La revue
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1 https://www.clermontmetropole.eu/fr/preserver-recycler/transition-ecologique/biodiversite/espace-naturel-sensible/

2 Soumis à approbation le 19 décembre 2025

3 https://www.330300rule.com/

4 https://www.who.int/europe/publications/m/item/urban-green-space-interventions-and-health–a-review-of-impacts-and-effectiveness.-full-report

5 https://www.insee.fr/fr/statistiques/8558420

6 https://www.insee.fr/fr/statistiques/8558420#tableau-figure4

7 https://clermont-ferrand.fr/clermont-en-vert-et-pour-tous

8 https://clermont-ferrand.fr/parc-saint-jean-un-nouveau-souffle-pour-le-quartier

9 https://clermont-ferrand.fr/renouvellement-urbain-du-quartier-saint-jacques

10 et de l’application du décret du 27 novembre 2023 de la loi « Climat et résilience »

11 https://geoservices.ign.fr/parcs-et-jardins-ouverts-au-public

12 Le LiDAR (Light Detection And Ranging) est une technologie de télédétection (observation de la terre à distance, à l’aide de capteurs) qui utilise des impulsions laser pour mesurer des distances et créer des cartes 3D détaillées de l’environnement. https://numerique360.banquedesterritoires.fr/glossaire/lidar/

13 https://storymaps.arcgis.com/stories/214f16c90f0c499b8f1167d40311ab43

14 https://www.lafabriquedelacite.com/publications/quel-partage-de-lombre-dans-les-villes-de-demain

15 Décret n° 2022-1673 du 27 décembre 2022 portant diverses dispositions relatives à l’évaluation environnementale des actions ou opérations d’aménagement et aux mesures de compensation des incidences des projets sur l’environnement

3-30-300, Un objectif triple pour la nature en ville

Par Julia Angeletti, Chargée d’études Urbanisme et transition écologique - 08.12.2025

La métropole clermontoise est comme enveloppée de nature : la chaîne des Puys à l’ouest, la vallée de l’Allier à l’est, l’espace naturel sensible du massif des côtes dans le cœur métropolitain [1], … tant de composantes paysagères qui donnent l’impression d’une métropole ouverte sur les grands espaces de nature. Mais qu’en est-il de la nature en ville ? Dans son Projet d’Aménagement et de Développement Durables (PADD), le Plan Local d’Urbanisme métropolitain [2] fait le constat d’un manque de nature en ville, et d’un « nouvel équilibre à rechercher pour permettre aux habitants d’accéder facilement aux grands espaces naturels, mais également à des lieux de nature de proximité ». Alors comment objectiver la place de la nature dans les villes et hameaux de la métropole ? En réponse à cette question posée par le service urbanisme de la Métropole, l’AUCM a produit une série d’indicateurs basés sur une « règle » qui a déjà fait ses preuves : celles du 3-30-300 [3], pour 3 arbres visibles depuis son habitation, 30% de surface arborée dans son quartier ou sa ville, et 300 mètres pour rejoindre l’espace vert public le plus proche. Ces indicateurs permettent de poser un T0 et d’identifier les dynamiques de renaturation accélérées par la mise en place du futur PLU métropolitain, qui intègre la renaturation dans ses pièces réglementaires. Au travers de cet article, l’AUCM revient sur la méthode et les premiers enseignements.

Le maillage des parcs publics de la métropole, des lieux de proximité pour la biodiversité

