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Faire territoire à toutes les échelles : La feuille de route 2026 de l’AUCM

2026, une année de consolidation et de transmission

L’année 2026 s’ouvre pour l’AUCM comme une séquence charnière à double titre. Elle marque d’abord une étape de consolidation. Consolidation de son ancrage à l’échelle du Massif central, où l’Agence affirme sa capacité à déployer des accompagnements adaptés aux enjeux des territoires urbains, périurbains et ruraux. Consolidation également de ses fondamentaux d’expertise – foncier, habitat, dynamiques sociales, économie territoriale, planification – qui constituent le socle de son utilité auprès des adhérents. Consolidation, enfin, de la reconnaissance de la valeur ajoutée de ses analyses sur les questions de transitions, d’adaptation au changement climatique, de soin apporté aux milieux et aux populations, ou encore de la place de la culture dans les trajectoires territoriales.

Mais 2026 est aussi une année de transmission. Les élections municipales renouvellent les équipes et les feuilles de route politiques. L’Agence ajustera ses pratiques, ses programmes et ses protocoles de travail aux attentes et priorités fixées par ses nouveaux élus.

Dans la continuité de 2025, le programme de travail partenarial 2026 s’organise autour de sept axes structurants. Il représente 56 lignes d’étude mobilisant plus de 3 000 jours d’intervention opérationnelle. Cet investissement en ingénierie publique est la condition d’une action territoriale robuste. À ces temps directement consacrés aux projets s’ajoutent des jours consacrés aux fonctions support, qui constituent l’infrastructure stratégique de l’Agence : administration, ressources humaines, finances, mais également valorisation des productions, participation aux réseaux et développement partenarial.

Construire des projets territoriaux adaptés aux vulnérabilités

Le premier axe, dédié à la construction de projets territoriaux adaptés aux vulnérabilités, constitue un pilier historique de l’AUCM. Il se déploie à toutes les échelles.

À l’échelon intercommunal, l’Agence intervient sur des projets de territoire et des PLUi, en apportant notamment son expertise sur les volets santé et habitat, ainsi que sur les plans climat, avec par exemple la révision de la feuille de route des transitions de la Métropole. À l’échelle des bassins de vie, elle contribue à la révision du SCoT du Grand Clermont. À l’échelle du Massif central, elle participe à la révision du schéma de Massif.

Au-delà de la planification au sens strict, cet axe affirme le rôle de l’Agence comme ingénierie territoriale d’adaptation au changement climatique. Il s’agit d’outiller les territoires face aux vulnérabilités écologiques, sociales et économiques, en articulant diagnostic, prospective et accompagnement opérationnel.

Œuvrer à la sobriété foncière et à la régénération des milieux

La sobriété foncière et la régénération des milieux constituent un prolongement direct de cette ambition. Depuis la loi Climat et Résilience, l’objectif de zéro artificialisation nette transforme en profondeur les pratiques d’aménagement. Il ne s’agit plus d’étendre, mais de transformer et de recycler.

Les travaux 2026 s’inscrivent dans une double temporalité. Rétrospective d’abord, avec l’observatoire de la sobriété foncière conduit avec la Métropole et l’actualisation d’études sur les friches de Thiers Dore et Montagne. Prospective ensuite, avec l’accompagnement d’un projet de renaturation à Thiers et la capitalisation d’une démarche ZAN post-2030 conduite avec Urba 4, la DREAL et le SGAR. L’Agence contribue ainsi à faire émerger une culture partagée de la transformation des sols, conciliant habitabilité et préservation des milieux.

Améliorer la qualité du logement et des espaces de vie

L’habitat et la vitalité des centres-villes et centres-bourgs sont à la fois des leviers de cohésion sociale et des outils majeurs de transition écologique.

L’Agence agit d’abord par la production de connaissance, grâce au déploiement d’observatoires dédiés à l’habitat, au logement locatif et aux logements étudiants. Elle accompagne également les intercommunalités dans leurs démarches programmatiques, notamment à travers les plans locaux de l’habitat (PLH), en intervenant en phase de bilans ou d’élaboration de nouveaux programmes. Elle intervient enfin en amont de l’opérationnel pour prendre soin des centralités, à travers des études ciblées comme le secteur de Montferrand, l’appui aux conventions d’Opération de Revitalisation du Territoire (ORT) ou l’animation d’espaces d’échanges départementaux.

Soutenir les populations et espaces fragiles

Cette logique de « prendre soin » irrigue également le soutien aux populations et aux espaces fragiles. Comprendre les modes de vie et les manières de faire société est une responsabilité centrale de l’Agence. Ses travaux prévus en 2026 sur les portraits sociaux communaux, l’évaluation des contrats de ville, les transitions démographiques – vieillissement, petite enfance, égalité femmes-hommes – éclairent les politiques publiques à venir.

L’AUCM est par ailleurs reconnue comme un acteur clé de la santé-environnement, notamment à travers des démarches d’urbanisme favorable à la santé conduites avec l’appui de l’Agence régionale de santé (ARS). Cette approche relie aménagement, inégalités sociales de santé et qualité des environnements de vie, dans une vision intégrée de l’habitabilité.

 Favoriser les mobilités décarbonées

La mobilité constitue un facteur essentiel d’équilibre territorial et un levier de transition. En 2026, l’Agence poursuit son accompagnement du déploiement du Service Express Régional Métropolitain (SERM) Clermont Auvergne, notamment sur l’aménagement des quartiers de gare et l’amélioration globale de la desserte territoriale, en intégrant pleinement les mobilités actives.

Elle appuie également le SMTC dans l’exploitation de l’enquête ménage EMC², le suivi et la révision du plan de mobilité, avec une attention particulière à l’accueil et à l’acculturation des nouvelles assemblées élues.

Contribuer à l’émergence de modèles économiques résilients.

La question des modèles économiques résilients mobilise également l’Agence en 2026. Avec ses partenaires, l’AUCM explore de nouvelles approches pour une économie adaptée aux enjeux contemporains, qu’il s’agisse de secteurs ciblés tels que l’industrie du futur, les industries culturelles et créatives et le tourisme, ou d’approches plus transversales à travers la feuille de route économique de la Métropole et l’analyse des métabolismes métropolitains.

Sur ce dernier point, en 2026, l’AUCM sera engagée avec l’ensemble des adhérents sur la résilience économique des systèmes territoriaux, à partir d’une analyse croisée des flux de richesse et de matière dont ils dépendent. L’objectif est d’identifier vulnérabilités et leviers d’action, afin de renforcer la robustesse des territoires face aux chocs à venir.

Forger une culture commune de l’habiter

Cet axe est le plus doté en nombre de jours prévus. Il traduit la singularité de l’AUCM : croiser culture, prospective et adaptation pour transformer durablement les pratiques.

La dimension apprenante se traduit par la mise en œuvre de démarches d’adaptation et d’outils innovants dans le cadre de la mise en œuvre du PLUi métropolitain. La dimension culturelle s’incarne dans des travaux croisant culture et transition, ainsi que dans une programmation culturelle d’envergure, « Prairies nomades », déployées dans le cadre de l’année internationale des parcours et du pastoralisme.

Cet axe porte également une dimension écosystémique et prospective à travers une réflexion visant à construire une vision partagée autour de l’accès à la ressource en eau, condition de robustesse des territoires.

Cet axe travaille les représentations autant que les projets. Il part du principe que les transitions sont aussi des récits à construire collectivement, et que la culture constitue un levier majeur d’appropriation.

Une ingénierie au service des territoires et des coopérations

Au-delà des thématiques, le programme partenarial 2026 de l’Agence affirme une manière d’agir. L’AUCM intervient à toutes les échelles, de la friche à l’îlot, du quartier à la commune, de l’intercommunalité au Massif central, dans des contextes ruraux, périurbains et urbains. Elle mobilise des approches quantitatives, mais aussi qualitatives, inscrites dans le temps long et est attentive aux dynamiques d’évolution des territoires.

Elle assume une dimension pédagogique faite de sensibilisation, d’acculturation et de mobilisation dans la durée de groupes-projets. Elle privilégie des méthodes intégrées, systémiques et prospectives, capables d’articuler culture, eau, soin, métabolisme territorial ou sobriété foncière dans des démarches situées, itératives et solidaires.

En 2026, l’AUCM ne se contente donc pas de déployer un programme d’études. Elle réaffirme une ambition : accompagner les territoires du Massif central dans la construction de trajectoires robustes, solidaires et désirables, en conjuguant expertise, coopération et capacité d’adaptation.

Quand la coopération européenne nourrit l’égalité femme-homme : l’expérience FEMACT-Cities

C’est une constante planétaire. Les droits humains ne sont jamais acquis : ceux qui ont été conquis hier et qui semblaient assurés peuvent être remis en question aujourd’hui, voire anéantis demain. Les femmes occupent une position particulièrement vulnérable dans ce contexte fluctuant. Aux injustices sociétales et économiques qui perdurent en leur défaveur, se cumule l’impact du changement global, qui touche plus durement les individus en situation de fragilité.

L’adaptation au changement climatique, la nécessité d’engager une « transition juste », et plus fondamentalement la quête d’une société apaisée où femmes et hommes bénéficieraient des mêmes droits, mettent au défi les politiques publiques sur leur capacité à accompagner et maintenir la marche vers l’égalité. Si les efforts au plan national semblent un socle indispensable à l’enracinement d’une culture partagée de l’égalité, ils restent indissociables de politiques de proximité, ancrées dans les réalités plus quotidiennes.

