’un référentiel de « devenirs culturels » destinés à guider la réflexion des collectivités autour d’une réorientation des politiques culturelles et de leur intégration à des stratégies d’adaptation de nos modes d’habiter : « devenir convivialiste », « devenir commensaliste », « devenir post-moderne » et « devenir transhumaniste » sont aujourd’hui les socles d’un format de séminaire en cours de finalisation, qui permettra à l’AUCM d’accompagner territoires et acteurs culturels dans leur volonté de réorientation dès 2026. 

La perspective d’un Pôle Territorial dédié aux transformations de la filière ICC et du territoire, dont le principe pourrait être validé par l’Etat en 2026, ouvre à l’AUCM un nouvel espace pour déployer et éprouver plus largement cette méthode d’accompagnement. La création d’un observatoire dédié aux ICC, et plus globalement aux pratiques culturelles en transformation, offre la possibilité de produire études, données sur les mutations en cours, et d’affiner les actions du futur pôle, voire des politiques publiques, aux côtés des acteurs. Il ouvre par ailleurs une scène de dialogue, de partage de connaissances et de débats à même de nourrir, inspirer et consolider le prototypage de nouvelles dynamiques locales. Parallèlement, les expérimentations territoriales qui pourront être menées par l’AUCM et ses partenaires dans le cadre du « Bureau d’accompagnement des transitions » créent un espace précieux de tentatives à ciel ouvert, nécessaire à la recherche de nouvelles coopérations et modalités d’action. 

Finalement, quelle que soit l’issue de l’appel à projet, les réflexions conjointes portées par les partenaires réunis autour du Damier dessinent d’ores et déjà de nouvelles convergences et matérialisent une volonté commune d’évoluer vers des stratégies intégrées, basées sur la mutualisation des expertises, où cohabitent stratégies culturelles et territoriales. 

Adapter les territoires du Massif central au changement climatique : quels leviers pour mobiliser les acteurs et accompagner les collectivités dans le passage à l’action ?

Le Massif central ne sera pas épargné par les canicules qui affectent la santé des êtres vivants, par les sécheresses et les gels tardifs qui bouleversent les productions agricoles et les milieux naturels, par l’intensification des tempêtes et des inondations qui révèlent encore davantage la fragilité de nos systèmes. Les transformations à venir remettront en cause en profondeur les paysages, les modes de vie et les activités que nous connaissons aujourd’hui.

Prendre la mesure de ces bouleversements amène à requestionner nos pratiques et leur soutenabilité dans un monde à +4°C. Pour s’adapter, les acteurs du massif doivent construire une culture commune de l’adaptation, dépassant les cloisonnements institutionnels ou sectoriels.

Pendant un an, l’Agence d’urbanisme Clermont Massif central (AUCM) a invité les acteurs engagés dans le Plan Stratégique d’Adaptation au Changement Climatique (PSACC) du Massif central à porter un nouveau regard sur leurs propres activités mais aussi à prendre du recul pour intégrer celles des autres dans leurs représentations.

En parallèle de l’élaboration du PSACC, l’AUCM a mené une enquête pour identifier les besoins en ingénierie des territoires ruraux du Massif pour répondre aux enjeux de transition et d’adaptation au changement climatique. Cette enquête a fait ressortir plusieurs constats qui font écho au rapport interministériel de juin 2025 sur la rationalisation de l’ingénierie territoriale [1] : les collectivités sont au cœur des transitions, mais les moyens dont elles disposent sont insuffisants et peu accessibles d’un point de vue technique et financier, surtout pour des collectivités qui n’ont pas de ressources en interne dédiées pour se positionner sur des opportunités de financement. Le risque est alors d’enclencher une transition à plusieurs vitesses et de creuser les inégalités entre les territoires. Les offres d’ingénierie sont souvent perçues comme illisibles, peu complémentaires et les élus se perdent face à des acteurs publics et privés parfois peu coordonnées.

Ces résultats d’enquête constituaient le point de départ des discussions qui ont animé l’après-midi de la « Rencontre Adaptation au changement climatique du Massif central : du plan à son déploiement dans les territoires ». Des acteurs de l’ingénierie, nationaux et locaux, dont le Cerema, l’ADEME, la Conférence des Parties (COP) Auvergne-Rhône-Alpes, le Commissariat de Massif central, le Conseil d’Architecture d’Urbanisme et d’Environnement du Puy-de-Dôme (CAUE 63), le Parc Naturel Régional (PNR) du Pilat et l’Agence d’urbanisme Clermont Massif central (AUCM), sont venus apporter leurs regards sur les besoins exprimés par les collectivités lors de cette enquête. Ces échanges complètent, nuancent les résultats et questionnent le rôle des acteurs de l’ingénierie dans l’accompagnement des collectivités dans la prise en compte du changement climatique dans leurs projets.

La mise en place d’un projet d’adaptation au changement climatique suppose d’abord de rallier tous les acteurs du territoire autour d’un enjeu souvent crispant et peu consensuel. Comment embarquer les élus, notamment ceux de communes rurales, éloignés de ces sujets, et parfois « presque climatosceptiques » ?

A cette question, Stéphane Cordobes, directeur de l’AUCM, répond qu’il faut avant tout écouter les acteurs : pourquoi sont-ils climatosceptiques ? Que ressentent-ils par rapport au changement climatique et aux transformations qu’ils vivent déjà dans leurs territoires ? Le processus de co-construction du plan d’adaptation le montre : permettre aux acteurs d’exprimer leurs ressentis et leurs craintes apaise les débats. Pour Pierre-Louis Ricard, directeur adjoint au CAUE du Puy-de-Dôme, il convient d’écouter les acteurs, mais aussi de se mettre à leur place, d’adopter une posture qui mette les acteurs en confiance et ne paraissent pas déconnectée des réalités du terrain.

Pour libérer la parole et faciliter les échanges, certains acteurs de l’ingénierie poussent les élus, techniciens et partenaires des collectivités à redécouvrir le territoire et leur faire prendre conscience de la nécessité d’intégrer les enjeux du changement climatique dans leurs projets. Se projeter collectivement permet de révéler les clivages, mais aussi de se questionner sur le projet commun, celui qui « fait territoire », malgré les divergences. Sur les territoires du PNR du Pilat, les acteurs ont ainsi fait le choix de focaliser leur travail sur l’avenir des forêts, un enjeu majeur du territoire [2]. Selon Mathilde Poulat, chargée de mission Adaptation au changement climatique au PNR du Pilat « On a réussi non seulement à mettre d’accord les personnes sur ce qu’on voulait, c’est-à-dire maintenir cette multifonctionnalité de la forêt, mais on a aussi réussi à ce qu’ils proposent des actions transformatives et partagées ». Les acteurs du Pilat sont allés très loin dans les réflexions et ont finalement convoqué de nombreuses autres thématiques de l’ordre social et environnemental (marché local et circuits courts, biodiversité et co-bénéfices, coopération…).

