La revue

Le Plan de Mobilité Simplifié de Vichy Communauté : un nouveau cap pour les mobilités

Par Sébastien Reilles, Chargé d"études Mobilités - 20.03.2025

Le 12 décembre 2024, Vichy Communauté a adopté son Plan de Mobilité Simplifié (PdMS), qui vise à définir pour les dix prochaines années les orientations en termes de mobilité.

Vichy Communauté s’étend sur un vaste territoire – 39 communes – regroupant près de 85 000 habitants. Ce territoire est composé d’un cœur urbain autour de Vichy, de 3 pôles d’équilibre (Le Mayet-de-Montagne, Saint-Germain-des-Fossés et Saint-Yorre) et de villages situés en zones périurbaine ou rurale.  La communauté d’agglomération couvre la quasi-totalité de l’aire d’attraction de Vichy, telle que définie par l’INSEE au regard de l’intensité des relations domicile-travail. Dans sa partie Est, un certain nombre de petites communes se situent en zone rurale. Les réponses travaillées dans le cadre du PdMS ont donc dû couvrir une extrême diversité de situations : mobilités urbaines au sein d’une ville densément peuplée (Vichy), mobilité d’échanges entre un pôle urbain d’une ville moyenne et sa périphérie et mobilités en zone peu dense de moyenne montagne.

Le PdMS, outil de planification des mobilités pour les villes moyennes et les territoires ruraux

Dès les années 1980, les grandes agglomérations (plus de 100 000 habitants) se sont dotées de Plan de Déplacements Urbains (PDU) qui visaient à l’organisation du transport des personnes et des marchandises, ainsi que de la circulation et du stationnement. Au fil du temps, ces documents ont participé à la transformation des systèmes de mobilités des grandes agglomérations qui se sont dotées de divers services de mobilité : tramway, bus, parking relais, itinéraires cyclables structurants, ….

Pour les territoires de plus petite taille, plusieurs options étaient possibles : élaborer un PDU volontaire (avec pour corollaire le respect du cadre réglementaire), réaliser un plan s’inspirant des orientations des PDU – désigné sous le vocable de Plan Global de Déplacements – ou encore élaborer un plan de mobilité rurale, selon la définition de la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte (2015).

La loi d’orientation des mobilités (2019) a redéfini les outils juridiques visant à la mise en œuvre d’une politique de mobilité locale en distinguant, d’une part, le plan de mobilité obligatoire pour les grandes agglomérations (ex PDU) et d’autre part, le plan de mobilité simplifié (PdMS), qui est une démarche volontaire, à destination des villes moyennes et des territoires ruraux. Ce document dispose d’un cadre juridique simplifié permettant une plus grande souplesse dans sa déclinaison et une adaptabilité aux enjeux de chaque territoire.

A l’échelle d’une autorité organisatrice des mobilités (qui correspond en général au périmètre d’une agglomération), le PdMS vise à traiter de l’ensemble des mobilités, en prenant en compte les différentes composantes du territoire et en visant à faciliter la mobilité de tous les publics. Ce plan est élaboré dans le cadre d’un dialogue interacteurs incluant notamment l’Etat, la Région, les communes ou encore les territoires voisins avec lesquels des liens fréquents sont entretenus.

Une démarche partenariale pour répondre à de multiples défis

Suite au projet d’agglomération « Agir 2035 », Vichy Communauté souhaitait à la fois accroitre son attractivité territoriale, garantir une meilleure qualité de vie pour tous, lutter contre le changement climatique et reconquérir les bourgs : autant d’enjeux qui rendent nécessaire un questionnement approfondi des mobilités. Le PdMS de Vichy Communauté doit ainsi contribuer à transformer un système de mobilité qui repose actuellement, de façon trop importante, sur le modèle du « tout voiture ». Il s’agit de proposer un nouveau modèle qui permette de répondre à différents défis : accessibilité pour tous les publics, pollution, sécurité, santé ou atténuation du changement climatique.

Vichy Communauté a souhaité confier la réalisation du PdMS à l’Agence d’Urbanisme Clermont Massif central (AUCM). Pour mener à bien ce projet qui dépasse les seules compétences d’une agglomération, Vichy Communauté et l’AUCM ont constitué un comité des partenaires associant des élus communautaires, représentants la diversité des territoires (cœur urbain, pôles d’équilibre, pôles de proximité), et des techniciens de Vichy Communauté, de la Région Auvergne Rhône-Alpes et de la Direction Départementale des Territoires (DDT).

