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1 https://aucm.fr/article/quelle-contribution-des-politiques-culturelles-a-la-reorientation-ecologique-des-territoires/
2 https://www.ademe.fr/les-futurs-en-transition/
3 https://aucm.fr/article/quelle-culture-pour-prendre-soin-de-nos-territoires-de-vie/
Expérimentation prospective : s’appuyer sur la culture territoriale pour guider la transformation des collectivités
Notre façon d’habiter, de vivre, de nous lier à ceux et ce qui nous entoure… relèvent de la culture de chaque société et de celle de chaque individu qui s’y inscrit. Face au changement global et aux enjeux tant sociaux, écologiques, climatiques qu’économiques qu’il porte, il nous faut modifier notre logiciel afin de façonner de nouveaux rapports au monde. Ce changement de paradigme culturel permettra d’imaginer et construire des modes d’habiter la Terre à la hauteur des défis à relever.
Dans ce contexte, les territoires doivent devenir des espaces de choix et d’actions : nos cultures se forgent et se transforment par la proximité et les expériences concrètes, vécues sur le terrain. Et puisque les façons dont nous habitons, dont nous prenons soin, dont nous gouvernons sont culturelles, il est légitime de nous interroger ainsi : quel devenir culturel voulons-nous pour habiter dignement, demain, nos territoires en mutation ?
Afin de permettre aux territoires d’y répondre, l’Agence d’urbanisme Clermont Massif central (AUCM) crée un protocole permettant aux collectivités de penser leur transformation par le prisme de leur propre culture territoriale. C’est ainsi que la Communauté de commune du Bocage Bourbonnais et son musée Emile Guillaumin se sont présentés comme terrain d’expérimentation pour la formalisation de ce protocole prospectif. Si cette intercommunalité test se trouve, elle, déjà engagée dans une démarche reliant stratégies territoriales et approches culturelles, le protocole sera amené à être développé et proposé à l’ensemble des collectivités adhérentes dans sa forme finale en 2026.
Le terrain d’expérimentation : La Communauté de Communes du Bocage Bourbonnais et Émile Guillaumin
Le Bocage Bourbonnais, situé dans le département de l’Allier, est un territoire rural qu’une riche tradition agricole a façonné. Face au changement global, le territoire fait part de certaines vulnérabilités : fragilité du vivant et déséquilibres environnementaux, essoufflement du modèle agricole et productif sur lequel le territoire s’est construit, précarité sociale et isolement des populations, notamment des plus âgés.
Dans le cadre d’une réflexion plus générale sur la transformation de son territoire, la Communauté de communes s’est tournée vers l’AUCM afin d’interroger un lieu emblématique qui ne fait aujourd’hui plus sens dans sa forme actuelle : le musée Emile Guillaumin. Il ne s’agit cependant pas de balayer cet équipement ou son contenu pour construire du neuf, mais bien de réinterroger la culture territoriale par le prisme de ce personnage. Figure essentielle du Bocage Bourbonnais, Emile Guillaumin porte, dans ses écrits comme dans sa vie, des éléments dans lesquels le territoire se reconnaît, s’identifie encore aujourd’hui ; des attachements qui serviront de base à l’élaboration de propositions culturelles dans le cadre de notre expérimentation prospective.
Au second semestre 2025, l’AUCM a accompagné une quinzaine d’acteurs du territoire du Bocage Bourbonnais (élus, techniciens, représentants d’associations) dans l’élaboration de propositions culturelles autour de l’héritage d’Émile Guillaumin ; propositions destinées à soutenir le cheminement de la Communauté de communes vers un futur vivable, habitable, par une entrée concrète.
Emile Guillaumin
Paysan-écrivain natif d’Ygrande, observateur attentif de son milieu, Émile Guillaumin est un témoin précieux de la condition rurale dans le Bocage bourbonnais. Son oeuvre éclaire à la fois les luttes paysannes pour la dignité et l’amélioration des conditions de vie, les valeurs de solidarité et de coopération, mais aussi, de façon tant diffuse qu’omniprésente, l’imbrication intime entre humains et environnement.
Son regard constitue aujourd’hui une ressource pour comprendre ce que le territoire a été, ce qu’il est encore, et, par l’application de notre protocole expérimental, ce qu’il pourrait devenir dans un futur choisi.