« Le mot lui-même, changement, a de quoi faire peur : mutation, fin d’une ère, voire de l’humanité » [3]. A l’échelle des collectivités, changer c’est reconsidérer des pratiques et des habitudes de vie ancrées depuis longtemps dans un territoire. Trouver le moyen de contourner cette peur, en convoquant des thématiques qui font davantage consensus, comme l’énergie, la souveraineté du territoire, la santé, l’aménagement de la place publique ou celui d’une cour d’école, semble être un accélérateur des transitions. Aujourd’hui, l’AUCM dédie des lignes d’étude à l’Urbanisme Favorable à la Santé (UFS), un levier qui se révèle extrêmement puissant et fédérateur. Une entrée par d’autres thématiques permet de rassembler dans le tour de table tous les acteurs des politiques publiques, y compris ceux qui ne sont pas encore sensibles à la question du climat. Elle s’accompagne de modalités de travail plurielles, mêlant ateliers, arpentages et créations de cartes, visites de terrain, mises en récit…

Aujourd’hui, le CAUE adopte davantage une approche globale : « Pendant longtemps on a voulu faire vite, faire du copier-coller. On arrête de faire du coup par coup » (Pierre-Louis Ricard). Les enjeux d’adaptation nous imposent de prendre le temps, d’avoir une vision à long terme. Cette notion se retrouve à travers le processus d’apprentissage collectif qui a permis de réaliser le plan d’adaptation du Massif central. Selon Stéphane Cordobes, c’est davantage un processus qui s’inscrit dans la durée qu’un plan qu’on déploie et qui donne lieu à une planification. L’enjeu est donc aussi celui de faire vivre des projets d’adaptation sur le long terme qui nécessitent de former et de mobiliser les citoyens et les acteurs territoriaux.  Or, les opportunités de financements imposent majoritairement le développement de projets sur un temps court.

Enfin, s’adapter, c’est changer la culture d’un territoire, les rapports à la consommation, à la production. Une agence d’urbanisme « intervient sur les façons d’habiter un lieu, sur les modes de cohabitation, sur les formes de vie ; autrement dit, elle contribue à façonner un ensemble de rapports au monde, caractéristiques d’un territoire et de sa culture » (Stéphane Cordobes) [4]. Sensibiliser à travers la production de récits, d’imaginaires, travailler sur les représentations et les attachements constituent pour les acteurs de l’ingénierie autant de leviers permettant de soutenir une adaptation collective et durable des territoires du Massif central.

Comment les acteurs de l’ingénierie accompagnent l’ensemble des collectivités pour mobiliser les leviers de l’adaptation au changement climatique ?

Face à l’urgence de l’adaptation, c’est bien la somme des actions mises en place sur les territoires, d’ampleur et à des échelles plus ou moins importantes, qui « feront adaptation ». Or, pour les élus et techniciens d’une collectivité, combiner les différentes approches et contraintes, mobiliser des moyens, de l’ingénierie et des financements pour monter un projet s’avèrent être d’une grande complexité.

Face à la multiplicité des offres d’ingénierie, des dispositifs sont mis en place pour orienter les collectivités vers le bon outil

Les acteurs de l’ingénierie invités à débattre lors de cette journée l’admettent : en matière d’adaptation, il existe « plein d’outils, plein de démarches, mais on a du mal à s’y retrouver ». L’Etat et ses agences produisent un nombre d’outils qui sont sans doute beaucoup plus nombreux que les capacités des collectivités à les mobiliser. Le rapport national sur la « Rationalisation des interventions des opérateurs de l’Etat au profit des collectivités en matière d’ingénierie territoriale » fait un constat similaire : ces offres sont développées en silo, elles sont redondantes et superposées, notamment dans les domaines de la transition écologique, de l’urbanisme et du développement économique. Les opérateurs de l’Etat ont donc un rôle à jouer pour améliorer la visibilité, la lisibilité et l’accès à des dispositifs de soutien et d’accompagnement. C’est pourquoi les Conférences des Parties (COP) se donnent notamment pour objectif de faire remonter tous ces projets et rendre plus visibles les démarches et les coalitions d’acteurs. Elles sont aussi là pour identifier les différents portails d’ingénierie, de l’échelle locale à l’échelle nationale, pour proposer une sorte de « guichet complet d’ingénierie » permettant aux acteurs de se tourner vers le bon interlocuteur et les bons outils pour mettre en place leurs projets. La « mission d’adaptation », une plateforme développée par l’ADEME qui sélectionne un certain nombre d’outils existants en fonction des besoins des collectivités, apporte aussi une certaine clarté dans la réponse à l’ensemble des besoins des territoires. Pour Nicolas Bernard, commissaire adjoint au commissariat de Massif central, la première porte d’entrée pour un territoire, une commune, une collectivité, est le sous-préfet local. Il peut en effet réorienter au niveau local vers le bon acteur. A l’échelle du Massif central, le commissariat de massif est aussi là pour effectuer ce travail d’accompagnement.

Améliorer la collaboration entre les acteurs nationaux et locaux permettrait d’éviter le risque de concurrence, de redondance, et de déstabilisation de l’offre locale, au bénéfice d’un accompagnement de tous les territoires

Malgré une tentative de clarifier et de simplifier la recherche d’outils adaptés, des acteurs locaux de l’ingénierie tels que les agences d’urbanisme et les CAUE n’apparaissent pas à l’échelle nationale comme contributeurs à cette offre d’ingénierie, remettant ainsi en question le principe de subsidiarité. Pourtant, l’enquête menée pour réaliser le rapport national sur la rationalisation des interventions des opérateurs de l’Etat montre que les élus apprécient la réactivité et la connaissance du terrain des acteurs locaux. Pierre-Louis Ricard dit intervenir « à l’autre bout de l’entonnoir de ces grands plans nationaux », surtout auprès de petites communes qui n’ont pas de service technique. Leur expertise reste tout aussi nécessaire pour traduire les enjeux des transitions dans le quotidien des élus et des techniciens.

Le rapport national énonce que l’offre d’ingénierie des opérateurs de l’Etat est peu coordonnée, se juxtapose et entre en concurrence avec l’échelon territorial. Il s’agit donc de repenser l’orchestration de cette ingénierie et la coopération des acteurs pour que tous les territoires aient accès à un accompagnement, quel que soit sa taille et les ressources dont il dispose. Pour Stéphane Cordobes, directeur de l’AUCM, le chemin vers la coordination et la complémentarité des offres est encore long, mais Pierre-Louis Ricard observe une amélioration dans le travail du CAUE avec les autres acteurs de l’ingénierie pour garantir un accompagnement de tous les territoires.

Il revient aux acteurs de l’ingénierie, au niveau national et local, de veiller à ce que l’ensemble des collectivités puisse accéder aux offres de financement, indépendamment de leurs ressources internes

Dans le rapport national, « l’alourdissement des besoins d’ingénierie trouve, il est vrai, pour de nombreux élus, sa source dans la complexité du cadre normatif », mais aussi dans « la constitution des dossiers sur les plans administratif, juridique et financier ». En effet, les porteurs de projets, surtout au sein d’une petite commune qui n’a pas d’ingénierie en interne, rencontrent de réelles difficultés en termes de moyens humains et de compétences pour trouver des financements. L’absence de ressources humaines pour répondre à des Appels à Manifestation d’Intérêt (AMI) ou des Appels à projets (APP) par exemple, est un facteur bloquant. Les appels à projets présentent des avantages pour les grandes agglomérations qui disposent des ressources humaines formées et de moyens financiers suffisants pour y répondre dans le temps imparti. Pour des petites communes qui n’ont pas les moyens nécessaires, le délai est souvent trop court pour identifier les offres et remplir les dossiers. Marc Bardinal, responsable du pôle villes et territoires durables à l’ADEME, nuance ce propos, en rappelant que l’accès à ces financements est aussi dépendant de la volonté politique des collectivités, qui choisissent ou non de dédier du « temps homme » à la conduite de projets. Stéphane Cordobes rejoint cette idée en insistant sur la nécessité de trouver des ressources en interne capables de faire le relais dans la collectivité, notamment avec le politique : « les acteurs de l’ingénierie ne peuvent pas se substituer à ces nécessaires ressources là ».