Comment réduire durablement les inégalités femme-homme à l’échelle d’un territoire comme la métropole clermontoise ? Comment capitaliser sur l’expérience d’autres territoires, et formuler une feuille de route qui réponde aux spécificités locales ? La recherche d’un logiciel robuste en matière d’égalité a motivé Clermont Auvergne Métropole à devenir cheffe de file du réseau européen FEMACT-Cities dans le cadre du programme URBACT. Un pari sur la coopération et l’intelligence collective pour lequel l’Agence d’urbanisme Clermont Massif central (AUCM) l’a accompagnée. L’occasion d’expérimenter et d’analyser les leviers possibles localement vers davantage d’égalité.

Aborder la complexité de l’égalité femme-homme à l’échelle locale

L’analyse et la promotion de l’égalité femme-homme s’inscrivent dans une approche systémique. Inégalités scolaires, professionnelles, violences sexistes et sexuelles, stéréotypes, s’établissent dans un schéma d’interdépendances qui implique la mobilisation de l’ensemble des champs politiques. L’édition 2024 des « Chiffres-clés : Vers l’égalité réelle entre les femmes et les hommes » publiée par Le ministère chargé de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations [1] illustre cette imbrication, et met en lumière la complexité d’embrasser un tel sujet : impulser un changement significatif en matière d’égalité exige une collaboration intersectorielle, interterritoriale et interculturelle au long cours.

Le contexte national volontariste, avec un Plan interministériel pour l’égalité entre les femmes et les hommes 2023-2027  [2] qui inscrit les enjeux d’égalité au centre de l’action publique, semble un terrain favorable pour déployer cette approche intégrée. Cependant, si de façon générale ce plan d’Etat définit des axes et mesures bien identifiés autour de la lutte contre les violences faites aux femmes, la santé des femmes, l’égalité professionnelle et économique et la culture de l’égalité, nul mode d’emploi préétabli ne s’offre à la collectivité qui souhaite s’emparer du sujet de l’égalité.

Quelles priorités, quelles méthodologies, quelle gouvernance et finalement, quelle feuille de route pour engager un territoire et ses diverses parties prenantes vers davantage d’égalité et d’émancipation ? La méthode URBACT offre l’opportunité aux collectivités d’explorer les possibles et de s’inspirer au-delà des frontières, dans une logique de compagnonnage, avec l’aide de nombreux experts.

S’appuyer sur la coopération interculturelle et le partage de savoirs pour explorer les possibles : la méthode URBACT 

Depuis 2002, le programme de coopération URBACT – actuellement URBACT IV, qui s’inscrit dans la programmation 2021-2027 du FEDER [3] – permet aux villes d’échanger leurs expériences, leurs idées et leurs bonnes pratiques en matière de développement urbain au sein de réseaux thématiques et transnationaux. L’objectif de ces réseaux est de concevoir ensemble une réponse collective à des défis communs, tout en adaptant les solutions à des spécificités locales. URBACT propose ainsi aux collectivités de toute l’Europe de faire partie d’un réseau constitué de 7 à 10 collectivités, qui partagent une problématique sur le développement urbain : gouvernance participative, planification urbaine, économie locale, changement climatique, cohésion sociale, etc.

URBACT propose 3 types de réseaux, parmi lesquels les réseaux de planification d’action, dont l’objectif est de produire en deux ans un plan d’action intégré, applicable localement. La méthode URBACT, basée sur la coopération, la participation citoyenne et l’apprentissage par l’action, permet à chaque collectivité associée de trouver des solutions concrètes pour son territoire, de s’inspirer des pratiques et expériences entre pairs en Europe, de renforcer ses compétences, d’intégrer une communauté de travail européenne, de se faire connaitre en France et en Europe. Un expert du Secrétariat URBACT apporte une aide précieuse à chaque réseau dans sa réflexion, ses méthodes de travail et la conception de son plan d’action.

En réponse à des problématiques transversales telles que l’égalité femme-homme, l’outil semble particulièrement adapté pour bâtir une stratégie locale sur mesure. La dynamique interculturelle, combinée à l’implication du tissu local – fondamentaux de la méthode URBACT – apparaissent ainsi comme de sérieux atouts pour résoudre l’équation de l’égalité femme-homme sur le territoire de la métropole clermontoise.

Clermont Auvergne Métropole, cheffe de file du réseau européen FEMACT-Cities

Clermont Auvergne Métropole a souhaité porter auprès de la Commission Européenne le projet FEMACT-Cities, dont elle est devenue cheffe de file de 2023 à 2025. Ce projet, qui réunit 8 territoires associés aux enjeux socio-économiques très différents – Clermont Auvergne Métropole, Szabolcs 05 (Hongrie), Postojna (Slovénie), Cracovie (Pologne), Cluj -Napoca Métropole (Roumanie), Région de Coimbra (Portugal), Comté de Skåne (Suède) et Turin (Italie) – vise un objectif partagé : améliorer la qualité de vie des femmes et assurer leur liberté individuelle sur chacun des territoires. A travers un parcours de deux années, il revient à chaque territoire de préciser ses propres enjeux et thématiques de travail, définir sa stratégie, pour finalement formuler un plan d’action détaillé.

Être cheffe de file d’un tel réseau appelle une triple nécessité de la part de Clermont Auvergne Métropole. Il s’agit d’une part de constituer, de fidéliser et d’animer un « groupe local » composé de représentants du monde associatif, institutionnel, économique, fédérés autour de la promotion de l’égalité femme-homme. Ce groupe nourrira par ses travaux la conception d’un plan d’action à l’échelle métropolitaine. Il s’agit d’autre part d’articuler ces travaux localisés à une dynamique européenne d’échanges, de partages d’expériences et à une réflexion commune autour du rôle des collectivités et des leviers à leur disposition pour favoriser l’égalité. Enfin, le but du réseau est de valoriser au fil de l’eau ses travaux et ceux de chacun de ses membres, non seulement à l’échelle locale, mais aussi nationale et européenne. Parallèlement, chaque réseau est invité à entretenir des échanges avec d’autres réseaux URBACT, afin d’amplifier encore davantage l’émulation et le partage d’expériences.

Aux côtés de Clermont Auvergne Métropole, l’AUCM s’intègre comme un maillon d’une chaine multi-acteurs qui contribuent chacun à nourrir l’intelligence collective et ses déclinaisons opérationnelles. L’Agence s’implique plus spécifiquement sur l’animation du « groupe local » FEMACT-Cities en concevant un parcours d’ateliers qui guident peu à peu l’analyse, la réflexion collective et la formulation de propositions susceptibles d’amplifier l’égalité sur le territoire. Elle coordonne par ailleurs la valorisation et la communication des travaux du réseau et de ses membres à différentes échelles, en relation avec les 8 territoires européens associés.

Nourrir une culture commune de l’égalité femme-homme à travers un réseau métropolitain

La diversité des problématiques retenues par les membres du réseau FEMACT-Cities pour structurer leur plan d’action [4]– de l’éducation aux transports publics, de la prévention des violences à l’approche patrimoniale, de la mobilité en milieu rural à la gouvernance multi-acteurs – illustre la variété des choix politiques possibles en faveur de l’égalité de genre. Comparativement à ses homologues européens, Clermont Auvergne Métropole semble emprunter une voie médiane originale. Après avoir opté pour une entrée en matière multi-thématique en 2023 – émancipation, intégrité, autonomie, mobilité – les réflexions de l’écosystème clermontois, incarné par un groupe local fidèle et tenace d’une vingtaine de personnes, se sont peu à peu recentrées sur les modalités et leviers de la coopération en tant que telle. Sur un territoire où les initiatives dédiées à l’égalité femme-homme sont déjà nombreuses et variées, comment amplifier, accompagner et coordonner à moyen terme les actions pour leur donner une portée significative ? Comment faire en sorte que la culture de l’égalité essaime sur l’ensemble de la métropole et face office de logiciel commun aux sphères associatives, institutionnelles, économiques et citoyennes ?

Deux aspects ont émergé des travaux du groupe local FEMACT-Cities, qui structurent le plan d’action formulé par Clermont Auvergne Métropole fin 2025. D’une part, le besoin essentiel de suivre et connaitre la situation de l’égalité sur le territoire pour concevoir et ajuster les différents dispositifs dédiés. Mesurer pour comprendre. Comprendre pour agir, collectivement. Une boussole à construire, qui pourrait prendre la forme d’un observatoire combinant collecte de données, analyses, animation d’une réflexion pluri-acteurs et d’un partage des savoirs autour des grands enjeux d’égalité sur le territoire. D’autre part, le besoin de mise en réseau des nombreuses initiatives locales. Un réseau pour partager et relier les expériences, coordonner les propositions, et rendre visible les enjeux de l’égalité femme-homme auprès des habitants et acteurs du territoire.