Origine de l’expérimentation prospective : la constitution de quatre devenirs culturels
A l’automne 2023, l’AUCM entamait une démarche prospective aux côtés d’acteurs culturels locaux, dont l’objectif était d’interroger la possible contribution des politiques culturelles à la réorientation écologique des territoires [1]. Chemin faisant, le groupe s’est emparé des scénarios « Transition(s) 2050 » [2] de l’ADEME et en a proposé une adaptation libre, appliquée au fonctionnement du secteur et des politiques culturelles. En parallèle, le socle théorique sur lequel s’appuyait l’AUCM concernant l’approche culturelle de enjeux de transition s’est structuré, affirmé [3]. Ainsi, la vision présentant l’ensemble de nos manières d’habiter le monde et des rapports que l’on entretient avec lui comme étant des éléments intrinsèquement culturels s’est consolidée. Suivant cet angle, les quatre scénarios ont muté pour devenir quatre devenirs culturels territoriaux envisageables, relevant chacun de choix de société bien distincts et porteurs de valeurs, pratiques, relations et matérialités variées.
L‘expérimentation prospective proposée par l’AUCM consiste alors à réinterroger la culture territoriale à partir d’un lieu, d’un personnage, d’un élément spécifique du territoire — en l’occurrence Émile Guillaumin dans le cas du Bocage Bourbonnais, tout en définissant un cap que la collectivité souhaite suivre via les devenirs culturels.
L’expérimentation prospective en pratique
La rencontre avec les territoires s’est déroulée en deux temps : une première séance dédiée à l’écoute, à la compréhension des enjeux territoriaux, mais surtout, à celle de l’objet culturel identifié par le territoire (un personnage, un lieu, une typicité locale, un évènement…). De ces premiers échanges ont été extraites des informations sur le rapport au vivant, aux ressources naturelles, sur la manière de faire société ainsi que sur la perception des valeurs, des normes, des idées… qui font la culture de ce territoire. Les attachements des personnes à ces diverses composantes ont ensuite été interrogés. Certains attachements relèvent d’éléments à créer ou recréer, d’autres à restaurer. C’est à partir de ceux-ci que la ou les propositions culturelles à venir seront structurées. Les participants ont ensuite été invités à positionner leur territoire dans l’un des devenirs culturels, au regard des attachements identifiés. Dans le cas du Bocage Bourbonnais, la réflexion autour d’Émile Guillaumin montre, entre autres, l’importance de la coopération ou encore de la dignité humaine dans la manière de faire société. Ces éléments constituent les « ingrédients » utilisés lors de la seconde étape pour fabriquer des propositions culturelles traduisant l’attachement à ces valeurs.
Dans un second temps, les éléments fournis par le groupe ainsi que le positionnement du territoire sur la boussole des devenirs culturels ont permis d’imaginer, grâce à une « roue » des propositions culturelles variées, toujours en cohérence avec la culture territoriale définie au préalable. Géographies, temporalités, ambiances… La roue des propositions culturelles a permis aux participants d’envisager un grand nombre d’options, existantes ou à inventer, qui viendront, telles des briques, construire une ou plusieurs propositions culturelles finales.
Afin de conclure cet exercice, les propositions culturelles formulées par les participants au cours de l’atelier ont été rédigées et remises à la collectivité. Cette matière permettra au territoire d’ouvrir des pistes de mise en action future afin de rendre effective l’une ou l’autre des propositions, ou encore d’en explorer une hybridation.
Le protocole finalisé en 2026
Ainsi, repenser notre rapport au monde par le prisme des cultures territoriales apparaît comme une approche porteuse offrant aux collectivités la possibilité de jouer le rôle qui doit être le leur face au changement global. L’expérimentation prospective autour du Musée Émile Guillaumin et sa transformation en une proposition nouvelle est une illustration de ce protocole, dont la méthode reproductible génère néanmoins des résultats profondément ancrés dans les spécificités de chaque territoire.
Alors que s’achève actuellement la phase d’expérimentation, le travail de prototypage et de formalisation du protocole final se poursuit. À l’horizon 2026, celui-ci pourra être déployé plus largement auprès des adhérents de l’Agence et dans des contextes divers, tels que des démarches de revitalisation de centre-bourgs ou encore d’accompagnement de collectivités engagées dans la requalification de leur patrimoine en gestion. Penser ces projets à travers les devenirs culturels qu’ils ouvrent permettra alors d’inscrire l’action publique dans un cadre de transformation plus vaste, accompagnant les territoires vers les futurs qu’ils choisissent, en cohérence avec les enjeux communs qui façonnent notre époque.