Une fois les moyens obtenus, les outils doivent être ajustés et les acteurs locaux doivent développer les compétences nécessaires pour passer à l’action

Selon Séverine Bourgeois, directrice territoriale Centre-Est au Cerema, l’adaptation d’un territoire au changement climatique passe difficilement par l’application d’un outil disponible « sur étagère ». Un des autres enjeux est donc l’adaptation des outils au territoire, à ses spécificités et aux attentes des acteurs locaux. « On ne traite pas un territoire comme un EPCI, comme un territoire avec 22 départements comme le Massif central » (Marc Bardinal). Or, connaître tous ces outils, savoir s’en servir pour les adapter constitue déjà un métier à part entière. Il s’agit donc d’apporter les compétences nécessaires aux acteurs des collectivités pour s’engager dans des projets de transition parfois complexes. Donner des repères techniques permet aux collectivités d’améliorer leur autonomie et de se munir des outils nécessaires à l’élaboration d’un projet. Cela passe par de la formation, mais aussi un accompagnement technique de certains acteurs de l’ingénierie comme le Cerema pour favoriser le passage à l’action et éviter la mal-adaptation. Capitaliser sur les expérimentations qui sont réalisées sur les territoires est primordial : il constitue un centre de ressources mobilisables pour toutes les collectivités qui souhaitent se lancer dans leurs projets d’adaptation.

Cette « Rencontre Adaptation au changement climatique du Massif central : du plan à son déploiement dans les territoires » a révélé la volonté des acteurs locaux d’agir collectivement pour adapter leurs territoires, tout comme celle des acteurs de l’ingénierie de les accompagner. Le caractère foisonnant des outils, des acteurs et des projets montre à quel point, malgré la peur du changement, les territoires du Massif central s’engagent pour garantir leur habitabilité dans un monde de plus en plus incertain. L’articulation et l’accessibilité de tous ces moyens d’actions furent au cœur des débats, puisque c’est elles qui conditionnent le passage à l’action des collectivités. À travers le déploiement du PSACC du Massif central, l’AUCM veillera, au côté du Commissariat de massif, à intégrer les enjeux soulevés lors de cette Rencontre, afin de renforcer la dynamique engagée et de la diffuser à l’ensemble des territoires.

Quelles ruptures dans les pratiques de mobilité au travers des premiers enseignements de la Grande Enquête Mobilité 2022 ? 

Ces dernières années se caractérisent par d’importants bouleversements dans la sphère des mobilités (émergence de la mobilité électrique, déploiement des vélos en libre-service, intensification des livraisons, hausse des prix des carburants…) et plus largement dans la société (crise sanitaire du COVID 19, accélération de la crise climatique, période de forte inflation…). Par une enquête conduite à l’automne 2022, les connaissances en termes de demandes de mobilité des habitants de l’aire d’attraction clermontoise ont été mises à jour.

En termes de comportements de mobilité, alors que la tendance observée localement depuis le début des années 1990 portait sur une croissance continue de la mobilité des personnes, associée à un plus grand usage de la voiture, il est fait le constat qu’au cours de la dernière décennie, on assiste à deux ruptures majeures : la baisse du nombre de déplacements (env. 15 % de déplacements en moins) et le moindre recours à la voiture (- 5 points de parts modales pour la voiture). Ces évolutions ne sont pas propres au territoire clermontois puisque toutes les grandes agglomérations françaises et leurs zones d’attraction connaissent ce phénomène depuis le milieu des années 2010.


La Grande Enquête Mobilité 2022 : périmètre, objet, nombre de personnes enquêtées

La Grande Enquête Mobilité 2022 a fait l’objet d’un projet collectif fédérant 11 EPCI, afin de connaître les pratiques de mobilité de près de 600 000 habitants répartis dans 285 communes. Cette enquête s’appuie sur la méthode définie par le Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema), sous le terme d’Enquête Mobilité Certifiée Cerema (EMC²).

D’octobre 2022 à janvier 2023, près de 10 000 personnes ont répondu à cette enquête, qui permet de décrire l’ensemble des déplacements réalisés.

Cette enquête mesure les déplacements des personnes qui se définissent ainsi : mouvement d’une personne, effectué pour un certain motif (travail, études, achats…), sur une voie publique entre une origine et une destination à l’aide d’un ou de plusieurs modes de transport. Par exemple, aller de la périphérie thiernoise au cœur de Clermont-Ferrand pour le travail en utilisant la voiture, puis le train, puis la marche, compte pour un seul déplacement (en train, car c’est le mode majeur utilisé pour ce déplacement). Le fait d’aller acheter du pain depuis son domicile, puis de la presse dans un autre commerce et revenir chez soit amène à réaliser au total trois déplacements. A noter que la notion de distance n’intervient pas dans la définition du déplacement.  


La baisse du nombre de déplacements

Alors que les différentes enquêtes réalisées autour de Clermont-Ferrand en 1992, 2003 et 2012 mettaient en évidence une augmentation régulière du nombre de déplacements réalisés par jour et par personne, l’enquête de 2022 se distingue par une baisse de la mobilité des personnes. En effet, à l’échelle du périmètre du Grand Clermont (SCoT) le nombre de déplacements par jour et par personne passe de 4,15 à 3,38. Si l’augmentation des prix des carburants (pour le diesel le prix moyen annuel passe de 1,41 € / litre en 2012 à 1,87 € en 2022) ou le développement du télétravail apparaissent comme des facteurs explicatifs « naturels », les raisons sont plus diverses : vieillissement de la population, développement du e-commerce, nouvelles pratiques de mobilité (moins de déplacements le temps de midi), voir des signes de moindre sociabilité de certaines catégories (la baisse de mobilité des étudiants le jeudi est de l’ordre de –40 %). Ainsi, c’est une combinaison de facteurs, qui amène au constat de moindres mobilités des personnes. De plus, cette baisse n’est pas uniforme territorialement (elle concerne surtout les habitants du Grand Clermont qui se déplaçaient plus que leurs homologues résidants dans des territoires plus éloignés) ni socialement (la baisse concerne surtout les catégories cadre / profession intellectuelle supérieure et profession intermédiaire).

Concernant les kilomètres parcourus, on assiste également à une baisse, même si elle est moins marquée. En effet, alors que le nombre de déplacements décroit de 16 %, celui des kilomètres parcourus par les habitants du Grand Clermont ne recule que de 11 %. Mais, l’enquête révèle aussi que l’éloignement est croissant entre le domicile et le travail passant de 12,6 km à 13,4 km (soit + 6,3 %). Ainsi, il apparait d’une part que les habitants rationnalisent leur programme de mobilité (faire moins de déplacements, aller moins loin chercher un service), et d’autre part qu’ils ne sont pas en capacité à rapprocher lieu d’habitat et lieu de travail. Il existe deux évolutions territoriales à l’œuvre : une concentration de l’emploi dans certaines communes et en premier lieu dans la Métropole clermontoise / une diffusion de la périurbanisation dans un arc allant de Combronde à Billom.

La baisse de l’usage de la voiture

La deuxième rupture concerne l’usage de la voiture. Si au fil des enquêtes de 1992 à 2012, la part modale de la voiture était stable (environ 63 %), l’enquête de 2022 met en évidence un recul de l’usage de la voiture qui ne pèse « plus que » 60% des déplacements… mais 80 % des kilomètres parcourus et 90 % des émissions de CO².

Ainsi la voiture reste au centre des mobilités des habitants de l’aire d’influence de Clermont-Ferrand, notamment pour aller travailler, accompagner (les enfants) ou faire des courses. De plus, le nombre de voitures en circulation tend à croitre du fait de l’augmentation de la population même si l’équipement moyen par ménage est en léger recul. Les motorisations non thermiques se développent mais restent marginales : seuls 5 % des véhicules ne sont pas essence ou diesel et la motorisation électrique, la plus vertueuse sur le plan environnemental, ne concerne au final qu’une voiture sur cent. Par ailleurs, aucune augmentation de l’occupation moyenne des voitures n’est observée, avec toujours aux environs de1,35 personnes par voiture pour l’ensemble des motifs et de 1,03 personnes pour les déplacements domicile-travail. Ainsi, les précédentes tentatives d’augmentation de l’occupation des voitures via des politiques publiques n’ont pas produits d’effets pérennes dans le temps.