Du plan d’action à sa mise en œuvre

Alors que le processus URBACT touche à sa fin, quelles suites possibles ? A l’issue de deux années d’un cheminement collectif multi-échelles, la métropole clermontoise est aujourd’hui forte d’un groupe d’acteurs locaux engagés et résolus à poursuivre les travaux pour faire vivre le plan d’action. La signature officielle de la « Charte pour l’égalité femme-homme dans la métropole clermontoise », en présence de Cyril Cineux, Vice-Président en charge de la Démocratie participative, des Relations aux usagers, de la Citoyenneté, de l’Égalité et de la Concertation et évaluation des Politiques publiques, en juillet 2025, introduit cette envie partagée dans l’espace public. Une première marche vers une culture métropolitaine de l’égalité semble en ce sens franchie, que Clermont Auvergne Métropole a su valoriser vis-à-vis de ses partenaires européens. Sur cette base encourageante, la mise en pratique du plan d’action métropolitain et son ancrage à moyen terme, sur le terrain, restent un objectif à atteindre. Outre l’urgence de répondre aux inégalités et situations de violences qui perdurent, ce plan, traduit en actes, pourra contribuer à renforcer les capacités du territoire à répondre aux nombreux défis liés au changement global.

Pas d’adaptation locale au changement global sans coopération ni expérimentation interterritoriale: la raison d’être d’une agence d’urbanisme

Bien Habiter localement dans un monde de plus en plus instable et incertain

L’Agence d’urbanisme de Clermont agit dans un contexte de profondes transformations. Si la situation n’a rien d’original — elle affecte les espaces de vie et les milieux de la planète entière — elle oblige néanmoins, à chaque échelle locale, à se mobiliser pour y faire face. Engager ce que nous appelons aujourd’hui des “transitions” requiert d’affronter collectivement une série d’instabilités structurelles qui redéfinissent nos cadres d’analyse et d’intervention. Ces instabilités ne se limitent pas aux dimensions climatiques ou environnementales, ni à celles en cours d’explosions économiques et géopolitiques. Elles concernent tout autant les équilibres sociaux et politiques que les représentations et les affects. En un mot, toutes les relations qui conditionnent nos conditions, et possibilités, de cohabitation dans nos territoires de vie. 

Cette instabilité généralisée prend donc plusieurs formes, qui ne se juxtaposent pas, mais s’entrelacent et se cumulent. Elle est d’abord écologique et spatiale : les environnements de vie se modifient rapidement, parfois irréversiblement, remettant en question l’habitabilité même de certains territoires. Ces transformations affectent nos manières de voir et de penser, produisant une instabilité cognitive et symbolique : les repères collectifs s’effacent, les récits hérités vacillent, les finalités de l’action publique se brouillent. Comme le souligne Donna Haraway, ce n’est pas seulement le monde qui devient trouble, mais nos cadres d’analyse eux-mêmes. Cette perte de lisibilité s’accompagne d’une instabilité politique et sociale : les tensions s’aiguisent, les inégalités se creusent, les usages du territoire se confrontent, les formes de coopération se fragilisent. Là où l’on pensait que la rareté favoriserait les rapprochements — la « sobriété » foncière dans le cadre du ZAN en est emblématique — on observe au contraire un repli sur soi qui accentue encore les vulnérabilités. 

Au cœur de ces déséquilibres, une instabilité sensible et affective se manifeste : sentiment d’impuissance, peurs diffuses, mais aussi perte d’attachements ordinaires — ces liens discrets, quotidiens, souvent invisibles, qui faisaient tenir ensemble les lieux, les personnes et les usages. Il est peu de dire que ces instabilités produisent du trouble. Elles bousculent les cadres établis, mais elles ouvrent aussi des possibles. Encore faut-il savoir les entendre, les formuler, les travailler. C’est précisément là que réside le rôle d’une agence comme la nôtre : ne pas contourner l’incertitude, mais en faire le point de départ d’une modalité d’accompagnement de l’action publique lucide, située, partagée. 

Les nouvelles conditions d’exercice des métiers de l’urbanisme et de l’aménagement

Ces mutations n’affectent pas seulement les territoires. Elles transforment en profondeur les conditions mêmes d’exercice du métier d’urbaniste et d’aménageur. Elles obligent à repenser les savoirs, les postures, les modes de faire, les « expertises », les conditions mêmes d’intervention. 

Épistémologiquement d’abord : les connaissances disponibles ne suffisent plus à appréhender la complexité et l’instabilité actuelles. Les savoirs sont hétérogènes, situés, parfois contradictoires. Il ne s’agit plus de produire une vérité stabilisée, mais de rendre visible et créative la diversité des perspectives. Il s’agit aussi d’être en mesure de mobiliser une multiplicité d’expertises — scientifiques, pratiques, d’usage — qu’aucune structure seule n’est aujourd’hui capable d’intégrer. Le recours au partenariat est devenu aussi indispensable que difficile à mettre en œuvre, dans un monde optimisé, où le temps manque à chaque institution pour prendre du recul, se questionner et a fortiori coopérer. Dans un monde qui a érigé la compétition et le marché en modèle, la coopération qui suppose confiance et don/contre don peine à exister. 

Déontologiquement ensuite : il faut assumer une posture plus modeste, plus réflexive, plus attentive aux asymétries de pouvoir et aux inégalités d’accès à l’expression, à la diversité composant les communautés territoriales. Le mythe du grand récit et du sauveur a la vie dure. Il ne s’agit plus seulement de s’inscrire dans une vérité unique surplombante et héroïque, de la traduire et de l’appliquer, mais d’écouter, de relier, de partager, de faire converger une multitude de petits récits performatifs, d’alliance en actes autant qu’en mots. Là encore, la modernité et son productivisme effréné deviennent un frein malgré les promesses numériques. Face à l’injonction de faire mieux avec moins — moins de temps, moins de ressources, moins de distance, moins de bienveillance — quelle posture inventer localement et collectivement pour préserver un espace de travail plus ouvert, assurément plus créatif, et moins “productif” au sens court-termiste de la modernité tardive? 

Mais la transformation est aussi très concrète. Elle est fondamentalement pratique. Elle appelle un renouvellement des formes d’intervention : sortir des logiques de commande, éviter les réponses standardisées, assumer des démarches longues, progressives, inscrites dans la durée et la proximité. Moins les plans définitifs que des processus continus, itératifs et intégrateurs. Car coconstruire, coproduire, collaborer, cohabiter ne relève pas du seul discours managérial et politiquement correct, ni du marketing vert. Ce sont des investissements à part entière – et non du fonctionnement auquel on les ravale dans nos logiques comptables courantes – pour se donner collectivement la capacité de faire face. Ce travail demande du temps, de la présence, de la confiance, une attention soutenue aux contextes, aux dynamiques locales, à ce que lie davantage qu’à ce qui délie. 

Cette transformation du métier affecte évidemment les professionnels eux-mêmes. Les équipes de l’Agence sont traversées par les mêmes incertitudes que les acteurs qu’elles accompagnent. Elles doivent elles aussi ajuster leurs compétences, leurs méthodes, leur rapport à la légitimité tout en s’interrogeant sur leur avenir et les craintes qui l’accompagnent, comme professionnels et habitants. Cela suppose une organisation qui autorise le tâtonnement, le droit à l’erreur, la transversalité en même temps qu’elle donne sens au travail effectué. Une organisation qui reconnaît que la fabrique urbaine et territoriale dans ce monde instable est, en interne à l’agence comme en externe avec les adhérents et partenaires, un apprentissage collectif, et non une capacité à répondre mécaniquement à des commandes, elles-mêmes souvent dictées par des obligations réglementaires vécues comme des contraintes inutiles et coûteuses. 

Non plus aménager et urbaniser, mais inventer une politique culturelle de l’habiter

Accompagner les territoires dans ce contexte ne peut se réduire à une ingénierie de commande et d’automatismes. Il s’agit d’un travail culturel au sens fort, créatif : un travail qui porte attention aux formes de vie, aux manières d’habiter, aux attachements, aux représentations, aux imaginaires. Un travail qui accepte de sortir de la seule logique d’instrumentation quantitative et de performance technique, trop souvent dominante dans nos métiers. 

Accompagner, ce n’est pas seulement produire de la méthode au sens courant du terme. Cette fameuse méthode que l’on apprend à l’université, qui se transmet d’experts à apprentis, et qu’il s’agirait d’appliquer rigoureusement ensuite sans réflexivité. C’est avant tout produire du sens — direction et signification comprises. C’est à cette condition que l’adaptation peut devenir concrète, partagée, démocratiquement engageante. L’Agence de Clermont s’inscrit résolument dans cette voie malgré ses moyens réduits. Elle contribue, à son humble niveau donc, à l’élaboration de ce que pourraient devenir des politiques culturelles de l’habiter, en rendant visibles et intégrant pleinement les dimensions sensibles, symboliques, sociales constitutives de nos manières de vivre les territoires. 

Cela suppose aussi de mobiliser, aux côtés des savoirs techniques et scientifiques, des savoirs artistiques et artisanaux. Non pour illustrer ou enjoliver les démarches, mais pour ouvrir d’autres registres de perception, d’enquête, de partage. C’est par ces frottements que se construit une lecture plus fine, plus incarnée des transformations à l’œuvre. Ce travail ne relève pas d’un modèle sur étagère, mais d’un bricolage — au sens anthropologique du terme. Il s’agit de faire avec ce que l’on a, d’assembler, de détourner, de composer, dans une logique de réinvention pragmatique et située. C’est ainsi que l’on peut construire, dans l’instabilité même, le trouble, de nouvelles formes d’habiter. 