L’élaboration de ce plan est passé par quatre étapes :  l’élaboration du diagnostic, incluant une consultation des habitants via un questionnaire, la définition et le partages des enjeux, l’élaboration du programme d’actions, puis la réalisation du rapport.

Vers des solutions de mobilité adaptées et décarbonées pour chaque habitant et chaque territoire

Le comité des partenaires a défini une ambition générale autour du développement de solutions de mobilité adaptées et décarbonées pour chaque habitant et chaque territoire.

La décarbonation des mobilités passe notamment par des conditions plus favorables à l’usage des modes actifs : développement de la pratique du vélo, plus grande place aux piétons, aménagement des zones à faible vitesse. D’autres actions visent à favoriser le verdissement des parcs de véhicules routiers (renouvellement du parc d’autobus de la collectivité, déploiement de bornes de recharge, …) et à promouvoir de nouveaux usages comme le covoiturage. Cela nécessite d’accompagner les changements de comportements, notamment dans le cadre de Plan de Mobilité des entreprises et d’assurer une plus grande coordination entre les actions des différents partenaires en charge des mobilités.

L’agglomération est attentive à maintenir un équilibre territorial, en menant des projets de mobilité pour l’ensemble des espaces quels que soit leur type. Au sein de Vichy Communauté, il s’agit notamment d’améliorer les transports collectifs (bus et transport à la demande), tout en veillant aux équilibres budgétaires. Dans ce cadre, des optimisations sont à rechercher avec les transports interurbains (car et train), tout en proposant un tarif unique, quel que soit le mode utilisé dans le territoire de l’agglomération. En outre, le renforcement des connexions avec les métropoles voisines est également attendu : un accès facilité à Clermont-Ferrand dans le cadre du futur Service Express Régional Métropolitain (SERM) et des liaisons ferroviaires plus performantes avec Paris et Lyon.

Vichy Communauté souhaitait également mettre l’accent sur le volet solidaire des mobilités. Dans un territoire diffus – en dehors du pôle urbain de Vichy, Cusset, Bellerive – il apparait nécessaire de repenser les services pour répondre aux difficultés de mobilité des séniors, des jeunes et des personnes en situation de précarité économique. Le développement de services « allant vers le domicile » (commerces et services ambulants) ou encore la mise en accessibilité de l’espace public doit bénéficier aux séniors. Le développement d’une autonomie de mobilité par l’usage du vélo (programme d’action ciblant notamment l’apprentissage du vélo à l’école) et des services de transports publics constituent un levier pour les jeunes. Enfin, le développement d’un maillage en « stations mobilité » permettant d’emprunter voiture, voiture sans permis ou vélo ou encore l’instauration d’un transport d’utilité sociale (transport sans but lucratif porté par une association aidant les personnes les plus empêchées en termes de mobilité) visent à apporter des réponses aux publics généralement exclus des mobilités.

Le pari de Vichy Communauté en matière de mobilités reste néanmoins réaliste. La voiture continuera à jouer un rôle notamment pour les déplacements entre communes périphériques ou encore pour les déplacements sur certaines plages horaires. Néanmoins, il s’agit d’aider les habitants, les acteurs économiques, les touristes à réduire leur dépendance à la voiture. Cela ouvre le champ à de nouveaux modèles de mobilité, notamment pour les déplacements au sein des zones périurbaines et rurales. Il s’agira en particulier d’impulser des changements de comportement par rapport à l’usage de la marche ou du vélo au sein de chaque village (rendre agréable et sécure l’usage de ces modes pour se déplacer au sein d’un bourg), d’apporter de nouvelles solutions de mobilité au travers d’un service d’autopartage (maillage du territoire par des « stations mobilité ») ou encore de développer des solutions pour les personnes peu mobiles au travers du transport à la demande et du transport d’utilité sociale. Au-delà de l’évolution des services de mobilité, ce changement dans les pratiques de déplacements dépend des transformations dans la conception des quartiers. Les projets du quartier du Lac à Vichy ou le programme « Petites Villes de Demain » à Saint-Germain-des-Fossés visent à mieux articuler le lien urbanisme / déplacements en proposant une conception plus propice à la proximité entre habitat et service du quotidien d’une part et un accès facile à la mobilité ferroviaire d’autre part.