Mais cette baisse de l’usage de la voiture (- 225 000 déplacements ; part modale passant de 64 à 59 % à périmètre comparable) constitue un signal pour aller vers une nouvelle approche des mobilités, avec une plus grande appétence pour les modes actifs (marche et vélo), alors que l’usage des transports collectifs stagne. La marche a gagné trois points passant de 26 à 29 % des déplacements et le vélo voit sa part doubler passant de 1 à 2 % des déplacements. Toutefois, ces modes restent utilisés principalement pour parcourir des petites distances (en moyenne pas plus d’un kilomètre pour la marche, trois pour le vélo). Dès lors, ils n’assurent qu’une faible part des kilomètres parcourus quotidiennement par les habitants de l’aire d’influence clermontoise. Le regain du vélo s’observe principalement pour les habitants de la métropole clermontoise. Il s’explique par un plus grand maillage en aménagement cyclable, la mise à disposition de vélos en libre-service et la démocratisation du vélo à assistance électrique.

Ainsi, il ressort plutôt une rationalisation des déplacements en voiture : Les déplacements les plus courts, comme par exemple se rendre à l’école ou faire des achats de proximité, sont plus souvent réalisés à pied ou à vélo que par le passé, mais l’usage de la voiture reste central dès que la distance à parcourir dépasse les deux kilomètres.

L’évolution du processus de métropolisation

Du fait d’un grand nombre d’habitants, d’emplois et de services au sein de Clermont Auvergne Métropole, ce territoire concentre une grande partie de la mobilité locale. En effet, près de 900 000 déplacements recensés dans la Grande Enquête Mobilité 2022 se réalisent en son sein. Les déplacements réalisés dans le reste des 10 autres EPCI ou en lien entre les EPCI périphériques et Clermont Auvergne Métropole représentent environ 780 000 déplacements.

L’analyse des déplacements dans le temps, entre les enquêtes de 2012 et de 2022, permet de cerner les évolutions dans la géographie des flux de mobilité. Cette analyse a été réalisée à périmètre constant (le Grand Clermont – soit les EPCI de Clermont Auvergne Métropole, Riom Limagne et Volcans, Mond’Arverne, Billom communauté).

Pour les habitants du Grand Clermont, il ressort que :

  • Les déplacements internes à chaque EPCI génèrent les plus gros volumes de déplacements. Néanmoins, ceux-ci sont moins nombreux en 2022 qu’en 2012 et plus particulièrement au sein de Clermont Auvergne Métropole. En effet, près de 173 000 déplacements quotidiens s’effectuent en moins au sein de ce territoire (-16 %). La baisse de mobilité dans la métropole représente environ deux-tiers de la baisse de la mobilité de l’ensemble du Grand Clermont (1 589 265 déplacements en 2012 à 1 338 065 déplacements en 2022).
  • Les déplacements d’échanges entre Clermont Auvergne Métropole et les EPCI de Riom Limagne et Volcans / Mond’Arverne / Billom communauté représentent des volumes bien moindres en nombre, mais génèrent des distances importantes. Pour cette catégorie de déplacements il est plutôt observé une stabilité en nombre et en distance. A noter que les échanges entre Mond’Arverne et Billom communauté sont peu nombreux. Ces deux territoires échangent très peu avec Riom Limagne et Volcans.
  • Les déplacements avec les territoires extérieurs du Grand Clermont sont modestes. De plus, les chiffres présentés ne prennent pas en compte les déplacements réalisés par les habitants vivant aux portes du Grand Clermont (Dômes Sancy Artense, Entre Dore et Allier, Agglomération Pays d’Issoire…) et qui se déplacent en direction du Grand Clermont. Les chiffres montrent seulement que les habitants du Grand Clermont sont moins tournés vers ces territoires extérieurs en 2022 qu’en 2012.

Au final, le phénomène marquant est la réduction de déplacements de proximité au sein de son EPCI de résidence, expliquant que la baisse de la mobilité est plus forte en volume de déplacements (-16 % à l’échelle du Grand Clermont) qu’en kilomètres (-11 %).

RENCONTRE – Adaptation au changement climatique dans le Massif central : du plan à son déploiement dans les territoires

Une rencontre de l’Agence d’Urbanisme Clermont Massif central (AUCM), avec le Commissariat du Massif central et Clermont Auvergne Métropole.

Pour relever les enjeux territoriaux du changement global, les acteurs du Massif central s’engagent. Après les temps d’élaboration et d’adoption d’un Plan Stratégique d’Adaptation au Changement Climatique (PSACC), vient celui de la mise en oeuvre : quelles priorités, quelles actions, quelles ingénieries locales et nationales, quelles ressources pour que la vision commune se fasse projets concrets d’adaptation dans les territoires et filières du Massif central ?

CONSULTER LE PROGRAMME COMPLET

PROGRAMME :

9H00 – ACCUEIL CAFÉ

9H30 – OUVERTURE
L’adaptation au changement climatique, un enjeu majeur pour le Massif central

9H50 – LE PLAN STRATÉGIQUE D’ADAPTATION AU CHANGEMENT CLIMATIQUE DU MASSIF CENTRAL
Un dispositif de réflexion et d’action, raconté par ses acteurs

11H20 – L’ADAPTATION DU MASSIF, C’EST MAINTENANT
3 initiatives locales d’adaptation déjà à l’œuvre

12H10 – DÉJEUNER / EXPOSITION DES TRAVAUX DE NICOLAS TAILLANDIER ET ELZA LACOTTE
Buffet offert par le Commissariat du Massif central -à la Maison de la Culture (Salle Chavignier)

14H00 – S’ADAPTER, LA DIVERSITÉ DES BESOINS EN INGÉNIERIE
Restitution et mise en débat d’une enquête menée par l’AUCM dans le Massif central

14H45 – S’ADAPTER, VU PAR LES ACTEURS DE L’INGÉNIERIE PUBLIQUE
La complémentarité des offres d’accompagnement locales et nationales

16H15 – S’ADAPTER, LE DÉPLOIEMENT DU PSACC
Les actions soutenues par le commissariat du Massif central

 

Club Industrie du Futur Clermont Vichy Auvergne : une dynamique territoriale en faveur des projets industriels 

Le Pôle métropolitain Clermont Vichy Auvergne a fait de l’industrie du futur un défi prioritaire à relever. La sensibilité des collectivités qui y adhèrent, dont toutes, à l’exception de Billom Communauté, ont été labellisées Territoire d’Industrie dans le Temps 2 du programme (2023-2027) n’y est sans doute pas étrangère. Mais au-delà, le souci d’assurer la résilience, le renforcement et la soutenabilité du tissu productif local entre évidemment aussi en ligne de compte. Celui-ci ne saurait ignorer la « déclinaison de la révolution numérique au champ industriel [1] » par la digitalisation et la numérisation des activités. 

Certains sujets des plans d’actions, comme le foncier économique stratégique, les actions de formation ou encore l’accompagnement des entreprises industrielles aux transitions, dépassent le périmètre des territoires d’industrie. Il est apparu nécessaire, en complément de l’accompagnement à l’échelle nationale, de structurer la démarche localement en considérant les spécificités du Pôle métropolitain. Le club local Industrie du Futur Clermont Vichy Auvergne vient jouer ce rôle de scène d’échanges et de mise en synergie dans le cadre d’une animation de réseau territoriale, s’adressant tant aux élus qu’aux techniciens.  