Façonner une communauté apprenante de l’adaptation par la coopération interterritoriale

La coopération n’est pas un supplément. Elle n’est pas une méthode parmi d’autres. Elle est structurellement nécessaire, car l’adaptation ne peut se concevoir qu’à plusieurs. Elle ne prend sens qu’à l’échelle interterritoriale et suppose une solidarité active entre acteurs, institutions et territoires. Ce que l’Agence cherche à nourrir, ce n’est pas seulement une mutualisation d’études ou un alignement de diagnostics. C’est la constitution progressive d’une communauté apprenantes d’acteurs, créative, expérimentale. Une communauté qui accepte les désaccords, les tensions, les conflits d’usage. Qui sait que ceux-ci ne sont pas des anomalies, mais des révélateurs à travailler collectivement pour les transformer en leviers. 

Ces désaccords sont rarement de nature exclusivement idéologiques, surtout localement. Quelle place d’ailleurs restera-t-il à l’idéologie quand la vulnérabilité de nos milieux de vie imposera, sous contrainte environnementale, des arbitrages si l’on tarde à s’adapter pourrait devenir autrement plus radicaux ? Les considérer comme des constructions purement rationnelles serait donc une erreur : ils renvoient à des vécus, des affects, des vécus, des liens subtils. Ils traduisent le poids de l’histoire, des représentations, des formes d’impuissance. C’est en tant que tels qu’Ils doivent être abordés frontalement – au risque sinon de devenir des blocages insurmontables — mais dans un cadre sécurisant, ouvert, respectueux. Cela peut paraître aventureux de se lancer dans tels dévoilements, mais c’est l’effort et le risque nécessaires à l’installation d’un dialogue, d’une production collective qui donne sa force au pragmatisme local si nécessaire. 

La méthode partenariale est ici un levier décisif : elle permet de construire du commun sans effacer les différences, de réguler sans imposer, de faire alliance sans nier les tensions. Elle permet de retrouver des ressorts d’action, non en s’accrochant aux anciens conforts, mais en retrouvant du sens — et peut-être une forme de réconfort — y compris dans et par l’engagement collectif. 

La coopération interterritoriale : une nécessité pour les territoires et une raison d’être des agences à affirmer avec les nouveaux exécutifs

Les transitions demandent du temps. Mais elles se déploient dans un contexte politique rythmé par des cycles courts. Les élections municipales de 2026 constitueront un moment charnière. D’ici là, beaucoup de dynamiques risquent de ralentir, de se figer, de se replier sur l’existant. Ce n’est pas une anomalie. C’est une caractéristique structurelle des rythmes démocratiques. 

C’est pourquoi l’agence prend dès aujourd’hui rendez-vous avec l’après. Elle engage, avec ses adhérents, une réflexion sur sa propre gouvernance, qui viendra conclure le projet stratégique en cours. Cette réflexion ne vise pas simplement à redéfinir les équilibres internes, à les simplifier pour favoriser le fonctionnement de ces instances, définies il y a plus d’un quart de siècle maintenant. Elle doit contribuer à structurer à court terme une nouvelle dynamique partenariale centrée sur l’adaptation territoriale, à la hauteur des enjeux qui s’imposent à nous. 

La future gouvernance devra renforcer la capacité de l’Agence à coopérer, à relier, à porter dans la durée des démarches ouvertes, transversales, structurantes — donc à agir avec ses adhérents et partenaires. Ce processus doit permettre, dès l’installation des nouveaux exécutifs, de relancer un projet ambitieux, adapté à la situation du monde, et fidèle à la vocation des agences d’urbanisme en général, à celle de Clermont Massif central en particulier. 

Transformer les territoires, accompagner les transitions : le programme de travail partenarial 2025-2026 de l’AUCM

L’esprit du programme partenarial 2025-2026

Face aux transformations continues, profondes et collectives qui s’intensifient aux échelles globales comme locales, l’Agence d’Urbanisme Clermont Massif central (AUCM) affirme, à travers son programme partenarial prévisionnel 2025-2026, son rôle d’acteur pivot dans l’accompagnement des mutations territoriales.

Insistons sur la méthode d’élaboration de ce programme annuel dont on sait qu’elle constitue un processus structurant de l’Agence. Comme il se doit, celui-ci repose sur une co-construction active avec ses adhérents, qu’il s’agisse de partenaires de longue date ou de récents entrants, tels que la Communauté de communes du Bocage Bourbonnais, le CROUS, l’Université Clermont Auvergne ou encore le Commissariat du Massif central. Ce sont ces échanges réguliers qui permettent d’actualiser les priorités d’intervention autour de sept axes, représentatifs de la diversité des expertises de l’Agence. L’ambition est claire : mieux outiller les élus de terrain pour accompagner les changements de pratiques et d’usages, fédérer les savoirs et les acteurs, favoriser les synergies interterritoriales, et diffuser une culture partagée de l’attention portée aux espaces de vie.

Si le programme 2025-2026 s’inscrit dans la continuité du projet d’agence et des travaux menés en 2024-2025, il approfondit cependant deux champs d’expertise et d’activité : l’adaptation au changement global prend une dimension transversale. Devant la complexité du sujet, l’Agence expérimente avec les territoires pour donner un sens concret à cette pratique et identifier les leviers d’action. Elle déploie, pour cela, des outils pédagogiques, des démarches d’urbanisme favorable à la santé, et une prise en compte accrue du vivant. A côté de l’adaptation, le champ de l’habitat s’élargit en accueillant un observatoire du logement étudiant et en travaillant son volet foncier malgré l’incertitude normative qui règne autour de la sobriété. L’Agence développe aussi une approche plus sensible de « l’habiter », en intégrant les dimensions culturelles et symboliques des espaces de vie.

Un programme partenarial structuré par 7 orientations

Le programme partenarial 2025-2026 est structuré par 7 orientations auxquelles chaque ligne d’étude répond.

Axe 1 : Construire des projets territoriaux et urbains adaptés aux nouvelles vulnérabilités

L’AUCM poursuit son accompagnement des collectivités dans la planification territoriale, en intégrant de plus en plus fortement les enjeux d’adaptation au changement climatique. Elle mobilise ses compétences sur les SCoT, les PLUi ou les projets de territoire, tout en intervenant sur des démarches dédiées aux transitions, telles que le Plan stratégique d’adaptation du Massif central ou le Schéma de transition écologique et énergétique (STEE) de la Métropole.

Axe 2 : Améliorer la qualité du logement et des espaces de vie quotidienne

L’analyse des conditions de vie et d’habitat constitue une priorité forte des membres adhérents de l’Agence. Les actions vont de la revitalisation des centres-bourgs aux politiques communautaires de l’habitat (PLH, CIL), en passant par l’analyse des passoires thermiques ou les dynamiques du logement des étudiants. L’AUCM joue également un rôle d’animation à l’échelle départementale et régionale à travers des clubs et réseaux spécialisés.

Axe 3 : Œuvrer à la sobriété foncière et à la régénération de milieux

L’Agence explore de nouvelles trajectoires de sobriété foncière pour valoriser les espaces déjà urbanisés, à travers l’observation et la réplicabilité d’expériences innovantes, comme le projet BAMBA. Elle intervient aussi sur la renaturation des friches et l’observation de la qualité de vie en milieu urbain, contribuant à une approche durable et pragmatique de l’aménagement. A noter, en 2025, l’engagement fort de l’AUCM auprès du réseau URBA 4 pour accompagner l’Etat dans une enquête prospective sur la sobriété foncière post 2030.

Axe 4 : Soutenir les populations et les espaces les plus fragiles

L’observation des transitions solidaires, l’évaluation des contrats de ville, l’analyse des politiques de petite enfance ou encore l’égalité femmes-hommes sont au cœur de cet axe. L’AUCM mobilise des outils pour analyser les besoins locaux, accompagne les territoires et travaille en lien étroit avec l’ARS pour intégrer les déterminants de santé dans les politiques d’aménagement.

Axe 5 : Favoriser l’accès à des mobilités décarbonées

Les mobilités sont abordées sous l’angle de l’émergence des nouvelles offres à déployer pour redynamiser les territoires. L’Agence poursuit ses travaux sur l’enquête EMC², élabore une réflexion prospective pour la Métropole et soutient des projets structurants comme le Service Express Régional Métropolitain (SERM), avec la réalisation d’une monographie détaillée sur les 30 gares concernées par le projet de SERM du Pôle métropolitain Clermont Vichy Auvergne.

Axe 6 : Contribuer à l’émergence de modèles de développement économique résilients

Dans un contexte de fortes dépendances et vulnérabilités des modèles socio-économiques, l’AUCM fournit des éléments d’analyse et d’aide à la décision sur les mutations de l’emploi, du commerce, du tourisme et de l’industrie. Elle soutient également l’optimisation du foncier économique et développe enfin son expertise sur l’adaptation des modèles touristiques au changement climatique sur la rivière Allier et les trois territoires de lac de Thiers Dore et Montagne.

Axe 7 : Forger une nouvelle culture commune de l’habiter

Cette orientation met l’accent sur l’acculturation des acteurs et la valorisation des démarches exploratoires au service de l’adaptation. Qu’il s’agisse de contributions aux débats publics (Recré-Action, réseau transitions du Massif central), des travaux de recherches prospectives ou inspirantes (GIEC, POPSU, expérimentation prospective), ou de l’animation de programmes dédiés (pastoralisme, projet culturel métropolitain), l’AUCM y renforce son rôle de catalyseur d’idées et de pratiques innovantes.