Les espaces verts de proximité peuvent être des îlots de biodiversité, de calme et de fraîcheur en période estivale… mais qu’en est-il de leur accessibilité ? L’OMS, dans une publication de 2016 [4], estime que tout habitant devrait se situer à une distance raisonnable de 300 mètres d’un espace vert, soit 5 minutes de marche. Cette distance idéale fait désormais référence, avec les travaux du chercheur Cecil Konijnendijk, à l’origine de la règle 3-30-300, et plus récemment avec une étude de l’INSEE portant sur l’accès aux espaces verts dans les grands centres urbains [5]. Cette étude montre d’ailleurs que 44.3% de la population de Clermont-Ferrand est à moins de 300 mètres d’un espace vert, un taux inférieur à la moyenne des 72 grands centres urbains étudiés, portée à 52,4% [6]. Pour des études portant sur un panel important de communes, le calcul des 300 mètres est généralement effectué sur la base d’un parcours linéaire, depuis le centre du parc, sans tenir compte des contraintes urbaines ni des entrées des parcs. L’AUCM a donc proposé une méthode différente : déterminer la proportion d’habitants résidant à moins de 10 minutes à pied de l’entrée d’un parc. Le calcul se base sur des isochrones, qui déterminent le plus court chemin en tenant compte des contraintes rencontrées sur le terrain, telles que des voies ferrées ou un alignement continu de bâtiment. Cette méthode est bien plus réaliste, et elle est d’autant plus pertinente que la municipalité de Clermont-Ferrand a pris un engagement en début de mandat : que chaque clermontois ait accès à un espace vert en moins de 10 minutes à pied de son domicile ou de son lieu de travail [7]. L’Agence a ainsi calculé qu’en 2024, 75% des clermontois étaient à moins de 10 minutes à pied d’un espace vert public. Mais ce chiffre va évoluer avec l’ouverture récente du parc Saint-Jean [8] ainsi que l’ouverture du parc Saint-Jacques début 2026 [9]. L’outil développé par l’AUCM permet d’ailleurs de simuler l’impact d’un nouveau parc sur la proportion de population concernée par cette offre.

À l’échelle de la métropole, le centre de Clermont Ferrand concentre le plus grand nombre de parcs urbains, mais certaines communes périphériques, comme le Cendre et Cournon d’Auvergne, offrent aussi des parcs publics qui maillent leur territoire. Ainsi, 66% des habitants de la métropole sont à moins de 10 minutes à pied d’un parc public, et si le calcul tient compte des petits squares, elle exclut évidemment les espaces verts privés, qui contribuent également au maillage d’espaces refuges pour la nature. Au total, 78 parcs et jardins publics ont été recensés sur la métropole : près de la moitié font plus de 0.5 hectare, seuil retenu pour la règle du 3-30-300 mais qui n’a pas été retenu pour mettre ici en valeur aussi les petits squares dont le rôle social n’est plus à démontrer. L’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN) a d’ailleurs récemment produit une base de données couvrant spécifiquement les parcs et jardins ouverts au public, pour répondre aux exigences des objectifs de zéro artificialisation nette (ZAN) [10]. Ce jeu de données [11], en accès libre, offre des perspectives intéressantes pour répliquer la méthode de l’AUCM sur d’autres secteurs urbanisés du Massif central. Enfin, les calculs sont effectués dans l’enveloppe urbaine, et le choix a été fait de ne pas tenir compte de l’accès aux espaces naturels (plaines, forêts, …), car bien que de qualité, ces espaces sont généralement inaccessibles aux publics les plus fragiles, comme les personnes à mobilité réduite.

 

La surface arborée, une trame indispensable

Si les parcs peuvent être des îlots de refuge pour la biodiversité, la surface arborée crée une trame indispensable au passage de la petite faune. Cet indicateur est partagé par de nombreuses collectivités car il permet d’objectiver la place de la nature en ville tout donnant de la valeur aux arbres matures. Les jeunes arbres ont en effet une surface de canopée peu développée et n’offrent ni l’ombrage, ni la fraîcheur, ni la continuité écologique permise par les sujets les plus anciens.