Le club Industrie du Futur Clermont Vichy Auvergne a ainsi abordé, depuis son lancement en 2024, la façon de remédier localement et collectivement, aux principaux obstacles à la réindustrialisation. Il a questionné les défis relatifs au foncier économique, à la formation et aux ressources humaines, puis à l’énergie.  

Foncier à vocation productive : sortir de la concurrence pour Enrichir l’écosystème industriel

Produire autrement demande de mener une politique industrielle cohérente et solidaire, tant dans le parcours des entreprises que dans la mobilisation des ressources. L’un des engagements du Pôle métropolitain en faveur des transitions industrielles vise à anticiper l’accueil et le développement des projets industriels, tout en prenant soin de s’inscrire dans une dynamique de sobriété foncière. 

  • Concilier besoins des entreprises et contraintes d’aménagement 

Le Pôle métropolitain dispose de plusieurs atouts majeurs comme la centralité de son positionnement géographique, sa population estudiantine ou encore la diversité de son tissu industriel. Mais les besoins des projets industriels, avoisinant a minima 10 ha, entrent en tension avec la disponibilité foncière réelle. La sélection des projets devient alors plus exigeante, au risque d’exclure des activités essentielles pour le fonctionnement économique du territoire mais jugées non stratégiques dans les politiques d’accueil. Attirer des projets industriels ne se résume plus à proposer du terrain ; encore faut-il être capable de proposer des sites « prêts à l’emploi » pour les porteurs de projets. 

  • Allier réindustrialisation et urbanité 

L’ancienne friche militaire de Montpertuis-Palazol à Bellerive sur Allier, labélisée « site clé en main 2030 », incarne une nouvelle manière de penser l’industrialisation. Tout en affirmant une ambition industrielle, elle s’inscrit à la fois dans une dynamique de recyclage foncier, de respect environnemental et d’intégration paysagère. Ses 125 ha d’un seul tenant permettent de proposer des tènements fonciers de grandes dimensions, susceptibles d’accueillir des projets exogènes. Ce futur campus industriel à haute qualité environnementale s’articulerait autour d’une locomotive industrielle, d’une polarité de services et d’un espace dédié à l’innovation, la formation et la recherche. Par la volonté de conserver la maîtrise foncière, la mémoire du lieu et l’armature infrastructurelle et paysagère existante, le projet rompt avec le modèle d’aménagement classique des zones d’activités périphériques. 

  • Garantir le parcours résidentiel des entreprises 

L’exemple des laboratoires OST Développement illustre l’importance de penser le foncier comme un parcours, pas comme une simple implantation. Contrainte de quitter ses locaux, l’entreprise a pu poursuivre son activité au Biopôle Clermont-Limagne grâce à une offre adaptée et au soutien des acteurs publics. Ce transfert a permis à l’entreprise de conserver le savoir-faire de ses salariés et d’augmenter sa capacité de production. Les zones d’activités ne doivent plus être perçues comme des enclaves, mais comme des lieux vivants, connectés, propices à l’émulation et à la coopération. L’intégration dans un écosystème économique et intellectuel dynamique s’avère essentiel pour le développement de l’entreprise. OST Développement bénéficie de synergies précieuses avec le monde académique, l’innovation et d’autres entreprises. 

Ressources humaines : se Réconcilier avec l’industrie

Marginalisée par l’économie de la connaissance et la tertiarisation de l’économie, l’industrie joue pourtant un rôle d’impulsion majeur en termes de formation, de recherche et d’innovation. Il importe encore de consolider son ancrage territorial pour s’affirmer en ce sens. L’Association Française pour le Développement de l’Enseignement Technique (AFDET) appelle à des partenariats simplifiés, lisibles, et ancrés localement pour favoriser la mise en relation avec les structures d’enseignement existantes, souvent difficile à assumer pour les entreprises seules[2]. 

  • Former aux besoins concrets des entreprises 

Le parcours « Industrie 4.0 » du « Master 2 Automatique, Robotique »[3] illustre la capacité à créer des formations sur mesure. Lancée à l’initiative d’un groupe d’industriels soutenus par l’Agglo Pays d’Issoire, cette formation en alternance présente la spécificité d’aborder toutes les matières relatives à l’industrie 4.0 en mêlant informatique, automatique, robotique, programmation ou encore data sciences. Ces profils susceptibles de construire et de piloter une stratégie de transformation digitale de l’outil industriel s’avèrent difficiles à trouver. Avec 97 % de réussite et 90 % d’insertion professionnelle, ce type d’initiative illustre la capacité à répondre aux besoins en compétences du tissu industriel.  

  • Attirer les jeunes vers les métiers industriels

Les difficultés de recrutement dans l’industrie se constatent dès le stade du choix de formation des jeunes. L’enjeu réside alors moins dans l’ouverture de nouveaux cursus que dans la recherche de candidats pour les formations existantes. Faute de visibilité, l’industrie reste une inconnue pour beaucoup de jeunes et leur entourage. Les élèves qui s’y projettent présentent souvent un lien personnel ou familial avec le secteur. Les jeunes attirés par les formations industrielles se distinguent par leur désir de manipuler du matériel, leur attraction pour le concret et la possibilité de concevoir et de réaliser par soi-même. A l’inverse, ceux qui sont orientés par défaut en lycée professionnel n’y restent pas.  

  • Donner à voir l’industrie de l’intérieur 

Changer le regard sur l’industrie passe aussi par des événements immersifs. Afin de sensibiliser les collégiens à l’intérêt et à la diversité des métiers de l’industrie, le Territoire d’Industrie Riom-Vichy a organisé en janvier 2024 le salon des métiers industriels et de l’entreprise (SMILE). Au travers de la reconstitution d’une entreprise, il donne à voir aux collégiens, parents et demandeurs d’emplois toute la diversité des métiers dans l’industrie, les conditions dans lesquels ils s’exercent ainsi que les formations pour y parvenir[4]. Donner à voir les carrières et les passerelles possibles par un échange avec des professionnels en situation constitue un véritable levier pour faire évoluer les représentations. 

  • Accompagner la montée en compétence 

Lorsque les formations ne répondent pas à leurs besoins spécifiques, les entreprises prennent les devants. Le groupe ambertois Omerin, spécialisé dans la conception et la production de fils, câbles et gaines isolantes, a ainsi anticipé les besoins en formation et en recrutement induits par l’ouverture de sa nouvelle usine sur le Parc d’activités intercommunal Entre Dore et Allier. L’entreprise a d’abord ciblé les recrutements stratégiques, notamment celui de la responsable qualité, et positionné un noyau dur d’une vingtaine d’opérateurs exerçant sur le site du siège, qui se déplaceront à terme sur le nouveau site et seront susceptibles de former les futurs collaborateurs. En l’absence d’école de câblerie, cette solution pragmatique a permis à Omerin de développer depuis 4 ans un programme de formations internes s’appuyant sur le transfert d’expérience et la structuration des compétences par des référents techniques spécialistes des métiers.   

Transition énergétique : décarboner l’industrie

Olivier Lluansi [5], ingénieur enseignant à l’École des Mines de Paris, auteur d’un rapport sur la réindustrialisation de la France à l’horizon 2035 [6], souligne que l’objectif de réindustrialisation [7], ne saurait être réaliste sans un accès suffisant à l’énergie. Ce constat pose la question de l’accès à une énergie, notamment décarbonée, à un coût compétitif pour l’industrie, mais aussi celle de la réduction des besoins en énergie dans l’industrie afin de remédier à cette difficulté structurelle. Ces perspectives s’inscrivent dans l’objectif européen de neutralité carbone à horizon 2050. 