 

Réconcilier patrimoine et usages pour faire du cœur historique un espace pleinement habité

À Beaumont, commune de plus de 10 000 habitants de la métropole clermontoise, le centre ancien se dégrade lentement, à l’image de nombreuses centralités historiques françaises. Pourtant, ici, la situation présente une singularité : la commune est propriétaire de près de soixante biens immobiliers, acquis au fil du temps. Cette accumulation de foncier bâti, devenue une charge budgétaire pour la commune du fait de la nécessité de sécurisation, symbolise une ambivalence plus large : celle d’un centre historique perçu à la fois comme un héritage commun à préserver et un poids face à un patrimoine vétuste qui peine à s’adapter aux aspirations de la vie actuelle.

Face à ce constat, Beaumont a choisi d’agir. Inscrite dans l’Opération de revitalisation du territoire (ORT) multisites portée par Clermont Auvergne Métropole, la commune a engagé une démarche d’élaboration d’un plan guide, accompagnée par l’AUCM, pour repenser l’avenir de son centre médiéval et inverser le regard porté sur cette déprise urbaine.

Une démarche exploratoire et sensible

Le plan guide ambitionne de replacer le centre ancien au cœur d’une stratégie urbaine d’ensemble et de long terme qui investit les thématiques transversales de la revitalisation : habitat, cadre de vie, mobilités, … Un exercice à la fois prospectif et sensible a été conduit en groupe projet pour définir des profils cibles d’habitants et d’investisseurs que la commune souhaite attirer ou maintenir sur le centre bourg. L’utilisation de personae, tels que l’esthète, amoureux des belles pierres, ou encore la jeune retraitée, a permis de comprendre les critères de choix résidentiels des habitants lors de l’acquisition ou de la location d’un logement.

Le plan guide s’est attaché, par ailleurs, à s’ancrer dans les réalités locales en proposant plusieurs arpentages pour s’éprouver face à l’épreuve du terrain. L’approche incarnée dans un site donné, mais également dans un cadre de politiques publiques portées par les acteurs locaux rassemblés dans le cadre du plan guide a constitué un élément important du process de travail. Enfin, la force du plan guide tient avant tout dans la dynamique collective engagée autour d’un groupe projet rassemblant les différentes parties prenantes de la revitalisation : l’Etat (ABF, DDT63, ainsi que les architectes et paysagistes conseils), Conseil départemental du Puy-de-Dôme, CAUE, EPF Auvergne, SMTC, services urbanisme, habitat, culture de la Métropole, service de la ville … Ce groupe a été réuni tout au long de la démarche sous forme d’ateliers participatifs mixant diffusion d’expertises, approche sensible et travail collaboratif.

Patrimoine vécu et valeurs d’usage

L’objectif du plan guide a été clairement posé dès le lancement de la démarche : il s’agit de transformer le centre historique de Beaumont sans le dénaturer. C’est pourquoi, une étude patrimoniale approfondie a été confiée au cabinet ACA Architectes & Associés. Cette expertise a permis d’identifier les caractéristiques fondamentales du bourg fortifié : le linéaire des remparts, la structure médiévale du parcellaire avec des emprises bâties particulièrement denses, un réseau viaire hiérarchisé, arborescent et pittoresque – de la voie principale aux venelles -, les typologies bâties – maisons de vignerons, loges, demeures notables – ou encore les caractéristiques architecturales remarquables, telles que les toitures en tuiles à un ou deux pans échelonnés qui accompagnent la pente. Tous ces éléments composent un paysage urbain singulier qu’il s’agit de transmettre dans son fonctionnement et sa structure, sans pour autant figer toute forme d’intervention.

À Beaumont, le patrimoine n’est pas une simple matière à conserver : il est également un espace de vie, porteur de mémoire et de sens. La question posée par le plan guide est donc celle de la transmission : qu’est-ce qui mérite d’être conservé, à quoi tenons-nous collectivement et pourquoi ? Il s’agit donc d’articuler valeurs patrimoniales et valeurs d’usage, de repenser la mutation d’un centre en déprise, sans trahir l’esprit des lieux et du « déjà-là ».

Un plan guide comme boîte à outils

Le plan guide n’est pas un document figé mais un outil évolutif, un support de dialogue et de transformation. Il propose quatre grands axes d’intervention pour refonder une centralité habitée, attractive et connectée au reste du territoire beaumontois :

  1. Vivre au quotidien, pour améliorer la qualité des espaces publics.
  2. S’émerveiller, en révélant la richesse du cadre de vie par la végétation.
  3. Circuler, accéder, stationner pour repenser les mobilités au bénéfice des piétons.
  4. Se loger par une requalification de l’habitat en partant de l’existant.

Dix stratégiques ont été identifiées pour décliner cette stratégie urbaine d’ensemble : six pièces correspondant aux portes du bourg et quatre sont au cœur du tissu médiéval. À chaque fois, il s’agit d’intervenir avec finesse et délicatesse, en conciliant les usages, en testant de nouveaux scénarios à travers l’urbanisme transitoire, et en favorisant l’appropriation citoyenne des lieux.

Ce travail de couture sur-mesure implique de retrouver les contours historiques du bourg là où les limites ont été effacées par des démolitions et de traiter des interstices – ces zones de transition entre l’espace privé et l’espace public – comme des opportunités de requalifier le cadre de vie. La végétalisation des cœurs d’îlot, le travail sur les matériaux durables, le soin apporté à l’interface entre espace bâti et espace public témoignent de cette volonté de réparer sans déstructurer.

Focus sur l’îlot Commerce : redonner vie au patrimoine bâti

Parmi les zones d’intervention prioritaires, l’îlot Commerce occupe une place centrale. Ce secteur, où se concentre une grande partie du patrimoine communal en ruine, est emblématique des enjeux de reconquête. L’idée est de réactiver l’espace, d’en faire un lieu de vie résidentiel et social, tout en respectant son identité.

Cela passe par la réouverture d’ouvertures murées, l’introduction de treilles végétalisées sur les pignons, la réinvention des rez-de-chaussée pour accueillir des cafés sociaux ou des lieux culturels, et la reconnexion des venelles pour retisser un maillage urbain plus fluide.

Et maintenant, comment passer à l’acte ?

La réussite du plan guide passe par une mise en œuvre progressive, à plusieurs vitesses, visant à inscrire le centre bourg de Beaumont dans un processus de projet. Elle combine une approche globale, du fait de la prise en compte de l’ensemble de la stratégie urbaine, et des interventions ciblées sur certains îlots et/ou porteurs de projet qu’il s’agit d’attirer et de convaincre. Plusieurs outils fiscaux, juridiques, et opérationnels peuvent être activés pour encourager et insuffler des dynamiques de mutation.

Il s’agit, tout d’abord, de passer par des phases de test et d’expérimentation pour donner à voir rapidement et de manière « économe » comment réinvestir l’espace public par des aménagements légers, transitoires et réversibles. Design actif ou évènementiel, l’objectif est avant tout d’impliquer et d’engager les riverains dans l’animation de leur rue, leur école, leur bourg.

Pour les îlots les plus dégradés, un accompagnement sur-mesure est nécessaire. Guichet unique rassemblant l’ensemble des ressources et partenaires mobilisables, coaching individualisé auprès des futurs usagers, ou encore bourse aux logements vacants, le plan guide donne à voir l’importance d’être au plus près du porteur de projet pour apporter des réponses les plus adaptées possibles et, ainsi, faciliter la mise en opération.

Enfin, des outils incitatifs, voire coercitifs peuvent être engagés par la collectivité. Outre les dispositifs traditionnellement mobilisés dans la lutte contre l’habitat indigne et la vacance (incitations fiscales, bail à réhabilitation ou à construction…), la commune de Beaumont pourrait tirer parti de sa très forte maîtrise foncière pour lancer une consultation innovante sous forme d’Appel à manifestation d’intérêt (AMI) ou d’Appel à projets (APA). Prenant exemple sur d’autres communes, telles qu’Ambert qui propose l’acquisition de maison à l’euro symbolique pour l’accession sociale à la propriété ou encore Riom qui a conduit une consultation d’opérateurs pour le réaménagement urbain avec cession immobilière de ses deux friches carcérales, Beaumont pourrait mettre en place un AMI sur l’îlot Commerce pour accompagner la réalisation de projets immobiliers directement opérationnels et en accord avec les orientations du plan guide.

Pour une fabrique collective du patrimoine vivant

La démarche engagée par Beaumont illustre un changement de paradigme dans la manière de penser la revitalisation des centres anciens. Il ne s’agit plus de préserver le patrimoine en le muséifiant, ni de le réhabiliter selon une logique purement économique, mais de réconcilier mémoire et usages, pour faire du cœur historique un espace habité, désiré, transmis.

Cette ambition passe par une mobilisation collective, une compréhension fine des lieux, et une volonté politique forte. En plaçant les habitants au centre du processus, en valorisant l’intelligence du déjà-là et en privilégiant la souplesse des réponses contextuelles, Beaumont esquisse les contours d’un urbanisme du soin et de la transmission.

Le patrimoine urbain devient alors non plus une contrainte, mais un levier de projet — un vecteur d’émotions, de récits et de renouveau.

 

 

WEBINAIRE : Penser la résilience socio-économique d’un système métropolitain – 4 juin – 17h

Face aux crises planétaires qui fragilisent nos systèmes urbains et métropolitains, comment concevoir des politiques publiques capables d’accroitre et de renforcer la capacité de résilience socio-économique de territoires comme Clermont Auvergne Métropole ?