Pour réaliser ce calcul, l’AUCM a de nouveau centré son analyse sur l’enveloppe urbaine, car il est bien question de nature en ville, et non d’espaces naturels aux portes de la ville. Ainsi, à l’échelle des 21 communes de la métropole, la surface arborée est de 22%, mais ce chiffre cache des disparités importantes. Seules sept communes de l’ouest métropolitain atteignent le seuil des 30% d’espaces arborés. Dans l’enveloppe urbaine des communes pavillonnaires de l’est, les arbres restent peu présents (entre 15 et 25%), et la ville de Clermont Ferrand, malgré 509 ha de couvert arboré dans l’enveloppe urbaine, n’atteint pas les 30% d’espaces arborés (22%). Néanmoins, les communes qui ont les plus faibles taux de surfaces arborées sont également celles qui concentrent les zones d’activités commerciales. A l’inverse, les communes qui présentent les taux les plus importants de surfaces arborées sont aussi celles qui sont le plus concernées par un étalement pavillonnaire dont le développement s’est fait en gagnant des terrains sur les forêts de la chaîne des Puys. La méthode ici déployée comprend également un biais technique, puisque l’identification des surfaces végétales s’est faite à partir des orthophotographies infrarouge (IRC) et de l’analyse de la hauteur de la végétation issue du LIDAR [12] pour supprimer la végétation basse et ne garder que la végétation supérieure à 1,5 m de haut.
La classification imposée par le LIDAR tend donc à intégrer dans les calculs une végétation intermédiaire, non arborée, réhaussant les scores obtenus par les communes. Ce biais sera corrigé dans les futures actualisation des cartes.
Les données sont produites pour une maille carrée de 200 mètres de côté afin de réaliser aisément des croisements avec des données socio-démographiques, elles-mêmes calculées sur cette même maille géographique. Cette méthode offre de nouvelles perspectives, en identifiant par exemple des zones de défaveur sociale qui seraient par ailleurs caractérisées par un faible taux de couvert arboré. Cette réflexion n’est pas sans rappeler le mouvement nord-américain de « shade equity »[13], où d’accès équitable à l’ombrage, qui promeut l’importance des arbres dans les quartiers concernés par des facteurs de défaveur sociale, en le reliant très justement à la problématique de la chaleur estivale, très marquée dans ces quartiers minéralisés.

L’ambiance verte, une nouvelle façon de mesurer la place de la nature en ville

La règle du 3-30-300 s’intéresse tout autant aux arbres que l’on voit depuis notre fenêtre, qu’aux espaces verts visibles au plus loin. Si l’exercice est relativement simple à l’échelle d’une ville ou d’un quartier, il se complexifie à l’échelle d’un bâtiment, sans base de données sur le patrimoine arboré public et privé. Mais comment déterminer quels sont les bâtiments qui ont la chance d’avoir vue au moins sur trois arbres, tout en conservant cette logique de calculs réalisés sous forme de maille ? Pour répondre à cette problématique, l’AUCM a développé une méthode permettant d’approximer la nature visible depuis chaque point de la métropole, en repartant d’une maille de 50 mètres de côté, celle qui caractérise nos jardins et notre environnement de proximité. Le point de départ de cet indicateur relève de l’espace perçu, l’espace « sensible » : quelle ambiance végétale est perçue dans l’environnement de vie principal ? Pour cartographier cet indicateur sensible, les calculs tiennent compte des surfaces arborées et herbacées dans des rayons successifs de 50m, 50m à 150m et enfin 150m à 300m. À cela est ajouté l’impact de la densité et de la hauteur du bâti, qui masquent la végétation dans notre champ de vision.La carte produite reflète assez bien la réalité puisque l’ambiance végétale est meilleure à l’ouest mais plus dégradée sur l’axe nord/sud dans les zones à dominantes économiques. Le plateau central clermontois est aussi nettement visible, tout comme la plupart des cœurs historiques des communes de la métropole enserrés dans des tissus avec une meilleure ambiance verte. En plus de mettre en évidence des phénomènes de densité urbaine et de faiblesse du couvert arboré dans les zones d’activités, cette méthode permet là encore de simuler l’effet d’un projet urbain, d’une orientation d’aménagement (OAP) ou d’une règle induite par l’application du PLU métropolitain. Il serait intéressant de coupler cette carte avec celle de l’ambiance thermique, réalisée en 2019 par l’AUCM, car la densité urbaine crée aussi de l’ombre, indispensable en période estivale [14].

La règle du 3-30-300 offre un nouvel éclairage sur le territoire clermontois. La méthode déployée par l’AUCM offre tout autant un T0 pour caractériser la nature des espaces urbanisés avant la mise en application du PLU métropolitain, qu’un outil de simulation des projets d’aménagements et des futures évolutions du document d’urbanisme. Ces indicateurs sont aussi un pas de côté, en proposant une approche complémentaire à l’évaluation obligatoire du PLU métropolitain. Enfin, cette application du 3-30-300 au territoire clermontois est une première brique pour réaliser des croisements avec des données de chaleur en ville, de santé, de précarité, … voire pour identifier les zones préférentielles pour la renaturation, en lien avec les disponibilités foncières [15]. L’AUCM, impliquée sur la question de la sobriété foncière, a produit en 2024 une cartographie de la perméabilité des sols, une donnée qui pourrait être mobilisée pour identifier des secteurs à renaturer.