  • Renforcer et transformer le système électrique 

La région Auvergne Rhône-Alpes, leader de l’électricité décarbonée, doit adapter son réseau à la montée des usages industriels et à la sortie des énergies fossiles. L’enjeu consiste à acheminer l’électricité en continu de la production vers les réseaux distributeurs pour les consommateurs et d’équilibrer en permanence la production et la consommation [8]. Mais doubler la part de l’électricité dans la consommation finale d’ici 2050, tout en réduisant de 40 % la consommation d’énergie globale implique le renforcement du réseau à très haute tension, le raccordement de nouvelles installations bas-carbone, et le renouvellement des infrastructures. Cet objectif de transition énergétique revêt une dimension stratégique tant de réindustrialisation que de souveraineté nationale. 

  • Valoriser les gaz décarbonés 

Face aux besoins élevés de chaleur ou de production de vapeur de certaines industries, le gaz renouvelable se développe et constitue déjà une réalité. Il présente l’avantage de s’appuyer sur un maillage géographique local et de valoriser des infrastructures existantes, appartenant aux collectivités et déjà amorties. Les maillages géographiques sont locaux avec une production de proximité. 70 sites injectent déjà du gaz renouvelable sur le réseau en Auvergne-Rhône-Alpes dont près du tiers en Auvergne. Le gaz renouvelable apporte des débouchés sur la gestion des déchets et effluents comme les eaux usées ou des résidus de coproduits pour les industriels valorisés en énergie par des méthaniseurs sans impliquer de changement de process. Cette solution, en apportant flexibilité, pilotage et capacité de stockage, sécurise l’approvisionnement énergétique et vient ainsi renforcer la cohérence et la complémentarité avec le réseau électrique. 

  • Adopter une vision énergétique de long terme

À Thiers, l’industriel agroalimentaire Brüggen a déployé une stratégie énergétique ambitieuse, mêlant efficacité et production d’énergie. Une feuille de route du fonctionnement de l’entreprise est établie chaque année avec l’identification de points d’amélioration travaillé collectivement au titre desquels figure l’énergie. Plusieurs sujets ont fait l’objet de mesures ciblées comme la centralisation du froid avec récupération de la chaleur, l’isolation des circuits thermiques, la récupération des condensats ou encore la supervision de la consommation par des capteurs. L’entreprise a ainsi réalisé environ 10 % d’économie d’énergie. En parallèle de ces investissements qui s’orientent vers une meilleure utilisation de l’énergie fossile, l’entreprise a fait le choix d’installer une installation photovoltaïque permettant de couvrir 13 % de sa consommation électrique dès 2026. Cette stratégie itérative menée sans subvention illustre la manière dont une meilleure performance énergétique vient appuyer la compétitivité de l’entreprise. 

  • Accompagner les entreprises vers les outils et dispositifs existants

Si les grands comptes se positionnent directement sur des dispositifs d’investissements et d’innovation, les PME et TPE manquent souvent de lisibilité et de moyens pour enclencher seules leur transformation énergétique. La Chambre de Commerce et d’Industrie, dans le cadre d’un conventionnement avec l’ADEME, propose des diagnostics gratuits et sert de porte d’entrée pour les orienter vers les dispositifs adaptés. L’ADEME propose par ailleurs deux dispositifs s’adressant plus particulièrement aux acteurs productifs et industriels, DECARB FLASH 2025-2027 [9] et DECARB IND 25 [10], qui financent des actions concrètes de réduction des émissions. La décarbonation et la réindustrialisation impliquent également des changements de technologie et de nouveaux marchés à adresser. L’ADEME propose dans le cadre du Fonds Vert un dispositif visant à soutenir l’industrie dans les nouvelles activités poussées par la transition : Territoire d’industrie en transition écologique [11]. 

Conclusion

Dans un contexte de concurrence exacerbée à l’échelle mondiale et de succession de crises économiques, sanitaires, environnementales et énergétiques, maintenir et développer l’attractivité industrielle constitue un enjeu de taille. Le futur territorial de l’industrie nécessite de jouer collectif par une mise en mouvement et en stratégie de tous les acteurs impliqués pour anticiper, s’adapter et rediriger les modèles productifs à l’aune des grandes mutations contemporaines. Le club Industrie du Futur Clermont Vichy Auvergne du Pôle métropolitain permet d’appréhender de façon concertée les défis qui s’imposent à l’industrie. 

Concomitamment à cette dynamique collective, le Manifeste pour une stratégie industrielle territoriale continue de rassembler des signataires pour constituer une communauté d’acteurs engagés susceptibles d’affirmer l’identité industrielle du Pôle métropolitain et de favoriser l’accueil et le déploiement de projets industriels.

Les résultats 2023 de l’enquête sur les loyers du parc privé sont sortis : le marché clermontois reste abordable même si les loyers augmentent sensiblement

Depuis bientôt 10 ans, l’Observatoire Local des Loyers (OLL) de l’agglomération clermontoise, porté par l’Agence d’Urbanisme Clermont Massif central (AUCM), réalise annuellement une enquête auprès des professionnels de l’immobilier et des propriétaires-bailleurs afin de connaître les loyers du parc locatif privé. Ce parc de 57 500 logements représente 28 % des habitants du Grand Clermont : mieux le connaître permet d’appréhender les conditions d’habitat d’une part importante de la population. En plus des résultats complets de l’enquête 2023, l’AUCM propose cette année une comparaison des loyers des parcs locatifs privé et public. Dans quelle mesure ces deux offres locatives permettent de loger les ménages du territoire, notamment les plus modestes ?  

Des loyers encore abordables dans le parc locatif privé, mais qui augmentent fortement sur la ville-centre 

Avec un niveau de loyer médian hors charges de 9,5 €/m² en 2023, le parc locatif privé du Grand Clermont est relativement abordable en comparaison des autres territoires couverts par un OLL : 40ème niveau de loyer le moins élevé observé sur les 56 territoires du réseau. Les niveaux de loyers du territoire sont ainsi proches de ceux d’Arras (9,6 €/m²) et Lorient (9,7 €/m²). 

Pour autant, même si le parc locatif privé clermontois reste parmi les moins chers, il a connu une augmentation de +4,4 % entre le 1er janvier 2021 et le 1er janvier 2023 sur la ville de Clermont-Ferrand. Cette hausse va bien au-delà de l’augmentation de l’indice de référence des loyers (IRL [1]) sur la même période (+ 2,8%) et est l’une des plus importantes observées en France. Cette augmentation est en effet plus importante que dans des villes comme Marseille (+2,2 %), Toulouse (+ 3,1 %), Nantes (+ 3,2 %) ou encore Rennes (+ 4,1 %).  

Le marché locatif privé a partout été mis sous tension sur cette période. L’augmentation des taux d’intérêt a empêché certains ménages de devenir propriétaires, les obligeant à rester locataires. Les logements en location sont devenus plus rares, les loyers ont augmenté. En l’absence de politique d’encadrement des loyers sur le territoire clermontois, les propriétaires-bailleurs ont librement pu augmenter leurs loyers entre deux locataires en bénéficiant de ce contexte de raréfaction de l’offre locative. Pour le moment, malgré l’augmentation observée sur la ville-centre, les loyers clermontois restent parmi les moins élevés du réseau OLL, mais cette situation est à surveiller. 