Mercredi 4 juin 2025 de 17h à 18h, Magali Talandier, professeure en urbanisme à l’Université Grenoble-Alpes et présidente du conseil scientifique « Climat et Transition » de la Métropole et de l’Agence d’urbanisme de Grenoble, nous présentera ses travaux qui croisent à la fois une approche théorique (production d’un cadre conceptuel des systèmes économiques urbains), méthodologique (étude couplée des flux spatiaux) et opérationnelle (leviers d’action pour accroître la résilience des villes), des pistes de réflexions susceptibles de répondre localement à ce défi.

Une conversation animée par Stephane Cordobes, Directeur Général de l’AUCM

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Les agences d’urbanisme peuvent-elles continuer à s’ignorer comme acteurs culturels ?

Un article de Stéphane Cordobes, rédigé à partir de son intervention publique du 2 avril 2025 lors de la Rencontre POPSU Métropoles et POPSU Transitions à Clermont-Ferrand. La séquence intitulée « Quelles cultures pour s’adapter au changement global et recomposer nos territoires de vie ? » était animée par Laurent Lelli, directeur de la plateforme clermontoise de POPSU Transitions.

D’une question incongrue au dépassement d’un malentendu

« Une agence d’urbanisme peut-elle se prendre pour un acteur culturel ? » La question, posée lors d’une rencontre publique réunissant principalement des professionnels du secteur culturel, peut surprendre. Elle trahit un étonnement, voire une gêne : que ferait donc un urbaniste — perçu avant tout comme technicien ou planificateur, un agent de la ville et du territoire — dans une sphère peuplée d’artistes, de programmateurs ou de médiateurs ? Pour y répondre, il faut d’abord dépasser un double malentendu.

D’un côté, les professionnels de l’urbanisme ont souvent du mal à décrire et légitimer leur pratique autrement qu’à travers leur expertise technique — normative, réglementaire, fonctionnelle. Ils peinent à reconnaître que ce qu’ils produisent touche aussi à l’imaginaire, au sensible, à la manière dont les gens habitent tout simplement le monde. De l’autre, les acteurs culturels, en acceptant une définition de la culture centrée sur les arts et la création « libre et désintéressée », peinent à reconnaître comme « pairs » ceux qui façonnent, dans un cadre utilitaire assumé, les espaces habités — autrement dit, ceux qui agissent sur les espaces et les modes de vie, les relations de tout ce qui les compose. Ce malentendu mérite d’être pris au sérieux — non pour dénoncer ou défendre des places et des statuts légitimes, mais pour interroger ensemble cette ignorance réciproque des “faire territoire” et “faire culture” qui, bien qu’installés, semblent aujourd’hui dépassés.

Ce que fait une agence d’urbanisme

Revenons à l’agence d’urbanisme. On ne saurait la réduire à un simple bureau d’études techniques, produisant des plans ou des rapports. Ancrée dans un territoire, elle coproduit avec des collectivités, chercheurs, associations et habitants, autrement dit une communauté située d’acteurs, une pluralité de savoirs : des chiffres et données, bien sûr, mais aussi des récits, des représentations, des imaginaires instituants, des intentions partagées, des expériences d’édification collective. Elle intervient sur les façons d’habiter un lieu, sur les modes de cohabitation, sur les formes de vie ; autrement dit, elle contribue à façonner un ensemble de rapports au monde, caractéristiques d’un territoire et de sa culture.

Elle n’est donc pas extérieure à la culture : au contraire, elle contribue à fabriquer les conditions politiques, pratiques, sensibles et symboliques de la vie en commun. Si l’on s’appuie sur la définition large de la culture proposée par l’UNESCO — un ensemble de traits spirituels, matériels, intellectuels et affectifs qui caractérisent un groupe social — il devient évident qu’une agence d’urbanisme est un acteur culturel à part entière. Elle n’a pas pour objet principal la production artistique — encore que les dimensions architecturales et paysagères de la fabrique urbaine avec laquelle elle compose obligeraient à en discuter — mais elle agit sur un autre plan, tout aussi culturel : par emprunt à Jacques Rancière, celui du partage du sensible propre à chaque territoire. En rendant possible, collectivement, l’édification de mondes habitables, elle induit une action culturelle qui dépasse l’expertise technique : de fait, elle mobilise à la fois des dimensions sensibles, imaginatives, symboliques, pratiques, politiques et techniques.

Une fonction culturelle invisibilisée

Cette « évidence » est pourtant difficile à voir et à admettre, car la culture elle-même s’est enfermée dans un cadre qui la dépolitise, la spécialise et l’isole. Le régime culturel moderne et le projet politique qui l’accueille ont forgé une vision du monde fondée sur sa réification, sa segmentation et sa marchandisation. Dans cette perspective, la culture ne désigne plus des rapports au monde — ou plus justement, des régimes culturels situés qui se traduisent en agencements spécifiques de rapports au monde — mais devient un levier de développement économique, un outil d’attractivité territoriale, un service récréatif et éducatif, une fiction identitaire rassurante, parfois un outil d’émancipation individuelle, souvent un champ d’activité replié sur lui-même, centré sur sa propre finalité : l’art pour l’art, la culture pour la culture.

Ainsi conçue, la culture s’inscrit dans un cadre qui érige la création en œuvres, donc en choses, spécialise l’activité dans un champ autonome avec ses objets, ses experts, ses lieux, ses publics, et valorise sa production dans une logique de marché. On est alors bien loin du geste culturel premier et commun d’habitation du monde.

Dans ce système, ce que produit une agence d’urbanisme — des savoirs, des agencements de milieux, des partages du sensible, des imaginaires instituants, des pratiques habitantes, etc. — n’est pas identifié comme « culturel », car cela échappe au régime culturel légitime. Elle est perçue comme un rouage technique d’un autre domaine d’activités moderne, l’aménagement et l’urbanisme, et non comme une force d’expérimentation ou d’invention de nouveaux rapports au monde. Il est sans doute temps de rouvrir ce cadre et de l’interroger sérieusement.

Le tournant anthropocène et l’invitation à reculturaliser le monde

Pourquoi ? Parce que l’Anthropocène, entendu comme une ère marquée par les effets délétères du projet d’exploitation moderne de la planète sur nos capacités de vie, bouleverse notre présence au monde. Il fait éclater les séparations entre nature et culture, science et politique, production et création. Il nous oblige à repenser en profondeur nos manières de faire territoire et nos modes d’habitation de la Terre. Et cette tâche est d’abord culturelle.

Ce que nous appelons « transition écologique » apparaît dans cette perspective moins comme un enjeu technologique que comme un dilemme fondamentalement culturel, qui plus est, à fort potentiel conflictuel : un affrontement entre récits du monde, entre formes de vie, entre manières de faire société. Il met d’ailleurs déjà en tension ceux qui veulent poursuivre le projet moderne déconnecté des limites planétaires, et ceux qui cherchent à inventer d’autres façons de vivre et d’habiter. La culture ne peut rester à l’écart de ce conflit ; redéfinie ainsi, elle se trouve au cœur du politique — en tant que fabrique de sens, de valeurs, de représentations, de collectifs, de rapports au monde.

Vers une politique culturelle anthropocène

Imaginons comme admises ces hypothèses. Que pourrait être une politique culturelle à la hauteur de ce défi ? Certainement pas une politique de la prescription ou de l’enchantement forcé. L’attente du « grand récit positif de la transition » relève du mythe : non seulement il masque les obstacles matériels réels aux transformations à engager — notamment la redistribution des richesses et des investissements qu’elles impliquent — mais il tend aussi vers ce qui relève de la propagande. Ce dont nous avons besoin, ce n’est pas un récit qui s’imposerait à tous rendant acceptable ce qui, sans changer de point de vue, d’attachements et de partages, ne le sera pas. Ce n’est pas davantage une idéologie totalitaire masquée sous les atours séduisants d’un storytelling artistique.

Non, ce qui semble nécessaire pour faire face à la situation et convoquer la force agissante de la culture, c’est un espace favorable à l’émergence de multiples récits, de micro-devenirs originaux, de scènes de création et d’expérimentation de nouveaux rapports au monde, à la fois émancipateurs et communs, de nouvelles fabriques habitantes.

On peut convoquer ici Hannah Arendt et sa conception de la politique : non pas la prise du pouvoir, son exercice ou la gestion des affaires publiques, mais l’assurance d’un espace commun de visibilité et de parole, de diversité et de liberté — un espace de co-présence et de création collective et individuelle, où s’inventent et se mettent en œuvre les conditions communes d’habitations possibles du monde. Une politique culturelle de l’Anthropocène pourrait être cela : l’installation pérenne d’un espace commun où s’élaborent, se discutent, s’expérimentent, se vivent de nouveaux rapports au monde, se créent de nouveaux agencements territoriaux. Une politique favorable au renouvellement de formes situées d’habitation partagées et sensibles. Une politique qui ne chercherait pas à imposer l’acceptation des transitions, mais à offrir les conditions culturelles favorables au jaillissement d’autres « habiter » possibles, faisant tenir ensemble de manières plus justes et viables humains et non-humains compris.

Pour des agences culturelles d’urbanisme

Reconnaître l’agence d’urbanisme comme un acteur culturel, ce n’est donc pas élargir à la marge le périmètre de la culture. C’est réinterroger ce qu’elle est, dans un moment où la condition terrestre nous oblige à réarticuler sensibilités, imaginaires, savoirs et actions. C’est ouvrir la possibilité d’une politique culturelle qui ne se contente plus de gérer la création ou de patrimonialiser le passé, mais qui contribue activement à la fabrique de nos futurs mondes communs.

Ne nous y trompons pas. Ce propos n’est pas un plaidoyer pour l’urbanisme culturel qui tend à se propager. Sa pratique la plus courante ne dispose en effet ni des ressources ni de l’ambition transformatrice et située ici convoquée. Dans bien des cas, elle offre aux artistes une diversification salutaire à l’heure où vivre de son art devient difficile. Trop souvent, elle relève d’un mécénat opportun, d’une mise en scène facile et accessoire susceptible d’acheter à bon compte une image sociale ou environnementale louable. Pire encore, elle peut afficher des marques de grandeur et de puissance. La politique culturelle dont il est ici question ne relève pas de cette logique de gala, de subsistance ou de pouvoir : c’est une invitation à penser ensemble les politiques culturelles comme politiques de cohabitation — c’est-à-dire de ce lien vivant, fragile et fondamental que nous entretenons avec ceux qui composent nos milieux. Une invitation à reconnaître que, face aux défis de l’Anthropocène, « faire culture » comme « faire territoire », c’est fondamentalement apprendre à renouer des liens et à cohabiter dans un monde qu’il est urgent de reconsidérer et de prendre soin.

Espaces publics et droits culturels : à la recherche de l’agora 2030

« Regardons l’invisible », « Pensez l’Humain Urbain ! », « Lâchez nous l’espace public ! ». Les quelques slogans formulés à l’issue de cette journée -proposée dans le cadre de la 45ème rencontre nationale des agences d’urbanisme le 10 octobre 2024 à St Omer- donnent le ton de l’atelier. Hors des sentiers traditionnellement battus par les urbanistes lorsqu’il est question d’espaces publics, nous faisons à travers cette journée l’hypothèse d’un renouvellement de logiciel : et si l’approche des espaces publics par les droits culturels, dans leur capacité à garantir l’exercice des droits fondamentaux de chacun, nous permettait de réinventer la fabrique des espaces publics et d’aller vers davantage de démocratie ?  Afin de partir collectivement en quête de premiers éléments de réponse, la journée s’articule autour d’une série de courtes expériences, comme autant de tentatives de relier la question des droits culturels, à une réflexion sur la teneur et la fabrication de nos espaces publics.

Introduction aux droits culturels

Que sont les droits culturels ? En quoi ceux-ci peuvent-ils nous aider à porter un regard neuf sur les espaces publics, pour les rendre plus fertiles et moteurs dans nos efforts collectifs de transitions ?  A l’abri du kiosque à musique du jardin public de Saint Omer, à quelques pas des fortifications érigées sous Charles Quint, Nawel Bab-Hamed, chargée d’études sociologie, culture et mode de vie, à l’Agence d’urbanisme de l’aire métropolitaine lyonnaise, met en valeur la spécificité de ces droits humains fondamentaux apparus en 1948 dans la Déclaration universelle des droits de l’Homme, révélés par la Déclaration de Fribourg en 2007. Humanité, légitimité, réciprocité, coopération, démocratie…le logiciel des droits culturels s’inscrit dans une définition très large de la culture, comme espace d’expression de l’humanité des personnes et des groupes. Ces droits contribuent à donner la capacité à chaque être humain de « prendre sa part, d’apporter sa part, de recevoir sa part ». Ils permettent d’inclure toute personne dans la création et l’enrichissement d’un système de valeurs, de croyances, de langues, de savoirs et d’arts, de traditions, d’institutions et de mode de vie par lesquels un individu qu’il soit seul ou dans un groupe exerce son humanité et son rapport au monde. L’espace public, « commun de nos communs », tel que l’écrivait Luc Carton, philosophe, vice-président de l’Observatoire de la diversité et des droits culturels de Fribourg, permet-il pour autant l’exercice des droits culturels de chacun.e ? Renforce-t-il notre capacité à créer du lien, à coopérer, à faire s’exprimer et se transmettre nos cultures ?

Enquête flash : à la recherche des héritages et référentiels culturels en présence

Quelle est l’intensité d’un espace public en matière de droits culturels ?  Le jardin public de St Omer, conçu au XIXème siècle sur le modèle des jardins « à la française », où voisinent arbres remarquables et stigmates du passé militaire, nous semble un écrin favorable pour aborder la notion d’héritage, de transmission, qui figure parmi les huit droits culturels. Qu’est-ce qui fait « héritage » dans cet espace ? Quelles sont les références culturelles, les différents narratifs en présence ?  Quels sont les grands absents, du point de vue des références culturelles contemporaines ? Course à pied, course d’orientation, manèges, concerts, photos de mariage… En quoi cet espace favorise-t-il la rencontre entre différentes cultures, le partage et le renforcement des liens entre habitants ? En quoi d’autres approches de cet espace, sous le prisme des droits culturels, pourraient-elles favoriser sur ce site un « faire patrimoine » par les acteurs ? L’expérience soulève diverses questions, des tâtonnements qui amènent les participants à considérer la charge culturelle d’un espace et son potentiel de transmission.

L’espace public comme support de coopérations : le cas de la Station

De retour dans le centre-ville, la visite de « La Station », écosystème territorial d’innovation initié par la Communauté d’Agglomération du Pays de Saint-Omer, invite le groupe à analyser une autre notion faisant partie des huit droits culturels : la coopération.  Mutualisation de ressources, synergies, réciprocité des échanges, gouvernance partagée…comment passer de l’individu à la communauté ? en quoi un espace partagé est-il vecteur de coopérations ? Quels sont à l’inverse les freins à la mise en liens ?

Dans l’esprit des « pratiques en chantier », outil d’analyse expérimenté par les promoteurs des droits culturels, Marie Matte, architecte-paysagiste, start-uppeuse vice-présidente de la Station, évoque la genèse du lieu, les péripéties et succès qui jalonnent la mise en place de ce type d’espace partagé. Les échanges avec le groupe révèlent l’intérêt de cet espace partagé pour tisser de nouveaux possibles collectifs. Si la vitalité de l’écosystème nécessite une attention de chaque instant, ce type d’espace de coopération s’avère néanmoins fertile, en permettant de faire œuvre commune, sans toutefois gommer les spécificités de chacun.

Une question émerge : Les agences d’urbanisme gagneraient-elles à s’adosser à un tiers-lieu d’innovation pour réinventer la fabrique des espaces publics ?

Arpenter le Haut-Pont au prisme des droits culturels

Afin de se relier à un ressenti plus intime et tenter de capter des éléments d’ambiance urbaine, une dynamique en présence, les participants sont invités, en silence, à parcourir l’allée des Marronniers – espace public le long du canal – pour rejoindre le quartier du Haut-Pont. Ce faubourg emblématique du maraichage audomarois, fruit de plus de 1000 ans de relations entre l’humain et la nature, créé la synthèse entre les notions d’héritage et de coopération évoquées en début de matinée : conçu collectivement, pas à pas, pour habiter et produire des ressources alimentaires, ce quartier charnière questionne notre capacité collective à produire des espaces, à nous fédérer, en dialogue avec le vivant.

Valérie Mathias-Husson, géographe-urbaniste à l’Agence d’urbanisme et de développement Flandre Dunkerque, formule alors une nouvelle proposition au groupe : muni.e d’un livret reprenant les huit droits culturels, chacun.e est invité.e à arpenter individuellement le haut-Pont, où cohabitent aujourd’hui une population de cadres en quête d’authenticité et les héritiers de la profession maraichère. L’occasion d’évoquer et d’éprouver l’enjeu des choix en matière de techniques d’arpentages, d’enquêtes de terrain. Quels types d’arpentage et d’enquête engager pour saisir l’épaisseur culturelle d’un espace public ?

Le marais audomarois, démonstrateur des droits culturels ?

La Maison du marais, où nous nous réfugions à la mi-journée, a investi le champ de l’imaginaire collectif en valorisant l’héritage culturel du marais audomarois sous de multiples dimensions, à travers une riche scénographie. La visite de l’exposition permanente permet au groupe d’appréhender la coopération que l’humain a construit, ici, avec le vivant non-humain, à travers l’aménagement des canaux et le développement du maraichage.  Une communauté s’est formée autour de l’activité vivrière, puis commerciale, où chacun semble trouver sa place. Ce système culturel, producteur d’aménagements, d’espaces publics, et générateur d’un tissu social complexe, repose sur un espace-temps fédérateur dont les contours résonnent avec les huit droits culturels.

Au sortir de la journée, quid de l’agora 2030 ?  Revendiquons ! La journée s’achève autour d’un atelier de création de panneaux de manifestation. Quels slogans nous inspirent cette approche par les droits culturels, à l’heure où le contexte de changement global nous incite à réinventer nos espaces publics ? « Droits humains droits urbains même combat !!! », « FNAU / Fabrique ta Nouvelle Agence d’Urbanisme »… L’envie semble partagée de faire émerger une nouvelle « grammaire » de projet, de nouvelles approches, où se renégocient la place des acteurs, leurs interactions et le rôle de l’urbaniste en tant que médiateur. Vers un nouveau modèle social des espaces publics ?

RENCONTRE – POPSU Métropoles et POPSU Transitions – 2 Avril

En 2018 est lancé le programme national de recherche-action POPSU Métropoles, auquel Clermont Auvergne Métropole, tout juste créée par la loi, choisit de participer. Car, au-delà du changement de statut, c’est bien une nouvelle trajectoire territoriale intégrant pleinement le processus de métropolisation qu’il s’agit de documenter et de penser.