Une tension accrue sur les petits logements du parc locatif privé dans les secteurs centraux

Les loyers les plus élevés sont dans le cœur historique de Clermont-Ferrand, dans les quartiers 1er mai, des Côtes, dans le centre-ville d’Aubière, à Chamalières ou encore dans les communes d’Orcines et de Ceyrat (loyer médian de 10,1 €/m² à 10,7 €/m² hors charges selon la zone). Dans ces deux dernières communes et le quartier des Côtes, les loyers élevés peuvent s’expliquer par la présence de logements de qualité dans des secteurs recherchés pour leur qualité de vie (commerces, espaces verts, services…). Ailleurs, les loyers élevés s’expliquent davantage par la concentration de petits logements (81 % des T1 et 65 % des T2 du parc locatif privé du Grand Clermont), souvent loués par des étudiants ou de jeunes actifs. Leurs fréquents déménagements contribuent à faire augmenter les loyers de ces petits logements à l’occasion des renouvellements de bail : les emménagés récents payent en moyenne 9 % plus chers leur loyer que les locataires en place (10,1 €/m² contre 9,3 €/m²). Aussi, ce sont sur les petits logements que les premières tensions sur le parc locatif privé et les loyers les plus élevés sont observés : environ 14 €/m² pour un logement d’une pièce loué vide dans les zones centrales. 

La tension sur les petits logements s’explique également par l’essor des locations meublées de longue durée [2] sur le territoire : + 38 % de logements entre 2015 et 2021 [3]. Cette offre locative, essentiellement composée d’appartements et de petits logements, se concentre dans les centres historiques et quartiers péricentraux de Clermont-Ferrand, Aubière, Chamalières et Beaumont et ont des loyers 1,6 fois plus élevés que les logements loués vides. Les propriétaires-bailleurs sont très attirés par la location meublée fiscalement plus intéressante que la location vide, notamment dans un contexte de fin du dispositif Pinel. Toutefois, cette croissance de l’offre meublée dans les zones centrales interroge : avec des prix plus élevés, cette offre est-elle en adéquation avec les moyens financiers des locataires, bien souvent étudiants ou jeunes actifs aux ressources modestes ? 

Au sein du Grand Clermont, les logements aux loyers les plus abordables sont ceux construits avant 1970, avant la première réforme thermique de 1974. Ces logements, situés dans les secteurs centraux, sont moins bien isolés et énergivores. Ils sont donc potentiellement les plus concernés par l’interdiction de mise en location des passoires thermiques (DPE E, F et G) introduite par la loi Climat et Résilience. Ils pourraient, s’ils n’étaient pas rénovés, sortir du marché locatif, contribuant à accentuer la tension sur les logements des zones centrales. Le parc locatif privé clermontois est ainsi confronté à un enjeu de rénovation thermique, notamment afin de continuer de répondre aux besoins de logements de ménages plus modestes. 

La complémentarité des parcs locatifs privé et social pour loger les ménages modestes

A l’échelle du Grand Clermont, les niveaux de loyers médians du parc locatif privé sont 1,6 fois plus élevés que les niveaux de loyers du parc locatif social [4]. Pour autant, une portion de ces deux parcs se louent aux mêmes prix et s’adressent donc à des ménages ayant des revenus qui leur permettent de prétendre à la fois à un logement social et à un logement « bon marché » du parc locatif privé. Selon les travaux du réseau national des OLL [5], cette situation de chevauchement entre les loyers les plus hauts du parc social et les loyers les plus bas du parc privé se retrouve dans les marchés locatifs peu tendus. Elle est représentative d’une complémentarité de l’offre de logements entre parcs privés et publics, qui permet aux ménages modestes de trouver une solution de logements adaptée à leurs besoins dans l’un ou l’autre des parcs. Des loyers peu élevés dans le parc locatif privé permettent en effet d’y loger des ménages aux revenus modestes, potentiellement éligibles à un logement social mais qui ne peuvent pas en obtenir (délai d’attente trop long, trop forte demande de logements sociaux). Le parc locatif privé constitue dans ces conditions une offre locative complémentaire à l’offre locative sociale, essentielle pour limiter les difficultés de logements des plus modestes. 

Sur l’ensemble des EPCI du Grand Clermont, plus de la moitié des locataires du parc privé ont des revenus équivalents à ceux des locataires du parc social. Sur la métropole clermontoise, la situation est plus tendue : des locataires du parc privé ont des revenus inférieurs à ceux du parc social. Il s’agit essentiellement d’étudiants et de jeunes actifs aux faibles ressources. Bien qu’éligibles à un logement social, ils sont à la recherche d’un logement disponible rapidement (rentrée scolaire, début de contrat), ce qui n’est pas compatible avec les délais d’obtention d’un logement social, et doivent se tourner vers les logements les moins chers du parc locatif privé. 

Compte tenu des signes de tension observés [6] sur les deux parcs locatifs, cette complémentarité pourrait être mise à mal. Un écart s’observe déjà pour les logements d’une pièce loués 1,9 €/m² plus cher dans le parc privé que dans le parc public [7]. Si l’augmentation des loyers se poursuit, ces petits logements, déjà les plus chers du parc, pourraient devenir financièrement inaccessibles aux ménages les plus modestes (étudiants et jeunes actifs notamment) excluant de fait ces populations des quartiers centraux où ce parc est souvent concentré.  

Enquête sur les territoires du Massif central en transition : analyse des besoins en ingénierie et fonctionnalités d’un réseau

Former une communauté d’acteurs pour répondre aux enjeux des transitions sur les territoires du Massif central

Le Massif central, marqué par son caractère à la fois montagneux et rural, est particulièrement exposé et vulnérable aux impacts du changement climatique. S’engager dans des démarches de transition constitue désormais une nécessité et implique de repenser nos manières d’habiter, d’aménager et de coopérer à l’échelle du massif. Répondre à ces défis suppose d’inventer de nouveaux cadres d’action, une ingénierie adaptée, ancrée dans les réalités de terrain. C’est dans cette perspective que l’Agence d’urbanisme Clermont Massif central (AUCM) a engagé une enquête exploratoire pour identifier les besoins des territoires en ingénierie de la transition et préfigurer un réseau des acteurs au service d’une dynamique collective et apprenante. Cette initiative s’inscrit dans le prolongement du Plan stratégique d’adaptation au changement climatique du Massif central, avec l’ambition de forger une culture commune de compréhension et d’adaptation au changement global entre tous les acteurs du massif.

Comment accompagner les collectivités du massif vers une ingénierie à la fois pointue, locale et pérenne, capable de concevoir et de porter des projets face aux défis du changement global ?

De l’enquête de terrain à la structuration d’un réseau d’acteurs de la transition

Une enquête en deux volets

La démarche menée par l’AUCM s’est articulée en deux temps :

  • Un questionnaire diffusé aux collectivités du Massif central pour cerner leurs besoins en matière d’ingénierie de la transition ;
  • Des entretiens avec des réseaux existants, afin d’identifier les bonnes pratiques, les écueils et les leviers pour la constitution d’un réseau territorial adapté.

Les résultats de l’enquête ont été complétés par ceux émanant des rapports nationaux au sujet des besoins en ingénierie des territoires ruraux. Les enseignements de l’enquête ont été, par ailleurs, mis en débat avec les membres du Comité de massif, afin de valider collectivement les orientations et dégager des pistes concrètes d’action.

Ce que révèle l’enquête : des difficultés partagées

A travers le questionnaire proposé aux collectivités du Massif central, élus et techniciens ont avant tout souligné leurs difficultés à obtenir des financements disponibles pour mettre en place des projets en lien avec les transitions. Le foisonnement d’offres de financements et d’outils freine les collectivités dans la mobilisation de ces aides. S’ajoute à cela la complexité administrative dans la constitution des dossiers, véritable défi pour certaines collectivités dont les moyens sont limités. Un des freins majeurs à l’engagement des collectivités dans ces démarches de transition est également le manque de compétences spécifiques sur des thématiques nouvelles et parfois pointues. L’enquête révèle une forte attente des collectivités en matière de formation et d’acculturation. Enfin, mutualiser les expériences, valoriser ces actions et créer des collaborations apparaissent comme des leviers essentiels pour engager tous les acteurs et accélérer les actions en faveur des transitions.

L’identification de ces besoins ont permis de dégager huit leviers structurants pour une ingénierie territoriale de la transition territoriale :

  1. Définir, pour construire un diagnostic partagé du territoire : lors de la phase de définition d’un projet, l’enquête a mis en avant le besoin de connaitre les réalités du terrain pour comprendre précisément les enjeux du territoire et prioriser les actions à mettre en place. La stratégie doit, dans ce cadre, s’appuyer sur des méthodes ajustées aux territoires qui prennent en compte ses réalités socio-économiques et ses capacités réelles.
  2. Se projeter, en pensant le territoire dans sa globalité avec pragmatisme : les projets de transition, faisant appel à des registres très variés, nécessitent une approche large pour disposer d’une vision d’ensemble prenant en compte les multiples impacts du changement global. Il s’agit bien de penser le territoire dans sa complexité et sa globalité, en croisant les approches sectorielles (air, énergie, climat, déchets, mais aussi eau, sol, biodiversité, mobilité…), ainsi que les échelles de temps et d’espaces (exemple : logique amont-aval) sans pour autant perdre de vue la nécessité d’agir.
  3. Trouver des ressources locales indispensables pour répondre au mieux aux enjeux tels qu’ils se posent localement : le manque de moyens alloués en termes de financements et de compétences constitue un frein majeur soulevé dans l’enquête par les collectivités. Les programmes, appels à projets ou appels à manifestation d’intérêt sont très nombreux, mais il est souvent difficile pour les collectivités de s’en saisir. Favoriser l’accès à ces financements et améliorer les compétences sont donc une clé de réussite.
  4. S’assurer de la réalité des transformations à engager par une conception et un management de projet orientés vers l’action : La phase de pilotage et d’animation d’un projet nécessite un pilotage pour activer la prise de décision et passer d’une stratégie porteuse de sens à des actions concrètes en déclinaison. La présence d’un chargé de mission dédié à cette étape peut faciliter sa mise en œuvre.
  5. Valoriser les retours d’expérience, pour apprendre de ses pairs : la valorisation est un besoin essentiel, car elle permet à la fois de mettre en avant des projets inspirants et l’implication motivante des collectivités, mais aussi de capitaliser sur les méthodes et les connaissances et de favoriser l’essaimage.
  6. Evaluer pour progresser : le projet ne s’arrête pas à la mise en œuvre des actions : les expérimentations réalisées doivent être évaluées à plus ou moins long terme. Cette phase nécessite de définir des indicateurs adaptés permettant de suivre et de mesurer de manière dynamique les effets des projets mis en place. Il s’agit pour les collectivités de tirer les enseignements des retours d’expérience, mais aussi d’être soucieuses de l’efficience de leurs actions.
  7. Acculturer pour se préparer collectivement : l’enquête met en avant des besoins en termes de sensibilisation, de formation et d’apprentissages collectifs entre acteurs et territoires. Il s’agit de s’entrainer ensemble pour être prêts face aux aléas.
  8. Mobiliser les acteurs : les démarches territoriales en faveur des transitions doivent s’inscrire dans des logiques de dialogue et de synergie en toutes les parties prenantes, de manière à créer de la confiance, dépasser les situations de blocage, faciliter les coopérations et les partenariats.

Cette ingénierie d’accompagnement couvre les trois phases de montage des projets de transition : la phase amont de conception (leviers 1 et 2), la phase opérationnelle de montage et de mise en œuvre du projet (leviers 3 et 4) et la phase de capitalisation (leviers 5 et 6), complétées par 2 leviers transversaux indispensables (leviers 7 et 8).

Vers un « Réseau des territoires du Massif central en transition »

L’offre d’ingénierie existe sur les territoires. Le « réseau des territoires du Massif central en transition » doit prendre en compte cette diversité d’acteurs pour mettre en place des dispositifs complémentaires. Une des fonctionnalités du futur réseau est d’animer les coopérations et les échanges pour favoriser le partage d’expériences et l’acquisition de savoir-faire, et trouver des solutions collectives aux freins existants à la mise en place de projets de transition. Il est également attendu pour proposer une veille informationnelle sur les outils et acteurs existants, et sur les opportunités de financement. Il s’agira surtout de traduire ces opportunités pour permettre à tous les territoires de s’en saisir. Générer de l’envie est primordial pour assurer le fonctionnement du réseau et sa pérennité. Ce travail de veille sera donc complété par la capitalisation des ressources, outils, acteurs et projets existants pour valoriser l’engagement actuel des territoires et favoriser leur implication future.

Un fonctionnement horizontal permettra d’impliquer davantage les parties prenantes. Les formats doivent être fréquents pour maintenir la dynamique. Les objectifs fixés par le réseau doivent être clairs et les réflexions basées sur des cas concrets, opérationnels, adaptés aux contextes territoriaux du Massif central.

A partir des réponses au questionnaire, des entretiens avec des réseaux existants, des recherches bibliographiques, l’AUCM propose de faire travailler le réseau sur 4 fonctionnalités :

  • Monter en stratégie collectivement, à travers un partage sur des retours d’expériences et l’acquisition de savoir-faire.
  • Activer les opportunités, à travers de la veille informationnelle sur les AMI, les opportunités de financements, les programmes, ….
  • Animer les coopérations, à travers la mise en place de scènes d’échanges, de club, en faisant du lobbying territorial, en faisant vivre la « communauté apprenante ».
  • Intégrer collectivement des savoirs nécessaires, en mettant à disposition des espaces ressources et des boites à outils, en faisant notamment une cartographie des acteurs et des projets.

Un tel réseau devra fonctionner selon des modalités souples et horizontales, s’appuyer sur des formats concrets, ancrés dans les réalités locales, et générer une dynamique d’entraînement collectif, pour donner envie d’agir et d’apprendre ensemble.

Conclusion : Vers une ingénierie de proximité, lisible et partagée

L’enquête menée par l’AUCM s’inscrit pleinement dans les constats du rapport interministériel de juin 2025 sur la rationalisation de l’ingénierie territoriale. Celui-ci pointe notamment :

  • Le manque de lisibilité, de disponibilité et d’accessibilité de l’offre actuelle d’ingénierie territoriale pour les élus avec des opérateurs fonctionnant en silo, qui déploient une offre qui peut apparaître redondante, peu coordonnée, voire concurrente dans le cadre d’AP/AMI.
  • La difficulté des territoires à accéder à une ingénierie de qualité, adaptée à leurs besoins spécifiques.
  • La sous-utilisation des ressources locales déjà présentes avec des programmes nationaux qui prennent trop rarement en compte les ingénieries locales existantes, voire parfois foisonnantes.
  • Le besoin urgent de renforcer l’ingénierie de proximité, notamment en milieu rural où les moyens humains disponibles sont souvent très faibles.
  • L’importance de respecter le principe de subsidiarité et de complémentarité pour garantir un équilibre de l’offre, mais également éviter les effets d’aubaine.

Dans ce contexte, la démarche engagée dans le Massif central ouvre une voie prometteuse : celle d’une ingénierie coopérative, en réseau, à l’écoute des territoires. Loin d’être une simple couche technique, l’ingénierie devient un outil de transformation, à condition qu’elle soit lisible, mobilisable et fondée sur la confiance entre acteurs.

Créer une communauté apprenante, c’est doter les territoires d’un pouvoir d’agir partagé, face aux défis du climat, mais aussi des transitions économiques, sociales et démographiques.

C’est ce pari que porte aujourd’hui l’AUCM, avec ses partenaires, pour faire du Massif central un territoire d’innovation collective et d’adaptation solidaire.