Un premier volet du travail de la plateforme clermontoise, déjà valorisé, portait alors logiquement sur l’attractivité de la Métropole, attractivité dont on connaît la place centrale dans une idéologie aménagiste alors très orientée compétitivité et croissance.

Le second volet portera lui sur les sols en régime de métropolisation et assumera une perspective plus exploratoire à la fois historique, géographique et sensible, où il sera autant question de développement et de valorisation foncière que d’attachements et de fragilités écologiques. C’est ce second volet qui sera mis en scène lors de la première séquence de cette rencontre.

En 2024, fait suite à ce premier programme de recherche-action, POPSU Transitions : changement de nom, mais aussi d’esprit : les espaces métropolisés sont invités à interroger leur habitabilité, à anticiper les vulnérabilités occasionnées par le changement global et à contribuer à la conception de politiques de transitions, moins captatrices de ressources et plus coopératives. Clermont Auvergne Métropole choisit de poursuivre son investissement, et fort de l’intérêt et de la dynamique collective associés au projet de capitale européenne de la culture, choisit d’investiguer la dimension culturelle des transitions.

Cette dimension, déjà présente dans le travail mené sur les sols, adopte une tout autre perspective. Il ne s’agit plus d’approcher l’impact culturel de la métropolisation – sur les sols en l’occurrence – mais d’opérer une sorte de « tournant culturel » et de se demander comment la culture et ses acteurs pourraient contribuer, activement, aux transitions à mettre en oeuvre pour faire territoire dans l’anthropocène. C’est à la présentation de cette nouvelle enquête que la deuxième séquence de cette rencontre sera consacrée.

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PROGRAMME

(Télécharger le programme en pdf)

8H45 – 9H00 // ACCUEIL

9H00 – 9H15 // MOTS D’INTRODUCTION

– Olivier Malclès, Directeur de l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Clermont-Ferrand
– Grégory Bernard, Président de l’Agence d’Urbanisme Clermont Massif

9H15 – 11H // SÉQUENCE 1 : COMMENT FAIRE MÉTROPOLE PAR L’APPROPRIATION DE SES SOLS ?

Conclusion de la plateforme POPSU Métropoles de Clermont Auvergne Métropole
En 2018, Clermont-Ferrand ne change pas seulement de statut, mais par son projet s’inscrit pleinement dans un processus de métropolisation qui, loin d’être « hors-sol » s’inscrit dans le temps long et la réalité territoriale. Ses répercussions dans les manières d’habiter, donc d’occuper les sols, autrement dit de les transformer, valoriser, préserver, parfois délaisser, voire malmener sont substantielles. Ces sols conçus à la fois comme ressources convoitées et milieux fragiles, supports d’attachement tant mémoriels que sensibles et objets de conflits d’usage portent des traces riches d’enseignement et de capacité d’action dont l’exploration dans ce projet de recherche est fertile au moment de l’atterrissage du PLU métropolitain.

– Géraldine Texier Rideau, Amélie Flamand, David Robin (Chercheurs à l’UMR Ressources, ENSACF – UCA) : Faire métropole par les sols habités – Trajectoire clermontoise : vers une stratégie foncière
– Jean-Dominique Prieur (Chercheur à l’UMR Ressources, ENSACF – UCA) : Explorer par la marche les sols des lisières métropolitaines

11H00 – 11H30 // PAUSE

11H30 – 12H30 // SÉQUENCE 2 : QUELLES CULTURES POUR S’ADAPTER AU CHANGEMENT GLOBAL ET RECOMPOSER NOS TERRITOIRES DE VIE ?

Lancement de la plateforme POPSU Transitions de Clermont Auvergne Métropole
Le changement global auquel nous sommes confrontés relève d’une transformation profonde des conditions d’habitabilité de la planète. Chaque territoire se retrouve dans une nécessité de repenser ses trajectoires de développement. La culture par ses pratiques à l’oeuvre dans les territoires métropolitains et ruraux peut-elle être un nouveau pivot d’un dialogue territorial qui autoriserait à recomposer nos modes de vie dans une plus grande acceptation des liens entre humains, non humains ?

– Isabelle Lavest, Vice-Présidente en charge de la Politique culturelle de Clermont Auvergne Métropole (sous réserve)
– Guillaume Lacroix, Directeur du programme POPSU Transitions
– Laurent Lelli, Directeur du Campus AgroParisTech et Chercheur à l’UMR Territoires

Présentation de la plateforme POPSU Transitions et du collectif de chercheurs mobilisés : Bernard Alix, Emmanuel Bonnet, Pierre Cornu, Hervé Davodeau, Cécile Ferrieux, Marie-Hélène Gay-Charpin, Serge Lhermitte, Guillaume Meigneux, Philippe Sahuc.

12H30 – 13H30 : DÉJEUNER

13H30 – 15H45 // SÉQUENCE 3 : L’ACTION CULTURELLE : UN LEVIER MAJEUR POUR LA RÉORIENTATION ÉCOLOGIQUE DES TERRITOIRES MÉTROPOLITAINS ET RURAUX ?

Les points de vue d’acteurs culturels en situation
Affirmer l’importance de l’action culturelle pour la réorientati on écologique en ces temps agités où elle semble de plus en plus fragilisée pourrait relever de la gageure. Pourtant à bien y regarder, l’action culturelle, qu’elle relève du secteur culturel, de l’éducation ou de la fabrique territoriale, constitue un soubassement puissant et original des politiques territoriales métropolitaines et rurales, donc de leur capacité de bifurcation.

– Fred Sancère, Directeur de Derrière Le Hublot
– Sandrine Rebeyrat, Directrice de l’École Supérieure d’Art de Clermont Métropole
– Stéphane Cordobes, Directeur de l’Agence d’Urbanisme Clermont Massif central

15H45 – 16H15 // SÉQUENCE 4 : CONCLUSION

– Marie Christine Jaillet, Directrice scientifique POPSU Transitions : Quelles attentes pour le
programme POPSU Transitions ?
– Laurent Lelli, Directeur du Campus AgroParisTech et Chercheur à l’UMR Territoires – Responsable scientifique du programme POPSU Transitions Clermont Auvergne Mé tropole : Perspectives à venir sur la plateforme clermontoise

Les 100 qui font la ville… Traits Urbains

Un portrait : n’était-ce pas anachronique au moment même où « les acteurs de l’aménagement et de l’urbanisme devaient reconsidérer leurs pratiques pour sortir d’un modèle qui avait conduit à gager l’avenir de la planète et menaçait aujourd’hui la viabilité de nos milieux de vie ? Plus que la mise en exergue de leur parcours, n’était-ce pas plutôt leurs convictions et leurs engagements pour édifier de nouveaux espaces de cohabitation plus justes et soutenables qu’il convenait aujourd’hui d’exposer ? ».

Stéphane Cordobes est un personnage à l’esprit pluridimensionnel, animé en premier lieu par une soif de justice à l’égard du vivant, et donc en perpétuel questionnement. Aussi nous propose-t-il de « vite passer » sur sa formation pourtant longue comme l’Anthropocène : sur ses études de géographie et son compagnonnage avec Michel Lussault, sur son appétence pour la prospective territoriale nourrie au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM), et sur son intérêt philosophique pour le pragmatisme américain ; vite aussi sur son cheminement professionnel, entamé à la Datar, puis poursuivi au Commissariat général à l’égalité des territoires, enfin à l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT).

A ces figures imposées de l’hagiographie, le directeur général de l’Agence d’urbanisme Clermont Massif central (AUCM) préfère l’énoncé des impératifs de l’adaptation : « Nous ne parviendrons à faire face à ce défi qu’à la condition de transformer en profondeur nos manières de cohabiter. (…) L’aménagement et l’urbanisme que nous pratiquons depuis plus d’un demi-siècle s’inscrivent dans un régime de maîtrise, d’exploitation et de consommation de la nature qui n’est absolument pas tenable. Par tenable, il faut entendre acceptable socialement, politiquement, moralement ; mais également soutenable pour assurer à l’humanité et à tous ceux qui la composent et dont elle dépend pour vivre, un avenir digne, ou a minima possible. »

Mais Stéphane Cordobes n’est pas du genre à lancer des incantations sans se retrousser les manches. C’est pourquoi après avoir œuvré au programme de prospective « Territoires 2040, aménager le changement », convaincu logiquement que celui-ci s’opérerait à partir de l’échelle
territoriale, il a souhaité prendre la direction d’une agence d’urbanisme, où il dit « mieux mesurer à proximité des acteurs du terrain l’ampleur du travail à mener ».

Depuis qu’il a rangé, il y a trois ans, ses livres au pied des volcans, l’agence clermontoise a étendu son champ d’activité au Massif central, espace géographique à ses yeux « plus pertinent » pour acculturer une population et ses représentants à la nécessité d’apprendre à faire territoire autrement. « On ne parle pas ici de simples ajustements technico-politiques. La réorientation écologique de nos modes de vie et d’habiter relève d’une recomposition qui traverse nos régimes de savoir, d’action, mais aussi de sociabilité et de sensibilité. C’est une épreuve au sens fort du terme qui passe certes par des renoncements, mais surtout par la réanimation de nos attachements les plus vitaux, et le réenchantement qui peut l’accompagner.»  Autrement dit, la vérité d’un portrait n’existe pas, elle se révèle par l’expérience. (NG)

Reproduit avec l’aimable autorisation de la revue Trait Urbains (N°147/148 – Décembre 2024-Janvier 2025)